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Full text of "Mémoires de la Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube"

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SOCIÉTÉ  ACADÉMIQUE 


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DÉPARTEMENT  DE  L'AUBE 


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Sec  .  30 


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6  COUTUHES  DU   BAILLUGE  DE  TROTBS. 

pendant  longtemps  l'exécution  de  la  volonté  de  Charles  VII, 
prescrivant,  en  1453,  la  rédaction  et  la  publication  des 
diverses  coutumes  provinciales.  Il  fallait,  en  effet,  avant 
d'édicter  la  loi,  savoir  qui  l'appliquerait. 

Je  crois  que  ce  sujet  n'a  jamais  été  abordé  dans  notre 
contrée  ;  jMgnore  s'il  l'a  été  dans  d'autres. 

Je  désire  ensuite  vous  entretenir  de  la  discussion  à 
laquelle  la  rédaction  des  coutumes  du  bailliage  de  Troyes  a 
donné  lieu.  Certes,  je  ne  passerai  pas  en  revue  et  ne  com- 
menterai pas  les  203  articles  dont  elles  se  composent.  Je  ne 
vous  parlerai  que  de  la  discussion  elle-même  et  de  quelques 
points  qui  en  ont  été  l'objet  entre  les  doctes  jurisconsultes 
du  bailliage  et  de  la  ville  de  Troyes  et  de  Paris,  à  la  fin  du 
XV*  et  au  commencement  du  xvi*  siècle.  Cette  discussion  ne 
dura  pas  moins  de  vingt-huit  ans,  depuis  1481  jusqu'en 
1509.  Les  points  principaux,  sur  lesquels  le  roi  et  ses  offi- 
ciers, le  clergé,  la  noblesse,  le  Tiers-Etat  et  la  commu- 
nauté des  habitants  de  Troyes  se  divisèrent,  touchaient 
notamment  aux  questions  relatives  à  la  qualité  des  per- 
sonnes,  de  même  qu'à  la  condition  des  immeubles,  ou, 
eonrnie  on  disait  alors,  des  héritages  ;  ces  questions  étaient 
surtout  relatives  à  la  noblesse  utérine,  et  au  droit  de  franc- 
aleu. 

On  pourrait  croire  que  ce  double  sujet  n'a  d'autre  intérêt 
que  celui  d'une  étude  rétrospective  sans  actualité  et  depuis 
longtemps  sans  cause.  Il  ne  m'a  paru  qu'il  en  fût  ainsi.  Ces 
deux  points  m'ont  paru  au  contraire  devoir  appeler  une 
attention  toute  particulière.  A  eux  seuls,  ils  constituent  la 
base  de  notre  imcienne  législation  provinciale;  ils  fixent 
la  condition  des  personnes  et  celle  des  terres;  par  consé- 
quent, l'esprit,  qui  a  dicté  les  principes  appliqués  pendant 
de  longs  siècles,  domine  non-seulement  les  lois  baillia- 
gères,  mais  encore  celles  de  la  province,  de  même  que  les 
relations  sociales. 

D'un  autre  côté,  depuis  quelques  années,  la  noblesse 


COUnnBS   du  BAHUAGE  DB  TROTBSé  7 

utérine  a  occupé  certains  esprits  sérieux.  Des  opinions  non 
Telles  se  sont  fait  jour  dans  le  monde  de  la  critique.  Je 
pense  qu'il  y  a  lieu  de  citer  sur  ce  sujet  quelques  docu- 
ments inédits  qui  viendront  soutenir  et  la  loi  coutumière  et 
la  jurisprudence  établie,  pendant  de  longs  siècles,  avant  et 
depuis  la  rédaction  des  coutumes ,  et  alors  qu'il  y  avait  un 
sérieux  intérêt,  pour  le  roi  et  ses  officiers,  pour  les  nobles 
et  le  corps  de  la  noblesse  conune  pour  le  Tiers-Etat,  à  faire 
modifier  ou  affermir  un  principe  qui  n'aurait  pas  été  recon- 
nu coutume  publique  à  Troyes  et  dans  toute  la  Cham- 
pagne. 


SI. 


De  la  Juridiction  royale.  —  De  la  Juridiction 
ecclésiastique  ou  épiscopale. 


Je  ne  décrirai  pas  l'organisation  judiciaire  dans  les  siècles 
passés.  Les  comtes  de  Champagne,  —  le  roi  après  eux,  — 
eurent  leurs  officiers  de  justice,  en  Champagne  :  cour  des 
Grands-Jours^  baillis,  prévôts  et  leurs  lieutenants,  chargés 
de  rendre  la  justice  aux  nobles,  aux  bourgeois  et  plus  tard 
à  tous  ceux  qui  relevèrent  de  la  justice  royale.  Un  fait  hors 
de  doute,  par  suite  de  l'étude  du  document,  objet  de  ces 
recherches,  c'est  qu'au  xv*  siècle  les  officiers  de  la  justice 
royale  avaient  vu  antérieurement  réduire  dans  une  propor- 
tion considérable  l'exercice  de  leurs  droits  et  l'étendue  de 
leur  juridiction,  à  ce  point  que  les  actes  passés  sous  le 
sceau  de  l'officialité  emportaient  hypothèque,  que  l'excom- 
munication était  prononcée  pour  dettes  purement  civiles  ou 
conunerciales,  que  l'official  statuait  sur  des  faits  de  com- 
merce, des  arts  et  métiers,  de  levée  de  deniers,  etc. 

Les  ordonnances  sur  l'administration  de  la  justice  sont 


8  conruMES  du  bàiluagb  db  trotbs. 

nombreuses.  Saint-Louis,  Philippe-le-Bel,  Charles  V, 
Charles  VI  y  ont  successivement  apporté  des  améliorations. 
L'ordonnance  de  1 388  réglemente  les  fonctions  de  baillis, 
et  celle  de  1414  passa  avec  les  Cabochiens,  leurs  auteurs. 
En  1437y  Charles  VII  modifie  les  règlements  antérieurs;  il 
se  réserve  la  nomination  des  baillis;  mais,  à  partir  de  1453, 
cette  nomination  dut  avoir  lieu  sur  la  présentation  de 
deux  ou  de  trois  candidats,  désignés  par  le  grand  Conseil. 
Les  baillis  ne  conservent  plus,  sauf  de  rares  exceptions,  que 
des  attributions  militaires  ;  les  lieutenants  ne  jugent  plus 
seuls,  mais  avec  Fassistance  d'avocats  ou  gens  de  pratique, 
puis  avec  des  conseillers  en  titre.  Les  faits  de  procédure  et 
de  compétence  sont  réglés,  les  tribunaux  d'exception 
détruits  et  la  rédaction  des  coutumes  ordonnée. 

De  son  côté,  l'évèque  avait  son  tribunal,  son  officialité, 
son  officiai,  ses  promoteurs,  ses  notaires  et  procureurs  en 
cour  d'église.  Ce  personnel,  composant  la  juridiction  ecclé- 
siastique diocésaine,  avait,  avec  le  temps  et  le  concours  des 
doyens  ruraux,  envahi  sur  le  domaine  du  comte,  puis  sur 
celui  du  roi,  et  avait  étendu  sa  juridiction,  qui  devait  être 
purement  ecclésiastique,  sur  des  personnes  et  sur  des  choses 
qui  auraient  dû  légalement  rester  en  dehors  de  son  auto- 
rité. ((  Mais,  comme  le  dit  M.  Faustin  Hélie,  on  regarda  la 
»  justice  ecclésiastique  comme  un  asile  contre  les  op- 
»  pressions  des  seigneurs  ;  on  la  soutint  comme  un  asile 
»  contre  l'ennemi  commun.  L'Eglise  s'était  fait  peuple, 
»  elle  avait  embrassé  les  intérêts  des  classes  pauvres;  elle 
i>  avait  ouvert  sa  juridiction,  par  un  véritable  privilège, 
«  aux  veuves,  aux  orphelins,  aux  lépreux,  aux  étrangers  ; 
»  elle  s'était  déclarée  la  patronne  des  faibles  et  des  petits. 
»  Ce  fut  là  l'un  des  secrets  de  sa  puissance,  tant  qu'ils 
»  ne  trouvèrent  pas  dans  la  société  d'autre  appui  (1).  » 

Au  xv"*  siècle,  la  monarchie  réglemente  son  autorité,  affer- 

(1)  Tfiéorie  du  Code  d'inêtruetian  criminelle^  p.  352. 


GOmUMES   DU   BAILLIAGE   DE  TR0TE8.  9 

mit  son  pouvoir,  organise  son  administration.  Charles  VII 
demande  la  rédaction  des  diverses  coutumes  de  France  ;  le 
duc  de  Bourgogne,  dont  les  domaines  avoisinent  la  ville  de 
Troyes,  suit  son  exemple. 

Mais  avant  d'arriver  à  la  rédaction  des  coutumes  et 
notamment  de  celles  de  Champagne  et  de  Troyes,  il  s'écou- 
lera un  certain  nomhre  d'années  employées,  d'une  part,  à 
limiter  les  juridictions  et  la  compétence  des  tribunaux  civils 
et  ecclésiastiques  ;  et,  d'autre  part,  à  batailler  sur  les  confins 
de  la  Bourgogne  et  de  la  Champagne. 

Cette  double  période  achevée,  Louis  XI  reprendra  l'idée 
inscrite  par  son  père  dans  Tarticle  1 25  de  Tordonnance  de 
1453.  Mais  je  m'arrête  et  je  reviens  à  la  discussion  entre 
le  roi  et  l'évéque,  ou  plutôt  entre  leurs  officiers .  Celle-ci  ne  sera 
pas  entièrement  mise  à  fin  à  cette  époque.  Les  points  prin- 
cipaux seront  fixés,  mais  d'autres  ne  seront  réglés  que  par 
la  rédaction  de  la  coutume  en  1509  (1). 

Après  la  publication  du  mémorable  règlement  de  1453, 
il  reste  encore  beaucoup  à  faire  pour  placer,  sous  l'auto- 
rité royale,  la  connaissance  de  tous  les  faits  qui  tombent 
sous  la  compétence  des  tribunaux  jugeant  au  nom  du  roi. 
D'une  part,  les  officiers  des  justices  seigneuriales  perdent 
de  lenrs  prérogatives;  d'autre  part,  les  juridictions  ecclé- 
siastiques ,  qui  avaient  accaparé ,  dans  les  officiaux  des 
diocèses  et  même  dans  les  doyennés  ruraux,  une  multitude 
d'attributions  du  ressort  de  la  justice  civile,  perdent,  sous 
Charles  VII,  leur  influence,  et  leur  compétence  fut  diminuée 
considérablement  et  réduite  ou  à  peu  près,  aux  limites 
imposées  par  les  lois  ecclésiastiques. 

Les  documents,  sur  cette  matière,  ne  font  pas  défaut. 


(1)  La  réglementation  des  juridictions  se  faisait  dans  tonte  la 
France.  En  1455,  Tévéque  de  Nantes  allait  jusqu'à  nier  la  juridiction 
royale.  (Vallet  de  Viriville,  Histoire  de  Charles  Vil,  t.  III, 
p.  921. 


10  COCTUnS   BU  BAIUUa   DE  TR0TB8. 

Nous  en  possédons  un  fort  explicite  sur  cette  question 
curieuse  et  pleine  d'intérêt.  Il  s'agit  d'une  réfonne  intro- 
duite au  bailliage  et  au  diocèse  de  Troyes,  par  suite  d'une 
longue  discussion  souleyée  par  les  officiers  de  la  justice  royale 
contre  Tévèque  et  son  officiai,  ayant  à  leur  suite  les 
notaires  et  les  procureurs  en  cour  d'église.  La  discussion 
dura  environ  six  ans,  et  la  solution,  donnée  aux  nombreux 
points  en  discussion,  est  renfermée  dans  ce  document, 
intitulé  :  Les  concordats  d entre  le  roi  et  Févéçue  (1). 

Ces  concordats  règlent  un  grand  nombre  de  questions 
que  le  temps  avait  accumulées.  Dès  1434,  l'officialet  le 
bailliage  étaient  aux  prises;  Tofficial  avait  fait  mettre  en 
prison  pour  faux  témoignage,  selon  lui,  un  individu 
coupable  d'avoir  déposé,  devant  la  juridiction  royale,  qu'un 


(1)  Arch.  iniin.,  n.  f.;  Q.  Gartulaire.  —  N©  !•'.  Ce  curieux  document 
est  divisé  en  trois  parties  ou  quatemes  (cahiers).  Le  premier  quateme 
contenant  trente  articles  ;  le  deuxième,  quatorze,  et  le  troisième, 
quatre.  Cette  division  est  motivée  par  la  manière  dont  le  débat  est 
vidé.  Ainsi  le  premier  quateme  comprend  tous  les  griefs  auxquels 
révêque  répond  en  donnant  satisfaction  aux  officiers  de  la  justice 
royale.  Ces  réponses  sont  faites  à  des  commissaires  spéciaux  qui 
sont  :  M.  Guillaume  Blanchet,  conseiller  au  parlement  ;  Raoul  de 
Refuge,  maître  de  la  Chambre  des  comptes;  Pierre  de  Refuge*, 
général  sur  le  fait  des  finances;  Jean  le  Roi,  commissaire  sur  le  fait 
des  partages  des  hommes  et  des  femmes  entre  le  roi  et  Vévêque  de 
Troyes;  Robert  des  Moulins,  receveur  général  des  finances,  de  là 
les  rivières  de  Seine  et  Yonne.  Cette  partie  est  rédigée  par  M.  An- 
toine d'Isoine,  notaire  et  secrétaire  du  roi,  qui  signe  :  c  Isoine.  >  et 
datée  du  20  décembre  1458. 

Le  deuxième  quateme  comprend  quatorze  questions  résolues  par 
le  procureur  du  roi  Jean  Dauvet  et  Tavocat  du  roi  Jean  Simon,  du 
parlement  de  Paris,  sous  Tafârmation  de  M.  Jean  de  Saint-Romain, 
procureur  général  du  roi  ;  de  Guillaume  de  Gannay,  avocats  du  roi 
au  même  parlement  de  Paris,  le  neuf  avril  1458,  avant  Pâques;  en 
présence  de  Jean  de  Longueil,  lieutenant  du  prévôt  de  Paris  ;  Michel 
Pied-de-Fer,  avocat  du  roi  au  Châtelet  ;  Germain  Rapine,  conseiller, 
et  Henri  de  la  Cloche,  procureur  du  roi  audit  Châtelet ,  et  sur  la 
requête  de  Michel  Juvenel  des  Ursins,  bailli  de  Troyes,  et  par  la 
bouche  de  Nicole  de  Mauroy,  licencié-ès-lois,  élu  et  conseiller  du 


Gounnas  do  bailuage  de  hoteb*  11 

serf  de  Tévèque  était  bourgeois  du  roi.  L'official  excom- 
munia; le  procureur  du  roi  au  bailliage,  de  son  côté, 
avait  détenu  un  clerc  en  prison,  parce  que  ce  justiciable 
du  tribunal  ecclésiastique  refusait  de  livrer  les  biens  d'un 
homme  d'armes  de  la  garnison  de  Montiéramey.  Sur  cette 
double  difficulté,  le  procureur  du  roi,  suivi  de  trente  i 
quarante  sergents  et  notaires  royaux,  se  transporta  dans 
l'auditoire  de  l'officialité,  où  se  trouvaient  Tévéque  et  ses 
officiers  de  justice.  Sur  la  déclaration  de  l'évêque,  qu'il  ne 
céderait  pas,  le  procureur  du  roi  fait  arrêter  Nicolas  Huyard, 
l'un  des  clercs  de  l'officialité,  et  le  retient  sous  les  verrous 
pendant  douze  ou  treize  jours  (1).  D'autres  difficultés  de 
même  nature  se  renouvelleront  encore. 


roi  à  Troyes;  en  présence  de  Jean  de  Mesgrigny,  receveur  des  aides, 
que  Ton  trouve  aussi  qualifié  de  receveur  général  commis  en  la 
Tille  et  élection  de  Troyes,  à  recevoir  Taide  mise  par  le  roi  et  payée 
par  de  çà  des  rivières  de  Seine  et  d* Yonne  (1442). 

Le  troisième  quateme  comprend  quatre  points  sur  lesquels  il  est 
statué,  le  23  décembre  1465,  à  Saint-Pourçain,  par  J.  Dauvet,  procu- 
reur général,  et  J.  Simon,  avocat  du  roi,  qui  signent  leurs  déci- 
sions. 

Le  mémoire,  rédigé  dans  Tintérét  des  juridictions  royales,  fut 
présenté,  à  la  commission  chargée  de  son  examen,  par  AGchel 
Juvenel^  bailli  de  Troyes ,  frère  du  chancelier  de  France  ;  Jacques 
de  Roffey,  son  lieutenant;  Antoine  Guéry,  prévôt  royal;  Jean  de 
Yitel,  son  lieutenant,  et  le  procureur  du  roi  au  bailliage.  Il  fut  dressé 
contre  Louis  Raguier,  évéque  de  Troyes;  Jean  Michelet,  Guillaume 
Piétrequin,  Jean  Larcerier,  prêtres;  Nicolas  Huyart,  Henrion  Dorey 
et  autres  formant  le  collège  des  tabellions  en  la  cour  ecclésiastique 
de  Troyes. 

Enfin,  dans  un  quatrième  quateme,  est  comprise  une  décision 
provisoire  résolue  par  Jean  de  Courcelles,  Jean  Mortis,  Barthélémy 
Claustres,  Joachim  Juraelin  ou  Joudelin,  conseillers  au  parlement; 
Jean  de  Saint-Romain,  procureur  général  ;  Jean  Simon  et  Guillaume 
deGannay,  avocats  du  roi;  Jean  de  Grève,  procureur  du  roi  à  Troyes, 
et  Jean  de  Mesgrigny,  receveur  des  aides  dans  la  même  ville. 

On  peut  voir  aussi  :  Arch.  départ.  G.  134,  135,  136  et  137  de 
révéché.  —  Bibl.  nat.,  fonds  de  Champagne. 

(1)  Arch.  dép.,  fonds  de  l'évêché.  G.  296. 


12  COUTUMES   DU   BAILLIA6B  DE  TE0TE8. 

Examinons  ce  document  dans  ses  parties  principales. 

Les  officiers  royaax  se  plaignent  de  la  conservation  des 
causes  royales,  malgré  les  déclinatoires  proposés  sur  la 
compétence ,  de  l'immixtion  des  officiers  de  cour  d'église 
dans  Tadministratioti  de  la  justice  depuis  yingt-cinq  ou 
trente  ans,  sous  Tépiscopat  de  Jean  Leguisé  et  de  Texer- 
cice  des  officiaux,  Pierre  Fèvre,  Robert  Deschamps,  Lam- 
bert Millon,  et  Etienne  CoUn,  qui,  en  élargissant  le  ressort 
de  leur  juridiction,  diminuèrent  les  droits  du  domaine  et 
Fautorité  légitime  du  roi.  —  L'évêque,  à  cette  observation 
générale ,  répond  q\/il  est  content  que  les  limites  des  juri- 
dictions soient  maintenues  et  qu'à  Tavenir  il  soit  fait  droit, 
sur  ce  point,  par  les  avocats  et  procureur  du  roi  en  parle- 
ment, appelé  avec  eux.  M*  Ytaste  (Eustache)  Lhuillier,  ou 
autre  homme  d'église  du  conseil  de  l'évèque,  les  choses  res- 
tant en  l'état. 

La  cour  et  les  officiers  de  Tévêque  font  ressortir  devant 
eux  a  tous  les  clercs  non  mariés^  marchands  et  négociateurs 
publics  »  pour  raison  de  ventes  et  de  faits  de  leur  com- 
merce ;  —  ils  s'immiscent  dans  la  connaissance  des  faits 
relatifs  aux  statuts  des  métiers  ; — ils  connaissent  des  matières 
réelles,  du  fait  des  aides  ;  —  ils  procèdent,  publiquement 
et  en  leur  prétoire,  à  la  vente  des  immeubles  saisis.  —  Sur 
cette  plainte,  Tévéque  reconnaît  c[ue  ces  matières  sont  et 
doivent  rester  étrangères  à  sa  juridiction. 

Les  officiers  en  cour  d^église  «  baillent  »  aux  clercs 
mariés,  monitions  de  biens  contre  les  juges  royaux,  ser- 
gents et  officiers  laïcs,  tandis  que  ces  actes  ne  doivent  se 
donner  qu'à  des  clercs  non  mariés,  contre  les  parties  et 
non  contre  les  juges;  —  ils  contraignent  les  officiers 
royaux,  sergents  et  juges  laïcs,  sous  peine  de  prison,  de 
censure  ecclésiastique  et  d'excommunication,  à  révoquer 
leurs  sentences,  à  réparer  ou  mettre  à  néant  leurs  exécu- 
tions, en  les  condamnant  à  de  grosses  amendes.  — 
L'évèque  s'engage  à  faise  cesser  ces  abus. 


CODTCHES   DU   BAILLU6E   DE  TR0TI8.  13 

Les  officiers  en  cour  d'église  s'ingèrent  dans  le  règle- 
ment des  comptes  des  corporations,  du  guet  de  nuit,  du 
port  d'armes^  de  la  vente  des  \ivres;  interdisent  ou  per- 
mettent Texercice  de  la  médecine  à  qui  bon  leur  semble  ; 
condamnent  à  de  grosses  amendes,  pour  de  menus  cas 
d'injures,  comme  :  jurer  la  mort-Dieu,  ou  le  sang-Dieu, 
sans  blasphèmes,  par  des  gens  laïcs,  pour  avoir  appelé  pail- 
lard ou  ribaut,  avoir  vendu  un  peu  de  poudre  de  safran, 
d'épices  ou  de  menus  vivres  les  jours  de  fête,  ou  des  patins, 
des  souliers,  aiguilles  ou  autres  menues  denrées.  —  A  ces 
griefs  Tévêque  répond  que  Ton  ne  doit  pas  vendre  à  fenêtre 
ouverte,  et  qu'il  n'y  a  lieu  à  poursuivre  pour  ventes 
d'épices,  souliers  ou  autres  menues  marchandises  à  usage 
d'homme» 

Les  mêmes  ofQciers  tiennent  et  font  tenir,  sur  la  justice 
du  roi,  aux  carrefours  pubUcs  «  plusieurs  bouticles  ou- 
vertes jusqu'à  1 5  ou  1 6  ;  »  Ton  reçoit  toute  espèce  de  contrats, 
ce  qui  précédemment  ne  se  faisait  que  dans  la  cour  et  clôture 
de  l'évêque  entre  clercs  seulement,  et  notamment  des  actes 
de  vente,  de  rentes,  d'héritages,  de  cheptel,  de  louage  de 
maisons. — L'évêque  s'en  rapporte  aux  gens  du  roi  à  Paris. 

Les  notaires  et  tabeUions  en  cour  d'église  sont  au  nombre 
de  22,  et  tous  les  curés,  qui  sont  au  moins  de  cent  à  cent 
vingt,  citent,  devant  Tofficial,  tous  les  sujets  de  vive  voix  et 
sans  mandement  écrit.  —  L'évêque  s'engage  à  faire  cesser 
cette  coutume. 

Les  officiers  royaux,  surtout  ceux  qui  exercent  depuis 
peu  de  temps,  craignent  d'instrumenter  pour  le  roi  ou  per- 
sonne laïque,  contre  l'évêque,  son  officiai  ou  la  cour  ecclé- 
siastique; les  avocats  et  procureurs  n'osent  proposer  de 
déclinatoire  par  suite  de  la  crainte  qu'ils  ont  d'être  «  vilenez, 
menassez,  injuriez  et  répulsez^  »  ainsi  qu'il  est  arrivé  plu- 
sieurs fois.  —  L'évêque  déclare  que  ces  faits  ne  sont  pas  à 
sa  connaissance,  mais  qu'il  prendra  à  cet  égard  telle  mesure 
M  que  le  roi  et  son  peuple  seront  contents.  » 


14  Goifrums  du  baiixugi  db  nons. 

D  y  a  six  promotairs  au  lieu  de  trois  qui  exerçaient 
anciennement,  et  quelques-uns  «  sont  gens  de  petit  état  et  de 
»  poTre  gouvernement  ;  quant  aux  mœurs,  gens  dissolus 
»  et  désordonnés,  qui  est  chose  malséant  et  de  piteuse 
»  {sic)  exemple,  ce  qui  est  contre  le  droit  et  la  raison.  »  — 
L'érèque  soutient  qu'il  n'a  que  trois  promoteurs  ;  s'ils  tra* 
Taillent  le  peuple,  il  les  fera  punir,  avisera,  et  il  espère  que 
les  gens  du  conseil  du  roi  y  trouveront  bon  remède. 

Les  procureurs  et  promoteurs  ecclésiastiques  se  font 
payer,  à  un  très-haut  prix,  des  transports  qu'ils  n'exé- 
cutent pas  ;  leurs  cédules  sont  remises  par  les  curés  on 
doyens  ruraux,  à  qui  ils  ne  paient  rien.  —  L'évèque  promet 
de  (aire  défense,  en  plein  auditoire,  de  procéder  ainsi  à 
l'avenir  et  de  punir  les  coupables. 

L'official  et  les  promoteurs  lèvent,  sans  droit  et  sans 
raison,  outre  la  principale  amende,  sur  les  parties  condam- 
nées, un  ou  deux  écus.  —  L'évèque  s'mformera  de  ce  qui 
se  passe  et  punira  les  coupables. 

L'évèque  et  ses  officiers  lèvent,  sur  les  excommuniés  de 
l'évèché,  «  dont  le  nombre  est  infini,  i»  et  pour  chaque 
semaine,  douze  d^ers,  ce  qui  produit  des  sommes  consi- 
déraUeSy  si  l'on  considère  que  certains  restent  sous  le  coup 
de  l'excommunication  pendant  deux,  trois  ou  quatre  ans  et 
plus,  sans  comprendre  les  dépens  du  procureur  et  les  dettes 
motivant  la  peine  prononcée.  —  L'évèque  dit  qu^il  ne  veut 
rien  changer  aux  anciennes  coutumes  et  qu'il  sévira  contre 
les  procureurs,  s'il  y  a  lieu,  de  manière  à  ce  qu'on  soit 
content. 

Bien  que  l'évèché  soit  de  petite  étendue,  au  moyen  des 
abus  qui  s'y  commettent,  du  nombre  des  causes  de  toutes 
sortes  portées  à  Tofficialité  et  devant  les  sept  doyens  ruraux 
du  diocèse,  chacun  tenant  cour  et  juridiction  ecclésiastique 
au  moins  deux  ou  trois  fois  par  semaine,  bien  que  l'évèché 
ne  comprenne  que  360  paroisses,  tandis  que  ceux  de  Sens, 
de  Châlons  et  de  Langres  en  comptent  près  de  3,000,  le 


COOTVIIBS   DU   BAIUIA6E   DE   TR0YB8.  15 

diocèse  de  Troyes  renferme  beaucoup  plus  d'excommuniés, 
»  qui  est  piteuse  chose  à  rappeler.  » 

L*état  des  aSiedres  a  bien  changé  ;  autrefois  pour  vingt* 
quatre  causes  pendantes  aux  juridictions  royales  ou  laïques, 
il  n'y  en  avait  pas  une  à  Tofficial,  tandis  qu'aujourd'hui 
sur  vingt-quatre  causes  pendantes  en  cour  d'égUse,  il  n'y 
en  a  pas  deux  en  cour  laïque. 

La  plupart  des  gens  excommuniés  ont  encouru  leur  peine 
«  fonv  sépultures  indues  et  salaires  de  procureurs  en  cour 
d'église  qui  sont  au  nombre  de  vingt-un,  tous  riches,  puis- 
sants, de  grans  facultez,  chacun  d'eux  ayant  cheval  en  l'es- 
table  et  deux  ou  trois  clercs.  »  —  A  ces  articles,  l'évéque 
fait  la  même  réponse  que  ci-dessus. 

Aussitôt  qu'un  homme,  clerc  ou  non,  est  prisonnier  du 
roi,  pour  cas  privilégié  ou  autrement,  les  promoteurs,  par 
monition  ou  excommunication,  contraignent  à  leur  en  faire 
délivrance,  puis  le  mettent  hors  de  prison,  moyennant 
argent  et  le  laissent  impuni.  —  L'évéque  promet  de  réfor- 
mer ces  abus. 

L'évéque  prétend  avoir  prise  de  corps  contre  toutes  per- 
sonnes, dans  son  prétoire,  où  ses  officiers  arrêtent  chaque 
jour  hommes  et  femmes  pour  des  cas  non  ecclésiastiques.  ** 
L'évéque  s'en  rapporte  à  l'avis  des  gens  du  roi  à  Paris. 

L'évéque,  son  officiai  et  les  doyens  ruraux  font  des  règle- 
ments prononçant,  sans  aucun  droit,  des  peines  et  des 
amendes,  s'élevant  jusqu'à  vingt  livres,  qu'ils  prononcent 
contre  des  laïcs,  clercs  mariés  ou  non  mariés.  —  L'évéque 
s'en  rapporte  aux  gens  du  roi  à  Paris,  et  quant  aux  amendes, 
à  ce  qui  sera  décidé  à  Paris  et  à  Sens  (1). 

Enfin,  le  premier  quateme  se  termine  en  signalant  que 
l'évéque,  ses  officiaux  et  autres  membres  de  la  cour  ecclé- 
siastique, enfreignent,  chaque  jour,  les  ordonnances  royales 
sur  la  compétence  que,  par  de  frivoles  appels  en  la  cour, 

(i)  A  Sens,  il  s'agit  ici  de  la  joridiction  métropolitaine. 


16  COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROTES. 

ils  travaillent  le  roi,  ses  officiers  et  ses  pauvres  sujets  ;  que 
ces  appels  ne  sont  point  soumis  o  et  sont  penduz  au  clou,  » 
qu'ainsi  <x  ils  diminuent  Tautorité  du  roi,  le  produit  de  son 
»  domaine  et  de  sa  justice,  à  la  très-grande  charge  et  foule 
0  de  ses  vassauk  et  subgects.  » 

Tous  ces  points  sont  réglés  sur  les  réponses  de  l'évéque 
par  la  commission  choisie  au  sein  du  conseil  royal. 

Par  le  second  quaterne  il  fut  décidé  notamment  que  : 

l"".  Les  officiers  en  cour  d'église  n'ont  juridiction,  sur  les 
laïcs,  qu^en  cas  de  causes  et  de  délits  ecclésiastiques. 

i!".  Toute  personne  laïque  peut  décUner  la  compétence 
des  juges  d'église. 

3"".  Ceux-ci  ne  peuvent  connaître  d'aucune  action  réelle 
mixte  ((  ou  sentant  la  réalité  ;  »  s'ils  s^efibrcent  à  en  con- 
naître, toute  procédure  est  nulle  de  plein  droit,  et  dans  ce 
cas,  ils  peuvent  être  condamnés  à  l'amende  envers  le 
roi. 

4^.  Bien  que  l'ordonnance  du  bailli^  défendant  toute 
citation  de  laies  en  cour  d'église,  soit  fondée  en  droit  et  en 
justice,  ce  dont  Tévêque  se  plaint  «  très-fort,  ))  le  cité 
pourra  aller  trouver  son  juge  laïc  ordinaire  et  produire 
déclinatoire  ;  et,  si  le  juge  d'église  n'obtempère  à  ce  décli- 
natoire,  il  sera  procédé  contre  lui  par  saisie  de  son  tempo- 
rel, par  amende  et,  au  besoin,  par  un  emprisonnement, 
selon  l'exigence  des  cas  et  des  personnes. 

5"".  Les  juges  temporels,  subalternes  de  l'évéque  et  ayant 
haute  justice,  pourront  ordonner  à  leurs  sujets  de  ne  point 
faire  donner  assignation  en  cour  d'église  ;  ils  pourront 
même  faire  cesser  les  poursuites  commencées.  —  Il  en  sera 
de  même  pour  les  étrangers  qui  sont  autorisés  à  demander 
leur  renvoi  en  cour  laïque. 

6"*.  Les  clercs,  mariés  ou  non  mariés,  «  marchands  et 
négociateurs  publics,  n  en  raison  de  leurs  professions 
et  de  leurs  affaires  séculières,  de  la  police  des  métiers,  sont 


GOCTUMES    DU    BAILLIAGE   DE   TROTES.  17 

tenus  de  répondre  pardevant  le  juge  laïc  ;  par  exemple,  un 
tanneur  qui  a  vendu  à  un  cordontuer,  clerc,  marié  ou  non 
marié,  un  individu  qui  a  vendu  du  vin  à  un  tavernier,  de  la 
chair  à  un  boucher,  de  la  laine,  du  drap  ou  autres  denrées 
à  des  clercs  mariés  ou  non  mariés,  à  des  marchands  publics, 
pour  travailler  ou  vendre  ces  marchandises,  selon  Télat  de 
chacun,  tous  ces  individus,  quoique  clercs,  sont  de  la  justice 
laïque. 

7^.  Mais  alors  que  les  clercs  mariés  ont  acheté,  pour 
leur  usage  seulement,  des  chausses,  des  souUers,  du  vin, 
de  la  viande  et  autres  denrées,  ces  faits  seraient  de  la  com- 
pétence de  la  cour  ecclésiastique,  si  les  officiers  royaux  ne 
soutenaient  que  les  juges  dej'évêque  ne  connaissaient  point 
de  ces  faits.  —  Il  y  a  lieu  de  s'en  rapportera  l'usage  ancien. 

S"".  L'exercice  de  son  métier  et  de  sa  profession  sera 
interdit  à  tout  clerc  non  marié,  marchand  et  négociateur 
public,  s'il  ne  veut  ressortir  de  la  juridiction  laïque,  ainsi 
qu'il  est  procédé,  à  Paris,  parle  prévôt  et  ses  lieutenants. 

9**.  Sous  peine  de  prise  de  leur  temporel,  d'arrêt  de  leur 
personne  et  de  condamnations  «  en  mulctes  et  amendes,  » 
selon  la  qualité  des  cas,  il  est  interdit  aux  juges  d'église 
d'agir  conure  les  officiers  de  la  justice  temporelle,  par  voie 
de  citations^  monitions  et  fulminations  pour  aucune  de  leurs 
fonctions. 

10''.  Si  les  officiers  ecclésiastiques  ont  à  se  plaindre  des 
officiers  de  la  justice  royale,  qu'ils  se  plaignent  au  roi. 

IV.  A  l'occasion  des  a  boulicles  »  des  notaires  ecclé- 
siastiques ouvertes  sur  la  justice  du  roi,  il  sera  informé. 

12''.  Les  jurements  :  la  mort,  la  sang,  la  chair-Dieu  et 
autres  serments  de  celte  sorte,  par  gens  laïcs,  ne  sont 
point  de  la  compétence  de  Tofficialité. 

Les  quatre  points  compris  dans  le  troisième  quaterne 
sont  vidés  de  la  manière  suivante  : 

V\  A  tous  notaires  royaux  et  à  tous  officiers  de  justice 

T.  XllYI.  ^ 


18  COITTUHES    DD    BAnXIAGE   DE   TROTBS. 

royale  appartient  la  connaissance  des  personnes  laïques,  en 
tous  cas  personnels,  criminels  et  civils,  non  ecclésiastiques. 
Les  officiers  du  roi,  dans  chaque  cas  particulier,  feront 
leurs  diligences,  afin  de  faire  cesser  les  abus  qui  peuvent 
exister  en  cour  d'église,  au  diocèse  de  Troyes.  par  la  saisie 
du  temporel,  selon  la  qualité  des  personnes  et  des  cas. 

2""'.  Aucun  juge  d'église  ne  peut  entreprendre  sur  la  juri- 
diction temporelle  sous  prétexte  d'abus,  de  délits  ou  d*ex* 
ces  commis  par  les  juges  royaux  dans  leurs  fonctions  (1). 

3**"'.  Le  roi  a  à  Troyes  un  beau  et  notable  tabellionnage, 
composé  de  vingt-quatre  notaires  pour  recevoir  tous  actes, 
contrats  et  hypothèques  entre  toutes  personnes  et  pour 
toutes  matières;  Tévêque,  de  son  côté,  a  aussi  ses  notaires, 
tenant  leurs  sièges  et  écritoires,  pour  Texercice  de  leurs 
fonctions,  (c  dans  le  pourprins  et  circuits  de  son  hôtel , 
situé  loin  des  portes,  avenues,  places  et  marchés  publics,  o 
Depuis  vingt  ans,  douze  notaires  ecclésiastiques  ont  placé 
«  leurs  écritoires  »  dans  des  lieux  publics  et  y  reçoivent  tous 
actes  sous  le  sceau  de  l'évêque,  savoir  :  six  ou  sept  depuis 
Tépiscopat  de  Louis  Raguier  et  les  autres  au  temps  de  Jean 
Léguisé  (2).  Ces  notaires  tiennent  «  leurs  sièges,  bouticlcs 
et  escriptoires  à  grant  fenestres,  treillis  éminens  et  fort  ap- 
parens,  »  sur  la  justice  du  roi^  haute,  moyenne  et  basse,  y 
reçoivent  tous  actes  sous  le  sceau  de  Tévéque,  ce  qui  porte 
grand  préjudice  au  roi,  à  son  tabellionnage  et  à  sa  juridiction 
temporelle,  ainsi  qu'à  la  justice  de  ses  vassaux. 

Comme  les  faits  articulés  sont  graves,  que  le  doute  existe 
encore,  il  est  décidé  que  le  procureur  du  roi  au  bailliage  dé 
Troyes,  de  son  côté,  et  Tévèque  du  sien  «  feront  informacion 
»  de  la  matière  et  de  Tusance  du  temps  passé  et  rapporte- 
»  ront  le  tout  pardevant  nous,  à  Paris,  aux  jours  de  Ckam- 

(1)  Cet  article  est  reproduit  dans  les  Preuves  de  V Eglise  gallicane, 
réunies  par  Pierre  Pi thou,  et  publiées  par  Pierre  Dupuy.  —  Cramoisi, 
1661,  in-f».  t.  II,  p.  172. 

(2)  Jean  Léguisé  est  décédé  le  3  août  1450. 


GOimiVSS    DU   BAHXUGE   DE   TROTSS.  19 

^  pagn$  de  ce  présent  parlement,  pour,  sur  ce,  sur  ladv» 
»  de  Messieurs  des  Comptes  et  Trésoriers^  pourvoir  ce 
0  qu'il  appartiendra.  » 

4'**.  L'évêque,  à  cause  de  son  évêché  de  Troyes,  se  dit  : 
«  Per  a  conte  »>  (Pair  à  Comte),  c'est  à  savoir  au  roi^  comte 
de  Champagne,  et,  par  conséquent,  exempt  de  la  juridic- 
tion du  bailli  de  Troyes  et  des  autres  officiers  royaux,  à 
cause  du  comté  de  Champagne  et  être  sujet,  sans  moyen, 
du  bailli  de  Sens.  Le  bailli  de  Troyes  soutient  le  contraire. 
11  semble,  disent  les  commissaires  royaux,  que  Tévêque  et 
ses  officiers  n'ont  aucun  droit  pour  faire  des  actes  contre  la 
juridiction  royale  et  qu'ils  ne  peuvent  connaître  d'actions 
réelles,  mixtes  on  personnelles,  entre  purs  laïcs.  Mais, 
(f  comme  la  matière  est  de  grande  conséquence  et  pour  ad- 
viser  en  quels  cas  ledit  évêque  et  ses  officiers  seront  tenuz 
de  respondre  pardevant  ledit  bailly  et,  en  quel  cas  non,  les- 
dits  procureurs  du  roi  et  évesque  nous  informeront  «  plud 
»  à  plain  de  cette  matière  ausdits  jours  de  Champagne  et 
»  lors,  par  l'advis  de  Messieurs  des  Comptes  et  Trésoriers, 
»  y  sera  pourvu  ainsi  qu'il  appartiendra.  »> 

Cette  dernière  question  ne  paraît  pas  avoir  été  résolue  au 
XV*  siècle,  ni  en  ce  qui  concerne  Tévêque,  ni  en  ee  qui 
regarde  le  chapitre  de  Saint-Pierre,  qui  élevait  les  Bftémes 
prétentions.  Soulevée  longtemps  auparavant,  la  discussion 
qui  fait  l'objet  de  ces  observations  n'aurait  reçu  de  solution 
que  bien  longtemps  après,  en  1580. 

Enfin  le  5  avril  1461 ,  avant  Pâques,  il  fut  arrêté,  à  titre 
de  provision  et  sans  préjudice  des  droits  des  intéressés,  que 
l'official  se  dessaisira  de  toute  poursuite  contre  les  laïcs  qui 
déclineront  sa  compétence  ;  le  déclinatoire  pourra  être  pro- 
posé par  un  sergent  royal  en  vertu  d'une  simple  cédule  du 
procureur  du  roi.  Et  si,  après  les  défenses  de  cet  officier 
royal»  les  juges  ecclésiastiques  n'obtempèrent  point  à  cette 
signification,  il  sera  procédé  contre  eux,  par  voie  de  saisie 
et  d'exploitation  de  leur  temporel  et  par  amendes,  et,  à 


20  GOOTUMBS   DU    BAILUA6B    DB    TII0YB8. 

l'égard  des  parties  contrevenantes,  par  Toie  d'emprisonne- 
ment, par  mulctes  et  amendes,  selon  la  qualité  et  Fexigence 
des  cas  et  des  personnes. 

Le  document  qui  fournit  les  observations  qui  précédent 
jette  une  grande  lumière  sur  Tincertitude  des  compétences 
civile  et  ecclésiastique,  vers  le  milieu  du  xv*  siècle.  La 
royauté  veut  reprendre  des  droits  qui  lui  ont  été  usurpés  ou 
dont  elle  n'a  pas  encore  joui,  peut-être,  en  raison  de  la 
faveur  accordée,  au  moyen-âge,  à  la  justice  ecclésiastique. 
Bien  que  les  gens  du  roi  ne  fassent  remonter  les  griefs  par 
eux  articulés  qu'à  vingt-cinq  ou  trente  ans,  on  doit  croire 
qu^ils  dépassaient  cette  date.  Le  roi  et  ses  ofBciers,  à  cette 
époque  de  réformes  générales,  s'efforcent  de  régler  la  com- 
pétence en  matière  judiciaire  en  même  temps  que  la  rédac- 
tion des  coutumes  provinciales  est  ordonnée.  C'est  dans  ce 
grand  besoin  de  réglementation,  qui  se  fait  sentir,  après  une 
guerre  de  cent  ans,  qu'il  faut  trouver  les  causes  et  l'origine 
de  ce  grand  procès  entre  le  roi  d'une  part,  et  l'évêque  d'au- 
tre part. 

Ce  procès,  qui  conunence  en  1455,  n'est  pas  achevé 
en  1 461  •  L'évêque  est  soutenu  par  son  clergé.  Le  4  novembre 
de  cette  dernière  année,  il  assemble  les  chanoines  de  cette 
église,  ceux  de  Saint-Etienne  et  de  Saint-Urbain,  les  abbés 
de  S -Martin-ès-Aires  et  de  S -Loup,  les  prieurs  de  Notre- 
Dame-en-l'lle  et  de  Saint- Jean-en-Châtel,  ainsi  que  les  curés 
de  la  ville,  afin  de  les  consulter  a  sur  les  moyens  à  prendre 
»  pour  défendre  la  juridiction  ecclésiastique  qui  est  trou- 
»  blée  par  les  gens  du  roi.  d  Tous  les  assistants  opinent  en 
faveur  de  la  résistance  et  contribuent  sans  doute  aux  frais  du 
procès,  car,  quelques  jours  après,  le  chapitre  de  Saint-Pierre 
fait  présent  à  l'évêque,  et  dans  ce  but,  d'une  certaine 
sonmie  d'argent  (1). 


(i)  SÉMiLiARD.  — -  Les  règlements  contenus  dans  les  c  concordats  :f 
sont  donnés,  quelques-ans  définitiTement,  et  d*aatres,  à  titre  de 


COUTCIIBS   DU   IIAILLIA6B    DE    TBOYBS.  2i 

La  justice  criminelle  de  révèché  ne  chôme  pas  au  xv*  siè- 
de,  car  elle  a  à  ses  gages  un  serrurier  pour  souder  et 
ressouder  les  chaînes  des  prisonniers  enfermés  dans  les 
prisons  de  Troyes  et  de  Saint-Lyé ,  et  lui  paie ,  par  an , 
soixante  sous.  —  (^s  prisons  ne  sont  pas  ^ides,  car  il  est 
consommé,  en  1412,  trois  muids,  trois  septiers  et  quatre 
bichets  de  seigle  pour  la  nourriture  des  prisonniers.  —  Le 
pain  leur  est  donné  sous  la  forme  de  a  tranchours.  »  Une 
partie  de  la  prison  est  dite  :  «  quarquassonne.  »  Une  autre 
partie  est  réservée  aux  femmes  (1). 

La  justice  ecclésiastique  perd  du  terrain.  Le  duc  d^Or- 
léans  est  seigneur  souverain  et  apanagiste  de  Sézanne,  et  le 
duché-pairie  de  Nemours  comprend  les  châtellenies  de  Pont 
et  de  Nogentrsur-Seine.  En  1441 ,  la  lutte  s'ouvre  entre 
Tofficial  de  Troyes  et  les  officiers  du  duc  d'Orléans,  du  siège 
de  Sézanne.  En  1464,  elle  commence  avec  ceux  de  Nogent, 
et,  en  1486,  elle  se  continue  avec  ces  derniers.  Il  ne  s'agit 
pas  seulement  d'établir  la  compétence  sur  les  personnes, 
mais  bien  d'empêcher  les  sujets  de  ces  deux  belles  sei- 
gneuries de  se  faire  citer  entre  eux  devant  la  justice  ecclésias- 
tique (2),  au  grand  préjudice  de  la  justice  laïque.  Par  tran- 
saction, les  justices  seigneuriales  obtiennent  ce  qu'elles  dé- 


provision, mais  le  plus  grand  nombre  paraissent  avoir  acquis  un 
caractère  définitif.  Ce  qoi  le  fait  croire,  c'est  que  ces  concordats 
furent  enregistrés  et  copiés  intégralement  par  les  soins  de  Téchevi- 
nage,  dans  un  cartulaire  spécial  renfermant  des  documents  réglant  la 
juridiction  ecclésiastique,  les  règlements  des  métiers  et  c  d'autres 

>  Chartres  et  édictz  concernans  le  bien,  proffict  et  utilité  de  la  vUle 

>  de  Troyes  et  du  comté  de  Ghampaigne,  coUationnez  aux  originaulx 

>  par  notaires  royaulx  et  bailliage  et  prévosté  de  Troyes.  >  Bibl. 
mun.  de  Troyes,  mémoires  manuscrits. 

Ce  même  document  est  aussi  renfermé  dans  le  fonds  des  archives 
de  révéché  de  Troyes.  —  Archives  départementales  et  Bibliothèque 
nationale;  collection  Dupuy,vol.  626. 

(i)  Arch.  départementales,  f.  de  Tévôché.  G.  274,  278,  280,  282, 
283,  290,  de  1407  à  1429. 

(2)  Même  fond,  G.  134. 


St  COUTUMES  DU  BAILLUGB    DE  TEOTBS. 

sjrent.  Mais,  em  1487,  Tofficialité  eut  quelques  idées  de 
retour  yers  le  passé.  L'évéque,  Louis  Raguier,  envoie  à  Se- 
zanue  M*  Jean  Navarron,  licencié  ès-lois,  entremetteur  de 
ses  procès  et  affaires,  afin  d'obtenir  la  mise  en  liberté  du 
curé  de  Notre-Dame  de  cette  ville,  jeté  en  prison  par  les  offi- 
ciers du  duc  d'Orléans,  pour  avoir,  malgré  eux,  donné  deis 
citations  à  comparaître  devant  Tofficial  du  diocèse  (1). 


§11. 

De  la  dlsoiisaloii,  de  la  rôdaotioii  et  de  la  pnbttoation 

des  coutumes  de  Troyea. 

Avant  d'aborder  ce  sujet,  je  rappellerai  Texistence  d'un 
Tolunoe  possédé  par  notre  Bibliothèque  municipale  et  qui  a 
pour  titre  :  a  Le  Livre  de  droict,  »  signé  enfin  «  P.  Re- 
fuge^  »  et  classé  sous  ie  n"*  682  du  catalogue  des  manuscrits. 

Sous  l'impression  des  idées  de  réforme  et  d'orgwisa- 
4ion  avant  la  rédaction  des  coutumes  provinciales,  il  y  eut  un 
iravail  général,  tendant  à  vulgariser  la  connaissance  des 
coutumes.  C'est  à  celte  idée,  je  crois,  que  l'on  doit,  dès 
1^  fin  du  XIV*  siècle,  sous  le  règne  de  Charles  YI,  la  rédac- 
tion du  Grand  Coutumier  de  France.  Ce  recueil  avait 
pour  but  de  répandre  une  certaine  unité  dans  la  jurispru- 
dence française,  tout  au  moins  dans  les  cas  non  prévus  par 
]es  coutumes  particulières. 

Le  a  Livre  de  droict  »  a  été  signalé  à  l'attention  des  sa- 
vants, en  1857,  par  M.  Beautemps-Beaupré,  alors  substitut 
au  Tribunal  de  Troyes.  Il  provient  de  la  bibUothèque  de 
F.  Pithou,  d'où  il  passa  dans  celle  des  Oratoriens  de  Troyes, 
ainsi  que  l'indique  la  mention  :  Est  oratorii  collegii  Tre- 

(1)  Même  fond.  6.  316. 


COimjMES  DU   BAILLIAQB    DB    TROTES.  23 

çeucts,  ^t  de  celle-ci  dans  notre  bibliothèque  publique*  Ce 
Tolume  en  papier,  in-folio,  de  415  pages,  appartient,  par 
son  écriture,  à  la  dernière  moitié  du  xv^  siècle. 

M.  Beautemps-Beaupré  donne  la  propriété  de  ce  manus- 
crit au  signataire  :  P.  Refuge. 

Nous  soumettons  au  lecteur  les  obserralions  suivantes  : 

Ce  manuscrit  est  un  exemplaire  du  Grand  Coustumier  de 
France^  rédigé  par  ordre  de  Charles  VI,  et  pubHé,  sous 
ce  titre,  en  1598,  par  Charondas  le  Caron.  Nous  estimons 
que  ce  livre  a  été  dressé ,  pour  les  besoins  du  bailliage  de 
Troyes,  avant  la  rédaction  de  la  coutume.  11  peut  dater  de 
1460  à  1480.  S'il  ne  contient  pas  certaines  parties  qui  se 
trouvent  dans  Tédilion  de  Charondas  le  Caron,  c'est  que 
ces  parties  étaient  les  moins  utiles  dans  la  pratique.  11  s'en 
trouve  d'autres  que  n'a  point  publié  le  savant  éditeur  de  la 
fin  du  XVI*  siècle.  Dans  beaucoup  (l'endroits  elles  rectifient, 
selon  M.  Bcaulemps-Beiupré,  des  leçons  évidemment  fau- 
tives données  par  ce  dernier. 

La  signature  :  P.  Refuge^  pourrait  ne  pas  indiquer  le 
nom  du  propriétaire,  mais  bien  celui  qui  a  attesté  la  sincé- 
rité et  l'exactitude  de  la  copie.  Celle-ci  a  pu  sortir  du 
Parlement  avec  d'autre^  sous  la  signature  de  l'un  de  ses 
membres,  pour  le  service  de  divers  bailliages  (1). 

Cela  dit,  j'arrive  aux.coutumes. 

Tous  ceux  qui  ont  ouvert  les  coutumes  éditées  par 
F.  Pithou,  par  M.  Allen,  par  M.  Louis  Legrand,  connais- 
sent un  recueil  factice,  imprimé  et  intitulé  :  «  Li  Droict 

<1)  Pierre  Refuge,  le  signataire,  ^ans  aucun  doute,  fut  général  des 
finances,  et  en  cette  qualité  Ggure  dans  les  (oncordnts  d'entre  le  roi 
et  révéque  de  Troyes  ;  docteur  et  licencié  ès-lois,  chanoine  et  archi- 
diacre de  réglise  deTroyes,  chanoine  de  Notre-Dame  de  Paris,  etarchi- 
diacre  de  Brie,  conseiller  au  Parlement  de  Paris,  roçii  président  aux 
enquêtes  le  5  septembre  1508.  Il  mourut  le  Hl  mai  1515  et  fut  enterré 
derrière  le  chœur  de  Notre-Dame  de  Paris.  Il  était  ûls  de  Jean  de 
Refuge,  seigneur  de  Courcelles,  podestat  et  gouverneur  du  comté 


24  COimiMES    DU   BAIUIAGB    DB    TR0YE8. 

et  li  Coustumes  de  Champaigne  que  le  roi  Thiebaux  a 
établi.  »  La  première  édition  de  ce  recueil  date  de  l'an  1 600, 
et  a  été  donnée  par  F.  Pithou,  qui  n'indique  point  Torigine 
de  ce  document. 

Il  existe  à  la  Bibliothèque  nationale  cinq  exemplaires  ma- 
nuscrits de  ce  recueil,  composés  d'arrêts  rendus  par  la  cour 
des  Grands-Jours  et  par  celle  des  Barons,  et  de  mentions 
ou  indications  de  faits  de  coutume  ou  de  jurisprudence  pu- 
blics et  reconnus  comme  tels  en  Champagne.  Le  plus  ancien 
des  articles  remonte  à  1224,  le  plus  récent  est  daté  de 
1295(1). 

Parmi  ces  exemplaires,  l'un  d'eux  provient  du  couvent 
des  Jacobins  ou  frères  prêcheurs  de  Troyes,  et  tous  datent 
du  XIV*  et  du  xv*  siècle.  L'un  d'eux  serait  de  1474.  Ces 
exemplaires  ne  sont  pas  complètement  semblables  dans  leur 
texte  ;  des  différences  assez  notables  peuvent  y  être  relevées  ; 
les  articles  n'y  sont  point  rangés  dans  le  même  ordre. 
Aucun  d'eux  n'a  plus  d'authenticité  que  l'autre,  et  nul  ne 
peut  être  admis  comme  authentique. 

L'édition  donnée  par  les  soins  de  F.  Pithou  n'est  point 
conforme  à  aucun  des  cinq  textes  dont  l'existence  est  au- 
jourd'hui constatée.  Pithou  avait-i),  sous  les  yeux,  un  autre 
exemplaire  7  Le  fait  est  possible,  mais  on  ne  saurait  l'affir- 
mer, et  pourtant  on  ne  peut  croire  que  F.  Pithou  ait,  de  son 


d'Ast  pour  le  duc  d'Orléans,  et  d*Anne  Hennequin,  fiUe  de  Jean, 
seigneur  de  Dammartin  et  de  Bonne  Mole. 

Charles  de  Refuge  fut  élu  abbé  de  Montier-la-Gelle  en  1488,  et  fit 
édifier  en  grande  partie  la  belle  église  de  cette  abbaye. 

Etienne,  que  Ton  dit  neveu  de  Tévéque  Louis  Raguier,  étudiait  à 
Troyes,  en  1460,  devint  curé  de  Sencey,  mourut  en  1519  et  fut  en- 
terré dans  la  cathédrale  de  Troyes,  près  de  la  porte  du  Trésor. 

Raoul  fut  maître  à  la  Chambre  des  comptes. 

Cette  famiUe  était  donc  alliée  à  des  famiUes  troyennes.  Elle  existe 
encore  en  Normandie. 

(1)  BoimoT,  Nouvelles  Recherches  sur  les  Grands^aurs  de 
Troyesy  1870. 


COUTUMES   DU    BAILUAOB    DB    TR0TS8.  25 

chefy  introduit  une  modiGcation  conforme,  il  est  wai,  à  la 
lettre  et  à  l'esprit  de  la  coutume  de  1509  (1). 

On  verra  plus  loin  Timportance  que  les  praticiens  et  ju- 
risconsultes de  la  fin  du  xv*  siècle  et  du  commencement  du 
xvi'*  siècle  attachaient  à  ces  recueils,  et  notamment  à  Tun 
d'eux,  peut-être  alors  le  seul  connu  à  Troyes. 

Si  Charles  VII  ordonna,  en  1453,  la  rédaction  des  di- 
verses coutumes  de  France,  Louis  XI  prescrivit  de  nouveau 
cette  rédaction  en  1481.  Cette  dernière  ordonnance  fut 
exécutée  dans  la  même  année,  et  les  coutumes  du  bailliage 
de  Troyes  furent  rédigées  et  de  plus  imprimées  en  plusieurs 
et  divers  lieux,  et  vendues  pubUquement  tant  à  Paris  qu'en 
la  ville  de  Troyes  et  autres  bonnes  villes  de  ce  royaume, 
comme  il  en  fut  justifié  par  certains  cahiers  de  papier  im- 
primés, joints  à  la  discussion  écrite  des  mêmes  coutumes  de 
1507  et  de  1509  (2). 

Mais  examinons  d'abord  les  faits  relatifs  à  la  forme.  Nous 
passerons  ensuite  en  revue  ceux  qui  intéressent  le  fond. 

11  y  a  donc  eu  discussion,  rédaction  et  impression  des 
coutumes  de  Troyes  en  1481 . 

La  discussion  fut  reprise  en  mars  1493,  sur  les  lettres- 
patentes  du  28  janvier  précédent,  sous  la  présidence  de  Jean 
de  Rofiey,  lieutenant-général  au  bailliage.  Elle  se  continua 
jusqu'au  28  mai  1496,  date  donnée  à  la  rédaction  qui  eut 
lieu  alors,  et  y  prirent  part  Jacques  Raguier,  évêque  de 
Troyes,  Guillaume  de  Dinteville,  abbé  de  Montiéramey,  frère 
du  bailli,  Nicolas Forgeot,  abbé  de  Saint-Loup,  des  chanoines 
de  la  cathédrale  et  des  collégiales  de  Saint -Etienne  et  de 


(1)  Ces  cinq  exemplaires  de  la  Bibliothèque  nationale  sont  au- 
jourd'hui compris  dans  des  recueils  ou  forment  des  volumes  du  fond 
français  portant  les  n»*  1,805,  5,256  et  5,257. 

(2)  Legrand.  Coutumes  du  bailliage  de  Troyes^  procès-verbal  de 
compulsoire  de  la  rédaction  des  coutumes  en  i494  et  en  1507,  S*  édi- 
tion, page  xxui,  1r«  colonne  après  la  table. 


CMimos  DU  iAiiLu«i  ra  norab 

Saiot-Urbani  de  Troyes ,  et  d'autres  membres  du  clergé  de 
la  ville  ;  le  roi  par  son  procureur,  son  ayocat  et  son  rece* 
yeur  au  bailliage;  treize  conseillers  et  avocats  au  bailliage; 
quinze  procureurs  et  notaires  royaux  ;  la  noblesse,  par  seixe 
de  ses  membres  ;  la  ville  de  Troyes,  par  son  maire,  ses 
échevins  et  dix  bourgeois  ;  les  seigneuries  de  Joigny,  d'Ards, 
de  Méry,  de  Pont,  de  Saint-Florentin,  d'Ervy,  de  Dane- 
moine,  £usant  partie  de  Tancien  ressort  du  bailliage;  les 
cbâtellenies  de  Vendeuvre,  de  Jaucourt,  de  Cbaourcci  de 
Bligny,  de  TIsle-sous-Hontréal,  d'Isle  (Aumont),  de  Tratnel, 
de  ViUemaur,  y  sont  représentés  par  des  praticiens  apparte- 
nant à  la  justice  de  ces  différents  lieux. 

L'intitulé  du  procès-verbal  du  28  mai  1 496  n'est  pas  une 
vaioe  formule.  On  y  lit  :  a  Tous  lesquels  et  chacun  d'eux 
»  pour  soy  avons  fait  jurer  solennellement,  nous  dire,  at- 
»  tester  et  déposer  la  vérité  et  effet  desdites  coutumes  adsi- 
)>  gnécs  de  tout  temps  et  d'ancienneté,  selon  bonne  raison 
0  et  équité,  elles  ont  accoutumé  ôtre  gardées  entretenues  et 
»  observées  en  icelui  bailliage  et  anciens  ressorts  ;  et  après 
»  ce,  nous  (Jean  de  lloffey)  et  les  dessusdils,  avons,  en  la- 
n  dite  matière,  vaqué  et  besogné  par  plusieurs  et  diverses 
D  journées,  et  vu  ce  qu'autrefois  et  dès  Tan  1481,  au  mois 
«  de  septembre,  par  ordonnance  de  feu  très-noble  mé- 
«  moire,  le  feu  Roy  Loys,  dernier  trépassé  que  Dieu 
»  absolve  ;  et  fut  fait  et  délibéré  par  les  officiers  gens  de 
»  conseil,  praticiens  et  autres  honorables  hommes  de  la 
»  cour  du  bailliage  lors  et  par  grand  avis  et  meure  délibé- 
y>  ration  d'iceux  assemblez,  avons  fuit  mettre  et  rédiger  par 
»  écrit  les  couetumes,  usaiges  et  communes  observanœs 
»  dont  Ton  use  notoirement  èsdits  bailliage  et  anciens  res- 
)}  sorts,  ainsi  et  par  la  pianiçre  qui  s'ensuit.  » 

La  lutte  existait  surtout  entre  Jacques  Ragui^,  évèqur  de 
Troyes,  qui,  par  sa  famille,  appartenait  à  la  noblesse  du 
bailÛage  et  la  noblesse  contre  la  bourgeoisie  ou  le  Tiers- 
Etat. 


COUttmES  DU   BAILLIAGE    DB    TR0TE8.  2T 

Des  commissions  spéciales  furent  convoquées  à  Arcis,  à 
Héry,  à  Pont,  à  Nogent  et  à  Traînel.  Elles  s'enquérirent  des 
coutumes  en  usage  dans  ces  contrées,  arrosées  par  TAube  et 
par  la  Seine.  Des  cahiers,  relatant  les  usages  et  les  cou- 
tumes de  ces  localités,  furent  dressés,  après  avoir  recueilli 
lés  avis  des  ofBciers  royaux  et  seigneuriaux,  des  gens 
d'église,  nobles,  praticiens  et  coutumiers.  AMéry,  un  cahier 
de  trente  pages  fut  revêtu  de  56  signatures  (!)• 

Le  28  mai  1496  fut  mise  à  exécution  la  rédaction  des 
coutumes  selon  les  avis  formulés  et  approuvés  par  les  com- 
missaires. Cette  rédaction  fut  publiée  par  le  savant  com- 
mentateur, Louis  Legrand,  à  la  suite  d'un  compulsoire  qui 
eut  lieu  en  1693  (2).  Au  jour  de  la  signature  de  cette 
deuxième  rédaction,  le  28  mai  1496,  les  notaires  de  Baus- 
sancourt,  Naudin,  de  Saint- Aubin  et  de  Corberon  ne  vou- 
lurent pas  signer,  en  raison  a  des  apostilles  »  mises  dans 
rintérêt  de  la  noblesse  (3). 

La  rédaction  des  coutumes,  en  1496,  se  fit  donc  sous 
la  réserve  des  articles  i,  ii,  xvni^  xxxui  et  lxii,  qui,  sur  les 
prétentions  des  deux  frères  de  Dinteville,  furent  l'objet 
d'une  plus  ample  information. 

En  novembre  de  la  même  année,  M.  Guyon  Arbalestre, 
conseiller  au  Parlement,  vint  à  Troyes,  en  qualité  de  com- 


■f"^ 


(i)  Bib.  nat.  Collection  de  Champagne,  vol.  671. 

(1)  Lboramd.  Coutumes  du  bailliage  de  TroyeSj  8*  édition.  Pa- 
ris, MBCCXV. 

(3)  Bib.  nat.  f.  français  ;  n»  5,256,  on  lit  :  c  Item  et  le  samedi 
f  xxvm»  Jour  dudit  mois  de  may  (1496),  en  relissant  ce  présent  cayer 
1  lesdits  Baussancourt,  Naudin,  de  Saint-Aubin  et  de  Corberon,  no- 
1  taires,  ont  déclaré  quMls  ne  signeroient  icellui  cayer  pour  les  apos- 
1  tilles  mises  en  testes  et  les  responces  mises  à  icelles  sur  les  i,  ii, 
%  XVIII,  xxxiii  et  LXII  articles  pour  ce  qu'ils  dient  lesdits  articles  avoir 
»  esté  passez  et  accordez  en  la  première  assemblée.  >  — Voir  aussi  : 
Legrand.  Coutumes  du  hailliaqe  de  Troyes.  Le  procès-verbal  de 
compulsoire,  p.  xii,  3«  col.,  en  tête. 

GouRTALON.  Topographie ,  t.  m,  p.  i07  ;  dans  une  note,  on 


28  COUTUMES   DU   BAILLIAGB    DB    TR0TI8. 

missaire  royal  sur  le  fait  des  coutumes,  alors  que  le  gou* 
vemeur  de  Champage,  M.  d'Orval,  était  à  Troyes,  ainsi 
que  Jean  Spifame,  secrétaire  du  roi.  Les  salaires  de 
M.  Arbalestre  furent  à  la  charge  de  la  yille  de  Troyes.  Ce 
commissaire  royal  dressa  procès-verbal  de  la  contestation 
existant  entre  at//cun^  des  nobles  et  les  habitants  de  Troyes, 
à  Toccasion  du  franc-aleu  (1). 

La  ville  de  Troyes  continua  ses  diligences  à  Tégard  de  la 
rédaction  des  coutumes.  Nicolas  de  Gorberon,  notaire  royal 
à  Troyes,  se  rend  à  Paris  et  y  passe  21  jours,  à  solliciter  et 
poursuivre  le  fait  des  coutumes.  —  L'année  suivante, 
Guillaume  Thévenin,  procureur  en  cour  laïque,  porte  à 
Paris  a  ung  gros  livre  anciennement  appelé  le  Viel  Coustu- 
mier  de  Champaigne,  lequel  fut  apporté  aux  officiers  du  roy 
par  deux  des  frères  prescheurs  du  couvent  des  Jacobins d'icelle 
ville  (de  Troyes),  en  une  assemblée  tenue  audit  Troyes  pour 
le  fait  desdites  coustumes  cl  pour  eulx  prins  en  leur  cou- 
vent. » 

Le  Parlement  fut  directement  saisi  de  la  contestation 
soulevée  entre  a  aulcuns  des  nobles  »  et  les  habitants  de 
Troyes.  Le  diflërend  ne  fut  point  tranché.  En  1506-1507, 
rinstance  est  encore  pendante.  Odard  de  Villemaur,  pour 
les  habitants  de  Troyes,  se  rend  aussi  à  Paris  et  y  porte  les 


lit  :  c  Gaucher  de  Dinteville,  frère  du  bailli,  étoit  abbé  de  Montiéra- 
mey.  D/puis  longtemps  il  sollicitoit  son  frère  pour  faire  supprimer 
le  droit  de  Iranc-aleu.  En  1496,  le  bailli,  pour  complaire  à  son  frère, 
convoqua  de  son  autorité  privée  une  assemblée  à  son  choix.  Cette 
assemblée  illégitime  corrigea,  changea  et  retrancha  sur  les  cayers  de 
la  coutume  ce  qui  lui  paraissoit  contraire  à  ses  vues,  mais  les  déli- 
bérations furent  inutiles.  Louis  XII,  par  des  lettres  de  4507,  fit  faire 
une  nouvelle  rédaction  de  la  coutume  qui  fut  exécutée  en  4509, 
comme  Ton  sait,  et  où  tous  les  droits  furent  conservés.  Cette  anec' 
dote  est  tirée  d'un  mémoire  manuscrit  qui  nous  a  été  commu" 
nique.  *• 

(i)  Arch.  mun.  n.  f.  Carton  60^,  liasse  Ira,  Mandat  de  paiement 
délivré  par  l'échevinage  pour  solder  les  dépenses  faites  à  cette  oe- 
e€ision. 


C0DTUIIB8    DU    BAILLIAGE    DB    TROYBS.  29 

réponses  faites  par  ceux-ci  «  aux  contradictions  de  l^évèque 
»  et  d'aulcuns  nobles  aux  coustumes  de  Champaigne  (1).  » 

Le  20  septembre  1507,  le  conseil  de  ville  décide  que 
Jean  de  Saint-Aubin,  notaire,  se  rendra  aussi  à  Paris  <(  pour 
solliciter,  aux  dépens  de  la  ville,  et  foire  les  remontrances 
qu'il  convient  faire  à  Messieurs  de  la  cour,  qui  recevront  les 
coustumes  faites  en  ceste  ville  et  rédigées  par  escript  en  ce  pré- 
sent mois  et  au  mois  d'aoust  dernier  passé  par  Tordonnance  du 
roy  et  envoyées  à  ladicte  cour  par  M.  le  lieutenant-général, 
afin  de  remonstrer  le  franc-aleuf  qui  est  en  cette  ville  au 
comté  de  Champaigne^  qui  a  été  desbattu  en  rédigeant  les- 
dites  coustumes  et  non  accordé  et  aussi  autres  articles  qui 
sont  à  remonstrer  (2).  » 

Les  habitants  de  Troyes  ne  négligent  point  de  soutenir 
les  coutumes  anciennes.  En  1 507  et  en  1 509  ils  ont  confié  ce 
soin  à  Odard  de  Yillemaur,  leur  avocat,  et  à  Jean  de  Saint- 
Aubin,  leur  procureur.  Ce  qui  les  intéresse  le  plus,  dans  la 
rédaction  de  la  coutume,  c'est  le  droit  de  franc-aleu  et  les 
articles  concernant  les  nobles  vivant  noblement  ou  rotu- 
rièrement.  Ces  deux  commissaires,  Michel  Angenoust, 
conseiller  de  ville,  le  lieutenant-général  et  le  procureur  du 
roi  au  bailliage  se  rendent  à  Paris  en  1507  et  en  1509, 
afin  d'y  soutenir,  près  du  Parlement,  leurs  prétentions  res- 
pectives. Ils  sont  munis  des  déclarations  des  gentilshommes 
domiciliés  à  Troyes  et  tenant  seigneuries,  attestant  que  la 
coutume  du  franc-aleu  est  de  notoriété  en  Champagne.  A 
Paris^  les  mandataires  de  la  ville  de  Troyes  se  font  aider  des 
lumières  de  David  Chamberlan,  de  Jacques  Dijoine,  de  Jean 
de  Villemaur,  de  Guillaume  Bienaimé  et  de  Pierre  Julien, 
avocats  au  Chatelet  (3). 

L'échevinage  de  Troyes  prit  parti  pour  les  nobles  vivant 

(i)  Mêmes  archives.  B.  63. 

(2]  Ârch.  mun.  n.  f.  Série  A.,  n*  3. 

(3)  Arch.  mun.  B.  63.65. 


30  COOTUMBS  DU   BAILLIAGE    D£    HOTES. 

roturièrement  ou  marchandemerU.  La  \iUe  fit  des  dé- 
penses à  cet  effet.  Par  les  soins  de  ses  échevins,  elle  fit  re- 
chercher les  documents  prouvant  Texistence  de  cette  sorte 
de  noblesse.  Elle  produisit,  dans  ce  but,  des  sentences  cer- 
tifiées authentiques  par  les  notaires,  instrumentant  dans  la 
rédaction  des  coutumes  (1). 

Après  une  discussion  qui  ne  dura  pas  moins  de  vingt- 
neuf  ans,  après  deux  rédactions,  l'une  de  1481  et  l'autre  de 
1496,  le  bon  roi  Louis  XII  autorisa  la  publication  des  cou- 
tumes du  bailliage  de  Troyes  par  des  lettres-patentes  du  1 8 
septembre  1509.  Le  soin  de  Tapplication  de  ces  lettres  fut 
confié  à  M*  Thibaut  Baillet,  président  au  Parlement,  (2)  à 
François  de  Morvilliers,  conseiller,  et  à  Roger  Bar  me, 
avocat  du  roi  près  de  la  même  cour.  Ces  commissaires 
tinrent  séance,  à  Troyes,  au  palais  royal,  du  23  au  28 
octobre  1509. 

En  présence  de  la  noblesse,  d'un  grand  nombre  d'ecclé- 
siastiques, des  officiers  et  praticiens  de  la  justice  royale  et 
des  châtellenies  du  bailliage,  des  maires  et  échevins  et  des 
bourgeois  de  Troyes,  M.  Thibaut  Baillet  procéda  à  la  pu- 
blication définitive  de  la  coutume  de  Troyes. 

Au  fond  : 

Nous  avons  plus  haut  mentionné  des  sentences  établis- 
sant péremptoirement  Texistence  de  la  coutume  de  la  no- 
blesse utérine  au  bailliage  de  Troyes.  Cette  coutume  et  celle 
du  franc-aleu  sont  reconnues  en  1481.  Ces  deux  points 

(1)  Arch.  mun.  n.  f.  Carton  60.  Ces  sentences,  an  nombre  de 
vingt,  rendues  de  1436  à  1497,  sont  réunies  dans  un  volume  de  do- 
cuments manuscrits  importants,  appartenant  à  la  bibliothèque  de 
Troyes.  (Vol.  no  1290  du  Catalogue  des  manuscrits.)'  Nous  les  avons 
relevées  dans  le  tableau  ci-après  :  Document  n*  2.  Ce  même  recueil 
renferme  aussi  le  dire  du  procureur  du  roi,  des  habitants  et  com- 
munautés des  viUes  et  châtellenies  pour  le  fait  deis  coutumes  de 
Troyes. 

(2)  U  était  allié  à  la  famille  Hennequin. 


eootimss  do  baoliagb  db  trotbs.  31 

font  l'objet  principal  de  la  discussion  en  1496,  et  néan- 
moins ils  sont  inscrits,  dans  la  rédaction  qui  eut  lien  à  cette 
date,  et  en  ces  termes  : 

((  Les  aucuns  sont  nobles,  les  autres  non  nobles?  Ceux 
»  sont  nobles  qui  sont  issus  en  mariage  de  père  ou  de  mère 
»  nobles  et  soutGst  que  le  père  on  la  mère  soient  nobles, 
»  posé  que  l'autre  desdits  conjoints  soit  non  noble  ou  de 
D  serve  condition.  » 

»  Tout  héritage  est  franc  et  réputé  de  franc-aleuf  qui  ne 
9  le  montre  serf  et  redevable  d'aucune  charge,  posé  qu'il 
»  soit  assis  en  justice  d'aultrui  et  qu'il  n'en  ait  aucun 
«  liu^  (1).  » 

Après  cette  nouvelle  discussion  qui  ne  dura  pas  mmns 
de  deux  ans,  le  28  mai  1 496,  les  débats  furent  clos,  sauf  à 
regard  des  articles  i,  ii,  xviii,  xxxiii  et  lxii,  dont  là  dis- 
cussion et  la  rédaction  furent  réservées. 

La  lutte  existait  surtout  entre  l'évêque  deTroyes,  Jacqueë 
Raguier,  qui,  par  sa  famille,  appartenait  à  la  noblesse  du 
bailliage  ;  les  nobles,  représentés  par  le  bailli  de  Troyes  et 
l'abbé  de  Montiéramey,  son  frère.  Gaucher  et  Guillaume 
de  Dinteville,  Claude  de  Savoisy,  seigneur  d'Auxon  et  de 
Sâgnelay,  Jean  d'Ancienville,  seigneur  d'Avreuil,  Philippe 
de  Courcelles,  seigneur  de  Saint-Liébault,  alors  lieutenant 
du  gouverneur  de  Champagne,  Louis  d'Orval,  Dreux  Ra- 
guier et  autres  nobles  du  bailliage. 

Les  nobles,  mieux  «  aucuns  nobles  »  repoussent  toujours 
l'article  premier  qui  maintient  la  noblesse  utérine,  admise 
en  1481  et  que  maintient  le  Tiers-Etat  et  Téchevinage  de 
Troyes.  Les  nobles  disent  qu'au  moyen  de  cette  coutume, 
un  écorchenr,  un  fils  d'écorcheur  peuvent  se  moquer  des 
privilèges  de  noblesse. 

L'évêque  et  les  nobles  demandent  la  suppression  du  franc- 
aleu,  faisant  l'objet  de  l'article  ii,  qui  veut  que  tûut  héri- 


(1)  LltaRâNl>.  'Prùûè9^vÈirbùl  èe  cômpuUùire,  p.  rv^  eol.  in. 


32  COUTUMES   DU    BAIIXIAGE    DE    TROYES. 

tage  soit  franc  et  réputé  franc,  s'il  n'est  prouvé  qu'il  soit 
serf  et  redevable  d'aucune  charge.  Les  nobles  n'opposent 
que  des  moyens  vagues  et  concluent  en  disant  que  les  sei- 
gneurs hauts-justiciers  n^auraient  que  leur  titre  et  leur  nom, 
sans  aucune  prééminence  sur  leurs  sujets  et  sur  les  terres 
de  ceux-ci  ;  a  qu'ils  seroient  à  comparer  aux  évéques  de  ce 
»  royaume  qui,  pour  titre,  ont  évêchés  en  Arcadie  ou  autres 
»  lieux ,  où  ils  ne  vont  jamais  et  vauldroit  autant  estre  roy 
»  de  la  febve  que  hauts-justiciers  en  Champagne  (1).  » 

Le  procureur  du  roi,  la  communauté  des  habitants  de 
Troyes  et  les  châtellenies  répondent  que  la  coutume  relative 
au  franc-aleu  est  la  plus  générale  du  bailliage  ;  qu'elle  est 
gardée  inviolablement  depuis  si  longtemps  qu'il  n'est  mé- 
moire du  commencement  ni  du  contraire,  et  ce  n*est  pas  de 
maintenant  que  l'on  dit  :  u  Les  allodiaux  et  les  francs^ 
aïeux  de  Champagne.  »  Sur  l'opposition  de  Jacques 
Raguier,  le  procureur  du  roi,  Jean  de  Mergey,  répond  : 
«  qu'il  connaît  la  notoriété  de  la  coutume;  qu'estant  pas- 
»  teur  du  peuple,  il  (l'évêque)  devrait  s'efforcer  à  le  garder 
»  en  liberté  ;  qu'au  contraire  il  fait  des  efforts  pour  abolir 
»   cette  coutume  et  mettre  le  peuple  en  servitude.  » 

Quant  aux  bourgeoisies  royales  (art.  ii),  attaquées  par 
révêque  et  par  la  noblesse,  elles  sortent  victorieuses  du 
combat,  à  l'aide  du  procureur  du  roi  et  des  habitants  de 
Troyes,  bien  que  «  les  nobles  ou  leurs  procureurs  aient  écrit 
»  ce  que  bon  leur  a  semblé  et  rempli  trois  feuillets  de 
»  papier  en  dos  et  en  ventre.  » 

Le  procureur  du  roi  se  plaint  des  abus  et  vexations  com- 
mis par  les  seigneurs  sur  leurs  sujets  et  qui,  comme  les  sei- 
gneurs écossais  (2)  veulent  s'enrichir  en  travaillant  et  mo- 


(1)  Legrand.  Coutumes  du  bailliage  de  Troyes,  Procès-verbal  de 
compulsoire,  p.  ij,  col.  V*, 

(2)  n  s'agit  ici  de  quelques  seigneurs  établis  dans  le  bailliage  sous 
les  deux  derniers  règnes.  On  peut  nommer  les  Zoni^/ian,  les  Cockbum^ 
les  Despences,  les  de  Berrey^  les  Lokari,  les  de  Mantcrify  etc. 


COUTIMES   DU   BAILLIAGE   DK  IHOYES.  33 

lestant  leurs  sujets  obligés  d'abandonner  leurs  demeures 
au  grand  préjudice  de  la  chose  publique. 

L'évêque  s'étant  pourvu,  —  les  termes  étant,  suivant 
lui,  trop  généraux  et  à  tort  comprenant  les  clercs,  —  contre 
Tarlicle  relatif  aux  injures  proférées  dans  la  ville  deTroyes, 
depuis  le  vendredi  à  midi  jusqu'au  samedi  au  soir,  en  rai- 
son de  la  tenue  du  marché  et  punies  de  60  s.  t.  d'amende, 
le  procureur  du  roi  soutint  que  cette  rédaction  était  faite 
pour  protéger  non-seulement  les  gens  qui  fréquentaient  les 
marchés^  mais  encore  les  clercs  ou  les  laïques  contre  ceux 
qui  voudraient  les  outrager. 

L'article,  réprimant  le  fait  de  dire  «  coupault  »  à  un 
homme,  en  présence  de  sa  femme,  et,  à  une  femme,  p...., 
en  présence  de  son  mari,  fut  aussi  critiqué  par  Tévêque^ 
contre  le  procureur  du  roi  qui  le  fit  maintenir. 

A  l'article  relatif  aux  assemblées  des  communautés  d'ha- 
bitants, l'évèque  l'ayant  attaqué,  le  procureur  du  roi  obtint 
le  maintien  de  la  rédaction.  11  voulait  éviter  que,  lors  des 
visites  ecclésiastiques,  le  révérebd  évéque  ou  ses  officiers  ne 
pussent,  par  ce  moyen,  provoquer  des  dons  aux  églises  pré- 
judiciables à  la  communauté  des  habitants. 

11  est  établi,  contrairement  aux  prétentions  du  clergé, 
que  les  actes  passés  sous  le  sceau  de  la  cour  ecclésiastique 
ne  portent  pas  hypothèque.  L'évèque  prétendait  qu^l  n'y 
avait,  à  Troyes,  que  deux  sceaux  authentiques  :  le  sien 
et  celui  de  sa  prévôté  royale.  Le  procureur  du  roi  réplique 
qu^outre  ces  deux  sceaux,  il  y  a  celui  du  bailliage  et  celui 
des  foires,  et  ce  par  privilège  si  ancien,  qu'il  n'est  mémoire 
ni  du  commencement  ni  du  contraire. 

Dans  cette  mémorable  discussion,  il  est  établi  que  le 
roi,  ni  personne  pour  lui^  ne  possède  aucuns  droits,  cour 
ni  juridiction  sur  les  habitants  des  seigneuries  de  Trainel, 
de  rislc-sous-Montréal,  Vendeuvre,  Spoy,  Bligny,  Briel, 
MaroUes,  Vauchonvilliers,  Chacenay,  Fontette,  Saint-Usage 

T.  XIXTI.  3 


34  COUTUMES   DU   BAILLIAGE    DE   TROYEfl. 

et  d'autres  encore,  et  que  le  domaine  royal  ne  jouit  d'au- 
cun revenu  dans  ces  mêmes  seigneuries;  leur  aliénation 
avait  été  complète  dès  le  temps  des  comtes  de  Troyes  ou  de 
Champagne. 

Après  une  discussion  qui  ne  dura  pas  moins  de  vingt- 
neuf  ans,  le  bon  roi  Louis  XII  autorise  la  publication 
des  Coutumes  du  bailliage  de  Troyes,  par  ses  lettres-pa- 
tentes du  18  septembre  1509.  Ce  soin  est  confré  à 
M''  Thibaut  Baillet,  président  au  Parlement,  à  François  de 
Morvilliers,  conseiller,  et  à  Roger  Barme,  avocat  du  roi 
près  la  même  cour.  Ces  commissaires  se  rendent  à  Troyes, 
où  ils  tiennent  séance  le  vingt-trois  octobre  et  jours  sui- 
vants, au  Palais-Royal. 

En  présence  de  la  noblesse,  d'un  grand  nombre  d'ecclé- 
siastiques, les  officiers  de  la  justice  royale  et  des  chatelle- 
nies,  le  maire,  les  éclievins  et  les  bourgeois  de  Troyes,  les 
praticiens  de  la  ville  et  des  châtellenics  du  bailliage, 
M"*  Thibaut  Baillet  procéda  à  la  publication  définitive  de  la 
coutume  de  Troyes. 

A  la  lecture  des  articles,  les  anciennes  prétentions,  déjà 
longuement  examinées,  sont  de  nouveau  présentées. 

A  l'article  premier,  qui  admet  la  noblesse  du  père  et  la 
noblesse  de  la  mère.  M*  Tliibaut  Baillet  dit  que  cet  article 
(ou  DE  MÈRE  noble)  ((  cst  de  conséqucHcc  et  que  raison  écrite 
n  veut  le  contraire.  Est  qui  plus  est  que  la  loy,  par  ex- 
»  près,  résiste  à  ladite  coutume,  ainsi  qu'il  a  été  remontré 
»  en  publiant  d'autres  coutumes,  celle  deMeaux  et  celle  de 
»  Chaumont.  »  Les  nobles  ayant  reproduit  leurs  griefs,  les 
commissaires  royaux  s'arrêtent  à  cette  décision  :  a  A  ceste 
cause,  ordonasme  que  de  présent  cet  article  demeureroit  en 
telle  usance  et  coutume,  comme  elle  a  été  et  qu'on  en  a 
usé  le  temps  passé.  Et  des  remontrances  faites  par  les  nobles 
avons  ordonné  qu'ib  bailleront  par  écrit  ce  que  bon  leur 
semblera,  qui  sera  montré  et  communiqué  au  procureur 
du  roy  et  autres  du  Tiers-Etat  pour  y  répondre  et  en  faire 


COUTUMES   DU    BAILUAGK    DB    TROYBS.  35 

notre  rapport  à  la  cour,  afin  d*en  ordonner  ce  que  de 
raison,  n 

L'article  2,  relatif  aux  bourgeoisies,  et  les  articles  9  et 
10,  qui  se  rapportent  aussi  à  la  qualité  des  personnes, 
donnent  lieu  à  un  débat  soulevé  par  Jean  Milon,  ofBcial,  et 
par  «  aucuns  des  nobles.  »  Les  commissaires  royaux  dé-* 
cident,  sur  ces  articles,  comme  à  Tégard  du  premier. 

L'assemblée  passe  en  revue  chacun  des  203  articles  de  la 
Coutume.  Malgré  un  long,  vif  et  sérieux  débat,  la  Coutume 
de  Troyes  sort  de  cette  nouvelle  et  rigoureuse  épreuve  en 
conservant  ses  anciens  principes  de  libéralité  qui  consti- 
tuent son  originalité.  L'assemblée  maintient  :  l""  La  no- 
blesse utérine  ou  de  mère,  en  ces  termes  (art.  1**^)  :  «  Les 
»  aucuns  sont  nobles,  les  autres  non  nobles.  Ceux  sont 
»  nobles  qui  sont  issus  en  mariage  de  père  ou  de  mère 
»  noble  :  et  suffit  que  le  père  ou  la  mère  soit  noble^  posé 
»  que  l'autre  desdits  conjoints  soit  non  noble  ou  de  serve 
0  condition  sous  les  réserves  sus-exprimées.  » 

2''.  Les  boiu*geoisies  royales  sur  simple  aveu,  à  l'excep- 
tion du  comté  de  Joigny  (art.  9  et  1 0),  où  ces  bourgeoisies 
doivent  être  prouvées  par  écrit. 

3"^.  La  franchise  de  toutes  personnes  non  nobles,  s'il 
n'est  fait  preuve  du  contraire  (art.  2). 

i"".  L'option  laissée  aux  enfants  nés  de  franches  per- 
sonnes mariées  à  des  personnes  de  condition  servile,  entre 
la  rivière  de  Seine  et  Aube  et  de  Seine  et  Yonne,  de  choisir 
celle  des  deux  conditions  qui  leur  plaît  (art.  7). 

5**.  L'obUgation,  a  qu'ils  veuillent  ou  non^  »  par  les 
enfants  nés  dans  la  prévôté  de  Troyes,  de  suivre  la  condition 
franche  et  d'abandonner  la  condition  serve  (art.  7). 

6*.  Qu'entre  la  rivière  d'Âube  et  celle  de  Marne,  Fenfant 
suit  la  condition  de  la  mère.  Cependant  si  l'un  des  conjoints 
est  noble,  l'enfant  devient  noble,  s'il  le  veut  (art.  8). 

7*.  L'existence  de  nobles  vivant  noblement  et  de  nobles 
vivant  roturièrement  (art.  11). 


36  COUTUMES    PU   BAILLIAGE    DE    TBOYES. 

8^  Les  enfants  nés  d'homme  ou  de  femme  de  la  servitude 
de  révéché  et  de  franche  condition  se  partageaient  par 
moitié.  —  Si  des  enfants  naissaient  de  mariages  contrats 
entre  homme  ou  femme  de  serve  condition  d'autres  sei-- 
gneurs  avec  femme  ou  homme  de  Tévêché ,  ces  enfants 
appartenaient  à  l'évéque.  —  Entre  seigneurs ,  les  enfants 
se  partageaient  pour  telle  portion  que  les  père  et  mère 
étaient  auxdits  seigneurs  (1)  (art.  7). 

Q"".  Que  tout  héritage  est  franc  et  réputé  de  franc-aleuqui 
ne  le  montre  serf  (art.  51). 

10°.  Qu'il  y  a  deux  sortes  de  franc-aleu  :  le  franc-aleu 
noble  et  le  franc-aleu  roturier.  Le  premier  est  celui  qui  a 
seigneurie  et  haute  justice,  et  dont  le  détenteur  n'est  pas 
tenu  de  rendre  foi  et  hommage.  Le  second  est  une  terre 
sans  justice  et  pour  laquelle  le  détenteur  ne  doit  ni  cens,  ni 
rentes,  lods  et  ventes,  ni  autres  redevances  (art.  53  et 
54)  (2). 

La  publication  de  la  Coutume  du  bailUage  de  Troyes  fut 
achevée  le  28  octobre  1509.  Elle  mit  fin  aux  enquêtes 
c(  par  tourbes  ou  par  témoins  »  sur  les  points  coutumiers, 
et,  à  partir  de  ce  jour,  il  est  fait  défense  d'admettre  à  l'a- 


(i)  En  1377,  il  y  eut  procès  ontre  lo  roi  el  Tévêque.  —  Le  roi 
prétendait  prendre  un  homme  et  le  premier  de  la  lignée.  L'évoque 
soutenait,  au  contraire,  qu'il  avait  le  même  droit  que  le  comte  de 
Champagne,  avec  lequel  il  était  pair  en  tout  et  partout,  le  roi  n'ayant 
d'autres  droits  que  ceux  du  comte.  F.  Pithou  dit  qu'il  n'a  pas  vu  le 
jugement.  Suivant  lui,  le  roi  faisait  procéder  à  ces  partages  pour  af- 
ûranchir  ses  hommes,  par  argent. 

(2)  Comme  francs-aleux  nobles,  nous  citerons  les  seigneuries  de 
Montgueux,  Laines-Bourreuses  ou  Rozières,  Chevillelle,  La  Rivière- 
de-Corps,  Boulage  (à  Sainte-Savine),  Chicherey,  Mamay  et  Culoison 
(de  la  paroisse  de  Sainte-Maure),  Nozay,  Saint-Remy  et  Saint-Martin- 
80U8-Barbuise,  Premier-Fait.  Dans  la  viUe  de  Troyes,  il  existait  plu- 
sieurs maisons  ou  propriétés  en  franc-aleu,  notamment  la  maison  de 
Saint-Adérald.  Il  y  en  avait  à  Âuxon,  à  Paisy-Cosdon,  à  Yen- 
deuvre,  à  Chalette,  à  Rosnay,  à  Vemonvilliers,  à  Villiers-le-Bois, 
à  Eclanccy  i  Géraudot,  etc. 


J 


COUTVIIES   DU   BAILLIAGE    DB    TR0T£8.  37 

venir  aucun  fait  de  coutume  dérogeant  au  texte  publié  (1). 

Les  commissaires  ropux  réservent  en  principe  la  dis* 
cussion,  en  ce  qui  concerne  :  1*  la  noblesse  utérine  ;  2*  les 
bourgeoisies  royales;  3*  les  coutumes  d'entre  Seine  et  Aube 
et  celles  d'entre  Seine  et  Yonne,  mais  en  déclarant  que,  sur 
les  points  contestés,  il  en  serait  usé  à  l'avenir  comme  au- 
paravant jusqu'à  réformation. 

Malgré  les  réserves  expresses,  faites  en  faveur  de  la  nô- 
blcœe,  de  se  pourvoir  sur  ces  trois  points  importants, 
aucune  diligence  dans  ce  but  n'a  été  faite  ultérieurement 
à  la  publication,  et  aucune  décision,  quelle  que  soit  l'auto- 
rité dont  elle  aurait  pu  émaner,  n'est  intervenue  pour  mo- 
difier la  rédaction  de  1509.  Aussi  y  a-t-il  lieu  de  s'étonner 
qu'on  écrive  depuis  quelques  années,  que  la  question  l'ek* 
tive  à  la  noblesse  utérine  en  Champagne  n'a  pas  été  ap- 
prouvée, ni  improuvée  officiellement  :  le  point  de  droit 
restant  en  suspens,  et  les  diverses  juridictions  jugeant  selon 
leur  caprice. 

Sur  les  réserves,  la  noblesse  garda  le  silence,  et  Tusance 
et  la  coutume  ancienne,  formulées  dans  les  articles  préci- 
tés, eurent  l'autorité  qu'elles  avaient  avant  la  rédaction 
de  1509. 

Les  signes  indélébiles  de  la  noblesse  en  Champagne  ne 
sont  donc  pas  faciles  à  déterminer,  en  dehors  des  anoblis- 
sements par  titre.  La  bourgeoisie  la  côtoyait  de  si  près  que 
bien  souvent  elle  y  mêlait  son  sang,  ses  biens,  sa  fortune. 

Sans  s'arrêter  à  la  distinction  à  faire  et  difficile  à  saisir, 
entre  les  nobles  vivant  roturièrement  et  les  bourgeois  vivant 
noblement,  il  faut  compter  encore  avec  les  privilèges  ac- 
cordés,   en    1178,  à  Gérard  de  Langres,   à  Humbert- 

Sauquerel,  à  leurs  femmes  et  à  leurs  lignées  mâles  et  fe- 

(i)  Siu*  la  publicaiiou  des  Coutumes.  —  Arch.  mun.  —  A.  A., 
ciurton60, 1^  liasse,  et  toutes  les  éditions  des  Coutumes  du  baiUiage 
de  Troyes,  surtout  le  Compuhoire  de  1693  ;  3*  édition  de  Legrand. 
In  finie.  Bibl.  de  Troyes,  manuscrit  n*  12. 


38  GOimTMES  BU   BAI1XIA6B    DE    TROTBS. 

melles  et  à  leurs  alliés,  qui,  sous  la  dénomination  de  :  Hoirs 
Musnier,  ou  Musnière,  étaient,  au  commencement  du 
XVI*  siècle,  répandus  dans  plus  de  cent  vingt-cinq  paroisses 
des  diocèses  de  Troyes,  de  Sens,  de  Châlons  et  deLangres; 
puis,  avec  ceux  des  nombreux  descendants  des  deux  sexes 
de  Pierre  et  Bancelin  de  Vert,  qui,  à  la  veille  de  1 789,  ré- 
clamaient encore  contre  le  duc  de  la  Vrillière,  seigneur 
d'Ervyetd'Auxon,  la  reconnaissance  et  l'application  de  leurs 
privilèges  qui  équivalaient  presque  à  noblesse. 

Enfin  la  noblesse  utérine  ne  pouvait  pas  non  plus  être 
oubliée.  En  1645,  sur  301  ménages  existant  à  Romilly- 
sur-Seine,  on  en  trouvait  224  nobles,  38  roturiers  et 
39  mixtes,  ceux-ci  étant  ceux  où  le  père  était  roturier  et  la 
mère  noble,  ainsi  que  les  enfants,  suivant  Tadage  champe- 
penois  :  le  ventre  anoblit  (1).  Si  cet  adage  coutumier 
n'avait  été  appliqué,  Romilly  certainement  n'aurait  pas 
compté  un  aussi  grand  nombre  de  nobles,  qui,  sans  aucun 
doute,  n'ont  pas  lait  leurs  preuves  devant  l'intendant 
Caumartin. 

Au  XV*  siècle,  les  preuves  de  noblesse  paraissent  bien 
fugitives,  j'allais  dire  bien  fugaces.  Voici  comment  les  frères 
Bureau,  ces  illustres  Champenois,  ces  compagnons  et  alliés 
de  Jacques  Cœur,  firent  leurs  preuves  de  noblesse,  vers  1 453 . 

Cette  famille,  originaire  de  Semoine,  habitait  le  village 
de  Thaas.  Son  dégagement  des  liens  de  la  servitude  était  con- 
testé par  le  prieur  de  Gaye,  qui  disait  Jean  Bureau,  le  chef 
de  la  famille,  homme  de  corps  et  de  serve  condition  de  son 
église  à  cause  de  sa  mère. 

Pour  établir  que  la  famille  n'était  pas  seulement  franche, 
mais  noble,  les  frères  Jean  et  Gaspard  Bureau  alléguèrent 
deux  motifs.  Par  le  premier,  ils  disaient  que  Jean  Bureau, 
de  Thaas,  était  communément  vêtu  de  robes  à  lambeaux  ou 
en  échiquier,  et  en  habit  de  gentilhomme.  Par  le  second, 

(i)  d'Arbois  de  JtBATNviLLE.  toyage  paléographique,  p.  161. 


COUTUMES   OU   BAILUAGE   DE  TE0TE8.  99 

que  Perette,  leur  sœur,  mariée  à  Jean  Legras,  avait  clé,  a 
son  mariage,  portée  sur  une  civière  et  avec  un  fagot  d'épines 
et  de  genièvre  au  moutier  (a  l'église)  comme  gentille-femme; 
qu'elle  avait  paru  en  voile  et  qu'elle  fut  épousée  devant  le 
crucifix  en  Téglise  de  Semoine.  Le  lendemain,  elle  fut  de 
nouveau  portée  sur  la  civière,  avec  fagots  d'épines  et  de 
genièvre,  comme  on  a  coutume  de  le  faire  d'ancienneté 
pour  les  gentilshommes  et  les  gentilles-femmes  du  pays  ; 
les  épousées  non  uobles,  étant  mariées  sans  voile  à  la  porte 
de  l'église  et  n'étant  point  portées  sur  la  civière  (!]• 


§1". 

De  la  Noblesse  maternelle. 

Tel  est  le  résumé  sommaire,  exact  et  concis  de  ces  inté- 
ressants débats,  tant  en  la  forme  qu'au  fonds,  en  ce  qui 
touche  la  noblesse  utérine. 

Je  dois  justifier  mon  opinion.  Elle  a  déjà  été  l'objet 
d'observations. 

Un  savant  critique,  M.  A.  de  Barthélémy,  repousse 
l'existence  de  la  noblesse  utérine.  Il  s'appuie  sur  les  textes 
suivants  contenus  dans  des  copies  non  authentiques  et  cer- 
tainement incomplètes  de  :  Lidroict  et  H  coustumes . 

Le  premier  texte  porte  :  «  Il  est  coutume  en  Champaigne 
»  que  se  enfant  demorent  de  père  et  de  mère  soient  noble 
»  ou  de  poestej  se  il  y  a  hoir  aagie  il  doit  avoir  la  voerie  de 
)>  ces  (ceux)  qui  seront  dessouz  ange  et  de  tant  come  il  se- 
»  ront  en  avoerie  li  avoe  ne  perdront  ne  gaaigneront  (2)  ;  » 

Le  deuxième  et  le  troisième  :  «  Il  est  coustume  en  Cham- 


(i)  L\  Roque.  Traité  de  la  noblesse^  p.  165. 
(2)  Bib.  nat.,  f.  de  Notre-Dame,  n»  120,  art.  xvi. 


40  COUTUMES   DU   BAILLIAGE    DE    TROTB&. 

»  paigne  que  se  enfans  demorent  de  père  et  de  mère  et 
Y>  soient  noble  ou  de  poeste  (1  )•  » 

Le  quatrième  :  a  Coustumc  est  que  se  enffens  demeurent 
sans  père  et  sans  mère  soient  nobles  ou  non (2)-  » 

Le  cinquième  :  <c  11  est  accoustumé  en  Champaigne  que 
se  enfans  demeurent  de  père  et  de  mère  soient  noble  ou  de 
pe.....(3). 

Un  sixième  texte  est  celui  qui,  pour  la  première  fois,  a  été 

publié  par  M.  Allen  (Edition  des  Coutumes m.dcix).  Il 

porte  que  :  «  se  enfans  noble  demeure  de  père  et  de  mère 
»  soient  noble  ou  de  père  ou  de  mère »  Faut-il  suppo- 
ser l'existence  d'un  sixième  recueil  manuscrit  ?  C'est  pos- 
sible. 

Selon  les  déductions  que  nous  avons  produites,  la  re- 
connaissance de  la  noblesse  maternelle  domine  non-seule- 
ment la  Coutume  du  bailliage  de  Troyes,  publiée  fin  d'oc- 
tobre 1509,  mais  encore  celle  de  Sens,  rédigée  et  publiée 
en  1506,  puis  réformée  en  1555,  sans  contestation  ni  mo- 
dification sur  ce  point  important;  celles  de  Meaux  et  de 
Yitry,  publiées  dans  le  même  mois  d'octobre  1509  et 
quelques  jours  avant  celle  de  Troyes  ;  celle  de  Chaumont 
dans  la  même  année  1509,  et  alors  qu'une  rédaction  avait 
déjà  été  dressée  en  1494  et  sans  aucune  réclamation  du 
chef  en  question. 

Les  textes  de  ces  différentes  Coutumes  sont  écrits  et 
dressés  dans  le  même  esprit.  U  n'existe  qu'une  faible  dif- 


(i)  Bibl.  nat,  nos  5256  et  98^22  du  fonds  français. 

(2)  Môme  bibl.,  n«s  1805,  f.  franc. 

(3)  Codex  Colb.,  2032;  Regnis  98i2io.  Cet  exemplaire  provient 
de  la  bibliothèque  des  Jacobins,  ou  frères  prêcheurs  de  Troyes,  d'où 
il  a  passé  dans  la  bibliothèque  colbertine.  —  C'est  celui  sans  doute 
qui  a  été  solennellement  communiqué  au  Parlement  de  Paris,  pen- 
dant la  discussion  de  la  coutume,  et  si  maltraité  dans  cette  discussion 
par  la  bourgeoisie.  (Voir  ci-dessuç). 


COUTVlfBS   DU   BAILLIAGE    DE    TEOTES.  41 

férenee,  dans  celle  de  Châlons  ou  les  droits  du  roi  sont 
réservés. 

Ainsi  :  Coutumes  de  Troyes,  art.  i.  Les  aulcuns  sont 
nobles,  les  autres  non  nobles.  Ceux  sont  nobles  qui  sont 
issuz  en  «  mariage  de  père  ou  mère  noble  et  suffit  que  le 
»  père  ou  la  mère  soit  noble,  posé  que  l'autre  desdits 
»  conjoinets  soit  non  noble  ou  de  serve  condition  (1).  » 

Chalons,  art.  ii.  «  Le  ventre  affranchit  et  anoblit,  pour 
»  jouir  du  bénéfice  que  la  coustume  octroyé  aux  nobles 
»  seulement,  et  non  en  ce  qui  concerne  les  droits  du  roy.  » 

Art.  III.  «  Nobles  issus  de  père  noble,  mère  noble  ou  ro- 
»  turière,  en  loyal  mariage,  qui  sont  issus  de  père  roturier 
»  et  mère  noble,  sont  exempts  des  droits  de  thonneux, 
»  grand  et  petit  guet,  du  prévosl  et  forage  et  en  ce  qui  est 
»  de  leur  creu,  encores  qu'ils  vivent  roturîèrement.  » 

Meaux^  art.  iv.  «  Entre  gens  nobles,  le  fruict  ensuit  la 
»  condition  du  père  ou  de  la  mère  :  car  il  suffit  que  l'un 
I)  des  conjoincls,  par  mariage,  soit  noble,  à  ce  que  les  en- 
»  fans  qui  en  ystront  soient  censez  et  reputez  personnes 
»  nobles.  » 

Sens,  art.  161  de  la  nouvelle  coustume  et  168  de  l'an- 
cienne. —  a  Les  enfans  nés  de  père  ou  de  mère  noble  sont 
î>  réputés  nobles,  et  posé  que  l'un  d'iceulx,  père  ou  mère, 
»  soit  roturier.  » 

Chaumont,  art.  ii.  «  Et  quant  aux  nobles,  l'on  tient  cous- 
»  tume  audit  bailliage  que  ceulx  sont  dictz  et  réputez 
i>  nobles  qui  sont  issus  et  naiz  en  mariage  de  père  et  de 
»  mère  nobles,  ou  de  père  noble  et  de  mère  non  noble  ;  ou 
»  de  mère  noble  et  de  père  non  noble;  et  qu'il  suffist  l'un 
»  d'iceux,  père  ou  mère,  cstre  noble  à  ce  que  le  fruict  soit 
»  noble.  » 

VïTRY,  art.  69.  a  Quand  sont  deux  conjoinets  par  ma- 


(1)  Edition  de  idOO.  —  Diverses  sentences  rendues,  de  1510  à 
1528,  maintiennent  la  noblesse  matenieUe. 


42  COOTOIUS  DD   BAIU1A6B    0B    TROTES. 

»  riage,  le  mari  franche  personne,  et  femme  noble  ;  et  la- 
»  dite  femme  va  de  vie  à  trépas  délaissant  enfans,  le  fils 
»  aîné  aura  son  droit  d^ainesse  en  la  succession  de  ladite 
»  mère,  ainsi  que  dessus  est  dit  es  successions  des 
»  nobles.  » 

Le  principe  de  la  noblesse  utérine  est  posé  dans  Tar- 

ticle  XX  du  recueil  de  Li  Ih'oits ,  rapportant  un  arrêt 

de  i289,  rendu  par  la  cour  des  Barons,  où  siégeaient,  avec 
des  jurisconsultes,  plusieurs  nobles  dont  les  noms  sont 
conservés  a  et  plusieurs  autres  à  grand  fouison.  » 

Une  série  de  décisions  données  par  des  juridictions,  sta- 
tuant sur  des  intérêts  divers  et  basées  sur  le  principe  qui 
découle  de  cet  article,  conduit  jusqu'à  la  veille  du  jour  où 
les  Coutumes  du  bailliage  de  Troyes  et  autres  de  Cham- 
pagne ont  été  publiées.  Nous  rapportons  ci-après  vingt  dé- 
cisions sur  la  matière  et  toutes  conformes.  Ces  sentences  ont 
été  réunies  par  les  soins  de  Téchevinage  de  Troyes,  qui  les 
a  groupées  pour  justifier  les  prétentions  des  nobles  de  mère 
et  les  a  produites  aux  commissaires  royaux,  sous  la  cote  H 
de  l'inventaire  de  production  (1). 

On  pourra  consulter  le  document  ci-après,  n""  2,  qui 
résume  ces  sentences;  nous  nous  bornons  ici  à  en  citer 
une  seule  avec  l'incident  dont  elle  fut  suivie. 

En  1440,  le  bailli  de  Troyes,  agissant  en  qualité  de  com- 
missaire royal,  après  plusieurs  enquêtes  et  l'audition  de 
plusieurs  conseillers,  avocats  et  praticiens,  décide  que  a  le 
»  fruit  et  les  enfants  issus  d'homme  non  noble  et  de  femme 
n  noble,  ensuivent  et  doivent  ensuivre  le  noble  côté  et 
»  jouissent  et  doivent  jouir  du  privilège  de  noblesse,  sup- 
»  posé  que  le  père  ne  soit  noble.  » 


(1)  Cet  inventaire  existe  en  partie  aux  archives  de  Thôtel-de-ville 
de  Troyes,  n.  f.  carton  00,  liasse  Ire;  |es  sentences  font  partie  des 
manuscrits  de  la  bibliothèque  de  la  même  ville,  n<*  1291,  et  faisaient 
.partie  de  cette  même  cote  H. 


COCTUnSS   DU   BAILLIAGE    DE    TR0TE8.  43 

Puis  le  bailli,  allant  au-delà  de  la  contestation,  décide,  par 
voie  de  règlement,  «  que  dorénavant  par  le  procureur  du 
»  roi,  ni  \ysLr  ses  successeurs  ne  serait  plus  nyée  icelle  cou- 
»  tume,  et  ainsin  le  défendit-on  audit  procureur.  » 

Celte  sentence  de  1440  fut,  en  1469,  déposée  par  copie 
authentique  entre  les  mains  du  procureur  de  la  ville,  pour 
y  avoir  recours  au  besoin.  Cette  copie  fut  payée  des  deniers 
de  la  ville  (1). 

A  ces  seuls  points  s'arrête,  pour  nous,  la  discussion. 
Nous  ne  pouvons  anticiper  sur  Tavenir  et  appliquer  aux 
faits  du  xv""  siècle  la  législation  de  Louis  XIY.  Il  y  aurait, 
du  reste,  anachronisme  à  le  faire,  car  les  habitudes  et  les 
lois  s'étaient  profondément  modifiées  en  cette  matière 
comme  en  tant  d'autres.  Nous  ne  définirons  pas  non  plus 
les  privilèges  de  la  noblesse  qui  sont  différents  suivant  les 
contrées  et  surtout  suivant  les  temps.  «  Le  Parlement,  se- 
lon M.  A.  de  Barthélémy,  garda  le  silence  et  laissa  la 
question  sans  solution.  »  Le  Conseil  d'Etat  évita  encore  de 
se  prononcer.  On  ordonna  à  l'intendant  de  laisser  la  ques- 
tion pendante.  On  imposa  silence  aux  préposés  à  la  re- 
cherche des  faux  nobles,  et  on  leur  enjoignit  de  ne  pas 
s'occuper  de  ceux  qui  justifiaient  de  leur  noblesse  par  les 
femmes. 

Quelle  conséquence  tirer  de  ces  faits,  sinon  que  tous  les 
intéressés,  le  roi  en  tète,  ses  officiers  dont  les  intérêts  ne 
sont  pas  toujours  unis  au  sien,  les  receveurs  des  jurées  ou 
du  domaine,  les  avocats  ou  procureurs  du  roi  devant  les 
diverses  juridictions,  les  nobles,  le  clergé  parties  au  procès, 
le  Tiers-Etat,  demeurèrent,  après  1509,  inactifs  devant  la 
rédaction  admise  ?  Les  nobles  de  père,  ou  la  noblesse  en  gé- 
néral, n'usèrent  pas  des  résenes  faîtes  en  leur  faveur.  Am- 


(1)  Arch.  mnn.  n.  f.  B.  n'*  25,  Mention  de  paiement  où  sont  rap- 
portés le  passage  et  la  mention  ci-dessus. 


44  COUTUMES   DU   BA1IXU€E  »E  TIOYBS. 

cun  iniéressé  ne  provoqua,  devant  qui  de  droit,  de  solu** 
tien  autre  que  celle  de  1 509. 

Quelle  est  la  conclusion  Cnale,  si  ce  n'est  la  reconnais- 
sance formelle  par  tous  les  intéressés  que  l'article  i^'  de  la 
Coutume  de  1509,  pour  le  bailliage  de  Troyes,  était  l'ex- 
pression exacte  et  vraie  des  faits  coutumiers  ^uv  la  noblesse 
maternelle  dans  le  principal  bailliage  du  comté  de  Cham« 
pagne,  comme  dans  ceux  de  la  province  ? 


S  IV. 

Opinion  sur  Torlgine  de  la  noblesse  utérine  et  du 

fi:*anc-aleu  en  Champagne. 

J'ai  déjà  dit  que  la  noblesse  de  Champagne  n'a  pas  cons^ 
titué  une  aristocratie  nobiliaire  aussi  qualifiée  que  celle  de 
beaucoup  de  provinces.  On  a  cherché  à  expliquer  cette  in- 
fériorité du  nombre,  et,  dirai-je,  de  la  qualité,  en  préten- 
dant que  la  noblesse  de  Champagne  avait  été  détruite  com- 
plètement ou  à  peu  près,  dans  certaines  batailles  livrées,  soit 
à  Fontenaille  (Yonoe),  soit  à  Janine  (Seine-et-Marne),  soit 
même  en  Terre-Sainte.  Il  faut  mettre  ces  récits  au  nombre 
des  légendes,  car  ni  les  uns  ni  les  autres  n'ont  l'histoire 
pour  appui. 

Uès  l'origine  des  juridictions,  dès  1289^  la  coutume  de 
Champagne  reconnaît  comme  noble  celui  dont  Tun  des 
auteurs,  le  père  ou  la  mère,  appartient  à  la  noblesse,  quand 
bien  même  Tun  ou  l'autre  des  auteurs  serait  issu  de  parents 
encore  retenus  dans  les  liens  de  la  servitude.  Cette  cou-r 
tume,  selon  nous,  fut  une  faveur  accordée  dans  le  seul  but 
d'augmenter  en  nombre  le  corps  de  la  noblesse  champe- 
noise. 

Comme  les  autres  provinces,  la  Champagne  devait  payer 


GOUTDHBB    W   BAILLIAGE   DE  TKOYES.  4S 

son  contingent  de  noblesse,  soit  au  comte,  soit  au  roi  de 
France.  Il  fallait  donc  mettre  la  population  en  état  de  four- 
nir ce  contingent.  Et  si  celle-ci  était  moins  ancienne,  moins 
titrée,  elle  n'était  pas,  dès  les  xu"^  et  xiu*  siècles,  inférieure 
en  nombre  à  celle  de  beaucoup  d'autres  provinces. 

Une  cause  naturelle,  topographique,  semble  avoir,  pen- 
dant longtemps,  éloigné  de  la  contré^  la  noblesse  de  race, 
celle  qui  se  prétend  issue  des  envahisseurs  du  Nord,  des 
vainqueurs  du  v"*  siècle.  Dans  nos  plaines  immenses,  elle 
ne  trouvait  ni  les  hauteurs  escarpées,  sur  lesquelles  elle  ai- 
mait à  placer  ses  formidables  châteaux,  ni  les  matériaux 
suffisamment  résistants  pour  se  loger  en  temps  de  paix  ou  se 
réfugier  en  temps  de  guerre,  ni  un  sol  suffisamment  géné- 
reux pour  faire  vivre,  et  les  nobles  et  ceux  qui  les  entou- 
raient, du  produit  dîi  trava'd  des  gens  attachés  à  la  sei- 
gneurie. Si  la  noblesse  bourguignonne  fut  nombreuse,  si 
la  plupart  de  ses  membres  eurent  la  prétention  d'être  issus 
des  vainqueurs  de  la  Gaule,  c'est  qu'à  toutes  les  époques  ils 
ont  pu  s'abriter  derrière  leurs  donjons,  couronnant  la  cime 
des  rochers  et  que  le  temps  est  impuissant  à  détruire.  Si  la 
Champagne  a  conservé  son  nom  de  région  naturelle,  on 
peut  croire  que,  si  elle  a  été  vaincue,  au  v*  siècle,  les  vain- 
queurs ne  Font  pas  dominée,  n'ont  point  dressé  leurs  for- 
teresses et  ne  lui  ont  pas  imposé  leur  nom  de  confédéra- 
tion comme  les  Burgondes  sur  les  régions  naturelles  si 
diverses  qui  constituaient  l'ancienne  province  de  Bourgogne. 

Plus  tard,  et  par  cette  cause  dominante  à  toutes  les 
époques  de  son  histoire,  on  peut  dire,  avec  Grosley,  dans 
ses  Recherches  sur  la  noblesse  utérine,  l'une  de  ses  meil- 
leures dissertations,  on  peut  dire  que  «  les  comtes  de  Cham- 
pagne, voulant  favoriser  et  encourager  le  commerce  et 
augmenter  la  prospérité  de  leurs  Etats,  excitèrent  l'émulation 
de  leurs  sujets,  en  permettant,  sans  dérogeance,  le  mariage 
des  filles  nobles  avec  des  commerçants,  et  en  laissant  aux 
irmts  de  ces  unions  le  privilège  de  noblesse.  Cette  faveur 


46  CODTimVS  BU   iAlLUA6E   BB    TBOTI8. 

avait  pour  résultat  d^enrichir  cette  dernière  classe  et  de  ré- 
compenser les  commerçants  de  leur  activité,  «  toujours 
profitable  à  TEtat  et  à  la  chose  publique.  » 

Quant  au  franc-aleu,  lors  de  la  discussion  des  Coutumes 
de  Troyes,  les  nobles  se  plaignaient  vivement  et  longue- 
ment de  l'application  d'une  telle  coutume.  La  réponse  du 
procureur  du  roi,  celle  des  communautés  de  Troyes  et  des 
villes  et  châtellenies  furent  a  que  le  franc-aleu  est  la  plus 
générale  coutume  du  bailliage  ;  qu'elle  est  gardée  et  obser- 
vée inviolablement  depuis  si  longtemps  qu'il  n'est  mémoire 
ni  du  commencement  ni  du  contraire  dans  le  bailliage  de 
Troyes,  conune  dans  tout  le  comté  de  Champagne.  »  Ce  fait 
est  aussi  notoire  que  l'adage  de  la  Coutume  gardé  par  tout 
le  royaume,  qui  veut  que  le  mort  saisisse  le  vif,  le  plus 
prochain  à  lui  succéder.  Ce  n'est  pas  d'aujourd'hui  que  l'on 
dit  :  <f  Les  allodiaux  et  les  francs-aleux  dj  Champagne.  » 

Ce  fait  est  établi  sur  la  stériUté  et  l'infertilité  du  sol. 
«  Quand  un  homme  a  mille  arpens  de  terre  il  ne  saurait  en 
mettre,  par  an,  plus  de  cent  en  culture.  Il  convient  de  lais* 
ser  reposer  le  sol  pendant  huit  ou  dix  ans,  et  encore  au  bout 
de  ce  temps  la  terre  ne  rapporte-t-^lle  que  bien  peu,  si  elle 
n^est  amendée  et  engraissée.  Près  de  Troyes  et  en  plusieurs 
lieux,  on  trouverait  bien  10,000  arpents  de  terre  à  vendre  à 
deux  sous  l'arpent,  le  fond  et  le  tréfond,  et  le  roi  en  a  bien 
10,000  arpents  dont  on  ne  trouverait  pas  un  sou  par  ar- 
pent. » 

C'est  à  ces  causes,  c'est  à  sa  pauvreté  que  la  Champagne 
doit  la  libéralité  de  sa  Coutume.  La  noblesse  à  l'origine  est 
peu  nombreuse^  la  Coutume  favorise  le  développement  de 
cette  classe;  le  sol  est  pauvre,  il  est  déchargé  des  droits 
féodaux  trop  onéreux  et  qui  ne  sauraient  être  utilement  per- 
çus par  ceux  qui  auraient  pu  y  avoir  droit. 

Il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  nier  ni  l'un  ni  l'autre  des  prin- 
cipes dont  je  viens  d'avoir  l'honneur  de  vous  entretenir  : 
l'un  est  la  conséquence  de  l'autre.  Si  l'un  n'eût  pas  existé, 


Goerrais  mj  baiixiaoe  de  troyks.  47 

l'autre  n'aurait  pas  été  appliqué  ;  et  comme  on  Ta  dit  :  En 
Champagne,  <i  nul  seioniur  sans  titre  d  contrairement  à 
Tadage  général  en  France  :  nulle  terre  sans  seigneur. 


Les  Hoirs  Musnier.  —  Le  Bancelinaffe  ou  les  privi- 
lèges de 'Pierre  et  de  Bancelin  de  Vert. 

Dans  tous  nos  recueils  ou  commentaires  des  coutumes 
du  bailliage  de  Troyes  sont  nommés  les  Hoirs  Musnier, 
miau  les  Hom  Musnières.  On  rapporte  la  légende,  puis 
l'acte  d'affranchissement)  et  généralement  à  ces  faits  s'arrête 
la  mention  qui  intéresse  cette  a  franche  lignée  »  comme  on 
disait  au  xv"*  ûècle.  Quant  aux  privilèges  accordés  à  Pierre 
et  Bancelin  de  Vert,  il  en  est  à  peine  question  et,  si  les 
Hoirs  Musnier  dirent  s'éteindre  leurs  privilèges  au  xvii''  siècle, 
les  descendants  de  Pierre  et  de  Bancelin  de  Vert  persis- 
tèrent jusqu'^a  1789  dans  l'eiercice  de  leurs  privilèges. 

Occupons-nous  d'abord  des  Hoirs  Musnier.  Henri-lc- 
Libéral,  en  1175,  accorda  à  Girard  de  Langres,  et  à 
Humbert  Saquerel,  à  leurs  femmes,  à  leurs  héritiers  mâles 
et  femelles  et  à  leurs  alliés  par  mariage,  un  affranchissement 
qui  prit  un  caractère  légendaire  et  reçut  la  désignation  de  : 
Privilèges  des  Hoirs  ou  Héritiers  Musnier. 

La  légende,  mais  non  les  lettres  du  comte  Henri,  rap- 
porte qu'Anne  Musnier,  femme  de  Girard  de  Langres,  née 
aux  Noës,  près  Troyes,  selon  d'autres,  à  Provins  ou  à  Noé, 
près  d'Ëssoyes,  ce  qui  doit  être  une  erreur,  aurait  décou- 
vert un  complot  formé  dans  le  but  d'attenter  aux  jours  du 
comte  Henri.  D'où  vient  la  légende?  Nul  ne  lé  sait  aujour- 
d'hui. Toujours  est-il  que  l'afiïranchissement,  mais  non 
l'anoblissement,  eut  lieu  en  1175  et  fut  confirmé  trois  ans 


48  COUTUMES   DU    BAILUAGK    D£   TROYBS. 

après.  Par  cet  acte,  le  comte  Henri  déclare  libres  Girard  de 
Langres  et  Humbert  Saquerel,  tous  leurs  héritiers  et  con- 
joints par  mariage^  et  les  dispense,  à  perpétuité,  de  toute 
taille,  de  toute  exaction,  ost  et  chevauchée^  en  payant  à  son 
aumônerie,  par  an  et  le  vendredi-saint,  la  somme  de  vingt 
sous.  Ils  ne  devaient  être,  en  justice,  tenus  de  se  présenter 
qu'au  comte  lui-même. 

En  1198,  Thibault  III  approuve  Tacte  de  son  père,  et, 
nommant  Girard  de  Langres  et  sa  femme  Musnière 
[Mmneriœ)^  il  réduit  à  cinq  la  redevance,  d'abord  fuée  à 
20  sous,  et  due^  à  l'avenir,  par  leurs  enfants  et  descen- 
dants, ainsi  que  par  leurs  époux.  Cette  redevance  devint 
payable  le  jour  du  décès  du  père  de  Thibault,  et  le  produit 
en  fut  applicable  aux  cierges  de  l'église  collégiale  de  Saint- 
Etienne  de  Troyes. 

Les  termes  de  la  charte  d'affranchissement  sont  à  peu  près 
identiques  à  ceux  qui  fixent  les  franchises  concédées  aux 
habitants  de  Chaource,  de  Maraye  et  de  la  Villeneuvo-au- 
Châtelot. 

En  1397,  le  chapitre  de  Saint-Etienne  obtint,  par  son 
trésorier,  Guillaume  Jouvenel,  de  Charles  VI,  des  lettres  de 
garde-gardienne  ou  de  committimus,  l'autorisant  à  appeler 
et  à  faire  citer,  à  l'avenir,  tous  les  Hoirs  Musnier,  quel  que 
soit  leur  domicile,  devant  le  bailli  de  Troyes,  aûn  de  leur 
faire  acquitter,  par  chacun  d'eux,  la  redevance  due  au  cha- 
pitre. 

En  1470^  les  Hoirs  Musnier  sont  au  nombre  de  309  per- 
sonnes, payant  annuellement  cinq  sous  de  rente  et  exemptes 
de  toute  sorte  d'impôts  (1). 

En  1510,  il  intervint  entre  Martin  Hennequin,  trésorier 
de  Saint-Etienne,  se  portant  fort  «  des  venus  et  issus  de  la 
lignée  de  Hoirs  Musnier  m  d'une  part,  et  le  procureur  des 


(1)  Arch.  départementales.  Inventaire  de  la  fabrique  de  Sainte 
Etienne. 


COUTUMES   DU  BAILLIAGE    DE    TROTES.  49 

habitants  de  Troyes  d'autre  part^  une  transaction  relative 
aux  droits  de  voirie,  les  Hoirs  Musnière  sont  dispensés  de 
payer  ces  droits,  lorsqu'ils  transportent  le  produit  de  leur 
culture,  tandis  que  le  droit  est  dû,  lorsque  les  charrois  ont 
lieu  pour  d'autres  causes. 

Pour  attester  leur  lignée,  ils  devaient  produire  preuve 
par  témoins,  en  présence  du  collecteur  des  jurées  du  roi, 
du  procureur  des  habitants  de  Troyes  et  de  celui  du  tréso- 
rier de  Saint-Etienne.  Ainsi  fut  fait  en  1542,  pour  Ozanne, 
d'Arcis,  descendu  des  Hoirs  Musnière  par  Guillelmine,  sa 
mère,  afin  d'être  <c  reçue  en  la  confrérie  et  compagnie  des 
»  Hoirs  Musnière  pour  jouir  des  droits,  franchises  et  privi- 
)»  léges  et  libertés  en  la  manière  accoustumée  et  en  payant 
»  les  droits  en  tels  cas  requis.  » 

Envers  le  roi,  le  privilège  principal,  au  commencement 
du  xvi*  siècle,  était  d'être  dispensé  de  payer  le  droit  de  ju- 
rée, ce  signe  de  franchise  et  de  bourgeoisie. 

En  1526,  le  trésorier  de  Saint-Elienne  est  autorisé  à  ne 
plus  recevoir  cinq  sous,  mais  seulement  deux  sous  six  de- 
niers par  personne.  Il  tenait  un  rôle  par  paroisse  de  tous 
les  descendants  de  Girard  de  Langres  et  de  Humbert 
Saquorel  (1). 

A  la  fin  du  xv*  siècle  et  dans  la  première  moitié  du  xvi', 
la  descendance  de  Musnière  peuple  le  diocèse  de  Troyes. 
Elle  habile  Troyes  et  sa  banlieue  et  quarante-cinq  villages 
du  grand  doyenné,  puis  dans  soixante-quatre  autres  du  dio- 
cèse^ trois  dans  celui  de  Châlons,  cinq  dans  celui  de  Langres 
et  neuf  dans  celui  de  Sens  :  ces  derniers  villages  confinant 
le  diocèse  de  Troyes.  Aux  xv"  et  xvi*  siècles,  on  trouve  la 
plus  grande  partie  des  Hoirs  Musnière  portant  les  noms  des 
familles  qui  vivent  aujourd'hui  dans  notre  banUeue. 


(1)  Le   rôle  de   1558  existe  encore.  Il  rappelle  celui  de  1546, 
qui  n'existe  plus  aux  archives  de  Saint-Etienne. 

T.  xxivi.  4 


50  GODTUUES    DU    BAILLIAGE    DE    TB0TE8. 

En  1547,  le  trésorier  de  Saint-Etienne  reçoit  75  livres 
de  six  cents  personnes  seulement ,  quoique  le  rôle  des  re- 
cettes comprennent  environ  onze  cents  noms. 

Déjà,  à  cette  époque,  les  Hoirs  Musnière  ne  tenaient 
plus  guère,  sinon  à  leurs  privilèges,  au  moins  au  paiement 
des  2  sous  de  redevance»  quoique,  pour  cela,  ils  eussent 
droit,  en  assistant  au  service  commémoratif  du  comte,  à 
une  chandelle  tortis.  En  1609,  le  trésorier  de  Saint-Etienne 
ne  reçoit  que  20  liv.  en  mentionnant  que  «  le  chapitre 
retirait  par  le  passé  bonne  somme  de  deniers  pour  aider  à 
la  fourniture  du  luminaire,  suivant  leurs  lettres  de  leur 
exemption,  et  depuis  25  ans  et  plus  ne  se  reçoit  que  peu  de 
choses.  » 

A  partir  de  ce  jour,  il  n'est  plus  traces  de  recettes  faites 
de  ce  chef  par  le  trésorier  de  Saint-Etienne. 

Les  actes  des  comtes  furent  confirmés  par  Philippe-le- 
Long,  le  roi  Jean  et  même  par  Louis  XIII. 

Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  les  Hoirs  Musnière  se  con- 
fondirent avec  le  surplus  de  la  population  non  privilégiée. 
Cette  lignée  n'atteignit  jamais  à  la  noblesse,  aucun  de  ses 
membres  ne  paraît  Tavoir  ambitionnée.  La  plupart  d'en- 
tre eux  sont  restés  habitants  de  nos  campagnes,  où  ils  cul- 
tivaient le  sol,  comme  le  font  encore  leurs  arrière-petits- 
fils,  vivant  au  xix"  siècle. 

Alors  que  Thibaut  IV  donne,  en  1225,  à  Erard  de 
Brienne,  prétendant  à  la  succession  du  comté  de  Cham- 
pagne, la  ville  de  Maraye,  il  retient  entre  ses  mains  Pierre 
et  Bancelin  de  Vert,  ses  ofGciers,  avec  leurs  héritiers,  leurs 
terres  et  toutes  les  choses  qui  leur  appartiennent.  Pierre  et 
Bancelin  de  Vert  restent  au  comte  et  à  ses  héritiers  avec  la 
franchise  dont  ils  ont  coutume  de  jouir,  et  ni  le  comte,  ni 
ses  héritiers  ne  les  mettront  hors  de  leur  juridiction  et  ne 
les  céderont  à  qui  que  ce  soit. 

Les  siècles  passèrent,  et  on  arrive  au  xviii*,  sans  que  nos 


COUTCIIES   DU   BAILLUGB   DE   TROTES.  51 

archives  aient  gardé  le  souvenir  des  développements  que 
reçurent  dans  l'application  leS  lettres  de  Thibault. 

Dans  plusieurs  instances  qui  eurent  lieu  au  cours  du 
XVIII*  siècle  et  notamment  après  1780,  on  trouve  les  nom- 
breux descendants  de  Pierre  et  de  Bancelin  de  Vert,  habi- 
tant Maraye,  Auxon  et  leurs  environs,  défendant  leurs 
droils  contre  les  officiers  du  duc  de  La  Vrillière,  comte  de 
Saint-Florentin,  baron  d'Ervy  et  seigneur  d'Auxon. 

A  cette  époque,  les  ayant- droit  étaient  exempts  :  a  de 

»  toutes  impositions  serviles,  comme  du  droit  de  minot, 

»  minage  de  blé  et  de  toutes  sortes  de  grains,  de  bourgeoi* 

»  sie,  jurée,  parisis,  gruerie^  grairie,  droit  de  péage,  guet 

»  et  garde,  travers,  c'est-à-dire  de  toutes  sortes  de  bar- 

»  rières,  digues,  chaînes  et  autres  empêchements,  chemins, 

»  levées,  ponts,  passages,  rivières,  écluses  et  pertuis  ;  de 

o  prise  de  loups,  louves  et  louvetaux  et  autres  pernicieux 

»  animaux  ;  ils  étaient  exempts  de  payer  des  amendes  ad- 

»  jugées  par  justice,  si  hautes  qu'elles  puissent  être  ;  ils 

»  étaient  même  quittes  de  l'amende  de  l'appel  autant  de 

»  fois  qu'ilsy  pourraient  être  condamnés,  de  trois  livres,  ces 

')  amendes  étaient  modérées  à  cinq  sous  ;  de  cinq  sous  à 

»  douze  deniers  et  de  douze  deniers  à  quatre  et  de  toutes 

»  sortes  d'amende.  » 


Telle  est  en  quelques  h'gnes  Thistoire  de  ces  deux 
«  franches  lignées,  »  Pour  Tune,  les  privilèges  s'étei- 
gnirent dans  la  révolution  du  xvi*  siècle,  et,  pour  l'autre, 
dans  celle  du  xviii\ 


Troyea,  le  19  janvier  1872. 


52  COOTUMES   DU   BAILLIAGB   DE  TROTBS. 


DOCUMENTS 


I. 


Les  Gonoordaz  dentre  le  Roy  et  Lenesciae. 


PREMIER  QUATERNE  des  doléances  du  procureur  du  Roy  au  bailliaîge  de 
Troyes,  contre  Mons'  Leuesque  de  Troyes  et  ses  ofHciers  ecclésiastiques, 
contenant  trente  articles  a  chascun  desquels  mond.  S' Leuesque  a  respondn 
en  personne. 

Hémoires  pour  nobles  hommes  Michel  Javenel,  Bailly  de 
Troyes,  Jaques  de  Roffey,  son  lieutenant,  Anthoine  Guerin  (I), 
dudit  Troyes,  Jehan  de  Yitel,  son  lieutenant,  adioumez  et  le 
procureur  du  Roy  nostre  sire  audit  bailliaige,  intimé,  contre  mons'' 
maistre  Loys  Raguier,  évesque  dudict  Troyes,  mestres  Jehan 
Michelet,  Guillaume  Piétrequin,  Jehan  Larcerier,  prebtres,  Nicolas 
Huyard,  Henryon  Dorey  et  autres  leurs  consors,  eulx  disans  et 
reputans  le  collège  des  tabellions  de  la  court  ecclésiastique  dudit 
Troyes,  appelans  en  parlement  desd.  bailly,  prevost  et  leursd.  lieu- 
tenants par  assignacion  extraordinaire  au  lundi  après  la  Saint- 
Martin  diver,  l'an  mil  quatre  cens  soixante  et  huit  (2). 

• 

I.  Est  a  présuposer  que  depuis  vingt-cinq  ans  a  ou  environ 
ledit  mons'.  maistre  Loys  Raguier  à  présent  évesque  dudit  Troyes, 
maistre  Pierre  Fieure,  son  officiai,  feux  mons'.  maistre  Jehan 
Lesguise,  jadiz  évesque  et  prédécesseur  immédiat  dudit  mons'. 
maistre  Loys,  maistre  Robert  Deschamps,  Lembert  Millon,  Etienne 
Colin,  ses  officiaulx  se  sont  efTorcez  contre  et  au  préjudice  du  Roy, 
de  sa  justice,  seignorie  et  auctorité  royal,  de  tous  ses  vassaulx  et  à 
la  très  grant  charge  et  foule  de  tous  ses  poures  subgetz  des  bail- 
liaige et  diocèse  de  Troyes  de  vouloir  contre  droit  et  raison  extan- 
dre,  eslargir  et  dilater  outre  leurs  termes  de  leur  juridicion 

(1)  Guéry,  prévost. 

(2)  Je  crois  qu'il  fout  lire  1458  ;  voir  à  la  fin  de  ce  quateme. 


COUTDIIES   DU   BAILUAGB    DE    TROYES.  53 

ecclésiasticqne  et  en  diminuer  les  droiz,  domaines  et  anctorité 
royaulx  et  sarprandre  et  usurper  sur  ledit  seigneur,  sesdits  vas- 
sauk  et  sùbgectz,  en  plusieurs  cas  et  moyens  ilicites  et  très  ouvers 
et  en  ce  ont  faictz  et  mis  à  lencontre  dudit  sieur,  sesdits  vassaulx 
et  subgectz,  plusieurs  grans  excès^  abuz,  usurpacions  et  exactions 
indeues,  desquelz  sensuit  la  déclaracion  en  général  et  brief,  les 
cas  particuliers,  desquelz  seront  plus  amplement  déclarées  quant 
et  où  mestier  sera. 

Les  dessusdits  évesques  et  officiaulx  depuis  ledit  temps  de  ving 
cinq  ans  et  par  espécial  ledit  mons''.  maistre  Loys  et  son  officiai 
se  sont  efforcez  et  efforcent  chacun  jour  d'entreprendre  et  tenir 
court  et  jurisdicion  sur  tous  les  laiz  de  son  évesche  utriusque  sextu 
et  en  tous  cas  et  actions,  ce  que  faire  ne  peult  ne  doit  faire  seule- 
ment en  cas  de  délictz  ecclésiasticques. 

Ledit  mons'.  levesque  respond  sur  ceste  article  précédant  qu'il 
est  contant  que  tous  les  subgectz  du  Roy  layz,  demeurans  et 
ressortissans  ou  bailliaige  et  prevoste  de  Troyes,  ne  soient  traictez 
ne  convenuz  en  cause  devant  son  officiai  et  sil  advient  quilz  y 
soient  convenuz  et  silz  veulent  décliner,  que  ledit  officiai  le  ren- 
voyé incontinant  devant  leur  ordinaire  juge  laiz  et  se  aucuns 
laiz  de  son  diocèse,  quilz  ne  soient  desdits  bailliaige  et  prevoste, 
sont  citez  pardevant  ledit  officia^  combien  que  jusi|ues  a  présent 
il  se  dit  avoir  use  den  retenir  la  congnoissance,  toutevoyes  il 
est  contant  pour  ce  que  les  gens  du  Hoi  à  Troyes  mainlienoeat 
qu'il  n'en  doit  retenir  ladite  congnoissance  de  s'en  rapporter  aux 
advocats  et  procureur  du  Roy  en  parlement  appelé  avec  eulx 
maistre  Ytasse  Luillier,  ou  autre  homme  d'église  du  conseil 
dudit  mons'.  Levesque,  le  Roy  joissant  et  les  deffendeurs  tenant 
telles  quelles  sont  de  présent  et  den  tenir  ce  que  par  les  dessus- 
dits  en  sera  ordonné. 

IL  Item  et  sil  ne  veult  renvoyer  lesdits  laiz  à  leur  déclinatoire 
du  moins  ou  le  plus  souvent  les  délaye  de  jour  en  jour  à  les 
renvoyer  ou  leur  donner  appoinctement  sur  leurdit  déclinatoire 
et  finablement  très  souvent  les  appoincte  et  contrainct  à  sortir 
(ressortir)  pardevant  luy. 

m.  Item  et  se  sont  efforcez  de  juger  et  jugent  que  lesdits  laiz, 
par  ung  seul  et  premier  deffault,  sont  descheuz  de  déclinatoire 
pardevant  ledit  officiai  et  que  les  clers  ni  quœcunque  parte  litis 


n 


54  COUTUMES   DU   BAILLIAGB    DE    TROYES. 

peullent  délivrer  usque  ad  deffinitiva  pardevant  lesdits  bailli  et 
autres  juges  laiz. 

Ledit  monsieur  leyesrpie  respond  aux  deux  articles  prochains 
précédcns  qu'il  est  contant  que  se  aucunes  gens  laiz  sont  convenu 
devant  son  oflicial  et  ilz  sont  mis  en  deiïault,  nonobstant  icelluy 
ils  pourront  décliner  et  demander  leur  renvoy  se  bon  leur  semble 
silz  n'ont  faicte  leur  contestacion  en  personne  ou  par  personne 
souffisant  fondée  quant  a  ce. 

lY.  Item  et  s'elTorcent  de  tenir  court  et  juridiction  et  font  sortir 
pardevant  eulx  tous  clercs  non  mariez,  marchans  et  négociateurs 
publicques,  pour  raison  des  contratz  de  vendicion  et  autres  dépen- 
dances de  leurs  marchandises  et  négociations  séculières^  mesme- 
ment  concernans  le  fait  de  la  police,  statuz  et  ordonnances  de 
leurs  mestieis  et  autrement  en  plusieurs  cas,  esqpielz  de  droit  ne 
de  raison  faire  ne  se  doit. 

Sur  ceste  article  précédant  ledit  mons'.  levesque  a  déclaire  que 
ce  n'est  point  son  entencion  de  prandre  congnoissance  du  fait 
de  la  police,  statuz  et  ordonnances  faictes  et  à  faire  sur  Testât  et 
gouvernement  de  la  police,  mestiers  et  marchandises  de  ladite 
ville,  mais,  du  surplus  dudit  article^  il  en  veult  juger  comme  il  a 
de  coustume. 

V.  Item  et  s'efforcent  de  congnoistre  de  matières  réelles  du  fait 
des  aides,  de  subhaster  (saisir)  biens  devant  leur  prétoire  publicque- 
ment  en  plusieurs  cas  particuliers. 

Sur  ceste  article  précédant,  ledit  mons''.  levesque  confesse  que 
luy  ni  ses  oflSciers  ne  peuvent  ni  doivent  congnoistre  de  matières 
réelles,  de  fait  d'aides,  de  criées  et  subhastations,  en  quelque 
manière  que  ce  soit. 

YI.  Item,  sur  ce  quilz  s'efforcent  et  de  fait  traient  en  caose^ 
ex  officia,  plusieurs  hommes  et  femmes  mariées^  super  bapstu 
carnis,  sans  quérimonie  alternus  quique  et  qaisquis,  ex  illo  bapstu 
nullum  sit  actum  fraaiam  in  matrimonio  et  de  ce  lievent  et 
exigent  plusieurs  et  griefves  amendes  contre  droit  et  raison. 

Sur  l'article  précédent  il  a  este  dit  que  la  chose  demorera  à  la 
discrécion  de  mons^.  levesque,  lequel  a  dit  qu'il  y  procédera  par 
manière  que  l'on  devra  estre  contant. 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE    DE    TROTES.  55 

yn.  Item  et  s'efforcent  de  baillier  et  baillent  chascan  joar  et 
indiféremment  aux  clercs  mariez  monicions  de  biens  contre  les 
juges  royauk,  sergens  et  officiers  laiz  et  de  toutes  autres  parties,  ce 
que  faire  ne  peuvent  ou  doivent  veu  que  de  droit  et  raison  telles 
monicions  de  biens  se  doivent  seulement  donner  à  clercs  non 
mariez  à  lencontre  des  parties  principales  et  non  à  lencontre  des 
juges  ou  exécuteurs. 

Yin.  Item  et  contraingnent  chascun  jour  les  officiers  royaulx, 
sergens  et  autres  juges  laiz,  pardevant  eulx  et  par  leur  sensure 
ecclésiastique,  par  prison,  excommunication  à  révocquer  leurs 
sentences  et  réparer  ou  mectre  au  néant  leurs  exécutions  et,  pour 
ce,  les  condampnent  en  grosses  amendes. 

Sur  les  deux  articles  prochains  précédons,  ledit  mons''.  levesque 
dit  que  de  semblable  et  pareil  est  question  pardevant  mons^  le 
bailly  do  Troyes  et  s'en  rapporte  a  ce  qui  en  sera  fait  en  fin  de 
cause  et  se  pendant  fera  cesser  toutes  telles  monicions. 

IX.  Item  et  encor  s'efforcent  chascun  jour  de  congnoistre  indifé- 
remment des  cas  et  actions  desquelz  la  congnoissance  appartient 
même  aux  juges  laiz  et  non  à  autres,  comme  dufaict  de  la  police, 
des  comptes  des  confrairies,  des  assemblées  de  communaulté  par 
l'auctorité  royale  du  Roy,  du  guet  de  nuyt,  du  port  d'armes,  de 
vendre  vivres,  de  interdire  ou  permectre  la  praticque  de  médecine 
à  ceulx  que  bon  leur  semble  et  autres  plusieurs  cas. 

Sur  ceste  article  précédent,  ledit  mons'.  levesque  respond 
pareillement  que  au  commencement  du  cinquiesme  article  pré- 
cédant. 

X«  Item  et  font  causes  d'office  (d'official)  et  de  ce  liéveni  et 
exigent  plusieurs  grandes  et  griefves  amendes  en  plusieurs  menuz 
cas  particuliers  ou  faire  ne  se  souloit  ou  doit,  comme  de  jurer  la 
mort-Dieu  ou  le  sang-Dieu,  sans  blasfémes  par  gens  laiz  ou  de 
appeler  ung  homme  ou  femme  paliard  ou  ribault,  ou  vendre  un 
peu  de  pouldre  ou  de  saffran,  des  espices  ou  quelzconques  autres 
menuz  vivres,  à  jour  de  feste,  tant  soit  petite,  ungs  patins,  ungs 
souliers,  esguillettes  ou  autres  menues  denrées. 

Sur  ceste  article  précédant,  ledit  mons^.  levesque  respond  qu'il 
entend  que  on  ne  doit  point  vendre  à  fenestre  ouverte,  mais  pour 
bailler  espices,  souliers  ou  autre  chose  nécessaire  à  usage  d'hom- 
me, il  n'entend  point  que  on  en  soit  mis  en  cause. 


56  COUTUMES   DU   BAIUIA6B    DE   TROTES. 

XI.  Item  tiengnent  et  font  tenir  par  leurs  notaires  et  tabellions 
publicquement  sur  la  justice  et  seignorie  du  Roy  audict  Troyes, 
es  lieus  et  carrefours  publicques  de  ladite  ville,  plusieurs  bouticles 
ouvertes  et  jusques  au  nombre  de  quinze  ou  seize,  passant  'et 
stipulant  par  devant  eulk  et  leursdits  noraires,  tous  contracts 
queizconques,  ce  que  d'enciennele  ne  se  faisoit,  fors  seulement 
en  la  court  et  closture  dudit  monsi*.  levesque  et  non  ailleurs, 
entre  clercs  seuUement  et  pour  debtes,  et,  par  lesdits  contractz, 
passent  et  stipullent  toutes  vendues  de  rentes,  d'héritaiges  de 
moitié  croit,  accenssissement,  loyaige  de  maisons  et  autres  que 
faire  ne  peuUent  ou  doivent  au  très  grant  préjudice  et  dommaige  du 
scel  du  Roy. 

Sur  ceste  article  précédent,  ledit  mons''.  levesque  respond  qu'il 
s'en  raporte  aux  gens  du  Roy  à  Paris. 

XII.  Item,  leurs  notaires  ou  tabellions  qui  sont  à  présent  au 
nombre  de  vingt-doux  et  tous  les  prebtres  et  curez  dudit  evesque 
qui  sont  cinq  ou  six-vingt  au  moins,  travaillent  et  citent  indiffé- 
remment ex  officio  et  autrement,  en  tous  cas,  les  povres  subgects 
du  Roy  vivâ  voce  et  sans  mandement  par  escript^  ce  que  faire  ne  ce 
doit. 

Sur  cest  article  précédent,  ledit  mons^.  levesque  respond  qu'il 
ne  permactra  que  aulcun  curé,  prebtre,  tabellion,  notaire  ou  autre 
cite  aucun  vivâ  voce,  mais  par  citacion,  par  escript,  ainsi  que  de 
droit  il  est  permis  et,  s'ilz  font  le  contraire,  il  veult  qu'ils  soient 
pugniz. 

Xin.  Item  et  lesquelz  notaires  ou  tabellions  et  plusieurs  autres 
qu'ils  ont  créez  de  nouvel  et  partout  ledit  evesque  ne  veulent  ou 
osent  instrumenter  pour  le  Roy  ne  autre  partie  queizconque,  à 
lenconlre  dudit  mons^.  levesque^  son  officiai  et  leur  court  ecclé- 
siasticque  et  pareillement  ne  vouldroient  et  oseroient,  les  avocatz 
et  procureurs  dlcelle  court,  proposer  une  déclinatoire  pour  double 
destre,  par  ledit  monsi*.  levesque  et  son  officiai  et  autre  de  ladite 
court  ecclésiastique,  vilenez  et  menassez,  injuriez  et  répuisez,  ainsi 
que  eulx  et  plusieurs  officiers  du  Roy  par  espécial  le  procureur^ 
advocat  en  la  court  de  l'église,  leurs  subslituz  et  autres  ont  esté 
par  plusieurs  et  diverses  foiz^  en  exécutant  leurs  offices  traictans 
et  combattans  les  droiz  du  Roy  dont  on  fera  apparoir  deuement 
des  cas  particuliers  quant  temps  sera. 

Sur  ceste  article  précédent,  ledit  mons''.  levesque  respond  et 


COUTUMES   DU   BAILLIAGI   DE  TROTES.  57 

dict  qn'il  n'east  oncqaes  congnoissance  dadit  contenu  aadit  article 
et,  (si)  ainsi  est,  luy  en  desplaist  et  au  plaisir  de  Dieu  mectra  telle 
ordre  entre  ses  ofBciers  que  le  Roy  et  son  peuple,  par  raison,  en 
devront  estre  contant. 

XIV.  Item  et  combien  que  de  toute  ancienneté  ne  feussent  ou 
ayent  esté  que  deux  promoteurs,  en  tout  ledit  évesché,  ce  néant- 
moins  lesdits  mons^.  levesque  et  son  officiai,  pour  tousiours  vexer 
et  travailler  les  povres  subgetz  du  Roy  et  pour  tirer  amende  et 
argent  en  plus  grant  adluance  et  habondance,  ont  comiz  et  de 
nouvel  créez  et  mis  sus  jusques  au  nombre  de  six  promoteurs,  les 
aucuns  desquels,  combien  qu'ilz  aient  procuré  la  pugnicion  et 
correction  des  vices  sur  leurs  subgetz,  sont  gens  de  petit  et  povre 
gouvernement,  quant  aux  meurs,  dissoluz  et  désordonnez,  qui  est 
chose  malséant  et  de  piteuse  exemple;  tous  lesquelz  promotteurs 
prengnent  et  exigent,  chascun  jour,  grans  despens  sur  les  povres 
parties  et  n'en  rendent  nulz,  qui  est  contre  droit  et  raison  et  contre 
ce  que  anciennement  se  faisait  et  doit  faire. 

Sur  ceste  article  précédent,  ledit  mons''.  levesque  respond  et  dit 
qu'il  n'a  acoustumô  d'avoir  que  trois  promotteurs  et  n'a  pas 
entention  d'en  créer  aultres,  outre  ledit  nombre  et,  à  son  povoir, 
les  gardera  de  opprimer  et  travailler  le  peuple.  Et  s'ilz  le  font  les 
en  pugnira  et,  touchant  les  despens  adjugez  au  proffit  des  promot- 
teurs ou  de  leurs  parties  adverses,  ledit  mons*".  levesque  y  pensera 
et  les  gens  du  conseil  du  Roy  aussi  et  y  trouveront  quelque  bon 
appoinct. 

XY.  Item  et  se  font  payer  lesdits  procureurs  et  promoteurs  du 
portage  de  leurs  citai  ions  par  les  parties  et  pour  chacune  lieue  à 
la  regard  du  taux,  combien  qu'ilz  ne  les  ayent  point  portes  et  de  ce 
lievent  et  exigent  ung  merveilleux  argent  sur  lesdits  povres  subgectz 
et  contre  raison. 

XYI.  Item,  mais  ont  acoustumé  de  faire  porter  icelles  citacions 
par  les  curez  ou  doyans  rusaulx  auquelz  curez  ou  doyans  rusaulx, 
ilz  ne  paient  aucune  chose  pour  ledit  portaige  ou  du  moins  n*en 
paient  pas  le  quart  denier  et  se  nonobstant  ilz  les  font  entièrement 
payer  aux  povres  subgetz  et  pour  chascune  lieue,  sans  en  riens 
quicter,  en  telle  rigueur  que  se  eulx  mêmes  les  eussent  portées  ou 
envoyées,  partant  dudit  Troyes  pour  cette  cause  à  rencontre  d'un 
chascun  particulier. 


I 


58  GOUTUMES    DU   BAILLIAGE    DE    TROTES. 

Sur  les  doux  prochains  précédons  articles,  ledit  monsi*.  leyesqae 
respond  qu'il  en  fera  faire  la  deffence  en  plaine  auditoire  et,  la 
deffense  faicte,  y  mectra  si  bonne  ordre  que  on  en  devra  estre 
contant  et  des  délinquans  en  fera  bonne  pugnicion. 

XYII.  Item  lesdits  officiai  et  prometteurs  se  dient  avoir  droit, 
lievent  et  exigent  de  fait  oultre  la  principalle  amende  qu'iiz  disrent 
estre  leurz  droiz  et  sépultures  (sic)  qui  se  taisent  (1)  et  sur  les 
parties  condamnées  ung  escu,  deux  escus,  ou  plus  ou  moins, 
se  devant  marqués  et  mis  en  regard  a  lamende  principale,  qui  est 
contre  droit  et  raison. 

Sur  l'article  précédant,  ledit  mons'.  levesque  respond  qu'il  se 
informera  combien  on  a  acoustumé  de  lever  et  ordonnera  à  son 
officiai  quil  s'y  gouverne  en  la  forme  et  manière  quil  aura  trouvée 
et  que  ses  prédécesseurs  de  toute  ancienneté  l'ont  levé  et,  au  cas 
que  ledit  officiai  le  fei*a  autrement,  en  fera  pugnicion. 

XVIII.  Item  que  ledit  mons^.  levesque  et  ses  officiers  lievent 
sur  chascun  excommunié  de  son  evesché  et  dont  le  nombre  est 
infini  et  pour  chascune  sepmaino,  tant  quilz  se  tiennent  en  tout  en 
douze  deniers,  qui  monte  à  grant  argent,  eu  regard  au  grant 
nombre  des  povres  subgetz,  estans  par  le  moyen  des  abuz  qui  se  y 
commectent,  excommuniez  aucunes  foys  par  deux  ou  trois  ou 
quatre  ans  et  plus;  en  la  plus  grant  partie  et  nombre  pour  les 
despcns  des  procureurs  que  pour  les  deptes  principalles  de  tous 
ceulx  dudit  evesché. 

Sur  l'article  précédent,  ledit  mons'.  levesque  respond  qu'il  n'a 
vouloir  ne  entention  de  soy  y  gourerner  fors  seullement  en  la 
forme  et  manière  que  ses  prédécesseurs  ont  acoustumé  de  faire  de 
toute  ancienneté  et,  au  regard  des  despens  des  procureurs,  il  y 
donnera  telle  commission  que  on  devra  estre  content. 

XIX.  Item,  combien  que  ledit  evesché  de  Troyes  soit  de  très 
petite  estendue  toutes  voyes,  au  moyen  des  abuz  qui  se  commec- 
tent  et  l'aQluance  des  causes  qui  se  traictent  indifféremment  en 
tous  cas  et  articles  que  dict  est,  il  sera  trouvé  quil  y  a  ordinaire- 
ment plus  de  causes  pardevant  ledit  officiai  et  pardevant  les  sept 
Doyans  rusaulx  dudit  evesché  chascun  desquelz  tient  court  et 

(1)  Verbe  qui  a  rapport  au  sabtantif  :  Tayes,  amende  qu'encourait  un  igoorné 
qui  ne  comparaissait  pas. 


COUTUMES    DU   BAIUIAGB   DE  TROTES.  59 

jarisdicion  eclésiastique  chascan  joar  ordinairement  da  moins 
deux  ou  trois  jours  la  sepmaine.  Combien  que  audit  eyesché  de 
Troyes  n'y  ayt  que  trois-cens-soixante  paroisse>  habitées,  que 
pardevant  les  officiaulx  de  Sens,  de  Langres,  de  Chaalons,  voisins 
dudit  eveschè,  qui  ont  près  de  trois  mil  paroisses,  et  pareillement 
autant  ou  plus  d*excommuniez  qui  est  piteuse  chose  à  ramen- 
tevoir. 

XX.  Item  et  par  contraire  sera  trouvé  et  prouvé  que  obstant 
ledit  abbuz  et  pour  les  choses  qui  seront  touchées  cy-dessoubz 
pardevant  lesdits  bailly  et  prévost  de  Troyes  ou  autres  juges  laiz 
et  subalternes,  en  tout  ledit  evesche,  maxime  istis  diebus  du  moins 
au  temps  de  Tordonnance  de  laquelle  cy-aprés  sera  parlé  et  para- 
vaut  pour  une  cause  pendant  pardevant  eulx  et  aultres  juges  laiz 
y  en  souloit  avoir  xxmi  et  è  contra,  pour  xxmi,  qui  auparavant 
ladite  ordonnance  y  afOuoient  d'encienneté  n'y  en  avait  pas  deux 
pendans  pardevant  ledit  officiai.  En  quoy  le  Roy,  nostredict  sei- 
gneur, l'auctorité  de  sa  justice  et  seignorie,  sesdits  vassaulx  et 
subgetz  et  les  domaines  d'iceulx  ont  esté  fors  foulez,  dyminuez  et 
comme  anéantiz,  et  tout,  pour  les  abuz,  surprinse  et  usurpation  cy- 
dessus  touchées. 

XXI.  Item  et.se  sera  trouvé  et  monstre  et  prouvé  que  la  plus- 
part  de  tous  lesdits  exconmiuniez  dudit  evesché  le  sont  plus  et  en 
plus  grant  nombre  pour  lesdictes  sépultures  indeues  et  sallaires  de 
procureurs,  qui  sont  vingt  et  ung  procureurs  seulement,  tous 
riches,  puissans  et  de  grans  facultez  chascun  d'eulx  ayant  cheval 

en  lestable  et  deux  ou  trois  clercs  quil  n'y  a pour  ne 

a  la  requeste  douze  mil  feuz  ou  mesnages  estans  oudit  evesche. 

Sur  ces  trois  articles  prochains  précédent  ledit  mons''.  levesque 
respond  à  Item  du  quatriesme  précédent  article. 

XXII.  Item  et  incontinant  que  ung  homme,  clerc  ou  non  clerc, 
pour  quelque  cause,  est  mis  et  constitué  prisonnier  du  Roy  ou 
autre  juge,  pour  cas  et  déliz  prévillegiez  ou  autrement^  lesdits 
prometteurs  les  viennent  incontinant  requérir  et,  par  monitions  et 
excommunicacions,  contraingnent  à  leur  délivrer,  combien  quil 
ne  soit  ou  se  die  clerc,  ne  adveu  ou  tonsuré,  et  sans  avoir  infor- 
macion  de  sa  cléricature,  puis  est  par  eulx  délivré  impugny  et, 
moyennant  argent,  est  mis  hors  de  prison,  dont  plusieurs  incon- 
veniens  sont  advenuz  et  adviennent  chascun  jour. 

Sur  cdste  article  ledit  mons''.  levesque  respond  quil  na  point 


60  GOUTUMBS   DU   BAILLUGE    DE    TR0TE8. 

scea  qail  ait  esté  fait,  et,  sil  a  esté  faict,  ledit  mons^.  levesque 
veult  que  toutes  citacions  soient  nulles. 

XXIII.  Item  que  lesdits  procureurs  de  court  ecclésiastique  par 
nng  stille,  de  nouvel  mis  sus  en  la  faveur  des  singuliers  de  leur 
collège,  contraire  au  droit  et  exorbitant  à  toute  raison,  se  tauxent 
et  font  tauxer  les  ungs  aux  autres  les  despens  quilz  disent  avoir 
oblenuz  à  l'encontre  de  leurs  parties  adverses  povres  subgectz  du 
Roy  et,  en  ce  cas,  taxent  en  faveur  des  ordonnances  Tun  à  Tautre 
et  par  ce  sont  et  se  font  juges  en  leurs  propres  causes,  ce  que  de 
raison  faire  ne  se  doit,  mais  se  doivent  taxer  par  les  oiSciaulx  ou 
autres  juges  ecclésiastiques  pardevant  lesquelz  les  despens  ont  esté 
condamnez  et  obtenuz. 

Sur  ceste  article  ledit  mons"^.  levesque  respond  et  veult  que 
toutes  telles  citations  faictes  à  loccasion  dudict  article  soient 
nulles  et  de  nulle  valeur. 

XXIY.  Kern  que  lesdits  evesque,  oIBcial  et  prometteurs  ont  esté 
et  sont  reffeusans  de  payer  aux  officiers,  sergens  et  ministres  de  la 
court  temporelle,  les  droiz  et  fretz  de  justice  des  sergens  ou  autre- 
ment pour  raison  et  à  cause  des  prinses  et  exécutions  qui  se  font  à 
lencontre  des  délinquans  qui  requières  leur  estre  délivrez  comme 
clercs  et  desquelz  ils  veullent  avoir  et  prandre  les  biens  sans  payer 
les  fretz  de  justice  et  nécessaires. 

Sur  ceste  article  ledit  mons'.  levesque  respond  qu'il  est 
contant  du  contenu  dudit  article,  mais  que  ce  soit  aux  despens 
du  prisonnier  détenu  aux  despens  du  Roy. 

XXV.  Item  et  quant  il  est  question  se  ung  prisonnier  du  juge 
laiz  debeat  gaudere  immunitate  ecciesie  aut  privillegio  clericati  et 
non  pas  clericatura  ilz,  en  tels  cas  contre  droit  et  raison,  se  sont 
efforcez  et  efforcent  et  prétendent  de  fait  devoir  avoir  la  détencion 
pendente  questione  immunitatis  aut  privillegii  clericati,  ce  que 
faire  ne  se  doit,  mais  en  tel  cas  en  appartient  et  doit  appartenir  la 
détencion  au  juge  lay. 

Sur  ceste  article  les  unes  parties  et  les  autres  s'en  rapportent  en 
droit,  quant  le  cas  y  aviendra. 

XXVI.  Item  combien  que  mons^.  levesque  à  Troyes  prétende 
avoir  prins3  et  exécucion  en  corps  dedans  son  prétoire  saper  sub- 
ditis,  que  ne  confessent  pas  les  officiers  du  Roy  audit  Troyes,  ce 


■^ 


COUTUMES   DU    BARLIAGE    DE    TROTES.  61 

néantmoins  il  se  emplit  et  eiïorce  de  prandre  et  de  fait  fait  prandre 
chascun  jour  sesdits  officiers  ecclésiasticques  dedans  son  prétoire  et 
constituer  ses  prisonniers,  plusieurs  laiz,  hommes  et  femmes^  oudit 
evesché  et  iceulx  en  autres  cas  que  déliz  ecclésiastiques,  Heve  et 
exige  plusieurs  grandes  et  grosses  amendes. 

Sur  ceste  article  aux  gens  du  Roy  à  Paris  on  se  remect. 

XXVTI.  Item  que  ledit  evesque,  son  officiai  et  autres  ses  doyens 
russaulx  ont,  par  plusieurs  fois,  faictes  et  ancor  font,  chascun  jour, 
ou  très  souvent  tant  en  leurs  prétoires  que  aux  prosnes  des  églises 
et  à  leurs  saves  (1)  plusieurs  statuz,  ordonnances,  commandemens 
et  défonces  sur  et  à  lencontre  des  subgectz  dudit  S',  en  indisant  (2) 
et  statuant  peynes  et  multes  civiles  et  pécunielles  (3)  de  m,  de  vi, 
de  X,  de  xx  francs,  plus  ou  moins,  à  lencontre  des  transgresseurs 
et  icelles  sommes  et  multes  (4)  ont  levées  et  exigées  sur  plusieurs 
desdictz  subgectz  du  Roy,  laiz  et  clercs  mariez  et  non  mariez,  ce 
que  de  droit  et  raison  faire  ne  peullent  ou  doiveat  et  fors  seulement 
soubz  multes  et  peines  de  sensure  ecclésiastiques  comme  dexcom- 
munication  ou  autrement. 

Sur  ceste  article  mondit  S*",  levesque  s*en  rapporte  aux  gens  du 
Roy  à  Paris  et  quant  aux  multes  il  s'en  rapporte  à  ce  que  on  en 
fera  à  Paris  et  à  Sens. 

XXVIII.  Item  et  combien  que  par  plusieurs  et  diverses  foiz 
pour  le  bien  du  Roy  de  la  défense  ou  entretenement  de  sa  justice 
et  auctorité  royale  et  pour  reliesvement  (5)  de  sesdits  subgectz 
mesmement  pour  obvier  aux  abbuz  et  excès  dessusdits  ait  esté 
défendu  auxdits  evesques,  leurs  officiaulx  et  chascun  d'eulx>  tant 
par  vertu  de  certains  arrestz  émanez  de  la  court  de  parlement 
comme  par  plusieurs  et  divers  mandemens  royaulx  et  patens, 
quilz  ne  congnoissent  ou  entreprinssent  court  et  jurisdicion  des 
cas  et  causes  dessusdits  et  autres,  desquelz,  la  congnoissance 
appartient  néantmoins  au  Roy,  ses  officiers  et  autres  juges  laiz  et 
aussi  leur  ait  esté  défendu  qu'ilz,  par  sensure  ecclésiastique^  ne 
procédassent  par  monicions,  excommunications  ou  autrement  à 
lencontre  des  juges  et  officiers  royaulx  pour  raison  des  sentences 


(1)  Su,  sans  doute  du  verbe  :  sater,  savoir. 

(2)  Faisant  une  imposition. 

(3)  Pécuniaires. 

(4)  Amendes. 

(5)  Rachat.. 


62  GOUTUMES   DU   BAULIAGE    DB    TR0TB8. 

et  exécacions  émanées  desdits  jages  et  officiers  à  grans  et  grosses 
peines  qui,  par  verta  desdits  arrestz  et  mandemens,  leurs  ont  esté 
fairtes  et  indictes.  Ce  néantmoins,  ilz  n'y  ont  voulu  obéyr,  mais  de 
ce  et  de  plusieurs  autres  exploix,  commendemens,  défenccs  qui, 
pour  ce  que  dit  est,  leurs  ont  esté  faictz  et  de  plusieurs  publications 
et  ordonnances,  touchant  ces  matières  ont  tousiours  appelé  frivol- 
lement  en  la  court  de  parlement,  traveillé  le  Roy,  ses  officiers  et 
poyres  subgectz,  tant  et  si  avant  que  sous  umbre  desdits  appeauk, 
ïesquelz  ilz  ont  délayez  et  penduz  au  clou,  ilz  ont  tousjours  usurpé 
à  lenconlre  dudit  S^.  Roy  et  use  des  abuz,  surprinses  et  usurpa- 
cions  avant  dictes,  en  diminucion  de  Tauctorité  dudit  S^*.,  de  son 
demaine  et  de  sa  justice  et  à  la  très  grande  charge  et  foule  des  tous 
ses  vassaulx  et  subgectz. 

XXIX.  Item  en  tant  qu'il  touche  le  prisonnier  de  Nogent,  ledit 
mons>^.  levesque  est  contant  que  toutes  monicions  et  réquisitoires 
cessent  et  est  contant  que  les  gens  du  Roy  facent  touchant  le  procès 
dudit  prisonnier  ce  quil  apartiendra  et  seront  mis  au  néant  tous 
procès  touchant  ceste  matière  d'une  part  et  d'autre  et  prandra 
congié  d'accorder  ledit  monsi*.  levesque. 

Le  vingt"»  jour  de  décembre  lan  mil  quatre  cens  cinquante-huit 
a  esté  par  révérend  père  en  Dieu  mous''  levesque  de  Troyes  fait 
responce  sur  chascun  des  articles  cy-dessus  escriptes,  telles  que 
sur  chascun  d'iceulx  elle  est  contenue  et  oultre  plus  a  accordé 
larticle  faisant  mencion  du  prisonnier  de  Nogent.  Présents  à  ce 
mess^  maistres  Guillaume  Blanchet,  conseiller  du  Roy  en  sa  court 
de  Parlement;  Raoul  de  Refuge,  maistre  de  la  chambre  des  Comp- 
tes; Pierre  du  Refuge,  général  sur  le  fait  des  finances  et  Jehan  le 
Roy,  commissaire  sur  le  fait  des  partaiges  des  hommes  et  femmes, 
etc.  Robert  des  Molins,  recepveur  général  sur  le  fait  des  finances  de 
là  les  rivières  de  Seine  et  Yonne  et  Moy,'Antoine  Disoine,  notaires 
et  secrétaires  du  Roy.  Ainsi  signé  :  Isoine. 


SECOND  QUATERNE  des  doléances  du  Procureur  du  Roy  à  Troyes,  contre 
mons'  Leuesque  de  Troyes  et  ses  officiers'  ecclésiastiques,  contenant  qua- 
torze articles  èsquelz  il  a  été  respondu  à  Paris  par  mess"  le  Procureur  gé- 
néral, atocat  du  Roy  en  sa  court  de  Parlement. 

Le  mercredi  vingt-ungiesme  jour  de  mars  avant  Pasques»  l'an 
mil  quatre  cent  cinquante-huit,  au  Palais-Royal  à  Paris,  au 


COUTUMES   DU    BAILUAGE  DE   TROYES.  63 

parquet  da  procarear  général  du  Roy^  en  la  présence  de 
mess^  maistres  Jehan  Dauue  (Dauvct),  procureur  général;  Jehan 
Simon,  advocat  du  Roy;  Jehan  de  Longueil,  lieutenant  civil  de 
mons"'  le  Prévost  de  Paris;  Michel  Pied-de-Fer,  advocat  dudict 
sieur  en  Chastelet;  Germain  Rapine,  conseiller,  et  de  Henry  de 
La  Cloche,  procureur  dudict  sieur  audict  Chastelet,  par  noble 
homme  Michel  Juvenel  des  Ursins,  bailly  de  Troyes,  et  par  la 
bouche  de  maistre  Nicole  de  Màuroy,  licencié  en  loix,  esleu  et  con- 
seiller dudict  sieur  audict  Troyes,  présent  Jehan  de  Mesgrigny,  re- 
cepveur  des  aydes  audict  lieu,  furent  mis  en  termes  et  délibéracion 
aucunes  diilicultez,  questions  et  dilTérances  qui  estoient  entre  les 
gens  et  oflSciers  du  Roy,  nosire  sire  dudict  bailliaige  de  Troyes  et 
mons^  levesque  de  Troyes  et  ses  officiai  et  autres  officiers  en  sa 
court  ecclésiastique,  sur  quoi  fut  délibéré  par  les  dessusdicts  ainsi 
qu'il  sensuit. 

I.  Sur  Farticle  faisant  mention  de  la  court,  congnoissance  et 
jurisdicion  des  gens  laiz  a  esté  délibéré  que  ledict  evesque,  son 
officiai  et  autres,  ses  juges  ou  commis  ne  peuvent  deuement  entre- 
prandro  jurisdicion  ou  congnoissances  quelconques  sur  personnes 
laiz  cujuscumqîie  sexus,  en  quelque  cas  ou  action  que  se  soit,  et 
undecunque  ledict  laiz  sint  oriendi  vel  morem  traxerint^  soit  desdicts 
bailliaige,  paroisse  et  evesché  ou  de  quelque  autre  lieu  tant  du 
Royaulme,  comme  dehors  fors  seulement  en  cas,  causes  et  délitz 
ecclésiastiques. 

II.  Item  que  si  lesdictes  personnes  layes  quelconques  sont  con- 
venuz  et  traictez  en  cause  par  citacion  ou  autrement,  à  requeste  de 
quelque  partie  en  autres  causes  et  cas  que  dit  est,  ilz  pourront  et 
pevent  décliner  là  court  ecclésiastique  ea  racione  et  pareillement 
comme  les  clercs  se  maintiennent  povoir  décliner  le  juge  lay  et  en 
ce  cas  incontinant  après  leur  déclinatoire  lesdictes  loiz  doivent  estre 
renvoyez  pardevant  le  juge  lay  par  ledict  officiai  et  autres  juges 
ecclésiastiques  sans  plus  avant  les  délaier  ne  en  retenir  la  congnois- 
sance. 

III.  Item  ne  pevent,  ne  doivent  lesdicts  juges  ecclésiastiques 
congnoistre  d'aucunes  actions  réelles,  mixtes  ou  sentans  réalité  et, 
s'ilz  s'efforcent  d'en  congnoistre,  on  ne  le  doit  souffrir,  mais  doit-on 
faire  les  défenses  aux  parties  et  aux  juges  de  contraindre  à  tout 
révocquer  et  mectre  au  néant.  C'est  assavoir  les  parties  par 
prtnse  de  corps  et  de  biens  et  par  multes  et  peines  et  les  gens 


64  COUTUMES   DU   BAILLIAGE    DE    TROTES. 

d'église  par  prinse  de  leur  temporel,  voire  par  arrestz  de  leurs 
personnes,  s'ilz  estaient  reffusans  de  faire  lesdictes  révocacions  et 
s'efforçaient  de  congnoistre  desdictes  actions  après  lesdictes  dé- 
fenses et  encor  pour  l'abuz  et  entreprinse  desdicts  gens  d*église 
sur  la  juridicion  du  Roy,  on  les  pourrait  condamner  en  amendes 
envers  le  Roy,  selon  la  qualité  et  exigence  des  cas.  ' 

IV.  Item  et  combien  que  on  pourrait  dire  que  lesdicts  pourraient 
décliner  lesdicts  juges  ecclésiastiques,  jusques  à  la  sentence  esdictes 
actions  personnelles,  toutes  foiz  veu  que  on  ne  trouve  point  que 
depuis  et  après  la  litiscontestacion  lesdicts  declinatoires  ayent  esté 
faictcs  audict  bailliaige,  les  dessusdicts  sont  d'oppinionpour  le  pré- 
sent que  icelles  declinatoires  se  facent  et  puissent  faire  jusques  à 
ladicte  litiscontestacion  seullement,  mais  si  les  causes  estaient 
contestées  du  vray  consentement  des  défendeurs  et  sans  fraude  ou 
contraincte^  semble  que  pour  le  présent  et  jusques  à  ce  que  on  y  ait 
plus  amplement  délibéré  on  se  doit  déporter  desdicts  declinatoires, 
ne  de,  sur  ce,  contraindre  les  juges  ecclésiastiques  ne  les  parties. 

V.  Item  et  au  regard  de  lordonnance  dudict  mons'  le  Bailly,  par 
laquelle  a  esté  défendu  que  aucuns  ne  face  citer  gens  layes  en  la 
court  de  Téglise,  laquelle  a  esté  publiée^  dont  ledict  mons^  levesque 
se  plainct  très-fort,  il  a  semblé  que  combien  qu'olle  soit  bien  fon- 
dée de  droit  et  en  justice  toutesfois,  quant  à  Texercition  contre  les 
transgresseurs,  a  esté  délibéré  que  quant  aucune  personne  laye 
sera  citée  et  convenue  à  la  requeste  de  partie  pardevant  Tofficial  ou 
autre  juge  ecclésiastique,  en  ce  cas,  la  partie  citée,  se  bon  luy 
semble,  pourra  aler,  à  la  journée,  soy  advouez  lay  et  décliner  et 
requérir  son  renvoy  par-devant  son  ordinaire  juge  lay,  lequel  offi- 
ciai est  tenu  et  le  doit  renvoyer  incontinant  sans  en  retenir  juris- 
dicion  ou  congnoissance  auquel  officiai  ou  juge  ecclésiastique,  s'il 
est  reffusant  ou  délayant  de  renvoyer  ledict  laye  et  le  recevoir  à  sa 
déclinatoire  et  pareillement  au  prometteur  et  se  me^tier  est  à  la 
partie  demanderesse  seront  faictes  à  la  requeste  dudict  procureur 
du  Roy  et  dudéfendeurdéfences  de  plus  en  avant  traicter,  convenir, 
ou  retenir  congnoissance  de  ladicte  cause  à  peine  d'amende  et 
pugnicion  et  à  rencontre  desquelz  après  lesdictes  défences,  et  se 
par  eux  n'y  est  obtempéré,  sera  procédé  de  facto.  C'est  assavoir  par 
saisine  et  exploictation  du  temporel  des  officiers  ecclésiastiques  et 
par  amende  et,  au  regard  des  parties^  on  procédera  contre  eulx  par 
emprisonnement  et  par  multes  et  amendes^  selon  la  qualité  et  exi* 
gence  des  cas  et  des  personnes. 


COUTUMES   DU    BAILLUGB    DE    TROTES.  65 

VI.  Item  et  pareillement  pourront  tous  juges  temporels  subal- 
ternes dudicl  evesque,  ayant  haulte  justice,  faire  et  faire  faire  les- 
dictes  desfences  à  chascun  de  leurs  subjectz,  clercs  ou  laiz,  de- 
mourans  en  leurs  justices  et  seignories,  quant  aulcun  desdicts 
clercs  ou  laiz  feront  cité  aucunes  personnes  layes  par-devant  le- 
dict  oflicial  ou  autre  juge  ecclésiastique,  se  les  défendeurs  citez 
veullent  déclinez  la  jurisdicion  ecclésiastique,  lesquelz  juges  subal- 
ternes à  la  requeste  des  parties  et  des  procureurs  des  lieux  par 
particulières  défences  pourront  contraindre  leurs  dicts  subjectz  à 
cesser  à  eulx  désister  desdictes  citacions  après  lesquelles  défences 
iceulx  juges  en  reffuz  ou  délay  de»  demandeurs  demourans  en  leurs 
justices  pourront  et  devront  pugnir  réaniment  et  de  faict  iceulx 
demandeurs  par  prison  et  amende  arbitraire. 

VII.  Item  et  si  aulcun  demorant  ou  bailliaige  ou  en  la  prévosté 
de  Troyes  faict  citer  ung  estrange  lay  et  qui  ne  soit  dudict  bailliaige 
ou  prévosté  ne  demorans  en  iceulx  en  ce  cas  ledict  défendeur 
pourra  décliner  et  pourront  lesdicts  bailly,  prévost  ou  leurs  lieute- 
nants, qui  sont  juges  royaulx,  faire  lesdictes  défenses  à  rencontre 
desdicts  officiai,  prometteur  et  parties  et  les  contraindre  comme  dit 
est  dessus,  ce  que  ne  pourroient  pas  faire  les  juges  subalternes, 
fors  seulement  sur  leurs  subgectz  à  la  requeste  desquelz  lesdictes  ci- 
tacions seront  faictes  à  lencontre  desdicts  laiz. 

VIII.  Item  et  au  regard  des  clercs  mariez  et  non  mariez,  mar- 
chans  et  négociateurs  publicqoes,  se  negociis  secularibus  immis- 
cetUes  sont  d'oppinion  que  de  droit  à  cause  desdictes  marchandises 
et  négociacions  séculières  et  du  fait  de  la  police  et  mestiers  pu- 
blicques,  ilz  sont  tenuz  de  sortir  et  respondre  par-devant  le  juge  lay 
tU  présenta  ung  tanneur  qui  a  vendu  du  cuyr  à  ung  cordonnier, 
clerc  marié  ou  non  marié,  ung  qui  aurait  vendu  du  vin  à  ung  ta- 
vernier,  de  la  chair  à  ung  boucher,  de  la  laine,  du  drap  ou  autres 
denrées  à  clercs  mariez  et  non  mariez,  marchans  publicques,  pour 
icelles  ouvrer  ou  revendre  et  y  prandro  leur  estât  et  vie  qui  sont 
corUrà  decenciamprocessionis  clericalis,  ce  qui  leur  est  défendu  de 
droit  et,  pour  ce,  sont  tenuz  respondre  devant  le  juge  lay. 

IX.  Item  et  au  regard  des  denrées  et  marchandises  que  lesdicts 
clercs  mariez  ont  achetées  pour  leurs  usaiges  seulement  et  pour 
leurs  nécessités  et  afTaires  conmie  de  acheter  unes  chausses,  ungs 
souliers,  vin,  chair  et  autres  denrées  quelconques,  veu  et  oy  le 
rapport  des  officiers  audict  bailliaige  sur  Tusaige  ancien  qu'ilz 

T.  XXXTI.  5 


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66  GOUTDIIES   DU   BAILLIAGE   DE   TROYES. 

dient  qu'ilz  n'ont  point  veu  contraindre  ne  empcscher  que  Téglise 
n'en  ayt  congneu,  si  par  prévencion  et  par  citacion,  elle  en  a  en- 
treprins  et  prévenu  la  congnoissance  et  en  ce  cas  semble  {sic). 

Ou  demandeur  des  {sic)  les  traicter  devant  le  juge  laiz  ou  ecclé- 
siastique, toutes  voyes  s'il  se  trouvoit  ab  antiquo  usas  fuit  in 
contrarium  il  s'en  fault  rapporter  à  l'usage  ancien  et  selon  iceluy  se 
régir. 

X.  Item  et  au  regard  des  non  mariez  indiscrediter  remiiendi  sunt 
coram  judice  ecclesiastiquo  s'ilz  ne  sont  marchans  et  négociateurs 
publiques^  comme  dit  est,  in  quo  casu,  se  ilz  ne  youloient  sortir 
(ressortir)  par-devant  le  juge  lay,  leur  mestier  et  l'usage  d'icellui 
leur  doit  estre  défendu  et  interdit  par  le  juge  lay,  ainsi  qu'il  se  fait 
en  pareilz  cas  par  le  prévost  de  Paris  et  ses  lieutenans. 

XI.  Item  et  au  regard  des  citacions,  monicions  et  fulminacions 
dont  l'oificial  et  autres  juges  ecclésiastiques  s'efforcent  de  user 
contre  les  officiers  de  la  justice  temporelle,  ont  esté  d'oppinion 
qu'elles  ne  se  pevent  ne  doivent  faire  ne  donner  contre  les  juges 
et  autres  officiers  royaulx  pour  aucuns  exploiclz  de  justice  par 
eulx  faiz,  mais  y  peut  ledict  mons^  le  bailly  ou  son  lieutenant  à  la 
requesle  du  procureur  du  Roy  pourveoir  de  contraindre  les  officiai, 
prometteurs  et  autres  officiers  ecclésiastiques  à  les  révocquer  et 
mectre  à  néant  par  prinse  et  arresl  de  leur  temporel  et  se  mestier 
est  de  leurs  personnes  et  en  les  condampnant  néantmoins  en  multes 
et  amendes,  selon  la  qualité  des  cas. 

XII.  Item,  mais  si  les  gens  ou  officiers  ecclésiasticques  veullent 
dire  ou  prétendre  que  aucune  entreprinsc  ou  grief  leur  ait  esté 
faicte  par  les  officiers  de  la  justice  du  Roy,  ilz  doivent  avoir  leur 
recours  au  Roy  et  à  sa  justice  pour  en  avoir  et  poursuivre  la  répa- 
racion. 

XIII.  Item  et  quant  aux  bouticles  et  à  ce  que  les  notaires. passent 
et  stipulent  par  toute  la  ville  et  rues  et  carrefours  publicques  il  a 
esté  délibéré  qu'il  ne  se  doit  point  souffrire,  sinon  que  d'ancienneté 
iceulx  notaires  aient  accoustumé  de  ainsi  demeurer,  tenir  bouticles 
et  stipuler  comme  dit  est  et  que  autrefois  ainsi  a  esté  délibéré  et 
pour  ce  super  usa  antiquo  se  doit  faire  informacion,  tant  d'une  part 
que  d'autre,  laquelle  faite,  rapportée  et  veue,  y  sera  délibéré  ainsi 
qu'il  appartiendra. 

XIV.  Item,  quant  à  jurer  la  mort,  le  sang,  la  chair-Dieu  et 


COUTUMES   bu   BAILLIAGE    DE    TROYES.  67 

autres  tieux  (tels)  sennens,  par  gens  laiz,  dont  les  gens  d'église 
s'efforcent  d'en  faire  causes  d'office  (d'official)  a  esté  dit  et  délibéré 
qu'il  ne  doil  soîiffrir  par  les  gens  du  Roy  et  que  se  n'est  point  cas 
ne  crime  ecclésiastique  et  oultre  a  esté  ordonné  de  advencer  et 
bouter  oultre  (presser)  le  procès  qui  en  pend  en  la  court  du  bail- 
liaige  pour  le  jugier;  et  audessoubz  dudict  article  estoit  escript  : 
Sic  nobis  videtur  ainsi  signé  :  J.  Dauuet  et  J.  Simon. 

Le  vendredi  neufviesme  jour  du  moys  d'avril,  avant  Pasques, 
mons'  ....  (l'évêque  de  Troyes)  en  la  présence  de  maistre  Jehan 
de  Saint-Romain,  procureur  du  Roy,  m^s  Jehan  Simon  et  Guillaume 

de  Gannay,  advocatz  du  Roy,  promist de  n'en 

baillier,  plus  faire,  ne  souffrir  baillier  par  ses  officiers  aucunes 

à  aulcuns  de  ses  subjectz  de  son  diocèse  tou- 

chans  les  seremens  par  eulx  faltz,  dont  y  sont  chargez  de  obtenir 
dispense  par  lettres  royaulx  par  eux  obtenues,  esquelles  lettres  de 
dispense  soit  apposée  cause  par  laquelle  soient  exceptez  les  contractz 
et  obligations  passez  soulbz  le  scel  de  son  officialité  ou  aultres  ses 
féaulx,  mais  quant  il  baillera  lesdictes  dispenses,  il  les  baillera  pure- 
ment et  simplement,  sans  riens  excepté  fors  seulement  les  debtes 
deues  à  icelluy,  mons'  l'évesque.  Et  audessoubz  est  escript  j'ay 
esté  présent  à  ce  que  dit  est,  et  ont  signé  :  G.  de  Ganay;  J.  Simon 
et  J.  de  Saint-Romain. 


TIERS  QUATERNE  des  doléances  du  Procureur  au  bailliaige  de  Troyes,  contre 
mons'  Lévesque  de  Troyes  et  ses  officiers  ecclésiastiques,  contenant  quatre 
articles  ausquelz  a  été  respondu  à  Saioct  Pourrein  par  Mess"  le  Procureur 
général  du  Roy  et  Advocat  du  Roy. 

S'ensuyvent  aucunes  doléances  que  le  procureur  particulier  du 
Roy,  nostre  Sg',  ou  bailliaige  de  Troyes  a  baillié  par  escript  à 
mons'  le  procureur  général  et  à  mons*"  l'advocat  du  Roy  nostredict 
Sgf ,  ses  maistres,  touchant  aucunes  surprises  que  révérend  père  eh 
Dieu,  mons*"  l'évesque  de  Troyes  et  ses  officiers  de  sa  court  ecclé- 
siasticque  dudict  lieu  de  Troyes  ont  faicte  et  font  chascun  jour  à  ren- 
contre et  au  préjudice  et  diminucion  de  la  jurisdicion  temporelle  et 
autres  droitz  et  domainnes  du  Roy  nostredict  Sg*"  et  des  autres 
Sg"  temporelz,  ses  vassaulx  et  subgeciz,  à  cause  d'icelluy  bailliaige 
et  autrement,  afin  d'avoir  sur  ce  remède  et  provision  de  justice  en 
la  cbancellerye  d'icelluy  Sg'^  ou  au  moins  ordonnances,  conseil  et 


68  COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROTES. 

instraction  d'eulx  commant  et  par  quel  manière  monsi*  le  bailly  de 
Troyes  ou  son  lieutenanl  et  ledict  procureur  du  Roy  audict  bail- 
liaige  ou  son  substitut  se  doivent  gouverner  et  conduire  doresna- 
vant  contre  ledict  révérend  père,  scsdicts  officiers  et  autres  qu'il 
appartiendra,  tant  sur  la  réparacion  desdictes  surprinses,  comme 
pour  obvier  à  autres  semblables  du  temps  advenir. 

I.  Sur  ce  que,  combien  que  de  raison  et  par  commune  obser- 
vance, tous  notaires  au  Roy  nostredict  Sg^  ou  à  ses  justiciers  et  aux 
autres  juges  et  justiciers  de  court  laye  seuk  et  pour  le  tout  com- 
pecte  et  appartienne  la  jurisdicion,  court  et  congnoissance  des  per- 
sonnes laies,  en  tous  cas  personnels,  criminelz,  civilz,  si  les  crimes 
ne  sont  ecclésiasticques,  sans  ce  que  ledict  révérend  père  en  Dieu  ne 
sesdicts  officiers  de  sadicte  court  et  jurisdicion  ecclésiasticque  de 
Troyes  s'en  puissent  ne  doivent  aucunement  entremectre,  ce  no- 
nobstant iceulx  offioiers  de  ladicte  court  ecclésiasticque  se  sont  effor- 
cez et  efforcent  cbascun  jour  d'entreprandre  avoir  et  retenir  la 
jurisdicion,  court  et  congnoissance  desdictes  personnes  layes,  tant 
dudict  bailliage  et  du  diocèse  de  Troyes,  comme  d'autre  part,  en 
causes  et  actions  pures  personnelles  et  tant  pour  contractz  et  délictz 
non  ecclésiasticques  à  eulx  imposez,  comme  autrement  et  d'icelles 
personnes  layes  exigent  et  lievent,  iceulx  officiers,  grans  peines  et 
amendes  pécuniaires  et  autres,  à  cause  d'iceulx  délictz  non  ecclé- 
siasticques à  elles  imposez  et  se  aucunes  desdictes  personnes  layes 
ainsi  condamnées  ou  autrement  grevées  en  ladicte  court  ecclésias- 
ticque en  appelant  le  ressort  s'en  pert,  pour  le  Roy  et  les  autres  Sg" 
chastellains,  ses  vassaulx  et  subgectz,quiestetredonde  (faittort)  en 
grant  préjudice  et  diminucion  de  la  jurisdicion  temporel,  fiefz  et 
ressers  du  Roy  et  de  sesdicts  vassaulx  et  subgeclz,  tant  a  cause  du 
bailliaige  de  Troyes  comme  autrement. 

Semble  que  pour  le  présent  ne  doit  baillier  provision  générale 
pour  faire  deffences  générales  à  l'évesque  ou  ses  officiers  de 
congnoistre,  et,  de  ce,  entre  personnes  layes  et  en  matières  pures, 
personnelles  et  de  délictz  non  ecclésiasticques,  mais  doit,  le  bailly  ou 
son  lieutenant,  à  la  requeste  du  procureur  du  Roy  dudict  bail- 
liaige pourveoir  au  cas  particuliers,  quant  lesdicts  cas  adviendront 
en  faisant  ou  faisant  faire  inhibicion  et  défense  à  peines  aux  par- 
ties qu'ils  ne  poursuyvent  ne  procèdent  esdictes  matières  pures, 
personnelles  et  de  délictz  non  ecclésiasticques,  par-devant  ledict 
évesque  ou  son  officiai  ou  autres  juges  ou  officiers  de  jurisdicion 
ecclésiasticque  et  auxdicts  évèque,  officiai  ou  autres  juges  et  offi- 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROYES.  69 

ciers  de  jarisdicion  ecclésiasticque,  qu'ils  n'en  congnoissent  et,  si 
lesdicts  prebtres  font  le  contraire,  qu'ilz  soient  pugniz  par  empri- 
sonnement et  amendes  et  aussi  ledict  évesque,  officiai  et  autres 
juges  et  officiers  en  jurisdicion  ecclésiastique,  contrainctz  à  cesser 
de  congnoistre  et  à  réparer  et  amender  ce  qu'ils  auroient  fait  contre 
et  au  préjudice  des  défenses  qui  leur  seront  faictes  par  la  prinse  de 
leur  temporel,  selon  la  qualité  des  cas  et  des  personnes,  ainsi  que 
ledict  bailli  verra  estre  à  faire. 

n.  Que  combien  que  tant  de  raison  et  par  ordonnances  royaulx, 
comme  par  plusieurs  arrôtz  de  la  court  de  Parlement,  mess"  les  pré- 
lactz  et  autres  juges  ecclésiasticques  ne  puissent  ou  doient  entre- 
prandre  avoir  ou  retenir  aucune  jurisdicion,  court  ou  congnois- 
sance  des  officiers  du  Roy,  nostre  Sg''  ne  aussi  d'autres  officiers  de 
court  laye  ne  contre  eulx  procéder  par  censure  ecclésiasticque, 
pour  raison  des  exploicts  par  euk  faiz  en  usant  de  leurs  offices,  ne 
aussi  à  l'occasion  d'aucuns  excès  ou  abuz  de  justice  que  lesdicts  of- 
ficiers de  court  laye  auroient  faiz  ou  feroient  en  officiant  soubz 
umbre  ou  couleur  de  justice,  ce  nonobstant,  lesdicts  officiers  de 
ladicte  court  ecclésiasticque  dudict  révérend  se  sont  efforciez  et 
s'efforcent  chascun  jour  de  faire  le  contraire  contre  plusieurs  juges, 
sergens  et  officiers  royaulx  et  autres  de  court  laye,  pour  raison  des 
jugements  et  exploictz  par  eulx  faix,  en  usant  de  leursdictes  of- 
fices, lesquieuh  exploictz,  iceulx  officiers  dudict  révérend  dient 
estre  délictz  ou  excès  et  abus  de  justice  et  lèvent  sur  lesdicts  juges 
et  officiers  de  court  laye,  grans  peines  et  amendes  pécuniaires  et 
autres  et  avec  ce  les  veulent  contraindre  à  révocquer  et  réparer  en 
ladicte  cour  ecclésiasticque,  leursdicts  jugemens  et  exploitz  de  court 
laye  et  temporelle,  en  voulant,  par  ce  moyen,  entreprandre,  avoir 
et  usurper  par  lesdits  officiers  dudict  révérend  et  de  sadicte  court 
ecclésiasticque  povoir  et  auctorité  de  corriger  et  réformer  ladicte 
jurisdicion  temporelle  et  les  ministres  et  exécuteurs  d'icelle,  la- 
quelle chose,  ils  ne  pevent  ne  doivent  faire  et  ne  leur  doit  mye  estre 
tolérée  par  les  gens  du  Roy. 

Semble  que  l'évesque,  ne  son  officiai  ou  autres  juges  et  officiers 
de  sa  jurisdicion  ecclésiasticque  ne  pevent  ne  doivent  entreprandre 
aucune  court,  jurisdicion  ne  congnoissance  sur  et  à  rencontre 
d'aucuns  officiers  royaux  de  jurisdicion  temporelle,  pour  délictz  ou 
abuz  qu'ils  avoient  ou  pourroient  avoir  faictz  et  commis  en  offi- 
ciant et  exerçant  leurs  offices,  mais  en  doit  appartenir  la  congnois- 
sance  et  jurisdicion  aux  juges  et  officiers  royauk  et  autres  de  la 


70  COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROYES. 

jurîsdicion  temporelle  et  se  ledict  évesque  et  ses  officiers,  en  sa 
jurisdicion  ecclésiasticque  s'efforcent  d'en  entreprandre  et  avoir  la 
congnoissance  le  bailly  leur  doit  faire  défence  à  peine  qu'ilz  ne 
congnoissent  et  commandent  de  révocquer,  réparer,  amender  et 
mectre  an  néant  tout  ce  qu'ilz  auroient  fait  au  contraire  en  les  con- 
traignant à  ce  faire  par  la  prinse  de  leur  temporel. 

m.  Sur  ce  que  combien  que  le  Roy  nostre  Sg',  ait  en  sa  ville  et 
cité  de  Troyes,  ung  bel  et  notable  tabellionnaige  et,  en  icelluy  ta- 
bellionnaige,  vingt  et  quatre  notaires  royaulx,  pour  recevoir,  pas- 
ser et  stipuler  au  lieu  du  tabellionnaige,  toutes  manières  do  lectres  et 
recongnoibsances,  contracts,  obligations  et  ypolhèques  entre  toutes 
personnes  et  touchant  toutes  matières  et  besongnes  que  bon  leur 
semble,  combien  aussi  que,  de  toute  ancienneté,  les  notaires  et  ta- 
bellions dudict  révérend  père  en  sa  court  ecclésiastique  de  Troyes 
aient  accoustumé  d'avoir  et  tenir  leurs  sièges,  bouticques  ou  escrip- 
toir  pour  le  fait  et  exercice  de  leurs  offices  dedans  les  pourprins  et 
circuits  de  l'hostel  épiscopal  d'icelluy  révérend  père  audict  lieu  de 
Troyes,  lequel  hostel  est  bien  loing  des  portes,  advenues,  places  et 
marchiez  publicques  de  ladicte  ville  et  des  marchans  et  marchan- 
dises, estans  et  fréquentans  en  icelle,  et  que  auparavant,  devers 
vingc  ans  en  ça,  lesdicts  notaires  et  tabellions  de  ladicte  court  ec- 
clésiastique dudict  révérend  père  ne  eussent  accoustumé  d'avoir  ou 
tenir  leursdictes  bouticles,  sièges  et  escriptoires  publicques  ne  ap- 
parans  en  quelque  autre  lieu  de  ladicte  ville  de  Troyes,  fors  audict 
hostel  épiscopal  dudict  révérend  père,  ne  de  y  stipuler,  passer  ou 
recepvoir,  en  usant  de  leursdicts  offices,  aucunes  lectres,  obligations 
ne  autres  quelzconqucs,  soubz  le  scel  de  ladicte  court  ecclésias- 
ticque dudict  révérend.  Ce  nonobstant,  depuis  ledict  temps  de  vingt 
ans  en  ça  ou  environ,  douze  desdicts  notaires  ou  tabellions  de  la- 
dicte court  ecclésiasticque,  c'est  assavoir  les  six  ou  les  sept  d'iceulx, 
depuis  que  ledict  révérend  a  esté  promu  audict  éveschéet  les  autres 
du  temps  de  son  prédécesseur  immédiat,  jadis  évesque  dudict  éves- 
ché,  ont  tenues  et  encore  tiennent  chascun  jour  à  hostelz  de  leur 
demorance,  sur  les  rues,  places  et  marchés  publicques  de  ladicte 
ville,  esquelz  vient  et  afHue  plus  abondamment  que  ailleurs  la  grai- 
gneur  (plus  grande)  partie  des  marchans  et  marchandises  venans 
et  fréquentans  en  icelle  ville,  leurs  sièges,  bouticques  et  escrip- 
toires, à  grant  fenestres  et  treillis  émynens  et  fort  apparans,  es- 
quelz et  partout  ailleurs  ou  bon  leur  semble,  en  ladicte  ville  sur  la 
haulte  justice  basse  et  moyenne  du  Roy  nostredict  Sg'  seul  et  pour 
le  tout  et  hors  ledict  hostel  espiscopal  dudict  révérend  père  ilz  ont 


COUTUMES   DU   BAIUIAGE   DE   TROTES.  71 

fait  et  font,  chascun  jour,  lesdicts  passemens,  stipulacions  desdictes 
lectres  obligatoires  et  autres  soubs  ledict  scel  de  ladicte  court  ecclé- 
siaslicque  dudict  révérend  entre  toutes  personnes  et  en  toutes  ma- 
tières indifféremment  dont  ilz  sont  requis,  qui  est  en  grant  diminu- 
cion  de  la  valeur  et  ruine  dudict  tabellionnaige  royal  de  Troyes  et 
aussi  de  ladicte  jurisdicion  temporelle  du  Roy  et  de  sesdicts  vas- 
saulx;  par  la  submission  se  perpétue  en  icelle  court  ecclésiasticque, 
la  jurisdicion  et  congnoissance  du  contenu  esdictes  lectres  obliga- 
toires dont  au  Roy  noslredict  Sg'  ou  à  ses  juges  ou  autres  justiciers 
de  court  laye  eust  appartenu  et  deu  appartenir  la  congnoissance 
se,  par  icelle  obmissission,  ne  leur  eust  esté  empesché  ne  tolue 
(enlevée). 

Semble  que  si  les  notaires  de  l'évesché  ont  accoustumé,  le  temps 
passé,  de  tenir  et  avoir  leurs  bouticques  et  exercer  leurs  offices  de 
notaires  au  pourprins  de  la  court  ecclésiastique  dudict  évesché,  ilz 
ne  pevent  ne  doivent  tenir  leurs  bouticques,  ne  faire  leurs  passe- 
ment ne  autrement  exercer  leursdits  offices  sur  les  rues  publicques 
de  ladicte. ville  de  Troyes,  touttesfoiz,  pour  ce  que  ne  sommes  à  pré- 
sent bien  informez  de  la  vérité  de  ceste  matière,  le  procureur  du 
Roy  au  bailliaige  de  Troyes,  de  sa  part,  et  ledict  évesque,  de  la 
sienne,  porront  faire  informacion  de  la  matière  et  de  Tusance  du 
temps  passé  et  le  tout  rapporteront  par-devant  nous  à  Paris,  aux 
jours  de  Ckampaigne  de  ce  présent  parlement,  pour,  sur  ce,  par 
Tadvis  de  mess"  des  comptes  et  trésoriers,  pourveoir  ainsi  qu'il 
appartiendra. 

IV.  Sur  ce  que  ledict  révérend  père  à  cause  dudict  évesché  de 
Troyes  se  veult  dire  per  à  conte  (pair  à  comte).  Cest  assavoir  au  Roy, 
comte  de  Champaigne,  et,  par  ce,  exempt  du  bailly  de  Troyes  et 
des  autres  officiers  du  Roy  à  cause  dudict  conté  de  Champaigne  et 
estre  subgect  sans  moyen,  en  toutes  ses  causes^  touchant  audict 
évesché  en  demandant  et  en  dcffendant  et  sesdictes  causes  commises 
au  bailly  de  Sens  ou  son  lieutenant,  à  son  siège  dudict  lieu  de  Sens^ 
par  certaines  lectres  de  committimus  réal,  que  luy  et  ses  prédéces- 
seurs évesques  de  Troyes  auroient  et  ont  accoustumé  d'avoir  dans 
leurs  causes  commises  par-devant  ledict  bailly  de  Sens  ou  son  lieu- 
tenant, à  sondict  siège  de  Sens  et,  combien  que  ledict  bailly  de 
Troyeâ  soit  l'un  des  quatre  bailliz  dudict  comte  de  Champaigne,  et 
que,  depuis  que  ledict  conté  a  esté  jôinct  et  uny  à  la  couronne  de 
France,  tous  et  chascuns  lesdicts  quatre  bailliz  de  Champaigne 
soient  véritablement  juges  royauk  et  que,   à  chascun   d'eulx^ 


72  COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROTES. 

comme  tels  et  fins  et  mectes  (limites)  de  son  territoire  compecte  et 
appartienne  ordinairement  la  jurisdicion  court  et  congnoissance 
des  droiz  et  domaines  royaulx  de  sondict  bailliaige  avecques  la 
tuition  (garde)  et  défence  de  la  jurisdicion  temporelle  de  luy  et  de 
sondict  bailly.  Et  aussi  en  appai  tienne  la  poursuicte  au  procureur 
réal  d'icelluy  bailliaige.  Ce  nonobstant,  ledict  révérend  veult  dire 
et  maintenir  que  de  ladicte  exécution  par  luy  prétendue  il  peult 
user  et  usera  contre  ledict  bailly  et  son  lieutenant  et  aussi  contre 
ledict  procureur  du  Roy  et  autres  of&ciers  royaulx  dudict  bailliaige 
deTroyes  ès-causes  touchans  sondict  évesché  esquelles  ledict  pro- 
cureur du  Roy,  par  la  tuicion  et  défense  de  la  jurisdicion  tempo- 
relle et  autres  droiz  et  domaines  royaulx  d*icelluy  bailliaige  de 
Troyes,  est  et  doit  estre  partie  principale  ou  partie  adjoincte  par- 
devant  ledict  bailly  de  Troyes  ou  son  lieutenant  contre  ledict  révé- 
rend et  ses  officiers  de  sadicte  court  ecclésiasticque,  tout  en  requé- 
rant contre  eulx  la  réparacion  et  cessation  desdictes  surprinses 
comme  autrement  et  que  audict  bailly  de  Sens  ou  son  lieutenant 
appartient  la  congnoissance  et  au  procureur  réal  en  sondict  bail- 
liaige la  déduction  et  poursuites  de  telles  matières  et  n'a,  ledict 
procureur  réal  à  Troyes,  autre  povoir  en  ceste  partie  que  de  soy 
informer  et  d'envoyer  Tinformacion  avec  mémoires  sur  ce  audict 
procureur  de  Sens  pour  impétrer  et  poursuivre  par  iceluy  procu- 
reur de  Sens,  qui  est  de  quatorze  grosses  lieues  de  distance  dudict 
lieu  de  Troyes.  Ce  quil  n'est  pas  vray  ne  accoustumé  de  faire,  saul  ve 
lonnenr  dudict  révérend,  mais  est  vray  le  contraire  et,  de  ce, 
ont-ilz  et  sont  en  possession  paisible,  ledict  bailly  de  Troyes  ou 
son  lieutenant  et  procureur  réal  audict  bailliaige,  si  comme,  par 
plusieurs  actes,  procès  et  exploictz  judiciaires  de  la  court  dudict 
bailliaige  de  Troyes  et  autrement  deuement  peut  et  pourra  appa- 
roir en  temps  et  en  lieu  et  aussi  si  ladicie  exemption,  telle  que  la 
maintient  et  allègue  ledict  révérend  avoir  lieu  contre  les  procureurs 
du  Roy,  à  Troyes,  lesdictes  poursuites  seroient  longues  et  difficilles  à 
faire  et  joyroient  souvant  et  pendant  icelluy  révérend  et  sesdicts  of- 
ficiers, comme  le  Roy  nostre  Sg'  de  ce  dont  débat  seroit  entre  les- 
dictes parties,  qui  n'est  et  ne  seroit  mye  chose  raisonnable  ne  tollé- 
rable  aux  gens  et  officiers  du  Roy. 

Semble  que  ledict  évesque  ou  ses  officiers  font  aulcuns  exploictz 
contre  et  au  préjudice  de  la  jurisdicion  et  des  droiz  et  domaines  du 
Roy  audict  bailliaige,  comme  entreprandre  la  congnoissance  d'ac- 
tions réelles,  myxtes  ou  personnelles,  entre  purs  laiz  ou  autres  cas, 
ledict  bailly  et  autres  officiers  dudict  bailliaige  y  pevent  pourveoir 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROTES.  73 

et  en  entreprandre  la  congnoissance  et  esdicts  cas  ne  peut,  ne  doit 
ledict  évesque  décliner  la  jurisdicion  dudict  bailly  toutesfoiz,  pour 
y  délibérer  plus  seurement  pour  ce  que  la  matière  est  de  grant 
conséquence  —  et  pour  adviser  en  quelz  cas  ledict  évesque  et  ses 
officiers  seront  tenuz  respondre  par-devant  ledict  bailly  et  en  quelz 
cas,  non,  lesdicts  procureur  du  Roy  et  évesque  nous  informeront 
plus  à  plain  de  ceste  matière  auxdicts  jours  de  Champaigne  et  lors 
par  Tadvis  de  mesdicts  Sg'*  des  comptes  et  trésoriers  y  sera  pour- 
veu  ainsi  qu'il  appartiendra. 

Faict  à  Sainct-Pourrain  (Saint-Pourçain  (Allier?),  le  23»  jour  de 
décembre  Tan  mil  cccc  cinquante-cinq.  Ainsi  signé  :  J.  Dauvet  et 
J.  Simon.  (Cette  date  doit  être  erronée.) 

Le  lundi  cinquiesme  jour  d'avril  Tan  mil  quatre  cens  soixante  et 
ung  avant  Pasques,  en  la  présence  de  messeig*^  maistres  Jehan  de 
Courcelles,  Jehan  Mortis,  Berthelemy  Claustres  et  Joachin  Jouvellin, 
conseillers  du  Roy  en  sa  court  de  Parlement,  Jehan  de  Saint- 
Romain,  procureur  général,  Jehan  Simon  et  Guillaume  de  Gannay, 
advocatz  du  Roy,  maistre  Jehan  de  Grève,  procureur  du  Roy  à 
Troyes  et  Jehan  de  Mesgrigny,  receveur  des  aydes  audict  lieu  de 
Troyes.  Sur  aucuns  dilTérens  et  questions  qui  estoient  entre  les 
gens  et  officiers  du  Roy  ou  bailliaige  de  Troyes,  d'une  part^  et 
mons'  l'évesque  de  Troyes  et  ses  officiers  en  jurisdicion  ecclésias- 
ticque,  d'autre  part,  fut  et  a  esté  délibéré  ce  qui  s'ensuyt  :  C'est 
assavoir  que,  quant  aucune  personne  laye  sera  citée  et  convenue  à 
la  requeste  de  partie  par-devant  l'official  ou  autre  juge  ecclésias- 
ticque,  en  ce  cas,  la  partie  citée,  si  bon  lui  semble,  pourra  aller  ou 
envoyer  procuracion,  à  la  jornée,  soy  advouer  lay  et  décliner  et 
requérir  son  renvoy  par-devant  son  ordinaire  juge  lay,  lequel  of- 
ficiai ou  juge  ecclésiasticque  sera  tenu  obtempérer  à  ladicte  décli- 
natoire  et  se  désister  incontinant,  sans  en  retenir  jurisdicion  on 
congnoissance,  fors  seulement  en  -cas  et  délicts  ecclésiasticques.  Et 
se  l^icts  officiai  ou  juge  ecclésiastique  est  reflfusant  ou  délayant  de 
le  retenir  à  ladicte  déclinatoire,  en  cas,  causes  ou  délictz  qui  ne 
seroient  pas  ecclésiasticques,  le  procureur  du  Roy  et  le  défendeur 
et  chacun  d'eulx  pourront  faire  faire  défense  à  la  partie  deman- 
deresse et  au  juge  et  promotteur  ecclésiastique^  se  mestier  est,  de 
non  plus  avant  traicter  ou  convenir  ou  retenir  congnoissance  de 
ladicte  cause  à  peine  d'amende  arbitraire  et  se  pourra  faire  ladicte 
défense  sans  ladicte  déclinatoire  proposée  par  ung  sergent  royal, 
par  vertu  de  la  simple  cédule  du  procureur  du  Roy,  au  lieu  signé 


74  COUTUMES   DU  BAILUA6E   DE  TROTES. 

de  son  seing  manuel,  sans,  sur  ce,  avoir  aucun  mandement  ou 
commission.  Et  se,  après  lesdictes  défenses  ainsi  faictes,  ledict  juge 
ou  officiers  ecclésiasticques  B*y  obtempèrent,  sera  procédé  de  faict 
contre  eulx  et  autres  qu'il  appartiendra.  C'est  assavoir,  par  saisine 
et  exploitation  du  temporel  des  officiers  ecclésiasticques  et  par 
amandes  ;  et,  au  regard  des  parties  qui  feront  les  poursuites  après 
lesdictes  déclinatoires  et  défenses  l'on  procédera  contre  euk  par 
emprisonnement  et  par  multes  et  amandes,  selon  la  qualité  et  exi- 
gences des  cas  et  des  personnes.  Et  afin  que  la  partie  citée  puisse 
mieulx  congnoistre  se  la  matière  est  telle  qu'il  puisse  décliner  la 
partie  demanderesse  privée  personne  ou  le  prometteur  d'office  sera 
tenu,  à  la  première  jornée,  assigner  à  ladicte  personne  laye  bailler 

par  forme  de  brèves  de  cédule  ou la  cause  pour 

laquelle  est  faicte  ladicte  citacion.  C'est  assavoir,  pour  sommes  de 
deniers  pour  une  foiz,  pour  injures  verbales,  pour  sacrilèges,  pour 
mariaige  ou  pour  autre  cause,  qui  sera  déchirée  audict  brevet  et 
doresnavant  les  officiers  de  la  jurisdicion  temporelle  à  l'occasion  de 
la  simple  citacion  faicte  contre  aucun  laye  en  court  ecclésiasticque, 
cesseront  de  contraindre,  par  provision  ou  prinse  de  corps  et  de 
biens,  ceulx  qui  auront  fait  faire  ladicte  citacion  à  eulx  désister 
d'icelle  simple  citacion,  parce  que,  par  icelle  simple  citation,  on  ne 
peust  appartenir  pour  quelle  cause  ledict  laye  est  cité,  mais  se 
après  ladicte  citacion  faicte  il  appert  que  ladicte  personne  laye  soit 
citée  pour  cas,  causes  et  matières  qui  ne  soient  point  ecclésias- 
ticques et  que  ledict  demandeur  ait  esté  sommé  de  cesser  ladicte 
poursuite  ou  que  la  déclinatoire  ait  esté  proposée,  en  ce  cas,  après 
ladicte  sommation  ou  déclinatoire,  les  officiers  de  ladicte  jurisdi- 
cion temporelle  pourront  procéder  par  emprisonnement  contre  les 
parties  demanderesses,  qui  feront  lesdictes  poursuites  et  autrement 
par  la  manière  cy-dessus  déclarée. 

Les  choses  dessusdictes  ont  esté  advisées  par  les  dessus  nommez 
par  manière  de  provision  et  sans,  préjudice  des  droicts  du  Roy  et 
dudict  évesque  et  des  procès  pendant  entre  eulx  pour  raison  des- 
dictes jurisdicions  et  aussi  sans  préjudice  des  autres  advis  autres- 
foyz  faicts  en  ladicte  matière,  par  maistre  Jehan  Dauvet  lors  pro- 
cureur général  du  Roy  et  ledict  maistre  Jehan  Simon.  Et  jusqu'à 
ce  que,  par  le  ^oy  ou  sa  court  de  parlement,  parties  ouies,  autre- 
ment en  soy  ordonné.  Ainsi  signé  :  J.  de  Courcelles,  J.  Mortis, 
B.  Claustre,  J.  Junelin  (sic),  J.  Simon,  J.  de  Sainct-Romain,  J.  de 
Grève,  6.  de  Gannay  et  J.  de  Hesgrigny. 

(Arch.  muD.  de  Troyes.  Q.  L) 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE  TROTES.  75 


II. 


SENTENCES 

Rendues  de  i4S6  à  i497,  servant  de  preuves  en  faveur  de  la  no- 
blesse utérine  et  de  la  ^t  franche  lignée  des  hoirs  ou  héritiers 
Musniery  »  et  certifiées  conformes,  du  ii  novembre  au  i5  dé- 
cembre 1509 y  par  Gossement,  S,  de  ViUemor,  Nico  et  Bareton, 
notaires  y  et  Jean  de  Saint-Aubiny  notaire  et  greffier  aubailliage^ 
rédacteurs  de  la  coutume  dudit  bailliage  en  i509. 

Ces  sentences>  portant  la  cote  H,  comme  certains  docaments 
faisant  partie  des  archives  de  THôtel-de-Ville,  sont  aujourd'hui 
rangées  parmi  les  manuscrits  de  la  bibliothèque,  sous  le*n9  1290. 

« 

l^.  14  Mars  1436.  —  Le  procureur  de  la  terre  de  Beaufort, 
pour  le  duc  de  Nemours,  contre  Thomas  Gossement,  qui  se  pré- 
tend noble  par  sa  mère,  demandeur.  —  Reconnu  noble  par  sa 
mère. 

t  Et,  pour  icelui  demandeur,  avons,  en  présence  desdits  procu- 
reur, receveur  et  autres  officiers  dudit  seigneur,  non  contrtdisansy 
déclaré  et  déclarons  estre  noble  et  gentilhomme  né  et  actrait  de 
noble  lignée  et  habille  de  pouvoir  joir  et  user  des  droicts  et  pré- 
villeiges  de  noblesse,  tels  que  peullent  et  ont  accoustume  de  joir 
et  user  les  autres  nobles  de  Champaigne  et  de  ladite  terre  de  Beau- 
fort,  et  icellui  défendeur,  non  avoir  aucun  droit  ou  cause  valable 
au  contraire,  et,  sur  ce,  lui  avons  imposé  et  imposons  silence  per- 
pétuel. • 

t^.  16  Septembre  1441.  —  Odart  Griveau,  lieutenant- 
général  au  bailliage  de  Troyes.  —  Le  procureur  du  Roi,  pour  le  col- 
lecteur des  jurées  du  Roi  contre  Claudin  Yoisié,  demeurant  à 
Troyes,  né  et  issu  de  Babelot,  épouse  de  Félix  Félix,  qui  eut  pour 
fille  Jehannon,  noble  à  cause  de  sa  mère;  ladite  Jehannon,  mariée 
à  Pierre  Voisié,  père  de  Claudin. 

c  Et,  comme  noble,  l'avons  absou  et  absolvons  des  impoticion  et 
demande  dudit  demandeur  et  si  luy  avons  permis  et  permettons 
de  joyr  et  user  des  privilèges,  franchises  et  libertez  et  prérogatives 
de  noblesse  et  telz  que  ont  accoustume  de  joyr  les  autres  nobles  du 
conté  de  Champaigne.  • 


76  COUTUMES   DU   BAIUU6E   DE   TROYES. 

3«.  S3  Novembre  1441 .  —  Odart  Griveau.  —  Le  même 
pour  le  même  collecteur  des  droits  do  jurée  contre  Collinet  de 
BuRT,  demeurant  à  Troyes,  en  son  nom  et  comme  ayant  pris  fait 
et  cause  pour  sa  femme,  Agnelet,  se  disant  noble  par  sa  mère. 
—  Collinet  de  Bury,  reconnu  noble  par  sa  mère  et  de  la  franche 
lignée  des  hoirs  Musnier  et  aussi  monnoyère  du  serment  de 
France. 

«...  Avons  déclaré  et  déclarons  Colinet  de  Bury  estre  noble 
gentilhomme,  issu  et  venu,  actraict  et  descendu  de  noble  lignée 
et  ladite  Agnelet,  sa  femme,  estre  venus  de  la  franche  lignée  et 
condition  des  hoirs  Musnier,  ordonnons  qu'ils  jouiront  des  privi- 
lèges, libertés  et  franchises  donnés  ans  hoirs  Musnier,  et  que 
Colinet  pourra  user  et  jouir  des  privilèges,  franchises,  libertés  et 
prérogatives  de  noblesse,  pareillement  que  font  et  doivent  faire  les 
autres  nobles  dudit  comté  de  Champaigne  et  avons  déclaré  Colinet 
comme  gentilhomme  et  Agnelet,  sa  femme,  comme  estant  des  hoirs 
Musnière  et  encore  sondit  mari,  à  cause  d'elle  et  de  sa  qualité,  estre 
francs,  quittes  et  exempts  du  droit  de  ladite  jurée,  i 

40.  26  Août  1449.  —  Même  juge.  —  Même  poursuivant 
contre  Nicolas  de  Marist,  fils  de  Colot  de  Marisy,  de  Brienne.  — 
Reconnu  noble  par  sa  mère. 

t  Disons  et  jugeons  par  nostre  sentence  deffinitive  et  par  droit, 
ledit  Nicolas,  opposant,  avoir  prouvé,  pour  obtenir  son  entencion 
et,  pour  ce,  l'avons  déclaré  et  déclarons  noble  et  gentilhomme,  né 
et  attraict  de  noble  lignée  habille  pour  joir  et  user  des  privilléges 
et  franchises  que  jouissent  et  ont  accoustumé  de  joir  et  user  les 
nobles  et  gentils  personnes  du  conté  de  Champaigne  nez  et  attraictz 
de  noble  lignée.  • 

5^  7  Novembre  146S.  —  Jacques  de  Roffey,  lieutenant- 
général  au  bailliage  de  Troyes,  et  Robert  de  Marbury,  conseiller, 
chambellan  du  Roi.  —  Le  procureur  du  roi  pour  le  collecteur  des 
jurées  contre  Guillemin  Lb  Maître,  mercier,  et  Jacques  Mebbssb, 
l'aîné.  —  Reconnus  nobles  par  leurs  mères.  —  Môme  sentence 
qu'au  no  4. 

6»  11  Septembre  1468.  —  Michel  Juvenel  des  Ursins, 
bailli  de  Troyes.  —  Le  môme  poursuivant  contre  Guillaume 
Bbllibr,  marchand  à  Troyes,  et  sa  femme  Gilette. 

...  €  Disons  et  jugeons  que  lesdits  défendeurs,  veu  les  Chartres, 
sentences,  titres  et  lettres  par  eulx  produits,  ont  assez  prouvé  pour 
obtenir  leur  entencion  à  rencontre  dudit  procureur  du  roi,  avons, 


COUTUMES   DU    BAILLIAGE   DE   TR0YE8.  77 

ladite  Gilette,  déclarée  et  déclarons  estre  noble  et  gentilfemme,  née 
et  actraite  de  noble  lignée  et  aussi  née,  actraite  et  descendue  de  la- 
dite lignée  des  hoirs  Mosnière  et  habille  de  joir  des  privilèges, 
libertés  et  franchises  que  ont  accoustumé  de  joyr  et  user  les  autres 
personnes  nobles  et  aussi  ceulx  qui  sont  nez  et  actraiz  d'icelle  li- 
gnée desdits  hoirs  Musnière  au  comté  de  Champaigne.  Et,  par  ces 
moyens,  franche,  quicte  et  exempte  et  ledit  défendeur  son  mary  à 
cause  d'elle^  durant  sa  vie,  de  payer  au  roy  nostredit  sieur,  aucune 
jurée.  • 

7o.  7  Janvier  1466.  —  Jacques  de  Roffey,  lieutenant- 
général  au  bailliage  de  Troyes.  —  Les  mêmes  poursuivants  contre 
Jean  Chevht,  orfèvre  à  Troyes,  et  sa  femme  Guillemette.  — 
Gbevry,  reconnu  noble  et  sa  femme,  issue  des  hoirs  Musnier. 

<  Déclarons  Chevry  estre  noble  et  de  noble  lignée  et  ladite 
Guillemette,  sa  femme,  desdits  hoirs  Musnière  et  comme  telz,  ledit 
Chevry  doit  joir  et  user  des  prérogatives,  franchises,  privilèges 
et  libériez  de  noblesse  et  sadite  femme  et  encor  luy  à  cause  d'elle 
des  privilèges,  franchises  et  libertez  desdits  hoirs  Musnière.  ■ 

80.  27  Juillet  1482.  —  Le  lieutenant-général  au  bailliage 
de  Troyes.  — Affaire  de  succession.  —  Pierre  Ronigue,  dit  Corrart, 
sa  femme  Catherine,  jadis  femme  de  Jean  Acarie,  et  Innocent 
Corrard,  marchands  à  Troyes. 

•  Considérant  ce  qui  faisoit  à  veoir  et  considérer  en  ceste  partie 
et  mesmement  la  coustume  génèralle  tenue  et  gardée  au  conté 
de  Champaigne,  qui  est  telle  que  les  enfants  nez  en  mariage  de 
père  noble  et  mère  non  noble  vel  è  contra  de  mère  noble  ou  père 
non  noble,  sont  nobles  et  ensuivent  la  noblesse  et  condicion  de 
leurdits  père  ou  mère  noble,  lequel  que  ce  soit.  —  Jugeons  et  dé- 
clarons Pierre  et  Innocent  Corrard  estre  hommes  nobles  actraitz, 
nez  et  descenduz  de  noble  lignée...  • 

90.  9  Août  1484.  —  Le  bailliage  de  Troyes.  —  Le  pro- 
cureur du  Roi  près  le  bailliage  de  Troyes  contre  Pierre  PEKREcm , 
marchand  à  Troyes,  se  prétendait  noble  et  comme  tel  déclinait  la 
juridiction  du  prévôt  et  aussi  se  prétendait  de  la  franche  lignée  des 
hoirs  Musnier. 

c  Jugeons  qu'il  a  bien  et  suffisamment  prouvé  ses  faiz  et  généalo* 
gie  et  qu'il  est  descendu  de  noblesse  et  de  ladite  franche  lignée  des 
hoirs  Musnière.  > 

lOo.  15  Mars  1484.  —  Jacques  de  Roffey,  lieutenant  gé- 
néral  au  bailliage  de  Troyes.  —  Le  procureur  du  Roi  pour  le  col- 


78  COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE  TR0TB8. 

lecteur  des  droits  de  jurée,  en  présence  de  l'avocat  et  du  recevem* 
du  Roi,  contre  Jean  Daoust,  marchand  à  Troyes. 
Noblesse  utérine  reconnue. 

11°.  26  Avril  1 485.  —  Le  bailliage  de  Troyes.  —  Le  procu- 
reur du  Roi  contre  Jacquinot  Perrscin,  demeurant  à  Troyes.  — 
Reconnu  noble  par  sa  mère. 

120.  5  Septembre  1486.  —  Le  même  tribunal.  —  Le 
môme  demandeur  contre  Nicolas  Berthieb,  marchand  à  Troyes, 
qui  prétend  descendre  par  les  femmes  de  Guillaume  Drapperie, 
écuyer,  et  de  Guyot  Vive. 

Reconnu  noble  par  sa  mère. 

13®.  Sans  date.  —  Le  même  tribunal.  —  Le  même  demandeur 
contre  Henri  Besançon,  marchand  à  Troyes,  qui  se  prétend  noble 
et  aussi  de  la  franche  lignée  des  hoirs  Musnier. 

La  sentence  reconnaît  Besançon  noble  par  les  femmes,  mais  se 
tait  sur  le  fait  de  la  lignée  des  hoirs  Musnier. 

Uo.  25  Octobre  1486.  —  Le  même  tribunal.  —  Le 
même  demandeur  contre  Etienne  Morignt  et  Catherine,  sa  femme, 
demeurant  à  Troyes.  —  Catherine  reconnue  noble  par  les  femmes 
et  aussi  de  la  lignée  des  hoirs  Musnier. 

15^.  S6  Octobre  1486. —  Comme  ci-dessus.  Nicolas  le 
Petop,  orfèvre  à  Troyes.  —  Reconnu  noble  par  sa  mère. 

16».  26  Octobre  1485.  —  Jean  Morise,  lieutenant-gé- 
néral au  bailliage  de  Troyes.  —  Le  même  demandeur  contre 
Nicolas  Le  PErrr  et  sa  femme  Gilbtte.  L'aïeul  de  Le  Petit  anobli 
par  l'un  des  ducs  de  Bourgogne;  Le  Petit  se  prétend  noble  par  sa 
mère.  —  Reconnu  noble  par  sa  mère,  Marguerite,  et  par  sa  femme, 
issu  des  hoirs  Musnier. 

17*.  4  Décembre  1487.  —  Jacques  de  Roffey,  lieutenant- 
général  au  bailliage  de  Troyes.  —  Le  procureur  du  Roi  contre 
Jean  Pebbecin,  marchand  drapier,  et  Katherine^  sa  femme^  aupa- 
ravant femme  de  Perrin  Bouillerot,  en  son  vivant  tanneur  à 
Troyes.  Katherine  reconnue  noble  par  les  femmes. 

18^  15  Décembre  1488.  —  Les  mêmes.  —  Jacques 
Ruban,  orfèvre  à  Troyes.  —  Reconnu  noble  par  son  père  et  par  sa 
mère. 

19o.  13  Juillet  1489.  —  Comme  ci-dessus.  ^  Nicolas 
Chevet,  orfèvre,  et  sa  femme,  auparavant  femme  de  Jean  Maret. 


GOimiMES  DD   BAILLIAGE    DE    TROTBS.  79 

—  Reconnu  noble  par  sa  mère  ;  après  sa  mort,  sa  femme  pourra 
jouir  des  privilèges  de  noblesse. 

20*.  3  Janvier  1497.  -  Jean  de  Roffey,  lieutenant-gé- 
néral au  bailliage  de  Troyes.  —  Le  procureur  du  Roi  contre  Pierre 
LBScfflCAULT  et  Jean  Lesghicault,  tous  deux  dits  de  Bury,  frères, 
marchands  à  Troyes,  originaires  de  Méry.  —  Prétendent  des- 
cendre par  les  femmes  de  Henri  de  Chanlemerle,  écuyer,  grande- 
ment privilégié  par  Thibault,  roi  de  Navare  et  comte  de  Champagne. 

—  Reconnus  nobles  par  les  femmes. 


III. 


BIBLIOGRAPHIE. 

lo.  Les  coutumes  du  Bailliage  de  Troyes  ont  été  imprimées  et 
publiées  en  1481.  c  Item,  et  laquelle  coutume  fut  articulée  et 
registrée  es  registres  du  Bailliage  dudit  Troyes,  dès  l'an  1481,  en 
rédigeant  par  écrit  les  coustumes  dudit  bailliage,  par  autre  man- 
dement du  feu  roi  Louis,  à  qui  Dieu  pardonne. 

t  Item  et  dès  lors  furent  icelles  coutumes  imprimées  en  plu- 
sieurs et  divers  lieux  par  le  royaume  de  France,  et  vendues  publi- 
quement tant  en  cette  ville  de  Paris,  en  la  ville  de  Troyes  et 
autres  bonnes  villes  du  Royaume,  comme  vous  apperrera  par 
certains  cahiers  de  papier  imprimés,  qui  sont  avec  ces  présentes.  > 

L'édition  première  des  coutumes  de  Troyes  date  donc  de  1481. 
Nous  ne  la  connaissons  pas,  de  même  que  nos  bibliophiles.  Elle  est 
indiquée  seulement  dans  les  Réponses  du  Tiers-Etat  aux  moyens 
des  nobles  et  gens  d'église.  Louis  Legrand;  Coutumes  du  Bailliage 
de  Troyes,  Procès-verbal  de  compulsoire,  p.  xxiij,  1'^  col»,  après  la 
Table  des  matières.  3«  édition,  in-f®. 

Avis  aux  bibliophiles. 

2^.  Les  coutumes  du  Bailliage  de  Troyes,  en  Champagne,  in-18, 
gothique,  de  59  feuillets  chiffrés,  sur  papier  grossier  et  presque 
gris.  Au  lieu  du  millésime  se  trouve  le  chiffre  :  vin,  qui,  selon  toute 
apparence,  indique  le  nombre  des  cahiers  ou  signatures.  —  Im- 
primé sans  date  par  Jean  Lecoq,  1*'  du  nom,  qui  travaillait  de 
1508  à  1524. 

Ce  petit  volume  contient  le  texte  des  coutumes,  la  publication, 
puis  le  procès-verbal  et  enfin  la  table  des  titres. 


80  COUTUMES  DU  BAIUIAGE    DE    TROTES. 

c  Ce  volume  offre  d'autant  plus  d'intérêt  qu'il  ne  doit  pas  ôtre 
de  beaucoup  postérieur  à  Tan  1509,  date  de  la  dernière  rédaction 
de  notre  coutume,  si  môme  il  n'est  pas  de  la  même  année,  et 
comme  le  procès-verbal  de  rédaction  ne  se  trouve  pas  en  original 
aux  archives  judiciaires,  comme  ceux  des  autres  provinces,  il 
s'ensuit  qu'en  cas  de  diversité  dans  le  texte  des  nombreuses  édi- 
tions postérieures,  c'est  à  celui  de  Lecoq  que  l'on  doit  s'en  rappor- 
ter, comme  étant  pour  ainsi  dire  officiel  et  tenant  la  place  de 
l'original  authentique  qui  nous  manque.  C'est  ce  qui  a  été  décidé 
par  un  arrêt  de  la  cour  royale  de  Paris,  du  31  juillet  1839,  rap- 
porté dans  la  Gazette  des  Tribunaïuc  du  l^^  août.  • 

Cet  exemplaire  paraît  unique.  Il  appartient  à  la  bibliothèque 
nationale. 

Ces  indications  sont  puisées  dans  :  Corrard  de  Breban.  Re- 
cherches sur  rétablissement  et  l'exercice  de  l'imprimerie  à  Troyes. 
Troyes  1851,  2«  édition,  p.  46. 

3<^.  Les  coustumes  du  Bailliage  de  Troyes  en  Champaigne,  im- 
primées à  Troyes  par  Jehan  Lecoq  (l*'  du  nom). 

Au  bas  du  frontispice,  on  lit  :  <  Imprimez  à  Troyes  chez  Jehan 
Lecoq,  viii.  Sans  date.  —  Ce  chiffre  vni,  comme  dans  l'exemplaire 
précédent,  indique  que  ce  petit  volume  '  contient  huit  cahiers. 
Chacun  de  ces  cahiers  est  formé  de  huit  pages.  —  Haut.  0,136, 
Larg.  0,097. 

A  la  suite  des  coutumes  se  trouve  une  pièce  de  vers  intitulée  : 
c  S'ensuivent  six  espistes  contenant  les  trois  estatz  faictes  et  tm/>rt- 
mées  à  Paris  à  la  louenge  et  honneur  du  très  chrestien  roy  de 
France, 

L'exemplaire  que  nous  avons  eu  sous  les  yeux  porte  une  reliure 
du  temps,  en  parchemin,  et  sur  les  marges  du  frontispice  la  signa- 
ture de  Groslbt,  avec  le  millésime  1741. 

Cet  exemplaire  est  passé  aux  mains  de  M.  Gossin,  qui,  sur  la 
garde  de  tête,  a  apposé  la  mention  suivante  :  <  Jules  Gossin,  subs- 
c  titut  du  Procureur  impérial  du  Tribunal  de  i^^  instance,  séant 
c  à  Troyes,  7  août  1813.  »  Puis  des  mains  de  H.  l'abbé  Lacouture, 
il  passa  dans  celles  de  M.  Terrillon,  commissaire-priseur^  et  de 
celles-ci,  il  arriva  à  H.  Payen,  gendre  de  M.  Terrillion. 

i^.  Les  Coustumes  du  Bailliage  de  Troyes  en  Champaigne,  Imprù 
mez  à  Troyes  chez  Jehan  Lecoq,  sans  date^  in-16,  gothique  de  64 
ff.  chiffrés.  —  Marque  de  Jehan  Lecoq.  —  sans  permission  d'im- 
primer. 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE    DE    TBOTES.  81 

Cet  exemplaire  ne  peut  être  de  la  même  édition  que  celui  qui  est 
cité  par  H.  Corrard  de  Breban  ci-dessus  n»  2.  (Bbunet;  JUantiel..., 
{(•  édition. 

50.  Les  ùmstumes  du  Bailliage  de  Troyes,  imprimez  à  Troyes 
par  Jehan  Lecoq,  sans  date,  in-l(>,  gothique  de  71  ff.  —  Marque 
de  Jehan  Lecoq.  —  Sans  permission  d'imprimer. 

Cet  exemplaire,  poss  dé  par  M.  Fortin^  juge  à  Troyes^  a  été 
donné  à  la  bibliothèque  de  Trojes  par  M°*o  Fortin^  après  la  mort 
de  son  mari. 

6^.  Les  Coustumes  du  Bailliage  de  Troyes,  au  dessous  r^u  titre, 
la  marque  de  Jehan  Petit  it  au  bas  on  lit  :  •  Et  sont  les  dictes 
coustunws  à  vendre  à  Paris  en  la  rite  St-Jacques,  à  Venseiijne  de  'a 
fleur  de  Lys  d'or  en  l'hostel  Jehan  Petit  :  ou  à  Troyes  en  l'hostei  de 
Jehan  Gaultier,  libraire,  »  74  f^'*.  gothique,  papier  blanc  et  fort^ 
petit  in-8®  (L.  Pigeottb,  Manuscrit  authographe  du  commentaire  de 
Pierre  Pithou  sur  la  coutume  de  Troyes,  1872). 

Cette  édition  a  été  donnée^  sur  l'autorisai  ion  que  le  Parlement  a 
délivrée  à  Jehan  Petit,  imprimeur,  le  27  juin  1516.  M.  Pigeotte 
pense  qu'elle  est  la  première  des  coutumes  de  Troyrs.  Nous  ne 
pouvons  être  de  son  avis,  malgré  la  valeur  des  motifs,  sur  lesquels 
il  s'appuie;  car,  imprimée  après  1516  et  l'on  ne  sait  dans  quelle 
année,  on  doit  croire  que,  la  coutume  de  1481,  ayant  été  imprimée 
l'année  même  de  sa  rédaction,  celle  de  1509  a  dû  être  imprimée, 
comme  la  première,  peu  après  sa  publication.  Un  intervalle  de 
près  de  sept  ans  n'a  pas  dû  s'écouler  entre  l'impression  et  la 
derniers  publication  de  la  coutume  de  Troyes.  Mas  des  exem- 
plair!^ examinés  sous  les  n<»  2,  3,  4,  5  et  6,  nous  laissons  décider 
les  bibliophiles. 

Un  autre  exemplaire  de  cette  édition  serait  aux  mains  de  M. 
Deullin,  à  Epernay.  (D*après  M.  L.  Pigeotte.) 

7^.  Commentaires  sur  la  Coustume  du  Bailliage  de  Troyes  par 
maistre  Jean  Rochette,  conseiller  en  la  prevosté  dudict  Troyes, 

lOANNBS  ROCHETTUS. 

Srr  iETERNus  honos. 

Au  dessous  on  voit  la  marque  de  Griffard.  —  «A  Troyes  chez  Iran 
Griffard,  enlarue  delà  Petite-Tannerie,  au  pont  de  la  croix,  avec 
privUège  du  roi,  M.  D.  XCVl.  in-80. 

Ces  commentaires  sont  suivis  de  :  Bref  traité  des  contracts, 

* 

r.  xxxTi.  6 


82  COUTUMES    DU    BAILLIAGE    DE   TROTES. 

colligé  des  esmpts  mémoriaux  de  Haistre  Jean  Roghbttb,  conseil' 
1er  en  la  prévosté  de  Troyes. 

Apes  colligunt  flores. 

Un  fleuron  :  puis  au  dessous  on  lit  :  A  Troyes  chez  Jean  Griffard 
demeurant  en  la  Petite-Tannerie,  tenant  sa  boutique  en  la  rue 
Nostre-Dame,  près  Vange  Gabriel^  avec  privilège  du  roy.  Au  dos  de 
ce  titre  se  truve  le  portrait  de  Jean  Hochette^  gravé  en  bois. 

A  la  fin  est  la  permission  d'imprimer  du  15  octobre  1596,  pour 
les  deux  parties  de  ce  volume.  —  Ëxempl.  de  la  Bibliothèque  publi- 
que de  Troyes. 

8®.  Les  Coustumes  du  Bailliage  de  Troyes  en  Champaigne,  avec 
quelques  annotations  sur  icelles,  par  AI,  Pierre  Pithau,  advocoi  en 
parlement.  Sieur  de  Savoie, 

Marque  de  Timprimeur.  Au  dessous  de  cette  marque,  on  lit  : 
A  Paris,  chez  Abel  l'Angelier,  au  premier  pillier  de  la  grande  salle 
du  Palais,  M.  DC.  —  Avec  privilège  du  roy.  Titre  imprimé  en 
rouge  et  en  noir. 

Ce  volume  contient  :  1^  La  publication  desdictes  coustumes  ; 

2<>  Le  ProcèS'Verbal  des  coustumes  de  Troyes,  baillé  à  Maistre 
Jean  Clément  Lieutenant-général  du  Bailly  de  Troyes  pour  le  veoir 
tant  par  luy  que  par  les  advocats,  procureur  du  roy  et  autres  prati' 
dens  dudict  Bailliage; 

3<'  Une  table  des  principales  remarques. 

L'Exemplaire  que  nous  avons  entre  les  mains,  appartient  à 
M*  Victor  Babeau,  avocat  à  Troyes,  qui  Ta  acquis  de  la  succession 
de  M.  Prévost-Paillot.  Il  a  passé  dans  la  bibliothèque  de  Sémillard. 
Il  a  appartenu  à  François  Pithou;  il  est  interfolié  et  il  est  chargé 
de  notes  de  la  main  de  ce  dernier,  et  de  quelques  notes  de  Sémil- 
lard, qui  a  écrit  sur  le  dos  :  Coutume  de  Troyes.  D'autres  notes 
existent  encore,  elles  sont  d'une  main  que  je  ne  connais  pas.  Il 
n'est  pas  douteux,  pour  moi,  que  le  plus  grand  nombre  des  notes 
sont  de  la  main  de  F.  Pithou,  et  ont  servi  à  la  confection  de  l'édi- 
tion publiée  par  M.  Allen  en  1509. 

Certes  nous  ne  voulons  pas  rapporter  toutes  ces  notes.  Leur 
conformité  est  exacte.  Nous  nous  bornerons  à  en  citer  quelques- 
unes. 

Ainsi  dans  l'édition  de  1609,  p.  le»  (Coustumes),  la  note  :  Con» 
suetudo  approbata..,.  est  écrite  par  F.  Pithou,  en  marge  de  l'exem- 
plaire de  l'édition  de  1600. 


COUTUMES   DU   BAIUIAGB    DE    TROTES.         .  83 

P.  3.  Fn  Î600,  les  ncms  Qunrtien,  Prurxlle,  llillani  et  Gottier 
sont  rectifiés  à  la  main  par  F.  Pithoa  et  ces  rectifications  sont 
reproduites  en  16'J9. 

P.  9.  Une  grande  note  de  la  même  main.  Comme  indire  le  ban 
des  vendanges  etc.  est  littéralement  transcrite,  aux  p.  15  et  16  de 
réJitionde  1609. 

L  'art.  170  de  Tédition  de  1600,  porte  :  charrue  par  erreur;  ce 
mot  est  rectifié  à  ia  main  par  celui  de  charmes,  et  ce  dernier  est 
reproduit  en  1609. 

Aux  art.  176,  177,  181,  200  etc.  se  trouvent,  sur  l'édition  de 
1600,  des  corrections  et  additions  manubcriies,  reproduites  dans 
l'édition  de  1609  de  M.  Allen. 

Il  n'est  pas  douteux  que  F.  Pithou  n'ait  coopéré  par  ses  notes  à 
l'édition  de  1609.  On  peut  lire  sa  lettre  à  M.  Allen,  du  10  janvier 
1(>(9,  placée  en  tête  du  volume,  qui  ne  laisse  aucun  doute  à  cet 
é^ard.  Un  y  lit  notamment^  après  un  éloge  adressé  à  son  frère,... 
<  N'ayant  remarqué  sur  nostre  coustume  aulcune  chose,  sinon 
quand  les  affaires  se  sont  présentées.  Car  quant  à  la  conférence 
des  aultres  coustumes  de  France,  recueillie  en  mon  jeune  âge,  je 
n'en  fais  pas  estât.  Toutefois  puisque  vous  trouvez  bon  de  faire 
imprimer  le  tout,  je  m'en  ra  [K)rteray  à  vostre  jugement,  que 

j'estime  beaucoup Tellement  que  si  ceste  édition  (à  laquelle  il 

vous  plait  de  tenir  la  main)  sert  au  public,  l'on  vous  en  doibt 
l'honneur  et  la  peine;  aultrement  tout  eust  esté  perdu,  n'estant 
a  présent  en  aage  et  disposition  d'y  apporter  ce  que  j'ai  peu  aul- 
trefois,  si  je  n'eusse  esté  employé  ailleurs  à  ma  grande  perte.  >  etc. 

9o.  Les  Coustumes  du  Bailliage  de  Troyes,  en  Champaigne, 

Avec  annotations  sur  icelles; 

Un  bref  recueil  des  evesques  de  Troyes; 

Le  premier  livre  des  mémoires  des  comtes  héréditaires  do  Cham- 
paigne  et  Brie; 

La  généalogie  desdits  comtes; 

Par  M.  Pierre  Pithou,  advocaten  Parlement,  sieur  de  Savoye. 

Le  tout  reveu  et  augmenté. 

Sont  ajoustez  : 

La  conférence  desdites  coutumes  de  Troyes,  avec  les  aultres 
coustumes  de  France; 

Li  droict  et  lis  coustumes  anciennes  de  Champaigne  et  Brie; 

Les  ordonnances  des  roys,  Philippe  Lebel,  Louys  Hutin,  et 


84  COOTDMES   DU   BAIUUGB    OB   TR0TB8. 

Philippe-Ie-LoDg,  concernans  les  droictz  des  nobles  et  aultres, 
dudict  comté  ; 

Ecusson  aux  armes  de  France  et  de  Navarre,  au  dessous  :  A 
Troyes,  par  Pierre  Chevillot,  imprimeur  du  roy;  M.  DC.  K.  avec 
privilège  de  Sa  Majesté,  Petit  in-4o. 

La  môme  édition  porte  aussi  sur  son  titre  : 

A  Troyes,  et  se  vendent  à  Paris  en  la  boutique  de  Nivelle. 

Chez  Sébastien  Cramoisy,  7,  rue  S^-Jacques,  aux  Cicognes. 

Nous  renvoyons  au  n^  8  pour  des  observations  qui  y  sont  conte- 
nues, concernant  la  part  que  François  Pithou  a  prise  dans  les 
annotations  et  observations  de  cette  nouvelle  édition  donnée  par  M. 
Allen. 

10.  Les  coustumes  du  bailliage  de  Troyes  en  Champaigne,  A 
Troyes,  par  Pierre  Chevillot,  imprimeur  du  roi,  à  Troyes,  rue 
Notre-Dame,  en  1622. 

(CoRRARD  DE  Brbban.  Reckerches  sur  l'Imprimerie  à  Troyes, 
1852,  page  2i.) 

H».  Les  coutumes  du  bailliage  de  Troyes,  réimpression  de 
l'édition  de  1609,  faite  à  Troyes  en  1628,  par  Pierre  du  Ruau, 
demeurant  à  Troyes  en  la  rue  Notre-Dame,  in4*. 

12«.  Les  mômes,  1629,  Paris.  Gard.  Besongne,  in-4*,  nouvelle 
réimpression  de  Tédition  de  1609,  avec  les  différents  documens  qui 
les  accompagnent. 

13^.  Coutume  du  Bailliage  de  Troyes  avec  les  commentaires  de 
M^  Louis  Legrand,  conseiller  au  Bailliage  de  Troyes,  1<^^  édition, 
Paris,  1661,  in-f°.  (Brunbt,  Manuel  du  libraire,  5*  édition.) 

li^.  Le  môme  ouvrage,  imprimé  à  Paris  en  1681,  nouvelle 
édition,  à  Paris,  chez  Jean  Guignard,  à  rentrée  de  la  grande  salle 
du  Palais,  à  l'image  S*-Jean,  in-f^. 

15o.  Coutume  du  Bailliage  de  Troyes  avec  les  commentaires  de 
M^  Louis  Le  Grand,  conseiller  au  Présidialde  Troyes;  dans  les- 
quels il  a  conréré  le  droit  Romain  avec  le  droit  Coutumier,  qui 
s'observe  dans  toutes  les  provinces  du  Royaume;  où  il  a  marqué  ce 
qui  est  en  usage,  et  a  concilié  les  dispositions  particulières  des 
coutumes,  qui  paraissent  contraires.  .  3*  ÉomoN,  augmentée  du 


COUTUMES   DU   BAILLIAGE   DE   TROYES.  85 

cahier  des  Contâmes  du  bailliage  de  Trojes  rédigé  en  1 VJ4,  et  du 
procès-verbal  de  1496,  et  de  plusieurs  pièces  des  années  1507  et 
1509,  concernant  les  droits  de  bourgeoisies  et  de  franc-aleu  en  la 
province  de  Champagne,  lesquels  n'ont  point  encore  été  imprimées. 
A  Paris,  quay  des  AugtisUns,  chez  MorUaian,  entre  la  rue  Pavée 
et  la  me  des  Augustins^  à  la  ville  de  Montpellier.  M.  DCC.  XV. 
avec  privilège  du  roy,  in-f<».  3*  édition. 

16^.  Les  coutumes  du  Bailliage  de  Troyes  avec  les  commentaires 

ieM^  Louis  Le  Grand réimpression,  en  1737,  par  Montalant 

deTéditioade  1715,  4*  édition.  (Exempl.  de  M.  A.  Socard.) 

17®.  L'esprit  de  la  coutume  de  TrojeSy  comparée  à  celle  de  Paris , 
avec  carte  géographique  du  territoire  qu'elle  régit.  A  Troyes,  chez 
la  veuve  Le  Febvre,  imprimeur-libraire^  Grand' rue  prés  Saint- 
Urbain.  A  Paris,  chez  la  veuve  Amaulry,  libraire,  Grand'Salle  du 
Palais,  à  l'Annonciation.  M.  DCCLXV.  avec  approbation  et  privi- 
lège du  roy.  in-S®. 

18o.  Coutumes  générales  du  Bailliage  de  Troyes,  en  Champaigne, 
par  M.  Marcilly,  conseiller  du  roi,  lieutenant-général  du  Bailliage 
de  Troyes,  en  Champaigne.  Paris,  Hérissant  fils,  1768,  in-i2. 


■  1 


i  ■ 


LES 


TABLEAUX  DES  INCONNUS 


AU  MUSÉE  DE  TROYES 


FAE 

M.  LE  BRUN-DALBANNE 

Mtmbre  résidant. 


^<»r 


Pourquoi  les  catalogues  des  Musées  sont-ils  aussi  difficiles 
à  faire,  et  n*est-il  pas  trop  de  la  bouoe  volonté  de  plusieurs 
pour  les  composer?  N'est-ce  pas  parce  que,  sous  leur  appa- 
rence modeste  et  leurs  brèves  nomenclatures ,  ils  doivent 
renfermer  tontes  les  informations  d'une  science  approfon- 
die, et  que^  pour  résumer  en  quelques  traits  principaux  de 
nombreux  ddcumenls,  il  faut  non-seulement  beaucoup  de 
savoir,  mais  encore  un  rare  discernement?  Ou  ne  saurait 
donc  être  trop  reconnaissant  envers  les  auteurs  des  catalo- 
gues de  nos  grandes  collections,  puisque  c'est  surtout  grâce 
à  eux,  comme  dit  Rabelais  en  son  merveilleux  langage,  que 
le  public  n'a  plus  à  rompre  tos,  pour  en  sugcer  la  subs- 
tantifique  mouelle. 

Le  livret  du  Musée  de  Troyes,  qui  a  pour  auteurs  nos  ex- 


88  LES  TABLEAUX   DES   IRGOimUS. 

cellents  et  savants  collègues,  MM.  Julien  Gréau,  Goffinet, 
Jules  Ray,  Truelle  et  notre  regretté  Schitz^  a  été  trop  bien 
apprécié  par  tous  les  hommes  compétents  pour  que  j'aie  à 
vous  en  faire  l'éloge,  J'aurab  Tair  de  le  louer  avec  exagé- 
ration, si  j'en  faisais  seulement  ressortir  les  réelles  et  so- 
lides qualités.  Je  vous  demanderai  seulement  la  permis- 
sion de  faire  passer  du  chapitre  des  tableaux  dont  les  auteurs 
sont  inconnus,  au  chapitre  consacré  aux  tableaux  dont 
les  auteurs  sont  connus,  un  portrait  et  deux  toiles  de 
grand  mérite  et  de  retirer  à  TEcole  italienne,  qui  est  assez 
riche  de  son  propre  fonds,  un  panneau  de  nos  maîtres  pri- 
mitifs, afin  de  le  restituer  à  l'Ecole  française  à  laquelle  il 
appartient.  Suum  cuique. 


L 


Je  suivrai  Tordre  chronologique. 

Sous  le  n"*  126  de  la  peinture  (1),  est  cal  '  igué  un 
tableau  qui  est  ainsi  désigné  :  le  Christ  de^reml  *  de.  la 
croix.  Notre  Misée  le  doit  à  la  générosité  bien  connue  de 
notre  collègue  M.  Fléchey. 

11  est  caractérisé  comme  étant  une  peinture  à  Tœuf  sur 
enduit  a  la  colle,  et  attribué  à  F  Ecole  italienne  du  xv*^  siècle. 

Ecole  italienne,  c'est  bientôt  dit;  m  lis  lapielle?  Du 
temps  de  Watelct  qui  publiait  son  Dictionnaire  des  arts  de 
peinture,  sculpture  et  gravure^  en  1792,  on  distinguait 
q  ialre  écoles  :  la  Florentine^  la  Romaine^  la  Vénitienne 
et  ULoTiiarde.  Depuis,  on  en  a  reconnu  bien  d*autres,  et 
le  savant  abbé  Lanzi  dans  sa  Storia  pittorica  délia  Italia, 
qui  parut  en  1809,  afin  de  ne  froisser  aucune  rivalité  lo- 

(1)  Notice  sur  les  eoUections  du  Musée  de  Trojes,  p.  60. 


LIS  TABLBAUX    DBS   ING01f1«U8.  89 

cale,  y  ajouta  les  écoles  Génoise^  Ferraraise^  Bolonaise 
Siennoise^  Napolitaine^  etc.,  en  les  subdivisant  elles- 
mêmes  en  autant  d'écoles  que  de  grandes  villes,  ce  qui, 
pour  la  seule  école  lombarde,  donna  les  écoles  de  Modène^ 
de  Parme^  de  Mantoue^  de  Crémone  et  de  Milan.  Et  de 
nos  jours,  il  a  encore  été  ajouté  à  une  liste  si  nombreuse, 
qu'il  semblait  qu'aucune  école  n'avait  pu  être  oubliée,  une 
nouvelle  école,  Y  Ecole  ombrienne^  si  modestement  repré- 
sentée dans  notre  Musée,  par  un  couronnement  de  la  Vierge, 
provenant  de  la  collection  Campana.  Or  si  le  catalogue  n'a 
pas  dit  à  quelle  école  d'Italie  appartient  notre  tableau, 
c'est  que  rien  en  lui  ne  décèle  une  manière,  ou  un  style 
propres  à  une  école  déterminée.  Gela  veut  dire  simplement 
qu'il  est  italien,  et  italien  du  xv*  siècle. 

n  faudrait  cependant  s'entendre  là-dessus.  Car  où  est  la 
marque  de  l'époque  ?  Elle  n'est  assurément  pas  dans  le 
tableau,  puisqu'au  xv^  siècle,  tous  les  artistes  en  Italie 
avaient  abandonné  la  peinture  au  blanc  d'œuT,  et  il  y  avait 
longtemps  que  soil  par  Antonello  de  Messine,  qui  était  allé 
demander  aux  Van-Eyck  leur  secret,  soit  par  le  Giotto,  ils 
étaient  en  possession  des  procédés  de  la  peinture  à  l'huile. 
Giotto  lavoro  à  olio,  Giotto  peignit  à  t huile,  a  dit  le  grand 
Lorenzo  Ghiberti.  Il  faut  donc  faire  remonter  notre  tableau 
à  une  époque  antérieure  à  la  peinture  à  Thuile. 

En  l'absence  de  signature  ou  de  comptes  rattachant  ce 
panneau  à  un  auteur  ou  à  un  monument  ayant  date  et  ori- 
gine certaines,  nous  serions  très-embarrassés,  si  nous 
n'avions  rencontré  quelques  œuvres  analogues;  car  sans 
elles  nous  nous  trouverions  condamné  à  promener  notre  at- 
tribution de  l'Italie  aux  Flandres  et  même  à  l'Allemagne, 
sans  nous  occuper  de  la  France,  qui  pourtant,  elle  aussi, 
cherchait  sa  voie  à  l'époque  lointaine  où  ce  tableau  fut 
exécuté. 

Heureusement  que  la  cathédrale  de  Bruges  possède  un 


90  LES   TABLEAUX   DES   INCONNUS. 

crucifiement  (1),  avec  des  figures  aux  deux  tiers  de  la 
grandeur  naturelle.  Le  Cluîst,  déjà  privé  de  vie,  est  long  et 
maigre,  quoique  assez  bien  dessiné.  A  droite  se  trouvent 
saint  Jean  et  la  Vierge  évanouie  dans  les  bras  de  deux 
saintes  femmes.  A  gauche,  dans  des  attitudes  violentes  et 
tourmentées,  le  centurion  en  armure  d'argent,  un  prêtre  et 
un  moine.  Le  dessin  de  quelques  personnages  ne  manque 
pas  de  noblesse,  l'expression  des  têtes  est  vivante,  mais  la 
carnation  est  faible,  le  modelé  médiocre  et  le  fond  doré  sur 
patron. 

Il  y  a  un  second  tableau,  représentant  aussi  le  crucifie- 
ment, provenant  de  l'église  Saint-Jean  à  Utrecht  et  qui  orne 
aujourd'hui  le  Musée  d* Anvers  (2).  Il  ne  contient  que  les 
figures  de  la  Vierge  et  de  Saint- Jean ,  avec  le  portrait  de 
l'archidiacre  Henri  Von  Ryn,  mort  en  1316,  sur  le  tom- 
beau duquel  était  placé  ce  tableau.  Le  Christ  ressemble  à 
celui  du  panneau  précédent,  seulement  il  est  exécuté  avec 
moins  de  talent.  Le  fond  est  également  doré  sur  patron. 

Enfin  la  plus  précieuse  de  ces  reliques  est  conservée  au 
Musée  de  Dijon  (3),  elle  provient  de  la  Chartreuse  de  cette 
ville  et  fut  exécutée  par  les  ordres  de  Philippe-le-Hardi. 
Œuvre  de  Melchior  Broëderlam,  elle  orne  un  retable  sculpté 
et  représente  t Annonciation,  la  Visitation,  la  Présenta- 
tion et  la  Fuite  en  Egypte. 

Or  aucun  de  ces  tableaux  ne  rappelle  le  nôtre.  Le  dessin 
de  ceux-ci  est  meilleur,  le  coloris  plus  vif,  le  jet  des  dra- 
peries plus  habile.  Ils  procèdent,  sans  doute  encore,  de  l'é- 
cole des  miniaturistes,  mais  ce  sont  déjà  des  œuvres  de 
peintre  et  la  couleur  qui  cherche  à  s'affirmer  est  d'une 
vigueur  que  nous  sommes  loin  de  rencontrer  dans  notre 
panneau. 


(1)  James  Weale,  Bruges  et  ses  environs,  p.  49. 

(2)  Gatalog.  du  Musée  d'Anvers,  p.  14. 

(3)  Notice  des  objets  d'art  du  Musée  de  Dijon,  p.  192. 


LES   TABLEAUX   DES   INCONNUS.  91 

Quant  aux  Allemands,  ils  n'ont  pa;s  à  le  revendiquer. 
Leurs  artistes  ont  composé  des  tableaux  étranges,  même 
pendant  les  xv*  et  xyi**  siècles,  et  ce  n'est  que  très- 
tard,  qu'ils  ont  manifesté  dans  leurs  ouvrages  le  sen- 
timent des  lignes  et  de  Tharmonie,  le  goût  du  vrai  et  du 
beau.  Encore  leurs  chefs  d'école,  leur  Albrecht  Durer,  leur 
Cranach,  sont-ils  restés  à  une  immense  distance  des 
Van  Eyck,  des  Rogier  Van  der  Weyden,  et  des  Memlinc. 
La  disproportion,  la  singularité,  un  amour  passionné  du 
bizarre  .et  des  chimères,  y  voilent  leurs  qualités  supérieures, 
et  leur  art,  quoiqu'ils  veuillent,  demeure  barbare  et  comme 
une  réminiscence  des  sombres  visions  du  moyen-âge. 

Si  notre  tableau  n'est  ni  Italien,  ni  Flamand,  ni  Alle- 
mand, il  n'y  a  plus  qu'une  école  qui  ait  le  droit  de  le  récla- 
mer :  c'est  l'Ecole  française. 

Après  l'art  de  la  peinture  sur  verre,  cet  art  si  français, 
qui  enfanta  tant  de  merveilles  aux  xni"  et  xiv'  siècles,  vint 
celui  des  miniatures.  Seulement,  les  enlumineurs,  les  ima- 
giers, après  s'être  consacrés  de  préférence  aux  évangiliaires, 
aux  missels,  aux  psautiers,  aux  grands  antipbonaires,  com- 
mencèrent vers  la  fin  du  \uf  siècle  à  trouver  dignes  de  leurs 
pinceaux  les  manuscrits  profanes,  les  romans  de  chevalerie, 
les  bestiaires,  les  livres  de  fauconnerie,  les  chansons  de 
gestes,  les  traité-^  encyclopédiques  comme  ceux  de  Jean  de 
Beauvaisetile  Glainville.  Puis  d^intime  et  de  claustral  qu'il 
était,  l'art  de  la  miniature  s^émancipa,  se  sécularisa  ;  il 
grandit,  se  perfectionna  et  quitta  les  ieuilles  de  vélin,  pour 
orner  les  trésors  des  églises,  les  retables  et  les  tabernacles 
des  autels,  l'intérieur  des  palais  et  les  châteaux,  les  salles 
des  riches  bourgeois.  Les  meubles  furent  ornés  de  pein- 
tures. La  cathédrale  de  Bayeux,  celle  de  Noyon,  conservent 
dans  leurs  trésors  des  armoires  couvertes  de  peintures  élé- 
gantes et  fines,  représentant  des  traaslations  de  reliques, 
des  images  de  saints,  des  anges  jouant  de  divers  instruments 
ou  balançant  des  encensoirs.  Ce  fut  bientôt  le  tour  des  dyp- 


92  LES   TABLEAUX   DES   IRCONNUS. 

tiques  ou  des  triptyques,  des  autels  portatifs,  des  petits  ora- 
toires, enGn  des  représentations  de  jeux,  de  chasses,  de 
tournois,  de  nobles  chevaliers  à  la  promenade,  de  belles  da- 
moiselles  en  récréation. 

La  plate^peinture^  comme  on  disait  alors,  était  trouvée 
et  le  tableau,  dans  son  acception  moderne,  créé.  Il  se  déve- 
loppa donc,  sans  s'arrêter^  jusqu'à  ce  qu'il  fut  devenu  assez 
grand  pour  être  encadré  séparément  dans  des  bordures  à 
sculptures  dorées  et  suspendu  aux  parois  des  sanctuaires  ou 
des  riches  habitations. 

Mais  un  peu  avant  le  xv^  siècle,  le  tableau  n'était  encore 
qu'une  miniature  agrandie,  destinée  à  être  enchâssée  dans 
un  retable,  et  le  panneau  qui  le  recevait  était  invariablement 
à  fond  d'or  gauffré,  creusé  pour  lui  faire  un  cadre,  parfois 
incrusté  de  verroteries  et  de  pierres  fines. 

Nous  voici  arrivé  à  notre  tableau,  et  en  traçant  la  carac- 
téristique des  productions  analogues ,  il  se  trouve  que  c'est 
sa  description  que  nous  avons  donnée.  Sa  hauteur  n'est  pas 
tout-à-fait  de  40  centimètres,  sa  largeur  est  de  26  centi- 
mètres. Il  représente  le  Christ  mort,  aux  bras  grêles^  an- 
guleux, avec  des  mains  d'une  longueur  exagérée.  La  cou- 
leur est  terreuse,  elle  est  plate  et  les  contours  n'accusent 
aucun  relief. 

Il  est  soutenu  par  la  Vierge  Marie,  à  la  figure  douce  et 
charmante,  au  manteau  bleu,  intense  et  vif;  la  tête  est  en- 
cadrée dans  une  mousseline  transparente ,  comme  en  por- 
taient les  femmes  du  xiv"*  siècle.  Les  mains  sont  bien  dessi- 
nées. A  côté  d*elle  se  tient  ra|)ôtre  saint  Jean,  couvert  d'un 
manteau  rouge,  bordé  d'une  légende  latine,  ainsi  qu'il  se 
pratiquait  à  cette  époque. 

Au  dessous  du  groupe  principal  sont  des  anges  au  dia- 
dème crucifère,  celui  de  gauche  avec  légende  en  caractères 
très-lisibles  duxiv*  siècle.  La  main  de  l'ange  qui  est  à  droite, 
est  bien  mouvementée  et  très-artistement  dessinée. 


LBS   TABLEAUX   DBS   INCONNUS.  93 

Le  fonds  du  panneau  est  doré  et  gauffré  d'entrelacs  de 
feuillages  et  de  fleurs. 

Sur  Ir.  bordure  formant  cadre,  on  lit  des  caractères  ma- 
juscules du  xiv'  siècle. 

La  date  de  notre  panneau  nous  semble  donc  hors  de 
doute  et  clairement  écrite.  Nous  en  voudrions  douter,  d'ail- 
leurs, que  le  musée  du  Louvre  nous  fournirait  une  preuve 
nouvelle  qu'il  appartient  bien  réellement  au  xiv*  siècle. 

Sous  le  titre  :  Ecole  française^  fin  du  ws""  siècle ,  le 
musée  de  Paris  renferme  un  tableau  de  forme  ronde,  sur 
panneau  à  fond  d'or  gaufré,  avec  cadre  pris  dans  l'épaisseur. 

Il  représente  le  Christ  mort,  étendu  sur  les  genoux  de 
son  Père,  orné  d'une  barbe  vénérable  et  couvert  d'un  man- 
teau bleu. 

La  Vierge,  également  en  manteau  bleu,  soutient  le  bras 
droit  de  son  Fils.  Saint  Jean,  derrière  elle ,  appuie  sa  tête 
sur  sa  main  droite  et  pleure. 

Six  anges,  de  petites  dimensions,  se  tiennent  au-dessous 
du  groupe  et  par  leurs  attitudes  et  leurs  physionomies  at- 
tristées, semblent  prendre  part  à  cette  scène  de  désolation. 
On  aperçoit  les  ailes  blanches,  liserées  d'or,  de  deux  d'entre 
eux. 

La  Vierge,  comme  dans  notre  tableau,  a  la  figure  enca- 
drée dans  un  long  voile  ou  guimpe  de  lin  qui  enveloppe 
la  tête,  le  menton,  le  cou,  et  descend  sous  la  robe.  C'était 
une  parure  en  usage  chez  les  dames  nobles,  pendant  le 
XI  v*  siècle. 

Elle  commande  que  on  face 

Les  tables  mètre,  et  on  les  mist 

Âssés  fu  qui  s'en  entremist, 

De  l'atomer  se  hastent  molt; 

Et  la  dame  jus  de  son  front 

Dusc*  au  menton  sa  guimpe  avale  (baisse)  (1). 


(1)  Li  roi  Guillaume  d'Angleterre,  Ghron.  anglo-normandoi  publié 
par  M.  Francisque  Michel,  t.  III,  p.  133. 


94  LES   TABLEAUX    DES    INCONNUS. 

Ce  qui  nous  a  paHicnlièrement  frappé  en  étudiant  le  ta- 
bleau du  Louvre,  c'est  q'j'il  paraît  être,  sauf  quelques  va- 
riantes, le  prototype  du  nôtre,  et  s'il  n'est  pas  sorti  du  même 
pinceau ,  il  provient  certainement  de  la  même  école.  Et 
puisque  les  conservateurs  du  Louvre  donnent  trcs-justement 
leur  tableau  à  l'école  française  de  la  fin  du  xiv*  siècle  (ils 
auraient  peut-êlre  pu  faire  un  |)as  de  plus,  et  dire  l'école 
française-bourguignonne),  nous  sommes  assuré  d'être  dans 
le  vrai  en  attribuant  le  nô^rc  à  la  même  école,  et  en  le  fai- 
sant remonter  à  la  même  époque. 

Nous  n'en  dirons  pas  davantage  sur  le  panneau  du  musée 
de  Troyes.  Aussi  bien,  nous  croyons  avoir  démontré  qu'il 
appartient  à  Técole  française,  qu'il  est  du  xiv*  siècle,  et  que 
c'est  sous  ce  double  titre  qu'il  doit  être  désormais  cata- 
logué. 


IL 


J'arrive  maintenant  au  n"  123  du  catalogue  de  notre 
musée ,  qui  représente  le  sire  de  Vaudrey ,  seigneur  de 
Saint-Phal, 

Il  est  de  grandeur  naturelle,  en  buste,  tourné  de  trois- 
quarts  à  droite;  son  pourpoint  est  en  brocard  d'argent, 
brodé  de  dessins  de  diverses  couleurs  ;  il  porte  une  colle- 
rette très-légèrement  ouvrée  (1). 

Le  plus  ancien  seigneur  de  Sainl-Phal,  dont  on  ait  con- 
servé le  nom,  était  Pierre  de  Montot  qui  \ivait  en  1440.  Sa 
fille  fit  passer  cette  terre  dans  la  maison  de  Vaudrey,  par  son 
mariage  avec  Arthur  de  Vaudrey,  qui  fut  successivement 
chambellan  et  maitre-d' hôtel  de  Charles  VII,  de  Louis  XI 
et  de  Charles  VIII.  La  famille  de  Vaudrey  était  originaire 


(1)  Le  portrait  de  Vaudiey  est  peint  sur  bois,  sa  hauteur  est  de 
59  centimètres,  sa  largeur  de  53.  —  Notice  du  Musée  de  Troyes, 
p.  59. 


LES   TABLEAUX   DES    INCONNUS.  95 

de  Bourgogne,  et  c'ej^t  de  l*un  des  membres  de  celte  fa- 
mille, peut-être  du  fds  de  noire  personnage,  que  Saint- 
Simon  parle  ainsi  :  «  Vaudrey  était  d'une  naissance  fort 
»  distinguée,  du  comté  de  Bourgogne,  singulièrement  bien 
»  fait,  mais  cadet  pau\re.  De  chanoine  de  Besançon,  il 
»  prit  un  mousquet,  devint  capitaine  de  grenadiers  et  reçut 
»  trente-deux  blessures,  dont  plusieurs  presque  mortelles, 
»  à  lailaque  de  la  contrescarpe  de  Coni ,  sans  vouloir  quitter 
M  prise  et  y  fut  laissé  pour  mort.  Cette  action  le  fit  con- 
»  naître  et  lui  valut  peu  après  le  régiment  de  la  Sarre. 
»  Officier  général,  extrêmement  brave  et  capable,  il  fut  tué 
»    en  1705,  au  combat  de  Cassano.  » 

En  1673,  lors  du  dénombrement  de  la  noblesse  de  Cham- 
pagne, la  châtellenie  de  Saint-Phal  appartenait  à  Charles- 
Louis- Anne  de  Vaudrey,  marquis  de  Saint-Phal,  y  demeu- 
rant. Ce  Vaudrey  est  vraisemblablement  celui  que  notre 
portrait  représente.  11  portail  :  emmanché  de  gueules  et 
dargent. 

Nous  nous  sommes  cru  d'autant  plus  autorisé  à  repro- 
duire cette  notice  du  li>ret,  que  celui  qui  Ta  faite  (1),  ne 
nous  reprochera  pas  cet  emprunt,  et  que  nous  ne  saurions 
guères  y  ajouter. 

Ce  qui  nous  importe  surtout  en  ce  moment,  c'est  moins 
le  personnage  que  la  peinture  elle-même,  afin  d'en  déter- 
miner l'auteur  qui  avait  un  talent  trop  particulier  et  trop  fin, 
pour  demeurer  relégué  dans  ces  limbes  de  la  peinture  ano- 
nyme qui  cachent  les  inhabiles  et  plus  souvent  encore  les 
copistes,  qui  ne  savent  prêter  à  leurs  modèles  que  les  pau- 
vretés et  les  faiblesses  de  leur  pinceau,  sans  leur  conserver, 
même  en  effigie,  le  style  et  les  qualités  maîtresses  qui  les 
distinguent. 

Mais  ici,  bâton&-nous  de  le  proclamer,  nous  avons  affaire 

(i)  L'auteur  du  présent  mémoire.  (Note  de  la  Commission  de  pu- 
blication.) 


96  LES   TABLEAUX   DES   INCOMIIUS. 

à  une  œuTre  de  maître,  originale  entre  toutes,  noblement 
dessinée,  vivement  peinte,  et  digne  de  figurer  dans  n'im* 
porte  quel  musée,  fût-ce  même  le  premier  de  tous,  celui  da 
Louvre. 

Il  faut  dire  que  les  portraits  de  ce  peintre  sont  si  rares, 
qu'on  n'en  connaît  que  quelques-uns  et  deux  seulement  qui 
portent  son  nom. 

Le  premier  d'entre  eux  représente  Cinq-Mars  (1),  en 
grand  habit  de  gala,  debout  dans  son  cabinet,  frisé,  pom- 
madé, la  figure  jeune,  sans  caractère^  n'annonçant  que  trop 
qu'il  était  plutôt  propre  aux  intrigues  de  cour  qu'aux  entre- 
prises énergiques,  dans  lesquelles  si  une  tète  tombe,  il  faut 
du  moins  afironter  des  dangers  et  la  payer  son  prix.  Ce  n^est 
donc  pas  le  Cinq-Mars  d'Alfred  de  Vigny,  mais  un  gentil- 
homme dameret,  incapable  de  porter  la  cuirasse  et  le  casque 
dorés  qui  reposent  à  ses  pieds.  11  a  la  main  gauche  appuyée 
sur  la  hanche  et  la  droite  sur  une  longue  canne.  Cette  main 
est  dégantée  pour  montrer  sa  gracilité  et  sa  blancheur  effé- 
minée. Le  costume  est  très-riche ,  ses  broderies  innom- 
brables se  dérobent  sous  deé  flots  de  rubans  et  de  dentelles. 
On  pense  en  le  regardant  aux  mignons  de  Henri  III,  et  tou- 
tefois la  peinture  sobre,  sévère,  contraste  avec  les  mignar- 
dises du  costume,  au  milieu  desquelles  le  pinceau  s'e4  re- 
tourné lentement,  sérieusement,  sans  jamais  sourire,  ni  s'é- 
gayer, comme  il  arrivera  plus  tard  chez  nos  petits  maîtres 
des  fêtes  galantes. 

Ce  beau  portrait  faisait  l'ornement  de  la  galerie  assez 
médiocre  du  Palais-Royal.  La  révolution  de  1848,  qui  Ty 
rencontra,  se  vengea  sur  lui  de  la  résistance  de  M.  Guizot, 
à  la  réforme  électorale,  et  d'intelligents  citoyens  mutilèrent 
à  coups  de  baïonnette  le  beau  Ciuq-Mars,  qu'ils  soupçon- 
naient d'avoir  été  plus  ou  moins  comphce  de  la  royauté 


(1)  Ce  portrait  est  gravé  dam  le  Musée  de  Versailles,  d'après  une 
copie. 


LES   TABLEAUX   DES   INCONNUS.  97 

proscrite.  Disons,  pour  n'y  plus  revenir,  que  le  portrait  de 
Cinq-Mars,  après  avoir  émigré  en  Angleterre  et  y  avoir  été 
habilement  restauré,  fait  aujourd'hui  partie  de  la  collection 
du  haron  de  Seillière. 

Le  même  maître  avait  aussi  exécuté  un  portrait  du  car- 
dinal de  Mazarin.  Scudéry  le  possédait  dans  sa  galerie  et 
Tavait  orné,  en  1646,  de  vers  courtisanesques  de  sa  façon. 
Il  n'était  qu'en  huste,  suivant  la  description  de  Guérin,  se- 
crétaire perpétuel  de  rAcad('*mie,  en  ce  temps-là.  Ses  di- 
mensions étaient  de  deux  pieds  et  demi  de  haut  sur  deux 
pieds  de  large. 

Dom  Leleu,  dont  nous  allons  bientôt  parler,  cite  égale- 
ment un  portrait  de  la  reine  Anne  d'Autriche,  que  le 
mélancolique  Louis  XIII,  qui  ne  pensait  pas  encore  à 
M"*  d'Hautefort  ou  à  M"*  de  Lafayelte,  daigna  louer  en  di- 
sant que  :  la  Reine  n'avait  jamais  été  peinte  dans  un  si 
beau  jour. 

Enfin,  le  musée  d'Avignon  renferme  un  portrait  en  buste 
de  la  marquise  de  Forbin^  abbesse  d'un  couvent  de  Pro- 
vence, signé  et  daté  de  1644. 

Et  ce  serait  tout,  s'il  n'y  avait  lieu  de  supposer  que  deux 
portraits,  également  en  buste,  qui  accompagnaient  à  la  vente 
de  M.  Craufurd,  à  Londres,  le  Cinq-Mars  du  Palais-Royal  : 
le  maréchal  d'EfGat  et  le  marquis  de  Puysieulx  étaient  du 
même  maître,  ainsi  que  le  portrait  du  duc  de  Bellegnrde 
(mort  en  1646),  gravé  dans  le  musée  de  Vcnsailles, 
diaprés  l'original  qui  est  au  château  de  Beauregard  (1). 

On  peut  voir,  par  les  portraits  que  nous  venons  de  citer, 
que  notre  artiste  était  bien  venu  à  la  cour  et  qu'il  y  pei- 
gnait des  personnages  assez  marquants. 

Arrivons  donc  à  dire  son  nom,  qui  se  trouve,  ainsi  que 
nous  l'avons  indiqué,  au  bas  des  portraits  de  Cinq-Mars  et 
de  la  marquise  de  Forbin.  Voici  ce  que  nous  lisons  dans  les 

(1)  Ead.  Soulié,  le  Musée  de  VersaiUes,  t.  lU,  p.  123. 
f.xnn.  7 


98  LES   TABLEAUX   DES   INCONNUS. 

Mémoires  manuscrits  de  Dom  Leleu^  sur  la  TÎlIe  de  Lacm  : 

«  En  1632  fleurirent  trois  habiles  peintres  natifs  de 
»  Laon,  qui  étaient  frères  et  vivaient  dans  tme  parfaite 
»  union,  savoir  :  Antoine,  Louis  et  Mathieu  Le  Nain.  Ds 
»  suivirent  le  goût  et  l'inclination  qu'ils  avaient  pour  la 
D  peinture  ;  ils  furent  formés  dans  cet  art  par  un  peintre 
»  étranger  qui  les  instruisit  et  leur  montra  les  règles  de  cet 
»  art,  à  Laon,  pendant  Tespace  d'un  an  ;  de  là  ils  pas- 
»  sèrent  à  Paris,  où  ils  se  perfectionnèrent  et  s'établirent 
))   tous  trois  dans  une  même  maison. 

»  Leurs  caractères  étaient  différents.  Antoine,  qui  était 
»  l'aîné  et  qui  avait  été  reçu  peintre  à  Saint-Germain-des- 
»  Prés  par  le  sieur  Plantin,  avocat  en  la  cour  et  bailly  dudit 
»  Saint-Germain,  le  16  août  1629^  excellait  pour  les  mi- 
u  niatures  et  les  portraits  en  raccourci. 

»  Louis,  le  cadet,  réussissait  dans  les  portraits  qui  sont 
)>  à  demi-corps  et  en  forme  de  buste. 

))  Mathieu,  qui  était  le  dernier,  était  pour  les  grands  ta- 
»  bleaux,  comme  ceux  qui  représentent  les  mystères,  les 
»  martyres  de  saints,  les  batailles,  etc. 

»  Tous  les  trois  étaient  mattres-peintres  du  Roi  et  furent 
»  reçus  en  même  temps  à  l'Académie  royale  de  peinture  et 
»  sculpture.  Leurs  lettres  de  féception  sont  datées  du 
»  1"  mars  1648  et  contre-signées  par  le  sieur  Le  Brun, 
»  fameux  peintre,  Tun  des  anciens  de  ladite  Académie.  » 

D  Antoine  et  Louis  moururent  l'un  et  l'autre  en  trois 
w  jours  de  temps  sans  avoir  été  mariés  (1).  » 

Une  première  remarque  suggérée  par  la  notice  de 
Dom  Leleu,  c'est  que  Louis  Le  Nain  avait  un  grand  talent 
pour  les  portraits,  et  qu'il  réussissait  dans  les  portraits 
qm  sont  à  demi-corps  et  en  forme  de  buste.  En  effet, 
c'était  dans  des  dimensions  restreintes  qu'il  représentait  le 


(1)  Gazette  des  Beaux-Arts^  tom.  VIII,  p.  267.  —  Recherches  sur 
la  vie  et  Fœuvre  des  Frères  Le  Nain,  par  Gbampfleury. 


LES   TABLEAUX   DES    INCONNUS.  99 

plus  souvent  ses  personnages,  témoins  les  portraits  de 
Mazarin,  de  la  marquise  de  Forbin,  du  miw^  chnl  d'Effiat, 
du  marquis  de  Puysieulx,  du  duc  de  Bellcgarde,  de  Vaudrey 
et  celui  du  Louvre  dont  nous  allons  bientôt  parler  ;  le  grand 
portrait  de  Cinq-Mars,  qui  est  authentique,  puisqu'il  est  si- 
gné, fait  donc  seul  exceptioUi  jusqu'à  ce  qu'on  ait  décou- 
vert d'autres  grands  portraits  historiés  de  Louis  Le  Nain. 

Maintenant,  si  nous  comparons  le  portrait  de  Vaudrey  à 
ceux  de  Saint-Mars  et  du  duc  de  liclK  garde  et  à  un  portrait 
du  Musée  du  Louvre  qui  est  placé  à  l'extrémité  gauche  de  la 
galerie  française  consacrée  aux  peintres  du  xvu*  siècle,  nous 
y  voyons  et  dans  le  dessin,  et  dans  le  coloris,  dans  les  lu- 
mières et  dans  les  ombres,  les  cheveux,  les  vêtements,  les 
dentelles,  dans  le  faire  et  le  style  surtout,  de  telles  ressem- 
blances que  nous  n'hésitons  pas  à  dire  qu'ils  sont  tous  sortis 
de  la  même  main. 

Essayons  donc  de  les  caractériser  et  nous  déûnirons  cette 
façon  de  peindre  le  portrait,  restée  elle-même  et  ne  ressem- 
blant à  aucune  autre.  Ce  qui  nous  frappe  d'abord,  c'ef^t  que 
c'est  une  manière  large  et  sobre.  Le  maniement  du  pinceau, 
chez  Louis  Le  Nain,  ne  trahit  pas  la  fougue,  tout  en  mon- 
trant une  mâle  liberté.  Chaque  objet  est  écrit  nettement  et 
les  figures  sont  caractérisées  par  des  touches  fières  et  d'une 
grande  décision.  Les  tons  ne  sont  pas  cherchés,  ils  ne  sont 
pas  rompus,  ni  finement  dégradés  pour  ménager  les  transi- 
tions et  passer  d'un  plan  à  un  autre.  Ils  sont  francs,  précis 
et  par  des  ombres  habilement  posées,  ils  accusent  jusqu'aux 
moindres  détails  des  physionomies  qui  paraissent  vivantes 
et  vraies.  L'œil  est  vif,  transparent,  le  regard  limpide.  Une 
lumière  accentuée  enveloppe  les  personnages  et  répand  sur 
toute  leur  personne  ce  jour  frisé,  ces  rayons  obliques,  qui 
leur  donne  un  relief  étonnant  et  les  fait  sortir  du  cadre.  Et 
les  étoffes,  les  accessoires,  et  les  rubans  et  les  dentelles, 
c'est  la  réalité  même,  avec  son  mouvement,  ses  jeux  de  lu- 


100  LES   TABLEAUX   DES   INCONNUS. 

mière,  ses  accidents  reproduits  sans  recherche  et  sans  mi- 
nutie. 

Louis  Le  Nain  semblerait  donc  être  un  peintre  flamandi 
s'il  n'avait  dans  le  pinceau  Téclat  et  la  gaieté  de  la  palette 
espagnole  ;  c'est  un  Vélasquez,  un  Murillo  (1),  qui  a  gardé 
l'accent  français,  sa  clarté,  sa  sincérité,  sa  sobriété. 

Quant  à  son  dessin^  il  est  irréprochable.  Chaque  trait  est 
à  sa  place,  et  n'est  jamais  heurté  ni  contrarié  par  la  pour- 
suite des  raccourcis  ou  du  clair-obscur.  On  devine,  dans. ses 
portraits^  la  charpente  osseuse  et  les  muscles,  et  cette  fleur 
de  santé  qui  com*t  et  s'épanouit  à  leur  surface,  n'est  que  la 
manifestation  de  la  vie,  saisie  au  vol  et  fixée  par  un  grand 
maître . 

Toutefois  on  demeure  surpris  au  premier  aspect  de  cette 
couleur  claire,  un  peu  crayeuse,  si  vivement  enlevée  sur  des 
fonds  monochromes.  Mais  en  s'y  arrêtant,  on  finit  par  être 
frappé  de  l'harmonie  particulière  qui  s'en  dégage  et  on  se 
souvient  toujours  de  cette  peinture  un  peu  âpre,  très-habile 
sous  des  semblants  de  naïveté  (2). 

Louis  Le  Nain  ressemble  à  ces  écrivains  sans  prétention 
dont  le  style  a  le  privilège  de  soulever  le  mépris  des  pé- 
dants et  les  colères  des  chercheurs  de  phrase.  Il  possède  le 
grand  secret  de  tout  art,  qui  consiste  à  modeler  rigoureuse- 


(1)  M.  Frédéric  Villot  a  dit  des  Le  Nain  :  qu'ils  offrent  une  espèce 
de  reflet  de  TEcole  espa^ole.  Voir  la  Notice  des  tableaux  du  Louvre, 
Ecole  française,  p.  23<6. 

(2)  M.  Paul  Mantz  dit,  à  propos  du  portrait  de  la  marquise  de 
Forbin  :  €  C'est  une  œuvre  grave,  austère,  un  peu  triste.  Les  chairs 

>  sont  blanches,  les  vêtements  noirs,  et  Le  Nain  a  tiré  tout  le  parti 

>  possible  de  ce  contraste.  Peinture  très-ferme  d'ailleurs,  très- 
9  soignée,  très-préoccupée  du  caractère  individuel  du  modèle.  Au 
1  milieu  de  cette  face  pâle,  les  yeux  ont  beaucoup  de  vie  et  d'accent. 

>  Et  puis  ce  portrait  est  admirablement  simple  ;  pas  de  composition, 
»  pas  de  système,  pas  de  manière.  Le  Nain  croyait  que  la  vérité  est 
»  une  poésie.  » 

Voir  Gazette  des  Beaux- Arts,  t.  VIII,  p.  325. 


LES  TABLEAUX  DES   INCONNUS.  101 

ment  Texpressioa  sur  la  pensée.  Sa  simplicité  est  donc  plus 
apparente  que  réelle  et  obtenue  à  force  d'art,  elle  trompe 
les  juges  superficiels,  en  leur  laissant  croire  qu'elle  est  na- 
tive et  qu'elle  n'a  rien  à  démêler  avec  Tétude. 

Je  m'arrête,  croyant  en  avoir  assez  dit  pour  caractériser 
les  portraits  de  Louis  Le  Nain  et  ses  procédés  de  peinture. 
J^aime  à  espérer  que  le  portrait  du  Musée  de  Troyes  en  sera 
plus  apprécié,  surtout  lorsqu'il  portera  le  nom  de  son  au-- 
teur. 


III. 


Je  passe  maintenant  aux  deux  tableaux  de  fleurs  et  fruits 
désignés  sous  les  numéros  131  et  132  du  Livret  (1  ),  comme 
appartenant  à  un  peintre  inconnu  de  l'Ecole  française. 

En  voici  la  description  :  Au  milieu  d'un  vaste  paysage, 
des  tulipes,  des  pavots  aux  couleurs  éclatantes,  des  boules 
de  neige,  des  jacinthes  bleues,  des  anémones,  sont  négli- 
gemment jetées  dans  une  vasque  qui  reçoit  l'eau  d'une  fon- 
taine. A  droite,  un  grand  bassin  d'or  à  godrons,  contient 
un  raisin  rosé  et  quelques  fruits  ;  au-dessus,  une  aiguière 
d'argent  au  galbe  capricieux,  dans  laquelle  se  dresse  un 
bouquet  d'oeillets  et  de  roses,  mêlées  de  liserons  bleus  à 
demi-retombant  ;  un  bassin  d'argent  renversé  et  nu  groupe 
de  pêches,  de  raisins  d'Italie  couverts  de  leur  fleur  bleutée, 
deux  melons  entr' ouverts,  des  grenades  et  une  pastèque.  A 
gauche,  une  corbeille  contenant  des  pavots  et  des  roses 
trémières. 

Le  groupe  qui  orne  la  fontaine  se  compose  d'un  dauphin 
en  pierre  sur  lequel  jouent  deux  amours. 

Le  second  tableau  représente  aussi  dans  un  paysage  ime 
fontaine  à  double  vasque,  surmontée  d'un  satyre,  d'une 

(1)  Pages  61  et  62. 


102  LBS  TABLEAUX   DBS   INCOIlTfUS. 

sirène  et  de  deux  amours,  sur  Tun  desquels  est  Tenue  se 
poser  une  colombe. 

Au  milieu  du  tableau  et  le  pied  baigné  dans  Teau,  est  on 
vase  d'or,  rempli  d'anémones,  de  pavots,  de  boules  de 
neige,  de  narcisses,  de  jacinthes,  et  à  droite,  une  coupe  de 
cristal  contenant  des  fruits  et  quelques  fleurs.  Sur  le  de-* 
yant  est  couché  un  gros  chien  noir,  à  longs  poils,  avec  un 
collier  garni  de  grelots,  après  lequel  est  suspendu  un  tron*' 
çon  de  chaîne.  A  droite  des  fleurs  et  des  fruits^  à  gauche 
des  grenades  ouvertes. 

Un  paon  qui  becqueté  les  fleurs  est  perché  sur  une  des 
vasques  de  la  fontaiue. 

Ces  deux  tableaux,  peints  sur  toile,  sont  de  la  plus  grande 
dimeiision,  puisqu'ils  mesurent  2  mètres  04  centimètres 
de  hauteur,  sur  2  mètres  56  centimètres  de  largeur.  Les 
fleurs  et  les  fruits  sont  plus  grands  que  nature. 

11  eut  été  bon,  peut-être,  de  dire  Tépoque  de  ces  ta- 
bleaux, l'attribution  eut  été  sinon  plus  facile,  toutefois  moins 
incertaine.  Puisque  notre  livret  ne  l'a  pas  osé,  disons  (|u  ils 
sont  du  xvii*  siècle. 

A  cette  époque,  je  ne  vois  guères  que  deux  peintres  de 
l'école  française  qui  s'adonnèrent  à  la  peinture  des  fleurs. 
L'un  fut  le  maître  et  l'autre  le  disciple,  mais  qui  se  tint  si 
près  du  maître,  que  leur  manière  demeure  confondue  et  que 
les  tableaux  de  l'un  peuvent  alternativement  passer  pour 
ceux  de  l'autre.  Le  maître  était  Jean-Baptiste  Monnoyer, 
plus  connu  sous  le  nom  de  Baptiste  ;  l'élève,  Bhn  de  Fon- 
ienay,  qui  concourut  amplement,  sous  l'œil  de  Charles  Le 
Brun,  aux  décorations  de  Versailles.  FA  puis,  en  fait  de 
peintres  de  fleurs  au  xvii'  siècle,  c'est  tout.  Car,  je  ne  puis 
guères  compter  Catherine  Duchemin,  qui  fut  un  instant 
élève  de  Blin  de  Fontenay  et  devint  l'épouse  de  notre  vail- 
lant et  illustre  François  Girardon  ;  ni  Verbruggen ,  né  à 
Anvers  en  1668,  qui  approcha  beaucoup  du  mode  d'exé- 
cution adopté  par  Baptiste,  mais  dont  le  travail  plus  froid 


LIS  TABLBAUX  DES   INCOmiUS.  103 

est  resté  flamand  ;  ni  Hardimé,  également  né  à  Anvers  en 
1678,  dont  le  coloris  était  brillant,  le  faire  trop  libre  et 
trop  léché.  Quant  à  Douai  de  Lyon,  qui  reçut  les  leçons  de 
Baptiste,  sa  couleur  était  moins  vigoureuse,  sa  touche  plus 
recherchée  (1). 

Si  de  cette  vue  générale,  nous  descendons  aux  détails,* 
pour  comparer  nos  tableaux  à  ceux  de  Baptiste ,  nous  leur 
trouvons  des  qualités  bien  différentes  de  celles  du  maître 
français,  comme  ordonnance  et  comme  coloris,  comme 
entente  du  clair-obscur  et  comme  ampleur,  comme  acces-> 
soires  et  comme  paysage.  C'est  un  peintre  de  race  qui  les 
a  exécutés,  un  artiste  vraiment  supérieur,  rompu  aux  exi- 
gences de  la  grande  peinture,  et  qui  savait  aborder  de  front 
et  sans  effroi,  toutes  les  difficultés  d*une  composition  sa- 
vante  et  compliquée.  Nos  deux  tableaux  n'en  sont-ils  pas  la 
preuve?  Il  y  a  là  des  stitues,  des  fleurs,  des  fruits,  des  ani* 
maux,  des  vases  d'or,  des  coupes  de  cristal,  de  l'eau,  un 
grand  paysage,  un  vaste  horizon ,  dont  Tauteur  avec  son 
facile  pinceau  a  su  tirer  un  admirable  parti.  Non  pas  qu'il 
ait  été  plus  amoureux  de  ses  fruits  et  de  ses  fleurs,  que  de 
l'art,  et  qu'il  se  soit  passionné  pour  eux  au  point  d'oublier 
l'effet  rêvé  par  lui.  Il  ne  s'est  pas  amusé  à  polir  les  feuilles, 
à  dessiner  finement  les  tiges,  à  velouter  les  pêches,  à  fleurir 
les  raisins,  plus  que  de  raison.  Non,  cor  il  n'a  pas  cherché  à 
les  peindre  pour  l'amour  d'eux-mêmes,  il  les  a  peints  pour 
l'amour  de  la  peinture.  11  a  rencontré  des  fleurs  aux  tons 
éclatants,  des  fruits  savoureux  et  dorés,  il  a  voulu  entrer  en 
lutte  avec  eux  et  voir  à  qui  resterait  la  victoire.  C'était  pour 
lui  une  occasion  de  chanter  cette  chanson  de  la  nature  si 
charmante  toujours  et  si  variée,  quelques  fleurs  lui  ont 
donné  la  note  élevée,  d'autres  la  note  médiane,  les  fruits  lui 
ont  apporté  la  note  grave  de  la  gamme  des  couleurs,  il  en 


(1)  Thëod.  Lejeune,  Guide  de  Tamat.  de  tableaux,  t.  I,  p.  190  et 
suiv. 


104  LES   TABLEAUX   DES   Ilf CONFUS. 

a  SU  tirer  une  merveilleuse  harmonie,  le  concert  existe  pour 
les  yeux,  et  le  spectateur  charmé  ne  l'oubliera  plus. 

Cet  artiste,  que  nous  venons  de  caractériser  par  ses 
œuvres,  serait-il  donc  Jean- Baptiste  Monnoyer?  Assuré- 
ment non.  Il  y  a  chez  ce  dernier  de  la  vérité  dans  ses  va- 
ses et  ses  corbeilles  de  fleurs;  mais  cette  vérité,  il  la  pré- 
sente d'une  manière  prosaïque  et  parfois  assez  crue  : 
Les  fleurs  sont  comme  les  femmes,  il  leur  faut  un  peu  de 
mystère;  aussi  quelques  voiles,  pas  trop  jaloux,  pour- 
tant, ne  leur  messiéent  pas.  E\Ls  n  en  sont  alors  que  plus 
séduisantes  et  leur  charme  s'augmente  de  tout  ce  qu'on 
ne  voit  pas,  par  ce  qu'elles  veulent  bien  laisser  paraître, 
(^cst  là  cette  science  du  clair-obscur  qu'Abraham  Mignon, 
le  jésuite  d'Anvers,  Breughel  de  Velours,  et  plus  tard  Van 
Huysum,  ont  eue  au  suprême  degré.  Sans  contredit,  Mon- 
noyer est  un  habile  artiste,  un  grand  décorateur;  mais  il 
n'aurait  pas  pu  pei  idre  no^^  tableaux,  aussi  est-ce  à  uoe 
autre  (école  que  nous  devons  nous  adresser  pour  découvrir 
leur  auteur. 

Seraient-ils  Flamands?  Pas  davantage.  Les  artistes  fla- 
mands avec  leur  prodigieuse  dextérité  sont,  pour  ainsi  dire, 
autant  naturalistes  que  peintres.  Ch  que  espèce  les  attire  et 
les  séduit.  Il  faut  qti'ils  traduisent  jusqtrà  l'intimité  de  leurs 
gracieux  modèles,  ils  ne  négligent  ni  la  contexture^  ni  Kac- 
cideiit  de  Tattitude,  ni  un  rétro  jssis  de  feuille,  ni  une  pous- 
sière d'étamine.  Amoureux  de  chacune  de  leurs  flenrs,  ils 
veulent  l^'s  faire  toutes  valoir,  le  sacrifice  est  au  dtssus  de 
leurs  forces,  et,  à  force  de  détails,  ils  amoindrissent  l'en- 
semble. 

Mais  alors  s'ils  ne  sont  ni  français,  ni  flamands,  est-ce  que 
nos  tableaux  seraient  itiUens?  Peut-être.  —  Seulement,  de 
quel  maître?  En  eOet,  beaucoup  d'ItaUens  ont  su  peindre  les 
fleurs.  Ils  avaient  l'onmi-science  ces  grands  Italiens  ;  non, 
il  est  vrai,  à  la  manière  finie  et  précieuse  dts  Hollandais, 
attentive  et  patiente  des  Flamands,  car  ils  ont  eu  l'entrain. 


LB8  TABLBAUX   DIS   IlfGOlfllUS.  i05 

ils  ont  en  la  verve ,  ils  ont  eu  la  fougue ,  et  quand  ils  ont 
voulu  représenter  des  fleurs,  ils  les  ont  attaquées  en  pleine 
pâte,  graniiemeot,  par  les  effets.  Cette  manière  robuste  et 
fîère  d'exprimer  leur  éclat,  leur  chatoiement,  leurs  nuances 
contrastées,  les  a  rapprochés  davantage  de  Tidéal  et  leur  a 
permis  de  nous  montrer  toutes  les  fleurs  dans  quelques-unes. 
Or ,  ce  sont  justement  là  les  qualités  qui  distinguent  nos 
tableaux. 

Ils  sont  donc  certainement  d'un  peintre  italien.  Lequel 
alors?  Nous  allons  être  singulièrement  aidé  dans  la  recher- 
che du  nom,  puisque  j'aperçois  un  monogramme,  un  G  et 
un  G  entrelacés. 

Je  cours  aux  recueih  de  monogrammes  et  je  trouve  que 
le  G  et  le  G  entreL'cés  ont  élé  la  marque  d'un  peintre  in- 
connu, qui  faisait  de  beaux  portraits  dans  le  goût  de  Gtl- 
dorp  (i). 

Puis  dun  peintre  flamand,  qui  peignait  dans  la  manière 
de  Gaspard  Netscher,  et  a  dû  être  son  contemporain  (2). 
Encore  un  peintre  de  portraits  celui-là. 

C'était  au^si  la  marque  de  Conrad  Grahl  ou  Grahlam , 
graveur  médiocre  du  conunenctment  du  xvu*  siècle  (3) ;  de 
Corneille  Galle,  graveur  né  à  Anvers  (4)  ;  de  Conrad  Golt- 
zius,  autre  graveur  dont  la  vie  est  restée  inconnue  (5)  ;  du 
comte  Christian  Clam-Gallas,  né  en  1771,  graveur  quoique 
chambellan  de  l'empereur  d'Autriche  (6)  ;  de  Jean  Casa- 
nova, peintre  né  à  Venise  en  1730,  et  qui  mourut  à  la  fin 
du  siècle  dernier,  directeur  de  l'Académie  de  Dresde  (7); 
de  Christian-Geoffroy  Geyser,  dessinateur  et  graveur  à  la 


(1)  Bnilliot,  Dict.  des  Monogram.,  1. 1,  n»  1155. 

(2)  Ibid.,nol256. 

(3)  Ibid.,  nol257. 

(4)  Ibid.,  n'  1259. 

(5)  Ibid.,  n*  1260. 

(6)  Ibîd.,  n»  1261. 

(7)  Ibid.,  no  li62. 


100  U»  TABLEAUX   DIS   I1IC01INU8. 

pointe  et  au  burin,  et  qui  travailla  presque  exclusivement 
pour  les  graveurs  de  Leipsîg  où  il  s'était  fixé  (1)  ;  de  Jules 
CurpioQÎ,  peinlre  d'histoire  et  graveur,  né  à  Venise  en  161 1 
et  mort  à  Vérone  en  1674  (2);  de  notre  Jacques  Courtois, 
dit  le  Bourguignon,  peintre  de  batailles  (3);  (cela  signifiait 
pour  les  amateurs  italiens  Giacomo  Gortese)  ;  de  Guido  Ca- 
gnacci,  peintre  d^hisloire ,  né  à  Castel**Durante  et  qui  fut 
rélève  du  Guide  (4);  enfin,  de  Jules  Glovio,  élève  do  Jules 
Romain ,  mais  peinlre  en  miniature,  à  la  gouache  seule- 
ment (5). 

Hélas  !  elle  n'est  pas  grande  la  lumière  que  donne  le 
monogramme,  car  s'il  a  été  adopté  par  les  peintres  et  gra- 
veurs que  nous  venons  de  citer,  il  faut  bien  convenir  qu'il 
ne  s'adapte  à  aucun  auteur  possible  de  nos  peintures.  Lais- 
sons-le donc  de  côté  et  parcourons  les  musées,  pour  voir  si 
nous  ne  rencontrerons  aucun  table.m  analogue  aux  nôtres. 
La  peinture  est  un  meilleur  guide  qu^  la  signature,  elle  style 
des  matlres,  moins  trompeur  qu'une  marque  changeante, 
capricieuse,  qui  n'émane  pas  toujours  d'eux,  et  qui  peut  si 
facilement  se  modifier,  s'ajouter. 

J  entre  dans  les  galeries  italiennes  du  Louvre,  car  à  tout 
seigneur  tout  honneur,  et  je  ne  trouve  aucun  tableau  de 
fleurs  ressemblant  aux  nôtres.  Toutefois,  en  continuant  mes 
recherches ,  voici  que  j'aperçois  assez  haut  dans  le  musée 
dû  à  la  munificence  de  M.  Louis  Lacaze,  un  tableau  de  fruits 
représentant  des  grappes  de  raisins  blancs  et  noirs,  à  gros 
grains,  dos  figues,  des  ponunes  se  détachant  sur  un  fond 
sombre,  et  je  demeure  frappé  de  leur  air  de  famille  avec  les 


(1)  BrulUot,noi2e3. 

(2)  Ibid.,  t.  n,  no950. 

(3)  Ibid.,  no  951. 

(4)  Ibid.,  n*  955. 

(5)  Ibid..  n«  957.  —  Théod.  Lejeune,  Guide  de  Tâmat.  de  tableaux, 
t.  m.  Dict.  des  signatures,  monogrammes  et  marques  des  peintres 
de  toutes  les  écoles,  passim. 


LB8  TABLEAUX   DES   llf€01lllU8.  i07 

raisins  et  les  pommes  des  tableaux  du  musée  de  Troyes. 
Puis,  nouveau  sujet  de  réflexion,  un  autre  tableau  accom- 
pagne le  premier  et  j  y  rencontre  un  melon  ouvert,  des  rai- 
sins, des  pommes,  des  pêches  du  même  panier  que  les 
nôtres^  et  j'apprends  que  Michel-Angelo  Cerquoszi ,  dit 
Michel-Ange  des  bat^^illes,  né  en  1600  ou  1602,  mort  en 
1660,  e^t  fauteur  Je  ces  deux  lableaux  (1).  Je  retourne  en 
arrière  et  je  trouve  une  charmante  mascarade  italienne  (2) 
de  sa  façon,  dans  la  galerie  des  peintres  italiens,  puis  je  dé- 
couvre que  d'abord  élève  de  Pietro  Paolo  Corionese,  peintre 
de  fleurs  et  de  fruits,  il  l'avait  quitté  pour  s*attacher  à  la 
manière  de  Peter  Van  Laar,  dit  Bamboche ,  qui  jouissait 
alors  à  Rome  d'une  grande  réputation,  et  que  ses  fuites,  ses 
marchés,  ses  batailles,  qui  lui  avaient  valu  stm  surnom,  ne 
l'avaient  pas  empêché  de  peiniire  des  tableaux  de  fleurs  et 
de  fruits,  très-estimés  ;  que  sa  facilité  était  extrême  et  qu*il 
peignait  presque  toujours  sans  faire  de  dessins. 
Voilà  le  premier  indice. 

A  Grenoble,  je  le  trouve  représenté  par  un  combat  de 
cavalerie  très-mouvementé.  C'est  bien  du  Mtchel-Ange  des 
batailles.  Ce  tableau  a  été  donné  au  musée  de  Grenoble,  ea 
1839,  par  les  fils  de  Casimir  Perier,  au  nom  de  leur 
père  (3).  Cest  ui^  souvenir  que  je  note  en  passant. 

Au  musée  du  Havre,  je  retrouve  G'rquozzi  dans  un  ad- 
mirtble  bouquet  de  fleurs,  nous  donnant  toutes  celles  de 
nos  tableaux,  tulipes,  pavots,  boides  de  neig^,  œillets,  ja* 
cinthes,  avec  leur  désiuvoliure,  leur  éclat,  leur  coloris  (4). 

A  celui  de  Rennes,  les  fleurs  et  les  fruits  sont  groupés 
sur  un  riche  tapis. 

A  Rouen,  Gerquozzi  a  deux  tableaux  :  dans  Tun  des  pêches, 


(1)  Notice  des  tableaux  de  M.  Lacaze,  p.  6. 

(2)  Musée  du  Louf  ro,  École  d'Italie,  p.  97. 

(3)  Musée  de  Grenoble,  p.  14. 

(4)  Musée  du  Havre,  p.  18. 


108  LES  TABLEAUX   DES   INCONNUS. 

du  raisin,  des  pergoles,  une  pastèque;  dans  Taulre  des  ce-* 
drats,  des  grenades  ouvertes  avec  leurs  chapelets  de  grains 
rouges,  amoncelées  dans  un  désordre  savant  au  pied  d*un 
arbre.  Je  croyais  revoir  nos  tableaux;  et  Court,  le  peintre  de 
rassemblée  des  Etats-généraux,  l'auteur  du  livret  de  Rouen, 
ajoute  en  note  :  n  tous  ces  différents  fruits  de  Michel-Ange 
p  des  Batailles  sont  supérieurement  nndus  et  d'une  tI* 
»   gueur  de  ton  qui  décèle  le  grand  coloriste  »  (1). 

Enfin,  au  musée  de  Gaen,  je  trouve  de  Cerquozzi  :  d'a- 
bord un  admirable  tableau  de  fleurs  habilement  groupées  et 
retombant  autour  d'un  bas-relief  antique.  Il  est  de  la  plus 
grande  dimension,  puisqu'il  mesure  1  mètre  42  cent,  sur 
1  mètre  98  centimètres;  puis  un  tableau  de  fruits  d*une  di- 
mension à  peu  |>rès  égale,  quelques  lys  s*y  trouvent  mêlés; 
à  droite  on  aperçoit,  comme  chez  nous,  une  échappée  de 
paysage  (2).  Ici  encore  Tillnsion  est  complète ,  je  ne  suis 
plus  à  Caen,  je  me  trouva,  tout-à-coup  revenu  à  Troyes,  de- 
vant nos  tableaux. 

Je  ne  voudrais  pas  citer  les  collections  particulières  qui 
renferment  des  tableaux  de  fleurs  et  de  fruits  de  ce  maître, 
par  exemple  celle  de  M.  de  Chasseloup-Laubat,  qui  a  deux 
pendants  :  dans  l'un  des  accessoires,  dans  l'autre  des  fruits; 
ni  celle  du  peintre  Hersent ,  qui  avait  deux  pendants  de 
fruits  et  d'oiseaux  morts,  pas  plus  que  la  collection  vendue 
en  1 844  dans  laquelle  se  trouvait,  sous  le  nom  de  Cerquozzi, 
un  beau  bouquet  de  fleurs.  Il  ne  m'a  pas  été  donné  de  voir 
ces  tableaux,  par  conséquent  de  les  apprécier  ;  et,  si  j'en 
touche  un  mot  au  passage,  c'est  afin  de  montrer  que  Cer- 
quozzi, dont  la  facilité  était  extrême,  a  produit  presque  un 
aussi  grand  nombre  de  tubleaux  de  fleurs  et  de  fruits  que  de 
batailles  ou  de  bambochaJes. 

Mais  le  monogramme  alors,  comment  l'expliquer?  Ici,  il 


(i)  Musée  de  Rouen,  p.  122. 
(2)  Musée  de  Caen,  p.  17  et  18. 


LES  TABLEAUX   DES   INCONNUS.  109 

faut  l'aTOuer,  nous  en  sommes  réduit  à  des  conjectures. 
Nous  avons  tu  que  les  tableaux  de  fleurs  avaient  occupé  les 
premières  années  de  Cerquozzi.  Avait-il  un  autre  prénom 
que  celui  de  Michel-Ange?  S'appelaitil  en  même  temps: 
Jacques ,  Giacomo ,  Jules ,  Giulio^  ou  Jean,  Griovarmi? 
Avait-il  hésité  d'abord  à  mettre  un  prénom  aussi  illustre 
que  celui  de  Michel-Ange  sur  de  simples  tableaux  de  nature 
morte?  Ecrivait-il  son  nom  Cergozzi^  et  le  G  et  le  G  entre- 
lacés en  seraient-ils  Tabrégé  ?  Qui  pourrait  le  dire  aujour- 
d'hui ? 

Ce  que  nous  savons,  c'est  qu'à  moins  de  rares  exceptions, 
les  artistes  des  xv!*"  et  xvii''  siècles  n'étaient  guèrcs  lettrés, 
et  que  la  plupart  du  temps  ils  ne  savaient  pas  même  écrire 
leur  nom,  témoin  notre  grand  Claude  Le  Lorrain;  que 
Cerquozzi  a  gravé  quinze  pièces  à  Teau  forle,  dont  deux 
seulement  sont  signées  par  lui.  Or,  a-t-il  mis  au  bas  Cer- 
quozzi? —  un  C  et  un  G  entrelacés?  Pas  le  moins  du  monde. 
Il  a  écrit  Mie.  A.  B.  Ce  qui  sigmû^  Michel-Angelo  délie 
Battaglie^  ce  qui  correspond  à  l'époque  de  sa  vie  où  il  avait 
abandonné  les  tableaux  de  fleurs  pour  les  batailles.  Or,  nos 
tableaux  sont  de  sa  jeunesse  et  appartiennent  à  la  première 
phase  de  son  talent.  Peut-être,  dans  sa  modestie,  Cerquozzi 
a-t-il  voulu,  ainsi  qu'on  en  rencontre  de  fréquents  exemples, 
rappeler  qu'il  était  disciple  de  Pierre  de  Curtonc  qu'on  avait 
surnommé  Gobbo  dei  frutti^  parce  qu'il  était  contrefait; 
dans  ce  cas,  le  C  serait  son  initiale  et  le  G  voudrait  dire 
élève  du  Gobbo  ?  Je  pose  la  question,  que  de  plus  autorisés 
y  répondent. 

Les  preuves,  d'ailleurs,  pourquoi  les  chercher  autre  part 
que  dans  la  comparaison  de  nos  merveilleux  tableaux  avec 
tous  ceux  que  j'ai  cités,  que  j'ai  attentivement  étudiés  et  qui 
m'ont  toujours  invinciblement  ramené  à  eux.  Oui,  c'est  un 
Italien  qui  seul  a  pu  peindre  ces  fleurs,  ces  raisins  de  l'Ita- 
lie, ces  grenades,  ces  pastèques  qui  ne  mûrissent  qu'aux 
rayons  de  son  soleil  ;  oui,  c'est  ainsi  que  Cerquozzi  peignait 


ilÔ  LES  TABLEAUX  DES  INCONNUS. 

les  fleurs  et  les  fruils  ;  c'est  aioM  qiiMI  représetilait  les  slalues, 
les  bas^^reliefs ,  les  cristaux,  les  Tases  d'or.  C'est  de  cette 
large  et  puissante  manière  qu'il  interprétait  le  paysage  ita- 
lien et  qu'il  exprimait  le  beau  ciel  de  sa  patrie. 

Les  tableaux  du  musée  de  Troyes  sont  donc  de  Cer- 
quozzi,  et  c'est  justice  de  lui  restituer  deux  de  ses  plus  belles 
(Btt^reS)  sans  crainte  de  jamais  recevoir  un  démenti. 


Troyes,  le  17  mai  1872. 


LE   PROBLÈME  DÉMOCRATIQUE 


ou 


LA  POLITIQUE  DU  SMS  COMMUN 


Par  Th.  MANNEQUIN  -  BruxeUes,  1870 


PAR 


M.  ASSOIjIjANT 
Hembrt  résidant. 


Messieobs, 

Ce  n'est  pas  une  tâche  exempte  de  difiScultés  qae  celle 
de  vous  rendre  compte  du  livre  de  M.  Manâequm.  Les 
questions  qui  y  sont  traitées  nous  intéressent  au  plus  haut 
point;  mais  en  même  temps  elles  nous  divisent,  et  elles 
comptent  parmi  celles  que  vous  vous  faites  une  loi  d'éviter 
ici,  ce  qui  est  un  mal  peut-être,  puisque  souvent  c'est  mettre 
de  c6té  les  problèmes  les  plus  dignes  de  notr  e  étude,  au  profit 
de  sujets  qui  nous  laissent  à  peu  près  tous  indifférents.  Sur 
ces  derniers  l'accord  est  facile  ;  il  est  impossible ,  au  con- 
traire, sur  ceux  dont  M.  Mannequin  s'est  occupé.  Aussi, 
B'ai*je  pas  l'inlenlion  de  vous  exposer  toutes  ses  idées,  ni 
d'en  discuter  la  valeur  :  sans  compter  qu'il  s'agit  d'un  vo- 
lume de  cinq  à  six  cents  grandes  pages,  mon  peu  de  compé- 
tence suffit  pour  m*impo8er  beaucoup  de  réserve. 


''^-  '".-.•.. 


m  LE   PROBLÈME   DÉMOCRATIQOB. 

Je  me  regarderais,  je  l'avoue,  comme  coupable  d'égoïste 
iasouciance,  si  j*étais  complèlemeut  étranger  aux  questions 
d'orgaoïsation  politique  ,  si  importantes  en  tout  temps  et 
particulièrement  de  nos  jours  ;  mais,  n'ayant  jamais  eu  à  ea 
faire  une  étude  spéciale ,  je  ne  puis  m'appuyer,  pour  en 
juger,  que  sur  les  données  du  sens  commun  et  les  leçons 
de  l'histoire.  Ce  sont,  au  reste ,  les  seules  autorités  que 
M.  Mannequin  invoque,  puisqu*il  donne  à  sa  solution  du 
problème  démocratique  le  titre  de  Politique  du  sens  com- 
mun, et  que  près  de  la  moitié  de  son  ouvrage  est  une  revue 
historique  faite  en  vue  de  confirmer,  par  Texaroen  du  passé, 
ce  qu'on  peut  appeler  sa  théorie. 

Son  livre,  imprimé  à  Bruxelles,  en  1870,  la  même  année 
où  paraissaient  en  France  Les  Principes  de  la  science 
politique,  par  M.  de  Parieu,  et  plusieurs  études  du  même 
genre,  est  venu,  on  le  voit,  à  propos  :  depuis  une  année 
entière,  au  lieu  de  nous  gouverner,  ne  sommes-nous  pas 
encore  en  quête  d'un  gouvernement  ?  Je  doute  fort,  cepen- 
dant, que  Touvrage  de  M.  Mannequin  ait  une  grande  in- 
fluence sur  la  situation  actuelle,  malgré  le  soin  qu'il  a  pris 
d'fu  faire  une  sorte  d'abrégé,  en  1871,  dans  une  brochure 
de  75  pages  quMl  a  intitulée  :  Question  du  Jour  ;  position  et 
solution  du  problème  politique.  S'il  ne  fallait,  pour  attirer 
l'attention  du  public^  que  des  intentions  droites  et  des 
preuves  multipliées  d'une  application,  qui  date  de  loin,  aux 
études  politiques,  économiques  et  sociales,  certainemei.t  il 
serait  récompensé  de  ses  efforts.  Mais,  lui-même  n'espère 
pas  que  ses  idées  soient  acceptées  de  beaucoup  de  monde. 

Pour  ma  part,  quelque  disposé  que  je  sois  à  lui  rendre 
toute  justice,  je  ne  puis  pas  ne  pas  voir  en  lui  un  honnête 
homme  qui  se  trompe,  et  ne  pas  le  lui  dire  sans  douter  un 
instant  de  sabonne  foi.  Excellent  citoyen,  il  se  méprenJ  sur 
les  conditions  essentielles  de  la  vie  sociale,  et  je  n'ai  pas  le 
moindre  doute  que  l'organisation  poUtique  qu'il  propose 
serait  funeste,  quand  elle  ne  serait  pas  impraticable.  Ennemi 


PROBLÈME   DÉMOCRATIQUE.  113 

déclaré  de  TinjusUce,  il  ne  sait  pas  être  juste  dans  ses  ap- 
préciations sur  les  institutions  et  les  hommes,  étant  de  ces 
esprits  prévenus  et  systématiques,  qui,  parce  qu*i!s  sont 
honnêtes  et  hien  intentionnés,  sont  injustes  en  sûreté  de 
conscience.  Gomment  en  serait-il  autrement,  quand  à  pre- 
mière vue  et  sans  peser  suffisamment  le  pour  et  le  contre 
il  émet  mi  nomhre  si  énorme  de  jugements  de  parti-pris? 
Presque  tout  ce  qui  existe  dans  le  monde  politique  lui  sem- 
blant mauvais,  il  en  fait  tahle  rase  par  la  pensée,  et  il  se 
met  sur-le-champ  à  l'œuvre  pour  reconstruire  l'édifice  qu'il 
a  démoli.  De  cette  façon  il  échappe  à  ce  qu*il  appelle  les 
nécessités  transitoires  de  la  pratique  :  c'est  de  la  science 
pure  qu'il  prétend  faire  ;  or,  la  science,  dit-il,  n'est  cer- 
taine qu'à  condition  d'être  universelle,  universelle  qu'à 
condition  d'être  l'expression  du  sens  commun.  La  science 
politique  qu'il  veut  créer  de  toutes  pièces,  sans  rappliquer 
i  aucune  nation  en  particulier,  les  transformations  sociales 
qu'il  croit  la  justice  même  constituent ,  il  nous  l'assure , 
«  la  révolution  la  plus  radicale,  la  plus  complète  que  les 
»  hommes  aient  jamais  rêvée.  »  C'est  par  cette  déclara- 
tion (p.  18)  qu'il  termine  son  Prologue. 

Il  me  serait  impossible  d'analyser  les  deux  longs  chapi- 
tres qui  viennent  ensuite  (p.  19-85),  et  qui  forment  la  pre- 
mière partie  de  son  1"  livre.  Déblayer  le  terrain  et  poser 
le  problème  démocratique,  tel  est  l'objet  de  ces  disserta- 
tions diffuses,  où  souvent  la  critique  tourne  à  la  satire,  et 
où,  avec  une  verve  qui  ne  sait  pas  se  modérer,  l'auteur  se 
prend  à  tous  les  sujets  qu'il  rencontre  sur  sa  route,  encom- 
brant sa  discussion  d'innombrables  accessoires.  Je  ne  puis 
omettre  cependant  les  vingt  pages  qu'il  a  consacrées  à 
«  rimportantissime  question  du  sens  commun,  »  ce  sont 
ses  propres  termes.  Là  se  trouve  cette  assertion,  bizarre 
aux  yeux  de  quiconque  a  lu  un  traité  de  psychologie,  que, 
selon  certaines  écoles  philosophiques,  l'homme  aurait  quatre 
sortes  de  raison  :  d'abord  la  foi,  puis  la  raison  pure ,  la 

T.  XlXfl.  8 


m  PROBLÉMB   DÉ1I0€RATIQUB. 

raison  dÉtat,  enfin  la  raison  commune.  Naturellement, 
M.  Mannequin  ne  reconnaît  que  cette  dernière,  «  dont  les 
trois  autres  sont  des  égarements.  »  S'affranchir  de  ces 
états  particuliers,  voilà  en  quoi  consiste  le  sens  commun, 
duquel  tout  progrès  émane:  Copernic,  Colomb,  Newton 
n'ont  ol)éi  qu'à  ses  inspirations.  Comme  toutes  les  sciences, 
la  science  poliiique  doit  uniquement  s'inspirer  de  lui,  n'é- 
couter que  lui,  par  conséquent  repousser  toutes  les  idées 
m^%K\(\}ït%  à%  souveraineté  ^  A' autorité,  A' intérêt  général^ 
du  Dieu-Patrie j  de  ÏÉtat  tuteur  et  maître^  de  XÈtat  un 
et  indivisible.  Guerre  au  mysticisme  sous  toutes  ses  formes, 
c'est  le  cri  que  l'auteur  ne  cessera  de  répéter  d'un  bout  à 
Tautre  de  son  livre. 

Le  problème  étant  posé,  l'instrument  à  l'aide  duquel  se 
fera  la  construction  de  la  société  idéale  étant  connu,  il  s'agit 
d^y  procéder  :  c'est  Tobjet  de  la  seconde  partie  du  l*'  livre 
(p.  87-275),  et  si  les  préliminaires  de  l'œuvre  ont  été  pé« 
nibles ,  l'œuvre  elle-même  s'accomplit  avec  une  merveil- 
leuse facilité.  «  Ne  fais  pas  à  autrui  ce  que  tu  ne  voudrais 
pas  que  l'on  te  fit,  »  tel  est  le  précepte  fondamental ,  la 
base  de  la  justice,  et  «c  ce  n'est  pas  la  raison  qui  fait  la 
»  justice,  c'est  la  nature  des  choses  sociales  ;  la  raison  ne 
»  fait  que  la  concevoir  et  la  formuler,  et  toujoprs  eUe  la 
»  coi.çoit  de  la  même  manière,  quand  elle  la  conçoit 
1)  bien  (p.  89).  »  Ces  derniers  mots  pourraient  donner  lieu 
à  plus  d'une  observation,  mais  je  crains  les  longueurs,  et, 
sans  m'arrèter  aux  trois  chapitres  qui  traitent  de  f  individu, 
de  la  famille,  de  la  société  privée,  je  me  bornerai  à  vous 
donner  une  idée  des  cinq  suivants,  qui  ont  pour  titres  :  la 
commune,  le  canton,  la  nation,  t armée,  la  Justice.  Voilà 
cinq  sociétés  politiques  distinctes ,  et  le  nombre  en  sera 
augmenté,  si  entre  la  conmiune  et  la  nation  on  organise, 
outre  le  canton  ,  soit  le  département,  soit  la  province.  Ces 
diverses  sociétés  répondent  à  des  besoins  divers  de  notre 
condition  sociale  ;  la  nation,  l'armédi  la  justice  répondent  à 


PROBLÉMB   DÉMOCRATIQUE.  115 

ceux  de  ces  besoins  qui  sont  généraux  ;  cbaque  sorte  d'as-- 
sociaiion  doit  a^oir  sa  constitution  particulière. 

La  plus  importante  et  la  première  dont  M.  Mannequin 
s* occupe  est  la  constitution  communale.  Le  type  qu*il  nous 
en  offre  ressemble  fort  à  ces  communautés  grecques  qui 
ont  conservé  leur  vie  propre  et  singulièrement  indépeur 
dante  sous  la  domination  turque,  réglant  elles-mêmes,  et 
souvent  dans  des  assemblées  générales,  tout  ce  qui  con- 
cerne la  levée  des  impôts,  le  culte,  renseignement,  les  tra- 
vaux pnblics,  la  police  même.  Mais  ces  communautés  n'ont 
avec  les  communautés  voisines  nulle  relation  politique  ; 
isolées  en  réalilé,  elles  n'ont  entre  elles  de  lien  que  celui 
d'une  sujétion  commune  dont  elles  sentent  peu  le  poids. 
Grâce  à  une  liberté  communale  largement  pratiquée,  l'au- 
torité la  plus  despotique  n'est  pas  insupportable  aux  sujets  ; 
c'est  ce  qu'on  voit  en  Turquie   comme  en  Russie,  et 
ailleurs,  tandis  qu'en  France  le  pouvoir  central,  par  suite 
de  Texcès  même  de  ses  attributions,  se  fait  sentir  partout  à 
tout  le  monde,  et  responsable  de  tout,  attaqué  de  toutes 
parts,  manque  de  stabilité.  On  trouvera  néanmoins  que  la 
commune,  premier  degré  de  l'association  politique,  dit 
M.  Mannequin,  est  par  lui  constitué  dans  une  indépendance 
excessive.  La  liberté  communale  est  celle  qui  peut  le  moins 
s'improviser,  la  loi  ne  pouvant  faire  revivre,  une  fois 
qu*elles  ont  péri,  les  traditions  et  les  habitudes  sur  les- 
quelles cette  liberté  a  besoin  d'être  fondée  pour  être  efficace 
et  salutaire. 

Le  canton,  le  département  ou,  si  l'on  veut,  la  province, 
enfin  la  nation,  associations  non  pas  supérieures  à  la  com- 
mune, remarquons-le  bien,  mais  seulement  plus  étendues^ 
sont  ensuite  constituées  d'après  les  mêmes  principes  qu'elle  : 
toujours  élection  des  fonctionnaires;  toujours  mandat  à 
court  terme  et  responsabilité  des  mandataires,  afin  de  ne 
pas  tomber  dans  le  mysticisme  gouvernemental. 

Nous  avons  donc,  de  bon  compte,  au  moins  quatre  mé- 


il6  PROBLÈME   DÉMOCRATIQUE. 

canismes  politiques,  tous  simples  et  peu  coûteux,  si  Ton  en 
croit  notre  auteur,  et  tous  marchant  à  merveille.  Pour  ré- 
pondre au  besoin  de  la  défense  générale  et  du  maintien  de 
l'ordre^  une  cinquième  association,  d'un  caractère  purement 
accidentel,  chose  encore  à  remarquer,  reçoit  à  son  tour  sa 
constitution.  La  société  militaire  sera  régie  par  les  règles 
que  nous  connaissons  déjà  :  élection  de  tous  les  chefs  et 
administrateurs,  fonctions  temporaires,  responsabilité  ri- 
goureuse. Ajoutons  qu'en  cas  de  danger  on  devra  commen- 
cer par  ces  élections,  et  que  chaque  catégorie  de  citoyens, 
vieillards,  femmes,  enfants  mémes^  aura  sa  place  marquée 
et  son  office  dans  Tarmée  démocratiquement  organisée.  On 
demandera  peut-être  quand  les  citoyens  soldats  ^  déjà  occu- 
pés de  tant  de  soins  conuue  membres  de  leur  commune,  de 
leur  département,  de  la  nation,  pourront  encore  avoir  le 
temps  d'apprendre  à  manier  les  armes.  Comment  surtout 
aura-t-on  des  cavaliers,  des  artilleurs,  des  marins?  A  peine 
M.  Mannequin  mentionne-t-il  ces  diverses  armes.  On  voit 
bien  que  c'est  à  regret  qu'il  constitue  une  armée.  Les  gardes 
nationales  de  89,  les  milices  des  États-Unis  lui  paraissent 
d'excellents  modèles,  et  une  armée  permanente  lui  semble- 
rait trop  dangereuse  pour  la  liberté  des  citoyens.  Dans  son 
système  ils  n'ont  rien  à  craindre,  et  il  n'est  pas  à  croire  qu'ils 
donnent  à  leurs  chefs  le  mandat  de  leur  imposer  des  ser- 
"vices  pénibles  et  une  discipline  sévère. 

Une  sixième  et  dernière  association  politique  reste  à  cons- 
tituer, et,  en  voyant  M.  Mannequin  défendre  à  l'armée  d'a- 
gir sans  l'autorisation  de  la  justice,  j'ai  cru  un  moment  que 
la  justice,  telle  qu'il  allait  Torganiser,  exercerait  sur  le  corps 
social  une  sorte  de  souveraineté  :  j'oubliais  que  toute  idée 
de  supériorité  est  mystique,  et  partant  absurde.  Conséquent 
jusqu'au  bout,  notre  auteur  continue  donc  à  appliquer  ici, 
conuue  ailleurs ,  de  la  même  façon  les  mêmes  principes  : 
des  arbitres  ou  des  juges  élus  pour  peu  de  temps  et  respon- 
sables, voilà  sa  constitution  judiciaire  établie  :  son  idée  fixe 


PROBLÈME   DÉMOCRATIQUE.  117 

est  de  préyenir  les  usurpations  de  pouvoir  par  les  manda- 
taires au  détriment  de  la  liberté  et  du  droit  des  mandants, 
actes  de  mysticisme  qu'il  poursuit  sans  cesse  de  son  indi- 
gnation. Ce  n'est  pas  qu'il  parle  jamais  de  mandat  impéra- 
tif^ encore  moins  de  mandat  contractuel  ;  mais  il  veut  tou- 
jours un  mandat  aussi  limité  quant  à  la  durée  et  au  pouvoir, 
que  la  responsabilité  en  est  étendue.  «  La  tyrannie,  i>  dit-il, 
«  entre  toujours  dans  les  institutions  d'un  pays  par  les  brè- 
»  ches  que  la  politique  fait  à  la  justice  (p.  498).  »  Pour- 
tant il  est  aisé,  dit-il  ailleurs  (brochure  p.  54),  a  de  con- 

»  cevoir  un  système  d'institutions  politiques qui  fasse 

1»  reposer  la  société  sur  le  droit  des  associés.  »  Ce  système 
est  le  sien,  et  vous  pouvez  en  juger. 

Je  crams,  Messieurs,  le  reproche  de  m'ètre  trop  long- 
temps  arrêté  sur  de  telles  rêveries.  Il  est  bien  évident,  en 
effet,  que  ces  six  mécanismes  superposés,  ou  plutôt  enche- 
vêtrés, auraient  pour  résultat  une  confusion  anarchique  au 
suprême  degré.  M.  Mannequin,  toutefois ,  satisfait  de  ses 
conceptions  et  persuadé  c  que  tous  les  gouvernements  que 
»  nous  connaissons  sont  organisés  pour  manquer  le  but 
»  auquel  ils  doivent  tendre,  et  tous,  en  effet,  le  manquent 
(p.  76),  »  leur  offre  avec  confiance  son  utopie.  Car,  dit-il, 
a  tous  les  progrès  accomplis  ont  nécessairemen  passé  par 
»  la  voie  théorique  qui  précède  toute  application ,  et  par 
»  cette  même  forme  devront  passer  tous  les  progrès  à 
»  venir  (p.  50).  »  L'idéal  social  qu'il  formule,  bien  loin 
d'être  contraire  aux  transactions,  lui  paraît  indispensable 
pour  diriger  la  pratique  dans  les  réformes  à  faire.  Mais, 
affirmer  ce  n'est  pas  prouver  que  cet  idéal  soit  praticable 
dans  la  réalité  comme  sous  sa  plume.  Disposant  sur  le  pa- 
pier ses  cadres  constitutionnels ,  il  n'éprouve  pas  de  diffi- 
culté à  faire  passer  de  l'un  dans  l'autre  le^  individus  qu'il  a 
commencé  par  ranger  tous  dans  le  cadre  communal ,  et, 
comme  il  ne  trouve  pas  de  résistance  dans  ses  dociles  com- 
parses, il  ne  prévoit  sans  doute  que  peu  d'obstacles  dans  la 


118  PKOBlAm   DtlIOCBATIQUB. 

mise  en  pratique  de  ses  idées  et  dans  le  fonctionnement  de 
sa  machine  politique.  Gomment  pourraient  s'élever  des 
conflits,  dit-il  quelque  part,  puisque  dans  les  six  associations 
figurent  les  mêmes  individus?  Us  seront  toujours  d'accord 
avec  eux-mêmes.  Par  la  même  raison,  on  ne  peut  craindre 
qne  Is  diverses  administrations  ne  s'entendent  pas  entre 
elles,  étant  «  toutes  et  au  même  titre  mandataires  des 
mêmes  mandants  (p.  205).  »  Je  doute  que  ces  raisons 
vous  paraissent  péremptoires.  Quant  à  la  transition  de  l'état 
politique  actuel  à  l'état  rationnel,  que^ion  capitale  cepen- 
dant, ce  n^est  pas  la  traiter  que  de  montrer  seulement  le 
modèle  à  suivre,  en  s'épargnant  la  rechercho  difficile  des 
moyens  d'exécution. 

M.  Hippolyte  Passy  a  passé,  dit-on,  trente  ans  à  écrire 
son  ouvrage  Des  formes  du  gouvernement  et  des  lois  qtn 
les  régissent.  Si  laborieux  que  soit  M.  Mannequin,  il  ne 
s'est  pas  donné  tant  de  peine.  Le  sens  conunun  qu'il  invo- 
que et  dont  il  est  l'interprète  est  un  juge  expéditif,  et  le 
nombre  des  arrêts  qu'il  lui  fait  rendre  est  tellement  consi- 
dérable (pie  le  temps  lui  a  manqué,  on  le  conçoit,  pour  les 
motiver  .solidement.  Le  sens  commun  n'est  certes  pas  une 
autorité  à  dédaigner  ;  mais  en  poussant  à  outrance  ses  con- 
clu!«ions,  on  arriverait  à  d'étranges  résultats,  je  veux  dire  à 
réduire  la  vie  humaine  aux  conditions  étroites  du  plus  plat 
positivisme.  Après  avoir  condamna  la  religion,  comme  le 
fait  notre  auteur,  sans  hésiter  et  dune  manière  absolue, 
honni  la  métaphysique  pour  laquelle  il  n'a  que  du  mépris, 
on  tiendrait  en  mince  estime  la  science  pure,  la  poésie,  les 
beaux«arts,  dont  je  crois  que,  dans  le  fait,  il  se  soucie  très- 
médiocrement.  Son  conseiller  intime,  le  sens  commun,  l'a 
donc  mis  dans  une  voie  mauvaise,  celle  des  procédés  som* 
maires  qui  dispensent  d'un  long  examen.  Un  regard  super- 
ficiel ,  une  information  rapide  lui  suffisent  pour  constater 
dans  toutes  les  œuvres  de  la  politique  un  vice  originel,  irré- 
missible, le  mysticisme,  et  pour  les  condamner  aussitôt.  Du 


PKOBUfan  HtBOCftATIQini*  ii9 

myslieisiiie  et  de  la  poGtiqnef  puissances  funestes,  mises  en 
cause  dans  tout  son  livre,  et  auxquelles  dans  sa  brochure  il 
joint  le  charlatanisme,  est  née  et  se  perpétue  l'injustice 
dans  le  monde.  «  Tous  les  maux  durables  et  profonds  dont 
»  rhumanité  a  souffert  et  souffre  encore  lui  sont  venus  de 
»  rinjustfce,  mais  principalement  de  Finjustice  politiquet 
9  qui  est  mcomparablonent  plus  malfaisante  que  l'injustice 
»  privée  (p,  15).  » 

A  ces  maux  Tunique  remède  est  de  faire  régner  la  justice  ; 
non  la  justice  conçue,  nous  dit-il,  a  selon  la  métaphysique 
»  politique  et  religieuse  »  mais  sous  (t  la  forme  expéri- 
D  mentale  et  scientifir|ue  d  qu*il  lui  a  donnée ,  d^abord 
dans  ses  chapitres  préliminaires,  puis  dans  sa  construction 
rationnelle  de  la  société  démocratique.  11  ne  faut  pas  non 
plus  oublier  ce  précepte  qu^il  déclare  magnifique  :  Fais  cê 
que  dois,  advienne  que  pourra^  précepte  qui  cependant  ne 
serait  pas  sans  danger»  s'il  devait  lever  tous  les  scrupules 
relativement  nux  suites  des  applications  plus  logiques  que 
prudentes  de  sa  justice  idéale.  L'enthousiasme  avec  lequel 
il  parle  de  la  justice,  ce  besoin  universel,  «  la  loi  suprême, 
la  loi  des  lois  sociales  (p.  89),  »  est  tel  qu'évidemment  cette 
conception  abstraite  doit  être  considérée  comme  une  entité 
mystique,  au  même  titre  que  celles  qni  excitent  ses  sar- 
casmes et  ses  invectives  les  plus  amères.  Est-ce  donc  qoe 
nous  aurions  pris  M.  Mannequin  lui-même  en  flagrant  délit 
de  mysticisme  ? 

N'insistons  pas  sur  ce  pmnt  :  nous  avons  à  raaminer  son 
second  livre ,  et  d^abord  la  première  partie  de  ce  livre 
(p.  277-471)  :  Le  problème  démocratique  devant  fkis'* 
taire.  Nous  y  verrons  comment  il  entend  la  méthode  expé^ 
rimentale,  et  conmient  il  consulte  l'expérience  ;  c'est  une 
longue  revue,  qui  commence  par  l'Egypte^  l'Inde,  la  Gh^èce, 
et  se  continue  par  Rome,  le  moyen^ge  et  les  temps  nM>- 
dernes,  pour  s'arrêter  à  l'année  1870. 

S'il  s'y  trouve  quelque  chose  de  neuf,  c'est  peut-être 


120  PBOBLÈMB   DÉMOCRATIQUB. 

cette  observation  que  la  féodalité  s'enrichissait  à  mesure 
qu'elle  perdait  de  son  importance  politique,  et  qu'elle  était 
plus  haïe  alors,  malgré  ses  concessions,  qu'au  temps  où  son 
autorité ,  tout  en  étant  plus  absolue,  était  plus  patriarcale  ; 
c'est  ensuite  ce  que  Fauteur  nous  dit  du  gouvernement  de 
Buenos-Ayres,  d'après  ce  qu'il  a  vu  et  appris  lui-même 
dans  ses  voyages.  Du  reste,  il  n'a  guère  fait  que  prendre  à 
la  hâte  dans  l'histoire  les  faits  favorables  à  sa  thèse,  on 
pourrait  dire  à  sa  cause.  Car  il  fait  un  plaidoyer  et  pas  du 
tout  une  étude  impartiale  du  passé.  En  parlant  d'impar- 
tialité, je  ne  veux  nullement  dire  quin  Tbistorien  doive  être 
indifférent,  mais  seulement  qu'il  doit  être  équitable. 

J.-J.  Rousseau,  condamnant  l'ordre  social  tout  entier, 
remontait,  pour  trouver  la  justice  absente  de  la  terre*  à  ce 
qu'il  appelait  Tétat  de  nature.  M.  M^nneqiiin  ne  remonte 
pas  tout  à  fait  si  haut.  A  l'en  croire,  les  races  Touranienne, 
Égyptieti.ie,  Pilasgique,  Phénicienne,  libres,  laborieuses, 
fécondes,  jouissaient,  avant  les  temps  historiques,  d'une 
grau  le  prospérité;  hypothèse  appuyée,  il  faut  le  dire,  sur 
de  bien  faibles  présomptions.  La  décadence  commence  pour 
elles  du  moment  où  une  organisation  politiqtie  fondée  sur  le 
mysticisme,  les  avilit,  les  corrompt,  et,  ce  malgré  les  réac- 
tions généreuses  d'une  nature  instinctive,  qui  se  refuse  à 

mourir finalement  les  conduit  au  néant  (p.  29\).  »  La 

justice,  dans  les  sociétés  humaines,  serait  lonc  un  fait  pré- 
historique. Dès  l'origine  de  l'histoire,  partout  dépopulation, 
misère,  esclavage,  tristes  fruits  de  civilisations  trop  vantées, 
ou  plutôt  du  mysticisme^  bouc  émissaire,  mau  lit  continuel^ 
lement  comme  auteur,  complice,  soutien  de  l'injustice  so- 
ciale. 

Quoique  ce  lugubre  tableau  remplisse  près  de  deux  cents 
pages,  il  s'y  trouve  des  lacunes.  Il  n'y  est  pas  parlé  de  la 
Chine,  ni  de  l'objection  qu'on  peut  tirer  contre  les  asser- 
tions de  l'auteur  de  la  population  énorme  de  cet  empire.  A 
cette  même  objection  contre  ce  qu'il  dit  de  l'Inde,  il  fait 


PBOBLÈm   DÈMOGIATIQUB.  121 

une  faible  réponse.  Du  peuple  juif,  pas  un  mot;  et  pourtant 
il  dure  encore,  après  tant  de  siècles  d*atroces  persécutions, 
d'injustices  impitoyables,  grâce  à  ce  que  ses  croyances, 
comme  celles  de  Tlnde,  ont  des  livres  sacrés  pour  appui. 
Que  le  Parsisme,  le  Bouddhisme,  Tlslamisme,  qui  ont 
également  leurs  livres  saints ,  aient  été  oubliés,  on  le  con- 
çoit. Mais  on  doit  s'étonner  que  l'établissement  du  Chris- 
tianisme n'ait  pas  paru  à  M.  Mannequin  mériter  au  moins 
une  page.  C'est  sans  doute  qu'à  ses  yeux  toute  religion  est 
une  exploitation  habile  du  genre  humain  par  des  impos- 
teurs :  il  croirait  perdre  son  temps  s'il  recherchait  pour- 
quoi et  comment  de  telles  institutions  se  sont  établies  et 
perpétuées.  Mais,  au  lieu  de  n'y  voir  qu'un  tissu  de  vaines 
superstitions,  il  serait  mieux,  quand  on  se  pique  de  justice, 
d'en  étudier  les  origmes,  les  progrès,  les  transformations, 
les  effets  heureux  ou  funestes.  Est-ce  qu'aucune  religion  a 
pu  sciemment  être  immorale  a  son  origine?  Et  si  elle  trouve 
beaucoup  de  prosélytes,  n'est-ce  pas  qu'elle  est  tout  au 
moins  au  niveau  de  la  moraliié  de  ses  fidèles,  quand  elle 
n'est  pas  au-dessus?  C'est  plus  tard,  lorsque  le  progrès  des 
idées  moralt^s  l'aura  fait  déchoir  aux  yeux  des  hommes  les 
plus  éclairés,  qu'elle  pourra  être  justement  accusée  d'im- 
moralité. Ce  reproche  doit  toujours  s'a  tresser,  cela  va  sans 
dire,  à  l'abus  que  sont  trop  portés  à  faire  d'une  religion 
établie  des  hommes,  qui  ne  cessent  pas  d'être  des  croyants 
sincères  parce  qu'ils  obéissent  à  leurs  passions  et  qu'ils 
veulent  mettre  la  divinité  même  au  service  de  leurs  intérêts. 
Ces  actes  sont  immoraux  sans  impliquer  nécessairement  en 
leurs  auteurs  préméditation  d'imposture.  Quelque  nom- 
breuses que  puissent  d*ailleurs  être  des  impostures  réelles, 
des  fourberies  avérées,  par  cela  même  qu'elles  sont  la  per- 
version de  la  religion,  elles  n'en  sont  pas  l'essence. 

Les  préventions  de  M.  Mannequin,  sur  ce  point,  sont 
tellement  absolues  que  je  n'ai  pu  m'empêcher  de  tendre 
l'arc  en  sens  contraire,  suivant  une  de  ses  expressions. 


132  PHOitil»  DÉVOGlATIQfIB. 

Ëicore  8*3  arail  dit  du  Ghristiani^me  : 

U  a  fait  trop  de  bien  pour  en  dire  du  mal , 
n  a  fait  trop  de  mal  pour  en  dire  du  bien? 

Mais  non  :  il  ne  parle  que  de  TÉglise,  et  il  n'eu  parle  que 
quand  il  peut  l'accuser  d'ambition,  de  corruption,  d^îaju»- 
tice.  Aussi  ne  manque-Ml  pas  de  signaler  Tallianoe  des 
papes  et  des  princes  franks  au  viii*  siècle,  la  compétition 
horrible  dont  la  puissance  papale  est  l'objet  de  la  Gn  du 
ix^  siècle  au  commencement  duxi%  les  infamies  et  les  cru^iu- 
tés  dont  Rome  est  alors  le  théâtre.  Les  croisades,  mention- 
nées en  passant,  sont  maudites,  comme  Test  plus  justement 
la  guerre  contre  les  Albigeois.  Si  le  grand  schisme  d'Occi^ 
dent  est  oublié,  si  la  Réforme  est  nommie  à  peine ,  c'est 
que  notre  auteur  n'attache,  en  général,  aux  événements 
religieux  qu'une  médiocre  importance. 

En  reyanche,  il  consacre  un  chapitre  entier  de  38  pagea 
à  Rome,  le  principal,  sinon  l'unique  objet  de  son  ressen- 
timent. Car  c'est  d'elle  que  nous  viennent  les  idées,  mysti- 
ques au  premier  chef,  d'ordre ,  de  hiérarchie ,  d'autorité. 
Partout  il  signale  son  influence,  qu'il  appelle  le  mal  ro- 
main, comme  odieuse  et  funeste.  Puisque  de  Romulus  jus- 
qu'à Angustule  Rome  devait  être  condamnée,  mieux  vau- 
drait qu'elle  le  fût  sans  tant  de  phrases  et  sans  un  réquisitoire 
qui,  malgré  sa  longueur,  n^apprend  rien. 

M.  Mannequin  dit  modestement  qu'il  se  propose  d'ins^ 
Indre  ceux  qui  savent  moins  que  lui  ;  mais  ce  que  j'appel- 
lerais sa  philosophie  de  Thisloire,  s'il  ne  témoignait  pour 
toutes  les  tentatives  faites  en  ce  genre  le  plus  grand  dé- 
dain, ne  peut  qu'inspirer  une  haine  aveugle  et  inique  du 
passé,  puisque  jamais  il  ne  conclut  qu'à  sa  condamnation. 
«  Mysticisme  !  mysticisme  partout  et  toujours  !  »  dit-il  lui- 
même.  Cette  corde,  déjà  touchée  tant  de  fois  dans  son  pre- 
mier Uvre ,  l'est  sans  ménagement  dans  le  second  ;  c'est 
aussi  peu  instructif  que  monotone. 


PMBlÈnB  DÉIIOClATIQinB.  i23 

La  seconde  partie  de  ce  dernier  livre  penrrait  donner 
Ben  aux  mêmes  remarques.  Un  chapitre  de  36  pages  (471- 
506)  :  le  Progrès  dans  t histoire,  est  une  démonstration 
insuffisante  autant  que  pénible,  malgré  son  appareil  seien-* 
tifique.  Qu'est-ce  qu*un  progrè;)  q'ii  est  dû  à  des  causes 
toutes  fortuites^  très-faible  par  conséquent,  et  ayant  les  ca- 
ractères d'une  Sf'lection  naturelle?  L'auteur  ajoute,  il  est 
vrai  :  a  D  ne  faut  pas  confondre  ce  phénomène  avec  ce 
»  qu'on  appelle  le  hasard  ;  il  a  ses  lois  naturelles  circons- 
»  crites  dans  la  nature  des  è(res  qu'il  modifie  (p.  493).  » 
Je  ne  m'arrêterai  pas  à  chercher  si  ces  idées  sont  formu- 
lées d'une  manière  bien  nette.  Ce  que  je  vois  de  plus  clair 
et  de  plus  juste  dans  ce  chapitre,  c'est  ce  que  dit  M.  Man-« 
nequin  de  rinfluence  du  Moyen-âge  au  point  de  vne  du 
progrès;  ce  sont  aussi  quelques-uns  des  reproches  qu^il 
fait  à  la  Renaissance  ;  elle  ne  pouvait  avoir  ses  sympathies 
Est«il  besoin  d'ajouter  qu'il  se  défie  au  pins  haut  point  de 
ceux  qu*il  appelle  les  travailleurs  savants^?  Il  les  exhorte  à 
•e  dépouiller  des  préjugés  dont  l'Université  les  a  nourris 
tous,  et  à  devenir  simplement  des  travailleurs,  s'ils  veulent 
faire  quelque  chose  de  bon.  C'est  pir  ceux  qui  ne  sont  pas 
des  savants,  mnis  de  sim  »les  travailleurs  qu'un  progrès 
considérable  s'est  ac«^ompli  en  Amériqu*^,  aux  États-Unis; 
aux  autres,  aux  politiques  surtout,  il  faut  imputer  ce  qui 
empêche  les  Etats-Unis  e'ix-m^mes  d'être  pour  la  démo- 
cratie un  modèle  parfait.  Le  dévnloppement  le  plus  com- 
plet de  la  liberté  individuelle,  voiL^  le  but  :  a  Proclamons 
»  la  justice  comme  la  règle  supérieure  et  nécessaire  de 
»  toat  les  actes  publics  et  privés.  Cela  fait,  laissons  l'é- 
»  quilibre  de  toutes  les  forces  humaines  se  faire  en  vertu 
i>  de  ses  lois  naturelles  que  la  politique  a  toujours  contra- 
»  riées  (p.  506).  » 

Cette  courte  citation  me  dispensera  de  parler  des  1 6  pages 
(507-522)  qui  forment  la  Conclusion.  C'est,  comme  on 
peut  s*y  attendre,  un  dernier  coup  porté  au  mysticisme, 


S-    ' 


'W  ■• 


124  PROBLÈME  DÉMOCRATIQUE. 

dont  la  ruine  est  proche.  Le  mouvement  d'affranchissement 
commencé  au  Moyen4ge  est  cependant  loin  d'être  à  son 
terme;  mais  Forganisation  rationnelle  dont  Tauteur  a  tracé 
le  plan  nous  ferait  faire,  si  elle  était  adoptée,  un  pas  im- 
mense. 

Cette  confiance  ne  doit  pas  nous  surprendre  de  sa  part. 
Une  conviction  profonde  respire  dans  son  livre,  du  com- 
mencement jusqu'à  la  fin.  Elle  ne  l'a  pas  préservé  d'é- 
normes et  innombrables  erreurs  ;  un  volume  aussi  gros  que 
le  sien  ne  suffirait  pas  pour  les  relever  et  y  répondre.  Au 
lieu  d*en  constater  encore  quelques-unes ,  j'aime  mieux 
louer  M.  Mannequin  de  la  devise  qui  pour  lui  résume  une 
politique  fondée  sur  la  justice  :  Liberté^  propriété,  respon- 
sabilité; seulement,  je  ne  Tentends  pas  absolument  comme 
lui.  Son  insistance  à  combattre  la  distinction  des  deux  mo- 
rales, est  aussi  digne  d'éloges  ;  mais  cette  doctrine  sophis- 
tique ne  comporte  guère  d'adhérents,  et  il  semble  se  battre 
contre  un  fantôme.  Il  a  bien  raison  de  repousser  le  fata- 
lisme dans  l'histoire  ;  mais  n'a-t-il  pas  parfois  exagéré  les 
erreurs  de  ce  détestable  système?  Plus  d'une  fois  il  s'efforce 
de  se  montrer  impartial  pour  les  choses  et  les  hommes  qu'il 
attaque  avec  le  plus  de  virulence  ;  mais  ces  efforts  sont  bien 
faibles  ;  et,  s'il  a  assez  d'équité  naturelle  pour  avoir  de  ces 
bons  mouvements,  ils  sont  trop  rares  et  trop  passagers  pour 
influer  sur  le  ton  général  de  son  ouvrage,  qui  est  celui  d'une 
passion  sincère ,  d'une  in(ime  persuasion  nourrie  de  pré- 
ventions et  d'erreurs  depuis  longtemps  passées  en  son  es- 
prit à  l'état  de  vérités  incontestables  ;  c'est,  pour  tout  dire 
d'un  mot^  que  je  prie  M.  Mannequin  de  ne  pas  prendre  en 
mauvaise  part,  la  probité  dans  le  fanatisme. 


I*;  Troyes,  15  Mars  1872. 


1 


RECIACUS 

LES    RICEYS 

(aube) 
suivi  d'un 

sua 

PAULIACUS 

(côte-d'or) 

Par    M.    l'Abbé    GHARUSS   LALORE 
ProfiBiMar  de  Théologie  w  Grand-Sémlniire  de  Trcyyes 


AVANT-PROPOS 


Jusqu^à  présent  on  a  écrit  peu  de  chose  sur  l'histoire 
ancienne  de  Ricey,  et  ce  qui  a  été  écrit  est  fort  incomplet, 
plein  de  confusion  et  d'erreurs.  U  nous  a  semblé  utile  de 
jeter  quelque  lumière  dans  ce  chaos  ;  cependant  nous  n'avons 
pas  la  prétention  de  faire  l'histoire  ancienne  de  Ricey,  nous 
voulons  seulement  signaler  des  documents  qui  se  rapportent 
à  quelques  points  de  cette  histoire  : 

l*"  Nous  indiquerons  les  deux  chartes  de  Léothérie  et 
d'ingora,  yii"-yiii*  siècles,  concernant  Ricey  ;  2^  nous  trace- 


126  un   RIGET8. 

roDS  ensuite  à  grands  traits  Tbistorique  de  l'ancienne  pa- 
roisse de  Ricey  ;  3*  celle  du  prieuré  de  Notre-Dame-du- 
Faux,  à  Ricey-Bas;  4""  nous  fournirons  quelques  rensei- 
gnements sur  le  fief  de  Ttle  Saint-Louis,  de  Ricey-Haut; 
5"*  sur  le  fief  de  Saint- Vincent,  également  à  Ricey-Haut  ; 
6""  nous  dirons  à  quelles  circonscriptions  territoriales  ap- 
partenait Ricey  au  moyen-âge  ;  T"  nous  donnerons  la  liste 
de  ses  seigneurs,  dressée  en  1646  par  Charles  Vignier, 
écuyer,  demeurant  à  Bar-sur-Seine  ;  8^  nous  dirons  un  mot 
des  trois  églises  paroissiales  des  Riceys,  dont  rarckilecture 
appartient  au  xvi*  siècle  ;  9""  enfin  nous  terminerons  par  une 
dissertation  géographique  sur  l'emplacement  de  l'ancien 
PauliacuSy  village  voisin  de  Ricey,  car  l'histoire  ancienne 
de  Pauliacus  est  étroitement  liée  à  celle  de  Ricey  et  repose 
sur  les  mêmes  documents  jusqu'au  commencement  du 
xn*  siècle. 

Dans  notre  travail,  nous  avons  analysé  environ  1 00  chartes 
concernant  Ricey  ;  quelques-unes  complètent  ou  réforment 
la  généalogie  de  notre  grand  saint  Bernard,  dont  les  an- 
cêtres ont  possédé  Ricey,  où  est  née  Humberge,  sa  grand' 
mère  maternelle. 


TroyeSy  15  mars  1872. 


LBS  RIGBTS.  127 


CHAPITRE  P'. 


Les  chartes  de  Léothérie  et  d'Ingora. 

Léothérie  et  Ingora  étaient  sœurs  de  saint  Ebbon,  comte 
de  Tonnerre,  qui  se  fit  religieux  et  devint  ensuite  arche- 
vêque de  Sens.  Les  deux  sœurs  ayant  quitté  le  siècle  pour 
se  consacrer  à  Dieu,  à  l'exemple  de  leur  frère,  donnent  à 
Tabbaye  de  Saint-Pierre-Ie-Vif  tous  leurs  biens  de  quelque 
nature  qu'ils  soient  et  à  quelque  titre  qu'elles  les  possèdent, 
au  village  de  JReciacus  (Ricey-sur-LaigneSt  Aube)  et  au 
village  de  Pauliacus,  tous  deux  situés  dans  le  pagtts  Lati' 
cencis  (le  Laçois)  ;  Léothérie  donne  l'église  de  Ricey  (c'est- 
à-dire  ses  revenus)  dédiée  à  saint  Pierre,  et  le  mansus  qui 
s'y  rattache.  La  donation  d'Ingora  qui  s'étend  aussi  à  tout 
ce  qu'elle  possède  à  Ricey  et  à  PauKacus^  comprend  de 
plus  :  l""  ce  qu'elle  possède  à^a7}7}(;/ti^(Bagneux-la-Fosse, 
Aube,  canton  de  Ricey),  situé  également  «dans  le  Laçois; 
V  sa  part  dans  le  village  de  Fontana^  situé  dans  le  pagw 
Tomodorensis  (le  Tonnerrois). 

Les  chartes  de  Léothérie  et  d'Ingora  sent  deux  pièces 
fort  importantes  et  les  plus  anciennes  que  nous  connaissions 
sur  Ricey.  Elles  smit  le  point  de  départ  de  l'histoire  de  ce 
village  et  constituent  le  fonds  le  plus  ancien  de  ses  archives; 
c'est  pourquoi  nous  les  rapporterons  m  extenso  à  la  fin  de 
notre  travail. 

La  charte  de  Léothérie  a  été  imprimée  par  Mabillon  (I) 
et  par  M,  Quantin  (2)  :  plusieurs  historiens  la  datent  de 
Tan  695,  et  d'autres  de  l'an  7 1 9.  La  charte  d'Ingora  est  datée 

(1)  Acta  SS.  Ord.  S.  BmedicH  99cui.  Ul^parU  H,  p.  615. 

(2)  Cartul.  génàr.  dk  VYwme^  1 1,  p.  24. 


128  LBS   RICETS. 

du  21  octobre  711  ;  elle  a  été  imprimée  par  Mabillon  (1), 
par  M.  Quantin  (2),  et  enfin  par  M.  Fabbé  Du  ru  (3),  avec 
des  variantes  importantes  ;  nous  reproduirons  ce  dernier 
texte.  Clarius,  religieux  de  Saint-Kerre-le-Vif,  rapporte 
la  donation  des  deux  sœurs  dans  sa  chronique  (4). 


CHAPITRE  IL 


L'église  Saint-Pierre  de  Ricey  (Aube). 

L'église  Saint-Pierre  de  Ricey,  donnée  par  Léothérie  et  Ingora  à  Tabbaye  de 
Saint-Pierre-le-Yif,  qui  la  possède  jusqu'en  1116. —Procès  entre  les  abbayei 
de  Saint-Pierre-le-Yif  et  de  Moutier-Saint-Jean,  de  1116  à  1125.  —  Le  pa- 
tronage de  l'église  de  Ricey  est  donné  à  Tabbaye  de  Moutier-Saint^ean.  — 
Autres  possessions  de  Moutier-Saint^ean,  à  Ricey. 

§  1.  —  L'église  Saint- Pierre  de  Ricey  donnée  par  Léothérie  et 
Ingora  à  Tabbaye  de  Saint- Pierre-le- Vif,  .qui  la  possède 

jusqu'en  iii6. 

Parmi  les  hîens  qu'elle  concède  à  Fabbaye  de  Saint- 
Pierre-le-Vif,  de  Sens,  Léothérie  spécifie  clairenient  l'église 
de  Ricey  dédiée  à  saint  Pierre  [ecclesia...  in  honore  sancH 
Pétri)  et  le  mansus  qui  s'y  rattache.  U  faut  se  rappeler 
qu^autrefois  les  Riceys  ne  formaient  qu'une  seule  paroisse, 
comme  ils  ne  forment  actuellement  qu'une  seule  commune, 
bien  qu'ils  soient  divisés  en  trois  paroisses.  A  l'époque  où 
Léothérie  donna  sa  charte,  l'église  de  Saint-Pierre  était 
dans  la  partie  des  Riceys  qui  porte  maintenant  le  nom  de 
Ricey-Bas,  et  dont  l'église  est  encore  dédiée  à  saint  Pierre. 
Plus  tard,  deux  chapelles  vicariales  ou  églises  succursales 

(1)  Op.  citat.j  ibid.,  p.  616. 

(2)  Op.  citaty  p.  22. 

(3)  Biblioth.  de  l'Yonne,  t.  II,  p.  573. 

(4)  Chronic.  S.  Pelri  Vivi,  ad  ann.  715  et  1113. 


LES   RIGKYS.  129 

furent  éleTées  à  Ricey-Haute-Rive  et  à  Ricey-Haut,  mais  les 
deux  églises  demeurèrent  jusqu'à  la  Révolution  membres  et 
annexes  de  Téglise  Saint-Pierre,  et  ne  constituaient  avec  elle 
qu'une  même  paroisse. 

Le  mansus  désigné  dans  la  charte  de  Léothérie  n'est 
autre  que  le  mansus  ecclesiœ  dont  partent  tant  de  Conciles, 
les  Capitulaires  des  rois  de  France  et  les  Décrétâtes  :  c'était 
un  fonds  de  terre  qui  comprenait  :  1  ""  le  terrain  sur  lequel 
était  bâtie  l'église;  2''  le  terrain  environnant  Téglise,  appelé 
terra  sanctuarii^  ou  le  cimetière,  et  Vatrium^  qui  était  la 
partie  du  cimetière  sise  devant  l'église  et  où  se  trouvaient 
les  portes  et  le  péristyle  ;  3*  le  mansus  presbyteralis^  fonds 
de  terre  appartenant  au  curé  (1).  Postérieurement  à  la 
donation  de  Léotérie  et  d'ingora,  les  Capitulaires  fixent  la 
mesure  du  mansus  ecclesiœ  ;  il  devra  comprendre  au  moins 
douze  buonnaria  ;  M.  Guérard  évalue  le  bonnier  environ 
1 28  ares  (2).  Le  mansus  ecclesiœ^  ainsi  que  toutes  ses  dé- 
pendances, l'église,  l'autel,  les  dîmes,  les  offrandes  des  fi- 
dèles,  les  maisons  construites  à  V atrium^  ou  les  jardins  éta- 
blis sur  le  cimetière,  étaient  entièrement  libres  de  tout 
service /oif^. 

Vers  le  commencement  du  vui'' siècle,  les  comtes  de  Ton- 
nerre possédaient-ils  l'église  de  Ricey  et  le  mansus  eccle- 
siœ comme  fondateurs,  ou  seulement  à  titre  de  bénéfice  ?... 
On  sait  conmient  les  laïques  se  sont  rendus  maîtres  peu  à 
peu  des  biens  ecclésiastiques,  sous  le  titre  de  précaires^  béné- 
fices militaires^  commendes  laiqueSy  avoueries,  églises  et 
dîmes  inféodées.  Ce  mal  conunença  sous  la  première  race  de 
nos  rois,  et  le  3*  concile  de  Paris  en  557  le  fait  remonter 

(1)  Capitulare^  an  816,  c.  10.  —  Capitular.  Car.  Galvi,  tit.  37, 
c.  11.  —  Condl.  Vormat.,  c.  50.  —  Concil.  Trosl.,  c.  6.  —  Régine, 
lib.  i,  c.  24.  —  Burchard,  lib.  3,  c.  52.  —  Ivo,  part.  3,  c.  55,  174, 
part.  16,  c.  262.  —  Gratian.,  23,  9,  8,  c.  23,  aecundum^  et  c.  24, 
saneitum. 

(2)  Polypt.  Irminon.  Proleg. 

f.xtifi.  9 


130  LES  filCETS. 

jusqu'à  GloYÎs  lui-même  (i);  ce  mal  alla  en  augmentant 
progressivement  sous  la  seconde  race.  Pendant  cinq  siècles 
rÉglise  réclama,  mais  sa  voix  devint  plus  forte  et  plus  me- 
naçante au  XI*  siècle,  dans  les  conciles  de  Bourges,  en  103i , 
de  Reims,  en  1049,  de  Toulouse,  en  1056;  enfin  en  1078, 
le  pape  saint  Grégoire  VII^  dans  le  Concile  de  Rome,  obli- 
gea, sous  peine  d'excommunication,  les  laïques  à  restituer 
les  biens  ecclésiastiques  usurpés  (2).  Le  pape  Urbain  II  pro- 
clama le  même  décret  au  concile  de  Glermonten  1095,  et 
au  concile  de  Nîmes  en  1096.  Toutefois,  on  trouvait  encore 
au  xii*  siècle  beaucoup  de  dîmes  inféodées,  et  cet  abus  ne 
cessa  jamais  complètement  (3). 

Léothérie  et  Ingora,  suivant  l'usage  en  vigueur  au 
moyen-âge,  en  donnant  leurs  biens  de  Ricey  (y  compris 
Téglise  et  sa  terre,  comme  nous  le  verrons  plus  tard),  en  re- 
tinrent l'usufruit,  au  moins  en  partie,  à  titre  àeprécaire  (4)  ; 
car  nous  lisons,  dans  l'acte  de  donation,  qu'elles  aban- 
donnent à  Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif,  avec  leurs  biens, 
les  améliorations  qt/ elles  pourront  y  apporter  dans  la  suite 
des  temps.  Les  deux  sœurs,  à  partir  de  cette  époque,  tinrent 
donc  leurs  biens,  à  la  charge  de  payer  un  cens  annuel  à 
Saint-Pierre4e-Yif  ;  puis  elles  transmirent  cet  usufruit  avec 
ses  charges  à  leurs  successeurs. 

£n  eCTety  après  avoir  perdu  de  vue  la  paroisse  de  Ricey 
pendant  plus  de  trois  siècles,  nous  voyons  les  successeurs 
de  Léothérie  et  d'Ingora  renouveler  en  1065  Tactede  pré- 
caire concernant  Téglise  et  le  village  de  Ricey,  ainsi  que  le 
village  de  Pauliacus.  Bernard ,    chevalier,  seigneur  de 


(1)  Can.  i. 

(2)  Can.  10. 

(3)  TH0MA8SIN.  Discipline  de  VEglise^  part,  iv,  liv.  II,  c.  xlv.  — 
Ibid.,  1.  III,  c.  IV.  —  Pour  le  comté  de  Champagne,  cfr.  Longnom, 
le  Livre  des  Vassaux j  introd.,  p.  129. 

(4)  Cfr.  DucANGE,  Glossar.  v«  Precaria. 


LES  RICET8.  131 

Monibar  (G6te-d'0r),  etHumberge,  deRicey  (1),  sa  femme, 
obtiennent  de  Tabbé  Gerbert  et  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre* 
le-Vif  cette  concession  pour  eux  et  pour  leurs  successeurs, 
à  charge  de  payer  un  cens  annuel  (2).  De  cet  acte  de  pré- 
caire, le  P.  ChifHet  conclut  que  les  seigneurs  de  Montbar 
étaient  de  la  maison  des  comtes  de  Tonnerre  (3).  Le  béné- 
fice concédé  à  Bernard  et  à  Humberge  passa  aux  mains  de 
leurs  enfants  :  Rainard  eut  en  partage  Ricey,  et  Milon 
Pauliacus.  Mais  au  détriment  de  Tabbaye  de  Saint-Pierre- 
le-Vif,  dès  1105,  Rainard  cessait  de  payer  le  cens  de  Ricey 
et  de  Pauliacus^  et  Milon,  au  commencement  de  Tan- 
née 1113  (y.  st.),  vendait  à  Gui,  abbé  de  Moléme  (Gôte- 
d'Or),  le  village  de  Pauliacus,  moyennant  150  1.  de  de- 
niers (4).  L'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif  fit  plusieurs 
démarches  infructueuses  pour  rentrer  dans  ses  droits.  Enfin 
Jocerand,  évêque  de  Langres,  étant  venu  à  Sens  au  mois  de 
juillet  de  la  même  année  1114,  pour  les  affaires  du  roi  de 
France,  Arnaud,  abbé  de  Saint-Pierre-le-Vif,  lui  demanda 
audience,  et  se  plaignit  de  Tabbé  de  Moléme,  qui  retenait  ce 
village  de  Pauliacus,  et  de  Rainard  de  Montbar,  qui  ne 
payait  pas  depuis  plus  de  huit  ans  le  cens  de  Ricey  et  de 
Pauliacus  (5).  L'évèque  promit  justice,  mais  l'affaire  tralnd 


(1)  Gallia  christ,  t.  IV,  col.  729.  —  D. 

(2)  CiAHlus,  Chronic,  ad  annum  i065  :  c  Anno  MLXV.  Hoc  anno 
Bernardos,  miles,  et  dominus  castri  Barri  Montis,  in  capitulo  sancti 
Pétri  Vivi,  et  uxor  ejus  Hombcrga  competienint  et  recepenint  ab  ab- 
bate  Gerberto  et  a  monachis  ejusdem  loci,  cartam  de  villa  quas  dici- 
tur  Rictiacus,  et  de  ecclesia  ejusdem  viUae,  similiter  et  de  villa  quae 
irocatur  Pauliacus.  » 

(3)  Genus  iîlus.  S.  Bemardi,  p.  411-412. 

(4)  Clarius,  Chronic,  ad  an.  1113  :  «  Hoc  anno  émit  abbas  Molis- 
mensis  viUam  quae  vocatur  Pauliacus ,  de  Milone ,  filio  Bernardi  de 
Monte  Barro.  »  —  Ibid.,  âd  an.  1114  :  c  ...  de  Rainardo  de  Monte- 
barro  qui  censum  de  Rictiaco ,  simui  et  de  Pauliaco,  plusquatn  per 
oeto  annos  abstulerat,  conquestus  est.  » 

(5)  CLàRius,  Chronic,,  ad  an.  1114yut  supra. 


132  LES   RICBTS. 

en  longueur  pendant  un  an  ;  enfin  Jocerand  assigna  Rainard 
à  comparaître  à  Ricey  le  25  août  1116(1).  L'abbé  de  Saint- 
Pierre,  malgré  ses  infirmités,  se  fil  transporter  à  Ricey  en 
litière,  et  arriva  au  jour  marqué,  mais  il  ne  trouva  ni  le 
juge,  ni  Taccusé.  Cependant  Tévêque  s'était  occupé  de  cette 
affaire,  et  à  Tinsu  des  religieux  de  Saint-Pierre-le-Vif,  il 
avait  dépossédé  Rainard  de  l'église  de  Ricey  et  en  avait  attri- 
bué le  patronage  et  les  revenus  à  l'abbaye  de  Moutier-Saint- 
Jean.  Soit  à  tort,  soit  à  raison,  l'évéque  de  I^angres  révo- 
quait en  doute  les  droits  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif 
sur  l'église  de  Ricey,  parce  que  les  chartes  de  Léothérie  et 
d*Ingora  n'étaient  pas  scellées.  Ce  défaut  de  forme  est  la 
seule  raison  qui  sera  alléguée,  dans  le  cours  du  procès, 
contre  les  droits  de  SaintrPierre-le-Vif. 


§  II,  —  Procès  entre  les  abbayes  de  Saint- Pierre-le- Vif  et  de 

Moutier-Saint-Jean,  de  iii6  à  ii25. 

L'abbé  de  Saint-Pierre-le-Yif,  informé  de  tout  ce  qui  se 
passait,  dépécha  sans  retard  Ters  Févêque  de  Langres  le 
moine  Valbert.  Il  arriva  pendant  le  synode  de  sep- 
tembre 1 116  aTec  une  lettre  dans  laquelle  Arnaud  se  plai- 
gnait d'avoir  été  joué  à  Ricey  ;  il  laissait  aussi  entrevoir 
qu'il  avait  appris  par  la  rumeur  publique  que  l'église  de 
Ricey  avait  été  enlevée  à  son  monastère  ;  enfin  il  terminait 
en  demandant  justice  a  l'évéque  et  au  synode  (2).  A 
Langres,  le  moine  Valbert  apprit  à  n'en  plus  pouvoir  douter 
que  par  jugement  ecclésiastique  l'église  de  Ricey  avait  été 


(i)  Ibid.,  ad  an.  1116.  De  Rainardo  denominavit  diem,  apud  Re- 
tiacum  post  primum  diem  festi  S.  Bartholomei  in  Augusto. 

(2]  Ibtd.y  ad  an.  1116.  De  Rvinardo  apud  Retiacum  diem  posuis- 
tis.  Quamvis  autem  debilitati  corporis  succumberem,  tamen  quasi 
in  lectira  me  eo  devehi  feci...  de  Retiacensi  ecclesia  quam  Rainar- 
dum  adhuc  de  nobis  tenere  nec  amisisse  sperabamus. 


LES  RIGEYS.  133 

eoleTée  à  Rainard  de  Montbar  et  donnée  à  Bernardi  abbé 
de  Moutier-Saint-Jean  (i). 

A  quelque  temps  de  là,  des  religieux  de  Moutier-Saint- 
Jean  se  trouvant  à  Troyes,  adressèrent  des  paroles  un  peu 
vives  à  des  religieux  de  Saint-Pierre-le-Vif  :  ils  préten- 
daient qu'au  synode  de  Langres  Tabbé  de  Saint-Pierre  avait 
accusé  personnellement  Tabbé  de  Moutier-Saint-Jean. 
Arnaud,  pour  se  disculper,  envoya  (vers  le  commencement 
de  Tannée  1117)  à  Bernard,  abbé  de  Moutier-Saint-Jcan, 
une  copie  de  la  lettre  qu*il  avait  adressée  au  synode  de 
Lingres  ;  il  y  joignait  une  autre  lettre  par  laquelle  il  con- 
jurait Tabbé  d'abandonner  ses  prétentions  sur  l'église  de 
Ricey  (2).  Le  moine  Vàlbert,  qui  portait  ces  lettres,  ne 
trouvant  pas  Tabbé  de  Moutier-Saint-Jean,  les  remit  au 
prieur.  Mais  vers  le  même  temps,  une  réunion  des  sei- 
gneurs de  la  Bourgogne  ayant  eu  lieu  à  Chastellux  (Yonne), 
au  sujet  de  différends  mus  entre  le  comte  de  Montbar  et 
Clérembaud  de  Ghappes  (3),  le  moine  Valbert  se  rendit  à 
cette  assemblée  et  demanda  de  nouveau  justice  devant 
l'évêque  de  Langres  et  Hugues  II,  duc  de  Bourgogne. 
L'évèque  se  décida  enfin  à  assigner  les  parties  à  comparaître 
à  Ricey,  le  dimanche  Misericordia  Domini^  qui  tombait 
le  8  avril  en  1 1 17.  Mainard,  archiprêtre  de  Bar-sur-Seine, 
qui  était  présent  à  rassemblée  de  Chastellux,  ÎmX  chargé 
d'entendre  les  parties.  Arnaud,  abbé  de  Saint-Pierre-le- 
Vif,  arriva  au  jour  désigné,  mais  les  abbés  de  Moutier- 


(i)  Ibid,^  ad  an.  1116.  In  ipsa  quoque  synodo  comperit  prœfatos 
monachus  Walbertus  quod  Rainardus,  miles  de  Barro ,  ecclesiam  de 
Rictiaco,  quam  de  abbate  Sancti-Petri  tenebat,  ecclesiatica  auctori- 
tate  judicante,  perdilerat,  et  Bernardus,  abbas  Sancti-Johannis-de- 
Prato  eam  ab  episcopo  expetierat  et  super  nos  invaserat. 

(2)  I6/(i.,  adan  1116. 

(3)  Le  comte  de  Montbar  et  Clérembaud  de  Ghappes,  ûls  de  Gau- 
thier de  Ghappes,  appartenaient  tous  deux  à  la  maison  de  Tonnerre- 
Bar-sur-Seine. 


134  '  LES   BICET8. 

Saint-Jean  et  de  Molème  firent  encore  défaut.  Alors  Rainard 
de  Montbar  s'écria  quMl  n'y  avait  plus  de  bonne  foi,  que 
lui  et  ses  ancêtres  avaient  tenu  de  la  main  de  Tabbé  de 
Saint-Pierre-le-Vif,  à  titre  de  cens,  pendant  plus  de  cent 
an$^  l'église  de  Ricey  ;  que  cette  église,  enlevée  par  Tauto- 
rité  épiscopale,  avait  été,  à  l'insu  de  l'abbé  de  Saint-Pierre- 
le-Vif,  donnée  à  l'abbé  de  Moulier-Saint^ean  (1).  Le  pro- 
cès resta  pendant  jusqu'en  1119. 

Cette  année,  le  célèbre  cardinal  Conon,  légat  du  Saint- 
Siège,  vint  à  Sens.  Conon  était  avec  le  pape  Calixte  dans  le 
diocèse  de  Sens,  au  commencement  du  mois  d'octobre  ;  en 
sa  qualité  de  légat,  il  allait  tenir,  du  18  au  29  de  ce  mois, 
un  concile  à  Beauvais,  pour  les  trois  provinces  de  Rouen, 
Reims  et  Sens.  Arnaud  lui  porta  plainte  au  sujet  de  l'église 
de  Ricey.  En  conséquence,  le  légat  écrivit  à  Tévéque  de 
Langres,  lui  mandant  de  faire  promptenn^nt  justice  à  l'ab- 
baye de  Saint-Pierre-le-Vif;  autrement  il  porterait  ce 
procès  au  tribunal  du  pape  lui-même  (2).  L'affaire  en  vint 
bientôt  là.  Calixte  II,  après  le  concile  de  Reims,  qui  se  tint 
du  20  au  30,  arriva  à  Sens  au  mois  de  décembre;  l'abbé 
Arnaud  osa  lui  demander  justice,  et  le  pape  écrivit  à  ce  sujet 
le  5  de  décembre,  à  Jocerand.  Il  se  plaint  de  l'usurpation 
de  Téglise  de  Ricey,  il  espère  que  prompte  justice  sera  faite, 
enfin  il  arrive  à  l'objection  capitale,  et  demande  à  l'évéque 
de  ne  point  permettre  que  les  intérêts  de  l'abbaye  de  Saint- 
Pierre -le-Vif  soient  lésés,  sous  prétexte  que  les  chartes  de 
Léothérie  et  d'Ingora  ne  sont  pas  scellées,  puisque  tel  n'était 
pas  I  usage  ancien  de  la  contrée  (3). 

(i)  Clarius,  Chronic.  ad  an.  1116  :  Rainardus  de  Monte  Barro  .. 
nusquam  religionem  esse  acclama  vit...  ecclesiam  Reciacensem  se  et 
antt'cessores  suos  plas  centum  annis  censoalern  de  manu  abbatnm 
Sancti-Petri-Vivi  tenuisse,  et  eam  vi  episcopali  extortam,  abbatem 
monasterii  Sancti-Johannis  occupasse,  abbate  Arnaudo  monasterii 
Sancti-Petri-Vivi  hoc  ignorante. 

(2)  Ibid.,  ad  an.  1119. 

(3)  Ibid.f  ad  an.  1119  :  ...  Nec  monasterio  eidem  obMse  permit^ 


LIS   BIGEY8.  135 

La  question  étant  portée  sur  ce  point  de  diplomatique  ^ 
les  abbayes  de  Saint-Pierre-le-Vîf  et  de  Moutier-Saint- 
Jean  pouvaient  facilement  soutenir  leurs  droits  contradic- 
toires (1). 

L'évêque  se  rendit-il  aux  injonctions  du  Pontife  ro- 
main 7  Peut-êlre  que  la  contestation  n'était  pas  encore  ter- 
minée en  1122.  Cette  conjecture  repose  sur  une  lettre  de 
Louis  VI  adressée  à  Jocerand  (2)  :  le  roi  commande  à 
révoque  de  Langres  dentaire  restituer  à  Tabbaye  de  Saint- 
Pierre-le-Vif  les  Liens  ecclésiastiques  qu*elle  a  tenus  paisi- 
blement pendant  la  vie  de  Daimbert,  archevêque  de  Sens. 
Cettre  lettre  est  donc  postérieure  à  la  mort  de  Daimbert, 
qui  eut  lieu  le  28  novembre  1122;  d'ailleurs  les  collec- 
teurs des  Historiens  de  France  supposent  qu'elle  est  rela- 
tive à  la  paroisse  de  Ricey  (3).  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est 
certain  qu'avant  son  abdication,  qui  eut  lieu  le  10  oc- 
tobre 1125,  Jocerand  termina  ces  démêlés  par  un  juge- 
ment qui  attribuait  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif  la 
moitié  des  droits  castes  de  l'église  de  Ricey  (medietatem 
ecclesiœ  de  Riciaco)^  et  Taulre  moitié  à  Fabbaye  de  Mou- 
tier-Saint-Jean,  qui  conservait  en  outre  le  droit  de  patro- 
nage. Le  jugement  de  Jocerand  est  conservé  dans  une 


tas,  qnod  secundum  antiquam  terra»  consQdtndinera,  instromeiita 
sine  impressione  sigilli  composita  declarantar. 

(1)  Baluze.  Capitularia,  t.  I,  col.  947  G.  cxLvm,  et  col.  1005 
c.  CCGCXVI  :  quale  debeant  scripturx  valere.  Voir  sur  l'emploi  des 
sceaux,  Nouveau  Traité  de  Diplomate  t.  IV,  p.  422.  —  Natalis 
DE  WAaLY,  Eléments  de  Paléographie^  t.  II,  p.  43.  —  Le  P.  Rou- 
viÊRE,  ReomauSf  p.  589. 

(2)  Recueil  des  Histor.  de  France,  t.  XV,  p.  341. 

(3)  Ibid.,  t.  XIV,  p.  207  B.  Si  cette  leUre  est  relative  à  la  paroisse 
de  Ricey,  comment  le  roi  peat-il  dire  qae  Tabbaye  de  Saint-Pierre- 
le-Vif  a  joui  paisiblement  de  cette  paroisse  pendant  Vépiscopat  de 
Daimbert?  ce  débat  entre  deux  abbés  et  un  évéque  n*a-t-il  pas  fait 
assez  d'éclat,  de  1114  à  1119? 


136  LES   BICBT8. 

charte  de  Guilencus,  son  successeur  (1)  ;  les  deux  abbayes 
parurent  salisfaites. 


§  III.  —  Le  patronage  de  Téglise  de  Ricey  est  donné  à  Tabbaye 

de  Moutier-Saint-Jean. 

Aussi,  Tannée  suivante  1126,  pendant  le  grand  synode, 
Guilencus,  sur  les  instances  de  Bernard,  abbé  de  Moutier- 
Saint-Jean,  accorda  à  cette  abbaye  une  charte  de  confir- 
mation de  toutes  les  églises  dont  le  patronage  lui  apparte- 
nait :  or,  nous  trouvons  «Téglise  de  Ricey  donnée  à  l'abbaye 
par  révêqne  Jocerand,  prwilegium  Joceranni  episcopi  de 
ecdesiis  Birrei,  Riceii  (2)  . .»  D'un  autre  côté,  Guilencus,  à 
la  demande  d'Herbert,  abbé  de  Saint- Pierre-le-Vif,  conGr- 
mait  cette  même  année  (3),  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le- 
Vif,  la  moitié  de  l'église  de  Ricey  {medietatem  ecclesiœ  de 
Riciaco)  (4). 

(1)  Nous  donnons  ici  cette  charte,  qui  peut  se  rapporter  à  Tan 
1<26  :  c  Ck>nvenit  nostro  moderamini  onmibus  tam  sancta  religione 
pollentibus  benevola  compassione  in  qa  mtum  possumus  suceurrere, 
et  eonim  justis  et  rationabilibus  petitionibus  tota  animi  devotione 
impartiri  assensum.  Petiit  ifritur  a  nobis,  frater  Herberte,  tua  R<>ve- 
rentia  quateuus  nostra  authoritate  judicium  quod  in  presentia  pre- 
deces^oiis  nost.  i  bone  memotie  domini  Joss^ranni  factum  esse  evî- 
dentihusjudiciisagnoscitur,  de  medietate  scilicet  ecclesie  de  Rifieiaco 
que  tui  juris  et  ecclesie  Beati  Pétri  yivi  cui  nu  ne  preesse  dis:no8ct»ri<, 
coroprobata  est,  in  perpetuum  conÛrmaremus;  cujus  nos  justam  et 
rationabilem  postulationera  bénigne  suscipientes ,  hoc  qujd  pie  ro- 
gasti,  Gapituli  nostri  concilie,  ad  effectum  perducere  satagimus,  lau- 
dantes,  et  per  nostre  authoritatis  pnvilegium  confirmantes,  illam 
videlicet  predicte  ecclesie  medietatem  ad  justum  et  ecclesie  tue  in 
perpetuum  e^se  recipiendum.  Hujus  rei  testes  sunt  Guilencus  cpis* 
copus,  qui  higus  petitionis  author  et  confirmator  exstîtit,  Airardut 
decanus,  Guido  cantor,  Gocerannus  archidiaconus ,  Fulco  cancella* 
rius,  Durandus,  Arnulphus,  canonici.  »  Bibliot.  Nation.  F.  Franc. 
5995,  fol  43  ro.  —  Archiv.  Yonne.  Cartul.  N.-D.-du-Faux. 

(2)  Reomaua^  p.  187. 

(3)  La  charte  n'est  pas  datée,  mais  sa  nature  et  le  nom  des  témoins 
qui  la  signent  nous  ont  porté  à  la  mettre  à  cette  date. 

(4)  Voir  cette  charte  ci-dessus. 


Mcm.  137 

Quelques  années  plus  fard,  soit  que  Tabbaye  de  Moutier* 
Saint-Jean  refusât  la  moitié  des  revenus  de  Téglise  de  Ricey 
à  Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif,  soit  que  cette  dernière 
crût  avoir  été  lésée  par  le  jugement  de  l'évéque  Jocerand^ 
le  procès  recommença,  sous  le  pontificat  d*Innocent  II. 
Nous  trouvons  des  lettres  de  ce  pontife  adressées  à  G*  (1), 
abbé  de Saint-Jeandu-Pré  (ou  Moutier-Saint-Jean)  ;  Inno- 
cent II  le  prévient  que  la  contestation  entre  lui  et  l'abbé  de 
Saint-Pierre-le-Vif  est  renvoyée  aux  juges  apostoliques, 
Etienne,  évêque  d'Aulun,  Hugues,  évéque  d'Auxerre,  et 
Hugues,  abbé  de  Pontigny.  Ces  lettres  étant  datées  de  Cluny 
le  4  des  ides  de  février  (le  10),  nous  les  rapportons  à 
Tan  1132,  parce  que  cette  année-là  le  pape  Innocent  II 
passa  les  douze  premiers  jours  de  février  à  Tabbaye  de 
Cluny  (2).  L  affaire  traîna  en  longueur  pendant  deux  ans; 
enfin  le  pape  adressa  de  Pise,  le  12  juiu  1134  (3),  des 
lettres  à  Hugues,  é^èque  d'Aïuerre,  et  à  Hugues,  abbé  de 
Ponligny,  pour  les  pres-er  de  terminer  ce  débat.  L*abbé 
de  Moutier-Saint-Jean  refusa  de  s'arranger.  Alors  Innocent  II 
lui  ordonne  de  restituer  à  Tabbaye  de  Sainl-Pierre-le-Vif 
Ecclesiam  cum  villa  Riciaci^  et  jmrce  qu'il  a  résisté  aux 
injonctions  du  souverain-ponlife,  il  est  dt'posé  du  siège 
abbatial  jusqu'à  ce  qu'il  ait  fait  une  réparation  conve- 
nable (4). 


(1)  G.  ne  figure  pas  dans  le  catalogue  des  abb^s  de  Moutier-Saint- 
Jean,  donné  dans  le  Gallia  Christ^  t.  IV,  col.  602. 

(2)  Cfr.  Ph.  Jaffé.  Regesta  PP.  RR.  n.  567. 

(3)  Dom  GoTRON.  Chronie  Ms,  ad  an.  1134. 

(4)  c  Innocentius  episcopus,  servus  senrorum  Dei ,  dilecio  filio  G. 
abbati  Sancti-Jobannis  de  Pratis,  salutetn  et  apostoltcain  benedictto- 
nem.  Débet  proprie  ruine  dolore  prosterni  quisquis  apostoltcis  con- 
temnît  parère  preceptU.  Nos  siquidem  per  aposto  ica  ttbi  scripta 
mandavimus  ut  cum  dilecio  filio  nostro  Herberto,  abbate  Sancti- 
Petri-Vivi,  in  preseniia  venerabilium  fratruro  nostrorum  Altissiodo- 
rensis  episcopi  et  H.  Pontiniacensis  abbatis,  de  ecclesia  et  villa  Riciaci 
oonvenires;  quod  minime  est  effectui  mancipatum.  Ideoque  per  apos- 


138  LE»  lltCEfS. 

N0U8  croyons  que  cette  sentence  mit  fin  aux  démêlés  et 
que  les  parties  en  revinrent  aux  conclusions  du  jugement 
prononcé  par  Tévéque  Jocerand.  En  effet,  désormais  la 
moitié  des  revenus  de  Féglise  de  Ricey  appartiendra  à  l'ab- 
baye de  Saint-Pierre-le-Vif  ;  mais  le  patronage  de  cette 
église  est  dévolu  à  Tabbaye  de  Moutier-Saint-Jean.  Notre 
assertion  repose  sur  les  documents  suivants  :  en  1147, 
entre  Pâques  et  la  Pentecôte,  Geoffroi,  évéqne  de  Langres, 
confirme,  en  faveur  de  Fabbaye  de  Moutier-Saint-Jean  la 
concession  de  l'église  de  Ricey  faite  par  Jocerand  (1);  le 
13  octobre  de  la  même  année,  le  Pape  Eugène  111  lui- 
même  confirmait  à  Moutier-Saint-Jean  la  possession  de 
l'église  de  Riciaco  (2);  ce  privilège  fut  de  nouveau  con- 
firmé le  30  octobre  par  le  pape  Alexandre  III  (3),  et  le 
22  mai  1211  parle  pape  Innocent  III  (4).  Quand  les  cha- 
pelles vicariales  ou  les  églises  succursales  dédiées  à  Saint- 
Vincent  et  à  Saint-Jean-Baptiste  seront  établies  sur  la 
même  paroisse,  elles  relèveront,  comme  l'église-mëre,  du 
patronage  de  Moutier-Saint-Jean. 

Enfin,  à  deux  siècles  de  distance,  nous  lisons  dans  les 
pouillés  de  Lan  grès  de  1435  et  de  1492  :  Decanatus 
Barri  super  Seqtmnam  :  Biceyum.  Abbas  Reomensk 
présentât.  Dans  les  pouillés  du  xvi*  siècle  au  xviii*  ou  les 
saints  patrons  et  les  succursales  sont  désignés,  on  lit  : 
Riceyym  Bassum  :  Patronus,  Sanctus  Petrus.  Abbas 

tolica  tibi  scripta  mandamus  atqpie  predpimus  quatenus  eamdem 
ecclesiam  cum  villa  predicto  abbati  restituas;  et  qpiia  rebellis  et  ino- 
bediens  tiobis  exstitisti,  quousque  congrue  no)>is  satisfacias,  interdi- 
cimus  tibi  sedem  abbatis  »  Apud  Goiron,  p.  590. 

(1)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin,  Moutier-Saint'Jean ,  cart.  314. — 
Privilegium  Joceranni  episcopi  de  ecclesiis...  Riceii...  ^  ReomcMêy 
p.  197. 

(2)  Ibid,,  p.  200. 

(3)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  Moutter-Saint-Jean^  cart.  314.  — 
Dans  le  Reomaus  «<  eccleâiam  de  Bidaeo  »  a  été  omis  p.  208. 

(4)  Reomaus,  p.  240. 


LIS   R1CBT8.  139 

Reomenm  prœsentat,  puis  viennent  les  denx  succur- 
sales :  Rkeyum  Altwn  :  Patronm  Sanctus  Vincentius; 
Rkeyum  Médium  :  Patronus,  Sanctus  Joannes  Bapiista  ; 
sunt  succursus  Ricdi  Bassi.  Le  pouillé  de  1779  présente 
encore  le  même  état  de  choses  (1  ). 


§  rv.  —  Autres  possessions  de  Moutîer-Saint-Jean 

à  Ricey. 

Nous  allons  faire  connaître  succinctement  les  propriétés 
de  Tabbaye  de  Moutier-Saint-Jean,  à  Ricey. 

La  paroisse  de  Ricey  apporta  à  l'abbaye  de  Moutier- 
Saint-Jean  les  revenus  qui  sont  attachés  au  droit  de  patro- 
nage ;  ces  revenus,  quoique  partagés  avec  Tabbaye  de 
Sain t-Pierre-le- Vif,  étaient  encore  très-considérables. 

L'abbaye  avait  aussi  à  Ricey  une  maison  appdée  le  Petit- 
Motétier-Saint-Jean.  C'est  là  que  descendaient  l'abbé  et 
les  religieux  lorsqu'ils  venaient  à  Ricey.  Dans  le  petit  Moutier 
se  trouvait  une  chapelle  desservie  par  un  chapelain. 


(1)  Dans  les  documents  relatifs  à  Fahbaye  de  Moutier-Saint-Jean , 
bulles  et  chartes  épiscopales ,  il  ne  faut  pas  confondre  Riceium  Ri- 
cey (Aube)  et  iUeum,  Riel-les-Eaux  (Gôte-d*Or,  canton  de  Montigny). 
Psû*  inadvertan«^e«  on  a  quelquefois  écrit  Rfceium  pour  Rieum  ;  mais 
il  est  facile  de  recon  aître  ces  deux  paroisses,  car  Ricey,  comme 
nous  Tavons  vu ,  a  été  donné  à  Tabbaye  do  Moutier-Saint-Jëan  par 
révoque  Joceraud,  en  sorte  que,  dans  les  bulles  et  chartes  épiscopales, 
on  lit  toujours  avant  Riceium  c**Ue  désignation  :  prioitegium  ou 
donum  Jocerannx;  Riel  fut  dotmé  à  la  même  abbaye  par  Tévéque 
Achard  et  confirmé  par  Brunon.  Aussi,  dans  les  mêmes  bulles,  ou 
chartes  épiscopales,  on  lit  toijgours  avant  Rieum  cette  désignation  : 
pritnlegium  ou  dnnum  Achardi^  ou  Brunonis  {Reomaus^  p.  138, 
196).  En  1151,  révéque  GeofTroi  (Reomaus^  p.  206)  réunit  cette  église, 
qui  ne  porte  plus  que  le  titre  de  CapeUa  Reii  ou  Cnpella-de^Rpu,  à 
régisse  de  Belauriy  Belan-sur-Ource  (canton  de  Montigny,  Côle-d*Or). 
A  parUr  de  cette  époque,  Téglise  de  Reu^  Riers,  Riel^  est  succursale 
de  Belan  ;  les  pouillés  du  xvi«  siècle  au  xvin«  la  nomment  en  latin  : 
Rileium  in  AUis;  et  en  français  :  Riel^les-Aulx,  Rtêl^les-Hauts  ; 
enfin,  Riel-les-Eaux. 


140  LIS   RtGSYS. 

1 196.  —  Eudes  III,  duc  de  Bourgogne,  reconnaît  et  ra- 
tifie la  donation  faite  autrefois  à  Tabbaye  de  Moutier-Saint- 
Jean  par  André  de  Montbar  qui  avait  abandonné  tout  le 
cens  qu'il  percevait,  à  Texceplion  de  7  sous,  qui  devront  ap- 
partenir à  Tabbaye  de  Sainl-Pierre-le-Vif;  Mabile,  veuve 
d'André,  et  Barthélémy,  seigneur  de  Polisy,  à  qui  elle  était 
remariée,  ratifièrent  cette  donation  moyennant  15  livres  (1). 

1235.  Juin.  Après  de  longs  débats,  Robert  de  Torote, 
évêque  de  Langres,  scelle  un  accord  entre  Gui,  abbé  de 
Mou(ier-Saint-Jean  et  Itier  de  la  Brosse,  chevalier,  seigneur 
de  Villiers-le-Bois .  En  verlu  de  cet  accord,  les  droits  et 
revenus  désignés  sous  le  nom  d'échoites,  tailles,  justice, 
plaid  général  et  corvées  à  Ricey,  seront  partagés  par  moitié. 
La  maison  de  Ricey  appartenant  à  Moutier-Saint-Jean  aura 
droit  de  plein  usage  dans  les  trois  bois  de  Lauzenet,  des 
Anvers  et  de  la  Forêt  sur  le  finage  de  Ricey  (2).  Si  Tabbé 
de  Moutier-Saint-Jean  vient  à  Ricey,  pendant  son  séjour  il 
aura  d  oit,  dans  toute  la  rivière  de  Ricey,  à  la  pêche  au 
filet  et  au  lorra,  cum  lorra  (3).  La  maison  du  curé  de  Ricey, 
avec  toutes  ses  dépendances,  appartiendra  intégralement  à 
Moulier-Saint-Jean  ;  Itier  de  la  Brosse  ni  ses  héritiers  ne 
pourront  aliéner  les  biens  de  Ricey  qui  sont  en  commun 
avec  Moutier-Saint-Jean.  Itier  de  la  Brosse  paiera  à  Mou- 
tier-Saint-Jean la  dime  des  vignes  et  des  terres  qui  lui 


(i)  Arcbiv.  Côte-d'Or.  Origin,  Moutier-Saint-Jean,  Cette  charte 
doit  nécessairement  modifier  la  généalogie  de  saint  Bernard,  établie 
par  le  P.  GhifHet;  car  il  donne  pour  femme  à  André  de  Montbar, 
Elvide,  dame  d*Epoisses,  qui  aurait  épousé  en  secondes  noces  Hugues, 
seigneur  de  TOrme  {Genus  illust.  S,  Bemardi^  p.  635-636).  André 
de  Montbar  était  fils  do  Bernard ,  petit-ûls  de  Rainard ,  dont  nous 
avons  parlé,  et  arrière-petit-ûls  de  Bernard  de  Montbar,  grand-père 
maternel  de  saint  Bernard.  (Genus  illustr,^  Pf  "^1  i?  "^13,  549.) 

(2)  In  tribus  nemoribus  de  Lausannay^  des  Anvers^  de  la  Forest, 
Archiv.  Côle-d'Or.  Origin,  Moutier-Saint-Jean,  —  Reomaus,  p.  258. 

(3)  Voir  notre  article  sur  la  pèche  au  lorra  ou  loerre  dans  l'Àn^ 
nuaire  de  l'Aube  1872. 


LES   RICBTS.  141 

appartiennent  en  propre.  Quant  au  moulin  du  Chêne  (de 
Quereu)  à  Ricey,  les  parties  acquerront  et  paieront  en  com- 
mun la  part  qu'elles  ne  possèdent  pas  (1). 

1238  (v.  st.).  Janvier.  Jean  de  Ricey,  chapelain,  neveu 
de  feu  Etienne,  autrefois  curé  de  Ricey,  donne  à  Moutier- 
Saint-Jean  sa  maison  et  les  dépendances  sises  à  Ricey,  à  côté 
de  la  maison  dite  le  Petit-Moutier-Saint-Jean^  appartenant 
à  Tabbaye,  sous  le  sceau  de  Robert,  évêque  de  Langres  (2). 

1245  (v.  st.).  Le  jeudi  4  janvier,  Rainard,  abbé  de 
Moutier-Saint-Jean,  écrit  à  Thibaut  IV,  comte  de  Cham- 
pagne, pour  le  prier  de  déclarer  au  besoin,  par  lettres- 
patentes,  qu^l  maintiendra  les  conventions  conclues  entre 
ledit  abbé  et  Jacques  Philippe,  citoyen  et  changeur  de 
Troyes,  au  sujet  du  village  de  Ricey.  Rainard  reconnaît  que 
ce  village  est  sous  la  garde  des  comtes  de  Champagne  (3). 

1267.  «  Le  dimenche  devant  la  septembrèche  à  Bar-seur- 
Seigne,  »  Thibaut,  comte  de  Champagne,  notifie  et  confirme 
la  charte  d'accord  donnée,  en  1235,  par  Itier  de  la  Brosse, 
à  l'abbaye  de  Moutier-Saint-Jean  et  relative  aux  bois  de  «  Lo- 
senei,  les  Anvers  et  la  Forest  x>  ainsi  que  «  la  pescherie  de 
la  rivière  à  rez,  à  loerre  et  à  touz  engins  tant  comme  Tabbé 
sera  an  la  vile.  La  note  Jeufroi  de  Montleheri  (4).  » 

12t)7  (v.  st.).  Février.  L'abbaye  et  Hier  de  la  Brosse, 
seigneur  de  Villiers-le-Bois,  de  nouveau  divisés  au  sujet  du 
partage  des  droits  sur  Ricey,  de  T usage  dans  les  bois  de 

(i)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin,  MoutierSaint'Jean 

(2)  Ibid.  —  Reomausj^.  261. 

(3)  IlluBtri  viro  Theobaldo  Dei  gracia  régi  Navarre,  Gampanie  et 
Brie...  Frater  R.  humiiis  abbas  Reomensis  salutem..  Excelientiam 
vestram  rogamus  et  requirirous  in  Domino  quatinns  conventiones 
quas  habemus  erga  Jacobum  Philippi  civem  et  cambitorem  Trecen« 
sem  in  villa  de  Riceyo  quam  de  custodia  vestra  recognoscimus... 
manuteneatis  et  defendatis...  Datumdie  Jovis  ante  Apparitionem  Do« 
mini  anno  gratie  M»  GG'^XLo  quinto  (Bibiiot.  Nation.  5l)0  de  Golbert 
61,  foi.  39  ro. 

(4)  Reomatts,  p.  278. 


142  LES   BICETS. 

Lauzenet,  des  Anvers  et  de  la  Forêt,  et  enfin  de  la  pêciie  aa 
filet  et  au  loerre  dans  la  rivière  de  Ricey,  renouvellent  sous 
le  sceau  de  Gui  de  Genève,  évéque  de  Langres,  Taccord 
passé  en  1235.  Itier  promet  de  payer  tous  les  ans  à  Tab- 
baye  25  1.  t.  (1). 

1275.  Novembre.  Raudin  de  Muixe  (Mussy),  etGîle,  sa 
femme,  vendent  à  Moutier-Saint-Jean  i9  journées  de  terre 
sur  le  finage  de  Ricey, —  2  pièces  de  pré  o  ès-Lannes,  »  une 
pièce  de  pré  «  es  Landes  rcondes,  »  et  plusieurs  autres 
soitures  {secturœ^  parcelles)  de  pré,  moyennant  40 1.  de  la 
nouvelle  monnaie  de  Dijon  (2). 

1286.  Août.  Accord  passé  entre  a  Gautiers  de  la  Brouce, 
chevalier,  sires  de  Vilers-lou-Bois  »  et  Tabbé  de  Moutier- 
Saint-Jean  «  et  Gaulthiers  dit  Flammerioz  prestre  »  au  sujet 
<(  dou  molin  dou  Chaigne  ouquel  molin  li  di  religiaus 
avoient  lou  tiers  et  seoir  li  diz  malins  en  la  terre  des  dix  re- 
ligions et  i  dévoient  morre  li  diz  religions  sanz  paier  moture 
por  tans  qui  demorraient  en  lor  maison  de  Ricy  et  i  avaient 
li  diz  religions  lou  tiers  francs  sanz  paier  nulles  missions. ..  » 
Le  chevalier  fera  établir  un  foulon  dans  le  moulin,  mais  ce 
foulon,  qui  lui  appartiendra  à  lui  seul,  ne  pourra  rien  fouler 
tant  que  le  moulin  aura  à  moudre,  à  moins  qu'il  n'y  ait 
assez  d'eau  pour  que  le  moulin  et  le  foulon  puissent  tourner 
ensemble* 

«  Fut  donné  en  l'an  de  Grâce  mil  deux  cenz  quatre-vini 
et  sis  ou  mois  de  aoust  (3).  d  C'est  le  moulin  de  Quercu  dont 
il  est  question  dans  la  charte  de  1235. 

1301.  Septembre.  Lettres  de  a  Pierre  li  Jumiaus,  bailli 
de  Chaumont  ;  il  rapporte  :  1"^  la  charte  de  Thibaut,  comte 
de  Champagoe,'  de  l'an  1 267  en  confirmation  de  l'accord 
passé  au  nuÂs  de  juin  1235,  entre  Itier  de  la  Brosse,  sei- 

<1)  Archîv.  C6te*-d'0r.  Origin.  Montier^Saini^ean. 

(2)  Ibid. 

(3)  Ibid. 


LES  mCEYS.  143 

gneur  de  VUliers-le-Bois  et  l'abbaye  de  Moutier-Saint- 
Jean  ;  2*"  un  acte  passé  par  devant  Jacques,  chanoine  de  la 
chappelle  du  roi,  au  château  de  Bar-sur-Seine.  Par  ce  der- 
nier acte,  Gauthier  de  la  Brosse,  seigneur  de  Villiers,  re- 
connaît devoir  à  Moutier-Sai.nt-Jean  une  rente  annuelle  de 
25  1.  tournois  à  cause  de  Taccord  signé  en  1235  par  son 
père  André  de  la  Brosse  (1). 

1314.  29  mai.  Apud  Oratorium.  Le  roi  Philippe  confir- 
me à  Tabbaye  de  Moutier-Saint-Jean  la  redevance  de 
25  livres  tournois,  promise  par  Itier  en  1267  (2). 

1315.  Amortissement  de  la  maison  provenant  de  Jean, 
chapelain  de  Ricey.  <k  Nous  Jehanz  de  Chalon  caens  Dau- 
cuerre  et  de  Tomuerre.  o  II  reconnaît  que  «  frère  Raimons 
de  Cunmiines  »  abbé  de  Moutier-Saint-Jean  et  le  monastère 
ont  possédé  et  possèdent  a  une  maison,  ensemble  le  porpris 
séant  en  la  ville  de  Ricy  ou  leu  que  l'on  dit  desous  le  che- 
min, dessus  la  maison  au  religions  de  Moutier-Saint-Jehan 
entre  la  maison  de  la  femme  Marion,  veuve  de  Brunot,  le 
tonnelier,  et  la  maison  Perrot  le  marichaut. 

»  Donné  à  Lévigni  le  Chastiaus  le  lundi  vigile  de  la  Mag- 
deleine  l'an  de  Grâce  mil  trois  cenz  et  quinze  (3).  » 

En  1713,  nous  trouvons  l'abbaye  de  Moutier-Saint-Jean 
en  procès  avec  Jean-Baptiste  de  Pommereux^  seigheur  de 
Ricey.  Ce  dernier  attaque  en  justice  le  locataire  de  la  maison 
donnée  par  le  chapelain  Jean.  Voici  la  désignation  de 
la  maison  et  l'objet  du  procès  :  a  un  petit  logis  situé  à 
Ricey-Bas,  près  de  la  chapelle  du  Petit^Moutier-Saint- 
Jean,  dans  lequel  logis  il  y  a  un  jardin  et  un  vivier  d'eau  de 
fontaine,  le  tout  tenant  aux  murailles  de  la  ville,  éloignée 
d'environ  40  ou  50  pas  de  la  rivière  de  Laignes,  laquelle 
estant  desbordée,  s'étend  jusqu'auxdites  murailles  et  entre 

(1)  Archiv.  Côle-d'Or.  Origin.  Moutier^Saint'-Jean. 

(2)  Ibid. 

(3)  Ibid. 


144  LES   BIGEY8. 

quelquefois  dans  le  vivier  par  un  petit  trou  voûté  que  Ton 
prétend  avoir  été  fait  il  y  a  environ  40  ou  50  ans  par  le  dé- 
funt sieur  Gautherol,  prestre-chapelain  de  ladite  chapelle.  » 
Le  locataire  de  cette  maison  est  assigné  par  Jean-Baptiste  de 
Pommereux,  parce  que  le  conduit  nuit  à  son  moulin  et  at- 
tire les  poissons  de  la  rivière  (i). 

D'après  le  pouillé  de  1435,  Téglise  de  Ricey  était  im- 
posée pour  les  décimes  à  4  livres  (2).  Le  pouillé  de  1648 
cote  le  revenu  à  815  livres.  Selon  Nicolas  de  la  Brosse^ 
en  1 654,  «  la  cure  était  de  1 500  livres,  et  le  clergé  consis- 
tait en  12  prêtres  establis  à  Tayde  du  curé  de  ces  trois 
bourgs  (3).  »  Le  revenu  porté  au  pouillé  de  1732  est  de 
1400  livres. 

On  trouve  aux  archives  de  la  Côte-d'Oi^  Tétat  des  dîmes 
perçues  par  l'abbaye  de  Moutier-Saint-Jean  sur  les  trois 
Riceys,  du  xvi*  au  xvui*  siècle  (4). 


CHAPITRE  IIL 


Prieuré  de  Notre-Dame-du-Fanx,  dans  111e 

de  Rioey-Bas. 

Soureet  dei  doeumeoU.  —  Lei  noms  da  Prieuré.  »  Son  empUeemcot.  — 
Sa  fondation.  —  Ses  propriétés. 

§  I.  ~  Source  des  documents. 

La  plupart  des  pièces  originales  concernant  le  prieuré  de 
Notre-Dame-du-Faux,  sont  aux  Archives  de  T  Yonne  ;  elles 

(1)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  Moutier-Saint^ean. 

(2)  Voir  notre  travail  :  Les  anciens  Pouillés  des  paroisses  tneor- 
porées  au  diocèse  de  Troyes  en  iSOij  p.  57. 

(3)  Description  de  la  terre  et  baronnie  de  Ricey ^  située  en  Bour^ 
gognCf  p.  83. 

(4)  Archiv.  Gdte-d'Or.  Origin.  Moutier-Saint-^eanj  lias.  325. 


LES   RICBTS.  i45 

forment  une  liasse  appartenant  au  fonds  de  Tabbaye  de 
Saint-Pierre-le-Vif.  On  trouve  dans  la  même  liasse  une  es- 
pèce de  cartulaire  du  prieuré  de  Rioey,  volume  in-folio, 
XV*  siècle,  papier,  1 5  feuillets  contenant  vingt-deux  actes 
de  il 73  à  1492.  Cette  liasse  a  été  anciennement  notée 
a  Notre-Dame-du-Faux  de  Ricey-Bas.  » 

S  II.  —  Les  noms  du  Prieuré. 

Dans  les  différents  documents  que  nous  allons  rapporter, 
notre  prieuré  est  appelé  :  Beata  Maria  de  Retiaco^  — 
Domus  B.  M.  deFisco,  —  Nostra  Domina  de  Fisco,  — 
Sancta  Maria  de  Fisco,  —  Cellula  de  Fosco,  —  Fas- 
chuniy  —  Prioratus  de  Fisco,  Faux,  — N.-D.  duFauch 
de  Bicej/y  N.-D.  du  Faulc;  dans  les  pouillés  du  xvi*  au 
xviii*  siècle  :  Prioratus  B.  M.  de  Insula  in  Riceyo^  ou  le 
prieuré  de  tlsle  en  Ricei^  ou  le  prieuré  de  Faux  lez  Ricei, 
ou  N.'D.  en  risle^  proche  les  Hérisser/.  Le  prieuré  de 
N.-D.-du-Faux  ayant  été  transféré,  vers  1635,  au  lieu  dit 
Saint-Antoine,  à  partir  de  cette  époque  on  lit  dans  plu- 
sieurs pièces  relatives  à  notre  prieuré  :  «  Le  prieuré  du 
Faux,  dit  Saint-Antoine  ;  »  et  encore  :  «  le  prieuré  de 
Saint-Antoine  ou  de  Notre-Dame-du-Faux.  » 

§  III.  —  Emplacement  du  Prieuré. 

L'emplacement  du  prieuré  de  Notre-Dame-du-Faux,  à 
Ricey-Bas,  est  nettement  désigné  dans  une  réponse  des 
religieux  de  Saint-Pierre-le-Vif  au  sieur  Le  Noble,  procu- 
reiu*  général  à  Metz,  en  1681  :  «  Il  n'y  a  point  de  diffé- 
rence entre  les  noms  de  Fisco,  Fosco,  Falcho^  de  Insula 
de  Riciaco;  c'est  le  même  prieuré  de  Ricey,  appelé  de 
Fisco ^  parce  qu'il  était  dans  le  fisc  et  parc  du  château,  et 
de  Insula^  parce  que  ledit  lieu  est  nommé  Tlsle  et  la  rue 
contiguë  audit  parc  est  encore  appelée  la  rue  de  Tlsle.  Il  n'y 

T.  IZlfl.  10 


146  LES   RICITS. 

a  que  ce  prieuré  dans  les  trois  Riceys,  qui  sont  contigus  et 
ont  chacun  une  église  ;  Téglise  matrice  est  à  Ricey-Bas,  et 
les  deux  autres  sont  succursales.  —  L'abbé  de  Moutier- 
Saint-Jean  a  la  disposition  de  la  cure  des  Riceys  et  d'une 
chapelle  qui  se  trouve  à  Ricey-Bas  (au  petit  Moutier-Saint- 
Jean).  —  Le  prieuré  de  Nolre-Dame-du-Faux  est  à  Ricey- 
Bas,  et  la  chapelle  dudit  prieuré  a  été  transférée,  il  y  a  40  ou 
50  ans,  par  M.  Vignier,  baron  des  Riceys,  du  parc  dudit 
château  au  lieu  dit  Saint-Antoine,  un  peu  au-delà  de  la  rue 
de  risle,  et  il  n'y  a  pas  plus  de  20  pas  de  distance  entre  la 
muraille  du  parc  qui  est  contiguë  à  la  rue,  et  la  cha- 
pelle (1).  »  Le  sieur  Le  Noble,  dans  son  rapport  sur  le 
prieuré  de  N.-D.-du-Faux,  en  1681,  dit  qu'il  fut  trans- 
féré c(  il  y  a  environ  40  ans,  »  qu'il  a  été  rebâti  aux  dépens 
des  habitants  de  Ricey,  et  qu'on  voyait  h  la  voûte  les  armes 
de  Tabbé  de  Moulier-Saint-Jean  (2).  C'est  après  la  transla- 
tion du  prieuré  que  Nicolas  de  la  Brosse  écrivait  :  «  Â  une 
portée  de  mousquet  du  château  de  Ricey-Bas  se  voit  le 
prieuré  du  Faux  dit  Notre-Dame^  bien  basti  et  fort  lo- 
geable, il  est  de  400  1.  de  revenu  et  n'est  qu'à  simple  ton- 
sure (3).  »  Actuellement  les  restes  du  prieuré  de  Faux,  lieu 
dit  Saint-Antoine,  à  Ricey-Bas,  proche  les  murs  du  château, 
à  Test,  appartiennent  à  M.  de  Taisne,  qui  a  établi  là  son  pi- 
queur  et  sa  meute. 

§  IV.  —  Fondation  du  Prieuré. 

Les  premières  origines  de  N.-D.-du-Faux,  à  Ricey-Bas,  se 
rattachent  à  la  donation  de  Léothérie  et  d'Ingora,  qui  doivent 
être  regardées  comme  les  fondatrices  de  ce  prieuré.  L'ab- 

(1)  Archiv.  Yonne.  N.-D.'^urFaux  de  Ricey-Bas. 

(2)  Archiv.  Gôte-d'Or.  Moutier-Saint-Jearij  lias.  193. 

(3)  Description  de  la  terre  et  baronnie  de  Ricey ^  située  en  Bour^ 
gogne^  p.  85. 


LES   RICETS.  147 

baye  de  Saînt-Pierre-le-Vif,  qui  devait  connaître  mieux  que 
personne,  non-seulement  le  lieu,  mais  l'origine  de  ses  prin- 
cipales propriétés,  a  toujours  cru  que  le  prieuré  de  N.-D.- 
du-Faux,  dans  Ftle  de  Ricey-Bas,  était  construit  sur  le 
fonds  donné  par  Léothérie  et  Ingora.  Dans  «  l'état  du  tem- 
porel du  prieuré  de  N.  D.-du-Faux,  à  Ricey-Bas,  présenté 
au  bureau  du  clei^é  du  diocèse  de  Langres  en  1751,  » 
nous  lisons  :  «  Ce  prieuré  a  été  fondé  au  vu*  siècle  par 
sainte  Léothérie,  sdeur  de  saint  Ebbon,  archéyéque  de 
Sens  (1).  »  Dom  Cotron,  religieux  de  Saint-Pierre  le-Vif, 
rapportant  la  donation  de  Léothérie,  dans  scn  Chronicon 
5anc/î\P^/y^'Virt;2  (2),  fait  cette  remarque  sur jRmacw^  :  Ubi 
erectus  fuit  prioratus  sub  titulo  B>  M.  deJReciaco^  alias  de 
Fisco.  Mais  le  nom  même  du  prieuré  de  Fisco  montre 
que  ses  origines  se  rattachent  à  la  donation  de  Léothérie  et 
d'Ingora.  En  effet,  les  chartes  des  deux  sœurs  déclarent  que 
tout  violateur  de  la  donation  susdite  est  passible  de  cette 
amende  :  Inférât  cum  socio  fisco  auri  libras  II  (3). 
C'est  de  là,  croyons-nous,  que  dérive  le  nom  du  prieuré 
Beata  Maria  de  Fisco,  Quant  à  l'époque  précise  de  l'éta- 
blissement du  prieuré  avec  les  exercices  de  la  vie  claustrale, 
selon  la  règle  de  saint  Benoit,  nous  ne  saurions  la  déter- 
miner. 

§  V.  —  Propriétés  du  Prieuré. 

La  première  dotation  du  prieuré  de  N.-D.--du-Faux, 
provenant  de  la  générosité  des  sœurs  de  saint  Ebbon,  formâ- 
t-elle un  revenu  considérable?  Nous  l'ignorons.  Â  la  vérité, 
rénumération  des  biens  donnés  est  pompeuse,  mais  elle 
reste  vague,  car  elle  ne  spécifie  que  la  nature  des  biens, 
sans  désignation  spéciale  qui  puisse  servir  de  base  à  une 

(1)  Arcbiv.  Yonne.  N.-D.-dU'Faux. 

00  Bibliot.  d'Auxerre,  n.  157. 

(3)  Sur  cette  ancienne  formule,  de.  Ducange,  Gloisar.  to  Fiêcus. 


14S  LES  BICBT8. 

évaluation  :  les  deux  chartes  désignent  en  général  des  mai* 
sonsy  terres,  prés,  vignes,  bois,  eaux,  moulins  {farinarta, 
nous  ferons  remarquer  en  passant  Torigine  ancienne  des 
moulins  de  Ricey),  cens  et  pécule  de  toute  sorte...  Nous  ne 
savons  pas  si  cette  première  dotation  de  notre  prieuré  prit 
de  grands  accroissements  avant  le  xii*  siècle  ;  pendant  de 
longues  années  les  documents  font  défaut. 

Nous  avons  remarqué  plus  haut  (p.  130)  qu'en  1065^  Ber- 
nard de  Montbar  et  Humberge  de  Ricey,  sa  femme,  avaient 
reçu  en  précaire,  moyennant  un  cens  annuel,  les  revenus  de 
Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif  dans  l'église  et  sur  le  village 
de  Ricey,  et  que  vers  1105,  Rainard  de  Montbar,  un  des 
enfants  de  Bernard,  avait  refusé  de  payer  le  cens  annuel 
qu'il  devait  à  Tabbaye. 

Les  biens  de  N.-D.-du-Faux  vont  s'accroître  dans  la  se- 
conde moitié  du  xii*  siècle.  Nous  retrouvons  en  faveur  de 
notre  prieuré  quelques  chartes  de  donations  que  nous  ana- 
lysons. 

1173.  Bar-sur-Seine.  Hugues,  comte  de  Bar-sur-Seine, 
donne  à  Saint-Pierre-le-Vif  de  Sens,  et  domui  Sancte 
Marie  de  Fosco^  du  consentement  de  Pétronille,  sa  femme, 
la  vigne  de  digno  cane  (dîne-chien)  au  finage  de  Ricey;  il 
retient  sur  cette  vigne  un  denier  de  cens  et  la  justice.  Parmi 
les  témoins  :  «Henricus  de  Puteolo,  llegnardus  de  Dampna- 
Petra,  tune  prepositus  Barri  super  Seqnanam,  Petrus  ca- 
pellanus  de  Baleno.  -»  Datum  per  manus  Guneberti  de 
Riccio,  »  Cunibert  de  Ricey  était  notaire  du  comte  de  Bar- 
sur-Seine  (1). 

1176.  Gauthier  de  Bourgogne,  évêque  de  Langres,  fait 
connaître  que  1*  quedam  cellula,  Sancti  Pétri  Vivi 
propria^  juxta  scilicet  Riceium  siia  et  Sancta  Maria  de 
Fisco  cognominata^  était  grevée  de  dettes  ;  —  2^  Eudes, 


(1)  Archiv.  Yonne.  Carlul,  N.-Drdu-FauXé  —  Bibliot.  nation., 
F,  Franc.  5995,  fol.  72  r». 


LES   RICETS.  149 

abbé  de  Saint-Pierre-le-Vîf,  accorde  ce  prieuré  avec  toutes 
ses  dépendances  en  vignes,  prés,  terres,  et  ce  qui  lui  appar- 
tient dans  les  revenus  de  Téglise  de  Ricey,  à  Hugues  de 
Bar,  clerc,  pour  sa  vie  durant  ;  après  sa  mort,  Tabbaye  de 
Saint-Pierre  rentrera  dans  ses  biens;  — 3*  Tabbaye  n'aban- 
donne pas  :  1  ^  cinq  sous  de  rentes  payés  par  Tabbaye  de 
Molême  ;  2*  cinq  sous  perçus  à  Bar-sur-Seine.  —  Parmi 
les  témoins  :  «  Manasses  de  Pugeio,  Petrus  decanus  de 
Biirro,  Hugo  decanus  de  Calma  (1).  »  On  voit  que  les  af- 
faires temporelles  du  prieuré  étaient  en  mauvais  état. 

Avant  1196,  André  de  Montbar  avait  donné  à  Tabbaye 
de  Saint-Pierre-le-Vif  sept  sous  de  cens  à  Ricey,  comme 
nous  Tavons  vu  plus  baut  (p.  140). 

1208.  Milon,  comte  de  Bar-sur-5eine,  déclare  :  T  qu'An- 
dré, seigneur  de  Montbar,  lui  a  fait  bommage  du  Casamen* 
ivm  qu'il  tenait  à  Ricey,  de  Hélie,  abbé  de  Saint-Pierre-le- 
Vif  ;  V  qu'il  prend  sous  sa  protection  [sine  aligna  exactioné) 
tous  les  biens  que  possède  et  possédera  Domina  de 
Fisco  (2).  André  de  Montbar  est  fils  de  Bernard,  petit-fils 
de  Rainard  et  arrière-petit-fiis  de  Bernard,  comte  de  Mont- 
bar (3),  qui  a  tenu  dès  l'an  1065  le  Casamentum  dont  il 
s'agit,  comme  nous  l'avons  dit  plus  baut.  Ce  casement^  tenu 
à  hommage,  ne  diffère  pas  du  fief  (4). 

1216.  Juillet.  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  fait  con- 
naître l'accord  arrêté  entre  Durand,  prieur  Sancte  Mane 
de  Fosco^  et  Itier,  chevalier  de  la  Brosse,  au  sujet  de  la 
quatrième  part  de  la  dime  de  Ricey  et  la  moitié  du  charroi 
[dequartapart*idecimedeRiceioetdemedietatetractnsilltus 
décime).  Itier  de  la  Brosse,  du  consentement  et  avec  la  ra- 


(1)  Archiv.  Yonne.  Origin.  N.'D.^u-Faux.  —  Cartul.  W.-D.- 
du-Faux. 

(2)  Cartul.  N.-D.-du-Faux, 

(3)  Genu9  UlusLj  p.  641-642. 

(4)  Brussel,  t.  II,  p.  832. 


150  tBS   RICETS. 

tiBcaiion  d*Agaè$,  sa  femme,  et  d'André,  son  fils,  aban- 
donne ses  droits^  retenta  /idelitate,  au  i^vieuré  Béate  Marie 
de  Fosco  et  monachis  ibidem  servientibus.  Robert  de  Berti- 
gnoUes  donne  aussi  Talleu  qu'il  avail  à  Ricey.  Anséric 
donne  un  moulin,  un  pré,  et  le  droit  d* usage  dans  ses  boi^ 
à  Ricey  (1). 

1244.  Avril.  Hugues,  archidiacre  du  Laçois,  constate 
que  Thomassin  de  Ricey,  Ayeline,  sa  femme,  Silvestre  et 
Jean,  leurs  enfants,  et  Agnès,  veuve  de  Colin  de  Ricey,  ont 
vendu  à  Adam,  prieur  de  Fascho^  une  pièce  de  terre  sise 
entre  le  Faux  et  le  moulin  du  Chêne  {inter  Faschum  et  mo- 
lendinum  dou  Chasne)  (2). 

Au  commencement  du  xiv^  siècle,  nous  trouvons  un  état 
des  recettes  et  des  dépenses  du  prieuré  ;  les  recettes  montent 
à  122  livres  tournois,  dont  100  sous  tournois  sont  perçus 
par  le  prieur  pour  sa  part,  sur  Valielaghim  ou  revenus  de 
l'autel  paroissial  de  Ricey,  le  reste  des  revenus  appartentût 
à  Tabbaye  de  Moutier-Saint-Jean,  qui  avait  le  patronage  de 
la  paroisse,  et  au  curé.  Les  dépenses  du  prieuré,  qui  sont 
plus  détaillées  que  les  recettes,  montent  à  64  1.  6  s.  (3). 

En  1435,  les  revenus  de  notre  prieuré  sont  indiqués  par 
le  Fouillé  de  Langres,  qui  règle  la  quotité  des  décimes 


(1)  Cartul  N.'D.'dU'Faux.  —  BibUot.  nation.,  F.  Franc.  5095, 
fol.  I  >7  v.  (Dans  ce  manuscrit,  la  charte  est  datée  par  erreur  de 
l'an  Mocc«xoino.) 

(2)  Afchiv.  Youne.  Origin.  N.'D.-du-Faux.  —  Cariai,  N.-D,- 
dU'Faux. 

(3)  Arch.  Yonne.  Origin,  N.-D.'du-Faux  : 

«  Uii  sunt  redditus  et  proventus  prioratus  de  Riciaco  spectanti  ad 
monasteriutn  S.  Pi^tri  Vivi  Senonensis.  Primo  tam  pro  altelagio 
parrochie  dicti  loci  in  quo  Prior  pro  parte  sua  percipit  centum  soli- 
dos  Turon.  quam  ratione  reddituum  terrarum  dicti  prioratus,  deci- 
roarum  coustumarum,  moliture,  vinearum,  pratorum  et  rerum 
omnium  aliarEm.  —  Summarum  cxxn  1.  tur. 

>  Hec  sunt  misaie  dicti  Prioratus.  —  Primo  pro  expensis  bladi  dicti 
Prions  et  ejus  familie  vi  sextaria  frumenti,  vi  ordei  et  m  cum  i  mina 
bladi,  tertia  parte  frumenti  et  duabus  partibus  ordei  et  4  solid.  pro 


LES   RICSTS.  151 

à  payer  :  «  Prior  de  Fisco,  Fmx  :  abbas  Sancti  Pétri  Vivi 
Senonum.  —  xxx  1.  52  g.  (1).  » 

Vers  le  milieu  du  xv*  siècle ,  a  extraict  faict  de  la  fon- 
dation de  la  chapelle  N.-D.  du  Fauic^  membre  dépendant 
de  Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif-Iez-Sens,  icelle  cha- 
pelle fondée  en  la  paroisse  de  Ricey.  —  Et  premièrement 
la  chapelle  ensemble  Tostel  ainsi  qu'il  se  comporte  tout  en 
carrure  et  tout  cloz  de  fossez  ainsi  que  les  diz  fossez  se 
comportent  est  tout  en  cymelière  et  franchise.  —  Item 
toutes  les  oblacions  que  on  faict  en  ladite  chapelle^  tant  en 
argent,  chandelles,  pain^  ^in,  ou  autres  laiz  sont  neuement 
à  ladite  chapelle  et  n'y  peut  rien  le  curé  de  Moustier-Saint- 
Jehan.  —  Item  doit  prandre  ladite  chapelle  du  Foule  en 
l'église  Saint-Pierre  de  Ricey,  à  Saint-Vincent  et  en  toutes 
les  chapelles  de  ladite  paroisse  le  quart  des  oblacions  tant 
en  argent,  pain,  vin,  chandelles,  excepté  les  gissans  (obla- 
tions  des  relevailles)  que  le  curé  praut  et  les  chanderes 
paintes  et  pareillement  l'oblacion  de  Tespous  et  espousée  et 
le  denier  et  chandelle  du  pain  bénit  qui  est  au  curé...  » 
—  Suit  la  désignation  du  territoire  sur  lequel  le  prieur  lève 
les  d'mes  de  différentes  natures.  On  trouve  aussi  cette  dési- 
gnation :  ((  Item  devant  ladite  chapelle  environ  trois  quar- 
tiers de  pré  tous  fossoiez  et  tous  liges.  Item  alentour  de  la- 


mercede  dicte  familie.  —  Item  pro  equo  Prions  dicti  loci  xn  sext. 
avene.  —  Item  pro  hospitibus  ad  domum  dicti  Prions  proYeuienti- 
bus  G  sol.  —  Item  pro  pitancia  Prions  dicti  loci,  socii  sui,  et  ejus  fa- 
milie XII 1.  —  Item  pro  vino  viu  caudas.  —  Item  pro  lignis  un  1.  — 
Item  prodedma  Episcopi  G.  s.  —  Item  pro  denima  Archiepiscopi  4  s. 
—Item  pro  décima  Archidiaconi  xxx  s.  —  Item  pro  Decano  xv  s.  — 
Iteç)  pro  décima  Régis  lx  s.  —  Item  pro  reparatione  domorum  dicti 
Prions  XL  s.  —  Item  pro  ferraria  equorum  dicti  Prions  et  quadriga- 
min  XL  s.  —  Item  pro  calceamentis  Prions ,  socii  sui  et  ejus  fami- 
lie LX  s.  —  Summa  omnium  missiarum  Lxnii,  1.  vi  s.  et  demi.  > 

(i)  Bibliot.  nation.,  lat.  10031.  —Voir  notre  travail  :  Les  anciens 
PoulUés  des  paroisses  insorporées  au  diocèse  de  Troyes  en  i80i^ 
p.  51 ,  n.  76. 


152  LES   RICETS. 

dite  chapelle  environ  trois  arpents  et  demi  de  prey...  (1). 

Dans  la  seconde  moitié  du  xv*  siècle,  beaucoup  d'anni- 
versaires sont  fondés  dans  la  chapelle  de  N.-D.-du-Faux  (2), 
sous  Tadministration  des  prieurs  Nicole  Charles,  et  Mathieu 
Guiard. 

Du  temps  de  Nicole  Charles,  le  23  décembre  1464,  <i  de- 
vant le  portai  de  la  chapelle  de  N.-D.  du  Faulch  Felisot 
Palry  demeurant  à  Ricey  »  se  présente  au  prieur,  et  fait 
amende  honorable,  un  cierge  à  la  main,  et  devant  notaires, 
pour  s'être  battu  dans  une  grange  voisine  «  jusques  à 
abattre  Tun  Tautre  (3).  »  Nicole  Charles  était  encore  prieur 
le  2  décembre  1465.  Rappelons  ici  le  souvenir  de  Mathieu 
Guiard^  né  à  Âuxon  (Aube)  :  en  1482,  le  2  juin,  Mathieu 
Guiard,  reUgieux,  prieur  du  Faulch^  signe  un  accord  au 
sujet  d*un  terrain  sis  à  Ricey,  rue  du  Faulch^  aboutissant 
au  chemin  du  Faulch  (4).  Le  même  Mathieu  Guiard,  qui 
était  déjà  prieur  en  1480,  et  qu'on  retrouve  encore  le 
18  jnnvier  1492  (v.  st.),  reçoit  plusieurs  fondations  faites 
le  13  septembre  1481  prioratui  Nostre  Domine  de 
Fauco^  et  le  9  juin  1482,  une  autre  <x  au  prioré  de 
N.-D.-du-Fauc.  )>  Le  29  octobre  1 488,  sentence  en  faveur 
de  Mathieu  Guiard  a  prebtre  prieur  du  prioré  du  Faidch, 
membre  dépendant  de  labbaye  de  Saint-Père-le-Vif-lez- 
Sens  contre  Arthur  de  Vauldrey,  seigneur  de  Sainct  Falc,  à 
cause  de  M""*  Claude  de  Moutot,  sa  femme,  touchant  sept 
journaux  de  lerre  lieu  dit  Pré-Malin  à  Ricey  (5),  »  On 
voyait  encore  au  siècle  dernier,  dans  l'église  de  Saint- 
Pierre-le-Vif,  un  aigle  de  cuivre  servant  de  pupitre,  avec 
cette  inscription  «   Frère   Mathieu  Guiard,  prestre  natif 


(1)  CartuX.  N.'D.'dU'Faux . 

(2)  Ibid. 

(3)  Cartul.  N.-D.^du-Faux. 

(4)  Archiv.  Yonne.  Origin,  N^^D.'du'Faux. 

(5)  Cartul.  N.-D.-du-Faux, 


LES   BICBTS.  153 

d'Anxon,  religieux  de  cette  abbaye,  prieur  de  Ricey,  a 
donné  cet  aigle  (1).  » 

Au  xYi*  siècle,  le  prieuré  du  Faux  tomba  en  commende 
et  les  bulles  de  provisions  étaient  accc^rdées  en  cour  de 
Rome.  Nous  trouvons  dans  les  Délibérations  An  Chapitre  de 
la  cathédrale  de  Troyes  qu'en  1563  Sébastien  Canuy,  prieur 
B.  M.  V.  de  Falco  vulgo  de  Faux,  in  parroc/ua  de 
Riceyo  Ordinis  S.  Benedicti  Lingonensis  Diocesis,  a  m(h 
nasterioB.  Petri-Viviprope  Senonas^  dependens^  permute 
avec  François  Coiffart,  chanoine  de  la  cathédrale  de 
Troyes  (2). 

A  paiiir  de  cette  même  époque,  les  revenus  de  N.-D.-du- 
Faux  allèrent  en  diminuant.  lis  s'élevaient,  en  1654,  d'après 
Nicolas  de  la  Brosse,  à  400  1.  ;  le  pouillé  de  Langres 
de  1732  les  porte  à  500  I.  —  Le  2  niai  1 746,  ces  revenus 
sont  affermés  aux  sieurs  Claude  Petit  et  Etienne  Colleau, 
moyennant  300  1.  et  un  muid  de  vin  évalué  30  1.  «  tout  le 
revenu  de  N.-D.-du-Faux  à  Ricey-Bas  consistant  en  un  bâ- 
timent composé  de  deux  chambres  basses,  deux  chambres 
hautes,  et  grenier  dessus,  grange,  étable,  cour  devant,  où 
est  la  chapelle  dudit  prieuré,  accint  derrière,  le  tout  fermé 
de  murailles  (c'est  la  maison  dite  Saint-Antoine  apparte- 
nant à  M.  de  Taisne)...  item  les  dîmes  de  grain,  chanvre, 
navette...  —  item  les  dîmes  de  vin  —  item  27  faites  de 
vigne  en  2  pièces  lieu  dit  les  Prieuses  —  43  faites  et  demi 
—  55  cordes  de  pré  en  7  pièces  —  26  faites  de  terres  la- 
bourables en  3  pièces  (3).  » 

Le  19  février  1751,  le  prieur  de  N.-D.-du-Faux  re- 
mettait ce  bail  au  bureau  du  clergé,  alléguant  en  dépenses 
30  L  de  réparations  annuelles.  11  fut  taxé  à  153  1.  4  s.  ^  il 


(1)  Archiv.  Tonne.  Bèponsê  aux  raisons  du  procureur  Le  Noble, 
F.  N.'D.'du-Faux. 

(2)  Archiv.  Aube.  G.  1385,  fol.  210  vo. 

(3)  Archiv.  Yonne.  N.-D.-du-Fatio?. 


i54  LES   RICET8. 

lui  restait  donc  en  revenu  net  146  1.  16  sous  (1).  Ce  revenu 
alla  encore  en  diminuant,  parce  que  les  constructions  du 
prieuré  étaient  en  fort  mauvais  état. 

Le  25  juillet  1770,  le  célérier  de  Saint-Pierre-le-Vîf 
approuva  un  devis  des  réparations  importantes  à  faire  à  la 
chapelle,  à  la  maison,  à  la  grange  et  aux  murs  de  clôture 
du  prieuré  «  N.-D.-du-Faux,  ou  de  Saint-Antoine  (2).  » 

Lorsque  la  Révolution  éclata,  les  propriétés  dé  N.-D.- 
du-Faux  comprenaient  «  une  maison  et  ses  dépendances  à 
Ricey-Bas,  lieu  dit  Saint-Antoine-du-Faux  ;  26  fettes 
de  vignes  ;  29  fettes  de  terre  ;  3  fettes  de  prés  contre  la 
fontaine  de  Saint-Antoine  ;  et  6  autres  fettes  lieu  dît  le 
Pré  du  Tendon.  »  Le  tout  fut  adjugé  le  26  février  1791  à 
Nicolas  Houet  de  Ricey-Bas  au  prix  de  44,060  s.  (3). 


CHAPITRE  IV. 


Le  fief  de  rile  Saint-Louis  &  Ricey-Haut. 

L'île  de  Saint-Louis  est  située  entre  Ricey-Haute-Rive  et 
Ricey-Haut,  à  l'entrée  de  ce  dernier  village,  sur  la 
Laignes. 

L'île  Saint-Louis  appartint  à  l'abbaye  de  Molême  dès 
l'an  1245.  Une  maison  avec  chapelle,  des  celliers  et  autres 
dépendances  furent  construits  dans  cette  île  et  portèrent  le 
nom  de  Petit-Molesmc  de  Rkey^  ou  Petit-Couvent  de 
Bicey.  L'île  de  Ricey-Haut,  dite  Ïlle-Saint-Louis^  vers 
la  On  du  xui*  siècle,  était,  dès  le  milieu  du  même  siècle,  le 

(i)  Archiv.  Yonne.  N.-B.-du^Faux. 

(2)  Ibid. 

(3)  Archiv.  Aube.  Vente  des  biens  nation,^  n«  18, 63,  278. 


LES   BICET8.  155 

siège  d^une  seigneurie,  appelée  le  Fief  de  file-Saint^ 
Loms  ;  tous  les  biens  de  l'abbaye  de  Molême  sur  le  terri- 
toire de  Ricey,  furent  rattachés  à  cette  seigneurie.  Une 
assez  belle  maison  bourgeoise  remplace,  depuis  ringt- 
cinq  ans  environ,  les  anciennes  conslructions  monastiques, 
dont  il  ne  reste  guère  que  les  caves  et  un  corps  de  bâtiment. 
Au-dessus  de  la  porte  de  ce  bâtiment  destiné  à  la  justice,  on 
lit  encore  :  Forum  1752. 

On  trouve  aux  Archives  de  la  Côte-d'Or,  le  cartulaire  du 
fief  de  flle-Sawt-Louis^  1  volume  in-4%  16  feuillets, 
XV*  siècle,  contenant  24  actes  de  1 184  à  1246  (<)•  U  com- 
mence ainsi  :  «  S'ensuivent  d'aucunes  charlres  dos  terres  et 
seignorie  que  les  religieux,  abbé  et  couvent  de  Molesmes 
ont  au  lieu  de  Ricey,  et  c^est  à  savoir  :  Lannes,  la  Couche, 
l'Ile  Entre-Deux-Eaux,  le  Mesgnil  et  les  appartenanz,  es  quelz 
lieux,  ils  ont  toute  haute  justice,  moyenne  et  basse,  é»  Ce 
cartulaire  renferme  les  principaux  titres  concernant  le  fiel  de 
Saint-Louis,  on  les  retrouve  aussi,  dans  les  mêmes  Archi- 
ves^ soit  en  originaux,  soit  dans  les  cartulaires  de  Molème. 

Le  fief  de  l'Ile  Saint-Louis  fut  complètement  formé 
en  1245  et  il  comprenait  tous  les  biens  que  l'abbaye  de 
Molème  possédait  à  Ricey,  notamment  à  Lannes,  à  la 
Couche,  au  Magny,  et  les  vignes  du  Tronchois.  Le  rédacteur 
du  cartulaire  ajoute  cette  note  sur  le  fief  de  la  Couche, 
{Coliingia)  :  «  La  Couche,  autrefois  hameau  séparé  de 
iUcey.  »  Ne  serait-ce  pas  le  hameau  de  la  Couche  dont  les 
substructions  furent  découvertes  en  1854  par  M.  M.  Royer, 
dans  la  contrée  de  Paulin  (2)  7 

Fès  les  premières  années  de  sa  fondation,  Tabbaye  de 
Molème  ])osséda  ces  biens,  au  moins  en  partie.  Nous  allons 
donner  Tanalyse  exacte  des  chartes  concernant  le  domaine 
de  Saint-Louis  à  Ricey  : 


(\)  Cartulaire$i  n»  149. 

(2)  Mém.  de  la  Société  Aeadém.  de  l'Aube,  1854. 


156  LES   RICETS. 

HOl.  Guillaume  II,  comte  de  NeTcrs  et  de  Tonnerre, 
fait  remise  aux  religieux  de  Moléme^  d'une  coutume  dite 
vulgairement  Herban  qu'ils  lui  payaient  sur  les  vignes  du 
Tronchois  [de  Truncheio)  à  Ricey.  Celte  faveur  sera  étendue 
aux  vignes  que  les  religieux  pourront  acquérir  dans  la 
suite  ;  de  plus,  ils  pourront  faire  garder  ces  mêmes  vignes 
par  qui  et  quand  il  leur  plaira.  EnGn  le  comte  donne  à 
Tabbaye  droit  d*usage  dans  ses  pâturages  de  Channay  [de 
Caunaio)  et  de  Laignes  [de  Lannia)  (1). 

En  1108,  le  comte  Guillaume  étant  à  Molème  avec 
Hugues  II  le  Pacifique,  duc  de  Bourgogne,  confirma  cette 
donation  (2). 

1 1 59.  Guillaume  III,  comte  de  Nevers,  donne  à  l'abbaye 
de  Molême  tout  ce  qu'il  possédait  dans  les  vignes  du  Tron- 
chois [de  Truncheto).  Il  promet  de  faire  ratifier  cette  dona- 
tion par  Renaud-Bernard,  comte  de  Tonnerre,  s'il  revenait 
de  la  Terre  sainte.  Ida,  sa  femme,  et  Guillaume,  son  fils, 
donnent  leur  consentement  (3). 

1184.  Gauthier  et  Thibaut,  chapelains  de  Balneolis 
(Bagneux),  renoncent  au  droit  de  dime  qu'ils  prétendaient 
sur  les  vignes  du  Tronchois.  Cette  charte  est  sous  le  sceau 
de  Manassès,  de  Bar-sur-Seine,  évéque  de  Langres;  parmi 
les  témoins  figure  Maubert,  doyen  de  Vendeuvre  (4). 

1218,  le  il  octobre.  Apud  Noerium  (Noë-les-Mal- 
lets.  Aube).  Erard  de  Brienne,  et  Philippine,  sa  femme, 
accordent  à  l'abbaye  de  Moième  la  liberté  de  vendanger  leurs 
propres  vignes  du  Tronchois  quand  il  leur  plaira  (5). 

(1)  Archiv.  Côte-d'Or.  2*  CartuL  Molême^  fol.  10  vo. 

(2)  Cartulaire  général  de  VYonne^  t.  I,  p.  217. 

(3)  1er  CartuL  Molème^  fol.  9  ro.  «  Quod  si  Dominas  Rainaldus, 
olim  cornes  Tomodori...  sJi>  Jérusalem  revertetur,  spopondi  quod  ab 
ipso  laudaretur.  » 

(4)  Archiv.  Côle-d*Or.  Origin.  Molème.  —  CarluL  S.  LouiSy  p.  1. 
^  2*  Cartul.  Molème^  fol.  6  v». 

(5)  CarluL  5.  Louis,  p.  2. 


LES   RICETS.  157 

1219  (y.  st.).  Février,  à  Bar-sur-Seine.  Milon,  comte  de 
Bar-sur-Seine,  fait  connaître  l'accdrd  consenti  entre  Hier  de 
la  Brosse  et  Tabbaye  de  Molême  au  sujet  de  la  justice  des 
terres,  prés  et  vignes  entre  le  finage  de  Ricey  et  Molême  ; 
et  au  sujet  des  cens  que  Tabbaye  percevait  dans  le  fief 
d'André  de  Lannes.  Iticr  abandonne  toutes  ses  prétentions 
sur  le  susdit  finage,  il  ne  retient  que  le  fief  de  Robert  de 
Ricey,  dont  il  abandonne  la  justice  à  Tabbaye.  Agnès,  fenune 
d'Itier,  et  ses  deux  fils,  André  et  Barthélemi,  ratifient  cet 
accord  (1). 

1225  (v.  st.).  Le  lendemain  de  Saint-Mathias^  25  fé- 
vrier, à  La  Ferté-sur-Aube.  Hugues  de  Montréal,  évêque 
de  Langres,  commande  au  chapelain  de  Molême  et  à  tous 
les  chapelains  de  Tarchidiaconé  de  Tonnerre  d'excommu- 
nier tous  les  dimanches,  les  hommes  de  Fabbaye  de  Molême 
qui  se  transporteront  sur  les  terres  d'Erard  de  Brienne,  pour 
y  acquérir  domicile,  contrairement  aux  conventions  signées 
par  Erard  (2). 

1226.  Juin.  André,  chevalier  de  la  Brosse,  dominnsde 
Villeri  in  Bosco  (Villiers-le-Bois,  Aube),  consent  à  un  ac- 
cord avec  Tabbaye  de  Molême,  au  sujet  de  Teschoite  ou  de 
la  main  morte  des  hommes  de  Ricey  (3). 

1227.  Décembre.  Erard  de  Brienne,  seignenr  deRame- 
rupt,  donne  à  Tabbaye  de  Molême  :  1*"  droit  de  travers  ou 
de  parcom*s  d'hommes  à  Lannes  [Lundis)  pour  tous  les 
hommes  et  les  femmes  du  village  de  Molême  ;  V  le  fief  de 
la  Couche  [de  Colungia)^  dont  il  se  réserve  seulement  la 
justice  (4). 

1227.  Décembre.  Erard  de  Brienne,  donne  une  charte 


(i)  CarUd.  S,  LouiSj  p.  2...  —  2«  Cartul.  Molême^  fol.  7  v». 

(2)  CartuL  S.  Louis,  p.  3. 

(3)  Ihid,,  p.  4. 

(4)  Ibid,,  p.  5. 


158  LES    RICE^'S. 

générale  de  toutes  les  donations  qu'il  a  faites  à  l'abbaye  de 
Molême  depuis  1218  (1): 

1227.  Décembre.  Philippine,  femme  d'Erard  de 
Brienne,  confirme  à  l'abbaye  de  Molême  les  donations  : 
l""  du  droit  de  travers  ou  de  parcours  d'hommes  à  Lannes  ; 
2'' du  fief  de  la  Couche  (2). 

1229.  Erard  de  Brienne^  abandonne  à  l'abbaye  de  Mo- 
lême, sans  réserve,  la  justice  avec  le  fief  de  la  Couche  (3). 

1229.  Mai.  Erard  de  Brienne.  rappelle  les  chartes  qu'il 
a  données  depuis  cinq  ans  à  l'abbaye  de  Molême,  et  de- 
mande à  Hugues  de  Montréal,  évéque  de  Langres,  de  les 
confirmer  et  d'y  apposer  son  sceau  (4). 

1229.  Hugues  de  Montréal,  notifie  et  confirme  toutes 
les  donations  fuites  par  Erard  de  Brienne,  à  l'abbaye  de 
Molême  depuis  cinq  ans  (5). 

1230.  Avril  (Pâques,  le  7).  Nouvelle  confirroatioo  par 
Hugues  de  Montréal  (6). 

1232.  Avril  (Pâques,  le  11).  Charte  de  Thibaut,  comte 
de  Champagne,  notifiant  qu'Itier  de  la  Brosse^  entre  autres 
donations,  a  accordé  aux  religieui  de  Molême.  pour  leurs 
bestiaux,  droit  de  pâture  sur  tout  le  finage  de  Ricey.  Le 
comte  ayant  changé  de  sceau,  fit  apposer  à  cette  charte, 
en  1233,  son  nouveau  sceau  (7). 

1234  (v.  st.).  Mars.  F.,  doyen  de  Molême,  notifie 
qu'Olivier  de  Ricey,  chevalier,  a  donné  à  l'abbaye  de  Mo- 
lême quatre  jugera  de  terre  dans  la  vallée  de  Vilievrm/n. 


(i)  CariuL  S.  Louis j  p.  5. 
(2)  Ibid,,  p.  7. 
(?)  Ibid.,  p.  8. 

(4)  Ibid.,  p.  7. 

(5)  Ihid.,  p.  9. 

(6)  Ibid.j  p.  9. 

(7)  jrfeirf./p.  14.  —  2e  Cartul.  Molême^  fol.  31  r». 


LES   RICETS.  159 

Milon  et  Guillaume^  les  enfants  d*01iyier,  approuTcnt  cette 
donation  (1). 

1234  (v.  st.).  Mars/  Robert  de  Torote,  évoque  de 
Langres,  notifie  que  Milon  et  GuiUaume,  enfants  d'Olivier, 
chevalier  de  Ricey,  ont  reconnu  que  leur  père  avait  donné 
à  l'abbaye  de  Moléme,  avec  leur  consentement,  trois  setiers 
de  grain,  moitié  orge,  moitié  froment,  à  la  mesure  de  Bar- 
sur-Seine;  deux  setiers  à  percevoir  sur  les  coutumes  de 
Lannes  et  un  setier  sur  les  tierces  de  Ricey  (2). 

1234  (v.  st.).  Mars.  Robert,  évéquedeLangres,  notifie  que 
Guillaume  de  Ricey,  écuyer,  et  Marguerite,  sa  femme,  dé- 
clarent qu'ils  ne  pourront  retenir  à  Ricey  aucun  des  hommes 
appartenant  à  l'abbaye  de  Molème  (3). 

1244  (v.  st.).  Janvier.  Erard  de  Brienne,  seigneur  de 
Ramerupt,  et  Philippine,  sa  femme,  en  récompense  ded 
torts  qu'ils  ont  fait  à  l'abbaye  de  MoIéme,  lui  abandonnent 
entr'autres  biens  :  T  Tout  ce  qu'ils  possèdent  dans  leur 
village  de  Lamiis  (Lannes)  et  à  ManilHum  jnxta  Lannas 
(le  Magny),  et  sur  les  finages  de  ces  villages  ;  2""  tous  leurs 
revenus  sur  la  paroisse  de  Ricey  en  hommes,  femmes, 
dîmes,  parcours 9  terrages,  et  tous  leurs  droits  sur  les 
bois,  prés,  pâturages  et  eaux  des  finages  qui  s'étendent  entre 
Ricey  et  Molême,  d'une  part,  et  Bagneux  et  Mussy  de 
l'autre  ;  3"*  les  fiefs  et  hommages  qui  leur  appartenaient 
sur  les  territoires  désignés  plus  haut,  et  spécialement  l'hom- 
mage des  chevaliers  André  de  la  Brosse,  et  Thomas  de 
Ricey,  et  des  écuyers  Guillaume  et  Guillaume  ainsi  que  de 
leurs  successeurs  ;  4**  leurs  vignes  de  Truncheto  (le  Tron- 
cbois);  5*"  Robelin,  bailli  d'Ërard,  abandonne  à  Molême 
tout  ce  qu'il  possédait  in  campo  terre  arabilis  juxta 


(1)  C7ar^^/.  5.  jLouw,  p.  11.  —  2*  Cartel.  Molême,  fol.  52  Y». 

(2)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  Molême.  —  Cartul.  S.  Louis,  p.  12. 
—  2«  Cartul.  Molême,  loi.  8  x*. 

(3)  Cartid.  S.  Louis,  p.  12.  —  2^  Cartul.  Molême,  fol.  8  r*. 


160  LES   R1CET8. 

Lannas  qui  campus  Insula  appellatur  c'est  précisément 
rtle  appelée  plus  tard  Saint-Louis  et  qui  devint  le  siège  de 
la  seigneurie  dont  nous  nous  occupons  (1). 

1244  (v.  st.).  23  janvier.  Erard  de  Brienne  promet  à 
l'abbaye  de  Molême  une  garantie  pour  la  donation  précé- 
dente (2). 

1244  (v.  st.).  Mars.  Henri  de  Brienne,  chevalier,  fils 
d'Erard  et  de  Philippine,  ratifie  la  même  donation  dé^- 
gnant  en  particulier  le  village  de  Lannes,  le  village  du 
Magny  et  le  Tronchois  (3). 

1244  (v.  st.).  Mars.  Erard  de  Brienne  et  Henri,  son  fils, 
se  constituent  solidairement  cautions  pour  l'abbaye  de  Mo- 
lême envers  Bernard  de  Montcuq  qui  doit  verser  pour  Tab- 
baye,  avant  les  Rameaux,  à  Erard  de  Brienne  1 ,10(1  livres, 
prix  de  la  cession  des  biens  ci-dessus  désignés  (4). 

1244  (v.  st.).  Erard  de  Brienne  donne  à  Tabbaye  de 
Molême  quittance  de  1 ,100  livres  de  Provins  qu'il  a  reçues 
par  les  mains  de  Bernard  de  Montcuq,  pour  la  vente  de 
Lannes  et  de  ses  appartenances  (5). 

1245.  Août.  Mathilde,  comtesse  de  Nevers,  notifie  et  ra- 
tifie la  vejite  de  Lannes  et  de  ses  appartenances  faites  à 
Fabbaye  de  Molême  par  Erard  de  Brienne,  seigneur  de  Ba- 
merupt,  et  Philippine,  sa  femme  (6). 

1247.  Hilduin,  curé  de  Balneolis  (Bagneux),  donne  à 
l'abbaye  de  Molême,  pour  la  pitancerie,  une  vigne  à  Ricey 
au  Tronchois  [in  alto  Trunchetï).  Hilduin  appose  son  sceau 
à  cette  charte  après  Félix,  doyen  de  Saint-Yinnemer  (7). 


(1)  Cartul.  S.  Louis,  p.  44.  —  2e  CarttU.  Molême,  fol.  14  vo. 

(2)  Cartul.  S.  Louis,  p.  14. 

(3)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  Molême.  —  Cartul.  S.  Louis,  p.  15. 
—  2<»  Cartul  Molême,  fol.  15  vo. 

(4)  Cartul.  S.  Louis,  p.  16. 

(5)  2«  Cartul.  Molême,  fol.  45  r». 

(6)  Cartul.  S.  Louis,  p.  47.  —  2»  Cartul.  Molême,  fol.  15  r>. 
(!)  ^  Cartul.  Molême,  fol.  49  n». 


LES   RICBTS.  161 

1252.  A  Bar-sur-Seine,  Milon  de  Ricey,  clerc,  donne  à 
l'abbaye  de  Molême,  pour  le  repos  de  1  âme  de  sa  sœur 
Mathilde,  un  setier  de  grain,  moitié  froment,  moitié  seigle 
à  prendrç  tous  les  ans  sur  les  tierces  de  Ricey  (1  ). 

1268.  Le  lundi  avant  la  Pentecôte,  Girard,  ciiré  de  Ba- 
gneux,  renonce  en  faveur  de  Tabbaye  de  Molème  aux  pré- 
tentions qu'il  élevait  :  1**  sur  la  quatrième  partie  de  la 
dime  des  grains  et  sur  deux  parties  de  la  dime  des  laines 
^  à  Bagneux  ;  V  sur  les  vignes  de  Ricey  m  costa  Troncheti 
(à  la  côte  du  Tronchois);  in  vaîle  petrosa  (en  Valpreuse); 
m  averso  Troncheti  (à  Tanvers  du  Tronchois)  (2). 

1282.  «  Le  mercredi,  devant  sainct  Lorant.  Lambert, 
arcediacres  de  Laçois  et  Guiz,  doiens  de  Chatoillon...  Le 
moulin  de  Lannes  donné  ez  bail  à  Lambert,  dit  Hodin,  de 
Ricey,  et  à  Marguerite,  sa  femme,  par  Tabbaye  de  Mo- 
lème (3).  » 

1286.  Novembre.  Lambert  Bodin  (a/ Hodin]  et  Margue- 
rite, sa  femme,  donnent  à  l'abbaye  de  Molême  trois  mai- 
sons et  granges,  sept  pièces  de  vignes  et  de  terres  à 
Ricey  (4). 

i286.  Le  samedi  après  la  Toussaint.  Dreux,  abbé  de  Mo- 
lème, accepte  la  donation  précédente  (5). 

1294  (v.  st.).  Janvier.  Phiiippe-le-Bel  accorde  des 
lettres  d'amortissement  :  1**  pour  deux  setiers  de  froment 
donnés  à  l'abbaye  de  Molême  par  Marguerite,  veuve  de 
Guillaume  de  Ricey,  chevalier,  sur  le  moulin  Craboce  et 
sur  le  moulin  de  Ruâ  dans  le  fief  de  Guiot  de  Ricey;  2""  pour 
un  setier  de  froment  donné  par  Thomassin,  fils  de 
Marguerite  ;  3^  enfin  pour  un  setier  de  froment  et  un  setier 


(i)  Cartul.  S.  Louis  p.  20. 

(2)  Archiv.  Gdte-d*Or.  Origin.  Molême, 

(3)  Ibid.,  Origin. 

(4)  Ibid.,  Origin. 

(5)  Ibid.,  Origin. 

T.  xxivi.  11 


162  LES  RICETS. 

d'orge  donnés  par  Hugues,  frère  de  Guillaume  de  Rieey^ 
et  qui  doivent  être  pris  tous  les  ans  à  Lannes  (1). 

On  trouve,  aux  Archives  de  la  Côte-d'Or^  les  censiers  du 
fief  Saint-Louis  à  partir  de  1498. 

1520.  4  Novembre.  Transaction  au  sujet  de  la  justice 
de  Saint-Louis  entre  l'abbaye  de  Moléme  et  Anne  de  Sar- 
rebruche,  comte  de  Braine  et  de  Roucy,  seigneur  de 
Ricey,  Bagneui^,  Beauvoir,  héritier  de  Marie  d'Amboise, 
9a  mère*  dette  transaction  fut  homologuée  en  parlement  le 
14  juin  1522,  et  à  la  suite  eut  lieu  le  bornage  de  la  sei- 
gneurie; le  procès  avait  commencé  en  1464.  Les  princi- 
ptdes  propriétés  désignées  sont  :  1^  la  maison  seigneuriale 
fermée  de  fossés  et  appelée  de  toute  macienneté  la  maison 
de  Saint-Louis,  assise  audit  Ricey,  au  lieu  dit  Entre-les** 
Deux-Eau:(,  avec  les  vergers  et  jardins  étant  à  Tenviroa 
d'icelle,  proche  la  rue  dite  vulgairement  la  rue  d'Eatre-les- 
Deux-Eaux,  comme  elle  se  comporte  jusqu'à  la  planche  du 
bief  inclusivement,  prochaine  à  la  halle  dudit  lieu  de  Ricey; 
2*"  une  autre  maison  et  pourpris  d'icelle,  dite  la  Maison^ 
Rouge ^  étant  sur  la  rivière  où  soûlait  être  un  moulin  à  blé, 
appartenant  à  l'office  du  sacristain  de  ladite  abbaye;  3*"  un 
moulin  appelé  le  Moulin  de  Lannes  ;  4""  plusieurs  pièces 
de  vignes  situées  en  diverses  contrées  dudit  Ricey  et  en 
particulier  aux  Tronchois  ;  5*"  plusieurs  maisons  situées  en 
la  rue  de  la  Couche,  en  la  rue  de  la  Croix,  en  la  rue  de 
Lannes,  en  la  rue  du  Magnil;  6*"  vingt  arpents  au  bois  de 
Lozenay.  —  Les  religieux  auront  droit  de  justice  haute, 
moyenne  et  basse  dans  leur  terre  de  Saint-Louis  et  pour- 
ront (aire  ériger  :  signe  patibulaire,  carcan,  pillory,  cqpes, 
et  tenir  grands  jours.  Suit  l'emplacement  des  bornes  à 
poser  pour  limiter  la  seigneurie  (2). 

1606.  Â  cette  date  on  trouve  le  a  manuel  au  vray  de  la 

(i)  Archiv.  Gôte-d'Or.  Ort^.  Moléme. 
^)  Ibid.,  Origin.  Moléme. 


LES    RIGETS.  163 

recepte  des  cens  provenant  de  la  terre  et  seigneurie  de 
Sainct-Loys  de  Ricey  appartenant  à  MM.  de  Molesme  re- 
ceuz  par  Claude  Gautherot,  curé  de  Ricey  (1  ). 

163 1 .  Nouveau  procès  relatif  aux  bornes  de  la  seigneurie 
de  Saint-Louis,  entre  l'abbaye  de  Molème  et  Jacques 
Vignier,  seigneur  de  Ricey  (2). 

1747.  25  Mars.  Transaction  entre  l'abbaye  de  Molême 
et  les  habitants  de  Ricey-Haut.  Ces  derniers  cèdent  à  Tab- 
baye  les  fossés  et  les  murs  de  la  ville  auprès  de  Saint- 
Louis  (3). 

A  la  Révolution,  le  4  avril  1791,  la  maison  seigneu- 
riale du  fief  de  Saint*Louis  fut  vendue  13,372  fr.  à  Jean- 
Jacques  Houet  de  Ricey-Bas;  le  moulin  16,700  fr.  ;  les 
autres  biens  consistant  principalement  en  vignes,  environ 
70,000  fr.  (4). 

CHAPITRE  V. 


Le  flef  Saint-Vincent  à  Hicey-Haut. 

Le  fief  Saint-Vincent  comprenait  :  1**  les  villages  de 
Ricey,  Lannes,  Bagneux-la-Fosse,  Beauvoir,  Bragelogne; 
2**  le  percursus  ou  parcours^  dit  de  Saint-Vincent  (5)  ; 
3°  le  grand  terrage  de  Molême  et  de  Channes. 

Nous  ignorons  à  quelle  époque  et  par  quelle  voie  les 
évoques  de  Chalon-sur-Saône  possédèrent  de  ce  fief.  Ils 
lui  donnèrent  le  nom  de  Saint-Vincent  qui  est  le  patron  de 
la  cathédrale  de  Ghâlon  depuis  Tan  541  ;  c'est  sous  le  vo- 

(4)  Archiv.  Côte-d'Or,  Origin,  Molême, 

(2)  Ihid.,  Ongin. 

(3)  Ibid.,  Origin. 

(4>  Archiv.  Aube.  Vente  des  biens  nationaux,  no  81. 

(5)  DuGANGE,  Glossar.^  édit.  Henschel  v»  Percursus,  —  Brussel, 
De  l'usage  des  fiefs,  p.  1007. 


164  LES   RICEYS. 

cable  de  ce  saint  qu'une  chapelle  d'abord,  puis  une  église 
furent  construites  à  Ricey-Haut,  près  de  la  maison  qui  était 
sans  doute  le  cbef-lieu  du  fief  Saint- Vincent  et  dont  l'em- 
placement, sur  la  rivière,  au  nord  de  Téglise,  s'appelle 
encore  maintenant  le  Vieux- Château.  Nous  allons  rappor- 
ter, d'après  le  Cartulaire  de  Tévêché  de  Châlon  (1),  les 
hommages  rendus  aux  évéques  de  Châlon  par  les  comtes 
de  Tonnerre,  Auxerre,  Nevers  et  Bar-sur-Seine  pour  le  fief 
Saint- Vincent.  Les  hommages  du  xii*  siècle  sont  perdus. 

1216  (v.  st.).  Janvier.  A  Saint-Brix  (Yonne),  Pierre  de 
Courtenay,  comte  de  Tonnerre,  Auxerre  et  Nevers,  et  plus 
tard  empereur  de  Constantinople ,  rendit  hommage  à 
Durand ,  évêque  de  Chalon-sur-Saône ,  pour  les  terres  de 
son  domaine  qui  relevaient  de  cette  église;  savoir  jBû- 
gniacus  (Bagniaus,  Bagneux-la-Fosse),  Bellum  videre 
(Bauvoir,  Beauvoir),  Vitrez^  Brachenoille  (Bragelogne), 
Landes  (Lannes),  Rici  (Ricey)  et  en  outre  pour  tout  ce  qui 
était  renfermé  dans  ce  qu'on  appelait  le  parcours  de  Saint- 
Vincent  et  pour  le  grand  terrage  de  Molême  et  de  Channes. 
Le  comte  promet  encore  que  s'il  pouvait  apprendre  quelque 
chose  de  plus  touchant  ce  fief  qui  relève  de  l'évéché  de 
Châlon,  il  en  ferait,  de  bonne  foi,  la  reconnaissance  à  l'é- 
vêque  (1).  Pierre  fit  cet  hommage,  sicut  predecessores  ejus. 

1218.  14  septembre.  Le  comte  Milon  IV  de  Bar-sur- 
Seine  fit  hommage  des  mêmes  terres  entre  les  mains  de 
l'évêque  Durand,  pendant  le  chapitre  général  de  Citeaux, 

(i)  Bibliot.  nat.  latin  17089,  p.  414. 

(2)  CartuL  n.  8,  9. —  Perry.  Hi$t.  de  Chalon-sur-Saône.  Preuv,^ 
p.  57.  «  Ego  Petrus  Cornes  Altissidiorensis  et  Tomodorensis,  notum 
facio  unWersis,  quod  ego  feci  hommagium  Venerabili  Patri  Durando 
Episcopo  Gabilonensi  de  feodo  quod  est  in  terra  Tomodori.  Inquisivi 
autem  per  bonos  viros,  quod  hec  sunt  de  feodo  suo  :  Bagniacus,  Bel- 
lum-videre,  Vitres,  Brachenoille,  Landes,  Rici;  et  ultra,  quicquid 
continetur  in  percursu  sancti  Vincentii  et  magnum  terragium  apad 
Molesmes  et  Chaones.  Promisi  etiam  quod  si  quid  de  dicto  feodo  po- 
tero  inquirere,  bona  Me  recognoscam.  Actum  anno  Domini  1216 
mense  Januario  apudS.Priscum.— Ga//ta  c/imf.,t.IV,  col.  898.—  E. 


LES   BIGETS.  165 

auquel  il  assistait.  Le  comte  reconnut  devant  les  abbés  de 
Fontenay,  Mores  et  Bussières,  tenir  en  fief  relevant  de  l'évo- 
que deChâlon,  les  terres  mentionnées  dans  l'acte  d'hommage 
rendu  par  Pierre  de  Courtenay;  il  reconnut  aussi  que  pour 
les  redevances  de  ce  fief  il  était  obligé  de  payer  tous  les  ans 
25  sols  de  Provins  à  Tévêque  (1),  Le  comte  Milon  était 
encore  à  Bar-sur- Seine  au  commencement  de  Tannée 
1219,  se  disposant  au  voyage  de  la  Terre  sainte;  c'est  donc 
à  tort  que  VArt  de  vérifier  les  dates  le  fait  mourir  le  17 
août  1218. 

1227.  Avril.  Gui,  comte  de  Nevers,  fait  hommage  entre 
les  mains  de  l'évêque  Durand  pour  le  fief  de  Saint-Vincent 
de  Ricey;  la  comtesse  Mathilde,  sa  femme,  avait  aupara- 
vant rendu  un  pareil  hommage  à  l'évêque.  Durand  et  Ma- 
thilde  reconnurent  qu'ils  devaient  payer  tous  les  ans  aux 
évêques  de  Châlon  50  sols  de  Provins  (2). 

1232.  Le  jour  de  la  Pentecôte,  Gui,  comte  de  Nevers, 
rend  hommage  à  Guillaume,  évéquc  de  Châlon,  pour  le  fief 
de  Ricey  :  Il  déclare  par  ses  lettres  que  «  n'ayant  pu  avoir 
de  sûreté  pour  venir  à  Châlon  à  cause  de  ses  ennemis ,  il 
avait  prié  l'évêque  de  cette  ville  de  vouloir  prendre  la  peine 
de  venir  à  Moulins-Engilbert  :  que  l'évêque  y  étant  arrivé, 
il  lui  fit  l'hommage  qu'il  lui  devait  pour  les  terres  et  les 
seigneuries  qu'il  possédait  en  fief  de  Févêché  de  Châlon  : 
qu'il  fit  hommage  en  ce  lieu-là  sans  pourtant  en  vouloir 
tirer  conséquence  pour  préjudicier  aux  droits  de  l'église  de 
Châlon  :  enfin  il  donna  reconnaissance  de  cinquante  sols 
payables  tous  les  ans  à  la  fête  de  Saint-Vincent  (3).  » 

1247.  Juin.  Coulanges-sur-Yonne.  Mahaut,  comtesse  de 
Nevers,  femme  d'Eudes  de  Bourgogne,  rend  hommage  à 

(1)  CartuL  n.  10.  —  Perry.  Op,  ciL,  p.  157, 

(2)  Cartul.  n.  11,  23.  —  Perry.  Op.  ciL^  p.  164.  —  Gallia  chnat^ 
t.  IV,  col.  901.  —  B. 

(3)  Cartul,  n.  12, 13.  —  Perry.  Op.  dt.,  p.  168.  —  Gallia  christ^ 
t.  IV,  col.  902.  —  D. 


166  LBS   RIGETS. 

Alexandre  de  Montaigu,  évéque  de  Châlon,  pour  la  teire 
de  Saint-Vincent  dé  Ricey  (1). 

12G5.  Samedi  avant  saint  Laurent.  Eudes,  comte  de  Ne- 
vers,  déclare  qu'il  a  rendu  hommage  à  Gui  II  de  Senecey, 
évêque  de  Châlon,  pour  le  flef  de  Ricey  (2). 

1267.  (v.  st.).  Mardi,  après  la  Purification.  Jean  Tristan, 
fîls  de  Saint-Louis  et  sa  femme  Yolande,  fille  d'Eudes  de 
Bourgogne  et  de  Mahaut  II,  comtesse  de  Tonnerre  et  de 
Nevers,  font  hommage  de  la  terre  des  Riceys  à  Gui  de 
Senecey,  évêque  de  Châlon.  Cet  hommage  «  fut  rendu  à 
Saint-Denis  en  France,  mais  par  une  pure  gratification  du 
prélat,  à  Tavenir  Tristan  et  ses  successeurs  seront  obligés  de 
rendre  hommage  à  la  façon  qu'il  fut  toujours  rendu  aux  évo- 
ques de  Châlon,  par  les  seigneurs  feudataires  de  Ricey  (3).  » 

Yolande  avait  été  pourvue  par  forme  de  dot  du  comté  de 
Nevers  et  des  baronnies  de  Donzi  et  des  Riceys  en  épousant 
Jean  Tristan,  par  traité  du  mois  de  juin  1265. 

1269.  Veille  de  Saint-Jacques.  Jean  Tristan  fait  hom- 
mage pour  la  terre  de  R»cey  à  Ponce  de  Syssey,  élu  évéque 
de  Châlon.  Apvd  Tronarium,  diocèse  de  Bayeux  (4). 

1272.  Beaune.  Vendredi,  après  l'octave  des  glorieux 
apôtns  saint  Perre  et  saint  Paul.  Yolande  de  Bourgogne, 
comtesse  de  Nevers,  fait  hommage  à  Ponce  de  Sissey  pour 
la  terre  de  Ricey,  et  déclare  que  l'évêque  lui  a  fait  une  fa- 
veur en  consentant  qu'elle  lui  rendit  cet  hommage  à  Beaune 
et  non  pas  à  Châlon  :  n'ayant  point  de  sceau  elle  aurait  prié 
le  très-illustre  duc  de  Bourgogne,  son  père,  d'y  apposer  le 
sien  (5). 

1276  (v.  st  ).  Le  mardi  avant  les  Rameaux,  à  Paris.  Les 
chargés  de  procuration  de  Charles  I",  roi  de  Sicile,  frère 

(1)  Cariul.  n.  14.  —  Perry.  Op,  ctY.,  p.  180.  —  G(Ulia  christ, 
t.  IV,  col.  905.  —  A. 

(2)  Gailia  christ.,  col.  907.  —  E. 

(3)  Cariul.  n.  16.  —  Perry.  Op.  cit.,  p.  193, 194. 

(4)  CavtiU.  n.  17. 

(5)  Cartul.  n.  18.  —  Perry.  Op.  cit.,  p.  198. 


tBS  RICBTS.  167 

de  teint  Louie  ;  et  de  Marguerite  de  Bourgogne^  comiesse 
de  Tonnerre,  sa  femtnei  font  hommage  à  Guillaume 
Dublé,  évêque  de  Chftlon,  pour  le  fief  de  Ricey  et  ses 
dépendances  (1). 

12^.  Marguerite,  reine  de  Sicile,  jure  fidélité  au 
même  évêque  pour  le  fief  de  Ricey.  «  Nos  Marguerite,  par 
la  grâce  de  Dieu  Royne  de  Jherusalem  et  de  Sicile,  Com- 
tesse de  Tornorre,  façons  savoir  à  tous  ceaus  qui  verront 
ces  présentes  lettres^  que  nous  avons  fait  hommage  man*^ 
nuaul  à  honoré  Père  Guillaume  par  la  grâce  de  Dieu, 
éuesque  de  Chalon,  dou  fyé  que  nous  tenons  de  luy,  qui  est 
céans,  c'est  assauoir  :  Baigniaux,  Beauuoir,  Vitres,  ftnBdche- 
genoiile,  Landes,  Rici;  et  outre,  ce  qui  est  contenu  ou  par- 
cours Saint-Vincent,  et  le  grand  terraige  de  Molesmes  et  de 
Chaones,  et  pour  ce  fyé  nous  douons  rendre  en  reconnois- 
sance  au  douant  dit  évesque  et  à  ses  successeurs  perdurable- 
ment  chascun  an  cinquante  sols  de  prouenoisiens  à  la  feste 
de  Saint- Vincent  ;  et  sûmes  tenue  nous,  et  nos  hoirs  faire  U 
homaige  de  mains  pour  ledit  fyé,  et  à  ceux  qui  après  li  vin- 
dront;  auons  promis  audit  éuesque  que  se  nous  trouvons 
plus  de  son  fyé,  que  nous  li  reconostrons  ;  vuillans  et  oc-* 
troyans,  que  se  li  dis  éuesque  a  receu  de  nous  honmiaige 
dou  deuans  dis  fiez  à  Saint-llarcel  près  de  Paris,  c'est  de 
grâce  especial,  que  nuns  préjudice  l'en  puisse  venir,  ne  i 
ses  successeurs,  ains  cognoissons  que  nous  sumes  tekiue  de 
faire  ledit  fyé  es  lieux  iadis  accoustumez.  On  tesmoin^  de 
laquelle  chose  nous  li  auons  données  ces  lettres  scellés  de 
nostre  seel.  Données  à  Saint-Marcel  près  de  Paris  Tan  de 
grâce  1285,  le  jeudy  deuant  la  Natiuité  de  N.-S.  (2)«  d 

1 297 .  Guillaume  de  GhâlM^  comte  d^Auxerre  et  de  Ton^*- 
nerre,  faisant  hommage  a  Tévéque  de  Langres  pour  le 
comte  de  Tonnerre,  réserve  en  cet  honunage  les  fiefs  qu'il 

(1)  Cartul.  n.  19,  20,  21.  —  Perrt,  p.  ^.  —  Gatlia  chrUtt 
t.  IV,  col.  911.  —  E. 

(2)  Cariul.  n.  22.  —  Perrt.  Preuv.,  p.  t5. 


168  LES  BIGST8. 

tenait  du  duc  de  Bourgogne  et  de  Tévêque  de  Châlon, 
c'est-à-dire  les  fiefs  de  Ricey,  Lannes,  Bagneux,  etc.,  qui 
faisaient  partie  du  comté  de  Tonnerre  (i). 

(Guillaume  de  Châlon  devint  comte  de  Tonnerre  par  la 
donation  que  lui  en  fit  la  comtesse-reine  Marguerite,  sa 
tante  maternelle,  le  2  janvier  1293.) 

1306.  Vendredi  après  la  Conception  de  N.-D.  ce  Dreux 
de  Mcllot,  sire  de  Sainte-Hermine,  garde  dou  conte  d*Au- 
cuerre  1 1  de  Tounerre  pour  raison  de  bail  »  fait  hommage, 
à  Paris  en  la  maison  du  Temple,  à  Robert  de  Decize,  évèque 
de  Châlon  (2). 

1324.  Robert  de  Bourgogne,  comte  de  Tonnerre,  rend 
hommage  à  Bertaud  de  la  Chapelle,  évèque  de  Chftlon,  à 
cause  de  la  terre  de  Ricey,  et  ordonne  de  lui  payer  tous  les 
ans  50  sols  pour  ce  fief  (3). 

(Robert,  cinquième  fils  do  Robert  II,  duc  de  Bourgogne, 
était  marié  à  Jeanne,  fille  de  Guillaume  de  Châlon,  par 
contrat  du  8  juin  1321.) 

1327.  (v.  st.).  23  mars.  Marguerite,  comtesse  de  Nevers, 
rend  hommage  au  même  évèque  pour  les  terres  de  Beauvoir 
[Bellivideré)^  Bragelogne  (Branchenouille)^  Ricey  (4). 

(Marguerite  de  France,  fille  de  Philippe-le-Long,  fut 
mariée  à  Louis  1*%  comte  de  Nevers,  par  contrat  du  22  juil- 
let 1320.) 

1502.  André  de  Poupet,  évèque  de  Cbâlon,  obtient  un 
arrêt  du  Parlement  de  Paris  contre  Louis  P'  de  Husson, 
comte  de  Tonnerre,  pour  les  terres  de  Ricey  et  autres  dé- 
pendant de  Téglise  Saint-Vincent  de  Châlon  (5). 

1 652.  «  Le  sieur  Vignier,  gentilhomme  de  la  chambre  du 
roi,  neveu  et  cousin  germain  des  sieurs  Vignier  père  et  fils, 

(1)  Perry.  Op.  cii.f  p.  210. 

(2)  Cartul.  n.  24. 

(3)  Cartul.  n.  25.  —  Gallia  christ.^  t.  IV,  coL  918.  —  A. 

(4)  Gallia  christ^  col.  918,  —  C. 
(5)/&id.,  col.  935.^.6. 


LES  BICBT8.  169 

vint  à  Ghftlon.  Il  y  rendit  hommage  le  26  octobre  pour 
le  fief  de  Saint* Vincent  de  Ricey  et  ses  dépendances, 
au  nom  des  héritiers  de  feu  sieur  Nicolas  Vignier,  à  Mon- 
seigneur Jacques  de  Nuchezes,  évêque  de  Châlon.  Ce  fief 
est  un  des  plus  beaux  fleurons  de  son  évêcbé  (1).  » 

Cet  hommage  rendu  pour  Louis  Vignier  regardait  les 
terres  de  la  baronnie  de  Ricey,  de  Bagneux  et  de  Beau- 
Toir  (2). 


CHAPITRE  VI. 


Divisions  territoriales  auxquelles  appartenait 

Rioey. 

Identité  do  Reeiaeus  des  chartes  de  Léothérie  et  d*Ingort  avec  Rieey-sur- 
Laignes  (Aube).  —  Au  moyen-âge,  Ricey  appartenait  au  pagus  Laticensls 
et  à  l*archidiaconé  du  Laçois,  diocèse  de  Langres. 

I  I.  —  Identité  du  Reeiaeus  des  chartes  de  Léothérie  et  d'Ingora 

avec  Ricey-sur-Laienes  (Aube). 

Le  Reeiaeus  des  chartes  de  Léothérie  et  dlngora,  a  été 
diversement  interprété  par  les  anciens  et  par  les  modernes. 
Les  premiers,  c'est-à-dire  les  Bénédictins  d'Âchery  (3), 
Mabiîlon,  Gotron,  Bouquet  (4),  traduisent  Reeiaeus^  Re- 
tiacus,  Rieiaeus  par  Ricey  ;  Pardessus  (5)  et  quelques  mo- 
dernes à  sa  suite  prétendent  que  le  Reeiaeus  en  question 
est  Recey-sur-Ource  (Côte- d'Or),  arrondissement  de  Châtil- 
lon.  Mais  si  on  se  reporte  à  ce  que  nous  avons  dit  sm: 
Téglise  de  Saint- Pierre  de  Ricey  et  sur  le  prieuré  de 

(i)  Pbrry.  Op,  cit.,  p.  456. 

(2)  CSaumartin,  Recherches  de  la  noblesse  de  Champagne^  art. 

YlONlER. 

(3)  Spicileg.,  t.  II.  Chronic,  S.  Pétri  Vm,  ad  ann.  1113. 

(4)  Historiens  de  France,  t.  XIV,  p.  204.  —  E. 

(5)  Diplom.j  t.  II,  p.  231. 


170  U»  BtCETS. 

Notre^Dame^U-Failx,  la  question  paraît  é^iàttMièût  trtuoh* 
cbée  en  faveur  des  Bénédictins.  Les  preuves  surabondent  : 

1**  D*après  les  pouiUés,  terriers  et  censiers  rédi^  à 
patiir  du  xv*  siècle,  les  abbayes  de  Saint-Pierre-le~Vif  et  dt 
Moutier-*Saint-Jean  ne  possédaient  rien  à  Ricey-sur-Oiurce  ; 

2*"  A  partir  du  xiv*  siècle,  les  archives  de  Saint-Pierre^le- 
Vif  et  de  Moutier-Saint-Jean  sont  pleines  de  documents 
concernant  les  propriétés  de  ces  deux  abbayes  à  Ricey-sur- 
Laignes  ; 

3°  Nous  avons  cité  une  foule  de  documents  du  commen- 
cement du  xii'*  siècle  à  la  fin  du  xiii'*,  se  rapportant  au  vil- 
lage de  Riciaciis,  Riceias^  et  qui  établissent  péremptoire- 
ment l'identité  de  ce  Riciacus  avec  le  Reciacus  des  chartes 
de  Léothérie  et  d'Ingora.  Or,  le  Riciacus  désigné  dans  les 
documents  du  \\f  siècle  et  du  xm"*  est  incontestablement 
Ricey-sur-Laignes,  proche  Molême.  Ainsi  nous  avons  vu 
que  du  village  de  Riciacus  Riceius  dépendaient,  dès  le 
xii*"  siècle,  les  écarts  de  Lannes,  du  Magny  et  de  la  Couche. 
Or,  à  Texception  de  ce  dernier  qui  est  détruit,  ces  écarts  ap- 
partiennent encore  maintenant  à  la  commune  de  Ricey-sur- 
Laignes. 

En  1244,  dans  la  charte  d'Erardde  Brienne,  seigneur  de 
Ramerupt  (1),  les  finages  de  Lannes  et  du  Magny  sont 
déterminés  d'une  manière  précise  :  wter  Riceium  et  Mo^ 
lismum  ex  unâ  parte,  et  inter  Balneolum  et  Mmseium 
ex  altéra.  C'est  Ricey-sur-Laignes  entre  Molême,  Mussy  et 
Bagneux-la-Fosse . 

C'est  ce  même  village  qui  est  désigné  dans  la  vie  du 
bienheureux  Pierre.  Ce  religieux  mort  en  1136,  allant  de 
la  Ferté-Gaucher  (Seine-et-Marne)  à  Molême  (Côte-d'Or), 
pour  recevoir  de  l'abbé,  la  mission  de  diriger  les  religieuses 
de  JulIy-les-Nonnains  (2),  arriva  un  soir  à  Riceius.  (Sdon 

(1)  Cfr.  chap.  IV  ci-dessus. 

(2)  Il  ne  reste  plus  maintenant  du  priraré  de  Jully-lee-Nomains 


LBS  RIGSTS.  171 

toute  probabilité,  il  suivit  le  chemin  direct  pâmant  par 
Esternay,  Anglure,  Méry-sur-Seine,  Troyes,  Bar-sur- 
Seioe.)  Pour  gagner  Molême ,  il  faut  passer  la  rivière , 
Pierre,  au  lieu  de  prendre  le  gué,  entra  avec  son  suivant  dans 
une  fosse  sans  fond,  d'où  ils  ne  sortirent  que  par  miracle- 
Robert,  seigneur  de  Ricey,  qui  rencontra  le  Bienheureux, 
lui  oCTrit  une  hospitalité  généreuse.  Or,  on  lit  dans  le  texte 
que  nous  citons  :  VadamRiceuqui  locus  a  Molismis  duobus 
miiliariis  distat  (1).  Il  s'agit  donc  évidemment  de  Ricey- 
sur-Laignes. 

4*  Enfin,  l'église  de  Saint^Pierre  désignée  dans  la 
charte  de  Léoihérie,  église  qui  devint  Tobjet  d'un  long 
procès  entre  les  abbayes  de  Saint-Pierre-le-Vif  et  de  Mou- 
tier-Saint-Jean,  et  qui  fut  enfin  donnée  à  Moutier-Saint- 
Jean,  est  certainement  l'église  Saint -Pierre  de  Rîcey-Bas, 
comme  nous  l'avons  démontré  :  d'ailleurs  elle  ne  peut  être 
l'église  de  Recey-sur-Ource  ;  car  d'un  côté  cette  église, 
d'après  les  pouillés  de  Langres  anciens  et  modernes, 
était  dédiée  à  Saint-Remy,  et  d'im  autre  côté  Tévéque 
de  Langres  en  fut  toujours  le  collateur  et  non  l'abbé 
de  Moutier-Saint-Jean.  Quant  au  prieuré  de  Notre-Dame^ 
du-Faux  qui  se  rattache  indissolublement  à  la  donation 
de  Léothérie  et  d'Ingora,  il  était  incontestablement  sur 
le  territoire  de  la  paroisse  de  Saint-Pierre  de  Ricey-Bas  et 
ne  peut  aucunement,  comme  nous  l'avons  vu,  se  rapporter  à 
la  paroisse  de  Recey-sur-Ource. 


qae  là  ferme  de  JoUy,  sur  remplacement  du  diâteau  dn  comte  Mi- 
Ion  II  de  Bar-sur-Seine.  Cette  ferme  est  située  dans  le  triangle  formé 
1^  Sennevoy,  Stigny  et  Fontaine-les-Sèches  (Yonne).  Voir  notre  tra- 
vail :  Nouvelles  recherches  sur  Jully-les^Nonnains  et  JtUly-sur' 
Sarce, 

(1)  Ghifflbt,  Genus  illust.  S.  Bemardi^  p.  145-146.  Les  deux 
milliaires,  ici,  répondent  à  deux  lieues  gauloises  anciennes,  distance 
de  Ricey-Bas  à  Moléme. 


172  LB8  RIGET8. 

S  II*  —  Au  moyen-âge,  Ricey  appartenait  au  pagus  Laticensis 
et  à  rarchidiaconé  du  La; ois,  diocèse  de  Langres. 

Aux  termes  des  chartes  de  Léothérie  et  d'Ingora,  Ricey 
appartenait  au  Pagus  Laticensis^  le  Laçois;  il  dépendit 
constamment  de  rarchidiaconé  du  Laçois  et  formait  limite  à 
Test.  Dans  un  autre  trayail  nous  avons  rappelé  les  limites  du 
Pagus  Laticensis,  qm  furent  conservées  dans  les  limites 
de  l'ancien  archidiaconé  du  Laçois  (1).  M.  Guérard  a  pré- 
tendu que  la  création  des  plus  anciens  archidiaconés  ruraux 
ne  remontait  qu'au  ix*  siècle  et  conséquemment  qu'ils  ne 
pouvaient  donner  les  vraies  limites  des  pagi  (2).  Mais 
M.  Desnoyers  a  prouvé  que  pour  beaucoup  de  diocèses,  la 
division  en  archidiaconés  ruraux  était  bien  antérieure  au 
IX*  siècle  (3),  et  le  diocèse  de  Langres  est  du  nombre, 
comme  nous  l'avons  dit  ailleurs  (4).  Le  pagus  et  l'archidia- 
coné  du  Laçois  s'étendaient  du  midi  au  nord  dans  les  dé- 
partements actuels  de  la  Côte-d'Or  et  de  TAube.  Au  midi, 
entre  la  rivière  d'Aube  et  la  Laignes,  leurs  limites  étaient  : 
Bure-les-Templiers  et  la  vallée  des  Avents,  au  sud-^st  (di- 
plôme de  l'an  887)  (5);  et  Laignes  (charte  de  Tan  632)  (6), 
puis  de  Griselles  (7)  au  sud-ouest.  En  entrant  dans  le  dépar- 
lement actuel  de  l'Aube,  le  pagus  et  Tarchidiaconé  du  côté 

(1)  Les  anciens  pouillès  des  paroisses  incorporées  au  diocèse  de 
Troyes  en  iSOi^  p.  18. 

(2)  Essai,.,  divisions  territor.  de  la  Gaule^  p.  87. 

(3)  Anniiaire  historique^  1859,  p.  145  eipassim. 

(4)  Les  anciens  pouillès,..,  p.  5. 

(5)  C'est  ainsi  que  nous  interprétons  un  diplôme  de  Charies-le- 
Gros,  15  février  887  :  c  Pagi  Laticensis...  quae  in  Anavancis  et  in 
Buris  consistunt.  »  (Archiv.  Hte-Mame.  Origin.  F.  Langres.  G.  1, 
no  13,  publié  par  Th.  Sickel,  Diplôme,  p.  423,  no  xv.) 

(6)  Perard,  Recueil,  p.  7.  —  Pardessus,  Diplomata,  t.  II,  p.  14. 

(7)  In  archidiaconatu  Laiicensi  :  Prior  de  Grisoliis  (GriseUes- 
sur-Laignes),  Prioratus  Vendoperx  et  prioratus  Sanctœ  Eulaliœ 
quos  tenet  episcopus.  {Historiens  de  France,  t.  XXI,  p.  536.) 


LES   RIGETS.  173 

de  Touest,  traversaient  la  Laignes,  ensuite  la  Sarce,  et 
comprenaient  Bagneux-la-Fosse  et  Avirey,  puis  atteignaient 
jusqu'à  THozain  et  comprenaient  Lantages,  Vougrey  et  le 
prieuré  d'Oze.  A  Test,  le  point  le  plus  extrême  était,  après 
Vitry-le-Croisé,  le  prieuré  de  Sainte-Eulalie  (1)  (dont  l'em- 
placement est  sur  le  territoire  actuel  de  la  paroisse  d'Ur- 
Tille,  canton  de  Bar  sur- Aube) .  Au  nord,  la  paroisse  de 
Yendeuvre-sur-Barse  formait  la  limite.  Les  actes  du  con- 
cile de  Troyes  en  878  nous  apprennent  que  Vendeuvre 
appartenait  déjà  au  diocèse  de  Langres  (2).  Le  prieuré  de 
Vendeuvre  est  désigné  dans  un  rôle  de  la  collecte  des  dé- 
cimes en  1247,  comme  appartenant  à  Tarchidiaconé  du 
Laçois  (3). 

Ricey  appartint  jusqu*à  la  Révolution  à  Tarchidiaconé  du 
Laçois. 

Pendant  le  cours  du  moyen-âge,  Tarchidiaconé  du 
Laçois  ne  subit  qu'une  légère  modification  dans  toute  l'éten- 
due qui  appartient  maintenant  au  département  de  l'Aube,  le 
prieuré  de  Sainte-Eulalie,  dès  le  commencement  du  xv'  siècle 
appartenait  à  l'archidiaconé  et  au  doyen  de  Bar-sur- 
Aube  (4).  Le  vaste  archidiaconé  du  L)çois  ayant  été  divisé 
en  doyennés,  dans  la  seconde  moitié  du  xii*  siècle,  on  voit 
dans  le  siècle  suivant  que  Ricry  appartenait  au  doyenné  de 
Bar-sur-Seine  et  qu'il  formait  au>si  la  limite  de  ce  doyenné. 
A  la  même  époque,  Molême,  proche  Ricey,  passait  du  pagus 
et  de  l'archidiaconé  du  Laçois  dans  l'archidiaconé  du  Ton- 
nerrois  et  était  érigé  en  chef-lieu  de  doyenné  comme  nous  le 
rappelons  dans  le  chapitre  ix. 


(4)  Cfr.  (7). 

(2)  Labbe,  Conc.j  t.  IX,  col.  308.  —  E. 

(3)  Cfr.  (7). 

(4)  Les  anciens  pouilléSy  p.  17  et  46,  n*  6. 


174  LB8  RIGET8. 


CHAPITRE  VIL 


Les  seigneurs  de  Rloey. 

Le  ehâteao  de  Ricey-Bas.  —  Catologue  des  Seigneun.  —  Adminlstratioa 
eÎYile  à  Tépoque  moderne. 

§  I.  —  Le  château  de  Ricey. 

Le  chftteau  proprement  dit  de  Ricey,  servant  de  rési- 
dence aux  seigneurs,  était  à  Ricey  Bas.  U  ne  paraît  pas  avoir 
été  habité  pendant  une  grande  partie  du  xiv^  siècle  et  le 
commencement  du  xv*.  A  cette  époque,  il  se  composait  de 
deux  grands  corps  de  logis  avec  une  cour  fermée  de  mu- 
railles et  défendue  par  une  tour.  En  1450,  Marie  d'Amboise 
fit  bâtir  deux  tours  et  un  grand  escalier,  à  la  porte  duqud 
on  voyait,  au  siècle  dernier ,  les  armes  de  la  maison 
d'Amboise.  En  1506,  Anne  de  Laval,  femme  de  Georges 
de  Créqui  II,  baron  de  Riçey,  fit  faire  une  galerie  au  château 
et  la  grosse  tour.  Les  autres  bâtiments  furent  édifiés  par  les 
autres  seigneurs  de  la  maison  de  Créqui.  Le  château  de 
Ricey  était  entouré  de  fossés  murés  de  1 4  toises,  avec  trois 
ponts  en  pierre  et  des  ponts-levis  au  corps-de-logis,  à  la 
basse-cour  et  au  jardin.  Sept  tours  défendaient  le  château  : 
la  grosse  tour  ou  tour  Laval  qui  avait  6  toises  de  diamètre 
et  la  muraille  sept  pieds  et  demi  d'épaisseur;  la  tour  Robert; 
la  3*  et  la  4''  qu'on  nommait  les  tours  d'Amboise;  la 
5*"  qu'on  nommait  la  tour  de  Créqui  ;  les  deux  dernières  qiM 
n'avaient  que  deux  pieds  et  demi  d'épaisseur,  étaient  sans 
nom.  La  famille  Vignier  avait  fait  embellir  ce  château  : 
trois  salles  et  neuf  chambres  portaient  le  nom  et  les  annes 
des  alliances  de  la*  famille  Vignier  (1). 

(1)  Nicolas  DE  LA  Brossb,  Description  de  la  terre  et  harannie  de 
BÙey^  1654,  p.  8  et  suiv. 


LES   MGET8.  175 

n  ne  reste  plus  aujourd'hui  des  anciennes  constructicms 
qa*un  angle  avec  retour  d*équerre  et  une  tour  ;  le  comble  en 
est  fort  élevé  et  les  murs  sont  très  épais.  Les  ouvertures  des 
fenêtres  sont  coupées  par  des  croix  et  chargées  de  profils  qui 
indiquent  un  édifice  du  xvi*  siècle.  Nous  ne  parlons  pas  des 
constructions  ajoutées  depuis  la  Révolution. 

§  II»  —  Catalogue  des  seigneurs  de  Ricey. 

Nous  ayons  trouvé  un  catalogue  des  seigneurs  de  Ricey 
portant  ce  titre  :  «  Généalogie  des  Seigneurs  de  Ricey  de- 
puis Tan  1086  jusqu'à  Tan  1646,  tirée  de  plusieurs  chartes, 
titres  et  papiers^  qui  sont  es  abbayes  de  Molesme,  de  Saint- 
Pierre-le-Vif  de  Sens,  de  Mores;  et  de  divers  contrats,  tant 
d'acquisitions  qu'autres  concernant  ladite  terre  :  Par  Charles 
Vignier,  escuyer  demeurant  à  Bar  sur-Seine  (1).  »  Ce  cata- 
logue rédigé  en  1 646  comme  le  dit  plusieurs  fois  Vignier, 
Ait  imprimé  textuellement  en  1652  par  Nicolas  de  la  Brosse, 
dans  sa  description  de  Ricey  ;  nous  ne  savons  pas  si  ce  fut 
a^ec  l'agrément  de  l'auteur.  Nous  complétons  ce  catalogue 
avec  les  chartes  et  documents  que  nous  avons  cités  dans 
notre  travail  auquel  il  suffira  d'avoir  recours  pour  vérifier 
les  dates  indiquées. 

Pendant  presque  toute  la  durée  du  xi*  siècle,  les  docu- 
ments nous  manquent.  Toutefois,  le  catalogue  suivant 
prouve  d'une  manière  certaine  que,  dès  le  milieu  du  xi'  siè- 
cle, il  existait  des  seigneurs  de  Ricey  résidant  dans  cette 
localité. 

1.  En  1065^  HuMBERGB  DE  RiCET,  la  grand-mère  mater- 
nelle de  Saint-Bernard  de  Clairvaux,  mariée  à  Bernard, 
seigneur  de  Montbar.  Bumberge  était  certainement  la  fille 
du  seigneur  de  Ricey,  puisque  Bernard,  seigneur  de  Mont- 
bar,  que  Jean-TËrmite  appelle  Viri  poientis  et  magni 


^r 


(i)  Biblioth.  nation.  F.  FranCy  5995,  fol.  242  et  «ttiv. 


176  LES  BIGIT8. 

secundum  seculam,  l'avait  épousée.  Peut-être  que  le  sei* 
gneur  de  Ricey,  que  nous  plaçons  vers  Tan  1 050,  n'est  autre 
que  celui  qui  suit  : 

II.  Haton  de  Ricet  et  sa  femme  Boveline.  Us  eurent 
pour  enfants  :  Robert  (qui  suit),  Gauthier  et  Othon,  qui, 
tous  à  l'exception  de  Robert,  étaient  morts  avant  1110. 

III.  Robert  de  Ricet.  1086.  Agnès ^  sa  femme,  morte 
avant  1110. 

IV.  Robert  de  Ricet.  1129.  (Peut-être  le  même  que  le 
précédent)  et  Othon,  son  fils.  Avant  1136,  Robert  reçoit 
dans  son  château  le  B.  Pierre,  dit  de  Juilly,  qui  allait  à 
Jully-Ies-Nonnains  en  passant  par  Moléme. 

V.  Ulric  de  Ricet.  1173. 

VI.  Robbrt-ue-Petit  de  Ricet.  1 190.  Ses  frères  Thomas 
de  Lannes,  chevalier,  et  Milon,  écuyer;  c'est  avec  leur 
consentement  qu'il  donne  à  l'abbaye  de  Molême  trois  setiers 
de  grain  à  prendre  tous  les  ans  sur  les  dîmes  de  Vertaut. 
(2*  Carhd.  Molême,  fol.  149,  v*.) 

YII.  Olivier  de  Ricet.  1214-1234.  Marguerite,  sa 
femme;  Gui,  Milon  et  Guillaume,  ses  enfants. —  A  la  même 
époque,  nous  trouvons  seigneurs  en  partie  de  Ricey  :  — 
Thomas  de  Lannes,  1213;  — •  Itier  de  la  Brosse,  seigneur 
de  VilIiers-le-Bois  (1216-1219),  marié  à  Agnès,  qui 
eurent  pour  enfants  :  Hier  de  la  Brosse,  André,  chevalier 
de  la  Brosse,  seigneur  de  Villiers-le-Bois,  et  Barthélemi, 
seigneur  de  Polisy. 

VIII.  Guillaume  de  Ricet,  encore  écuyer  en  1244,  mort 
avant  1295  ;  il  était  fils  d'Olivier  de  Ricey  et  de  Marguerite. 
Guillaume  fut  marié  à  Marguerite;  ils  eurent  pour  fils 
Thomassin.  —  A  la  même  époque,  seigneurs  en  partie  : 
Thomas  de  Lannes  et  ses  enfants,  Guillaume  et  Eudes  de 
Gyé,  1238;  Jacques  de  Ricey,  écuyer,  1251  ;  Itier  de  la 
Brosse  et  Alix,  sa  femme,  et  Geofiroi  de  Polisy,  leur 
oncle,  1259  ;  Gauthier  de  la  Brosse,  1286. 

IX.  Thomassin  de  Ricet.  1295.  Fils  de  Guillaume  et  de 


LES    RIGBTS.  177 

Marguerite.  Cette  dernière  vivait  encore  au  mois  de  jan- 
vier 1295. 

X.  Guillaume  de  Ricey.  1303.  Ecuyer,  fils  de  Tho- 
massin;  il  fut  marié  à  Marguerite.  —  «  En  1331,  Mar- 
guerite de  Grancey-le-Cbâteau,  dame  de  Bosjehan,  fille 
d'Eudes  de  Grancey,  vendait  sur  Ricey  quelques  héritages 
aux  chartreux  de  Luigny  »  (Vignier). 

XI.  Jean  d'ANxiCNY,  dit  de  Sainte-Croix,  1364-1391,  et 
Mahcmlt  de  Chdlon,  sa  femme,  seigneurs  de  Ricey-Bas  et 
de  Ricey-Haute-Rive,  donnèrent  plusieurs  franchises  aux 
habitants  desdits  lieux  et  particulièrement  la  franchise  des 
marchés  et  foires  et  l'exemption  du  droit  de  minage. 
—  Mahaut,  fille  de  Jean  III  de  Châlon,  comte  d'Auxerre  et 
de  Tonnerre,  avait  porté  la  terre  de  Ricey  à  Jean  d'Antigny, 
seigneur  de  Savigny  et  de  Revermont  auquel  elle  fut  mariée 
en  1364.  —  A  la  même  époque,  Othes  de  Roeux,  seigneur 
de  Trasignies  et  de  Silly,  était  en  1381  seigneur  de  Ricey  en 
partie;  il  avait  épousé  Isabelle  de  Châtillon,  fille  de  Gaucher 
de  Châtillon  IV,  comte  de  Porcean  et  de  Jeanne  de  Conflans. 
En  1389,  Isabelle,  dame  de  Trasignies  et  de  \idrues,  était 
dame  de  Ricey  en  partie.  —  Louis  de  Vaucelles  et  sa 
femme  Jeanne  de  Menessaire  (Côte-d'Or),  avaient  part  à  la 
terre  de  Ricey  avant  1397.  Cette  année  même,  Jean  de 
Clamiéres,  à  cause  d'Yolande,  sa  femme,  fille  de  feu 
Louis  de  Vaucelles  et  de  Jeanne  de  Menessaire,  avait  part  à 
la  terre  de  Ricey.  Jeanne  de  Menessaire  se  remaria  à  Guil- 
laume deVigniau. 

XII.  Nicolas  Rolin.  En  Tan  1440,  noble  et  puissant  sei- 
gneur Nicolas  Rolin,  chancelier  de  Bourgogne,  était  sei- 
gneur d'Autume,  d'Ougné  (où  il  fit  bâtir  un  château)  et  de 
Ricey.  II  mourut  au  lieu  d'Autume  en  Bourgogne,  le 
28  janvier  1441.  Il  fut  enterré  à  Autun,  dans  Téglise  col- 
légiale de  Notre-Dame  qu'il  avait  fondée.  Il  avait  épousé 
Guionne  de  Salins,  inhumée  à  l'hôpital  de  Beaune,  fondé 
par  son  mari.  Entre  autres  enfants,  ils  eurent  Guillaume  et 

f.  XXXTI.  12 


178  LES    RICEYS. 

Louise,  épouse  de  Jean,  seigneur  de  Chateauvillain  et  de 
Grancey.  Ses  armes  sont  de  gueule  à  trois  clefs  d'or  en 
pal. 

(En  Tan  i  457,  Jean  de  Moustiers,  écuyer,  se  qualifie  sei- 
gneur de  Chesley  et  de  Ricey  en  partie.) 

XIII.  Guillaume  RoLiN.  En  Tan  1464,  noble  et  puissant 
seigneur  messire  Guillaume  Rolin,  chevalier,  fils  de  Nicolas 
Rolin ,  était  seigneur  d'Auricourl,  de  Vauvrin ,  de  Beau- 
champ,  de  Ricey  et  do  Gyé. 

(En  Tan  1473,  ledit  Guillaume  est  seulement  quaUfié 
seigneur  de  Ricey-le-Bas.) 

XIV.  François  Rolin.  En  Tan  1488,  haut  et  puissant  sei- 
gneur messire  François  Rolin,  chevalier,  fils  de  Guillaume, 
conseiller  et  chambellan  du  roi,  était  seigneur  de  Ricey  et  de 
Beauchamp.  11  épousa  Jeanne  de  Bourbon, 

XV.  Robert  de  Sarrebrughe.  En  Tan  1491,  noble  et 
puissant  seigneur  messire  Robert  de  Sarrebruche,  chevalier, 
comte  de  Braine,  seigneur  de  Commercy  et  d'Arnicourt, 
acquit  la  terre  de  Ricey.  Il  avait  épousé  Marie  dAmboise^ 
le  5  février  1487  (v.  st.).  En  1492,  ils  cédèrent  la  terre  de 
Polisot  qu'ils  avaient  acquise  de  messire  François  Rolin, 
à  noble  seigneur  GuyotBonnot,  dit  de  Lantages,  seigneur 
de  Belan  et  de  Buxeuil,  qui  leur  donna  en  échange  la  terre 
de  Prissey-les-Lonjeau,  proche  de  Langres.  En  1 497,  Robert 
de  Sarrebruche  succéda  à  Jean  de  Sarrebruche,  son  oncle, 
dans  le  comté  de  Roucy.  Il  confirma,  en  Tan  1502,  les  li- 
bertés et  franchises  données  aux  habitants  de  Ricey-Bas  et 
Ricey-Haute-Rive,  par  Jean  de  Sainte-Croix  el  Mahaut  de 
Châlon. 

XVI.  Marie  d'Ahroise  et  Ame  de  Sarrebruche.  En  Tan 
1504,  Marie  d*Amboise,  comtesse  de  Braine  et  de  Roucy, 
dame  de  Commercy,  Ricey,  Montmirel,  Pontarey,  Bagneux 
et  Beauvoir,  avait  la  garde  noble  d*Amé  de  Sarrebruche, 
son  fils,  comte  de  Roucy  et  de  Braine;  en  l'an  1506,  eUe 
est  qualifiée  seule  dame  de  Ricey  et  des  terres  d-dessus. 


LES    RIGETS.  179 

En  1520,  Amé  de  Sarrebniche,  comte  de  Braine  et  de 
Roucy,  héritier  de  Marie  d'Amboise,  est  ea  procès  avec 
Molème  au  sujet  du  fief  de  Saint-Louis.  En  l'an  1525, 
messire  Amé  de  Sarrebniche  se  qualifiait  encore  comte  de 
Braine,  de  Roucy,  et  seigneur  de  Ricey. 

XVII.  Jean  VI  de  Crèqui.  En  l'an  1507,  Jean  VI  de 
Créqui,  de  Pontdormy  et  de  Fressin,  chambellan  ordinaire 
du  roi,  avait  épousé  Marie  dAmboise^  veuve  de  Robert  de 
Sarrebruche,  et  était  seigneur  de  Ricey,  Bagneux  et  Beau- 
voir par  sa  femme  qui  mourut  en  1519. 

XVIII.  Georges  I"  de  Créqui.  En  Fan  1562,  vivait 
Georges  T'  de  Créqui,  fils  de  Jean  VI  et  de  Marie  d'Amboise, 
seigneur  de  Ricey,  Bagneux  et  Beauvoir,  qui  avait  épousé, 
le  21  avril  1535,  Jeanne  deHumières^  dame  de  Magnans, 
fille  de  Jean  III,  seigneur  de  Humières,  Monchi...  et  de 
Françoise,  dame  de  Contay,  Forêt,  Nointes.  Un  siècle 
auparavant,  la  famille  de  Créqui  s'était  déjà  alliée  à  celle 
de  Humières. 

XIX.  Georges  II  de  Créqui.  Le  susdit  Georges  de  Créqui 
eut  pour  fils  Georges  II  de  Créqui,  chevalier  de  l'Ordre  du 
roi,  seigneur  et  baron  des  mêmes  terres,  qui  avait  épousé, 
en  1570,  AnnedeLaval^  fille  de  René  II  de  Laval,  seigneur 
de  Bois-Daupiiin  et  vicomte  de  Brcsteau,  et  de  Marguerite 
de  Broyés,  dame  de  Nanteuil-le-Haudoin  ;  laquelle,  en 
1586,  a  fait  faire  la  galerie  du  château  de  Ricey  et  la  grosse 
tour.  En  1588,  elle  obtint  de  Henri  III  des  lettres-patentes 
pour  les  fortifications  des  trois  bourgs  (Archiv.  de  la  mairie 
de  Ricey). 

XX.  Anne  de  CrAqui.  Georges  II  eut  pour  fils  Anne  de 
Créqui,  chevalier,  seigneur  et  baron  des  mêmes  terres.  Il 
avait  épousé  Catherine  Le  Roy^  fille  de  Jacques  Le  Roy, 
seigneur  de  la  Grange,  gouverneur  de  Melun.  Le  25  janvier 
1603,  transaction  entre  Anne  de  Créqui  et  les  habitants 
des  Riceys  au  sujet  des  fortifications  de  Ricey-Bas,  proche  le 
diàteau,  la  rivière  et  la  rue  de  Tlle  (Archiv.  de  la  mairie 


180  LES    RIGEYS. 

de  Ricey).  Anne  de  Créqui  mourut  en  1616.  Catherine  Le 
Roy,  sa  veuve,  devint  et  est  en  cette  présente  annnée  1646, 
supérieure  du  monastère  des  filles  de  Saint-Bernard,  proche 
Paris, 

XX.  Urbain  de  Créqui.  Anne  de  Créqui  et  Catherine 
Le  Roy  ont  eu  pour  fils  Urbain  de  Créqui,  chevalier,  sei- 
gneur et  baron  desdites  terres,  lequel  avait  épousé  Marie 
Vignier,  fille  de  messire  Jacques  Vignier,  conseiller  ordi- 
naire du  roi  en  son  conseil  d^Etat,  seigneur  et  baron  de 
Villemaur,  Saint-Liébault,  JuUy,  et  la  Chapelle-Gauthier, 
en  Brie;  et  de  Marie  de  Mesgrigny.  Marie  Vignier  devint 
veuve  en  1621  ;  puis  épousa,  en  1623,  messire  François, 
comte  de  Clermont  et  de  Tonnerre;  ils  sont  à  présent  vivants. 

XXII.  Jacques  Vignier  et  Marie  de  Mesgrignv.  Après  la 
mort  d*Urbain  de  Créqui,  ledit  sieur  Jacques  Vignier,  son 
beau-père,  traita  avec  les  héritiers  et  créanciers  dudit  sieur 
de  Créqui,  et  fut  seigneur  desdites  terres  en  Tan  1622, 
dont  il  a  joui  jusqu'en  Tan  1631,  qu'il  est  décédé  en  son 
château  de  Ricey. 

En  1630,  arrêt  du  parlement  relatif  aux  anciennes  fran- 
chises réclamées  par  les  habilants  de  Ricey  et  refusées  par 
Jacques  Vignier  (Archiv.  de  la  mairie  de  Ricey). 

XXIII.  Nicolas  ViQNiER.  Messire  Nicolas  Vignier,  cheva- 
lier, baron  de  Saint-Liébault,  conseiller  au  grand  conseil, 
maître  des  requêtes,  conseiller  ordinaire  du  roi  en  son 
conseil  d'Etat,  intendant  de  la  justice,  police,  finances, 
marié  à  Anne  de  Flécelles,  fils  aîné  de  Jacques  Vignier,  a 
été  seigneur  et  baron  desdites  terres  de  Ricey,  Bagneux  et 
Beauvoir,  par  le  partage  fait  avec  le  sieur  Vignier,  son 
frère,  baron  de  Barbezieux,  Villemaur...  conseiller  d'Etat, 
intendant  des  armées  royales  et  de  la  cour  du  roi  ;  et  ladite 
dame  Marie  Vignier,  comtesse  de  Tonnerre,  sa  sœur,  en 
Tan  1633.  Il  vit  encore  en  la  présente  année  1646. 

[Ici  finit  le  catalogue  de  Charles  Vignier.] 

Les  enfants  de  Nicolas  Vignier  sont  :  Marie  Vignier,  re- 


LBS   RICETS.  181 

ligieuse  annonciade,  Catherine  Vignier,  religieuse  carmé- 
lite, Louis  Vignier,  et  Abel-Jean  Vignier, 

XXIV.  Louis  Vignier.  Fils  de  Nicolas  Vignier  et  d'Anne 
de  Flécelles ,  marquis  de  Ricey ,  épousa  Marie  Petau. 
Abel-Jean,  frère  de  Louis,  marquis  de  Haute-Rive,  sei- 
gneur de  Bagneux  et  de  Beauvoir,  fut  marié  à  Françoise  de 
Neuville.  Le  24  mars  1646,  acte  de  garde-noble  à  Louis, 
Catherine  et  Abel-Jean,  ci-dessus  nommés.  En  1652,  aveu 
et  dénombrement  de  la  terre  de  Ricey  à  Févêque  de  Chalon- 
sur-Saône  par  Louis  Vignier,  baron  de  Ricey. 

Lettres  patentes  du  mois  de  juillet  1659,  portant  érec- 
tion de  la  baronnie  de  Ricey  en  marquisat,  en  faveur  de 
Louis  Vignier.  Le  2  octobre  1659,  partage  de  la  succession 
de  Nicolas  Vignier  entre  Louis  Vignier,  marquis  de  Ricey, 
Bagneux,  Beauvoir,  et  Abel-Jean  Vignier,  marquis  de  Haute- 
Rive. 

XXV.  Auguste-Robert  de  Pomereu,  ûls  de  François  de 
Pomereu  et  de  Marie  Baron,  fille  de  Pierre  Baron,  fut  che- 
valier, seigneur  de  la  Brelesche,  Saint-Nom,  Valinarlin, 
marquis  de  Riceys,  conseiller  au  Grand-Conseil  le  18  jan- 
vier 1651,  maître  des  requêtes  le  31  juillet  1656,  inten- 
dant de  Bourbonnais  en  1661,  président  au  Grand-Conseil 
en  mars  1662,  intendant  en  Auvergne  en  1663,  à  Bourges 
et  à  Moulins  en  1664,  conseiller  d'Etat,  prévôt  des  mar- 
chands de  Paris  en  1676,  intendant  en  Bretagne  en  1689, 
président  en  la  Chambre  royale  de  l'Arsenal^  conseiller  au 
Conseil  royal  des  finances  en  1697,  premier  commissaire  du 
roi  aux  Assemblées  du  clergé.  Il  mourut  le  7  octobre  1702, 
âgé  de  75  ans,  et  fut  inhumé  en  sa  chapelle,  au  charnier 
des  Innocents.  11  avait  épousé,  par  contrat  du  19  décembre 
1634,  Agnès  Lesné,  morte  le  14  juin  1727,  âgée  de  97 
ans,  fille  d'Aubin  Lesné,  maître  des  comptes,  et  d'Agnès 
de  la  Barre.  11  eut  pour  successeur  son  fils. 

XXVI.  Jean-Baptiste  de  Pomereu,  chevalier,  seigneur  de 
la  Bretesche,  marquis  de  Ricey,  fut  successivement  conseil- 


182  LES   RICBTS. 

1er  au  p»*lenient  de  Paris  le  30  décembre  1678,  maître  des 
requêtes  le  15  mars  1685,  intendant  d'Âlençon  en  1697, 
de  Champagne  en  1701,  maître  des  requêtes  honoraire  le 
8  janvier  1713,  et  mourut  le  13  février  1732,  âgé  de  76 
ans.  Il  avait  épousé,  le  1 8  décembre  1682,  Marie^Michelk 
Bernard,  morte  le  20  mars  1 747,  (ille  de  Jacques  Bernard, 
maître  des  comptes  à  Dijon,  et  de  Louise  Aimeray.  Ses  deux 
fils  aines  lui  succédèrent. 

XXVIL  Michel-Gervais-Robert  da  Pomerbu,  mirquis  de 
Riceys,  né  le  25  octobre  1685,  conseiller  au  parlement  de 
Paris  le  17  mars  1706,  maître  des  requêtes  le  8  janvier 
1713,  sur  la  démission  de  son  père,  intendant  d'Alençon 
en  janvier  1720,  de  Tours  en  août  1726,  de  Pau  en  mars 
1731,  mort  à  Âuch  le  27  décembre  1734>  avait  épousé,  le 
1"  mars  1723,  Catherine  Oursin,  morte  en  couches  à 
Âlençon  en  juillet  1724,  fille  de  Jean  Oursin,  secrétaire  du 
roi  et  receveur  général  des  finances  de  Caen,  et  de  Catherine 
Allen.  De  ce  mariage,  il  a  eu  Auguste  Michel,  mort 
en  1726.  En  lui  a  fini  la  branche  aiuée.  Son  fière  cadet  lai 
succéda. 

XXVIII.  Jean-André  db  Pomereu,  marquis  de  Ricey,  se- 
cond fils  de  Jean-Baptiste,  conseiller  au  parlement  le  1*'  fé- 
vrier 1713,  mort  à  Soissons  en  1753,  avait  épousé,  par 
contrat  du  1 3  mai  1 732 ,  Elisabeth  de  Gourgue,  fille  de 
Jean-François,  marqnis  d*Auln  ly,  comte  A^  Vaires,  maître 
des  re(|uétes,  et  de  G  itherine-le-Marchand-de-Bardouville. 
Il  eut  pour  successeur  son  fils. 

XXIX.  Armand-Michel  de  Pomereu,  marquis  de  Ricey, 
né  le  1 9  juin  1 734,  chevalier  de  M.ilte  de  minorité,  a  quitté 
la  Croix,  a  été  conseiller  au  parlement  de  Paris  le  26  jan- 
vier 1759,  puis  reçu  président  à  mortier  au  parlement  de 
Rouen  en  1 762.  Il  épousa  Anne-Marie-Françoise  le  Roux 
dEsneval,  fille  de  Pierre-Robert  le  Roux  d'Esneval,  baron 
d*Acquigny,  président  à  mortier  au  parlement  de  Rouen,  et 


LES   RICBTS.  183 

de  Fraoçoise-Catherine  Clerel  de  Rampen,  b^roniiQ  du 
Bois-Normand,  mort  à  Paris  ^npoisoooé  en  1782, 

XXX.  Armand-Michel  de  Pombebu,  enfont  en  bas-âge^ 
lui  succéda.  En  1801,  il  vendit  le  château  et  la  terre  de 
Ricey  à  la  famille  Houët.  M""^  de  Zeddes^Houët  et  M.  Charles 
de  Taisne  possèdent  encore  aujourd'hui  ces  biens, 

S  III.  —  Administration  civile  de  Ricej  à  Pépoque  moderne. 

Les  Riceys  commencèrent  à  la  fin  du  xiv*  siècle  à  former 
trois  bourgs  distincts  connus  sous  les  noms  de  Ricey-Bas, 
Ricey-Haute^Rive  et  Ricey-Uaut,  en  remontant  le  cours 
de  la  Laignes.  Au  mois  d'octobre  1588,  le  roi  Henri  III  ac- 
corda à  Anne  de  Laval,  dame  des  Riceys,  la  permission  de 
faire  clore  de  munilles  les  trois  bourgs  (1).  Au  commen- 
cement du  xviii^  siècle,  chacun  des  trois  bourgs  était  encore 
fermé  et  entouré  de  murailles,  de  fossés  avec  des  ponts  en 
pierre  et  des  ponts-levis. 

Les  trois  bourgs  de  Ricey  avec  les  villages  de  Bagneux 
et  Beauvoir  dépendaient  de  la  même  justice  haute,  moyenne 
et  basse.  Cette  justice  appartenait  entièrement  au  seigneur 
de  Ricey,  et  elle  était  administrée  par  un  bailli  avec  trente 
officiers  :  un  lieutenant,  un  procureur  fiscal,  6  notaires, 
4  sergents,  12  procureurs,  4  greffiers,  un  greffier  à  Ba< 
gneux  et  un  maire  à  Beauvoir  (2). 

Le  roi  Louis  XV,  au  mois  de  juillet  1740,  accorda  à 
André  de  Pomereu ,  marquis  de  Ricey,  de  fixer  à  Ricey- 
Bas  le  siège  de  la  justice  pour  les  trois  bourgs  (3). 

Ricey  relevait  des  rois  pour  une  partie,  et  de  l'évèché 
de  Chalon-sur-Saône  pour  Tautre  partie.  Il  appartenait 


(1)  Ârchiv.  de  la  mairie  da  Ricey.  Goûtant,  Recueil  de  noteSf  p.  50. 

(2)  Gfir.  Nicolas  de  La  Brosse,  Descriptionf  p.  95 

(3)  Coûtant,  Recueil  de  notes^  p.  143. 


184  LES  BICET8. 

aux  généralités  de  Paris  et  de  Dijon  et  était  situé  sur  les 
confins  de  ces  deux  généralités.  Les  trois  bourgs  étaient  di* 
visés  entre  les  deux  provinces  de  Bourgogne  et  de  Cham- 
pagne, et  rntre  les  deux  intendances  de  Paris  et  de  Dijon  ; 
de  l'élection  de  Tonnerre  pour  Paris,  et  de  la  recette  de 
Bar-s'ir-Seine  pour  Dijon.  Ils  étaient  aussi  divisés  par 
moitié  entre  les  bailliages  de  Sens  et  de  Bar-sur-Seine. 
Les  appellations  du  juge  ressortissaient,  les  unes  au  bail- 
liage de  Bar-sur-Seine,  les  autres  au  bailliage  de  Sens,  ce 
qui  occasion  tait  souvent  des  frais  immenses  à  ceux  qui 
avaient  des  procès. 

On  comptait,  dans  la  seconde  moitié  du  xvui*  siècle  : 

A  Ricey-Bas.  .  .  .     i  ^J^^^^^    < «^  ^'^- 

(  Champagne,    90   — 

ABU*  (  Bourgogne,    127    — 

A  Ricey-Haut.  .  .     J  ^,  '      ^^ 

'*  \  Champagne,  102    — 

A  Ricey-Haute-Rive.       l^'^"^'''     f,   - 
''  (  Champagne,    97   — 


619  feux. 


Il  y  avait  à  Ricey  un  bureau  de  traites-foraines  sous  la 
justice  et  la  direction  de  celui  de  Langres  (1). 


(1)  Gfir.  GouRTEÉPÉE,  Histoire  de  Bourgogne^  t.  lY,  p.  433, 
d>  édition. 


LB8  RICBT8.  185 


CHAPITRE  VIII. 


Les  églises  paroissiales  des  Rlceys. 

L*égUie  Saiat-Pierr&-èt-Liens  dt  Ricey-Bas.  —  L'église  Saint-Jean-Baptitte  de 
Eieey-Haote-Rive.  —  L'égliie  Saint-Vincent  de  Ricey-Hant. 

§  I.  —  Uéglise  Saint-Pierre  de  Ricey-Bas. 

Cette  église  est  la  plus  ancienne  des  Irois  églises  des 
Riceys.  Le  dernier  arc-doubleau  du  collatéral  sud  du  chœur 
et  ses  pied-droits  appartiennent  au  xii*  siècle.  Les  cha{  i- 
teaux  des  deux  demii  rs  piliers  du  chœur  sont  du  xv*  siècle. 
Le  reste  de  l'édifice  appartient  au  xvi''  siècle. 

L*abside  est  à  trois  pans  ;  le  chœur  a  trois  travées  avec 
des  collatéraux  et  six  chapelles,  trois  de  chaque  côté.  Le 
transept  est  d'une  travée,  sans  chapelle,  ne  comprenant 
que  la  largeur  de  la  nef  et  des  bus-côtés  et  étant  dépassé  par 
les  chapelles,  il  forme  une  sorte  de  retrait  assez  désa- 
gréable. La  nef  est  accompagnée  de  collatéraux  et  de 
quatre  chaprlles  de  chaque  côté.  Cet  édifice  mesure 
48  mètres  40  de  longueur,  la  largeur  est  de  6  mètres  80  à 
l'abside;  de  24  mètres  70  au  chœur  et  à  la  nef,  de 
18  mètres  50  au  transept.  La  hauteur  est  de  12  mètres  aux 
maîtresses  voûtes,  à  l'abside,  au  chœur  et  au  transept;  de 
17  mètres  à  la  nef,  et  de  7  métrés  50  aux  collatéraux.  Une 
galerie  obscure  règne  au-dessous  des  fenêtres  de  la  grande 
nef. 

Le  grand  portail  occidental  est  la  partie  la  plus  moderne 
de  l'église,  il  ne  manque  pas  de  caractère  dans  son  ensemble, 
ni  de  beauté  dans  ses  détails  ;  c'est  la  dernière  expression 
delà  renaissance.  Sous  la  voussure  sont  ouvertes  trois  portes 


IM  LIS  EICBT9. 

qui  correspondent  à  la  grande  nef.  Les  portes  des  basses 
nefs,  de  chaque  côté  du  grand  portail,  appartiennent  à  une 
architecture  plus  ancienne;  celle  du  côté  droit  est  go- 
thique, et  celle  du  côté  gauche  est  dans  le  goût  de  la  re- 
naissance. 

On  voit,  au  transept  méridional^  une  porte  ayec  tympan 
coqronné  d'une  archivolte  ogivale.  Au-dessus  du  tympan, 
une  fenêtre  ogivale  longue  et  étroite. 

Au  transept  septentrional,  la  porte  est  partagée  en  deux 
baies  par  un  trumeau  et  surmontée  d*un  tympan  ogival  dont 
le  champ  est  nu;  au-dessus,  grande  fenêtre  ogivale  à  deux 
meneaux  légers  et  découpée  en  compartiments  irréguliers. 

Une  tour  rectangulaire  est  construite  sur  la  voûte  cen- 
trale du  transept;  elle  est  surmontée  d'une  flèche  un  peu 
grêle  dont  le  sommet  est  élevé  à  7  3  métrés  au-dessus  du 
sol  ;  les  angles  sont  couronnés  de  quatre  clochetons. 

Dans  l'église  de  Ricey-Bas,  plusieurs  détails  d'architec- 
ture, de  sculpture  en  bois,  de  peinture  sur  verre  attirent 
les  regards  du  connaisseur  (1). 

§  II.  —  Uéglise  Saint- Jean- Baptiste  de  Ricey- Haute -Rive. 

L'édise  de  Ricey-Haute-Rive  est  la  mieux  assise,  la  plus 
légère  et  la  pins  élégante.  Elle  affecte  la  forme  de  la  croix 
latine  et  sa  construction  est  du  xvi*  siècle.  L'abside  qui  a 
6  mètres  de  longueur  et  7  métrés  70  de  largeur  est  à 
cinq  pans  avec  cinq  fenêtres  à  légers  meneaux  et  à  com- 
partiments variés;  les  voûtes  sont  ornées  de  nervures 
croisées  formant  des  doubles  pendentifs.  Le  chœur  n'a  que 
deux  travées  en  profondeur,  il  est  ainsi  que  le  transept  et  la 
nef  accompagné  de  collatéraux  ;  il  mesure  1 0  métrés  60  de 


(i)  Cfr.  Arnaud  :  Foyage  archéologique  dans  le  département  de 
TAube,  p.  219  et  suiv.  —  D'Arbois  de  Jubmnville,  Répertoire  ar- 
chéologique du  département  de  l'Aube^  p.  80  et  suiv. 


uv  iMSTO.  i87 

longueur  et  18  mètres  20  de  largeur.  Le  transept  a  vm» 
tracée  4c  7  nètrea  de  longueur.  La  nef  a  quatrd  traréei 
«t  21  mètres  de  longueur  ;  la  hauteur  de»  rnaitreases  YO^tes 
est  de  16  mètres  environ,  et  celle  des  collatéraux  de 
8  mètres.  Partout,  les  profils  anguleux  des  arcades  s'épa- 
nouissent sur  le  fut  des  piliers  et  des  colonnettes  sans  chapi- 
teaux groupées  autour  des  piliers. 

Le  chœur,  le  transept  et  les  nefs  n'ont  pas  de  chapelles. 

La  principale  porte,  richement  décorée  dans  le  goût  de 
la  reiia.ssance,  est  divisée  en  deux  vantaux  par  un  pilastre. 
Une  colonnette  destinée  à  recevoir  une  statue  est  appliquée 
à  ce  pilastre  qui  est  surmonté  d'un  dôme.  De  chaque  côté  de 
la  baie,  on  voit  deux  autres  colonnettes  surmontét'S  de 
niches  à  clochetons  sur  lesquels  prend  nai>sance  un  grand 
arc  plein  cintre  qui  dessine  le  tympan  de  la  p«)rte;  au- 
d  ssus,  une  large  frise  avec  trois  niches  ;  elle  est  dominée 
par  une  corniche  et  une  large  fenêtre  cintrée  faite  au 
ivii^  siècle.  Dti  chaque  côté  de  la  porte,  ime  fenêtre  ogivale 
éclaire  les  bas  côtés. 

Les  portes  des  transepts  au  nord  et  au  midi  sont  en  arc 
suribaissé  avec  pilastres;  elles  sont  ornées  de  niches  avec 
culs-(le-lampe  et  clochetons  et  surmontées  d'un  fronton 
soutenant  un  arc  en  contre-courbe  qui  dessine  le  tympan. 
Les  transepts  sont  termiués  par  des  pignons  aigus. 

Au-dessus  du  transept  s'élève  une  tour.  Son  étage  supé- 
rieur est  décoré  d*tin  oi  dre  dorique-pilastre  avec  deux  ou- 
vertures sur  chaque  face.  Cette  tour  est  couronnée  par  une 
flèche  octogone  dont  le  sommet  s'élève  à  75  mètres  au- 
^ssus  du  sol  (1). 

§  III.  —  U^lise  de  Saint- Vincent  de  Ricey-Haut. 

L'église  de  Rlcey-Haut  se  compose  de  deux  églises  qui  se 

coupent  à  angle  droit.  La  plus  ancienne  est  régulièrement 

"^  - 

(1)  Foyage  archéoL  et  Répertoire  furehéçL  Ihid. 


188  LES   RICETS. 

orientée  ;  la  seconde  est  tournée  au  nord  et  sa  nef  n'est 
qu'un  prolongement  du  transept  nord  de  la  première,  à  la- 
quelle elle  est  soudée  perpendiculairement.  Ces  deux 
égiises  ont  été  construites  au  xvi*'  siècle. 

L'ancienne  église  a  31  mètres  de  longueur,  21  mètres  de 
largeur,  en  hauteur  14  mètres  aux  maîtresses  voûtes  et 
7  mètres  aux  collatéraux  et  aux  chapelles.  L'abside  à  cinq 
pans  est  fort  belle.  Elle  est  éclairée  par  cinq  fenêtres  ogi- 
Tales  à  deux  meneaux  avec  des  compartiments  variés.  Ces 
fenêtres  ornées  de  beaux  vitraux  sont  partagées  dans  leur 
hauteur  par  des  frises  à  jour.  Cest  dans  Tangle  rentrant,  à 
droite  du  sanctuaire,  qu'on  voit  la  riche  piscine  dessinée  par 
M.Fichot(l). 

Le  chœur  n'a  qu'une  travée  et  la  nef  deux.  Cette  nef 
a  un  collatéral  et  des  chapelles  au  midi  ;  et  un  collatéral 
seulement  au  nord.  Sur  les  gros  piliers  qui  soutiennent  la 
voûte  centrale  s'élève  une  tour  carrée  terminée  par  une  cor- 
niche denliculée,  percée  sur  ses  faces  de  deux  ouvertures 
ogivales  ;  sur  cette  tour  repose,  flanquée  de  quatre  cloche- 
tons, une  grosse  (lèche  octogone  qui  s'élève  à  66  mètres 
au-dessus  du  pavé  de  l'église. 

La  nouvelle  église  fut  construite  pour  agrandir  la  pre- 
mière qui  ne  pouvait  être  prolongée  qu'au  nord,  étant  bor- 
née à  Torient  par  la  grande  rue  et  à  l'occident  par  la 
rivière.  Cette  seconde  église  a  46  mètres  de  longueur  dont 
21  fournis  par  la  largeur  du  transept  de  la  première 
église.  La  nouvelle  nef  ajoutée  se  compose  de  trois  travées 
avec  collatéraux  et  chapelles.  Elle  est  couronnée  par  une 
abside  à  cinq  pans,  éclairée  de  cinq  belles  fenêtres  en  plein 
cintre  et  élevées.  Les  bas  côtés  sont  terminés  par  des  murs 
droits  et  éclairés,  comme  la  nef,  de  fenêtres  cintrées,  à  lar- 
ges bases  et  à  deux  meneaux.  La  largeur  de  cet  édifice  est  de 

(1)  Fùyage  archéoLy  p.  216. 


LES    RICEYS.  189 

6  mètres  50  à  Tabside  et  de  26  mètres  10  à  la  nef;  les 
maîtresses  voûtes  ont  14  mètres  de  hauteur;  les  collaté- 
raux et  les  éhapelles  7  mètres  (1). 


CHAPITRE  IX. 


Eclaircissement  géographique  sur  Panllacus 

(Côte-d'Or). 

Dans  le  cours  de  notre  travail,  nous  avons  parlé  si  sou- 
vent de  Pauliacus  que  nous  croyons  devoir  faire  connaître 
ce  village  dont  le  territoire  est  encore  adjacent  à  celui  de 
Ricey.  Cette  question  de  géographie  ancienne  intéresse  les 
antiquités  de  la  Côle-d'Or.  Où  était  situé  le  village  de  Pau- 
liacus désigné  dans  les  chartes  de  Léothérie  et  d*Ingora? 

Les  Bénédictins  d'Âchery,  Mabillon,  Cotrou,  Bouquet 
traduisent  Pauliacus  par  Pouilli;  parmi  les  modernes,  les 
uns  ont  vu  dans  Pauliacus,  Pouilly-en-Auxois  (Côte-d'Or), 
canton  de  Beaune,  d'autres  se  demandent  si  Pauliacus  ne 
serait  pas  Prusly-sur-Ource  (Côte-d'Or),  canton  de  Châ- 
tillon. 

Il  faut  d'abord,  selon  les  termes  dos  chartes  de  Léothérie 
et  d'Ingora,  chercher  Pauliacus  dans  le  Pagus  Laticensis, 
le  Laçois;  or  il  est  évident  que  Pouilty-en-Âuxois  n'a  jamais 
pu  entrer  dans  les  limites  du  Pagus  Laticensis^  que  nous 
avons  én(»ncées  plus  haut;  écarlons-donc  cette  première 
supposition.  A  la  vérité,  Prus!y-sur-Ource  appartenait  cer- 
tainement au  Pagus  Laticensis^  toutefois  il  est  impossible 
de  voir  dans  Prusly  l'ancien  Pauliacus)  car  Pauliacus 
n'est  autre  que   Pouilli,  conformément  à  Tinterprétation 

(1)  Voyage  arehéoL  et  Répertoire  archéoL  Ibid. 


190  LES   BfCBYS. 

des  Bénédictins  qui  ont  encore  raison  sur  ce  point.  Mah  où 
trouve-l-on,  dans  le  Laçois,  le  village  désigné  dans  les  do- 
cuments appartenant  à  Tabbaye  de  Saint-Pîerre-le-Vîf, 
sous  le  nom  de  Pauliactis  et  appelé  dans  les  documents 
de  Tabbaye  de  Molème  Poliacus^  Poeliacus,  Poleiacus^ 
Poilliaats  et  que  les  Bénédictins  nomment  Pomllil  Ce  vil- 
lage de  Pouilli,  en  partie  détruit,  était  adjacent  à  Molème 
et  jusques  en  11 59,  Molème  fut  un  écart  du  village  et  de  la 
paroisse  de  Pauliacus.  Nous  le  prouvons. 

Comme  nous  l'avons  vu  plus  haut,  le  village  de  Pau- 
liacus  Pouilli  (avec  les  villages  voisins ,  Beciacus  Ricey  et 
Bagnolus  Bagneux-la-Fosse)  fut  donné  par  Léotbérie  et 
Ingora  à  Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif,  puis  repris  à  titre 
de  cens  (1). 

En  1065,  cet  acte  de  précaire  est  renouvelé  en  faveur  de 
Bernard  de  Montbar  et  d'Humberge  de  Ricey  sa  femme. 
A  leur  mort,  Milon,  le  cadet  de  leurs  enfants,  obtenait  le 
village  de  Pauliactis,  tandis  que  ftainard,  son  frère  atoê, 
avïût  en  partage  Ricey  (2);  mais  Riûnard  conserva  aussi 
quelque  droit  sur  Pauliacas^  ainsi  qu'Aleth,  leur  sœur, 
mère  de  saint  Bernard. 

Vers  1075,  Hugues  de  Maligny,  surnommé  Fortunùj 
donnait  sa  part  dans  Taleu  de  Molème  pour  la  fondation  de 
l'abbaye,  «  frairibus  in  loco  servituris  »  mais  il  réserve  sa 
part  dans  la  dîme  de  l'église  paroissiale  de  Poliacus  dont 
Molème  dépendait.  Tcc«4in,  mari  d'Aletb,  figure  parmi  les 
témoins  de  cette  donation  (3).  Dans  une  charte  de  GeoCfroi, 
évèque  de  Langres,  à  la  date  de  1114  et  relative  à  cette 


(1)  Voir  plus  haut,  chap.  IL 

(2)  Ibid. 

(3)  iw  Cari%d.  Molème,  p.  1.  —  Gallia  ehrisL,  t.  IV,  col.  147. 
tIeUe  charte  ûit  donnée  au  temps  de  PhHippe,  roi  de  France,  i06^ 
iiûB;  de  Rohert,  duc  de  Boui^gogne,  1032-1075;  de  Rainard,  éTê<pi0 
de  Liangres,  1065-1Q85;  on  peut  donc  la  fixer  à  Tan  1075,  l'année 
mécbe  de  la  fondation  dé  l'fll^ye,  sdon  la  lAus  gninde  prohiO^ilitt. 


LB8   RICETS.  191 

même  donation  de  Hugues  de  Maligny,  Poliacus  est  appelé 
Poilli  (1),  et  dans  les  nombreuses  pièces  des  cartulaires  de 
Molême  où  il  est  question  de  Poliacus^  on  lit  toujours  en 
marge  :  «  Pouilly  proche  Moléme.  » 

En  1101,  Robert  de  Bourgogne,  évèque  deLangres,  con- 
firme à  Tabbaye  de  Moléme  toutes  ses  possession»,  parmi  les- 
quelles on  trouve  «  tout  d'abord  le  \\e\x  même  de  Molême, 
qui  est  le  siège  et  le  chef-lieu  de  Tabbaye  avec  l'église  de 
Pouilli  qui  est  le  chef  lieu  de  la  paroisse  à  laquelle  appar* 
tient  Moléme  (2).  b  Au  commencement  de  Tannée  1114 
(1 113  y.  st.)  Milon  de  Montbar,  oncle  de  saint  Bernard,  se 
fit  religieux  :  il  possédait,  comme  nous  l'avons  vu  ^  le  village 
de  Paulachts  (3);  or,  en  quittant  le  monde,  il  donna 
litterali  testamento  et  du  consentement  de  son  frère  Râinard, 
seigneur  de  Montbar,  à  Tabbaye  de  Moléme,  cet  alen 
{alodhtm  de  Poilliaco)  avec  toutes  ses  dépendances,  usa- 
ges, coutume?,  serfs,  terres,  bois,  prés,  eam  et  pâturages. 
Hugues^  comte  de  Troyes,  et  Milon,  comte  de  Bar-sur- 
Seine,  sont  témoins  de  cette  charte  (4),  qui  renfermait  une 
vente  déguisée  ;  car  la  chronique  de  Saint-Pierre-le^  Vif 
dit  formellement  que  a  Tabbé  de  Molême  acheta  de  Milon, 
fils  de  Bernard  de  Montbar,  le  village  de  Pauliacus,  moyen- 
nant 150  1.  de  deniers.  »  Et  afin  qu'il  n'y  eut  pas  de  doute 
possible  sur  l'identité  du  Poilliacus^  voisin  de  Molême, 
avec  le  Pauliacus  donné  par  les  sœurs  c*e  Saint-Ebbon, 
la  chronique  ajoute  :  a  Ce  vill  ige,  ainsi  que  Ricey,  provient 
de  donations  faites  à  Tabbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif  pur 


.»-^-^i«|l  I  >  M    II    I      .       > 


(1)  2«  Cariul.  de  Moléme^  fol.  5  r*. 

(3)  c  In  primis  locum  ipsius  Molismi  fitadaraenlmn  et  eaptit  fp^us 
abbatie ,  ecclesiam  Polliad  capat  ejusdem  parochie.  »  -^  Archiv. 
Côte-d'Or,  origin,  Moléme.  2*  Curtul.  Molême^  p.  3.  —  Elle  86  trouve 
aussi  p.  1  ;  mais  on  lit  en  tête,  par  erreur,  Raynaidus  au  lieu  de  Ao- 
bertus.  ^  GalUa  christ.^  t.  IV,  col.  150. 

(3)  Voir  phis  haut,  ehap.  H. 

(4)  1er  Carttd.  Moléme,  p.  116. 


192  LES    RICETS. 

Ingora  et  Léothérie  (1).  Arnaud,  abbé  de  Saînt-Kerre-le- 
Vif,  apprenant  que  le  village  de  Pouilli  était  vendu,  arriva 
à  Moléme  le  9  mars  1114,  et  demanda  justice  à  Tabbé, 
représentant  que  Pauliacus  était  Taleu  de  Saint -Pierre-le- 
Vif;  Tabbé  de  Moléme  demanda  jusqu'aux  Rogations  pour 
répondre  (2).  Alors  commence  un  procès  qui  est  poursuivi 
par  Tabbé  de  Saint-Pierre^  conjointement  avec  le  procès  re- 
latif à  Téglise  de  Ricey,  contre  Tabbé  de  Moutier-Saint- 
Jean,  comme  nous  Tavons  vu  plus  haut  (3).  Enfin  en  i  120, 
Arnaud^  abbé  de  Sainl-Pierre-le-Vif,  ratifia  la  vente  de 
Pouilli  en  Chapitre,  auquel  se  trouvaient  l'archevêque 
Daimbert,  le  doyen  Haton,  et  Tarchidiacre  Thibaut.  L'abbé 
expose  que  Gui,  abbé  de  Moléme,  s'est  présenté  à  l'abbaye 
de  S  iint-Pierre-le-Vif ,  et  qu*il  a  demandé  à  titre  de  cens 
le  village  de  Pouilli  adjacent  à  Moléme  {villam  sibi  conâ- 
guam  notnhie  Poleiacum  a  nobis  competiit)  sa  demande  fut 
d*abord  octroyée  dans  l'assemblée  des  évéques  à  Ponte- 
mois  (4)^  en  présence  de  Jocerand,  évoque  de  Langres,  de 
Guillaume,  évéque  de  Châlons,  de  Burchard,  évéque  de 
Meaux,  et  de  Hugues,  évéque  d'Anxerre,  ainsi  que  des 
comtes  Guillaune  de  Nrvers,  et  Milon  de  Bar-sur-Seine. 
Pour  cette  concession,  l'abbuye  de  Moléme  paiera  tous  les 
ans  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif,  cinq  sous  de  cens,  le 
jour  de  la  Saint-Pierre,  29  juin  (5). 

En  1129,  les  héritiers  de  Milon  de  Montbar,  religieux, 
ratifient  la  cession  du  village  de  Poeliacus  à  Tabbaye  de 


(i)  GLàRros,  Chronic.  S.  Pétri  Vivi^  adann.  1113. 

(2)  Ibid. 

^)  Gfr.  chap.  II.  Chronic.  S.  Pétri  Vivi,  ad  ann.  1114, 1116, 1119. 

(4)  Hameau ,  cm  de  Joux-la-Ville  (Yonne),  c'est  le  premier  siéfe 
de  Fabbaye  de  Reigny,  procbe  Vermenton. 

(6)  1*^  Cartul.  Moléme^  p.  124.  Cette  cbarte  vient  sous  le  titre  de 
concestio  monachorum  Sancti  Pétri  Vivi^  de  Poeliaeo,  Avec  l'abbé 
de  Saint-Pierre,  23  religieux,  parmi  lesquels  on  remarque  Clariu$t 
apposent  leur  seing  à  cette  charte. 


LES    RICBTS.  193 

Moléme.  Par  une  charte  scellée  au  château  de  Montbar, 
Bernard,  seigneur  de  Montbar,  fils  de  Rainard,  Comtesse, 
sœur  de  Bernard  de  Montbar,  Renier,  mari  de  Comtesse,  et 
André,  oncle  de  Bernard  de  Montbar^  par  Tintervention  de 
Bernard,  abbé  dé  Clairvaux,  amsi  que  de  Girard  et  de 
Nivard ,  ses  frères ,  confirment  la  cession  du  village  de 
Poiliiacus^  faite  aux  religieux  de  Moléme  par  Milon,  frère 
de  Rainard  de  Montbar.  Saint-Bernard  et  ses  frères  sous- 
crivent la  charte  avec  leurs  cousins  germains  (1).  —  La 
même  année,  Etienne,  qui  était  clerc,  fils  de  Rainard,  sei- 
gneur de  Montbar  {filius  Rainardi  domini  de  Montebarro) 
et  neveu  de  Milon  [Milopatruus  Stepham)^  ratifie  et  con- 
firme la  cession  du  village  de  Pouilli  qui  est  la  paroisse  dont 
Moléme  dépend  [de  villa  Poeliaco  que  est parochia  Mo- 
iùmi).  Parmi  les  témoins  figurent  Robert  de  Ricey  et  Olhon 
son  fils  (2).  La  même  année  1129,  Guillaume,  évêque  de 
Langres,  dans  une  confu'mation  des  possessions  de  Tabbaye 
de  Moléme,  affirme^  ainsi  que  son  prédécesseur  Robert  de 
Bourgogne  en  1101,  que  l'abbaye  de  Moléme  est  sur  la  pa- 
roisse de  Pouilli  (3).  Dans  un  privilège  du  pape  Eugène  III, 
concédé  le  18  novembre  1145,  on  trouve  d'abord  le  mo- 
nastère lui-même  avec  la  chapelle  de  Sainte-Cioix  et  le 
faubourg  de  Moléme,  puis  Féglise  de  la  paroisse  qui  est 
Saint-Pierre  de  Pouilli  (4).  A  cette  époque,  Moléme  n'était 
donc  qu'un  burgus  dont  le  chef-lieu  était  Pouilli.  L'an  1 1 54, 

(1)  \w  Cartul,  Moléme^  p.  123  :  cr  Bemardus,  dominus  Montis- 
barri.  filius  domini  Rainardi,  et  Comitissa  soror  ipsius,  Rainerius , 
Comitisse  maritus,  Andréas  avunculus  Bemardi,  interventu  Bemardi 
abbatis  Clarevallis,  Girardi  et  Nivardi  fratrum  ipsius...  > 

(2)  Ibid.  Cette  charte  et  la  précédente  sont  importantes  au  point 
de  vue  de  la  généalogie  de  S.  Bernard. 

(3)  Gallia  christ,  t.  IV,  col.  162.  —  C. 

(4)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  AfoWmc.  —  Mabtllon,  Annal,  ord. 
S.  Bened.y  t.  VI,  p.  362  :  c  Ipsum  Molismense  monasterium,  cum 
capella  Sancte  Grucis  et  burgo  in  quo  consistit,  et  ecciesiam  Sancti 
Pétri  de  Poliaco  cum  altare  et  oblationibus...  > 

T.  XZXTl.  13 


194  LES   RICBTS. 

Geoffroy,  évéque  de  Langres,  nous  apprend,  dans  ine 
charte,  qu'à  la  prière  d'Etienne,  abbé  de  Molème,  il  éri^ 
en  titre  paroissial  la  chapelle  de  Sainte-Croix  qui  était  dans 
Fenceinte  de  Tabbaye,  mais  les  morts  devaient  être  portés 
comme  par  le  passé  à  Téglise  principale  {admajorem  ecch- 
siam)  (1  )•  Pouilli  continuait  donc  à  être  chef-lieu  de  paroisse, 
conmie  le  prouve  une  autre  charte  octroyée  par  Geoffroi 
en  1159,  car  il  renouvelle  dans  les  mêmes  termes  que  ses 
prédécesseurs  Robert  de  Bourgogne  et  Geoffroi,  la  confir- 
mation des  biens  de  Fabbaye  (2).  Le  pape  Alexandre  111,  de 
8on  côté,  renouvelait  aussi  dans  les  mêmes  termes  en  1 1 70, 
le  privilège  accordé  par  Eugène  III  (3). 

Mais,  à  partir  de  1 170,  les  chartes  et  les  cartulaires  se 
taisent  sur  Pouilli.  L'église  et  une  partie  de  la  paroisse 
furent-elles  détruites  sur  la  fin  du  xu*  siècle?  L'érection 
en  titre  paroissial  de  la  chapelle  de  Sainte-Croix  dans  l'en- 
ceinte de  Tabbaye  et  surtout  les  aumônes  des  religieux  attî- 
rèrent*elles  peu  à  peu  les  paroissiens  de  Pouilli  au  point  que 
le  faubourg  de  Molême  devint  tout  à  la  fois  chef-fieu  de  vil- 
lage et  de  paroisse  ? 

Ce  que  nous  savons,  c'est  qu'en  1 240  le  village  de  Pouilli 
n'existait  plus,  ou  avait  perdu  son  nom  ;  car  au  mois  de 
janvier  (1239  v.  st.)  Robert  deTorote,  évêque  de  Langres, 
permettant  à  l'abbé  de  Molême,  Christophe,  frère  de  Pierre 
d'Essoyes,  de  mettre  sous  la  garde  du  roi  de  France  les 
villages  appartenant  à  son  abbaye,  ne  mentionne  pas  Pouilli, 
mais  seulement  :  Molême,  VilKers,  Channay,  Nicey,  Gignj, 


(4)  Archiv.  Gôte-cFOr.  Origin.  Molême.  —  2«  Cartid.  Molême^ 
p.  5  :  c  Ego  Godefridus  ad  preces  Stepbani...  consecravi  alttre 
illius  capelle  parochialis  constructe  infra  cymeterium  ejusdem  mo- 
nasteriL  » 

(2)  Archiv.  Gôte-d'Or.  Origin.  Molême.  —  2«  Cartul.  Molême ^ 
UÀ.  5  vo.  —  GaUia  chriet ,  t.  IV,  col.  177. 

(3)  Archiv.  Gôte-d'Or.  Origin.  Molême. 


LES   RIGETS.  195 

Nitry  et  Lichères  (1).  —  Ajoutons  qu'aucun  pouillé  du 
diocèse  de  Langres  à  partir  du  w*  siècle,  ne  parle  de  la 
paroisse  de  Pouilli. 

Au  moment  où  la  paroisse  de  Pouilli  disparaît,  nous 
soyons  apparaître  la  paroisse  de  Moléme  avec  son  curé  : 
en  1 23 1 ,  sous  le  sceau  de  Félix  presbiter  Molismensis^ 
Pierre  de  Moléme  donna  à  Fabbaye  une  maison,  le  jour  où 
il  prit  Fbabit  religieux  in  domo  leprosorvm  de  Suvri  (2); 
nous  avons  vu,  à  la  date  de  1234  :  F.  Decanus  Molismen-' 
sis;  Félix,  dans  une  charte  de  1 236,  prend  le  titre  de  Cura- 
tus  Molismensis  (3).  Moléme,  en  devenant  chef-lieu  de 
doyenné,  passa  dans  Tarchidiaconé  de  Tonnerre.  Jus- 
qu'alors il  avait  appartenu  (ainsi  que  Pauliaciis  dont  il  dé- 
pendait), au  Pagus  Laticensis  et  à  Tarcbidiaconé  du  La- 
çois. 

Enfin,  d'après  quelques  pièces  qui  existent  aux  archives 
de  la  Côte-d'Or,  il  résulte  :  qu'en  1636  une  des  portes  de 
Moléme  s'appelait  porte  de  Pouilli;  qu'en  1742,  Templa* 
cernent  de  Pouilli  était  traversé  par  le  chemin  qui,  de  Mo- 
léme, mène  à  Gyé  et  à  Mussy  (4)  ;  et  le  dernier  pouillé  de 
l'abbaye  de  Moléme  écrit  en  1782,  s'exprime  ainsi  :  o  La 
cure  de  Moléme  autrefois  appelée  Ecclesia  Sancti  Pétri  de 
Poliaco  était  située  hors  de  Moléme  ;  on  en  voit  encore 
quelques  vestiges  en  allant  à  l'étang  de  Sury.  Cette  paroisse 
a  été  donnée  en  1 120  par  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vif... 
Le  litre  de  la  paroisse  a  été  depuis  transféré  auprès  de  l'ab- 
baye, dans  la  chapelle  des  domestiques,  sous  le  titre  de 
Sainte-Croix.  »  Il  existe  encore  maintenant  au  bas  du  village 


(i)  2«  Cartul.  Moléme,  fol.  8  ro. 

(2)  2*  Cariul,  Moléme,  fol.  52  ro.  Il  s'agit  d'une  léproserie  qui 
existait  proche  de  l'étang  de  Sury.  Cet  étang,  à  2  kilomètres  au  nord- 
est  de  Moléme,  est  maintenant  à  sec. 

(3)  2*  CariuL  Moléme,  fol.  53  ro. 

(4)  ArchiT.  Gôte-d'Or.  —  F.  Moléme. 


196  LES   RIGETS. 


de  Molème,  dans  sa  partie  nord-est,  une  petite  me  qui 
porte  le  nom  dé  Rue  de  Pouilly  (1). 


Donation  par  Léothérle 
au  monastère  de  Saint-Pierre-le-Vif  de  Sens 

—  695  — 

Dominae  semper  ac  venerabilis  basilicae  Sancti- Pétri  apostoli, 
quae  est  constructa  sub  opidum  Senonis  civitate,  nbi  domna 
Theodechildis  regina  requiescit  in  corpore,  ubi  venerabilis  Virai- 
boldus  abba  vel  monachi  sub  sancta  régula  desenrire  yidentnr, 
Leotheria  sive  Mummia  timens  Deum,  cogitans  de  stema  retribn- 
tjone^  ut  mihi  Dominus  Deus  in  futurum  aliquid  de  peccatis  meb 
minuere  dignetur;  vel  pro  loco  sepulturio  corpusculum  meum,  ut 
in  ipso  sacre  loco  monasterio  Sancti-Petri  sepelire  mereretnr. 
Propterea  dono  ipsi  monasterio  superius  memorato  illum  mansum 
indominicatum  et  ipsam  ecclesiam  ad  ipsum  mansum  pertinentem, 
quae  ecclesia  est  in  houore  Sancti  Pétri,  et  illas  res  tam  de  patemo 
quam  de  materne,  vel  de  quolibet  atracto  mihi  obvenit,  qui  conjacet 
ipse  mansus  et  illa  ecclesia  et  illae  res  in  page  Lastcense,  in  villas 
nuncupantas  Reciaco  sive  Pauliaco,  cum  omnes  adjacentiis  sive 
mancipiis  meis  vel  omnes  portiones  meas  sive  ingrediciis,  tam  in 
raansis  quam  in  farinariis  seu  et  silvis,  necnon  et  in  pratis^  pascuis, 
aquis  aquarumve  decursibus,  omnium  praesidium  et  omne  genus 
peculium  utriusque  sexus  generis,  quod  dici  aut  nominari  potest, 
seu  et  in  antea  augere  et  meliorare  potuero,  ad  ipsum  monasterium 
perennis  temporibus  ibidem  proficiat  in  augmentis.  Si  quis  vero 
quod  futurum  esse  non  credo,  si  ego  ipsa  aut  aliquis  de  haeredibus 
meis  vel  ulla  quaelibet  obposita  persona  qui  contra  banc  epistolam 
donationis  venire  conaverit,  et  insuper  inférât  partibus  ipsius  mo- 
nasterii  una  cum  fisco  auri  libras  duas  argenti  pondus  Y  esse  mnl* 


(1)  Nous  remercions  sincèrement  M.  Gamier,  archiviste  de  la 
Côte-d'Or,  du  concours  bieuTeillant  qu'il  nous  a  prêté  dans  nos 
cherches  pour  cette  question. 


LES   RICETS.  -197 

tandam;  et  praesens  donatio  ista  firma  omni  tempore  permaneat 
siib  stipulatione  sabnexa.  Actum  basilica  Sancti  Pétri. 

Leotlieria  sive  Mammia  banc  epistolam  donationis  fieri  et  fir- 
mare  riigavi. 

Ragnoaldus  diaconas  rogitus  scripsit. 

Teutleoterius,  Lupus,  Donnus,  Babo,  Norbertus,  Magwinus^ 
Tbeoderindus,  Leutbertas. 

Quintodecimo  Kal.  jun.  anao  quinto  regni  nostri  Chlodovei  régis, 
Gandolandus  prassbiter,  ordinante  domna  Leotberia^  hanc^  episto- 
lam scripsi  et  confinnavi. 


Donation  par  Ingora 
au  monastère  de  Saint-Plerre-le-Vif 

—  21  octobre  711  — 

In  nomine  Patris,  et  Filii,  et  Spiritus-Sancti. 

Cum  omne  donum  optimum  sit  dcscendens  a  pâtre  luminum^ 
oportet  UQÎcuique  de  aeterna  salute  cogitare  et  tractare^  atque  de  ca- 
duca  bujus  seculi  facultate  aeternam  sibi  parare,  ut,  cum  dies  extre- 
mus  advenerit,  noa  invéniit  unumquemque  imparatum,  sed  diii- 
genter  bonis  operibus  precinotum.  Quia  Daminus  noster,  Jesus- 
Ghristus,  ac  redemptor  omnium,  per  sanctum  evangelium  clara 
voce  intonal,  dicens;  Thesaurizate  thesaurosin  cœlo,  ubi  fures  non 
effodiunt,  nec  furantur  et  facite  vobis  amicos  de  mammona  iniqui- 
tatis  qui  vos  recipiant  in  aeterna  tabernacula. 

Haec  ego^  Ingoara,  Di3o  sacrata  meam  tractans  et  mente  conside- 
rans  aeternam  retributionem  pro  minuendis  meis  meorumque  an- 
tecessorum  peccatis,  dedi  de  rébus  propriis  meis  monasterio  Sancti- 
Petri  quod  est  constructum  sub  oppedo  civitatis  Senonum,  ubi  yir 
venerabilis  Cbrodolinus,  abbas,  cum  monachis  suis,  ibi  Deo  deser- 
yientibus,  preesse  regulariter  vldetur  ;  et,  a  die  presenti,  per  banc 
cartulam,  banc  donationem  confirme  et  donatam  in  perpetuum  esse 
décerne.  Hoc  est  :  Porcionem  meam  in  villa  quas  dicitur  Fontanas, 
quae  est  sita  in  page  Ternodorense,  et  quicquid  in  eadem  posses- 
sione,  tam  de  paterne  quam  de  materne  jure  obvenit,  una  cum  ad- 
jacenciis  vel  appendiciis  ad  ipsas  Fontanas  pertinentes;  sed  et  in 
page  Latcinsse^  Pauliacum  et  Bannolum  et  Reciacum,  vel  reliqua 
locelia  quae  ad  ipsas  Fontanas  aspicere  videntur,  tam  terris,  demi- 


198  LBS   RICETS. 

bus,  aedificiis,  liberis,  opéra  acolaram,  vineis,  silyis,  pratis,  pascnis, 
terris  caltis  et  incultis,  aquis  aquaramve  decursibus,  omne  presi- 
dium  et  omne  genus  peculiom  utriusque  generis  aut  sexos  qaod  diei 
aut  nominari  potest. 

Concedo  etiam  ut  quicquid  in  antea  in  bis  donationîbus  aogere 
yel  meliorare  potero^  ut  proficiat  in  augmentis  ser^orum  Dei  in 
ipso  monasterio,  ipsi  Deo  et  sanctis  ibi  quiescenttbus,  atque  omnibus 
sanctis,  omnibus  temporibus. 

Si  quis  vero,  quod  fieri  non  credo,  aut  ego  ipsa,  aut  aliquis  de 
heredibus  meis,  aut  quaelibet  ulla  opposita  persona,  contra  praesea- 
tem  donationem  quam  ego  plenissima  voluntate  mea  fieri  et  firmare 
rogavi,  quolibet  ingenio  venire,  aut  infringere  conatus  fuerit»  in 
primis  )ram  Dei  coclestis  inciJat,  et  a  Iminibus  omnium  aecclesia- 
rum  vel  bonorum  hominum  Christianorum,  seu  ipsius  sancti  loci 
extraneus  et  excommunis  appareat,  et  insuper  inférât  partibus  ip- 
sius monasterii  una  cum  socio  fisco  auri  libras  II,  argenti  pondéra 
quinque.  El  praesens  donatio  omni  tempore  ferma  stabilitate  debeal 
perdurare  stipulatione  subnexa.  Actum  Senonas. 

t  Ingoara,  banc  donacionem  a  me  factam  confirmo. 

In  Domlni  nomine,  Ibbo,  peccator,  episcopos  subscripsit. 
f  Andegangus,  peccator,  arcbidiaconus. 
f  Filex,  lector. 
f  Leodechinus. 

f  Et  Boso,  indignus  peccator,  abbas. 
f  Austinp'us,  lector. 
f  Leotharius,  peccator,  abbas. 
t  Agobaudus. 
t  Ermenaudus. 

f  Ermembertus  rogante  Deo  sacrata  Ingoara,  banc  donationem 
subscripsi  et  notari  sub  die  XII  Kal.  novembris,  anno  primo  regni 
donni  nostri  Dagoberti,  régis. 


On  trouve,  parmi  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  na- 
tionale ,  des  pouillés  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre-le-Vîf 
{Latin  11814,  ft)l.  229),  de  Moutier-Saint-Jean  [ibid., 
fol.  93),  et  de  iMolême  {Latin  11813,  fol.  405). 


DU     PROJET 


D'UNE 


RÉFORME  DE  L'ENSEIGNEMENT 


Par  M.  BAUDRIMONT 


Par  M.  ASSOLLMT,  membre  résidant. 


Messieurs, 

S'il  est  une  question  dont  on  puisse  dire  qu^elle  est  à 
Tordre  du  jour,  c'est  c^lle  que  M.  Baudrimont,  professeur 
de  chimie  à  la  Faculté  d^s  Sciences  de  Bordeaux,  a  traitée 
dans  son  Projet  et  une  réforme  de  renseignement.  Ce  Mé- 
moire remplit  133  pages  des  Actes  de  f  Académie  des 
Sciences,  Belles-Lettres  et  Arts  de  Bordeaux^  année  1 870  ; 
mais  c'est  en  1872  seulement  que  vous  ayez  reçu  ce  vo- 
lume, c'est  à  notre  séance  du  17  mai  dernier  que  notre 
Président  me  Fa  remis,  en  me  chargeant  de  tous  en  rendre 
compte.  Une  absence  prolongée  m'a  empêché  de  le  faire  sur- 
le-champ,  et  au  moment  où  je  venais  de  lire,  sur  le  même 
sujet,  une  publication  récente  de  M.  Michel  Bréal  :  Quelques 
mots  sur  r instruction  publique. 

Sous  ce  titre  modeste»  M.  Bréal  signale,  lui  aussi,  les  vicei 
et  les  lacunes  de  notre  enseignement,  en  allant  de  la  base  an 


200  RÉFORME   DE   l'eNSEIGNEMENT. 

sommet.  Mais  sa  vive  et  intéressante  critique  des  méthodes 
et  des  exercices  en  u<age  dans  nos  Ecoles  primaires,  nos 
Lycées  et  nos  Facultés,  n'aboutit  pas  à  un  système  de  ré- 
formes positivement  formulé  ;  il  iudique  lu  direction  à  suivre 
plutôt  que  les  moyens  à  employer,  et,  ne  parlant  en  détail 
que  de  ce  qu'il  connaît  par  expérience,  c'est  à  peine  s'il 
fait  mention  de  la  partie  scientifi<|ue  de  renseignement, 
s^occupant  spécialt^ment  des  résultats  intellectuels  et  moraux 
de  sa  partie  littéraire. 

Le  titre  que  M.  Baudrimont  a  donné  à  son  travail  té- 
moigne d'une  ambition  plus  haute,  et  il  n'a  reculé  devant 
aucune  de^  difficultés  du  problème.  Pour  le  résoudre  tout 
ent  er,  il  a  tracé  un  plan  d'exécution  auquel  on  peut  repto- 
cher  d*èlre  si  complet,  si  détaillé,  qu'à  force  de  vouloir  être 
pratique,  il  arrive  à  ne  plus  Tètre  du  tout;  son  projet  n'est 
qu'uue  utopie.  Et  ce  n'est  pas  là  une  fin  de  non-recevoir 
que  je  lui  oppose.  Rien  de  plus  légitime  que  l'utopie, 
pourvu  qu'elle  se  donne  pour  ce  qu'elle  est,  et  qu'elle  ne 
prétende  pas  s'imposer  par  la  violence.  Produit  naturel  de  la 
théorie  qui  aspire  à  se  réaliser,  elle  doit,  si  elle  veut  être 
acceptée,  ne  pas  se  montrer  trop  impérieuse,  et  tenir 
compte  des  obstacles,  en  se  contentant  de  modifier  plus  ou 
moins  profondément  ce  qui  est,  sans  vouloir  le  détruire  de 
fond  en  comble  pour  refaire  d'un  seul  coup  tout  Tédifice. 
La  perfection  est  le  but,  et  il  faut  savoir  gré  aux  hommes  de 
cœur  et  de  conviction  sincère  que  l'impossibilité  d'y  at- 
teindre ne  décourage  pas,  qui  pensant  avec  raison  que  le 
mieux  n'est  pas  Tennemi  du  bien,  quand  il  cherche  à  rem- 
placer le  m^l,  travaillent  selon  leurs  forces  à  l'améliora- 
tion indispensable  de  notre  enseignement  actuel.  Qu'ils 
aient  trop  de  foi  en  leurs  idées,  que  les  difficultés  qu*ils 
rencontreraient  dans  le  monde  réel,  et  qu'ils  aperçoivent, 
soient  trop  aisément  levées  par  une  imagination  complai- 
sante dans  l'état  idéal  qu'ils  rêvent,  il  faut  excuser  en  eux 
cette  sorte  d'enivrement.  En  montrant  tout  ce  qui  manque 


KÉFOIIMB   DB   t'ENSIIGNElIElfT.  201 

à  notre  enseignement  public,  en  cherchant  obstinément  ce 
qu'il  faudrait  faire  pour  remédier  à  son  insuffisance,  ils  ob- 
tiendront, eepérons-le,  des  amélorations  sérieuses.  L'im- 
portant est  qu'on  commence ,  et  qu'après  avoir  fait  un  pas 
on  se  prépare  à  en  faire  un  autre.  Mais  aussi  rien  ne  serait 
plus  nuisible  que  de  trop  entreprendre  à  la  fois  :  hommes 
et  ressources  matérielles  manqueraient  égal  ment. 

M.  Baudrimont  me  semble  ayoir  oublié,  dans  son  projet, 
les  limites  du  possible.  Pour  vous  en  convaincre,  je  n'ai  be- 
soin que  de  vous  l'exposer  sommairement.  La  première 
partie  de  son  ouvrage  se  compose  iV  Observations  générales^ 
d'un  ton  parfois  un  peu  emphatique,  mais  où  respire  avec 
l'amour  du  bien,  de  la  liberté,  delà  justice,  celui  de  la  patrie  à 
relever  de  son  déplorable  abaissement.  L'enseignement  libre, 
mais  avec  des  conditions  de  grades  et  de  diplômes  pour  les 
maîtres,  d'examens  pour  les  élevés;  l'instruction  obliga- 
toire, sans  être  absolument  gratuite,  laïque,  tout  en  laissant 
à  la  religion  sa  place,  étendue  enfin^  parce  qu'il  fautéclaiier 
le  suffrage  universel;  voilà  ce  qu'il  veut  et  espère.  11  recon- 
naît les  progrès  accomplis  sous  les  précédents  gouverne- 
meni<:,  mais  il  se  plaint  de  nombreuses  lacunes  qui  restent 
à  combler  encore,  particulièrement  de  Tab^ence  d'un  en- 
seignement moral  propre  à  détruire  l'ignorance  générale 
des  d«*voirs  sociaux  et  l'idée  fausse  des  droits  de  l'homme  en 
société,  que  les  doctrines  erronées  du  communisme  ré- 
pandent. 

Daus  ces  observations,  p.  380-409,  il  expose  tout  son 
plan  :  1^  d'Instruction,  tant  littéraire  que  scientifique; 
V  d'Education,  morale  et  sociale,  physique  et  artistique. 
Voici  conmient  il  répartirait  l'enseignement  à  ses  trois  de- 
grés :  —  Enseignement  primaire,  de  8  à  12  ans;  — 
Enseignement  secondaire,  de  12  à  16;  —  Enseignement 
préparatoire  aux  écoles  spéciales,  de  16  à  18  ans;  — 
Ecoles  spéciales  de  18  à  20.  —  L'Enseignement  supérieur 
serait  donné  dans  les  Facultés,  et  de  plus,  à  Paris,  au  Col- 


202  RÉFORIIB   PB   l'oISBIGNBIIBNT. 

1^6  de  France  et  au  Muséum  d'histoire  naturelle.  —  Il 
n'est  question,  on  le  voit,  en  tout  cela,  que  des  garçons  ; 
Tauteur  réserve  pour  un  autre  ouvrage  ce  qui  regarde 
rÎQStruction  et  Téducation  des  fiUes. 

TeUe  est  la  première  partie  du  travail  qu'il  a  publié. 
Elle  est  longuement  développée  dans  une  seconde  partie,  où 
Fauteur  s'occupe  successivement  de  rEn<ieignement  pri- 
maire, p.  410-454,  de  TEnseignement  secondaire,  p.  455- 
483,  de  l'Enseignement  stipérieiir,  p.  484-510.  Les  incon- 
vénients de  la  marche  qu'il  a  adoptée  sont  évidents  :  en 
revenant  une  seconde  fois  sur  ce  qu'il  a  déjà  dit,  il  ne  peut 
manquer,  on  le  conçoit,  de  se  répéter  beaucoup.  Dans  les 
amples  et  nombreux  programmes  qu'il  dresse  soigneuse- 
ment, il  n'a,  d'ailleurs,  qu'un  seul  argument  pour  justifier 
l'une  après  l'autre  chacune  des  adjonctions  qu'il  y  fait  ;  sa 
conclusion  est  toujours  la  même  :  ce  genre  de  conuaissaiice 
est  indispensable,  tout  au  moins  éminemment  utile.  Aux 
difficultés  d'exécution  qu'il  ne  se  dissimule  pas,  sa  réponse 
est  aussi  invariable  :  Je  suis  intimement  convaincu  qu'elles 
peuvent  être  aisément  surmontées. 

Dans  une  telle  disposition  d*esprit,  il  grossit  outre  mesure 
le  programme  de  renseignement  primaire  ;  qu'on  en  juge 
par  ces  simples  indications  : 

Instruction  littéraire  :  Lecture,  Ecriture,  et  même  la 
Sténographie  «  que  tout  le  monde  devrait  connaître  » 
(p.  414)  —  Grammiire  —  Littérature  —  Langues  étran- 
gères :  Allemand,  Anglais,  Espagnol  et  au  besoin  l'Arabe. — 
I)istoire  traitée  simplement,  et  où  pourtant  «les  diverses  es- 
»  pèces  de  gouvernements  seraient  comparées  et  exposées 
»  de  la  manière  la  plus  exacte  et .  la  plus  précise  en  se 
»  fondant  sur  les  faits  accomphs  »  (p.  421)  —  Géogra^ 
phie. 

Instruction  scientifique  :  Mathf^matiques ,  y  compris 
l'algèbre  —  Mécanique  usuelle  —  Physique  —  Chimie  — 
Cosmographie  —  Botanique  —  Zoologie. 


EtFORMB   DB   L*ENSE16NB1IINT.  203 

Education  morale  :  Hiforale,  que  doivent  enseigner  sur- 
tout h^  es^emples  paternels,  connaissance  des  droits  et  des 
devoirs  —  Sociologie,  examen  des  conditbns  de  l'existence 
des  hommes  réunis  en  société  (p.  396). 

Education  physique  :  Hygiène  —  Gymnastique,  surtout 
(c  exercices  d'escrime  à  l'aide  de  la  canne  et  du  bâton  » 
(p.  395). 

Education  artistique  :  Musique,  bornée  à  l'exposé  «  des 
principes  de  cet  art,  à  la  lecture  et  au  chant  (p.  397)»  »  — 
Dessin,  principes  des  .trois  principales  sortes  de  dessin^  et 
notions  d^Esthétique  propres  à  faire  naître  et  à  développer 
(I  le  sentiment  du  beau  et  du  vrai  dans  l'art  (p.  398.)  » 

Applications  :  C'est-à-dire  notions  sur  le  Copimefce, 
l'Agriculture,  la  Construction  des  b&timents  et  celle  des 
machines. 

C'est  beaucoup  pour  quatre  ans  d'études,  quand  même 
la  lecture  et  récriture  auraient  été  enseignées  aux  enfants 
par  leurs  mères  ou  dans  les  salles  d'asile.  Que  sur  les  divers 
points  passés  ainsi  en  revue  par  M.  Baudrimont,  il  y  ait 
d'utiles  et  solides  remarques,  cela  ne  doit  pas  surprendre 
de  la  part  d*un  homme  préoccupé,  depuis  plus  de  dix  ans, 
des  défauts  de  notre  enseignement  public  et  des  moyens  d'y 
remédier.  Ce  qui  étonne,  en  revanche,  c'est  que  l'expé- 
rience lui.ait  laissé  tant  d'illusions  sur  la  capacité  humaine, 
d'ime  part  pour  apprendre,  de  l'autre  pour  enseigner, 
même  ça  supposant  les  disciples  animés,  aussi  bien  que  les 
maîtres,  d'une  énergie  de  volonté  incapable  de  défail- 
lance. 

Remarquons  pourtant  que  l'auteur  lui-même  a  conçu 
quelques  doutes  sur  la  possibilité  d'adopter  et  de  suivre  le 
programme  aux  branches  multiples  qu'il  nous  propose.  11  a 
un  article  à  part  (p.  442-448)  sur  V Enseignement  pri^ 
maire  considéré  au  point  de  vue  pratique,  puis  un  autre 
(p.  448454)  qu'il  intitule  :  Y  Enseignement  primaire  ré- 


204  RÉFORME   DB   l' ENSEIGNEMENT. 

duit;  mais  il  le  réduit  le  moins  qu'il  peut,  seulement  pour 
les  villages  d  une  faible  population,  et  la  liste  des  connais- 
sances qu'il  exige  est  encore  bien  longue.  C'est  là  qu'au 
sujet  du  maître  qui  aurait  à  enseigner  les  langues  étrangères 
se  trouve  cette  assertion  hardie  :  a  il  serait  inutile  qu'il  les 
connût;  il  suffirait  simplement  qu'il  sût  les  lire  (p.  451).  » 
Mais  si  les  professeurs  en  savent  si  peu,  que  sera-ce  des 
élèves?  Comment  des  langues  ainsi  apprises  seraient-elles 
éminemment  utiles?  Que  résulterait-il  de  leur  mélange 
avec  le  français  plus  ou  moins  grossier  de  nos  campagnes? 
Sans  être  habile  chimiste,  on  peut  assurer  que  des  éléments 
aussi  mal  préparés  et  associés  par  des  mains  ignorantes  ne 
produiraient  qu'un  chaos  informe . 

En  tout  genre  on  n'enseigne  bien  que  ce  qu'on  sait  bien 
soi-même,  je  ne  dis  pas  d'une  science  approfondie,  mais 
d'une  science  nette  et  précise.  Un  esprit  juste,  ami  de  la 
clarté,  dégagé  de  l'appareil  encombrant  d'une  granmiaire 
pédantesque,  voilà  la  première  qualité  à  demander  d'un 
maître  pour  l'enseignement  élémentaire  ;  mais  un  tel  esprit 
repoussera  les  procédés  imaginés  par  M.  Baudrimont.  Sa 
méthode  expliquée  minutieusement  consisterait  d'abord  en 
une  étude  comparative  des  alphabets  copiés  et  recopiés. 
Des  phrases  très-simples  et  très-courtes  copiées  aussi,  avec 
le  français  en  regard,  seraient  retenues  sans  peine  par  les 
enfants  qui  les  emploieraient  entre  eux.  La  prononciation 
allemande  et  la  prononciation  espagnole  étant  réguUères, 
n'offriraient,  suivant  lui,  aucune  difficulté.  Pour  l'anglais,  il 
compte  donner  bientôt  a  les  éléments  d'une  écriture  fondée 
»  sur  la  phonograpliie  (p.  414),  »  à  peu  près  universelle, 
et  au  moyen  de  laquelle  on  lira  parfaitement  l'anglais  fans 
recourir  à  un  maître.  Quant  à  ce  qu'il  appelle  les  accents 
propres  à  chaque  langue,  «  si  l'instituteur  les  ignore,  on 

»  peut  y  renoncer  complètement.  Ces  accents,  étant  inutiles 
»  pour  la  traduction  des  langues  écrites,  n'offrent  aucun 
»  inconvénient  pour  les  langues  parlées  :  les  étrangers 


RÉFOBMB   DE   l'eNSBIGNBMBIIT.  205 

i>  comprendront  toujours  ceux  qui  parlent  leur  langue  sans 
))  faire  usage  d'aucun  accent  (p.  419).  »  M.  Baudrimont 
est  conynincu  que,  par  les  moyens  qu'il  indique,  les  enfants 
apprendront  les  langues  étrangères  pour  ainsi  dire  en  se 
jouant.  Cette  coniriction  ne  sera  pas  partagée  de  quiconque 
s'est  essayé  à  parler  Tanglais  ou  l'allemand. 

De  ses  erreurs  sur  ces  questions,  je  ne  veux  plus  relever 
qu'une  seule  :  il  croit  que  savoir  une  langue,  c'est  «  com- 
»  prendre  nettement  et  facilement  toute  phrase  outoutepartie 
»  de  phrase  (p.  465)  »  écrite  en  cette  langue.  A  ce  compte 
nous  ne  saurions  pas  même  la  nôtre.  Est-ce  que,  par 
exemple,  dans  son  Mémoire,  à  en  juger  seulement  par  le 
passage  que  je  citais  tout  à  l'heure,  il  n'y  a  pas  des  parties 
de  phrase  qui  ne  se  comprennent  pas  nettement?  C'est, 
il  est  vrai,  la  faute  de  l'auteur  :  son  style  n'a  pas  toujours 
les  qualités  propres  à  rendre  facile  et  agréable  la  lecture 
de  son  ouvrage  ;  il  lui  suffit ,  sans  doute ,  qu'elle  puisse 
être  utile. 

J'ai  peu  à  vous  dire  des  programmes  de  l'enseignement 
secondaire  :  ils  ofiTrent  les  mêmes  divisions  que  ceux  de 
l'enseignement  primaire  ;  mais  chaque  partie  y  est,  naturel- 
lement, beaucoup  plus  approfondie,  beaucoup  plus  étendue. 
A  la  partie  littéraire  de  l'instruction  s'ajoutent  le  latin  et  le 
grec  enseignés  comme  les  langues  vivantes  et  par  les 
mêmes  exercices,  auxquels  on  joindrait  des  comédies  ou  des 
tragédies  jouées  par  les  élèves  entre  eux,  et  même  des  «odes 
}»  de  Pindare  et  d'Horace  mises  en  musique  et  chantées 
D  avec  accompagnement  (p.  467).  »  La  partie  scientifique 
serait  accrue  de  la  Biologie,  science  générale  des  êtres  vi- 
vants, de  la  Somatologie,  science  générale  des  corps  non  or- 
ganisés, de  la  Philosophie,  science  générale  de  l'intelligence 
humaine  «  exposée  comme  elle  doit  l'être,  »  ce  qui  veut 
dire  positiviste,  et  ayant  des  rapports  étroits  avec  la  physio- 
logie. Dans  la  partie  morale  de  l'Education,  la  Sociologie 
comprendrait  tout  ce  qu'on  appelle  économie  sociale  ou 


206  BÉPORHE  DE  L'sNSBIGlCBttBKf . 

économie  politique,  a  Un  programmé  bien  cotiça,  édmptet 
»  et  vraiment  général,  »  avait  dit  plus  haut  M.  Baddrimont 
(p.  455^456),  «  doH  satisfaire  à  tous  les  besoiàis  primitifs, 
»  et  il  n'y  a  aucune  raison  à  donner  pour  démontrer  qu'un 
f)  individu  qui  se  destine  à  une  carrière  quelconque  doive 
»  ignorer  ce  qu'il  aurait  pu  apprendre.  »  Aussi  extge-t-il 
ici  des  jeunes  gens  beaucoup  de  preuves  de  capacité,  et  pour 
le  droit  notamment  les  deux  baccalauréats  comme  condKtioB! 
préalable. 

Sans  parler  de  la  création  d'un  enseignement  intermé- 
diaiite  entre  le  secondaire  et  le  supérieur,  je  me  borne  à 
remarquer  qu'il  réclame,  pour  compléter  ce  dernier,  d'es 
chaires  d'archéologie  et  de  linguistique  dans  les  Facultés 
des  Lettres,  des  chaires  de  Sciences  appliquées  dans  les 
Facultés  des  Sciences.  A  ce  sujet,  je  ne  comprends  pas 
qu'il  dise  (p.  492),  qu'avant  1838  la  France  n'avait  pas  de 
Facultés  en  province,  mais  une  seule  à  Paris,  et  cela  depuis 
des  siècles.  En  quelque  sens  qu'on  l'entende,  c'est  ime 
très-grave  erreur. 

En  résumé,  ce  que  l'auteur  demande  d'établissements 
pour  l'enseignement  à  ses  trois  degrés,  de  cours  et  de  con- 
férences, d'examens  et  de  diplômes  est,  on  peut  le  dire,  in- 
nombrable. 11  entre  dans  des  détails  infinis,  calculant  le 
chiffre  des  dépenses  et  le  nombre  des  heures  de  travail,  in- 
diquant jusqu'aux  procédés  d'enseignement  pour  la  lecture 
et  récriture,  n'oubliant  pas  la  discipline,  partie  capitale  de 
l'éducation,  dont  il  voudrait  voir  le  soin  confié  dans  les  Ly- 
cées à  des  maîtres  d'études  âgés  de  40  ans  au  moins, 
mariés,  et  rétribués  en  raison  de  l'importance  de  leurs 
fonctions. 

Un  enseignement  qui  soit  «  le  plus  promptement  et  le 
»  plus  radicalement  possible,  mis  en  harmonie  avec  la 
))  constitution,  le  fonctionnement  et  les  relations  de  notre 
»  ordre  social  (p.  384),  »  tel  est  le  problème  que  M,  Bau« 


BÉPOBHB   DE   l'eN8EI«NBMENT.  207 

drimont  s'était  posé  ;  la  solution  qu'il  en  donne  et  Tappli- 
cation  de  ses  idées  lui  paraissent  le  moyen  le  plus  sûr  d'ac- 
complir «  une  révolution  pacifique,  lente  mais  profonde,  n 
grâce  à  laquelle  «  les  liens  sociaux  seront  raffermis,  les 
»  rapports  généraux  mieux  compris,  d'où  il  résultera  que 
»  notre  puissance  et  notre  influence  nationales  recevront 
»  un  accroissement  considérable  (p.  409).  »  A  ceux  qui 
craindraient  que  le  gouvernement  chargé  d'opérer  cette 
réforme  n'abusât  de  son  pouvoir,  il  répond  que  le  peuple, 
une  fois  son  éducation  faite,  nommera  ses  représenkmts  en 
connaissance  de  cause,  et  qu'alors,  le  gouvernement  étant 
réellement  démocratique,  les  droits  de  tous  seront  respec- 
tés (p.  404).  Ce  raisonnement  ressemble  beaucoup  à  un 
cercle  vicieux,  mais  je  ne  m^y  arrêterai  pas  ;  ce  compte- 
rendu  est  déjà  bien  long.  Je  laisse  aussi  de  côté  bien  des 
points  sur  lesquels  je  m'avoue  incompétent,  ne  voulant  pas 
d'ailleurs  vous  ôter  l'envie  de  lire  en  son  entier  un  ou^ 
vrage  traitant  d'intérêts  si  hauts,  qui  doivent  nous  être  si 
chers. 

Il  ne  s'agit  pas,  en  effet,  de  dire  :  il  y  a  quelque  chose  à 
faire,  et  d'accepter  par  cet  aveu,  les  réformes  en  théorie 
pour  se  dispenser  d'en  venir  à  la  pratique.  Il  y  a,  au  con-» 
traire,  à  faire  beaucoup,  et  il  faut  écouler  ceux  qui  s'oc- 
cupent sérieusement  de  déterminer  les  réformes  indispen- 
sables Mais  M.  Baudrimont,  je  le  crois,  se  flatte  d'un  es- 
poir chimérique,  quand  il  pense  que  l'enseignement  tel 
qu'il  le  souhaite  «  puisse  être  instaUé  très-prochainement.  » 
A  défaut  d'un  personnel  assez  nombreux,  il  voudrait,  pour 
chaque  branche  de  l'enseignement  primaire,  qu'on  eût  des 
livres  que  le  maître  devrait  étudier  tout  le  premier^  des  ta^- 
bleaux  représentant  pour  l'instruction  scientifique  les  êtres 
naturels  avec  leurs  parties  élémentaires,  les  machines,  ap- 
pareils, instruments  de  toute  sorte  avec  leur  mode  de  fonc- 
tionnement (p.  432)  ;  conune  si  l'instituteur  pouvait  don- 
ner des  expUcations  claires  sur  des  objets  md  connus  de 


208  RÉFORME   DE   l'eNSEIGNEMENT. 

lui,  comme  si  Ton  ne  saTait  pas  ce  que  valent  les  figures, 
même  les  moins  imparfaites.  Outre  cela,  dans  quelque 
genre  de  connaissance  que  ce  soit,  en  réduire  l'enseigne- 
ment à  ce  qu'il  y  a  d'abordable  pour  des  enfants  et  d  utile 
pour  tous  est  une  œuvre  des  plus  difficiles.  Commander  à 
la  fois  tant  de  livres  de  cette  espèce,  ne  serait-ce  pas  le  moyen 
de  les  avoir  mauvais?  Mettre  ces  instruments  défectueux 
dans  les  mains  de  maîtres  improvisés  serait-il  bien  raison- 
nable? Certes  on  ne  remédierait  pas  ainsi  aux  défauts  trop 
eonununs  dans  nos  écoles,  le  culte  du  texte  imprimé  qui 
produit  la  routine,  la  prédominance  de  la  lettre  aux  dépens 
de  l'esprit. 

Pourquoi  donc  vouloir  faire  tout  et  partout  à  la  fois  ?  Que 
les  grandes  villes,  par  exemple,  et  non  pas  toutes  les  com- 
munes de  deux  mille  habitants,  comme  le  voudrait  dire 
M.  Baudrimont,  organisent  l'enseignement  primaire  d'une 
manière  analogue  à  celle  qu'il  propose  ;  qu'elles  aient  asseï 
d'écoles  et  de  maîtres  pour  répartir  les  élèves,  selon  leur 
ftge,  en  quatre  ou  cinq  cours  dififérents  ;  que  les  enfants  ne 
puissent  passer  de  l'un  dans  l'autre  qu'après  examen  ;  le  bon 
résultat  de  ces  innovations  amènerait  la  création  d'établis- 
sements semblables  dans  d'autres  villes  ;  après  les  villes  ce 
serait  le  tour  des  bourgs,  après  les  bourgs  le  tour  des  vil- 
lages. Pendant  ce  temps,  des  maîtres  se  formeraient,  on 
n'introduirait  dans  les  écoles  que  des  méthodes  éprouvées, 
et  le  progrès  s'accélérerait  d'autant  plus  sûrement  qu'on 
éviterait  de  procéder  par  mesures  générales. 

Il  en  devrait  être  de  même,  ce  semble,  pour  l'instruc- 
tion secondaire.  Chaque  province,  chaque  département  n'a 
pas  les  mêmes  besoins  intellectuels.  Pourquoi  tous  nos  col- 
lèges et  tous  les  jeunes  gens  qui  y  sont  élevés  seraient-ils 
jetés  dans  le  même  moule  ?  Ne  paraitrait-il  pas  également 
bon  que  la  variété  fût  admise  dans  l'enseignement  de  nos 
Facultés,  qu'on  y  eût  égard  au  pays  où  chacune  d'elles  est 
établie,  aux  études  préférées  de  ceux  qui  doivent  en  suivie 


mÉFORXB   DB  L*BNBB16NSMBirr.  209 

les  cours  ?  L'uniformité  n'est  pas  une  loi  de  la  nature, 
mais  une  prétention  des  politiques  égalitaires  à  outrance. 
C'est  par  cette  réflexion  que  je  termine  sans  chercher  à  en 
tirer  les  conséquences.  Je  ne  crois  pas  qu'on  m'accuse,  eu- 
vers  M.  Baudrimont,  de  trop  de  sévérité.  Lui,  qui  pro- 
nonce tant  de  jugements  en  termes  si  rigoureux,  ne  saurait 
trouver  mauvais  qu'on  le  juge  à  son  tour  avec  une  liberté 
exempte,  comme  celle  dont  il  a  usé  lui-même,  de  tout 
sentiment  de  malveillance. 


Tr«yai,  16  août  1879. 


r.xxBfb  U 


MÉTÉOROLOGIE 


SUR  LES  TEMPÉRATURES 


OBSERVÉES    A    TROYES 


En  1871 


Par  M.  Alphonse  MEUGY 

Membre  résidant. 


J*ai  l'honneur  de  présenter  à  la  Société  académique  le 
relevé  des  observations  thermométriques  que  j'ai  faites  à 
Troyes  depuis  le  4  décembre  1870. 

Le  thermomètre  placé  dans  Tembrasure  d'une  fenêtre, 
au  rez-de-chaussée  de  la  maison  que  j'occupe,  faubourg 
Saint-Jacques,  et  dont  la  façade  est  exposée  au  S.-S.-O., 
a  été  consulté  tous  les  jours,  à  huit  heures  du  matin,  en 
même  temps  qu'on  notait  l'état  du  ciel  et  la  direction  du 
vent.  Ces  indications  ont  été  portées  sur  un  tableau  que  je 
mets  sous  les  yeux  de  la  Société  (Voir  la  figure  à  la  fin 
de  la  note).  Les  jours  sont  comptés  horizontalement  et 
les  températures  verticalement  au-dessus  ou  au-dessous 
d'une  ligne  prise  pour  zéro.  En  joignant  Tun  à  l'autre 
les  points  obtenus  chaque  jour,  on  a  formé  une  ligne  bri- 
sée qui  exprime  en  quelque  sorte  la  loi  des  températuries 


212  TEMPiRATUBBS   OBSERVÉES   A   TROTIS. 

à  huit  heures  du  matin  pendant  toute  l'année.  Pour  rendre 
celte  loi  plus  facilement  saisissable ,  j*ai  imaginé  de  relier 
entre  eux  les  points  les  plus  hauts  comme  les  plus  bas, 
par  deux  courbes  continues  qui  figurent  une  sorte  de  bande 
ou  de  zone  dans  laquelle  sont  comprises  toutes  les  tempé- 
ratures de  Tannée  à  la  même  heure. 

Cette  zone  présente ,  comme  on  le  voit ,  une  série  de 
maximum  et  de  minimum  que  j*ai  cru  devoir  faire  res- 
sortir et  dont  j'indique  ici  les  principaux  : 

Maximum. 

16  décembre  1870. . . .  11»  1/2 
8  et  9  janvier  1871 ...     2»  1/2 

18  janvier  1871 6o 

8  février  1871 lO» 


26  mars  1871 13* 

29  avril  1871 15»  1/2 

29,  30  et  31  mai  1871.  17» 

16  juin  1871 24* 

8  juillet  1871 21ol/2 

19}aUletl871 28» 

13  août  1871 250 

1  septembre  1871 24» 


Htniaiim. 

11  décembre  1870. 

—  12» 

2S  décembre  1870. 

—  13» 

IK  janvier  1871. .. 

—  10» 

31  janvier  1871 . . . 

—    4» 

12  février  1871... 

—    2» 

28  février  1871 . . . 

—    1» 

17  mars  1871 

1» 

30  mars  1871 

30 1/2 

6  et  6  mai  1871... 

10» 

18  mai  1871 

9» 

9  juin  1871 

8>l/2 

26  juin  1871 

«• 

12  jailletl871.... 

16* 

25  juillet  1871.... 

13* 

18  et  19  août  1871. 

18* 

29  août  1871 

16» 

28  septembre  1871 . 

10* 

» 


TEMPÈtATUlIS   OBSERVÉES   A  TROTBS.  213 

MaxiaraB.  Miniavm. 

8octobrel871 Ifio  1/2 

14  octobre  1871. . .         ?•  1/2 
21  octobre  1871 12» 

27  octobre  1871 ...         0 
8  novembre  1871 8<» 

22  novembre  1871.  —    8o  1/2 
23,  24  et  25  nov.  1871.    0 

9  décembre  1871 . .  —  17« 
21  décembre  1871 ....    4« 

24  décembre  1871  .  -*    5» 

Tai  marqué  sur  le  diagramme  les  solstices  d*hiver  et 
d'été,  ainsi  que  les  équinoxes^de  printemps  et.  d'automne, 
afin  d'appeler  l'attention  sur  les  degrés  de  chaleur  ou  de 
froid  au  commencement  de  chaque  saison. 

Mon  travail  se  réduit  donc  à  un  simple  enregistrement  de 
faits  présentés  sous  une  forme  qui  permet  d'en  saisir  aisé- 
ment l'ensemble ,  et  en  le  poursuivant  encore  pendant  les 
années  suivantes,  il  pourrait  conduire  à  des  rapprochements 
dignes  d'intérêt.  Dans  les  sciences  naturelles,  en  effet,  les 
faits  ont  une  grande  importance,  puisqu'ils  servent  à  vérifier 
les  conséquences  des  théories  qu'ils  ont  servi  aussi  à 
établir. 

Ici,  des  causes  multiples  dont  une  partie  nous  échappe, 
tendent  à  influer  sur  les  variations  de  température  dans  un 
sens  ou  dans  l'autre.  Indépendamment  de  la  situation  de  la 
terre  sur  l'écliptique,  qui  détermine  la  hauteur  du  soleil 
au-dessus  de  l'horizon  ou  la  durée  des  jours  et  des  nuits, 
il  y  a  Tétat  du  ciel,  les  vents  et  les  pluies  qui  concourent  à 
imprimer  à  la  zone  des  températures  les  ondulations  qu'elle 
présente.  Mais  on  reconnaît  néanmoins  que  son  allure  gé- 
nérale est  étroitement  liée  au  mouvement  de  la  terre  dans 
son  orbite.  C'est  ainsi  qu'en  partant  du  solstice  d'hiver,  la 
série  des  minimum  ofiGre  une  gradation  continue  très-re- 
marquable jusque  vers  le  15  avril.  Puis,  pendant  un  mois 
environ,  du  1 5  avril  au  1 5  nàai,  le  thermomètre  letUfi  pour 


tu  TEtfPÉBATUlBS   OBSERVÉES   A  TBOTES. 

ainsi  dire  stationnaire  autour  de  10  à  15  degrés,  ce  qui 
peut  tenir  aux  effets  de  refroidissement  causés  par  Té^apo^ 
ration,  qui  contrebalancent  ceux  qu'occasionnerait  dans  un 
sens  contraire  le  seul  accroissement  des  jours. 

En  approchant  du  solstice  d'été,  les  courbes  deviennent 
très-tourmentées.  Elles  présentent  des  ondulations  pronon- 
cées à  de  courts  intervalles,  parce  que  la  chaleur  solaire 
augmentant  sensiblement,  développe  des  sources  d'électri- 
cité et  provoque  la  formation  de  nuages  orageux  qui  en  se 
résolvant  en  pluie  viennent  refroidir  subitement  Tatmos- 
phëre.  Cet  état  de  choses  se  prolonge  jusqu'au  1 8  août, 
époque  à  laquelle  les  courbes  s'infléchissent  peu  à  peu  et 
d'une  manière  continue,  sauf  le  maximum  du  1  "^  septem- 
bre, jusqu'à  l'équinoxe  d'autonme.  Puis  la  ohaleiir  continoe 
à  décrottre  avec  d'assez  brusques  variations  ;  et,  à  partir  du 
20  octobre,  survient  une  baisse  rapide.  La  température,  à 
part  le  minimum  (0)  du  27  octobre,  varie  de  2  à  8  degrés 
jusqu'au  20  novembre  où  elle  commence  à  s'abaisser  au- 
dessous  de  zéro,  pour  continuer  son  mouvement  descendaoi 
jusqu'au  9  décembre  ( —  l?"").  Elle  se  relève  alors  pour 
présenter,  vers  le  solstice  d'hiver,  un  maximum  qui  dqà 
s'est  produit  l'année  dernière  à  la  même  époque,  quoique 
dans  des  limites  un  peu  différentes  (voir  le  diagramme). 
Cette  hausse  qui  paraît  anormale  à  ce  moment  de  Tannée, 
semble  être  déterminée  par  des  vents  de  sud-ouest. 

La  bande  comprise  entre  la  courbe  des  maximum  et 
celle  des  minimum  n'est  pas  d'une  largeur  uniforme;  tan- 
tôt elle  s'épanouit  quand  se  produisent  de  brusques  varia-* 
tiens,  tantôt  elle  se  resserre.  Elle  présente  quelquefois  des 
contoumements  prononcés  correspondant  à  des  variations 
miccessives  en  hausse  et  en  baisse,  comme  elle  suit  aussi 
une  direction  rectiligne  plus  ou  moins  inclinée ,  quand  k 
température  s'accroît  ou  diminue  d'une  màni^  plus  ra 
m<ms  continue.  Son  horizontalité  annonce  des  températures 
a  peu  près  stotionnaires  comme  au  mois  de  mai^ 


HEMPÉRATURE8    OBSBRYÉES   A   TROTKS.  21.5, 

Le  tableau  fait  voir  que  le  beau  temps  ne  se  maintient 
qu'avec  des  variations  lentes  et  continues  de  la  température. 
On  en  voit  des  exemples  du  2  au  1 8  mai,  du  6  au  1 7  août, 
du  13  au  20  septembre,  et  surtout  du  10  au  25  octobre. 
Cette  dernière  époque  se  distingue  par  une  succession  non 
interrompue  de  15  jours  de  beau  temps,  ce  qui  est  extrême* 
ment  rare  et  ne  s*est  vu  à  aucune  autre  époque  de  l'année, 
même  en  mai,  comme  on  peut  s'en  convaincre  en  jetant  les 
yeux  sur  le  tableau. 

On  remarque  aussi  que,  généralement,  ce  sont  les  vents 
du  nord  qui  coïncident  avec  le  beau  temps.  Si  c^est  Tin- 
verse  pour  une  partie  de  la  période  de  beaux  jours  du  mois 
d'octobre,  cela  tient  sans  doute  à  ce  que  les  vents  soufflaq^ 
du  sud  ont  empêché  la  température  de  décroître  trop  rapi- 
dement et  l'ont  maintenue  dans  des  conditions  de  continuité 
favosables  à  la  persistance  des  beaux  jours. 

Les  années  se  suivent  sans  se  ressembler.  Cepen4ant  il 
doit  y  avoir  entre  elles  certains  rapporta  ei^  ce  qui  concerne 
le3  lois  qui  régissent  les  températures.  Ainsi  on  a  cru  re- 
marquer qu'il  survenait  des  minimum  à  certaines  époques 
dites  les  Saints  déglace.  En  1871 ,  nous  ne  voyons  que  le 
i  2  février  qui  ait  satisfait  à  cette  loi.  Le  minimum  atteadu 
le  12  mai,  ne  s*est  produit  que  le  18.  Quant  au  moisd^aoùt, 
c'est  un  maximum  de  25  degrés  qu'on  remarque  te  13  ;  et, 
le  12  novembre,  la  bandei  thermométrique  présente  une 
légère  dépression  correspondante  à  un  minimum.de  3*  1/2, 
compris  entre  les  maximum  de  8  et  de  6  degrés  iqd|iqqé3 
le  8  et  le  16  de  ce  mois. 

Nous  nous  abstiendrons  de  signaler  aucune  datq  coqpes- 
pondante  à  des  fait^  thermométriques  devant  sç  reprpdujre 
plus  ou  moins  hypothétiquement  chaque  aqné^,  La  :|ône 
des  températures  peut  présenter  d'une  année  i  une  autre 
des  analogies  dans  la  forme  générale  de  ses  eontours  ausc 
mêmes  époques.  Ainsi  nous  avons  déjà  fait  remarquer,  par 


216  TEll?iRATimBS   OBSKRTtES   A   TROTBS. 

exemple,  qu'en  décembre  1870  comme  en  décembre  1871, 
un  minimum  prononcé  a  précédé  le  maximum  du  2  ! .  Mais 
ces  rapports  que  nous  avons  déjà  pu  saisir  pour  le  dernier 
mois  de  Tannée  sur  lequel  ont  porté  nos  observations  en 
1870  comme  en  1871,  sont  susceptibles  d'être  troublés  par 
des  accidents  météorologiques  de  toute  nature  ;  de  sorte 
que  les  diagrammes  de  deux  années  consécutives  peuvent 
présenter  entre  eux  de  notables  dissemblances. 

Je  ferai  remarquer  néanmoins  certains  faits  qui  paraissent 
se  reproduire  chaque  année  d'une  manière  à  peu  près  cons- 
tante. Ainsi,  tous  les  ans,  vers  le  20  août,  la  chaleur  après 
avoir  atteint  un  degré  très-élevé,  baisse  d'une  manière  sen- 
sible, et  cela  dans  le  midi  comme  dans  le  nord  de  la 
France. 

Je  ferai  remarquer  aussi  que  c'est  vers  le  20  de  chaque 
mois  qu'on  observe  des  changements  notables  dans  le  ré-^ 
gime  de  la  température,  qui  baisse  8  fois  sur  12  à  cette 
date.  Il  n'y  a  que  le  20  mars  et  le  20  mai  qu'on  remarque 
une  hausse,  des  variations  brusques  s^étant  produites  le  20 
juin  et  le  20  septembre. 

Si^  maintenant,  on  considère  les  oscillations  du  thermo- 
mètre aux  diverses  époques  de  l'année,  on  obtient  les  ré- 
sultats suivants  : 


Du  15  au  31  déc.  1870.    Entre - 

-13et-hll  1/2. 

DiB^24o|/J 

Du   1  au  15  janv.  1871.  Entre - 

-12et-h  2  1/2. 

Diff»  14*  1/2 

Da  15  an  31  janvier  > 

•     Entre  - 

-10  et  4-  6. 

DiflP*l&> 

Da   1  an  15  février  i 

»     Enu-e  - 

-  2et  +  10. 

DifiP»  12* 

Da  15  an  28  février  i 

»     Entre  - 

-   1  et  4- 10. 

Diff»  tl« 

Da  1  aa  15  mars     i 

»     Entre 

2  et     11. 

DiK^  9« 

Da  15  au  31  mars      i 

»     Entre 

1  et     13  1/2. 

Diff»  1*  1/2 

Da   1  aa  15  avril      > 

»     Entre 

5  et     14. 

DifiP»  9* 

Da  15  aa  30  avril     i 

i     EùXre 

10  et     15  1/2. 

DiiP»  60  1/2 

Da   1  au  15  mai       i 

i     Entre 

10  et     13. 

DifP"   3* 

Da  15  aa  31  mai       i 

»     Entre 

9  et     18. 

Diff»  9* 

Da  laal5juin      i 

»     Entre 

81/2  et  20. 

Diff»  11*  1/2 

imPiKATUBBS  OBSntTÉIS  A  TK0TX8. 


217 


Da  iS  am  30  juin      i 

»     Entre 

11  et 

24. 

Diff»13o 

Da   i  au  15  juillet    i 

»     Entre 

15  et 

23. 

Difl^  8» 

Da  iS  aa  31  jaillet    > 

1     Entre 

13  et 

25. 

Difl^ 120 

Da   1  aa  15  août      i 

1     Entre 

15  et 

25. 

Difl^  10> 

Da  15  aa  31  août      i 

»     Entre 

16  et 

25. 

DifP»  90 

Da   1  aa  15  sept,      i 

»     Entre 

14  et 

24. 

DifP»10> 

Da  15  aa  30  sept.      > 

»     Entre 

10  et 

17. 

Diff«»   70 

Du   1  au  15  octobre  i 

»     Entre 

7 1/2  et  15 1/2 

DifF*   8» 

Da  15  au  31  octobre  i 

>     Entre 

Oet 

12. 

Diffc*  120 

Da   1  aa  15  nov.      i 

>     Entre 

2  1/2 

et  8. 

Diff««  50  1/2 

Da  15  aa  30  nov.      i 

»      Entre  - 

-51/2 

et  6. 

Diff^  11<»  1/2 

Da   1  aa  15  décem.  i 

>     Entre  - 

-17 

etl. 

Diffc*  18<» 

Da  15  au  31  décem.  i 

►     Entre  - 

-  5 

et  4. 

Difl^   9* 

Ainsi,  c'est  dans  les  mois  d'hiver,  en  décembre  70  et 
janvier  1871^  que  le  thermomètre  a  affecté  les  oscillations 
les  plus  étendues.  Elles  sont  au  contraire  restreintes  dans 
les  plus  étroites  limites  du  1 5  avril  au  1 5  mai,  du  1 5  au  30 
septembre  et  du  l*'au  15  mai,  où  Ton  ne  remarque  qu'une 
différence  de  3  degrés  entre  le  minimum  (10)  et  le  maxi- 
mum (13).  Or,  une  température  à  peu  près  constante  de  10 
à  1 2'',  comme  celle  qu'on  remarque  à  ce  moment  de  Tan- 
née, est  éminemment  propre  à  favoriser  les  fermentations 
et  les  décompositions  qui  activent  le  développement  des  vé- 
gétaux. —  Et  c'est  ainsi  qu'on  peut  se  rendre  compte  de 
l'effet  funeste  produit  par  la  baisse  du  18  mai,  qui  est  sur- 
venue lorsque  les  phénomènes  résultant  de  la  mise  en  mou- 
vement de  la  sève  avaient  déjà  conmiencé  à  se  manifester 
depuis  plus  d'un  mois.  Il  n'en  fallait  pas  davantage  pour 
détruire  de  jeunes  pousses  encore  très-délicates  comme 
celles  de  la  vigne ,  et  c'est  ce  qui  est  arrivé  en  beaucoup 
d'endroits. — Du  reste,  les  effets  pernicieux  produits  sur  les 
jeunes  plantes  par  la  baisse  du  thermomètre  se  sont  fait 
sentir  en  1871^  jusqu'au  9  juin  ;  car  on  a  encore  constaté  à 
ce  moment  la  perte  de  quelques  plants  de  haricots. 

L'inspection  attentive  de  notre  diagramme  et  les  rensei- 
gnements qui  s'y  trouvent  portés,  pourraient  donner  lieu  à 


2t8  TBXtilUTUBES  OBSUVÉES   A  1«0n&* 

d'autres  observations  plus  ou  moins  intéressant^  que  nous 
laissons  à  Tiniliative  du  lecteur. 

Je  ferai  seulement  une  remarque,  et  c'est  par  là  que  je 
terminerai.  On  sait  que  les  variations  brusques  de  tempéra- 
ture ont  une  grande  influence  sur  l'économie,  et  que  c'est 
souvent  à  elles  qu'on  doit  attribuer  les  maladies  les  plus 
graves.  Il  peut  donc  être  utile  de  consulter  Tallure  des 
courbes  thermométriques  en  vue  des  précautions  hygiéni- 
ques dont  on  doit  s'entourer,  comme  pour  les  époques  les 
plus  propres  aux  voyages. 


Troyes,  19  janvier  1872. 


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ESCHYLE,  XÉNOPHON  ET  VIRGILE 

ÉTUDES  PHILOSOPHIQES  &  LITTÉRAIRES 


Par  V.  GOURD AVSAUX  (0 


Par  M.  ASSOLLANT,  membre  résidant 


MSSSIBOIS, 

Parmi  les  grandes  œuvres  poétiques  que  le  passé  a  lé- 
guées à  notre  admiration,  il  en  est  qui,  par  leur  puissante 
originalité,  semblent  offrir  à  la  critique  un  sujet  inépuisable. 
Td  est,  chez  les  anciens,  le  théâtre  d'Eschyle,  chez  les 
modernes  celui  de  Shakspeare.   J'ai  eu  occasion  de  vous 
dire  quelques  mots  des  travaux  récents  dont  le  dernier  a  été 
l'objet,  en  vous  rendant  compte  d'un  volume  d^Etudcs  lit- 
téraires, CavQctèr es  et  talents^  publié  par  M.  Courdaveaux, 
ancien  professeur  de  Rhétorique  au  Lycée  de  Troyes,  au- 
jourd'hui professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Douai.  Une 
publication  nouvelle  du  même  écrivain,  dont  vous  avez  pu 
apprécier  la  critique  piquante  et  spirituelle,  renferme  comme 
partie  principale  une  analyse  étendue  et  un  examen  détaillé 
des  sept  pièces  qui  sont  tout  ce  qui  reste  de  trente  trilogies 
tragiques  qu'Eschyle  avait  composées.  De  ces  trilogies  nous 

(1)  Paris,  Didier  et  Gi«,  1872, 1  vol.  in-8»,  x-368  pages. 


220  ÉTUDES   PHaOSOPHIQUBS   ET   LITTÉRAIRBS. 

n^avons  entière  que  celle  qu'on  appelle  YOrestie;  elle  est 
formée  de  trois  drames  :  Agamemnon,  les  Ckoéphores^  les 
Euminides. 

Analyser  une  analyse,  c'est  à  quoi  je  ne  puis  songer  ; 
TOUS  dire  qu'elle  est  toujours  intéressante  autant  qu'exacte, 
qu'elle  pénètre  au  fond  de  la  pensée  du  poète  en  même 
temps  qu'elle  présente  une  vive  image  de  la  forme  dont  il 
l'a  revêtue,  c'est  en  conseiller  la  lecture  à  tous  ceux  qui 
voudraient  arriver,  sans  beaucoup  de  temps  et  de  peine,  à 
connaître  le  génie  et  les  œuvres  d'un  poète  que  notre  siècle 
a  relevé,  je  ne  dirai  pas  de  Toubli,  mais  de  l'espèce  de  mé- 
connaissance qu'on  pouvait  reprocher  à  nos  prédécesseurs. 
Eschyle  a  été  de  ceux  qu*on  a  le  plus  étudiés  de  nos  jours. 
Dès  1809,  Guillaume  Schlegel  lui  consacrait  une  de  ses 
Leçons  sur  la  littérature  dramatique^  qu'on  a  traduites  en 
français  il  y  a  plus  de  cinquante  ans  ;  il  y  marquait  rapide- 
ment les  traits  caractéristiques  de  cette  grande  figure.  Après 
lui,  M.  Patin,  dans  ses  Eludes  sur  les  tragiques  grecx^  con- 
nues par  plusieurs  fragments,  longtemps  avant  d'être  pu- 
bliées en  1841,  a  rendu  au  vieil  Athénien  l'hommage  dû  à 
sa  valeur  conune  guerrier  de  Marathon,  à  sa  science  conmie 
disciple  des  anciens  sages,  à  son  génie  comme  créateur, 
on  peut  le  dire,  de  la  tragédie ,  qtfil  a  dégagée  mais  non 
séparée  du  chœur  lyrique  où  s'en  étaient  développés  les 
germes. 

Ce  livre,  si  consciencieux  et  si  savant  qu'il  ffit,  n*était 
pas,  sur  un  tel  sujet,  le  dernier  mot  de  l'érudition  et  de  h 
critique.  M.  Patin  avait  ouvert  la  voie  l  d'autres  y  sont  allés 
plus  loin  que  lui.  Le  texte,  plein  de  difGcultés  et  d'alté- 
rations de  toute  sorte,  a  été,  de  la  part  de  M.  Weil,  l'objet 
d'une  révisison  aussi  laborieuse  que  hardie  ;  des  traductions 
nouvelles  des  sept  drames  que  nous  avons  d*Eschyle  en  ont 
répandu  la  connaissance  ;  des  ouvrages  importants  en  ont 
montré,  non-seulement  la  valeur  littéraire,  mais  encore  h 
portée  philosophique.  Tant  de  travaux,  rien  qu'en  France, 


ÉTUDES  PHIL080PHIQUBS    ET    LITTÉRAIRES.  221 

prouvent  l'intérêt  qu'ont,  à  nos  yeux,  les  questions  qui  se 
rapportent  à  l'origine  et  au  développement  dés  idées  reli- 
gieuses et  morales  ;  ils  attestent  en  même  temps  la  supério- 
rité poétique  d'Eschyle. 

Cette  supériorité  de  génie,  qui  le  place  au  premier  rang 
des  penseurs  et  des  poètes,  M.  Courdaveaux  la  démontre 
avec  autant  d'habileté  que  de  force  dans  les  appréciations 
soigneusement  développées  qu'il  a  jointes  à  ses  analyses  : 
appréciations  littéraires,  quand,  faisant  remarquer  l'art  rude 
encore  mais  puissant,  les  moyens  simples  mais  favorables  à 
la  forte  unité  de  l'œuvre,  qui  caractérisent  ces  créations 
d'un  seul  jet,  il  leur  compare  ce  que  plus  tard  les  poètes 
dramatiques  ont  imaginé  en  traitant  les  mêmes  sujets  :  ap- 
préciations philosophiques,  quand  il  fait  voir  de  quelle 
haute  moraUté  les  drames  d'Eschyle  sont  l'expression,  quel 
esprit  profondément  religieux  les  anime;  la  liberté  humaine, 
quoi  qu'on  ait  dit,  s'y  manifeste  avec  éclat,  tantôt  par  la 
conscience  de  la  justice  et  du  droit  bravant  la  force  brutale 
qui  l'opprime,  tantôt  par  le  sentiment  de  la  responsabilité 
qui  pèse  sur  l'âme  des  coupables,  car  ce  n'est  pas  la  fatalité 
de  la  faute  qu'ils  subissent,  mais  la  fatalité  du  châtiment. 

On  peut,  vous  le  voyez,  Messieurs,  en  parlant  des  an- 
ciens, rajeunir  des  sujets  que  des  esprits  superficiels  décla- 
rent usés  :  grave  erreur  I  car  l'objet  à  étudier  a  beau  rester 
le  même  d'âge  en  âge,  l'aspect  sous  lequel  on  l'aperçoit 
varie  d'une  époque  à  l'autre,  ainsi  que  le  point  d'où  on 
l'observe,  le  milieu  à  travers  lequel  on  l'observe .  Par  suite, 
toute  grande  renommée  parmi  les  hommes  a^  pour  ainsi 
dire,  des  hauts  et  des  bas  ;  il  n'est  pas  d'oeuvre  importante 
qui  n'ait  été  tantôt  exaltée  au-dessus,  tantôt  rabaissée  au- 
dessous  de  sa  valeur.  De  ces  mouvements  en  sens  inverse 
que  subit  le  goût  public,  &ut-il  conclure  qu'en  fait  d'art  et 
de  beauté,  il  n'y  ait  pas  de  principe  fixe  et  que  tout  soit 
variable  comme  nos  idées  et  nos  besoins?  Non;  mais,  sans 
aboutir  à  ce  scepticisme  absolu,  on  doit,  en  considérant  les 


222  ÉTUDES   PHILOSOPHIQUES    ET   LITTÉRAmBS. 

oscillations  toutes  naturelles  et  très-explicables  de  la 
tique,  se  garder  avec  soin  de  tout  excès,  soit  de  dédain, 
soit  d^enthousiasme,  peser  le  pour  et  le  contre,  et  surtout 
lorsqu'on  a  raison,  n'avoir  raison  qu'avec  sobriété. 

Voilà  ce  que  M.  Courdaveaux  a  eu  certainement  rinteo- 
tion  de  faire,  puisqu'il  commence  par  combattre  deux  as- 
sertions excessives  et  tranchantes  de  Victor  Hugo,  et  qu'il 
parle  en  si  bons  termes  de  ceux  qui,  avant  lui,  se  sont  oc- 
cupés d'Eschyle.  Mais  il  ne  se  contente  pas  de  le  proda- 
mer le  «  génie  dramatique  le  plus  franc,  le  plus  élevé  et  le 
»  plus    puissant    que    l'antiquité    classique   ait    prodiBt 
»   (p.  106)  ;  »  il  yeut  nous  faire  avouer  qu'on  est  mainte- 
nant encore  loin  de  lui  rendre  pleine  et  entière  justice. 
M.  Jules  Girard  cependant,  dans  son  beau  livre  Le  senti- 
ment religieux  en  Grèce^  s'il  n'a  pas  dit  tout,  en  a  «fit 
assez  pour  ne  pas  mériter  un  tel  reproche.  Qu'il  se  soit 
trompé  sur  quelques  points,  même  importants,  en  résulte- 
t-il  que  la  noble  et  imposante  image  qu'il  a  tracée  d'Eschyk 
fasse  tort  à  son  modèle?  Dans  des  questions  assurément 
difficiles  et  obscures,  puisqu'elles  sont  si  controversées, 
l'erreur  est  facile,  et  la  vérité  n'est  pas  toujours  éclatante. 
Un  poète  d*ailleurs,  si  philosophe  qu'il  soit,  n'est  pas  t^a 
dans  ses  drames  à  la  rigueur  systématique  qu'on  est  en 
droit  de  chercher  dans  un  traité  de  morale  :  il  peut  fort 
bien,  sans  qu'on  s'en  étonne,  avoir  associé  des  idées  phis 
ou  moins  contradictoires.  Que  sera-ce  si  l'on  conudère^'à 
l'époque  où  Eschyle  a  vécu,  il  se  produisait  dans  la  poésie 
comme  dans  la  politique,  dans  Tart  comme  dans  la  science, 
un  de  ces  mouvements  féconds  qui  ébranlent  toutes  ks 
âmes  ?  La  sienne  en  est  émue  prof  ond^ent,  et  lui  qui  t 
recueilli  du  passé  un  riche  héritage  :  échos  lointains  de 
l'Orient,  souvenirs  des  Aryens  et  de  leurs  mytties  gran- 
dioses, vieilles  légendes  helléniques,  doctrine  des  mystères, 
pressent  en  même  temps  un  avenir  meiUeur  :  lutte  contre 
les  puissances  fatales;  victoires  de  l'intelligence;  les  bioB- 


ftTDDBS   PHILOSOPHIQUES   ET   LITTÉRAIRES.  223 

faiteurs  de  rhumanité,  quelque  cher  qu'ils  paient  leurs 
succès,  élevés  au-dessus  des  dieux  ;  ces  dieux  mêmes  ces- 
sant d*étre  capricieux,  jaloux,  vindicatifs  et,  pour  tout  dire 
d'un  mot,  connaissant  le  progrés  dans  la  justice. 

Si  Ton  trouve  tant  de  choses  dans  Eschyle,  il  ne  faut 
s'étonner  ni  de  l'atfarait  que  ce  génie  mystérieux  a  pour  la 
critique  ni  de  la  diversité  des  interprétations  qu'on  a  données 
de  ses  (Buvres.  Plus  on  est  disposé  à  accepter  les  vues  de 
M.  Courdaveaux,  plus  on  souhaiterait  qu'il  n'eût  pas  si  sou- 
vent usé,  pour  les  exprimer,  de  formules  trop  absolues, 
tt  M.  Girard,  »  dit-il,  «  a  faussé  YOrestie^  comme  il  avait 
»  faussé  le  Prométhée  :  suivant  lui,  de  même  que  Prométhée 
»>  était  le  r^résentant  de  l'humanité  orgueilleuse,  Oreste 
n  est  le  représentant  de  l'humanité  criminelle  (p.  198).  » 
Certes  Tarrêt  est  sévère,  et  M.  Courdaveaux,  j'en  suis  sûr, 
regrette  de  n'en  avoir  pas  beaucoup  adouci  les  termes.  Cela 
n'aurait  en  rien  diminué  la  solidité  des  preuves  sur  les- 
quelles il  appuie  ses  principales  assertions  :  <i  C'est  chez 
»  Prométhée  qu'est  le  droit,  et  non  chez  Jupiter  (p.  1 58).  » 
-—  «  Jopiter,  en  face  du  Titan,  n'est,  dans  la  pensée  du 
»  poète^  qu'un  despote  odieux  et  cruel  (p.  159).  »  -^ 
Il  Oreste  n'a  pas  de  repentir  et  n'a  pas  lieu  d'en  avoir.  Ses 
»  purifications  expiatoires  n'ont  aucune  analogie  avec  la 
»  pénitence.  Les  Furies  ne  sont  pas  les  déesses  du  re- 
»  mords  (p.  199).  »  —  Ce  qu'elles  représentent,  c'est  le 
grossier  principe  de  la  solidarité  des  familles,  l'aveugle  loi 
du  talion,  et  «  l'acquittement  d'Oreste  inaugure  pour  l'hu- 
9  manité,  l'ère  d'une  justice  meilleure  dont  les  dieux  ont 
»  Tinitiative  (p.  207).  » 

Vous  pouvez,  par  ces  citations,  juger  du  sérieux  intérêt 
qu'offre  l'étude  sur  Eschyle.  Je  ne  saurais  indiquer  toutes 
tes  pages  où  il  y  a  beaucoup  à  apprendre  sur  cette  anti- 
quité qu'on  connatt  moins  qu'on  ne  pense,  beaucoup  à  ré- 
fléebir  sur  le  progrès  évident  de  h  conscience  et  de  la 
moralité  humaines*  On  pourrait  reprocher  à  l'auteur  de 


224  ÉTUDES   PHILOSOPHIQUES   ET   LITTÉRAIEBS. 

n'avoir  fait  qu'un  panégyrique  et  de  s'être  complu  es  rap- 
prochements parfois  bien  longs  entre  Eschyle  et  ceux  de 
ses  successeurs  qu'il  sacrifie  à  sa  gloire.  Ces  longueurs  n'ooi 
pas  du  moins  l'inconvénient  d'ennuyer  ;  c'est,  comnie  sur  k 
théâtre  d'Athènes,  la  comédie  satirique  succédant  à  des 
compositions  plus  graves.  Mais  il  n'en  est  pas  moiitf  ym 
qu'il  est  dangereux  de  trop  insister  sur  les  idées  qu'on  sou- 
tient et  de  s'abandonner  au  plaisir  de  combattre  les  idées 
d'autrui,  surtout  quand  elles  sont  de  celles  que  presque  per- 
sonne ne  défend  plus  :  bien  des  lecteurs  ont  les  nerfs  ann 
irritables  que  les  poètes. 

Etait-il,  par  exemple,  nécessaire,  pour  prouver  que  le 
idées  religieuses  de  Sophocle  ne  sont  pas  en  progrès  sor 
celles  d'Eschyle,  de  poursuivre  le  parallèle  entre  les  deox 
poètes  jusque  dans  des  pièces  dont  les  sujets  différent  abso- 
lument? Qu'Eschyle  l'emporte  conrnie  penseur,  soit;  mais 
M.  Courdaveaux  trouvera  plus  de  contradicteurs  lorsqu'il 
dit  que,  comme  artiste,  il  est  aussi  au-dessus  de  Sophock, 
l'art  ayant  perdu  de  sa  grandeur  quand  un  drame  unique  a 
remplacé  le  triple  drame  de  la  trilogie,  sans  compta  que, 
dans  cette  unique  tragédie,  l'action  divine,  la  passion  ho- 
maine,  la  marche  des  événements  sont  devenues  moins  ra- 
pides. «  Quelque  légitime  que  pût  être  cette  évolutioo  de 
»  l'art  dramatique  (p.  274)  » ,  et  quelque  ressemblance  que 
le  théâtre  de  Sophocle  gagne  par  là  avec  le  nfttre, 
M.  Coyrdaveaux  n'en  est  pas  plus  disposé  à  rapproaTa>. 
Or,  en  cela,  il  me  semble  ne  pas  être  parfaitement  d'accord 
avec  ses  propres  principes. 

Qu^on  se  reporte  à  la  préface  où  il  les  a  exposés,  s'atii- 
quant  à  des  puissances  déchues,  «  nos  vieilles  idées  das- 
»  siques,  »  dYprès  lesquelles  «  chaque  genre  s'incruste  es 
»  quelque  sorte  dans  une  forme  type  (p.  274).  »  ffy 
professe-t-il  pas,  à  l'égard  des  formes  littéraires  en  général, 
une  complète  indifférence  ?  D'où  vient  donc  sa  prédilediod 
pour  la  forme  dramatique  d'Eschyle?  C'est  que,  siofk 


ÊTCDBS    PHILOSOPHIQUES    ET    LITTÉRAIRES.  225 

malgré  la  hauteur  où  se  tient  la  pensée  et  malgré  la  tension 
habituelle  du  style,  cette  forme  a  servi  admirablement  à 
élever  les  esprits,  à  fortifier  les  cœurs  (p.  275).  Mais  ce  mé- 
rite ne  lui  est  pas  inhérent  ;  Thonneur  en  revient  à  la  grande 
âm9  du  poète.  Après  dVclf^tants  succès,  la  forme  que  la 
tragédie  avait  reçue  de  lui  ne  lui  a  pas  survécu,  tandis  que 
celte  dont  Sophocle  a  donné  les  premiers  modèles  a  duré 
des  siècles,  tout  en  se  modifiant  sans  cesse,  et  par  là  est 
devenue  un  type  qu'il  a  été  plus  facile  de  critiquer  que  de 
remplacer. 

De  ces  observations,  une  partie  peut  s'appliquer  aux 
pages  intitulées  :  Virgile,  son  vrai  géme.  Mais  d'abord, 
aucun  de  ceux  qui  ont  lu  Virgile  avec  le  soin  qu'il  mérite 
n'acceptera  le  reproche  qu'implique  le  titre  donné  par 
M.  Courdaveaux,  je  ne  dirai  pas  à  l'étude,  mais  à  la  cau- 
serie littéraire  dont  ce  poète  fait  les  frais.  Est-ce  qu'on  en 
est  encore  à  ignorer  en  quoi  son  génie  consiste  ?  Qui  donc 
l'admire  sans  réserve  ?  Depuis  longtemps  on  a  reconnu  Us 
défauts  que  M.  Courdaveaux  relève  dms  l'Enéide,  et  sa  verve 
satirique,  qui  emprunte  plus  d'un  trait  à  la  muse  irrévé- 
rencieuse de  Scarron,  rappelle  aussi,  et  je  le  regrette,  des 
parodies  plus  modernes. 

Dans  son  étude  sur  Eschyle  (p.  106-107),  il  s'étonnait, 
et  avec  raison,  que  Macaulay  ait  osé  traiter  Prométhée  de 
pleurard.  Mais  il  adresse  sans  hésitation  à  Enée  le  méuie 
reproche,  quoiqu'il  sache  bien  qu'avant  le  stoïcisme  les  an- 
ciens n'étaient  pas  choqués  de  voir  un  héros  être  homme  : 
gémir,  se  plaindre  et  pleurer.  11  se  montre  moins  juste  en- 
core, quand  ayant  attribué  à  son  poète  favori  «  un  caractère 
»  à  part,  qui  ne  |)ermet  de  le  juger  d'après  aucun  autre,  ni 
»  de  le  placer  au-dessous  d'aucun  autre  (p*.  120),  x>  il 
juge  Virgile  d'après  une  foule  d'autres,  et  que  le  mettant 
au-dessous  d'Homère  dans  l'épopée,  de  Lucrèce  dans  le 
genre  didactique,  de  Théocrite  dans  Téglogue,  il  réduit  son 
génie  à  un  pur  talent  d'imitation.  Virgile,  modèle  idéal  des 

f.  SXSfl.  iâ 


226  ÉTUDES    PHILOSOPHIQUES   ET   LITTKRAIRBS. 

a  œuvres  de  seconde  main  (p.  279),  »  ne  travaillant  goèrs 
que  sur  comnfian<le,  agençant  avec  plus  ou  moins  d'habileté 
des  pièces  de  toute  provenance,  n'aurait  laissé,  suivant  lui, 
que  des  ouvrages  défectueux  et  manques  dans  rensemUe, 
mais  où  il  y  a  des  morceaux  admirablement  réussis,  com- 
positions restreintes  qu'il  déclare  néanmoins  des  chcb- 
d'œuvre.  Avant  de  rendre  ce  jugement,  où  les  circoos- 
tances  atténuantes  sont  à  peu  près  oubliées,  Tauteur  avait 
dit  en  propres  termes  :  «  Au  lieu  d'ébranler  à  notre  tour  h 
»  gloire  de  Virgile,  nous  Tondrions  contribuer  à  la  rafier- 
M  mir,  en  précisant  mieux  ses  titres  (p.  279-280).  »  Pro- 
messe étrangement  tenue  I  procédé  rappelant  trop  la  loi  fi- 
nancière qui  enlevait  aux  rentiers  les  deux  tiers  de  leur 
capital  pour  leur  en  mieux  assurer  le  reste  I 

D*où  vient  l'excessive  rigueur,  l'espèce  d'acbarnement 
que  montre  ici  M.  Courdtveaux?  Ce  n'est  pas  un  parti-pm 
d'approcher  du  paradoxe  en  s'écartant  des  idées  reçues, 
puisqu'il  n'est  pas  le  premier  qui  ait  ainsi  parlé  de  Virgile. 
Mais  il  croit,  à  ce  qu'il  semble,  que  la  liberté  dans  Tait 
n'est  pas  encore  cause  gagnée.  De  là  son  ardeur  à  la  dé- 
fendre, ses  discussions  souvent  agressives,  ses  assertions  aa 
ton  décisif,  son  ironie  qui  recourt  aux  mots  les  plus  fami- 
liers. Tout  ce  qui  est  type  idéal>  modèle  imposé  ou  seok- 
meut  proposé  au  poète  lui  parait  une  entrave  pour  le  génie, 
et  toute  imitation,  même  de  nation  à  nation,  un  procédé 
fatalement  stérile.  Or,  non-seulement  Virgile  a  beaucoup 
imité,  mais  il  a  été  encore  plus  imité  lui-même  :  M.  Cour- 
daveaux  ne  lui  pardonne  pas  d'avoir  donné  à  l'épopée  uoa 
forme  devenue  comme  typique  ;  il  lui  en  veut  de  tous  bi 
poèmes  qu'ont  produits  ses  faibles  imitateurs,  parnii  lesqueb 
il  raqge  dédaigneusement  le  Tasse  en  compagnie  de  Valédos 
Flaccus  et  de  Claudien  ;  ainsi  Racine  a  été  déprécié  outre 
mesure  en  haine  des  mauvaises  tjragédies  de  ses  soi-^iîfiaAt 
disciples. 

Il  y  a  là  passion  et  excès.  Proscrire  rîioitotîon  e^t  wé; 


ATDDBS   PBILOSOPBIOUES   et   LfTTÉftAIRES.  227 

s'en  abstenir  fie  Test  pas  autant.  Croit-on,  par  hasard, 
qirHoinère  et  Eschyle  n*aienl  imité  personne?  Parce  qu'ils 
sont  pour  nous  les  premiers,  nous  nous  exagérons  naturel- 
lement leur  puissance  créatrice.  Mais  ils  eurent  des  précur- 
seurs ;  leur  art,  plus  instinctif  que  réfléchi,  n'en  avait  pas 
moins  ses  règles;  ils  ont  eu,  eux  aussi,  a  foi  en  certains 
procédés,  »  tout  comme  les  classiques  leurs  successeurs. 
Effet  de  la  loi  uniTerselle  de  développement  progressif,  qui 
fait  sortir  le  présent  du  passé  sans  improvisation  brusque, 
sans  lacune  profonde,  alors  même  que  Tagent  de  ce  pro- 
grès incessant  est  l'être  moral  et  libre,  Tesprit  humain. 

C'est  donc  un  peu  se  payer  de  mots  que  d'appeler  primi- 
tives des  œuvres  qui  sont  seulement  lés  plus  anciennes  que 
nous  connaissions.  Car  si,  avant  Hélène,  il  y  eut  des  guerres 
causées  par  l'enlèvement  d'une  femme,  avant  Homère  il  y 
eut  des  chants  épiques.  Pour  trouver  quelque  chose  de  réel- 
lement primitif,  ce  ne  serait  même  pas  assez  de  remonter  à 
ces  chants  dont  l'Iliade  et  l'Odyssée  sont  les  échos  magni- 
fiquement amplifiés  par  Theureux  génie  de  quelques  poètes, 
et  conservés  pieusement  par  une  nation  qui  y  trouvait  ses 
héroïques  annales.  Relativemeni  primitives,  et  plus  près  de 
la  nature  que  celles  qui  iurent  faites  sur  leur  modèle,  les 
épopées  homériques  ne  peuvent  être  opposées  d'une  ma- 
nière absolue  aux  épopées  que  M.  Fauriel,  dans  ses  leçons 
de  1831,  nommait  épopées  artificielles,  et  parfois,  avec 
plus  de  justesse,  épopées  de  cabinet. 

A  ce  genre  appartient  l'Enéide,  conune  aussi  la  Divine 
Comédie,  que  M.  Courda veaux  ne  manque  pas  de  mettre 
bien  au-dessus  d'elle.  Et  pourtant,  si  la  première  a  peu  d'in- 
térêt pour  nous  qui  ne  sommes  pas  Romains,  la  seconde 
n'en  a  guère,  sinon  pour  l'étude  du  moyen-âge  et  de  sa 
philosophie,  dont  peu  de  gens  tiennent  à  juger  en  connais- 
sance de  cause.  Mise  en  français,  l'Enéide  doit  certaine- 
ment paraître  insipide.  Msùs,  soumise  à  la  même  épreuve, 
que  devient  l'cravre  de  Dante?  Un  récit  d'une  monotonie 


1 


228  ÉTUDES   PHILOSOPHIQUES    ET    LITTÉRAIRES. 

didactique  dans  sa  marche,  des  tableaux  succédant  à  des  ta- 
bleaux et  classés  suivant  le  plan  d'un  traité  des  vices  et  des 
yerlu9,  un  tissu  laborieux  de  science  scolastique,  d'allégo- 
ries subtiles,  de  visions  apocalyptiques,  sans  parler  de  nom- 
breuses allusions  à  l'histoire  contemporaine.  Tout  cela 
rebute  bien  vite,  dépouillé  de  sa  forme  native,  et  Dante 
cesse  d'être  Dante,  quand  il  n^a  plus  sa  langue  d'une  allure 
franche,  d'une  force  incomparable,  d'une  harmonie  tou- 
jours en  rapport  avec  les  objets  qu'elle  peint  et  les  idées 
qu'elle  exprime.  Si  la  perfection  du  style  et  des  scènes  ad- 
mirables par  la  discrétion  des  traits  et  leur  rapide  énergie 
ont  élevé  à  un  si  haut  rang  le  poète  qui  résume  dans  une 
œuvre  animée  de  ses  sublimes  colères  la  théologie  de  son 
temps  ;  des  épisodes  largement  traités  et  une  langue  d'une 
beauté  achevée,  d'une  souplesse  merveilleuse,  ne  donnent 
pas  moins  de  prix  à  l'œuvre  où  son  mattre  vénéré,  Virgile, 
recueillait  les  légendes  nationales  de  Rome  et  de  ses  grandes 
familles,  les  traditions  locales  de  l'Italie,  la  mythologie  em- 
pruntée aux  Grecs  avec  leur  science,  et  faisait  de  tout  cela, 
à  force  d'art,  quelque  chose  qui  ressemblait  aux  épopées 
où  chacun  voyait  alors  des  types  presque  divins. 

Mais,  dit  M.  Courdaveaux,  le  caractère  timide  de  Virgile 
lui  interdisait  de  peindre  des  héros;  il  lui  manquait  une 
puissante  passion  comme  celle  que  ressentait  Dante,  pa- 
triote méconnu,  banni  irréconciliable,  défenseur  convaincs 
de  l'unité  catholique  et  impériale.  Je  ne  m'arrêterai  pas  aa 
rapport  presque  fatal  qu'il  y  aurait,  on  le  répète  trop,  entre 
le  caractère  qu'un  auteur  montre  dans  sa  vie  et  celui  des 
personnages  qui  parlent  ou  agissent  dans  ses  ouvrages.  Ce 
point  de  vue  ingénieux,  mais  faussé  par  l'abus  qu*on  en  fait, 
a  fini  par  devenir  une  formule  plus  commode  qu'exacte. 
Est-ce  que  Corneille  ressemblait  beaucoup  aux  Castillans  et 
aux  Romains  de  ses  tragédies  ?  Pour  ce  qui  regarde  la  pas- 
sion, Virgile  n'eut  pas,  il  est  vrai,  les  haines  vigoureuses,  les 
convictions  ardentes  qui  font  moins  de  grand»  poètes  que  de 


ÉTUDES   PHILOSOPHIQUES   ET   LITTÉBAIRES.  229 

fanatiques  ;  mais  son  cœur  était  ouvert  aux  sentiments  les 
plus  forts  comme  aux  plus  délicats  ;  son  Ame  n'était  pas  hé- 
roïque, soit  ;  mois  elle  s'était  émue  au  contact  des  misères 
humaines,  à  l'horreur  des  guerres  civiles,  aux  charmes  de 
la  paix,  à  Torgueilleuse  pensée  de  Télernité  romaine,  à  la 
grandeur  naissante  et  jusqu'alors  bienfaisante  de  l'Empire, 
à  la  reconnaissance  et  non  pas  à  un  mesquin  calcul  de  flat- 
terie envers  Auguste,  enfin  à  une  mélancolie  moins  âpre  et 
plus  juste  que  les  plaintes  de  Lucrèce  sur  notre  condition 
mortelle. 

Dire  qu'il  a  ignoré  toute  inspiration  franche,  comme  s'il 
n'y  avait  pas  eu  dans  l'artiste  une  âme^  sous  le  poète  un 
homme,  n'est-il  pas  bien  hardi?  Homme  par  le  cœur  le 
plus  sensible  à  tout  ce  qui  est  humain,  homme  par  l'esprit 
le  plus  éclairé  des  lumières  de  la  science,  certes  Virgile 
sentait  et  pensait  avec  une  conviction  assez  sincère  pour 
a  amener  les  autres  à  penser  et  à  sentir  conune  lui.  »  Je 
me  sers  à  dessein  des  expressions  employées  par  M.  Cour- 
daveaux  lorsqu'il  détermine,  dans  sa  préface,  quel  est  le  but 
de  l'art  et  à  quelles  conditions  on  l'atteint.  «  Il  faut  être  soi* 
»  même,  »  dit-il,  cela  est  obligatoire  ;  il  faut  être  de  son 
D  époque,  cela  est  inévitable  ;  mais  il  faut  appartenir  tout  en- 
x>  semble  à  son  époque  et  à  l'humanité...  Les  œuvres  éter- 
n  nelles  sont  à  ce  prix  (p.  ix).  » 

De  ces  conditions,  en  est-il  une  que  Virgile  n'ait  pas 
remplie  7  On  voit  ce  qu'il  faut  penser  du  défaut  de  person- 
nalité reproché  à  son  œuvre  par  son  sévère  critique.  Le  dé- 
faut d'intérêt  de  l'Enéide  s'explique  parce  qu'elle  était  de 
son  temps,  où  l'imitation  des  Grecs  était  la  loi  suprême, 
Rome  n'ayant  jamais  eu  une  littérature  à  elle  :  or,  l'imita-* 
tion  est  surtout  difficile  et  périlleuse  quand  il  s'agit  de  ra- 
jeunhr  des  croyances  qui  ne  sont  pas  d'accord  avec  les  idées 
de  ceux  auxquels  on  veut  les  faire  accepter,  ce  qui  ne  peut 
avoir  lieu  qu'au  moyen  de  compromis  qui  en  altèrent  le  ca- 
ractère et  leur  ôtent  le  peu  de  foi  qu'ellçs  pouvaient  trouver 


230  ÉTUDES   PHILOSOPHIQUES   ET   LITTÉRAIBES. 

eDcore«  Cette  tâche  que  les  circonstances  ont  imposée  i 
Virgile^  il  Ta  accomplie  de  telle  sorte  qu'il  a  été  admiré  non- 
seulement  à  Rome  et  par  ses  contemporains,  mais  chez  toutes 
les  nations  européennes  et  dans  tous  les  siècles.  Pourquoi 
M.  Courdaveaux,  qui  sait  fort  bien  tout  cela,  proclame-t-il 
donc,  à  Texclusion  de  TEnéide,  aTIliade  etrodyssée...  des 
»  œuvres  humaines  (p.  298)7  »>  Est-ce  que  ces  poëines  nooi 
intéressent  au  même  point  et  au  même  titre  qu*ik  intéres- 
saient les  Grecs?  Nous  touchent-ils,  nous  aussi,  en  nouspa^ 
lant  de  nos  dieux,  de  nos  ancêtres?  Non;  notre  curiosité  j 
cherche  la  naïve  peinture  d'un  des  premiers  âges  du  monde; 
la  poésie  supplée  1  histoire  pour  Tétude  de  cette  époipie  ; 
mais  ces  précieux  témoignages  d'un  passé  lointain  per- 
draient singulièrement  de  leur  valeur  s'ib  n'en  étaient  les 
seuls  monuments.  Supposons  que  le  siècle  d'Auguste  ne 
nous  fût  conim  que  par  l'Enéide,  quel  prix  n'aurait-elle  pas 
à  nos  yeux?  Car,  malgré  l'abondance  des  documents,  elle 
nous  apprend  pourtant  quelque  chose  du  temps  où  elle  a 
paru,  et  des  temps  anciens  mêmes  ;  mais  ce  quMl  faut  rema^ 
quer  surtout,  grâce  à  elle  un  grand  nombre  de  pensées  et  de 
sentiments  admirablement  rendus  ont  grossi  le  patrimoine 
moral  de  Thumanité. 

Telle  est  l'œuvre  oîi  Virgile  n\iurait,  suivant  M.  Cour- 
daveaux,  travaillé  que  pour  les  Romains  sans  cependant  y 
avoir  mis  rien  de  sa  personne  et  de  son  époque,  de  ses  pas- 
sions et  de  sa  vie  (p.  298).  Pour  démentir  ces  assertions,  il 
sufGt  du  livre  où  elles  se  trouvent,  et  je  ne  me  les  explique 
point.  Je  suis  moins  étonné  que  l'auteur  n'ait  pas  marqué 
expressément,  comme  condition  de  durée  pour  les  oeuvres 
poétiques,  la  perfection  du  style.  A  elle  seule  certainement, 
si  elle  pouvait  exister  seule  sans  un  fond  d'une  valeur  sé- 
rieuse, elle  ne  ferait  pas  un  grand  poète;  mais  sans  elle  un 
poète  ne  peut  vivre.  Son  absence  est  la  cause  principale 
de  l'oubli  où  sont  restées  si  longtemps  les  épopées  françaises 
du  moyen-âge  tant  de  fois  remaniées  sans  être  arrivées  ja- 


ÈrOMS'  PHILOSePHfQUfiS  ET  LtncRAfns.  231 

mais  à  noe  ferme  qui  les  ait  en  quelque  sorte  censacrées. 
Virgile  est  un  éclatant  exemple  de  la  puissance  du  style 
pour  rendre  une  ŒU?re  immortelle.  Bien  peu  partagent  arec 
lui  cette  gloire. 

Si  je  voulais  m'arréter  à  tous  les  points  contestables  ou 
tout  au  moins  discutaUes  de  Touvrage  de  M.  Courdaveaux, 
j'en  ferais  un  plus  long  que  le  sien,  et  qui  n*en  aurait  pas 
l'agrément.  Je  me  bornerai  donc  à  faire  mention  des 
60  dernières  pages  de  son  livre  :  les  Héroines  de  Virgile^ 
galerie  de  portraits  trop  nombreux  peut- être  pour  être  assez 
variés,  mais  où  les  observalicms  ingénieuses  et  déficates  ne 
manquent  pas.  J'y  voudrais  seulement  reirancher  certains 
traits  d'un  goût  qui  n'est  pas,  à  mon  gré,  irréprochable, 
abréger  certains  rapprochements  qui  ne  sont  qu'amusants 
et  curieux.  La  supériorité  de  Virgile  dans  ses  portraits  de 
femme<^,  <i  la  délicatesse  toute  moderne  déjà  de  ses  senti- 
ments et  de  ses  pensées  (p.  367),  )>  semblent  au  critique  un 
résultat  naturel  du  caractère  du  poète. 

«  Chercher  l'homme  sous  les  œuvres,  »  telle  est  l'idée 
dominante  des  études  qu'il  a  publiées  en  1867;  elle  repa- 
raît dans  les  trois  études  qui  forment  son  nouveau  volume, 
particulièrement  dans  la  première  :  Xénophon^  sa  vie  et  ses 
œuvres.  Rien  de  mieux  composé  et  de  plus  instructif  d'un 
bout  à  l'autre,  que  les  cent  pages  de  ce  morceau  d'histoire 
littéraire  et  philosophique  à  la  fois.  C'est  le  portrait  habile- 
mont  tracé  d'un  Condottiere  athénien,  dont  l'Italie  de  la 
Renaissance  aurait  pu  seule  reproduire  le  type.  Pliilosophie, 
politique,  morale,  économie  domestique,  dévotion  envers 
les  dieux,  Xéno|>hon  ramenait  tout,  même  les  leçons  de 
Socrute,  son  maître,  au  principe  de  l'intérêt  bien  entendu, 
à  l'utile,  par  conséquent,  règle  de  sa  vie  entière.  Heureuse- 
ment doué,  au  physique  aussi  bien  qu'au  moral,  pour  l'ac- 
tion et  le  succès,  il  n'a  été  cependant  ni  un  grand  citoyen, 
ni  un  grand  homme,  ni  un  grand  écrivain.  Le  principe  qui 
le  dirigeait  à  son  insu  et  malgré  les  beaux  mots  de  sagesse^ 


232  ÉTUDBS    PHILOSOPHIQUES   BT   LITTiRAIEBS. 

de  yertii,  de  justice,  de  piété,  qu'il  avait  sans  cesse  a  h 
bouche,  naïvement  et  pas  du  tout  par  calcul  d'hypocrisie, 
lui  interdisait  de  s'élever  à  la  hauteur  morale  de  Thucydide 
et  de  Platon.  Suivre  dans  la  longue  durée  de  sa  vie  et  dans 
ses  nombreux  ouvrages  le  développement  de  ce  caractère 
serait  s'exposer  à  faire  mal  ce  que  M.  Courdaveaux  a  hiea 
fait.  Le  petit  nombre  d'observations  que  je  pourrais  loi 
adresser  porteraient  sur  des  drtaiU  d'une  si  faible  impor- 
tance, que  mieux  vaut,  au  lieu  d'une  discussion  sans  intérêt, 
terminer  par  un  éloge  sans  n  striction  d'un  travail  où  s'as- 
socie, aux  allures  d'une  critique  qui  veut  plaire,  l'élévatioD 
d'une  pensée  qui  est  sérieusement  morale. 


Troyes,  16  août  1872. 


M.  CHARLES    DELAUNAY 


MBHBRB   DB    L  INSTITUT 


NOTICE  NÉCROLOGIQUE 


PAR 


M.  EMILE  SOGARD,  membre  résidant. 


La  journée  du  5  août  1 872  a  été  pour  TEurope  scienti- 
fique, pour  la  France  tout  entière,  pour  le  département  de 
l'Aube,  en  particulier,  une  journée  de  deuil  public.  On 
venait  d*apprendr3^  par  une  dépèche  télégraphique,  que 
M.  Delaunay,  directeur  de  TObservatoire  et  membre  de 
l'Institut,  avait  péri  victime  d'un  accident  en  mer,  à  la  suite 
d'une  simple  promenade  pour  visiter  la  digue  de  Cher- 
bourg. Voici  les  détails  qui  arrivèrent  le  lendemain  de 
l'affnuse  catastrophe  : 

Dans  la  journée  du  lundi  5  août,  vers  trois  heures  de 
Taprès-midi,  la  péniche  la  Caroline,  patron  Saffray,  ra- 
menait à  terre  deux  voyageurs  parisiens,  qui,  malgré  les 
menaces  du  temps,  s'étaient  risqués  à  aller  visiter  la  digue. 
Très-pluvieuse  avait  été  la  matinée,  et  dans  l'après-midi, 
une  véritable  tempête  de  0.  S.  0.  avait  succédé  à  la  pluie  du 
matin.  Malheureusement  le  sieur  Saffray  et  Josse,  son  ma- 
telot, avaient  négligé  l'avis  d'un  vieux  marin  qui  leur  avait 


234  M.    CHARLES   DELAUNAT. 

conseillé  depretidre  des  ris  (l)  par  précaution,  vu  le  mao- 
rm  ten^s  et  leur  âge  avancé. 

Comme  la  tempête  augmentait  de  minute  en  minute,  oœ 
saute  de  vent  fit  chavirer  Tembarcation,  et  les  quatre  per- 
sonnes, qui  étaient  à  bord,  périrent,  sans  qu*il  fût  possiUe 
d'aller  leur  porter  secours.  L'un  des  deux  promeneurs, 
s'aidant  d'un  aviron,  qu'il  tenait  encore,  dit-on,  à  la  main, 
lorsqu'on  l'a  retrouvé  plus  tard,  avait  dû  lutter  contre  It 
mort  et  faire  tous  ses  efforts  pow*  atteindre  Tile  Pelée,  voi- 
sine du  lieu  du  sinistre  et  à  cinq  kilomètres  de  Cherbourg; 
mais  à  bout  de  forces,  il  avait  fini  par  être  submergé;  soo 
corps  était  venu  échouer  au  milieu  des  rochers  de  cette  ile. 

Le  mardi,  au  matin,  le  cadavre  fut  retiré  de  ces  éoieiis, 
et  examen  fait  du  portefeuille  qu'il  portait  sur  lui  et  des  pa- 
piers qu'il  renfermait,  on  reconnut  le  corps  de  M.  Charles 
Delaunay,  membre  de  l'Institut,  directeur  de*  l'Obsenratmre 
de  Paris.  Un  de  ses  cousins,  M.  Millot,  l'avait  accompagné 
dans  sa  fatale  promenade  :  le  corps  de  celui-ci  ne  fut  pas  re- 
trouvé. 

La  dépotnlle  mortelle  de  M.  Delaunay  fut  imnoédiatenMat 
ramenée  à  Paris,  où  la  cérémonie  des  obsèques  eut  ti«a  le 
vendredi  9  août.  Elles  ont  été  des  plus  simples,  «  trop 
simples  mêmes  >> ,  a  dit  un  journal. 

Le  corps  (ut  exposé  à  rObservatoire,  dans  la  grande  en- 
trée du  Bureau  des  Longitudes,  et  de  là  fut  trafi^porcé  i 
l'église  Saint- Jacques-dn- Haut-Pas.  Les  cordons  du  poâe 
étaient  tenus  par  MM.  Liouville,  Yven-ViUarceau,  DaiArée 
et  Milne-Edwards. 

Après  la  cérémonie  religieuse,  le  corbillard  se  éirifn 
vers  le  chemin  de  fer  de  l'Est.  Là,  le  cercueil  fut  deecefiAi 


(i)  On  appelle  prendre  des  ris  raccoarcir  la  7oile,  quand  le  ««t 
est  trop  fort,  au  moyen  d*œillets  faits  à  cette  voile,  au-desaou^  de  la 
vergue,  et  dans  lesquels  on  passe  de  petites  cordes  qu'on  nomme 
gareettes. 


M.    C9ARL98   DUAimAT.  23S 

pour  être  dirigé  par  la  voie  ferrée  vers  Troyes,  et  de  là  à 
Raroernpt,  où  le  défunt  devait  être  enseveli. 

Le  lendemain  samedi,  tout  le  village  de  Ramerup  était 
en  deuil.  Ramerupt  n*était-il  pas,  en  effet,  le  pays  de  son 
enfance,  de  sa  jeunesse?  N'est  ce  pas  là  que  s'élevait  la 
maison  paternelle?  N'est*ce  pas  là  qu'était  semée  de  tous 
côtés  la  multitude  de  ses  bîenlaits  7  Tout  n'y  était-il  pas 
rempli  de  son  souvenir  aimé  ?  Aussi  chaque  habitant  vint 
verser  sur  son  cercueil  les  larmes  de  la  reconnaissance  et  du 
regret.  Les  homieurs  lui  furent  rendus  par  la  compagnie  de 
sapeurs'pompiers  qui  escortait  le  char  funèbre.  Une  foule 
de  personnes  accoururent  de  tous  les  points  du  déparlement 
pour  lui  rendre  les  derniers  devoirs. 

Avant  l'absoute,  M.  l'abbé  Rémion,  curé  de  Ramerupt, 
prononça  l'éloge  funèbre  du  défunt  en  des  termes  où  l'élo- 
quence du  cœur  le  disputait  aux  charmes  de  la  diction» 
D'autres,  M.  Lesoure,  par  exemple,  un  des  élèves  de 
M.  Delaunay,  ont  fait  ressortir  les  gloires  que  l'illustre  sa^ 
vant  avait  moissonnées  dans  le  champ  de  la  science. 
M.  Rémion,  lui,  s'est  attaché  à  peindre  cette  belle  âme,  si 
aimante  et  si  dévouée,  où  toutes  les  vertus  s'étaieut  donné, 
pour  ainsi  dire,  rendez-vous,  et  qui  donnait  à  sa  personne 
ce  rayonnement  de  bonté  qui  lui  gagnait  tous  les  cœurs. 

Essayons  à  notre  tour  de  payer  à  la  mémoire  de  notre 
illustre  et  regretté  compatriote  un  juste  tribut  d'éloges  et  d# 
regrets,  en  rappelant  en  quelques  mots  les  phases  de  sa  glo- 
rieuse carrière, 

Chiirles-Eugène  Delaunay  est  néàLusigny,le9  avril  1816; 
mais  il  avait  à  peine  deux  ans,  lorsque  son  père  vint  se  fixer 
à  Ramerupt.  Après  avoir  terminé  de  brillantes  études  au 
collège  de  Troyes,  il  partit  pour  Paris  en  1 833.  L'année  sui- 
vante, il  était  reçu  dans  les  premiers  à  l'Ecale  polytechnique, 
d'où  il  sortit,  en  1836,  avec  le  numéro  1.  Nommé  ingé- 
nieur des  mines,  il  se  sentit  entraîné  par  une  vocation  irré* 
sislible  vers  la  science  pure,  et  surtout  vers  les  hautes 


236  M.    CHAILES   DELAONAT. 

études  mathématiques  appliquées  au  calcul  des  mouTcmoits 
des  corps  célestes. 

De  1841  à  1848,  lié  d'amitié  avec  M.  Biot,  il  le  su{^Iéa 
dans  la  chaire  d'astronomie  physique  au  Collège  de  France, 
tout  en  remplissant  les  fonctions  de  répétiteur  de  Géodéâe 
à  TEcoIe  polytechni(|ue  ;  —  de  1844  à  1851,  il  fut  chargé 
du  cours  de  mécanique  physique  et  de  géoméb*je  descrq>- 
tive  de  TEcole  des  Mines;  —  en  1848,  il  fut  membre da 
Conseil  central  des  Ecoles  des  Mines;  —  en  1849,  ingé- 
nieur des  mines  de  première  classe;  —  en  avril  1851, 
professeur  en  titre  de  mécanique  physique  à  la  Faculté  (ks 
Sciences,  sur  la  présentation  à  l'unanimité  de  la  Faculté  et 
du  Conseil  académique  ;  —  le  27  novembre  de  la  mètat 
année,  professeur  de  mécanique  à  l'Ecole  polytechnique; 
—  membre  de  l'Institut  (Académie  des  Sciences,  section 
d'astronomie)  en  1855  ;  —  enfin,  directeur  de  l'Observa- 
toire de  Paris,  en  1870,  après  avoir  été,  depuis  plusieun 
années,  membre  du  Bureau  des  Longitudes. 

La  carrière  scientifique  de  M.  Delaunay  fut  donc  une  des 
plus  brillantes.  Dès  son  début,  il  se  fit  remarquer  par  des 
travaux  solides,  qui  le  placèrent  de  primesaut  au  rang  des 
sommités  du  monde  savant,  surtout  comme  mécanicien. 
Aussi  sa  thèse  de  mécanique,  intitulée  :  Distinction  des 
maxima  et  des  minima  dans  les  questions  qui  dépendent 
de  la  méthode  des  variations^  qu'il  présenta  à  la  Faculté 
des  Sciences,  le  19  avril  1841,  lui  valut  une  distinction 
inusitée  :  le  ministre  dé  l'instruction  publique  lui  fit  remise 
des  droits  universitaires,  en  raison  de  la  manière  supérieore 
avec  laquelle  il  avait  soutenu  cette  thèse. 

Mais  ce  n'était  que  le  prélude  des  nombreux  et  savanb 
travaux  dont  il  devait  enrichir  les  journaux  et  les  revues 
scientifiques,  tels  que  le  Journal  des  Mathématiques^  le 
Journal  de  F  Ecole  polytechnique^  La  Connaissance  des 
temps,  etc.  Nous  ne  citerons  que  quelques-uns  de  ses 
travaux  :  Note  sur  la  ligne  de  longueur  donnée  qui  ren- 


M.    CHARLES    DELAUNAY.  237 

ferme  une  aire  maximum  sur  une  surface^  en  i  843  ;  — 
Mémoire  sur  la  théorie  des  marées^  en  1844  ;  —  Mémoire 
sur  le  calcul  des  variations^  travail  qui  a  obtenu  une  men- 
tion honorable,  le  16  février  1844,  dans  la  séance  publique 
de  rAcadémie  des  Sciences  ;  —  Calcul  de  deux  inégalités 
dUranus,  en  1 845  ;  —  Mémoire  sur  une  nouvelle  théorie 
de  la  lune^  lequel  a  été  l'objet  d'un  rapport  à  TAcadémie 
des  Sciences,  le  4  janvier  1847.  Celle-ci  a  décidé  en  outre 
qu'il  serait  inséré  dans  le  Recueil  des  savants  étrangers  : 
c'était  le  commencement  d'un  travail  immense  dont 
M.  Delaunay  s'est  occupé  de|.uis. 

Parlons  maintenant  des  livres  qu'il  a  composés  comme 
professeur  à  la  Faculté  des  sciences  rt  à  l'Ecole  poly- 
technique. Son  Cours  élémentaire  de  mécanique  théorique 
et  appliquée  (Paris  1851),  est  un  ouvrage  complet  et  bien 
conçu,  rempli  de  figures  exactement  gravées  dans  le  texte. 
Cette  première  édition  fut  épuisée  en  moins  de  six  mois  et 
fut  suivie  d'un  grund  nombre  d'autres. 

Plus  tard,  en  1854,  il  publia  son  Cours  élémentaire 
d'astronomie^  avec  figures  dans  le  texte,  qui  eut  également 
beaucoup  d'éditions.  —  Ces  deux  ouvrages  eurent  les  hon- 
neurs de  plusieurs  traductions  étrangères. 

Comme  nous  l'avons  dit,  c'est  en  1855  que  M.  Delaunay 
fut  élu  membre  de  l'Institut,  en  remphtccment  de  M.  Mau- 
vais. Personne  que  lui  n'avait  plus  de  titres  à  se  présenter 
à  Tilhistre  assemblée  ;  aussi  y  fut-il  admis  presque  à  l'una- 
nimité des  votants,  les  Comptes-rendus  de  F  Académie  des 
Sciences  sont  remplis  de  ses  travaux  et  de  ses  communica- 
tions. Nous  nous  bornerons  à  citer  les  plus  importants.  La 
plupart  ont  rapport  à  l'étude  de  la  lune  dans  ses  mouve- 
ments. —  Mais  auparavant  n'oublions  pas  de  mentionner 
par  ordre  de  date  le  Traité  de  mécanique  rationnelle  qu'il 
fit  paraître  en  1 858,  pour  être  le  complément  de  son  Cours j 
et  qui  eut  le  même  succès,  quoique  s'adressant  à  un  plus 
petit  nombre  d'amateurs. 


238  If.    CHARLBd    DELAUNAT. 

Noa9  trouvons  dam  les  Compies^rendus  de  TAcadbritt 
deÈ  Sciences^  entre  autres  travaux  de  M.  Deiaunaj,  les 
suivants  :  Nouvelle  théorie  du  mouvement  de  la  hme{  1 858)  ; 
c'est  un  rapport  fait  par  Tautcur  sur  son  grand  travail  dosA 
nous  allons  parler  tout  à  l'heure  ;  il  fit  une  profonde  sensa- 
tion à  r Académie  et  dans  le  monde  savant;  -—  Calculée 
f  accélération  séculaire  du  moyen  mouvement  de  k 
lune  (1859),  autre  point  de  vue  de  son  grand  travail;  — 
Calcul  des  variations  séculaires  des  moyens  mouvement 
du  périgée  et  du  nœud  de  f  orbite  de  la  lune  (29  août  1 859). 

Nous  voici  arrivé  à  Tœuvre  immortelle  de  M.  Ddaooaj, 
celle  qui  lui  coûta  pins  de  dix  ans  de  travail  et  de  calcok, 
nous  voulons  dire  sa  Théorie  du  mouvement  de  la  Am, 
dont  il  a  paru  en  1860  et  en  1867  deux  énormes  Tohmsi 
grand  in*4*,  le  premier  de  883  pages  et  le  deuxième  de  731. 
Le  troisième  et  dernier  volume  n'est  pas  encore  impriné. 
Ce  travail  gigantesque,  qui  a  eu  tant  de  retentissement  dais 
le  monde  savant,  en  Europe,  sert  à  refaire  avec  plus  d'exac- 
timde  les  Tables  de  la  lune,  dont  se  serv^'nt  joumellement 
les  marins  pour  se  diriger  sur  mer,  et  à  calculer,  d'une  ma- 
nière précise,  les  éclipses  de  soleil.  A  la  vérité  Tonvrigede 
M.  Deiaiinay  ne  sera  jamais  populaire.  Qui  oserait  en  eBtt 
s'aventurer  dans  une  forêt  de  chiffres  et  de  formules  algé- 
briques, en  caractères  minuscules,  qui  s'étendent  le  long 
de  814  pages  in-4'',  presque  sans  aucune  clairière  d'expi- 
eations?  Mais  il  restera  comme  un  monument  de  la  scieoee 
abordable  à  ct^ux  qui  s'occupent  de  la  question  du  momrt- 
ment  de  la  lune. 

a  On  sait,  dit  M.  Leseuredans  le  discours  nécroIogn|iie 
consacré  à  la  mémoire  de  M.  Dekunay,  quel  est  riotérit 
qui  s^attache  à  la  connaissance  exacte  du  mouvement  de  b 
voûte  céleste.  Les  marins  qui  veulent  reconnaître  leur  po- 
sition en  pleine  mer  et  guiiier  la  route  de  leur  nawe,  sari 
obligés  de  comparer  leurs  observations  avec  les  résultats 
que  la  Connaissance  des  Temps  leur  indique  dans  k  uUe 


M.    CHARLES    DELAINAY.  230 

des  distances  lunaires.  Pour  calculer  cette  table,  il  faut  con« 
naître  le  mouvement  de  la  lune,  l'exactitude  de  la  recon-* 
naissance  des  positions  et  longitudes  en  pleine  mer  dépen- 
dant essentiellement  de  la  précision  avec  laquelle  on  con- 
naît les  lois  de  ce  mouvement. 

)/  La  question  à  étudier  était  une  des  plus  difficiles  de 
Tastronomie  à  cause  des  variations  et  des  perturbations  aux- 
quelltsest  assujetti  le  mouvement  de  la  lune.  Les  efforts  de 
plusieurs  savants  s*y  sont  successivement  appliqués;  les 
d'Alembert,  les  Clairaut,  les  Laplace,  les  Damoiseau,  Its 
Plana,  les  Lubback,  les  Paissol  et  les  Hausen.  Il  était  donné  à 
Charles  Delaunay  de  porter  Tœuvre  à  un  point  de  perfection 
qui  ne  laisse  plus  guère  à  chercher  dans  cette  partie  du  do- 
maine céleste.  La  Théorie  du  mouvement  de  la  lune  était 
complète,  et  sa  publication  annoncée  en  1 860,  continuée 
en  1 867,  a  excité  dans  le  monde  savant  un  retentissement 
universel.  De  toutes  parts«  il  reçut  les  éloges  les  plus  flat- 
teurs des  savants  de  la  Russie,  de  l'Amérique,  de  TÂlle-* 
magne  et  de  TAngleterre,  et  la  Société  royale  asrono- 
mique  de  Londres  lui  décerna  la  grande  médaille  d'or 
pour  ses  beaux  travaux.  » 

La  gloire  scientifique  de  M.  Delaunay  était  trop  grande 
pour  ne  pas  exciter  Tenvie.  Une  sonmiité  jalouse  de  l'Insti- 
tut, M.  Le  Verrier,  attaqua  la  Théorie  de  M.  Delaunay  et 
essaya  de  la  faire  sombrer  par  des  arguments  en  apparence 
assez  solides.  Il  est  regrettable  seulement  que  ce  ne  fut  pas 
toujours  en  termes  très-parlementaires.  L'auteur  fit  plu- 
sieurs réponses  aux  attaques  des  12, 19  et  26  mars  1860. 
Il  faut  ajouter  que  les  rieurs  ne  furent  pas  du  c6té  de 
l'agresseur,  et  que  M.  Delaunay  sortit  victorieux  de  la 
lotte.  Deux  ans  après,  en  1862,  sous  le  titre  de  Nouvelle 
théorie  du  mouvement  de  la  lune,  il  donne  la  Comparai- 
son des  expressions  trouvées  par  les  coordonnées  de  cet 
astre  avec  celles  qui  ont  été  observées  antérieurement. 
L'année  suivante,  en  1863,  il  fit  insérer  dans  la  Connais- 


240  M.    GHAHLES   DELArNAT. 

sance  des  temps  un  nouveau  travail  intitulé  :  Mémoire  sur 
Féquation  séculaire  de  la  lune. 

Tant  de  travaux  si  utiles,  si  savants,  si  consciencieux  mé- 
ritèrent à  M.  Delaunay  d'être  choisi  par  TAcadémie  des 
Sciences  pour  son  président,  et  depuis  d'être  nommé  direc- 
teur de  rObservatoire  de  Paris^  à  la  place  de  M.  Lie  Verrier, 
son  illustre  antagoniste. 

Dès  le  21  décembre  1838,  la  Société  Académique  de 
TAube  s'était  empressée  d'offrir  à  M.  Delaunay  le  titre  de 
membre  correspondant,  pressentant  déjà  la  gloire  que  de- 
vait faire  rejaillir  sur  elle  son  illustre  compatriote. 

Malgré  les  grands  et  nombreux  travaux  qui  absorbaimit 
tous  ses  instants,  il  voulut  en  détacher  quelques-uns  en 
faveur  de  la  Société  à  laquelle  il  se  faisait  honneur  d'ap- 
partenir. C'est  ainsi  qu'il  donna  pour  Y  Annuaire  de 
y  Aube  ^  1853,  une  Note  sur  le  cadran  solaire  de  V  Hôtel- 
de-  Ville  de  Troyes,  travail  sérieux  dans  lequel  est  compris 
un  tableau  donnant  la  différence  entre  le  temps  moyen  et  le 
temps  vrai  pour  tous  les  jours  de  l'année  1 853* 

Il  semblerait  qu'avec  des  mérites  aussi  apparents  que 
ceux  de  M.  Delaunay,  il  dut  recevoir  de  bonne  heure  la 
croix  de  la  Lcgion-d'Honneur.  M.  Delaunay  fut  peut-être, 
parmi  les  savants  de  France,  le  dernier  qui  fût  décoré.  Âo 
ministère,  lorsqu'enfin  il  en  fut  question,  on  croyait  qa'H 
Pétait.  Aussi,  ceux  qui  s*en  occupèrent  pour  lui  —  car  il 
était  trop  modeste  pour  y  songer  —  firent-ils  remarquer 
qu'on  était  tout  étonné  de  voir  près  de  lui  son  préparateur 
décoré,  lorsque  le  maître  ne  l'était  pas. 

Que  dire  maintenant  de  M.  Delaunay  conune  homme 
privé?  Nous  venons  de  toucher  une  de  ses  grandes  qualités: 
la  modestie.  Outre  la  modestie  qu'il  portait  à  l'excès,  il  anit 
une  douce  amabilité,  des  mœurs  simples  et  charmantes,  nue 
bonhomie  pleine  de  séduction,  en  un  mot  un  extérieur  qoi 
attiraient  à  lui  tous  ceux  qui  avaient  le  bonheur  de  l'appro- 
cher.  Chaque  année,  à  l'époque  des  vacances,  lorsque 


j 


H.    CHARLES  DELAUNAT.  241 

pour  se  délasser  de  ses  travaux,  il  n'allait  pas  en  Suisse,  ou 
en  Italie,  ou  ailleurs,  seul,  son  petit  paquet  sous  le  bras  et  à 
pied,  il  aimait  à  venir  se  reposer  dans  sa  petite  maison  de 
Ramerupt,  où  il  ne  s'occupait  que  de  faire  du  bien  aux  ha- 
bitants, consacrant  aussi  aux  charmes  de  Tamitié  les  quel- 
ques heures  que  la  science  lui  laissait  libres  ;  car  il  travail- 
lait toujours,  même  à  Ramerupt.  Son  cœur  avait  besoin 
d'expansion,  et  de  son  vivant  même  il  voulut  gratifier  la 
commune^  qu'il  regardait  comme  son  pays  d'adoption, 
d'une  maison  de  sœurs  pour  Téducation  des  jeunes  filles, 
maison  qu'il  fit  bâtir  et  qu'il  dota  à  perpétuité,  après  l'avoir 
placée  sous  le  touchant  patronage  de  sa  digne  et  adorée 
compagne  qu'il  avait  perdue  trop  tôt,  et  avec  laquelle  il  avait 
passé  les  plus  heureuses  années  de  sa  >ie.  Aussi,  comme 
nous  l'avons  dit^  élait-il  profondément  aimé  et  estimé  des 
habitants  de  Ramerupt,  qui  le  nommèrent  membre  du  con- 
seil municipal,  quoiqu'il  ne  pût  séjourner  que  quelques  se- 
maines près  d'eux.  Ils  auraient  bien  désiré  l'avoir  pour 
maire  ;  mais  il  refusa,  ne  voulant  pas  que  les  intérêts  de  la 
commune  eussent  à  souffrir  de  son  absence  obligée. 

Il  semble,  en  vérité,  qu'une  falaUté  pèse  sur  nos  grands 
hommes  de  l'Aube  :  Simart,  mort  d'une  chute  d'omnibus  ; 
M.  Delaunay^  noyé  à  la  suite  d'une  promenade  dans  un 
canot!... 

La  mort  prématurée  de  M.  Delaunay,  car  il  n'avait  que 
56  ans,  est  donc  un  deuil  pour  la  science,  pour  le  départe- 
ment de  l'Aube  et  pour  tous  ses  nombreux  amis;  mais  son 
souvenir  vivra  toujours  parmi  nous  environné  de  la  double 
auréole  du  génie  et  de  la  vertu. 


Troyes,  le  16  août  1872. 


? .  ixzfi.  16 


ÉTUDE 


SUR 


CLOTILDE  DE  SURVILLE 


PAR 

M.   CHARLES  DES  GUERROIS 
If  embre  résidant 


Messieurs, 

Vous  avez  bien  voulu  me  renvoyer,  à  Teffet  de  vous  en 
rendre  compte,  deux  volumes  du  Bulletin  de  P Académie 
Delphinale^  le  tome  V  de  la  3*  série  (1869),  et  le  tome 
Vr  (1870),  publiés,  Tun  en  1870,  l'autre  en  1871.  Je 
trouve  à  noter  dans  ces  volumes  deux  articles,  Tun  sur 
Lamartine,  notre  grand  poèt^ contemporain  (vol.  de  1870), 
l'autre  sur  Glotilde  de  Surville,  poète  ou  prétendu  poète  du 
XV*  siècle  (vol.  de  1869).  Je  ne  vous  entretiendrai  pas 
de  Lamartine,  sur  lequel  Fauteur  de  l'article —  un  discours 
de  réception —  (1)  ne  nous  apporte  rien  de  nouveau , 
quoiqu'il  parle  du  poète  avec  talent,  avec  abondance. 

Je  voudrais  vous  dire  quelques  mots  d'un  autre  poète, 
d'une  femme  jeune  sous  un  vieux  visage,  la  prétendue  Clo- 
tilde  de  Surville  —  car  je  ne  crois  pas  plus  aujourd'hui  que 

(1)  L'auteur  est  M.  Gabriel  Monavon. 


244  ÉTUDE   SUR   CLOTILDE   DB   SURVILLE. 

je  n'y  croyais  hier,  à  l'authenticité  des  Poésies  de  Clotilde 
de  Surville,  gui  yient  de  trouver  un  nouveau  défenseur 
dans  M.  Macé,  membre  de  l'Académie  Delphinale. 

En  deux  mots  voici  Télat  de  la  question.  En  1803  parais- 
sait un  volume  de  poésies  attribué  par  l'homme  de  lettres, 
éditeur  du  livre,  à  un  poète  du  xv'  siècle,  Clotilde  de  Sor- 
ville.  Ces  poésies,  était-il  dit,  avaient  été  transcrites  par  un 
de  ses  descendants,  M.  de  Surville,  émigré  rentré  et  fusillé 
à  la  fin  de  1798  pour  conspiration  royaliste  (1).  Le  volume 
était  publié  par  M.  Charles  Vanderbourg,  qui  déjà  l'aimée 
précédente  avait  mis  au  jour  une  traduction  française  da 
Laocoon  de  Lessing,  qui  depuis  a  donné  une  traduction 
en  vers  des  Odes  d'Horace  (1812-13,  2  vol.  in-8*),  traduc- 
tion qui  jouit  de  quelque  estime  parmi  les  innombrables 
traductions  du  poète  ami  de  Virgile  et  d'Auguste.  Dès  h 
publication  du  volume  de  1803,  des  doutes  surgirent.  Clo- 
tilde avait- elle  existé?  Etait-elle  un  masque  ou  un  visage? 
Les  critiques  du  moment  ne  s'y  trompèrent  pas  ;  ils  s'ac- 
cordèrent généralement  à  croire  que  ces  poésies,  quel  que 
fût  leur  mérite,  n'avaient  rien  d'original,  rien  qui  pût  faire 
reporter  leur  date  au  xv*  siècle.  Il  parut  admis  que  Tauteur 
était  le  marquis  de  Surville,  ou  tout  au  moins  que  Clotilde 
était  un  simple  prête-nom.  Millin,  dans  le  Magasin  Ency^ 
clopédique  (1803,  tome  II*),  déclare  la  supercherie.  Car- 
rion-Nisas,  sous  le  nom  A  Indagator^  dans  le  Journal  Jk 
Paris ^  nomme  le  marquis  de  Surville;  Ginguené  probable- 
ment, dans  la  Décade  philosophique^  se  prononce  dans  le 
même  sens;  le  comte  de  Ségur,  dans  la  Bibliothèque  franr 
çaise^  ne  croit  pas  un  moment  à  Clotilde,  mais  il  incliniit  à 
regarder  Vanderbourg  comme  l'auteur;   même  ceux  qû 
voulaient  bien  se  montrer  un  peu  plus  convaincus  —  on 

(1)  L*arrét,  inique  arrêt,  rendu  au  Puy  en  Vélay,  portail  pomtd 
de  diligences.  —  Quérard  a  mentionné  cet  arrêt,  mais  sans  rdefer 
l'iniquité.  Brunet  se  contente  de  dire,  avec  peu  d'exactitude  es  pif* 
lant  de  Sui*ville  :  c  Supplicié  à  Montpellier  en  1793.  > 


ÉTCDB    SUR   CLOTILDB   DB   SURVILLB.  245 

plus  complaisants  —  comme  le  critique  du  Journal  des  Dé- 
bats, et  Laya  dans  le  Moniteur^  maintiennent  leur  honneur 
de  critiques  en  exprimant  de  sages  réserves  ;  Raynouard 
(Journal  des  savants^  1824)  croit  fortement  à  la  supposi- 
tion et  appuie  son  opinion  sur  les  arguments  les  plus  so*- 
lides;  ViÛemaîn  {Littérature  au  moyen-âge^  tome  11%  p. 
204-208)  y  croit  également,  ainsi  qu'au  moderne  archi- 
tecte Surtilie.  Depuis,  un  académicien  des  Inscriptions  et 
Belles-Lettres,  esprit  investigateur  et  sévère,  Daunou,  s'est 
cru  autorisé  à  attribuer  la  composition  des  poésies  de  Clo- 
lilde  de  Surville  à  l'éditeur  lui-même,  à  Vanderbourg 
{Elêge,  août  1839).  Sainte-Beuve,  en  1841  [Revue  des 
Deux-Mondes^  et  Tableau  de  la  Poésie  au  XVP  siècle)^ 
Sainte-Beuve,  renouvelant  la  question,  avec  son  tact  si  sûr 
et  comme  infaillible,  alla  droit  au  marquis  de  Surviile,  et 
dit  :  Adestl  Voilà  le  coupable.  Et  tout  aussitôt  il  l'absolvait 
avec  bonne  grâce. 

Aujourd'hui  l'académicien  de  Grenoble,  à  l'aide  de  do- 
cuments nouveaux,  remet  la  question  sur  le  tapis  ;  il  croit 
pouvoir  admettre  l'authenticité  et  s'en  déclare  le  partisan 
convaincu.  Ses  documents,  j'ai  hâte  de  le  dire,  sont  très- 
intéressants,  et  prouvent  quelque  chose  ;  mais  non  pas  ce 
que  l'auteur  suppose.  J'avais  toujours  cru,  et  en  ouvrant  le 
volume  de  l'Académie  Delphinale,  je  croyais  encore  Vander- 
bourg l'auteur,  ou  si  l'on  veut,  le  coupable  —  felia:  culpa. 
L'académicien,  M.  Macé»  est  venu  me  convaincre  que  le 
vrai  coupable  était  M.  de  Snrville.  Ce  n'est  pas  précisé- 
ment son  but^  car  il  se  mettait  à  l'œuvre  avec  la  conviction 
préconçue  de  l'authencité  et  avec  l'intention  de  faire  par- 
tager cette  conviction  aux  autres.  Or,  il  ne  vaut  jamais  rien 
de  se  faire  avocat  au  lieu  de  rester  critique  dans  les  ques- 
tions douteuses.  J'attendais  des  preuves  et  on  nous  donne 
des  raisonnements.  Devant  des  preuves,  devant  le  moindre 
petit  bout  de  manuscrit  du  xv*  siècle,  je  m'inclinerais  ;  à 
des  raisonnements,  je  résiste  et  crois  devoir  rester  de  l'avis 


246  ÉTUDE   SUR   GLOTILDB   DB   8UBVIIXB. 

de  Millin,  à'Indagator^  de  Rapouard  et  de  Vnieinain. 
J'ajoute  Charles  Nodier,  car  c'est  ici  le  plus  curieux  :  ffo- 
dier  gui ,  en  1827,  doit  publier  un  nouveau  Tolume  de 
Clotilde^  eu  1809  ne  croit  nullement  à  Clotilde,  mais  an 
marquis  de  Surrille  (1).   La  chose  en  Yérité  est  piquante. 

La  question  aujourd'hui  raYivée  ou  plutôt  galvanisée,  t 
été  beaucoup  débattue  au  commencement  de  ce  siècle,  et  3 
faut  dire  que  l'authenticité  a  trouvé  peu  de  partisans  sérieox, 
si  même  elle  n'a  trouvé  du  tout.  Ceux  même  qui  parais- 
saient y  croire  mettaient  dans  Texpression  de  leur  peieée 
tout  au  moins  un  demi-sourire  qui  ne  permettait  gnkede 
croire  à  leur  conviction  profonde,  souvent  même  ik  la  di- 
saient avec  des  restrictions  qui  lui  étaient  toute  portée. 

Les  documents  nouveaux  qu'apporte  M.  Macé  consistent 
en  des  fragments  de  Clotilde  publiés  par  Surville  dans  k 
Journal  de  Lausanne  en  1797,  au  temps  de  son  émigra- 
tion en  Suisse,  à  une  époque  où  Yanderbourg  est  tout  à 
fait  hors  de  cause,  et  surtout  dans  la  correspondance  de 
Yanderbourg  lui-même,  où  nous  le  voyons  en  Tannée  1802, 
se  mettre  avec  un  désintéressement  parfait  à  la  dispoatioD 
de  M'"''  de  Surville  pour  la  publication  des  œuvres  retroo- 
vées,  dit-on, par  Surville,  et  certainement  copiées  pariai 
—  copiées,  c'est  sa  prétention  —  car  de  manuscrit  p<Hat. 
Comme  le  Journal  de  Lausanne  existe,  conmne  la  coms- 
pondance  échangée  entre  M**  de  Surville  et  Yanderbourg 
est  authentique  (les  originaux  sont  représentés),  que  ooes  y 
voyons  reparaître  les  transcriptions  de  Surville ,  atteadoes 
avec  impatience  et  une  sorte  d'anxiété  par  l'édileor  béné- 
vole (2),  que  diverses  personnes,  et  notamment  le  mvqois 


(1)  Voir  ses  Questions  de  Littérature  légale, 

(2)  On  sera  curieux  peut-être  de  savoir  ce  qu'a  rapporté  la  polii- 
cation  des  Œuvres  de  Clotilde.  Un  trôs-honnôte  libraire,  Heiiûieht, 
se  chargea  des  frais  de  la  publication ,  en  promettant  de  parUger 
avec  Mdm  de  Surville  le  bénéfice  net.  Les  frais  montèrent  à  4,000  fr. 
(chiffre  rond);  le  produit  des  deux  éditions  simultanées  (în-3»  ^ 


ÉTUBE   SUR   CLOXara   BE   SURYILLE.  247 

de  Biuais,  l'ami  d'André  Ghépier  (Qui?  moi?  moi  de 
Phébus  te  dicter  les  leçons?  Epitre  YI,  p.  328,  édition 
Becq  de  Fouquiàres,  in-12),  avaient  vued  durant  Fémigra- 
tion^  il  deyient  certain  que  Vanderbourg  n'en  est  pas  l'au- 
teur; du  reste,  cet  amateur  de  l'Antiquité,  ce  traducteur 
d'Horace  a  dû,  on  peut  l'affirmer  sans  Tider  les  règles 
d'une  sage  critique,  retoucher  à  certains  endroits  les  vers 
qui  lui  étaient  confiés;  U  ne  passait  point  eâ  cela  ses  droits 
d'éditeur.  Car  à  quels  textes  avait-il  affaire?  à  des  textes 
inviolables  et  sacrés,  comme  ceux  d^une  Sapho,  d'une 
Télésîlla  et  d'un  3  Corinne  (1)?  Pas  du  tout,  il  avatt  affaire 
à  des  textes  sur  lesquels  on  s'était  tout  permis.  C'est  ici  que 
les  documents  sont  bons  à  consulter.  Qu'y  voyone-nous  en 
effet?  Oh  !  des  choses  fort  curieuses.  Nous  y  voyons  le  mar* 
quis  de  Brazais,  dans  une  lettre  à  M"*  de  Surville,  raconter 
comment  le  marquis  travaillait  sur  les  poésies  de  son  aïeule; 
il  les  traitait  véritablement  en  conquérant  et  en  maître^ 
vieillissant,  rajeunissant,  embellissant.  Et  à  cette  oeuvre^  i 
cette  manipulation,  dirai-je,  il  convie  ses  amis^  il  invite  le 
marquis  de  Brazais  à  se  charger,  dit^il,  u  de  k  partie  des 
vers  »  car  il  y  avait  aussi  de  la  prose.  Celui-ci  y  répugne, 
n'ayant  point  de  goût  aux  procédés  de  son  ami.  Rajeunir, 
passe  encore,  il  s'y  résignerait  sans  scrupule,  mais  vieillir^ 
mais  ajouter  une  couche  de  barbarie  à  ce  qui  est  déjà  bar- 
bare !  N'estil  pas  singulier  d'entendre  Brazais  se  jp4aiadre 
amèrement  que  SurviUe  ajoute  de  vieux  mots  à  la  poésie  de 
son  aïeule  7  Un  poète  du  quinzième  siècle,  ua  poète  go^ 


in-i8]  devait  être  de  9,0Û0  tt.  à  peu  près.  DédncUoû  fàit6  des  exèm* 
plaires  donnés,  remises  aux  libraires,  etc.,  il  resta  un  bénéfice  sel 
de  3,800  fr.  C'était  1,800  fr.  pour  Mmt  de  Surville.  Heinrichs,  à  raison 
des  risques  à  courir,  proposa  de  régler  immédiatement  en  payant 
1,500  fr.,  cp  qui  fut  accepté.  Vanderiiourg,  loi,  ne  demanda  que  quel- 
ques exemplaires  de  luxe. 

(1)  Carmina  Novem  illustriom  Femkumm. 


248  ÉTUDE   SUR   GLOTILDB   DB   SUtTlLLB. 

thîque^  mais  il  en  a  déjà  assez  de  ces  Tieux  mots  à  effaroa* 
cher  les  gens. 

n  est  clair  que  Surville,  peu  content  de  la  couleur  itof 
peu  archaïque  de  ses  premiers  essais,  ajoutait,  dans  le  pro- 
grès de  son  travail,  une  couche  de  couleur  eniieillie. 

Et  Yanderbourg,  qu'en  pense-t  il  7  car  son  opinion  est 
bonne  à  savoir.  Vanderbourg,  quand  il  reçoit  les  poéâes 
longtemps  attendues,  et  recouvrées  au  Puy,  dans  la  maison 
même  d'où  Sorville  est  sorti  pour  aller  à  la  mort,  Vander- 
bourg  éprouve  un  sentiment  visible  de  désappointement;  3 
n'est  nullement  persuadé  de  Tauthenticité.  Les  formes  de  la 
politesse  seules  retiennent  un  aveu  formel  prêt  à  s'échapper. 
Je  ne  citerai  en  preuve  que  ce  passage  d'une  lettre  de  lui  i 
M""'  de  SurviUe,  en  date  de.Paris,  22  juillet  1802  : 

H  Je  m'empresse  de  vous  annoncer,  Madame,  la  récq>- 
tion  du  paquet  que  vous  m'avez  fait  Thcmneur  de  m'en- 
voyer.  11  n'est  entre  mes  mains  que  depuis  hier,  mais  3 
était  arrivé  à  Paris  la  veille.  J'y  ai  trouvé  les  trois  vohimei 
manuscrits  dont  vous  me  parlez,  et  dont  le  plus  complet 
m'était  déjà  connu.  Je  me  suis  déjà  occupé  à  les  parcourir, 
et  je  vous  avouerai  franchement  que  ce  que  j'en  ai  vu  n'a 
encore  servi  qu'à  redoubler  mes  doutes.  U  est  bien  singu* 
lier  que  le  poème  le  plus  considérable  de  la  collection  sent 
les  Trois  Plaids  (for  dans  un  volume,  et  soit  devenu  les 
Cinj  Plaids  d'or  dans  un  autre  plus  récent.  Comment 
M.  de  Surville  n'a-t-il  pas  au  moins  conservé  le  manuscrit 
de  Jeanne  Vallon  (1),  si  les  originaux  même  n'existaient 
plus  7  J'aurais  mille  autres  questions  à  vous  faire,  auxquelles 
peut-être  vous  ne  seriez  pas  plus  en  état  de  répondre  que 
moi,  .et  qui  toutes  révoquent  en  doute  d'une  manière  presque 
irréfutable  l'authenticité  des  manuscrits.  » 

On  le  voit,  ce  bon  critique  Vauderbourg  n'est  pas  dupe 


(1)  Antre  aïeule  du  xvii*  siècle,  qui  ayait  déjà  retravaiUé  à  cette 
époque  les  poèmes  de  Clotilde. 


ÉTUDE  SUR   CLOTILDE   DE   SCETOLE.  249 

du  tout.  Dit-il  assez  clairement  sa  pensée?  Après  tout  il  ne 
prend  pas  trop  souci,  j'ima^ne,  de  son  incrédulité  ;  il  sait 
bien  qu'au  fond  M""*  de  SurviUe  ne  sera  pas  trop  fâchée 
qu'on  croie  son  mari,  un  mari  qu^elIe  a  aimé,  Fauteur  de 
ces  poésies  et  poète  ingénieux,  plutôt  que  simple  copiste  de 
Tieux  manuscrits;  son  amour-propre  de  femme  trouvera 
plutôt  son  compte  à  ce  que  la  vérité  ne  soit  pas  dissimulée 
trop  habilement. 

Devant  le  public,  je  le  sais,  Vunderbourg  tiendra  un 
autre  langage.  Mais  que  faire  ?  Il  est  éditeur,  il  a  accepté 
une  charge,  une  responsabilité  ;  il  veut  le  succès  dans  Tin- 
térèt  de  la  famille  de  Surville,  car  pour  lui,  je  le  répète,  il 
ne  réclamera  rien,  il  n'acceptera  rien,  et  venir  dire  au  pu- 
blic :  Nous  avons  Thonneur  de  vous  présenter  des  œuvres 
apocryphes,  avec  étiquette  du  quinzième  siècle,  mais  en 
réalité  fiibriquées  hier,  venir  dire  cela,  ce  ne  serait  pas,  on 
en  conviendra,  un  très-bon  moyen  de  préparer  le  succès. 

Il  faut  que  M.  Macé,  notre  académicien,  ait  beaucoup  de 
foi  dans  sa  thèse  pour  publier  de  tels  documents  et  con^r- 
ver  sa  ferme  croyance,  pour  Tappuyer  même  sur  des  pièces 
de  ce  genre. 

n  y  a  plus,  c'est  que  Vanderbourg,  devant  le  public 
même,  tenant  à  sauvegarder  son  renom  de  critique,  laisse 
parfaitement  entrevoir  son  scepticisme.  Avec  beaucoup  de 
finesse,  il  vous  donne  dans  sa  Préface  de  i  803  tous  les  ar« 
guments  qui  vous  autorisent  à  révoquer  en  doute  Tauthen- 
ticité  des  poésies  qu'il  met  au  jour,  tout  en  vous  affirmant 
pourtant  qu'elle  est  réelle.  La  langue  de  Clotilde,  dit-il,  est 
plus  parfaite  que  celle  de  Marot  lui-même  (p.  VIII)  ;  «cette 
même  femme,  dit-il  [ibidem)^  dicta  des  règles  de  goût  et 
de  versification  française  qui  n'ont  été  en  vigueur  que  deux 
siècles  après  elle,  et  qu'elle-même  observa  constamment.  » 

Quel  langage  que  celui  de  Vanderbourg  s'il  était  con- 
vaincu foncièrement  que  celui-ci  :   c  Que  vous  importe  et 


250  ÉTUDB   SUR   OLOTILDB   DE   8UIIVILLE. 

le  siècle  de  Clotilde  et  les  corrections  que  ses  oeuvres  ont  pv 
subir  (p.  X)?  » 

Siirville  de  son  côté,  lors  même  qu'il  parle  en  son  noaii 
qu'il  aYOue  son  travail  poétique,  est  tellement  possédé  de  !• 
manie  du  pastiche  et  de  l'imitation,  qu'il  éprouve  encore  k 
besoin  de  mettre  Tombre  de  C3otildc  entre  le  public  et  Im. 
C'est  ainsi  qu'il  adresse  au  nom  de  cette  aïeule  imaginaire 
deux  Epttres,  l'uue  à  Tinipératrice  Catherine  If,  l'autre  ani 
femmes  poètes  depuis  l'origine  du  Parnasse  Français.  Ce 
serait  fort  maladroit  si  ce  n'était  très*adroit,  car  un  auteur, 
en  se  cachant,  est  toujours  bien  aise  d  être  découvert  ;  m 
poète  a  quelque  peine  à  se  dépouiller  absolument  de  soo 
amour-prc^re  d'inventeur. 

Tout  est  malheur  et  contre-*temps  dans  la  découverte  de 
M.  de  Surville.  Sans  parler  des  manuscrits  de  l'aieule  livrés 
aux  flammes  par  les  survivants  qui  craignent  les  échafiiods 
révolutionnaires  (cette  allégation  du  moins  n'est  que  trop 
vraisemblable),  Surville  en  1783,  bien  avant  la  Révolution, 
ayant  trouvé  des  manuscrits  des  poèmes  de  Clotilde,  et 
ayant  de  la  peine  à  les  déchiffrer,  appelle  à  son  aide  un  feu* 
diste  ;  et  plus  tard,  quand  il  faudrait  écarter  le  soupçon  de 
fabrication,  ce  feudiste  ne  se  retrouve  pas;  le  frère  de  Sur- 
ville ne  peut  pas  même  se  rappeler  son  nom.  (Préface  de 
Yanderbourg,  p.  XIV). 

Pour  moi  il  résulte  de  tout  cela  que  Sur  ville,  Brazais  peu 
et  avec  répugnance,  Yanderbourg  volontiers  et  dans  son 
rôle  d'éditeur,  enfin  Nodier  plus  Lard,  pour  le  volume  de 
Poésies  inédites  de  Clotilde  publié  par  lui  et  le  baron  de 
Roujoux  en  1827,  ont  été  les  collaborateurs  de  cette  œmre 
complexe,  avec  des  parts,  bien  inégales,  Surville  ayant  été 
le  poète,  le  créateur,  les  autres  n'ayant  été  que  les  édi- 
teurs, correcteurs  et  arrangeurs. 

«  Mais,  dit  Yanderbourg,  qui,  en  vrai  et  bon  critique 
examine  les  deux  faces  de  la  question,  on  ne  saurait  com- 
prendre conmient  au  bout  de  trois  cents  ans  un  homme 


irUDE   SUR   CLOTILDB   DB   SORYILLE.  251 

aurait  pu  si  bien  saisir  et  peindre  les  sentiments,  les  inté- 
rêts d'une  femme,  d'une  mère,  d'une  française  du  temps 
de  Charles  VII  ;  comment  il  se  serait  amusé  à  faire  des 
rondeaux  c6ntre  Alain  Chartier,  et  à  imaginer  tous  les  per- 
sonnages dont  parle  Clotilde.  Je  m'y  perds  en  vérité.  »  (Let- 
tre citée  du  22  juiUet  1802). 

Ici  se  place  l'aYeu  importftnt  qui  nous  est  révélé  par 
Sainte-Beuve,  l'aveu  fait  par  Surville  lui-même  de  sa  qua- 
lité d'auteur  des  Poésies^  aveu  transmis  au  critique  par 
M.  Lavialle  de  Masmorel,  président  du  tribunal  de  Brives  et 
ancien  député  de  la  Corrèze,  qui  l'avait  recueilli  de  la  bou- 
che de  son  père  ;  M.  Lavialle  père  ayant  pressé  son  ami  de 
questions,  avait  fini  par  arracher  cette  confession.  Cet  aveu 
corroboré  par  la  publication  en  octobre  1797  dans  le  Jour- 
nal de  Lausanne^  de  divers  fragments  des  Poésies  de  Clo- 
tilde^ publication  due  à  Surville  lui-même,  est  corroboré 
surtout  par  ce  que  les  critiques  anglais  appelltint  le  témoi- 
gnage  interne  {internai évidence)',  il  suffit  d'examiner  un  peu 
attentivement  ces  poésies  prétendues  de  plus  de  trois  siècles, 
pour  se  convaincre  qu'elles  n^ont  rien  d'ancien,  ni  la  coupe 
des  vers,  ni  la  nature  des  idées,  ni  la  physionomie  générale, 
après  qu'on  les  a  dépouillées  de  ce  costume  léger,  car  c'est 
une  expérience  à  faire;  à  la  place  de  ces  mots  anciens  semés 
on  dirait  parfois  comme  par  cet  helléniste  qui  avait  oublié 
les  accents  dans  son  grec  de  copie  et  qui  saupoudrait  au  ha- 
sard son  manuscrit  d'aigus,  de  graves  et  de  circonflexes,  d'es- 
prits doux  et  d'esprits  rudes,  mettez  des  nfK)ts  de  nos  jours, 
faites  cela,  et  vous  avez  des  poèmes  parfaitement  modernes 
de  ton.  Or,  essayez  le  même  travail  sur  le  poète  Villon,  un 
poète  original  celui-là  et  un  vrai  poète  du  xv*  siècle,  vous 
éprouverez  une  bien  autre  ré^stance,  vous  arriverez  à  un 
résultait  bien  différent;  le  poète  sera  toujours  ancien  sous  son 
déguisement  moderne,  car  cette  fois  ce  sera  vraiment  un  dé- 
guisementque  de  revêtir  ces  idées  franches  et  de  source,  d'un 
langage  de  nos  jours.  Essayez  le  même  travail  sur  tout  autre 


252  ÉTCDB   SUR  CLOnLDB  BB   SOBTItXB. 

poète,  sur  Martial  d'Auvergne,  sur  Marie  de  France,  sur  le 
Roman  de  JRenart^  sur  Hegnart  le  contrefait^  vous  éprou- 
verez um  résistauce  pareille,  ou  du  moins  vous  n*aurex  pas 
créé  un  poète  moderne,  le  poète  ancien  continuera  de  se 
reconnaître  sous  le  langage  de  notre  temps. 

Examipons-les  donc  d'un  peu  plus  près  en  effet,  ces  Poé- 
sies de  Clotilde  de  Surville  ;  aussi  bien  elles  ne  sont  pas 
sans  mérite  et  elles  pourront  nous  offrir  un  dédommage- 
ment de  la  peine  que  nous  aurons  prise.  Je  les  ouvre,  et  je 
trouve,  dans  la  Préface  de  1803,  la  traduction  d'une  Ode 
de  Sapho,  copiée  par  Vanderbourg,  au  récit  de  cet  éditeur, 
en  1794,  pendant  l'émigration^  sur  les  manuscrits  de  Sur- 
ville; la  voici  : 

Qu'à  mon  gré  C68te-là  va  primant  sur  les  dieux, 
Qa'enyvre  ton  sonbris,  sur  qui  ton  œil  repose, 
"^  Qu*encharraent,  résonnant  de  ta  bouche  de  rose, 
Les  sons  mélodieux  f 

Je  t'ay  vu...  daus  mpn  seyn,  Vénus  qu'ay  toute  en  Tàme, 
Qui,  sur  ièvre  embrasée,  estoulfoit  mes  accents, 
Vénus  i  feux  subtils,  mais  jusqu*ôs  os  perçants, 
Court  en  fleuves  de  flame... 

S'ennuaigent  mes  yeulx,  n'oy  plus  qu*emmy  rumeurs  ; 
Je  brusle,  je  languis  ;  chauds  frissons  dans  ma  vafne 
Circulent  :  je  paslis,  je  palpite,  Thaleine 
Me  manque,  je  me  meurs... 

Qu'en  dites-vous?  Pour  moi,  il  me  semble  que  je  la  con- 
nais depuis  longtemps,  cette  Ode  célèbre,  non  pas  seule- 
ment dans  le  grec,  mais  sous  une  forme  française  appro* 
chaste  :  l'Ode  de  1 803  n*est,  un  examen  attentif  m'en  a 
convaincu,  que  la  traduction  de  Boileau  (dans  le  Sublime 
de  Longin),  vieillie,  et  vieillie  sans  beaucoup  d'art,  sans 
beaucoup  d'efibrt  pour  déguiser  l'emprunt  audacieux. 

Ce  n'est  tout  de  créer,  il  faut  encore  polir,  dit  Clotilde 
(p.  299,  volume  de  Vanderbourg). 

Boileau  n'eût  pas  mieux  dit. 


iTDDl  Sra  CLOniOB  M  WKfUIM.  253 

Elle  ajoutée 

Point  d'ouvrage  parfkici  n^Mclot  du  plus  habile  ; 
Guydes  qu*en  parle  A  fond.  Quand  loyzir  m'est  donnai 
Reprends  de  n\on  jeune  âge  un  fruict  abandonna  : 
Le  revoy,  le  polys  :  8*est  gei  tils  le  caresse  ; 
Ains^  voy-je  qu'est  manqué,  la  flamme  le  redresse. 

Surville  a  trop  étudié  Boîleau  ;  c'est  Boileau  que  je  re- 
connais quand  Clotilde  s*adre8sant  à  Rocca,  son  amie,  8*ex- 
prime  ainsi  (p.  37)  : 

Tu  sais,  Rocca,  quels  sévères  liens 
M'ont  asservie  en  nos  doulz  entretiens  ; 
Ton  goust,  mien  guide  enceste  foUe  escrimOi 
M'a  faict  au  sens  sacrifier  la  rime  ; 
Et  toutesfois  ne  se  contente  pas 
D'un  vers  desnû  de  ce  frivole  appas  ; 
Mesme  la  rime,  i  chustes  si  diverses, 
Combien  .nous  fait  essuyer  de  traverses, 
Quant  veulz,  après  deux  carmes  pucellins, 
Sans  nul  effort  coupler  deux  nuulcalms. 

{Epistre  à  ta  douce  amie  Roeea). 
Quand  Surrille  écrit  (même  Epltre,  p.  29)  : 

Or  il  advint  qu'un  beau  jour  de  fortune, 
Lorsque  n'avoy  soulcy  ne  peine  aulcune. 
Qu'un  ventelet  entre  mes  crins  soufBoit, 
Et  sur  mon  seyn,  qui,  ja  tendre,  s'enfloH 
Au  nom  d'Amour,  ainsi  que  bandelettes 
Faisoit  voler  leurs  claires  onde lettes, 

n  se  trompe  de  date,  il  fait  du  Rémi  Belleau  ou  du  Jac- 
ques Tahareau,  il  ne  fait  pas  de  1* Alain  Chartier  ou  du 
Martial  d'Auvergne,  pas  même  du  Charles  d'Orléans; 

Et  de  quelle  date  maintenant  est  cette  jpoétiqtie  que  Qo- 
tilde  se  fait  dicter  par  sa  mère  (p.  103)  : 

Voires  qu'est  beau  cela  seul  qui  sait  plaire 
A  tout  chascung  ? 

Oh!  cette  fois  c'est  du  dix-buitième  siècle  tout  pur  : 
Plaire  y  est  la  règle  suprême. 


2^4  ÉTUDE   SDR   CLOTILDE   DE   SURVILLE. 

Ainsi  en  quelques  pages  Surville  mêle  tous  les  poètes  et 
toutes  les  dates.  Mais  l'imitateur  a  beau  faire  et  s'ingénier; 
il  est  siirtout  dé  son  temp».  Lises  les  Verseiets  au  Premier 
Né^  qui  ont  été  tant  célébrés  et  répétés  : 

Bel  ami,  cher  petiot,  que  ta  pupille  tendre 

Gouste  un  sommeil  qui  plus  n'est  plus  fait  pour  moy  ! 

Je  veille  pour  te  veoir,  te  nourrir,  te  défeudre... 

Est-ce  assez  moderne  de  ton,  de  fermeté,  de  progres- 
sion? 

...  n  s'endort 
N'estoit  ce  teint  fleuri  des  couleurs  de  la  pomme, 
Mêle  dirm  dans  les  bras  de  bi  mort  ? 

Ce  yers,  l'ayant-denner,  est  tout-à-fa^  dans  le  goût 
d'André  Ghénier,  éloge  non  médiocre  pour  Qotilde,  de 
faire  quelquefois  penser  à  cet  admirable  contemporain,  le 
maître  aimé  de  notre  poésie  moderne  ! 

Voici  d'autres  vers  de  Clotilde,  dans  une  pièce  intitulée  : 
Chant  d amour  du  Printemps  {^.  45)  : 

Oui,  tout  renaist,  s'anime  ou  se  réveille: 
Arbustelets  qu*ont  ployés  les  aultans, 
Redressez- TOUS  de  perles  éclatants. 
Bordez  (1)  tapys  que  nature  appareille. 
Pour  y  poser  \  s  t^o^^ne8  du  printemps; 
Gentil  matin  de  Tan  qui  vient  d'esclore. 
Type  riant  du  matin  de  nos  jours, 
Rien  que  ton  œil  ne  verdysse  et  coulore  : 
Seyson  desjeulz,  empeyre  des  amours, 
Cil  resjouis  qui  leur  perte  desplore  I 

k 

Ils  siont  très-jolis  ces  vers,  mais  quel  tour  moderne  !  Que 
tout  cela  est  bien  de  la  philosophie  voluptueuse  du  diiD-hui- 
tième  siècle,  surtout  ce  type  riant \ 

Clotilde  dit  en  s'adressant  à  elle-même  à  la  fin  des  Trois 
Plaids  dor,  (iNne  sont  autres  que  le  conte  des  Trois  mor 
nières  de  Voltaire  : 


(1)  Vanderbourg  doit  avoir  mal  lu  ;  ce  serait  plutôt  brodez. 


ÉTUDE   SUR   CLOTILDE   DE   SURVILLB.  255 

Clotilde,  ainsi  chantois  en  ta  seyzon  première, 

Quand  jouvette,  en  soulcy,  n'a  que  jeux  enfantins, 

Caquets  ou  balletons  sous  verdoyante  olmière; 

Lors,  an  triple  tnon  des  filles  de  lumière, 

Jà  laissois  embellir  tes  gracieux  matins* 

Par  doulx  besoin  d'aimer,  dès  raubeérigilée. 

Dans  leur  noble  entretien  sitost  allois  calmant 

Ge  feu  qui  du  plaisir  tient  plus  que  du  tourment, 

Ains  qu'est  aux  vrais  plaisirs  dont  ta  courte  est  filée 

Gomme  ondins  emperlés  sont  au  vray  diamant.  (P.  225). 

Voilà,  dirai-je  encore,  un  passage  fort  joli,  mais  (et 
cette  observation  a  mille  applications  pour  le  lecteur  de  ces 
Poésies),  mais  beaucoup  trop  littéraire  ;  ce  n'est  pas  au 
quinzième  siècle  qu'on  envisage  ainsi  la  littérature,  mais  au 
dix-huitième,  alors  qu'elle  donne  tout,  conduit  à  tout. 

Clotilde  cite  perpétuellement  Homère,  Virgile,  Horace, 
Ovide,  Théocrite,  Pétrarque,  Dante  et  bien  d'autres  ;  elle 
cite  tout,  elle  connaît  tout.  C'est  d'une  rare  înTraisemblance 
ou  plutôt  impossibilité,  à  laquelle  n'a  pas  songé  Surville. 

Qui  a  parlé  ainsi  (p.  273,  Epitre  à  Marguerite  dE^ 
cosse j  il  s'agit  d'Alain  Cbartier)  : 

Luy,  de  qui  d'or  on  diroit  les  parolles. 

Ne  scait-il  donc  qu'en  ces  bluguettes  folles, 

Quelque  tyzon  qu'on  voye  s'esbouffer, 

S'estainct  sans  luire  et  meurt  sans  eschauffer  7 

Du  grand  Alain  telle  seroit  la  chance, 

S'orgouillouzet  d'une  sesche  abondance. 

De  style  pur  plus  n'est  embesoghé  ; 

Car  que  luy  fault,  que  d'estre  mieux  soigné  ? 

C'est  quazi  tout,  en  cet  âge  barbare, 

Non  d'escrivains,  mais  de  génie  avare, 

Où  de  la  rime  esclaves  morfondus 

Tant  d'estoumeaux  riment...  et  rien  de  plus. 

Qui  a  parlé  ainsi?  Est-ce  M.  de  la  Harpe,  amateur  de 
beau  style  7  Si  ce  n'est  lui,  cVst  donc  son  frère,  je  veux  dire 
quelque  critique  de  son  école. 

Dans  le  Tolume  de  Poésies  inédites  {ÎS21)^  publié  par 
Nodier  et  le  baron  de  Roujoux^  Tauteur  de  la  délicieuse 
pièce  : 


256  ÉTUDE   80R   CLOTILDE   DE   8URT1LLB. 

Elle  était  bien  jolie  au  matin  aana  atours 

et  des  aimables  vers  en  réponse  à  Alfred  de  Musset  senAk 
bien  avoir  mis  sa  marque  gracieuse.  Lisez  le  Rondelswt 
Olympe  de  Roche  for t\}^.  27)  : 

Eùndel  wr  Olympe  de  Rocheforty  accusée  d'insengibUiU  p» 

$es  nombreux  adorateurs  : 

Olympe  s'ouTre  à  de  vagues  dézirs, 
Avec  son  cœur,  tout  bas,  soubrit  et  jase  ; 
Jeulx  laisse  au  loin,  qui  charmoient  ses  loyiirs. 
Sa  bouscbe  enfin  frétille  à  bord  du  vaze. 
Où  doit  8*yvrer,  à  longs  traits,  de  playzirs. 

Quand  souffle,  estrange  au  souffle  des  zéphyrs, 
De  son  beau  seyn  fait  onduler  la  gaze, 
Diroit-on  pas  qu'à  ses  yeulz  de  sapbyrs 
Olympe  s'ouvre  ? 

Laissez,  amants,  dont  les  brusiants  soupirs 
N'ont  triompbé  d'un  froid  qui  vous  écrase, 
Mieulx  fermenter  ces  tendres  soubvenirs, 
Fault  bien  que  cède  aux  feulx  dont  elle  embrase, 
Fault  b  en,  pour  ung,  que  sur  tant  de  martyrs. 
Olympe  s'ouvre. 

Ce  Rondel  indique  un  art  plus  consommé,  plus  lalGoé 
que  tout  ce  qu*il  y  a  dans  le  volume  de  1803.  Si  Sunifie 
en  est  Tauteur,  je  ne  puis  m^empécher  de  croire  que  No- 
dier y  a  mis  la  main  pour  y  introduire  je  ne  saisqœl 
charme  et  douceur  amollissante. 

J*en  dirai  autant  de  ce  joli  couplet  où,  dans  le  Cksiti 
d Amour ^  Ro>alyre,  sous  la  plume  de  Clotilde  (p.  82),  ex- 
primait sa  douleur  d*être  séparée  de  son  amant  : 

Quant  je  vois  ses  beaulx  yeulx  s'ouvrir. 
Tout  rit  aux  miens  dans  la  nature. 
De  feulx  d'amour  me  sens  mourir. 
Quant  je  vois  ses  beaulx  yeulx  s'ouvrir, 
Par  doulx  bayzers  vouldrois  couvrir 
Chacun  des  lys  de  sa  figure! 
Quant  je  vois  ses  beaulx  yeubc  s'ouvrir, 
Tout  rit  aux  miens  dans  la  nature. 


ÉTUDS   SUR  GLOTILDB   DS  SORVIULB.  257 

Mais  si  je  soupçonne  quelque  peu  Nodier  pour  certains 
Hondels  et  couplets,  je  rends  sans  partage  à  Surville  les 
belles  pages  de  ce  grand  noorceau  intitulé  :  Quatrième 
chant  du  Poème  de  la  Nature  et  de  t  Univers.  Voici  des 
passages  fort  beaux  : 

Que  sçavent  les  humains,  que  m'ont  appris  les  saiges. 

Un  moment  apparus  sur locéan  des aiges, 

Des  lois  par  qui  se  meult  l'œubvre  des  six  grands  jours? 

Sommes-nous  donc  réduits  à  Tignorer  toujours? 

8çay  trop  que  maints  dMceulx  lèvent  un  coin  du  Toyle, 

Mais  quel,  de  Tunivers  oza  scindre  la  toyle  ? 

Quoy  qu'en  pense  l'erreur,  je  l'advance  à  regret, 

Jusqu'icy  la  Nature  a  gardé  son  secret. 

Vainement  Archytas,  Thaïes,  Apollodore, 

Tant  d'autres  plus  récents,  du  maistre  que  j'implore 

Tentèrent  pénétrer  les  adorables  fins  ; 

De  leur  demeure,  hélas  !  ont-ils  sçu  les  confins? 

Ore,  à  peine  en  croit-on  la  route  consommée. 

Et  page  91  : 

Sur  les  aisles  des  tanz  pourquoy  n'anticiper? 
Et  d'où  vient  n'oseroye  à  mes  yeulx  dissiper 
Nuaiges  espandus  sur  la  foule  vulgaire  ? 
C'est  l'instant  de  mieux  voir  :  jour  ne  tardera  guère 
Où  le  ciel,  aux  Grégeois  clos  ainsi  qu'aux  Romains, 
François,  ira  s'ouvrant  sous  vos  savantes  mains. 
Il  naistra  parmi  vous,  l'intrépide  génie 
Qui  des  mondes  créés  démonti-ant  rharmonie. 
Aux  mobiles  accorrj s  doit  tout  assujetir. 
Digne  organe  des  lois  que  j'ozai  pressentir, 
Qu'affranchi  des  liens  du  séjour  léthifère, 
Son  esprit  glorieux,  volant  de  sphère  en  sphère, 
Treuve,  au  seyn  du  Très- Haut,  qu'aura  tant  honoré. 
Ce  repos  absolu  dans  l'espace  ignoré! 
Sans  frayer  à  ses  pas  telle  immense  carrière. 
Prou  sera-ce  pour  moy,  qu'entr'ouvrant  la  barrière, 
Je  luy  monstre  la  voye,  et  que  mes  jeulx  d'enfants 
L'œil  presparent  à  suyr  des  coui-siers  triomphants. 

En  Térité,  pour  qui  a  lu  ces  vers  d*un  tour  si  moderne, 
si  facile,  d'un  tour  si  fermement  accentué,  pour  qui  a  par- 
couru Texposition  savante,  et  aussi  claire  que  savante,  du 

T.  XIXTI.  17 


258  iferCBE  €UB   CLOTUBS  de   MlHriLtSé 

moderne  système  de  Tastronomie,  faite  par  le  poète,  il  n'y 
a  plus  lieu  de  douter.  Je  croirais  assez  volontiers  qu'André 
Chénier  qui,  en  ce  temps-la,  s'essapit  à  la  création  d'ui 
poème  sur  le  même  sujet,  a  passé  par  là.  Sur^iHe,  par  Bra- 
zais,  a  pu  connaître  l'auteur  à'Hermèi  et  lui  entendre  tire 
des  fragments,  des  études  de  son  œuvre,  ou  du  moins  Tcd 
entendre  causer,  et  il  aura  fait  aon  profit  de  ces  confidences. 

Voulons-nous  descendre  sur  ces  poésies  au  détail  plus 
technique?  Il  me  semble  que  l'orthographe  de  Qatilde  est 
encore  une  dénonciation  du  pbgiat.  Un  détail  seulement. 
Ce  n'est  pas  au  hasard  que  nos  auteurs  du  moyen-ige  met- 
taient aux  mots  des  consonnes  que  l'avenir  a  retranchées;  ib 
se  conformaient  à  l'étymolo^e  latine.  L'auteur  des  poésies 
de  Clotilde,  au  contraire,  semble  avoir  procédé  au  hazard 
et  avec  la  seule  intention  de  ne  pas  écrire  les  mots  conune 
on  les  écrit  dans  le  langage  moderne.  Quelle  raison  y  a-t-il 
d'écrire  avec  une  /  les  moU  prix,  jeux  (pretium,  Jeci], 
comme  le  fait  peipétuellemeat  Clotilde?  Surville  a  vu  daulx, 
yeulx  chez  nos  vieux  auteurs,  et,  sans  se  dire  que  doux  est 
duicis,  yeux  oculij  il  a  adopté  la  même  orthographe  pour 
prix,  pour  Jeux^  ce  qui  est  absurde. 

Même  ob^rvaiion  sur  le  mot  vingt  {veinf),  dans  les 
Verselets  à  mon  Premier-né  : 

Quoy  I  tes  blancs  doigtelets  abandonnent  la  Mâmflie 
Où  vingt  puyxer  ta  beuschétte  à  pluair? 

Je  ne  veux  pas  miiltîpHer  les  exemples. 

Autre  observation  du  même  genre  :  dans  le  Itandei  VI 
(p.  135  du  volume  de  Vamterboui^,  éd.  de  IfiftS),  ron- 
deau assez  joli,  Surville  fait  entrer  le  mot  ocùndrcfis,  qu'il 
a  trouvé  dans  Lacombe:,  maiB  qui  semble  bien  y  ëlre  à  tort; 
car  Roquefort,  plus  tard,  a  reconnu  l'erreur  et  remis  le 
vrai  mot,  qui  edt  orendroit.  Mais  Surritte  ne  pouvait  fas 
deviner  Roquefort  et  il  «  suivi  Laconibe,  ^son  guidé  *ef^ 
naire,  se  trahisisant  misi. 


tfUDB  SUR   CLOTUDI   DB   SimYILLI.  269 

Je  crois  qu'il  est  acquis  que  ces  poésies  sont  du  xyiu*  ûè- 
cle  et  ne  peuTcnt  être  du  xt*. 

On  insiste  pourtant  et  on  dit  :  Il  est  peu  croyable  que 
M.  de  Surville  ait  pu  ainsi  s'approprier  la  langue,  entrer 
dans  les  sentiments  et  jusque  dans  les  passions  d'une  épo- 
que reculée.  Messieurs,  si  ce  phénomène  vous  étonne,  j'ai 
un  bien  autre  prodige  à  vous  présenter.  En  1771,  mourait, 
à  Londres,  dans  un  taudis  et  de  sa  main,  un  poète  qui,  lui 
aussi,  avait  feint  de  retrouva  d'anciens  poèmes  créés,  disait- 
il,  par  un  moine  du  quinzième  siècle  :  et  ce  qu'il  apportait, 
ce  n'étaient  pas  des  ballades  et  des  verselets,  des  pièces 
agréables  et  ingénieuses  :  c'étaient  de  grands  et  vrais  poè- 
noies,  pleins  de  feu  et  de  mouvement,  créations  de  génie,  qui 
rempUssent  trois  gros  volumes.  Ce  jeune  homme  avait  trompé 
Horace  Walpole,  il  avait  étonné  Gray,  épouvanté  Thomas 
Warton,  émerveillé  Robert  Southey,  qui,  à  cette  heure  de 
1802,  au  moment  où  Vanderbourg  recevait  les  manuscrits  de 
Surville,  était  occupé  au  &itish  Muséum  à  transcrire,  pour 
les  éditer,  les  poèmes  de  son  jeune  compatriote  :  ce  jeune 
homme  sans  appui,  sans  secours,  sans  auxiliaires  pour  re- 
toucher et  manipuler  avec  lui  les  poèmes  qu'il  tirait  de  sa 
pensée  féconde,  de  son  génie  incomparable,  était  mort  avant 
dix-huit  ans.  Il  s'a;  pelait  Thomas  Chatterton.  Et,  remar- 
quez-le bien,  il  n'était  pas  venu  disant  :  Je  ne  sais  ce  que 
sont  devenus  les  manuscrits  de  mon  moine  Rovtrley,  je  les 
ai  copiés^  puis  ils  se  sont  perdus.  Il  avait  apporté  les  ma- 
nuscrits mêmes,  sur  leur  vieux  parchemin,  avec  leur  trace 
de  vétusté,  leur  écriture  gothique.  Il  a\ait  dit  :  Les  voilà,  je 
les  ai  trouvés  dans  un  vieux  coffre  de  pierre  de  l'église 
Sainte-Marie-de-Reddiffe.  Bt  il  avait  fait  illusion  aux  ha- 
biles de  Bristol  ;  il  avait  trompé,  je  l'ai  dit,  Horace  Wal- 
pôle,  l'honmie  du  monde,  l'antiquaire,  le  savant  connais- 
seur, l'auteur  des  Anecdotes  on  PmUing,  le  personnage 
de  l'Angleterre  qui  avait  le  plus  peur  d'être  dope;  il  avait 
trompé  l'Angleterre  en  U  charmant. 


260  ÉTUDE   80R   CLOTILDB    DE   SURYILLI. 

Si  on  s'étonne  de  quelqu'un,  c'est  de  Chatterton  qa'fl 
faut  s'étonner,  et  non  pas  de  Surville  ;  si  l'on  s'étonne  de 
quelque  chose,  c'est  de  la  Tragédie  à'jElla  et  de  la  Ba- 
taille ctHastings  qu'il  faut  s'étonner,  et  non  pas  des  Yer" 
selets  à  mon  Premier-né.  Sans  parler  du  g^^nie,  du  pouYcir 
de  création,  qui  est  incomparablement  plus  grand  chez  le 
poète  de  la  .  Tragédie  de  Bristol^  le  talent  d'imitation  et 
d'archaïsme  est  mi  :1e  fois  plus  remarquable  dans  Chatterton 
que  chez  Surville,  car  j'écarte  résolument  ce  nom  de  Cio- 
tilde,  qui  n'a  pu  qu'amuser  et  faire  sourire  les  vrais  criti- 
ques. 

Puisque  j'ai  rappelé  le  nom  de  Chatterton,  je  dirai  que 
Surville  semble  s'être  modelé  en  beaucoup  de  choses  sur  le 
poète  de  Bristol,  dont  la  destinée  avait  dû  le  frapper  et  dont 
on  parlait  beaucoup  au  temps  de  sa  jeunesse.  Chatterton 
est  mort  en  1771  ;  Surville  avait  seize  ans,  étant  né  &k 
1755.  Chatterton  invente  son  histoire  des  vieux  peintres 
anglais,  mais  il  invente  des  peintres  imaginaires  ;  puis,  avec 
l'inexpérience  de  son  âge,  il  va  offrir  sa  décctuverte  à  Horace 
Walpole,  auteur  des  Anecdotes  sur  la  peinture  :  il  réussit 
à  lui  faire  illusion  tout  d'abord,  mais  pour  le  payer  cher, 
trop  cher  :  Walpole,  détrompé,  conserva  contre  le  jeune 
faussaire  une  rancune  hors  de  toute  proportion  avec  le  délit 
et  le  traita  comme  un  coupable  chargé  des  crimes  les  plus 
noirs.  Surville  fait  mieux  :  plus  habile,  il  invente  son  his- 
toire des  femmes  poètes  et  la  met  sur  le  compte  de  Clotilde; 
mais,  pour  ne  pas  faire  naître  au  premier  coup-d'cBÎl  la 
penséer  de  la  fraude,  il  lui  fait  faire  l'histoire  de  femmes 
poètes  qui  ont  véritablement  existé,  Agnès  de  Bragelonne, 
Doëte  de  Troyes,  etc.  Surville  avait  l'expérience  qui  man- 
quait à  Chatterton  ;  il  est  mort  à  43  ans. 

Quoi  donc  !  cependant,  dit  le  défenseur  de  l'authenticité, 
faites-vous  bon  marché  de  la  lettre  que  le  marquis  de  Sur- 
ville, quelques  heures  avant  d'être  fusillé,  écrivait  à  sa 
fenune  pour  lui  recommander  les  poésies  de  Clotilde,  o  le 


ÉTUDE   8UB   CLOTILDE   DE   SURVILLE.  261 

fruit  de  ses  recherches.  »  Je  ne  m'arrête  pas  à  cette  expres- 
sion ambiguë  à  dessein,  ce  me  semble,  le  fruit  de  ses  re^ 
cherches^  mais  je  dis  :  C'est  là  un  argument  bien  faible,  si 
Ton  se  rappelle  l'obstination  violente  avec  laquelle  Chatter- 
ton soutint  toujours  l'existence  de  Rowley  et  la  réalité  des 
poèmes  de  ce  vieux  moine.  Et  méme^  remarquez  celte 
circonstance  bien  digne  d'attention  :  Surville  demeurait 
incertain  du  succès  ;  était-ce  l'applaudissement,  était-ce  la 
raillerie  qui  accueillerait  ses  poésies?  Raison  sérieuse  de 
maintenir  un  demi-doute  que,  Theure  venue,  il  était  tou- 
jours possible  d'écarter.  Chatterton,  lui,  repoussait,  et  il 
repoussa  jusqu'au  bout  un  succès  cerfciin,  éclatant.  «  Ce 
griffonnage  (dit  Surville  dans  sa  lettre  finale  à  sa  femme  et 
en  parlant  de  cette  lettre  même.  Bulletin  de  l'Académie 
Delphinate^  p.  250)  ne  vaut  pas  les  beaux  essais  de  ma 
main.  »  Quels  essais?  Ne  sentez-vous  pas  là  l'amour-propre 
d'auteur  ? 

On  objecte  encore  :  Mais  Surville  a  publié  des  poésies 
sous  son  propre  nom,  et  elles  sont  très-faibles.  D'abord 
ces  poésies  sont  d'une  telle  rareté  que  Sainte-Beuve  lui- 
même^  l'infatigable  et  presque  toujours  heureux  chercheur, 
que  servaient  si  bien  ses  amis  les  conservateurs  de  la  Biblio- 
tiièque  nationale,  n'a  pas  pu  se  les  procurer,  et,  naturelle- 
ment, M.  Macé,  qui  avait  sa  thèse  et  qui  cite  un  très-petit 
nombre  de  ces  vers,  a  choisi  les  plus  faibles,  qui,  après 
tout,  n'ont  rien  de  ridicule,  et  qui,  vieillis,  sous  le  masque, 
pourraient  se  soutenir.  Mais  cet  argument  même  n'a  rien 
de  solide.  On  a  vu  des  auteurs  ne  faire  que  du  médiocre 
sous  leur  nom,  et  réussir  dans  le  pastiche.  Chatterton  lui- 
même  —  j'en  reviens  toujours  à  ce  grand,  à  cet  incompa- 
rable Chatterton  —  Chatterton,  l'auteur  de  la  Tragédie  de 
Bristol  (ce  n'est  pas  un  poème  dramatique,  makré  son 
titre)  a  publié  sous  son  nom  des  essais  qui  sont  fort  médio- 
creSy  et  cependant  ils  datent  des  derniers  mois  de  sa  vie  et 
de  son  séjour  à  Londres,  où  il  les  composait  pour  les  jour- 


262  iruBB  sur  clotildb  de  surtilus. 

naux  :  les  poèmes  de  Rowley  avaient  été  composés  par  bi 
de  sa  quinzième  à  sa  dix-septième  année.  Il  faut  Tobr,  à  ce 
sujet,  l'édition  donnée,  en  1803,  par  Southey,  parce  qu'dk 
est  la  plus  complète,  ou  l'édition  de  Cambridge  (1842, 2 
vol.),  si  intéressante  par  les  notes  qu'elles  contient. 

Faut-il  vous  rapporter  encore  plusieurs  arguments  de 
détail  présentés  par  M.  Macé?  Faut-il  vous  dire  que  le  mar- 
quis de  Brazais  a  vu  le  portrait  de  Glotilde?  Quel  portrait? 
De  quelle  date?  Voilà  ce  qu'il  serait  bien  essentiel  de  sa- 
voir et  dont  il  n^est  pas  dit  un  mot.  Silence  prudent.  Faat-3 
vous  entretenir  d'une  lettre  de  Glotilde  (p.  1 45  du  Bultetin)! 
Dans  cette  lettre,  nous  voyons  le  vieux  Froissart^  auteur  des 
Chroniques^  incrédule  à  l'existence  des  poésies  originales 
d'Abailard  :  il  est  convaincu  par  un  vieux  chevalier,  qui  en 
tire  fort  à  point  un  exemplaire  de  sa  pochette ^  dit  Glotilde. 
En£suitillage,  amusement  d'un  Français  spirituel.  Qui  ne 
voit  que  cette  histoire  a  été  arrangée  pour  la  cireonslance 
par  Surville  lui-même,  qui  se  doute  bien  que  son  inventioD 
de  ces  vieilles  poésies  ne  passera  pas  sans  contradiction  et 
qui  se  hâte  de  prendre  les  devants  en  apportant  une  anec- 
dote propre  à  persuader  les  incrédules?  Dirai-je  enfin  qu'il 
se  chantait  en  Vivarais  des  Verselets  à  F  Enfant  et  des 
stances  à  Alain  Ghartier?  Voilà  un  fait  qui  prouverait  l'exis- 
tence de  Glotilde.  Mauvaise  critique.  Quel  est  le  pays  oà 
les  mères  ne  chantent  pas  des  verselets  à  l'enfant?  Quelle 
province  autrefois  n'avait  ses  chants  et  stances  populairaT 
Oh  I  non  vraiment,  cela  ne  prouve  pas  l'existence  de  Qo- 
tilde.  Mais  il  se  pourrait  fort  bien  ^ue  ces  vers,  si  réellemeat 
ils  ont  été  chantés,  ce  dont  je  ne  doute  nullement,  eussent 
inspiré  à  Surville  l'idée  de  cette  aïeule  imaginaire  sur  k 
compte  de  laquelle  il  les  a  mis,  arrangés,  travaillés,  embel- 
lis, donnant  ainsi  un  fondement  réel  à  une  fiction  longue- 
ment et  savamment  ourdie.  Surville,  en  ce  cas,  se  serait 
inspiré  de  Texemple  de  Mac  Pherson,  recueillant  dans  les 


ÉTUDB   SUR   GLOTILDB   DE   SURVILLB.  263 

montagnes  de  l'Ecosse  quelques  fragments  de  chants  gaéli- 
ques et,  à  force  de  développements,  finissant  par  composer 
tout  son  ensemble  de  poèmes  ossianiques. 

Je  conclus  en  disant  qu'il  n'y  a  pas  de  Clotilde  de  Sur- 
irille,  après  comme  avant  la  dissertation  de  M.  Macé.  L'aca- 
démicien de  Grenoble  a  du  moins  déplacé  la  question,  et 
reporté,  sans  le  voidoir,  à  l'aide  des  documents  qu'il  a  ap- 
portés, le  titre  d'auteur  de  ces  poésies,  de  Vanderbourg  à 
Surville  :  du  visage  de  l'académicien  traducteur  d'Horace, 
il  a  reporté  le  masque  sur  le  visage  de  l'émigré  Surville.  Il 
a  levé  mes  doutes,  il  a  éclairci  un  chapitre  d'histoire  litté- 
raire. Je  l'en  remercie  pour  ma  part. 


Troyes,  15  mars  1S72. 


SOUVENIRS  ET  IMPRESSIONS 


1870-1871 


Par  le  1>  Arsène  VAUTHIER 

Il embre  résidaiit. 


•••«i 


Suiu  iaerxnttf  rerum. 


J'entreprends  d'esquisser  à  grands  traits  Thistoire  des 
douloureux  moments  qu'a  eu  à  passer  la  ville  de  Troyes 
pendant  l'invasion  et  l'occupation  étrangères,  en  1870 
et  1871.  Je  n'ai  pas  la  prétention  de  raconter  tout  ce  que 
j'ai  vu.  D'ailleurs,  une  Commission  spéciale  nommée  par  la 
Société  Académique,  a  pour  mission  de  colliger  les  élé- 
ments d'un  travail  complet.  Je  ne  puis  faire  son  œuvre; 
mon  projet  se  borne  à  exposer  quelques  impressions  per- 
sonnelles, et  à  établir  la  situation  de  la  ville,  principalement 
au  point  de  vue  médical  pendant  cette  triste  période.  Ainsi 
limitée,  cette  étude  offre  encore  un  champ  assez  étendu. 
J'insisterai  donc  surtout  sur  les  faits  relatifs  à  l'état  de  la 
santé  publique,  notamment  sur  les  décès  considérés  en 
Tille,  à  l'Hôpital  et  dans  les  ambulances,  et  sur  leurs 
causes.  J'avais  disposé  une  série  de  tableaux  indiquant  le 


266  SOUTBlflRS  BT   I1IFRB88I01I8. 

chiffre  des  décès  en  1869-1870  et  1871  et  leurs 
Pour  que  ce  travail  eût  de  l'intérêt,  il  faudrait  Féteoèe 
en  prenant  quelques  années  avant  et  q>rfes  1870.  Je  me 
propose  de  le  faire  ultérieurement.  Aujourd'hui,  je 
bornerai  a  indiquer  les  faits. 


IVoyes,  le  21  juin  1872. 


souTRiiHS  BT  mPBSssiovrs. 


467 


1 


L'année  1 870  at^dt  commencé,  àTroyes,  pour  ce  qni  re- 
garde le  point  de  vue  médical,  sous  de  malheureux  aus- 
pices. Dans  on  rapport  que  j'adressai  au  Conseil  d'Hygiène, 
dans  le  courant  de  mars,  j'avais  constaté  une  Tingtaine  de 
décès  de  Tarioleux  en  ville  et  à  l'Hôpital,  ce  qui  suppose  au 
moins  de  60  à  80  malades  très-gravement  atteints  (je  ne 
parle  pas  des  cas  très-légers  ni  des  varioloîdes).  Depuis 
le  mois  de  mars,  l'épidémie  s'était  un  instant  apaisée,  et 
pendant  qu'à  Paris  on  comptait  en  moyenne  plus  de  deux 
cents  décès  varioliques  par  chaque  période  hebdomadaire, 
à  Troyes  l'on  ne  relevait,  —  en  mars  que  7  décès,  —  ea 
avril  6,  —  en  mai  12,  -^  en  juin  5.  Cependant  l'épidémie 
n'avait  point  cessé,  puisqu'en  juillet  on  trouve  encore  S  dé- 
cès. Nous  verrons  plus  loin  qu'à  partir  de  ce  mois  jusqu'à  la 
fin  de  l'année,  elle  prend  des  proportions  plus  considérables. 
Comme  il  arrive  à  un  certain  moment  des  grandes  épidé- 
mies,  le  nombre  des  autres  malades  diminue  notablement. 
Un  grand  nombre  de  personnes  quittèrent  la  ville,  soit  vo- 
lontairement, soit  qu'elles  fussent  appelées  sous  les  drapeaux, 
et  c'est  au  milieu  de  ce  calme  relatif  qu'éclatèrent  tout  à 
coup  comme  un  coup  de  tonnerre  ces  effrayantes  nouvelles 
annonçant  que,  malgré  l'héroïsme  de  ses  soldats,  la  France 
était  perdue,  envahie  !  Je  n'essaierai  pas  de  vous  retracer 
avec  quelle  anxiété,  depuis  le  désastre  de  Wissembourg,  on 
attendait  ces  dimanches,  dont  chacun  en  ce  temps  funeste 
ne  manquait  pas  de  nous  apporter,  par  le  télégraphe,  les 
plus  pénibles  surprises.  Qui  pourrait  peindre  l'agitation  des 
esprits  à  la  lecture  de  la  dépêche  annonçant  la  défaite  de 
Biac-Mahon,   et  Tindignaticn  générale  lorsqu'on  apprit 
qu'un  chef  d'armée,  qui  s'appelait  Napoléon,  avait  livré,  à 
Sedan,  40,000  hommes  et  400  pièces  de  canon  I  Et  encore. 


268  souTEims  et  impibbskmis. 

cette  dépêche  était  un  mensonge  officiel,  puisque  c'élât 
83*000  hommes  et  non  40,000  qu'une  fatale  capitolatm 
envoyait  prisonniers  au  fond  de  la  Prusse  I  Cette  honte  ne 
devait  pas  être  la  dernière.  La  reddition,  à  la  fin  d'octobre, 
de  la  première  place  forte  de  France,  de  Metz  TiaviolaUe, 
devint  la  cause  directe  de  l'invasion  de  TAube.  Les  km 
mois  de  juillet,  août  et  septembre  furent  remarquables  pr 
la  diminution  du  nombre  des  malades.  Ainsi  on  trotve, 
pour  le  mois  de  juillet,  4  décès  de  pneumonie,  —  5  de  m- 
riole,  —  4  de  fièvre  typhoïde,  —  1 1  de  phthisie  pala»- 
naire.  £n  août,  nous  trouvons  2  décès  de  pneumonie,  ~ 
19  de  variole^  —  3  de  fièvre  typhoïde,  —  15  de  phtUâe 
pulmonaire.  La  phthisie  seule  atteint  un  cbifDre  relitiro- 
ment  élevé;  mais,  en  temps  ordinaire,  cette  maladie  ^ à 
Troyes  l'une  des  principales  sources  de  décès;  la  variole 
se  maintient  ;  les  autres  maladies  sont  rares  et  peu  graves. 
J'ai  noté  plus  haut  que  la  population  avait  sensiblement  £- 
minué  par  le  départ  de  la  garnison,  des  gendarmes,  àa 
soldais  en  congé,  des  mobiles  et  des  mobilisés,  et  aussi  per 
la  fuite  de  beaucoup  de  personnes  affolées  par  la  peur,  qa 
allèrent  demander,  au  prix  de  mille  embarras,  à  la  Tourûe, 
à  la  Normandie,  à  la  Bretagne,  une  séciuité  que  la  plupart 
n'y  trouvèrent  point.  Il  en  est  qui  passèrent  la  Manche  sa 
les  frontières  suisses,  italiennes  ou  espagnoles,  laissant  à 
leurs  concitoyens  le  soin  de  supporter  les  charges  de  h 
guerre  dont  elles  trouvaient  bon  de  s'affranchir.  Ce  fé 
bien  le  reste  quand  un  vendredi  du  mois  d'août,  le  26,  oo 
annonça  que  les  Prussiens  étaient  à  Payns,  à  3  lieUës  de  k 
ville.  De  tous  les  points  du  département  situés  aa-ddi  de 
la  rive  droite  de  la  Seine,  accoururent  à  Troyes  une  fode 
de  fugitifs  emportant  leurs  objets  les  plus  précieux.  De 
longues  files  de  voitures  encombraient  jour  et  nuit  nos  mes 
et  nos  faubourgs,  fuyant  les  Prussiens  que  peu  de  iemfê 
après,  beaucoup  dans  nos  campagnes  devaient  prodaniff 
moins  terribles.  Dans  quelques  villages,  on  se  réfugia  peu- 


SOUVBlffRS  BT   I1IPRBS8I0IIS.  269 

dant  deux  ou  trois  jours  dans  les  bois  ;  on  se  rappelait  1814. 
\ous  avez  tous  été  témoins  de  ces  faits  que  je  ne  veux  que 
mentionner.  Pendant  ce  temps-là,  Tautorité  préfectorale 
recommandait  le  dépaisselage  des  vignes,  et  l'un  de  ses 
moyens  d'organiser  la  résistance  était  d'annoncer  aux 
paysans  qu'on  les  indemniserait  des  pertes  qu'ils  pourraient 
faire,  et  de  les  prier  d'en  prendre  soigneusement  note! 
Mais  on  ne  coupait  ni  Ton  ne  labourait  les  routes,  et  cédant 
à  la  menace,  on  ne  faisait  pas  exécuter  l'ordre  de  suppri- 
mer les  ponts  de  l'Aube,  sacrifice  qui,  en  retardant  la 
marche  des  Prussiens,  eut  pu  sauver  la  France  peut-être; 
en  tout  cas,  il  était  dicté  impérieusement  par  le  devoir,  et 
le  premier  Napoléon  Kavait  formellement  reconunandé.  En 
revanche,  on  préparait  à  Troyes,  à  grands  frais,  des  ou- 
vrages de  défense  inutiles,  puisqu'ils  ne  pouvaient  être  gar- 
dés, et  Ton  nous  exposait,  avec  ces  amusettes,  à  la  risée  de 
l'ennemi  I 

Pendant  les  trois  mois  dont  je  parle,  le  temps  étant  de- 
ttieiiré  beau  et  sec,  les  affections  catarrhales  furent  rares^  et 
si  la  variole  continua  à  sévir,  ce  n'est  que  plus  tard  qu'elle 
prit,  ainsi  que  la  fièvre  typhoïde,  la  gravité  que  je  constate 
plus  loin.  Cette  remarque  est  applicable  à  l'ambulance  de 
l'Hôtel-Dieu  qui,  de  juillet  a  la  fin  de  septembre,  présente 
surtout  de  nombreux  cas  de  fatigue,  d*anémie  et  de  nos- 
talgie, mais  peu  de  fièvres  graves.  Sur  830  soldats  reçus  de 
juillet  au  commencement  de  novembre,  on  compte  400  cas 
au  moins  de  fatigue  et  d'anémie. 


n 


Un  peu  avant  la  fin  d'octobre,  Metz  continuant  à  résister, 
les  Prussiens  n'arrivaient  pas,  et  plus  d'un  citoyen  se  délec- 
tait à  la  pensée  que  peut-être  le  département  6t4a  viHe 


270  souvmms  kt  iifPiJu»ioii8« 

n'auraient  point  à  su))ir  riovasion.  On  racontait  que  des  al- 
ficiers  prussiens  avaient  dit  :  Nous  n'irons  pas  dans  TAobe, 
il  y  a  trop  de  bois  et  de  rivières  dans  ce  départefflait. 
D'autre  part,  des  gens  fort  honnêtes,  mais  quelque  pes 
naïfis,  disaient  :  saint  Loup  mange  les  Prussiens;  ceux-ci 
sont  déjà  partout  dans  l'Est,  mais  ils  ne  viennent  pas  i 
Troyes.  Hélas  I  saint  Remy  n'avait  pas  préservé  R^ms  da- 
vantage. Tout  à  coup  l'on  apprit  avec  stupeur  que  Metz  aiiit 
succombé  ;  la  consternation  fut  générale,  l'invasion  parai 
imminente.  Pour  résister,  pas  d'armes,  pas  de  munitioiii, 
pas  de  canons.  Je  me  souviens  qu'à  la  fin  de  l'Empire,  kxs 
de  l'arrivée  des  Prussiens  à  Payns,  une  foule  nomlnwisi 
demandait  le  soir  au  préfet  d'alors  des  armes  et  des  tv- 
touches,  —  que  préfet  et  maire  en  promettaient  en  vain,  — 
puisqu'il  n'y  en  avait  pas.  Le  faible  détachement  de  gardei 
nationaux,  qui  s'était  dirigé  vers  Payns,  avait  trois  cartoudm 
par  homme  I  A  la  fin  d'octobre,  c'était  moins  miséraUe, 
quoique  encore  très-insuffisant.  Les  mobiles  parceoniiot 
nos  rues  assez  bien  équipés,  et  quoique  leur  inexpérieMS 
fût  inquiétante,  leur  tenue  commençait  à  laisser  conoevoir 
quelque  espérance.  Les  barricades  s'élevaient  rapidement  : 
quelques-unes,  d'une  importance  apparente,  comme  ao 
faubourg  Saint-Martiu,  au  Pont-Hubert,  au  pont  de  Saint- 
Parres  ;  d'autres,  véritables  jouets,  comme  à  FenUée  da 
canal,  au  mail  de  Saint-Jacques,  an  bout  du  bassin  da 
Préau;  —  le  tout^  en  face  du  canon  prussien,  absurde  et  lî- 
dicule  ! 

A  ce  moment  déjà,  la  variole  et  la  fièvre  typhoïde  pre- 
naient une  véritable  intensité.  Elles  sévissaient  en  ville  et  à 
rhôpital  sur  les  malheureux  mobiles,  de  la  manière  la  pte 
violente.  Ainsi,  en  consultant  les  tableaux,  on  voit  que  h 
mois  d'octobre  fournit  à  lui  seul  21  décès  de  varioleiiz 
et  42  de  fièvre  typhoïde,  plus  4i  décès  par  (p|id«icîté  et  dé- 
bilité înEantile^  Ceci  suppose  w  ai^ia^tm  cons^énUa  de 
voàkàf»,  et  en  eC^t,  dès  Ip  s»aïm  d'o^tobr»,  k  #oiptiQ^ 


Boominis  BT  nminsioifs.  2T1 

dical  peut  à  peine  suffire  au  labeur.  Beaucoup  de  malades 
furent  pour  ainsi  dire  foudroyés,  tant,  soit  dans  la  Tariole, 
soit  dans  la  fièvre  typhoïde,  la  marche  de  la  maladie  était 
rapide  et  sa  terminaison  prompte.  Chez  les  mobiles,  s'ajou-* 
talent  comme  aggravation,  la  nostalgie  et  le  découragement 
profond  qui  se  remarquent  chez  les  soldats  d*une  armée  en 
déroute.  Chez  presque  tous  les  varioleux,  Péruption  deve- 
nait très-promptement  aplatie^  noire^  et  de  ces  cadavres  vi- 
vants, hideux  à  voir,  s'exhalait  une  odeur  des  plus  fétides. 
La  plupart  avaient  la  conscience  de  leur  état,  et  ne  se  fai* 
saient  aucune  illusion  sur  leur  sort.  Devant  ces  malades, 
tine  médecine  dévouée  mais  désespérément  impuissante  I 
La  fièvre  typhoïde,  et  les  fièvres  de  la  famille  de  cette 
pyrexie,  se  montraient  en  non^re  menaçant.  Ce  sera  bien 
pis  en  novembre  et  en  décembre  !  Tout  le  monde,  adminis* 
trateurs,  médecins,  religieuses,  particuliers,  rivalisait  d^ar^ 
deur  pour  porter  secom^  aux  pauvres  malades.  Des  ambu* 
lances  étaient  organisées  sous  la  direction  de  IIM.  flerthier- 
Rcftyiot,  Boutiot,  JacqtiiHt  Saussier,  etc.,  des  aifaninistra- 
teurs  des  hospices,  et  de  plusieurs  autres  citoyens.  De  toutes 
celles  qu^on  avait  projetées,  cinq  seulement  purent  être 
établies  et  pourvues  du  matériel  indispensable.  Fatalitél  i 
part  deux,  ceUes  de  THôtel-Dieu  et  du  Goître-Sainl- 
Etienne,  elles  servirent  aux  Prussiens  I  Nous  verrons,  dans 
le  paragraphe  suivant,  ce  qui  concerne  leur  histoire. 

Pendant  les  naoisde  septembre  et  d'octiAre,  les  souffirances 
résultant  de  la  privation  du  travail  et  de  ses  bénéfices  furent 
adoucies  par  4a  solUcitude  de  radministratioo  municipiâe, 
du  Clonsdi  municipal,  et  de  beaucoop  de  citoyens  chari- 
tables. Les  vivres  alors  >étaîent  abondants  >6t  d'<un  boB  mar- 
dié  exceptionnel.  Les  paysans  donnaient  à  bas  prix  leur  ▼o- 
lâilie,  leurs  œu£$,  leur  beurre,  etc.,  pour  éviter  4e  risque 'de 
ae  les  voir  enlever  j>ar  Teimemi. 

BèB  Jes  ptemien  jouis  4e  iiafeMèrt,  4a  liQe  4tatt  éësm 
HBA  oéniUeiatleflie* 


272  SOOVENIRS  BT   IXPRISSIOIIS. 


m 


Je  ne  veux  point  décrire  au  long  Pentrée  dçs  PnissiâB  i 
Troyes.  Ce  fait  douloureux  est  trop  présent  à  toutes  lésiné- 
moires.  Je  me  bornerai  à  rappeler  que  c'est  le  8  noTemhre, 
vers  deux  heures  après  midi,  qu'un  détachement  de  ufalms, 
lancé  au  grand  trot,  arriva  à  l'Hôtel-de-Ville  après  afoir 
préalablement  blessé  sur  la  place  Saint-Remy,  un  viefliaid 
inoffensif.  A  l'Hôtel-de-Ville,  un  coup  de  feu  tiré  far  k 
poste  atteignit  légèrement  un  Prussien  à  la  tête  et  brin  a 
lance.  L'égratignure  et  les  morceaux  de  la  lance  furent  pap 
cher  !  cela  ne  coûta  que  1 0^000  francs,  sous  menace,  ^ 
le  cas  de  non-paiement  immédiat,  de  la  corde  pour  llioBO- 
rable  M.  Parigot,  maire,  et  pour  les  membres  de  la  Com- 
mission municipale  qui  s'étaient  portés  au-devant  de  l'eo- 
nemi  au  faubourg  Saint-Jacques.  Nos  magistrats  montrèfcot, 
devant  une  attitude  brutale,  un  courage  et  une  intrépîAi 
dont  la  ville  leur  conservera  toujours  un  souvenir  recot^ 
naissant. 

Ce  n'était  que  le  prélude  de  Tinvasion.  Je  me  soutîcb- 
drai  toute  ma  vie  de  l'aspect  morne  et  lugubre  de  la  iffle 
de  Troyes  dans  la  nuit  du  8  au  9  novembre  :  THôtel-dfr- 
Yille,  la  Gendarmerie,  la  Préfecture,  sans  postes,  sansb- 
mières;  les  rues  silencieuses  et  tristes,  éclairées  par  la  pik 
lueur  d'une  lune  voilée  de  nuages.  Je  rentrai  en  proie  tox 
plus  amères  pensées.  Peu  dormirent  cette  nuit-là.  Cepco- 
dant  les  Teutons  s'avançaient  par  les  routes  de  Brienoe  d 
de  Vendeuvre,  comme  un  nuage  de  sauterelles,  dévonat 
font  sur  leur  passige,  et  le  9  novembre,  à  sept  heures  da 
matin,  je  pus  voir  la  Préfecture  envahie,  et  les  ponts  da 
canal,  les  angles  des  rues  et  des  places  gardés  par  les  ho»- 
sarib  de  la  mortî  aux  funèbres  banderolles  noires  et  Uu* 
ches.  Puis  ce  fut  un  flot,  un  déluge.  Dans  le  quartie^ba5,— 


SOUVENIRS    ET   IMPRESSIONS.  273 

dans  File,  —  comme  ils  disaient,  chaque  maison  eut  à  re- 
cevoir 8,  10,  12,  20  hommes,  et  quelques-unes,  en  plus, 
des  chevaux.  Quand  une  écurie  était  occupée  par  les  che- 
vaux du  propriétaire,  on  mettait  tout  simplement  ceux-ci 
dehors.  Combien  de  pauvres  ménages  durent  livrer  leur  in- 
suffisante demeure,  et  coucher,  pour  ainsi  dire,  pêle-mêle 
avec  ces  barbares  disciplinés  !  Et  pourtant,  pas  plus  ce  jour 
que  les  jours  suivants,  les  fenêtres  ne  se  fermèrent  sur  leur 
passage,  et  la  foule  ne  diminua  devant  leur  défilé  !  Y  avait- 
il  donc  dans  notre  population  de  la  sympathie  pour  les  en- 
vahisseurs ?  Non  certainement  ;  mais  on  peut  regretter  une 
curiosité  inopportune. 

A  dater  des  premiers  jours  de  novembre  et  surtout  de- 
puis le  moment  de  Tinvasion^  les  épidémies  typhique  et  \a- 
riolique  redoublent  d'intensité.  C^est  presque  par  centaines 
que  les  médecins  comptent  les  malades  qu'ils  ont  à  soigner 
chaque  jour.  Pour  plusieurs  même  (les  médecins  de  THô- 
pital  et  des  ambulances),  ce  nombre  est  dépassé.  Deux  de 
nos  confrères  sont  pris  de  la  maladie  à  laquelle  ils  finissent 
par  échapper,  avec  le  regret  de  n'avoir  pu  prendre  qu^me 
part  tardive  aux  peines  du  corps  médical.  Pendant  ce  temps- 
là,  un  médecin  instruit  et  un  excellent  homme,  le  docteur 
Crépinel,  s'acheminait  lentement  vers  la  tombe  et  ne  pou- 
vait nous  prêter  aucun  concours.  11  succomba  le  7  dé- 
cembre. Partout,  dans  les  établissements  publics,  notam- 
ment au  Grand-Séminaire  et  à  l'Ecole  normale,  l'épidémie 
sévit  cruellement.  La  fièvre  typhoïde  fait  au  Grand-Sémi-r 
naire  13  victimes  (personnel  70),  et  à  l'Ecole  normale  4 
(personnel  38).  11  faut  dire  qu'aucun  malade  n'a  succombé 
dans  ces  établissements.  Au  début  de  la  maladie,  j'avais  re- 
commandé de  les  envoyer  dans  leur  famille.  C'est  là  qu'ils 
sont  morts.  —  A  THôpital,  toutes  les  salles  sont  pleines. 
Souvent  le  matin,  à  la  visite,  deux  ou  trois  mobiles 
manquent  à  l'appel.  Un  jour  les  lits  ne  suffisent  plus.  11  faut 
mettre  des  matelas,  des  paillasses  sur  les  dalles  et  sur  le 

?.  xzxvi«  IB 


274  SOUYENIBS   ET   IMPBBSSIOIfS. 

parquet.  On  est  obligé  de  coucher  deux  ou  trois  soldab 
dans  le  même  lit.  Pour  se  rendre  à  leur  senrice,  les  méde- 
cins passent  dans  une  cour  remplie  de  casques  prussiens  et 
de  fusils  à  aiguille  en  faisceaux.  La  sale  d'attente  pourks 
consultauts  externes  est  envahie  ;  les  malades  attendent  dus 
la  cour. . .  Ah  !  je  voudrais  perdre  la  mémoire,  mais  ce 
triste  tableau  s'est  gravé  d'une  manière  ineffaçable  dus 
mes  souvenirs. 

C'est  ici  le  lieu  de  parler  des  ambulances  éLiblies  en  pié- 
vision  de  Tenvoi  de  blessés  français.  Klles  devaient  être  en 
assez  grand  nombre.  Plusieurs  citoyens  même  avaient  <rf- 
fert  de  recevoir  chez  eux,  deux,  trois,  quatre  blessés  à 
plus.  Aucun  engagement  n'ayant  eu  lieu  dans  le  dépade- 
ment  (excepté  à  Nogent-sur-Seine  qui  résista  bravemeot), 
et  les  communications  étant  devenues,  de  difficiles  qu*eUes 
étaient,  tout-à-fait  impossibles,  trois  ambulances  seulement 
furent  installées  :  une  chez  M.  Quinquarlet,  à  la  Croix- 
des-Fourches  ;  —  une  autre  chez  M.  Berthier-Roblot,  i 
la  Trinité  -  Saint  -  Jacques  ;  —  enfin  une  troi^èrae  cba 
M"'''  Deheurle,  rue  Saint-Jacques.  Le  nombre  des  lits  fi» 
primitivement  à  70  pour  la  Croix-des-Fourches,  —  i  60 
pour  la  Trinité-Saint- Jacques,  —  et  à  30  pour  la  me  Saist- 
Jacques,  fut  définitivement  de  64,  54  et  26.  Si  les  besoÎDS 
Ttussent  exigé,  les  mesures  étaient  prises  pour  en  di^Mwr 
un  plus  grand  nombre.  (C'est  de  notre  honorable  colique 
M.  Boutiot  que  je  tiens  c<  s  renseignements.)  Une  première 
fois,  cinq  à  six  blessés  français  furent  reçus,  à  la  fin  de  sep* 
tembre,  à  Tambulance  de  la  rue  Saint  Jacques.  C'ert  k 
1 1  novembre  seulement,  à  six  heures  du  soir,  que  Tambi* 
lance  de  la  Trinité-Saint-Jacques  dont  j'étais  charge  (M.  le 
docteur  Guichard  étant  a  celle  de  la  Croix-des-Fourches,  et 
M.  le  docteur  Bacquias  à  celle  de  la  rue  Saint- Jacques),  i«- 
çut  des  malades  et  des  blessés  prussiens  qui  furent  râités  fe 
premier  jour  par  trois  médecins  de  Tannée  aUemaiide»  De- 
puis ce  moment  jusqu'à  la  fin  de  novembre,  les 


SOUYBlflItS   ET   IMPRESSIONS.  275 

civils  français  désignés  firent  le  service  de  ces  ambulances^ 
qui  ne  reçurent  guère  que  des  gens  fatigués.  Quelques-uns 
cependant  furent  pris  de  fièvre  typhoïde  et  évacués  sur  la 
cast me  de  TOratoire,  servie  complètement  par  Tadministra- 
tion  prussienne.  Le  nombre  des  malades  qui  passèrent  dans 
les  trois  ambulances  jusqu'à  leur  évacuation,  fut  de  182; 
-^  sortis,  177;  —  décédés,  5.  —  11  faut  ajouter  que 
38  malades  y  furent  reçus  postérieurement  à  Tinstallation. 
L'ambulance  de  la  Trinité-Saint-Jacques  ne  compta  aucun 
décès.  A  la  fin  de  décembre  et  au  commencement  de  jan- 
vier 1871,  tous  les  malades  furent  évacués  sur  l'Oratoire, 
où  l'on  compta  de  1 ,000  à  1 ,200  Prussiens.  Si  Ton  s'en 
rapporte  au  témoignage  des  habitants  des  rues  de  Croncels 
et  du  Dauphin,  les  convois  funèbres  sortant  du  Lazareth 
furent  nombreux.  Nos  ennemis,  qui  semblaient  faire  peu  de 
cas  des  médecins  français,  avaient  encore  moins  de  succès 
que  ceux-ci. 

Les  ressources  des  ambulances  s'élevèrent  à  environ 
16^000  fr.  (compte  rond);  les  dépenses  à  près  de  13.000 
fr.  Mais,  comme  à  la  fin  on  put  revendre  le  matériel,  il  y 
eut  un  excédant  d(  près  de  5,000  fr.  de  recettes  sur  les  dé- 
penses. 

.N'ayant  que  des  renseignements  ins  iffisants  sur  les  ma- 
lades des  ambulances  de  la  Croix-des-Fourches  et  de  la  rue 
Snint-Jacques,  je  ne  puis  parler  que  de  ceux  de  la  Trinité- 
Saint-Jacques,  dont  j'étais  chargé.  En  moyenne,  pendant 
trois  semaines,  il  y  eut  38  à  40  malades  présents  chaque 
jour,  la  plupart  Gsitigués,  d'autres  ayant  des  écorchures,  des 
entorses^  des  arthrites,  des  orchites,  etc.  Jai  vu  quelques 
plithisiques.  Absence  complète  de  maladie  des  yeux,  et 
pourtant  ces  gens-là  fument  immodérément.  Il  est  vrai 
qu'on  rencontrait  dans  les  rues  plusieurs  Aile  nands  por- 
tant des  lunettes. 

La  grande  (najorité  avait  un  fort  bon  appétit.  Quand  on 
\^  ÎBttrrQgeait  sur  ce  point,  le  mot  de  leur  langue  qui  ex- 


276  sorvENiRS  et  impressions. 

prime  raflirmation  était  prononcé  nettement  et  sans  hésita- 
tion. En  général,  ils  étaient  dociles  et  polis  pour  tous  ceiii 
que  leurs  fonctions  appelaient  près  d'eux.  C'étaient  poorb 
plupart  des  hommes  de  forte  et  solide  constitution.  Je  n'a 
vu  que  deux  ou  trois  exceptions. 

U  faut  espérer  que  notre  pays  ne  reyerra  pas  ces  hôlfê 
incommodes  et  dévastateurs^  et  qu'on  n^aura  plus  à  disposer 
des  ambulances  pour  leurs  malades.  Mais  on  peut  faire  re- 
marquer, en  passant,  que,  dans  le  cas  où  une  violente  épi- 
démie viendrait  à  éclater  à  Troyes,  l'installation  faite  po- 
dant  la  dernière  guerre  pourrait  être  reprise,  et  qa*il  y  au- 
rait avantage  à  évacuer  dans  des  établissements  exint- 
muros^  les  personnes  atteintes  de  l'intérieur  de  la  ville,  «i 
lieu  de  les  entasser  à  l'Hôtel-Dieu  comme  cela  avait  été  fait 
lors  du  choléra  de  1832.  On  arriverait  par-là  à  procurer 
plus  facilement  aux  malades  les  soins  nécessaires,  et  à  éditer 
le  danger  d'un  foyer  central.  Cette  idée  ne  devra  point  être 
perdue. 

A  l'Hôtel-Dieu,  où  se  trouvaient  les  mobiles,  c'était  ter- 
rible, désespérant.  Pendant  ce  temps-là,  en  ville,  les  portes 
se  tendaient  de  noir.  Le  nombre  des  décès  était  si  grand 
que  les  cloches  avaient  dû  cesser  de  lancer  dans  les  airs 
leur  glas  funèbre.  Plus  d'un  Prussien,  envoyé  dans  uœ 
maison  avec  un  billet  de  logement,  recula  devant  un  cer- 
cueil !  Typhus,  typhus,  variole,  voilà  ce  qu'on  voyait  écrit 
sur  un  grand  nombre  de  maisons...  et  les  lourds  caDOOs 
ébranlaient  le  pavé,  et  les  fourgons  s'étendaient  en  files  in- 
terminables jour  et  nuit.  Puis  c'étaient  les  équipages,  les 
ponts,  les  voitures  d'ambulances,  que  sais-je  !  Dans  ces  voi- 
tures d'ambulances  remisées  près  l'église  Saint-Nicolas,  et 
portant  la  croix  de  Genève,  on  vit  des  piles  de  boulets  !  Les 
dimanches  arrivaient  toujours  sinistres,  apportant  quelque 
lamentable  nouvelle.  —  Le  succès  de  Coulmiers  fut  im 
éclair  dans  cette  nuit,  un  rayon  d'espoir  bientôt  éteint. 

A  ce  moment,  les  décès  montaient  quelquefois  à  20  par 


SOUVENIRS   ET   IMPRBSSIQlfS.  277 

jour.  Le  mois  de  novembre  compta  28  décès  de  variole  et 
1 59  de  fièvre  typhoïde.  Le  chiffre  baissa  pour  les  phthisiques  : 
on  n'en  nota  que  7  ;  il  n'en  restait  plus  guère,  presque  tout 
avait  été  enlevé. 

Décembre  survint  avec  le  froid  vif  et  la  neige,  an  bruit 
du  canon  du  siège  de  Paris  >  que  Ton  entendit  si  distincte- 
ment aux  alentours  de  la  ville,  devant  le  théâtre  et  jusque 
sur  le  trottoir  de  THôlel-Dieu.  Pendant  que  nos  soldats 
mouraient  de  faim  et  de  froid,  nous  voyions  passer  dans 
la  neige,  officiers  et  soldats  prussiens  bien  bottés,  — 
cuxyri/ii^c;,  —  couverts  de  longs  et  chauds  manteaux,  -— 
pingues  et  nitidi.  Ils  se  gorgeaient  de  vins  et  de  viandes 
et  allumaient  des  feux  d'enfer  dans  nos  foyers.  Malheur  à 
celui  qui,  par  mégarde,  coudoyait  un  officier  dans  la  rue  ! 
Un  coup  de  cravache,  un  coup  de  sabre  sur  l'oreille  comme 
il  est  arrivé  à  un  officier  de  mobiles,  M.  Forestier,  ou  sur 
la  main  comme  à  un  autre  ;  —  des  coups  de  crosse  ou  une 
balle  dans  la  poitrine  ou  dans  les  reins,  comme  à  M.  Couard, 
brasseur,  —  suivaient  bien  vite.  Un  malheureux,  soupçonné 
d'avoir  volé  du  charbon  à  la  gare,  fut  fusillé  rue  du  Temple, 
parce  qu*il  menaçait  de  résister.  Il  est  bien  entendu  que  ces 
assassinats  furent  impunis.  —  Les  Prussiens  laissèrent 
mourir  de  faim  des  troupeaux  de  moutons  qu'ils  avaient  en- 
levés aux  paysans  sur  leur  passage.  Pas  d'attentats  contre  les 
femmes  cependant  ;  il  faut  rendre  cette  justice  à  nos  enne- 
mis. Ce  n'est  pus  qu'ils  soient  en  droit,  du  fond  de  leur  Alle- 
magne, de  vanter  l'austérité  de  leurs  mœurs.  Jamais  la 
prostitution  ne  fut  plus  étendue  ni  plus  florissante  à  Troyes 
que  pendant  ces  temps  de  malheur  ;  jamais  les  exigences 
d'un  ennemi  ne  furent  plus  rigoureuses  et  plus  ridicules  re- 
lativement au  service  de  la  police  des  mœurs.  Je  ne  veux 
pas  m*appesantir  sur  ce  point  scabreux.  Un  grand  nombre, 
d'ailleurs,  ont  été  punis  et  ont  remporté  dans  leur  famille  un 
vivant  et  dangereux  souvenir. . .  Il  me  suffira  d'ajouter  que, 
la  paix  faite,  l'honorable  M.  Emanuel  Buxtorf,  remplissant  les 


278  SOÇYENIRS   BT   IMPRESSIONS. 

fonctions  de  maire,  fut  conduit  en  Allemagne,  en  pmiîtioB 
d*une  courageuse  résistance  à  des  exigences  déraisonnables. 

Vers  la  fin  de  novembre,  on  put  se  convaincre  combien  fl 
avait  été  heureux  que  le  Lycée  n'eût  pas  été  converti  en 
ambulance,  comme  quelques  citoyens  imprudents  Tavaient 
proposé.  Nous  évitâmes  ainsi  l'installation  d'une  grande 
quantité  de  malades  prussiens  dont  le  séjour  eut  duré  jnt- 
qu'à  l'évacuation,  comme  à  Chaumont. 

Toutes  les  ambulances  furent  vidées  fin  novembre,  dé- 
cembre et  au  commencement  de  janvier  :  la  Trinité  Saint- 
Jacques,  le  n  décembre;  la  maison  de  M""*  Deheuiie, 
le  28  novembre;  la  maison Quinquarlet,  le  13  j'invier  1871. 
L'hôpital  fut  débaiTassé  principalement  par  la  mort,  et  h 
succursale  du  CIoitre-Saint-Etienne,  confiée  aux  soins  de 
M.  le  docteur  Bacquias,  recueillit  les  quelques  convales- 
cents échappés  au  désastre. 

Noël  arriva.  Un  blanc  linceul  couvrait  le  sol.  Sous  ce 
suaire,  combien  de  valeureux  enfants  de  la  France  ense- 
velis !  Il  me  fallut  voir  de  mes  fenêtres  une  brillante  illu- 
mination à  la  caserne  de  gendarmerie.  Je  tremblais  d'ap- 
prendre la  nouvelle  d'un  nouveau  malheur  pour  nous.  Mais 
non,  nos  ennemis  fêtaient  Noël,  la  grande  et  touchante  fête 
de  tous  les  pays  chrétiens.  Parmi  eux,  il  s'en  trouvait  cct- 
tainement  plus  d'un  détestant  la  politique  impitoyable  qû 
les  condamnait  à  célébrer  Noël  loin  de  leur  pays,  loin  de 
leurs  femmes  et  de  leurs  enfants. 

Le  canon  du  siège  grondait  toujours  ;  l'épidémie  conti- 
nuait à  moissonner. 

Les  décès,  bien  qu'ayant  diminué,  sont  encore  nom- 
breux en  décembre.  Ainsi  on  en  compte  26  de  variole  et 
61  de  fièvre  typhoïde^  — *plus  54  reconnaissant  pour  caœc 
la  caducité,  la  misère,  et  la  débilité  native.  Le  nombre  total 
des  décès  militaires  à  l'Hôtel-Dieu,  de  juillet  à  décembre, 
s'élève  à  64*  Si  l'on  y  comprend  trois  soldats  qui  ont  suc- 
combé en  janvier,  on  arrive  au  chiffre  de  67  sur  830  en* 


SOUVENIRS   ET   IMPRESSIONS.  279 

trées.  Cest  presque  un  douzième.  Il  faudrait  ajouter  à  ce 
chiffre  celui  de  quelques  ^lécès  de  mobiles  qui  eurent  lieu 
en  ville,  dans  des  maisons  particulières  où  ils  avaient  été  re- 
cueillis. 


IV 


Janvier  1871.  —  Pas  de  visites,  pas  de  relations  de  famille, 
pas  d*étrennes.  Ah  !  triste  jour  dont  les  enfants  se  souvien- 
dront. —  Ce  mois  devait  voir  la  (in  de  la  lutte  héroïque  de 
Paris  et  notre  défaite  définitive. 

Depuis  la  déclaration  de  guerre  en  juillet,  plus  de  com- 
merce, pas  de  travail  pour  les  ouvriers,  pas  d'argent;  —  la 
ville  obligée  de  créer  du  papier-monnaie,  précieuse  res- 
source qui  prévint  bien  des  sinistres  ;  —  les  ouvriers  occu- 
pés dans  les  chantiers  municipaux  aux  frais  de  la  cité ,  ne 
travaillant  guère,  hélas  !  et  ayant  occasionné  une  dépense 
d'environ  800,000  francs  ;  —  dans  la  banlieue,  le  pillage 
organisé,  les  bois  ravagés,  nos  promenades  mutilées;  —  au 
Conseil  municipal,  des  citoyens  dévoués,  remplissant  une 
tâche  des  plus  pénibles,  à  chaque  instant  menacés  par  les 
Prussiens;  —  un  maire  et  une  Commission  municipale  acca- 
blés de  réqm'sifions  toutes  onéreuses ,  quelques-unes  in- 
croyables, grote>qiies  même  (par  exemple,  la  réquisition  de 
pétrole  et  de  torches  po  ar  incendier  la  ville  en  cas  de  be- 
soin); —  les  impôts  exigés  au  quadruple;  —  des  menaces 
d'exécution  qu*une  trop  faible  minorité  conseille  en  vain  de 
braver;  —  pour  comble,  un  redoublemi^nt  de  nouvelles  dé- 
sespérantes; —  la  fortune  de  la  France  sombrant  dans  un 
immense  effondrement  ;  —  la  douleur  dans  nos  cœurs,  la 
joie  sur  le  visage  de  nos  ennemis.  —  Tels  sont  les  princi- 
paux traits  qui  caractérisent  l'invasion  et  l'occupation  pen- 
dant l'hiver  de  1870-1871. 


280  SOUVENIRS   ET   IHPRESSIOlfS. 

Le  28  janvier,  nouvelle  de  la  capitulation  de  Paris.  Per- 
sonne ne  voulait  le  croire. 

Quand  d'erreur  on  nous  tira, 
La  douleur  fut  bien  amère. 
Fut  bien  amère... 

Pendant  ce  fatal  mois,  le  chiffre  des  décès  typhiques  des- 
cend à  30,  celui  des  varioleux  à  10.  Les  phthisiques  repa- 
raissent. On  compte  18  décès  causés  par  cette  maladie,  pins 
une  trentaine  de  décès  par  cause  de  débilité  native  ou  àt 
caducité.  La  pneumonie  donne  10  décès.  Si  l'on  ajoute 
vingt  autres  causés  par  le  catarrhe  pulmonaire,  on  a  une 
trentaine  de  cas  de  décès  pour  les  maladies  de  poitrine. 

En  février,  on  ne  trouve  plus  que  9  décès  de  fièvre  ty- 
phoïde, 7  de  variole,  15  de  phthisie,  7  de  pneumonie; 
—  en  mars,  9  de  fièvre  typhoïde,  7  de  variole,  H  de 
phthisie,  40  de  misère,  débilité  native  et  caducité,  7  de- 
pneumonie.  (Je  ne  note  que  les  maladies  principales.) 

En  avril,  les  chiffres  ne  varient  guère  ;  je  ne  m'y  arrête 
pas. 

En  mai  et  juin,  la  variole  et  la  fièvre  typhoïde  déclinent, 
les  phthisiques  sont  toujours  nombreux  ;  les  décès  par  épui- 
sement ne  diminuent  pas.  La  variole  continue  jusqu'à  la  fin 
de  Tannée  1871 ,  mais  dans  de  moindres  proportions. 

Je  n'ai  pas  décrit  d'une  manière  spéciale  les  afiG^ctiom 
chirurgicales  observées  en  1 870-1871 ,  qui  ont  été  le  résul- 
tat d'un  fait  de  guerre.  Elles  ont  été  peu  nombreuses.  Ud 
mobile  reçut  une  balle  dans  la  cuisse  sur  le  trottoir  de  la  nie 
Passerat,  par  la  maladresse  d'un  de  ses  camarades.  La  balle 
avait  contourné  le  fémur  gauche,  sans  léser  l'artère  cru- 
rale ;  le  blessé  guérit.  Plusieurs  coups  de  feu  venant  des 
Prussiens  furent  observés  (j'en  ai  parlé  plus  haut).  Un  mal- 
heureux citoyen,  ayant  à  peine  dépassé  30  ans,  père  de  fo- 
mille^  doux  et  inoffensif,  fut  atteint  un  soir,  à  onze  heures, 
d'une  balle  prussienne  qui  fit  une  plaie  pénétrant  à  la  fois 


SOUVENIRS.  ST   IMPREjSSIQNS.  281 

dans  la  cavité  thoracique  et  dans  la  cavité  abdominale.  Cette 
plaie  était  béante  et  hideuse  à  voir.  On  apporta  le  malheu- 
reux à  THôpital,  dans  la  salle  de  consultation  de  chirurgie. 
Aux  deux  coups  de  feu  que  j'entendis,  j'accourus  immédia- 
tement, et  je  trouvai  le  blessé  environné  de  8  à  10  Prus- 
siens... Monté  dans  la  salle,  il  expira  en  pleine  connais- 
sance trois  quarts  d'heure  après.  —  J'ai  parlé  de  plu- 
sieurs coups  de  sabre  et  d'autres  violences;  je  n'y  reviens 
pas. 

Les  Prussiens  eurent  un  suicide  par  submersion,  et  une 
fracture  de  cuisse  traitée  à  THôpitalpar  leurs  médecins,  qui 
appliquèrent  immédiatement  un  appareil  plâtré.  Le  blessé 
quitta  r  hôpital  avant  sa  guérison,  lors  du  départ  de  ses  ca- 
marades, le  12  août. 

Les  suicides  furent  très-rares.  De  juillet  à  décembre  1 870, 
on  n'en  compte  que  deux.  Je  ne  note  pas  les  décès  dus  à 
des  affections  organiques  :  il  n'y  a  rien  de  spécial  à  cet 
égard. 

Un  fait  digne  de  remarque,  c'est  que  l'hospice  des  vieil- 
lards et  des  orphelins  dont  je  suis  chargé,  et  l'hospice  des 
orphelines  dont  M.  le  docteur  Bacquias  est  le  médecin,  tra- 
versèrent cette  crise  presque  sans  malades.  L'état  sanitaire 
y  fut  même  meilleur  que  pendant  les  hivers  précédents. 
Ceci  témoigne  éloquemment  en  faveur  des  soins  dont  sont 
l'objet  les  pensionnaires  de  ces  établissements.  Et  pourtant 
que  de  choses  à  dire  sur  l'hospice  Saint-Nicolas,  sur  i'étroi- 
tesse  de  ses  dortoirs,  l'infection  de  ses  lieux  d'aisances.  Tin- 
suffisance  de  ses  cours,  etc.!  L'hospice  des  orphelines  est 
dans  des  conditions  infiniment  meilleures. 


282  SOmTERIBS  it  ivpibssioiis. 


Si  nous  Toulons  résamer  par  des  chiffres  le  nombre  da 
décès  obsenrés  en  1870  avec  comparaison  de  ceux  des  an- 
nées 1869,  1871,  et  de  la  moyenne  par  année  de  1821 1 
1 870,  nous  trouvons  les  chiffres  suivants  : 

Moyenne  par  année 809 

Décès  en  1869 1,046 

—  en  1870 1,659 

Décès  en  1871  (y  compris  les  eoCeints 

morts-nés) 1,189 

Ces  chiffres  sont  aussi  exacts  qu'il  m*a  été  possible  de  me 
les  procurer. 

Si  nous  prenons  les  deux  maladies  épîdémiques,  la  fiene 
typhoïde  et  la  variole,  nous  trouvons  pour  la  variole,  en 
1870,  133  décès,  dont  111  sont  fournis  par  les  mois  d*o^ 
tobre,  novembre  et  décembre  ;  —  pour  la  fièvre  typhoïde, 
299  décès,  dont  274  sont  fournis  par  les  mêmes  mois. 

On  voit  donc  que  le  grand  nombre  de  décès,  en  1870,  a 
été  fourni  surtout  par  les  trois  derniers  mois.  D'après  ks 
renseignements  que  m'a  donnés  avec  une  grande  obligeance 
M.  Cousin,  chef  de  bureau  de  l'état  civil,  même  dans  les 
épidémies  de  choléra,  on  n'avait  point  observé  une  si  forte 
mortalité. 

11  est  évident  que  cette  grande  quantité  de  décès  indique 
un  nombre  considérable  de  malades.  En  supposant  im 
chiffre  exagéré,  —  que  la  fièvre  typhoïde  ait  enlevé  20 
pour  100  des  malades,  et  la  variole  30  pour  100,  on  arrive 
au  total  de  près  de  500  malades  rien  que  pour  ces  deux  ma- 
ladies. Si  l'on  y  ajoute  toute  la  série  des  autres,  il  est  cer- 
tain qu'il  y  a  eu  à  Troyes,  au  moment  indiqué^  enviroo 


Ce  chiffre  est  plulAt  au-deflioiif  qu'au-des- 
n  y  aurait  à  faire  le  eompte  des  indisposi- 
^  ou'on  observe  dans  toute  épidémie. 


VI 


Pour  compléter  les  documents  qui  précèdent,  il  est  né- 
cessaire de  dire  deux  mots  des  naissances  et  des  mariages, 
pendant  la  période  de  temps  dont  je  m'occupe. 

La  moyenne  des  naissances,  de  1821  à  1870  inclusiye- 
ment,  est  de  7 95,  dont  47  enfants  naturels. 

Je  n'ai  pu  savoir  exactement  celle  des  mariages. 

En  1869,  on  compte  277  mariages 

En  1870,        —  164       » 

En  1871,        —  264       » 

De  23  mariages  en  juillet  1870,  on  tombe  à  8  ra  août, 
2  en  septembre,  1 1  en  octobre,  0  en  novembre,  1  en  dé- 
cembre. Après  février  1871,  le  chiffre  ordinaire  reparaît. 
On  voit,  par  ces  détails,  quelle  a  été  la  funeste  influence  de 
la  guerre  sur  le  mouvement  de  la  population.  Pour  que  celle- 
ci  augmente,  il  faudra  bien  des  années. 

...Vitio  parênium 
Rarajuventui. 

Aussitôt  rinvasion  commencée,  c'est-À-dire  à  partir  des 
premiers  jours  de  novembre,  plus  de  mariages.  A  peine  la 
paix  est  elle  signée  que  les  choses  reprennent  leur  cours  or- 
dinaire, et  Ton  a  pu  remarquer  que  les  mariages  ont  été 
très-nombreux  en  1871  et  1872. 


284  souyEi<fiR8  et  oipressions.. 


VII 


C'est  le  4  mars  qu'on  reçut  à  Troyes  la  nouvelle  de  la  si- 
gnature des  préliminaires  d'une  paix  désastreuse,  mais  de- 
venue indispensable.  Il  était  temps  !  Les  exigences  du  préfet 
prusjsien,  baron  de  Stein,  étaient  plus  vexatoires  que  ja- 
mais. Au  moment  où  la  nouvelle  nous  parvenait,  celiB-d 
s'empressait  de  réclamer  des  impôts  dont  le  nouvel  état  et 
choses  nous  dispensait  forcément.  Le  calme  revint  dam  U 
ville  encore  occupée,  et  si  les  regards  étaient  attristés  par  k 
spectacle  des  étrangers  se  livrant  aux  exercices  militaires, 
sur  nos  places  et  dans  nos  rues,  au  moins  on  commençait  à 
entrevoir  la  fin  d'épreuves  que  nos  pères  avaient  connue 
peut-étrQ  moins  dures,  cinquante  ans  auparavant.  Letravaii 
commença  à  reprendre,  les  malades  devinrent  moins  nom- 
breux. On  respirait  un  peu. . .  lorsque,  le  i  8  mars,  la  guerre 
civile  vint  mettre  le  comble  à  nos  malheurs.  Enfin,  noe 
abominable  insurrection  fut  écrasée  et  l'occupation  prus- 
sienne à  Troyes,  prolongée  par  l'émeute  de  Paris,  put  enfis 
cesser  à  notre  grande  joie.  C'était  par  une  belle  matinée, 
le  samedi  12  août.  En  voyant  défiler,  entre  deux  rangs  de 
drapeaux  tricolores  arborés  aux  fenêtres,  ces  casqoes  à 
pointe  luisant  au  soleil ,  j'étais  tenté  de  m'écrier ,  Gomioe 
Henri  IV  s'adressant  aux  Espagnols  :  Bon  voyage,  Mes- 
sieurs, mais  n'y  revenez  plus  ! 


LE  CHEVAL 


ESQUISSE  DE  SON   HISTOIRE 


TX9, 


M.  LE  BRUN-DâLBANNE 
Membre  résidant. 


Le  cheyal  a  été  de  tout  temps  le  compagnon  de  Tbomme. 
Son  histoire  est  donc  un  appendice  de  celle  de  son  maître. 
Le  foyer  de  sa  création  semble  être  le  même,  ce  haut  pla- 
teau de  l'Asie,  d'où  les  races  humaines  se  sont  répandues 
sur  la  terre.  Mais  il  n'a  pas  suivi  l'homme  dans  ses  pre- 
mières migrations.  La  civilisalion  de  TEgypte  est  anté- 
rieure à  son  usage  en  cette  contrée,  et  l'on  sait  qu'il  n'exis- 
ta, ni  dans  l'Afrique  méridionale ,  ni  dans  l'Amérique,  ni 
dans  l'Australie,  avant  leur  colonisation  par  des  Euro- 
péens (!)• 

Les  témoignages  les  plus  anciens  de  l'histoire  du  cheval 
sont  ceux  de  l'Assyrie.  C'est  de  la  guerre  de  Thoutmès  P' 


(1)  L*é(Dnnement  et  la  frayeur  que  marquèrent  les  habitants  du 
Mexique  et  du  Pérou,  à  Faspect  des  chevaux  et  des  cavaliers,  'firent 
assez  voir  aux  Espag;nols  que  ces  animaux  étaient  absolument  incon- 
nus dans  ces  climats.  Buffon,  le  Cheval^  totne  III,  {>.  52i ,  édit.  Fume, 


286  LB   CHBVAL. 

en  Mésopotamie  (i  )  que  les  Egyptiens  rapportèrost  pour  b 
première  fois  le  cheval  ;  ils  le  propagèrent  rapidennent  ifaoi 
les  pâturages  de  la  Basse-Egypte. 

Aussi,  lorsque  trois  siècles  plus  tard,  Pharaon  pounoî- 
vit  les  Hébreux,  les  flots  de  la  mer  Rouge,  en  se  rejoignsnt, 
engloutirent  le  cheval  et  le  cavalier^  selon  le  cantique  àt 
Moïse  (2). 

Les  poètes  nous  apprennent  qu'en  Grèce  les  coarsiers  de 
la  Thrace,  de  la  Thessalie,  de  TEpire,  étaient  les  plus  re- 
cherchés pour  la  cavalerie  ou  pour  les  courses  d'Olympie. 
C'étaient  des  chevaux  de  montagne,  par  conséquent  stci  et 
nerveux.  Les  frises  du  Parthénon  et  les  admirables  bai- 
reliefs  du  temple  de  Phigalie  (3)  nous  les  présentent  ainsL 
Toutefois  ils  n'étaient  pas  grands  et  le  sommet  de  leur  tMe 
ne  dépassait  pas  la  hauteur  d'un  homme. 

Chez  les  Romains  on  estimait  les  chevaux  de  l'Apulie. 
C'étaient  toujours  des  chevaux  de  montagne.  Plus  tard, 
Columelle  décrit  un  cheval  de  prairies  marécageuses^  plus 
grand,  plus  charnu,  plus  osseux,  ayant  plus  de  masse  et 
moins  d'énergie.  Dans  la  pensée  de  l'agronome,  il  valaR 
mieux,  pour  la  culture,  que  le  cheval  grêle  aux  piedi 
serrés. 

ba  translation  du  siège  de  l'empire  à  ConstantiDopk 
détermina  surtout  la  vogue  du  cheval  Je  Cappadoce.  L'Es* 
pagne  et  la  Thessalie  fournirent  également,  à  partir  di 
V*  siècle,  les  haras  impériaux. 

Comment  se  fait-il  que  le  cheval  arabe  ait  été  incomn 
des  anciens?  Xénophon,  le  célèbre  hippologue  ,  racoide 


(i)  BâTiron  dix-sept  siècles  avant  Jésus-Christ. 
(S)  Cantemas  Domino  :  gloriose  euim  magniûcatns  est,  iqmm  d 
mtemuarem  dcgedt  in  mare.  £xod.,  cap.  xv,  v.  1. 
^)  IMsor  àê  nnmisiiistiqna  et  Je  gixpiiqiBe. 


LB  GHIVAL.  2ft7 

qti'il  a  trayersé  le  Dord  de  l'Arabie  dans  Tarmëe  des  dix 
mille  Grecs  appelés  au  secours  de  Cyrus;  il  a  observé  le 
désert  avec  des  yeux  attentifs,  il  y  a  reconnu  des 
chameaux ,  des  onagres ,  des  gazelles ,  des  autruches , 
mais  il  n'y  a  pas  vu  de  chevaux.  Pomponius-Méla  énu- 
mère  les  productions  de  l'Arabie  et  se  tait  sur  les  che- 
naux. Strabon  est  plus  explicite,  il  les  exclut,  en  disant 
qu'on  ne  trouve  en  Arabie  ni  chevaux,  ni  mulets,  ni 
porcs.  Le  prophète  Ezéchiel,  enfin,  fait  connaître  les 
richesses  (jue  TArabie  fournissait  au  commerce  de  Tyr, 
et  il  les  détaille  minutieusement  ;  ma^s  il  omet  les  che- 
naux. 

Est-ce  à  dire  que  le  cheval  arabe  n'existât  pas?  Non, 
niais  élevé  au  centre  du  désert,  dans  des  tribus  dont  il  était 
l'amour  et  le  compagnon  fidèle  sur  les  champs  de  bataille 
et  sous  la  tente,  il  ne  fut  révélé  qu'au  va'  siècle  par  Maho- 
met, avec  le  Coran.  Après  Mahomet,  ses  successeurs,  mus 
par  un  enthousiasme  qui  semblait  embrasser  l'homme  et 
le  cheval,  se  précipitèrent  sur  le  monde  avec  une  cavalerie 
prodigieuse,  et  soumirent  en  soixante-dix  ans  autant  de 
pays  que  les  Romains,  avec  leur  tactique  et  leur  persévé- 
rance, en  avaient  conquis  pendant  sept  siècles*  Le  cheval 
arabe  fit  donc  triompher  le  Coran  et  triompha  ensuite  avec 
lui. 

Cepi^ndant  le  chenal  espagnol  a  été  éminemment  le  che- 
val du  uioyeu-àge,  et  Guiilaume-le-Conquérant  le  montait  k 
la  bataille  d'Haslings.  C'était  le  destrier  par  excellence  des 
joutes,  des  tournois  et  des  grandes  batailles.  François  1*', 
Heturi  IV,  Louis  Xlll  n'en  voulaient  pas  d'autres. 

Tous  les  chevaux  de  Louis  XIY  peinte  par  Van  der 
Heulen,  sont  espaguols.  Et  qu'on  me  permette  ce  souvenir, 
lorsque  le  grand  roi  demanda  à  notre  Pierre  Mignard  le 
beau  portrait  équestre  qui  one  le  salon  d'UcfCule  k  V^* 
il  lui  FcmuuBBanda  amrlwt  de  m  pa»  négUgif  lar#i- 


288  LE   CHEVAL. 

semblance  de  son  magnifique  cheval  Isabelle.  Il  nous  a  âé 
donné  d'entrer,  pour  ainsi  dire,  dans  Tatelier  de  Mignard 
et  de  voir  avec  quel  soin  et  par  quelles  préparations  le 
grand  artiste  avait  préludé  à  son  portrait,  en  feuilletant  ks 
portefeuilles  renfermant  les  324  dessins  de  Migoard  que 
M.  Frédéric  Reiset,  conservateur  des  peintures  et  d^  des- 
sins du  Louvre,  avait  gracieusement  mis  à  notre  disposition, 
n  y  a  dans  Fun  d'eux  plus  de  vingt  études  différente  dn 
cheval  de  Louis  XIV.  Il  est  représenté  de  face,  de  côté,  ^ 
repos,  au  trot,  au  galop  ;  en  un  mot,  dans  toutes  les  allores 
et  les  attitudes  variées  qu^un  cavalier  ordinaire  et  à  plus  forte 
rai>on  le  vainqueur  et  le  héros  des  batailles  du  grand  siècle 
pouvait  imprimer  au  noble  et  généreux  compagnon  de  ses 
victoires.  C'est  ce  même  cheval  que  Girardon  avait  admki- 
blement  reproduit  en  bronze,  dans  son  incomparable  statue 
équestre  de  Louis  XIV  de  la  place  Vendôme.  On  en  peut 
encore  voir  le  modèle  de  la  main  de  Girardon  lui-mêoie 
dans  le  musée  des  sculptures  modernes  du  Louvre. 

Nous  ne  parlerons  pas  des  chevaux  allemands.  Noos 
sommes  très-décidé  à  ne  les  admirer  pas  plus  que  leurs  maî- 
tres. Et  ce  n  est  pas  nous  qui  vanterons  jamais  cesgnmà 
et  gros  chevaux  aux  jambes  peines,  aux  pieds  Ainnidesd 
gras.  11  s'en  trouve  bien  peu  dit  Menou  de  Chirnizay, 
auteur  du  Cavalier  et  de  tÉcuyer  français,  qui  soient 
hardis  et  courageux,  ni  qui  aient  de  la  gentillesse,  ils  «e 
sont  bons  que  pour  le  gros  travail.  Ce  sont  bien  là  les  ch^ 
vaux  de  ces  lourds  Allemands  que  nous  avons  vus,  et  leiff 
courage  est  bien  comme  celui  de  ceux  qui  les  montent,  et 
raison  inverse  de  leur  nombre.  U  faut  aussi  qu'ils  soient  lé- 
gion pour  se  montrer. 

A  la  bonne  heure  les  limousins^  voilà  de  bons  petits  che- 
vaux, vifs,  énergiques  et  bien  français.  Seulement  les  che- 
vaux de  Normandie  les  dépassent  aujourd'hui.  Us  ont^  par 
*  des  croisements  habiles,  acquis  la  taille  et  la  force  et  cob- 


LE    CHEVAL.  289 

serve  la  vitesse  qui  les  distinguait.  C'est  aujourd'hui  la  race 
française  par  excellence. 

Le  cheval  anglais  est  fort  ancien.  César  Tavait  rencontré 
en  abordant  dans  la  Grande-Bretagne.  Les  rois  d'Angle- 
terre, par  une  police  sévère  des  étalons,  l'avaient  amélioré; 
mais  il  était  destiné  à  ne  produire  qu'une  race  ordinaire, 
lorsqu'un  hasard  heureux  détacha  de  la  voiture  d'un  simple 
porteur  d'eau,  à  Paris,  et  conduisit  vers  1730,  en  An- 
gleterre, le  fameux  Godolphin-Arabian.  Lord  Godolphin 
l'ayant  remarqué,  l'acheta  quelques  guinées,  et  Tattacha 
comme  suppléant  à  son  haras  de  Gog-Magog.  C'est  là  que 
par  Lath,  Régulus  et  Eclipse,  ses  trois  fils  (que  cette  expres- 
sion me  soit  permise  pour  un  si  noble  animal),  il  devint 
Fauteur  fameux  de  cette  race  merveilleuse,  qui  s'appelle 
aujourd'hui  le  pur-sang  anglais.  Elle  a  sa  généalogie  com- 
plète et  ses  parchemins  en  règle.  Je  ne  la  redirai  pas.  C'est 
le  cheval  de  pur-sang  anglais  qui  est  devenu,  sur  les  hippo- 
dromes du  monde  entier,  le  roi  et  le  triomphateur  des 
courses.  Mais  outre  ses  emplois  comme  cheval  de  courses 
et  comme  n^producteur,  il  remplace  au  manège  les  anciens 
chevaux  espagnols,  barbes  ou  limousins;  il  est  plus  fort  et 
plus  puissant  qu'ils  ne  le  furent  jamais. 

Allongé  par  Tentraînem*  nt,  ou  jeté  sur  les  épaules  par  la 
course^  le  cheval  anglais  change  instantanément  son  contre 
de  gravité  et  son  allure  sous  la  main  de  l'écuyer;  il  cède  à 
toutes  les  flexions,  il  est  cheval  de  chasse  ou  de  guerre,  et 
brille  d^un  éclat  incomparable  attelé  au  léger  phaéton,  qu'il 
conduit  à  de  grandes  distances  avec  une  merveilleuse 
rapidité. 

Par  lui  toutes  les  autres  races  ont  été  améliorées.  Il  a 
aup;menté  la  puissance  et  la  légèreté  des  chevaux  de  trait,  et 
offert  aux  races  légères  des  éléments  pour  les  faire  grandir 
et  les  fortifier.  Ce  cheval  est  donc  une  conquête  dont  les 
temps  modernes  doivent  se  glorifier,  et  c'est  le  cas,  pour  finir, 

T.  SXXTI.  19 


290  LE   CHEVAL. 

de  répéter  la  phrase  célèbre  :  «  La  plus  noble  conquête  ^ 
»  l'homme  ait  jamais  faite,  est  celle  de  ce  fier  et  fouguem 
»  animal  qui  partage  avec  lui  les  fatigues  de  la  guerre  d 
»  la  gloire  des  combats.  »  Nul  cheval  plus  que  le  piu^ 
sang  anglais  n'est  digne  de  Tinscrire  en  face  de  son  blason. 


Chennegy  (Aube),  lô  8  septembre  1871. 


POÈMES  DE  L'INVASION 


»▲■ 


M.  CHARLES  DES  6UERR0IS 
Membre  résidant. 


•*0^ 


I. 


L'Invasion. 

Ils  sont  venas  jadis,  Cosaques  et  Prassions, 
Les  Russes  de  l'Oural  et  les  Autrichiens. 
Nous  avions  entendu  raconter  cette  histoire; 
Nos  pères  en  gardaient,  pesante,  la  mémoire, 
Nous,  nous  disions  tout  bas  :  Hidtoire  du  passé, 
Episode  dernier  du  poème  insensé. 
Nous  ne  reverrons  plus  en  nos  temps  ce  poème. 
Nous  n'en  reverrons  plus  l'épisode  suprême. 

—  Nous  avons  eu  le  dénouement. 
Si  nous  n'avons  eu  le  po^me  ; 
N'ayant  connu,  moindre  anathème, 
Le  héros  plein  d'emportement^ 
Nous  avons  eu  l'héritier  blême. 

Sans  avoir  eu  Wagram,  léna  ni  Moscou, 
Nous  avons  Waterloo;  l'étranger  sur  le  cou 
Nous  a  mis  son  pied  lourd  dans  sa  boite  écrasante. 
Voilà  que  nous  savons  la  conquête  pesante, 
Amer  et  lourd  savoir.  Ce  mot  :  Ikvasion, 


292  POÈMES  DE  l'invasion. 

NoQS  en  savons  le  sens  et  la  dérision  ; 
Noas  le  savons,  non  plus  par  histoire  contée 
Au  coin  du  fea  les  soirs,  et  tout  bas  contestée. 

Ce  récit,  nous  l'avons  refait 
D'heure  en  heure^  de  page  en  page; 
Sans  commentaire  à  tout  passage, 
La  douleur  morne  nous  Ta  fait; 
Toute  histoire  a  pris  son  visage. 

Les  hulans  nous  venant  dire  :  Vous  rendez-vons  ? 

Levez-vous  le  drapeau,  le  fusil  contre  nous  ? 

Vous  êtes-  contre  nous  cinq  cents  bourgeois  sans  poudre, 

Sans  armes,  voulez-vous  résister  à  la  foudre  ? 

Nous  sommes  quatre- vingt  mille  hommes^  cent  canons. 

Pour  réfléchir,  une  heure  est  ce  que  nous  donnons  : 

Nous  avons  vu  cela.  Premier  acte.  A  cette  heure, 

Commence  le  second,  le  cœur  au  dedans  pleure, 

L'œil  est  sec,  le  visage  impassible  s'il  peut. 

Ils  sont  là,  point  de  bruit^  du  drame  c'est  le  nœud. 

On  dirait  une  armée  enchantée,  une  terre 

De  mort,  et  qui  n'a  plus  qu'une  loi.  le  mystère, 

Terre  de  France,  hélas  !  à  peine  de  Français. 

Et  les  cœurs  battent-ils  au-dedans  ?  Je  ne  sais. 

Ils  attendent  massés  sur  les  places  publiques. 

Prussiens  au  regard  haut,  Hessois  mélancoliques. 

Pas  un  mot^  pas  un  cri;  s'ils  parlent,  c'est  tout  bas. 

Ils  ne  font  point  sonner  la  terre  sous  leurs  pas. 

Mais  bientôt  ?  Oh  !  bientôt  ne  se  fait  guère  attendre. 
Vingt  hommes  par  maison,  chacun  y  peut  prétendre. 
Vingt  fusils  sur  le  seuil,  vingt  hôtes  au  foyer; 
Sous  le  fardeau,  sans  dire  un  mot,  il  faut  ployer, 
Vingt  hommes  !  puis  il  faut  leur  faire  accueil  encore, 
Et,  soigneux,  leur  cacher  le  cœur  qui  se  dévore. 
L'Invasion  !...  Cela  s'appelle  invasion. 
Plus  de  patrie  et  plus  de  chez  soi;  la  maison 
Nous  disant  bas  :  Ami,  je  ne  suis  plus  le  home. 
Je  ne  suis  plus  la  joie  et  le  petit  royaume. 

L'ilivasion  !  Voici,  des  matins  jusqu'aux  soirs, 
Les  hommes  débordant  jusque  sur  les  trottoirs. 
Les  canons  reluisant  d'un  feu  terrible  et  sombre, 


POÈMES  DE  l'invasion.  293 

Les  Yoitnres  cachant  les  placer  sons  leur  ombre, 
Des  régiments  en  marche  interminable  train, 
Le  fer  faisant  escorte  et  cortège  à  l'airain, 
Et  tout  cela  pressant  sa  marche  sur  les  routes^ 
Pour  nous  porter,  chez  nous^  défaites  et  déroutes. 
Oh  !  c'est  rinvasion  t  Abîme  où  Ton  descend, 
Lorsque  le  front  penché,  Toeil  est  noyé  de  sang. 


IL 


Déclaration. 

Je  yeux  leur  déclarer  haine,  haine  à  jamais. 

Haine,  blessure  au  cœur,  vivante  désormais, 

Saignante,  douloureuse  ainsi  qu'une  brûlure, 

Du  sauvage  scalpeur  mordante  ciselure  ; 

Haine  lourde  à  porter  dans  un  si  long  sentier. 

Car  la  haine  vraiment  ce  n'est  pas  mon  métier. 

Et  je  l'aimais,  ô  Dieu  t  cette  Allemagne  sombre. 

Dont  allait  nous  venir  la  flamme  ainsi  que  l'ombre, 

Qui  rêvait,  qui  pensait,  généreuse,  pour  tous; 

Kant  raisonnait  pour  nous,  Uhland  chantait  pour  nous. 

Nous  croyions  qu'ils  versaient,  comme  une  eau,  comme  un  fleuve, 

La  féconde  pensée  où  toute  âme  s'abreuve. 

Haine  à  ces  abuseurs  de  nos  religions, 

Haine  pure  à  transmettre  aux  générations. 

Et  qu'elles  recevront  comme  unique  héritage, 

Ils  ne  nous  ont  laissé  que  cela  pour  partage. 

Ces  guerriers  moissonneurs  nous  ayant  pris  notre  or 

Et  notre  foi,  plus  vrai,  plus  piéôioux  trésor; 

Car  notre  esprit  en  trouble  et  que  le  doute  gagne. 

Ne  croyant  plus  en  Dieu,  croyait  à  l'Allemagne. 

Haine  à  jamais  à  vous,  meurtriers  de  la  foi, 

Qui  venez  annoncer  la  force  comme  loi. 

Après  la  paix. 


294  POÈMES   DB   L'iNYASIOlf. 


m. 


Historien  7  —  Poète  7 

La  plnme  se  refase  à  tracer  cette  histoire. 
L'encre  se  6ge  et  reste  au  fond  de  l*écritoire. 
Les  revoir  jour  par  jour  ces  combats  accablants^ 
Etape  par  étape  en  ces  débris  sanglants 
Replonger  chaque  fois  sa  main  tiède  ou  glacée. 
Qui  le  pourrait  ?  Déjà  l'âme  s'enfuit  lassée. 
Et  recule  en  disant  :  Sentir  eoeor  ce  fer, 
Visiter  cercle  à  cercle  encore  cet  enfer  ? 
Historien  jamais,  mais  poète  peut*ètre. 
Triste,  se  souvenir,  plutôt  que  reconnaître. 
Descendre  en  ces  vallons,  le  cœur  ne  le  peut  pas  ; 
Mais  voler  au-dessus  de  ces  champs  de  combats. 
Mêler  à  Fadieu  cher  le  puissant  anatbème. 
Maudire  les  grands  coups  brefs  que  la  fortune 
Emerger  en  désir  de  Tabime  sanglant,   * 
Puis  au  malheur  eneor  roffrir  bientôt  le  flâne» 
Ecouter  cependant  par  delà  notre  abîme, 
Quelque  accent  faible  encor  venu  d'un  lieu  sublime» 
Et  puis,  d'un  vol  plus  haut,  voler  vers  l'avenir, 
Le  poète  le  peut,  dans  l'amer  souvenir. 

Le  poète,  c'est  l'espérance. 

Le  poète  c'est  la  vengeance. 


IV. 


Retardement. 

Tant  que  je  les  ai  vus,  longtemps  encore  après, 
Je  n'ai  pas  pu  d'un  cri,  d'un  geste,  les  mauôire; 
L'âme  habitait  du  moins  les  abîmes  secrets 
Où  ne  résonne  point  l'écho  joyeux  du  rire. 
Dès  l'heure  la  première  et  le  premier  instant. 
Dès  ce  cri,  le  premier,  un  matin  éclatant  : 
Défaite  à  Wiuembourg  I  quelque  chose  en  mon  âme 


POÈMBS   DB   L'iNYASlOlf.  295 

S'est  brisée  d^ris  mort  que  couronne  une  flamme. 
Les  débris  au  dedans,  la  flamme  par  dessus, 
Jets  qu'on  étouffe  en  soi,  par  moments  aperçus, 
Gomme  arant,  ou  peut-être  après  un  incendie^ 
Une  étrange  lueur  vague,  parfois  grandie. 

Hais  l'heure  de  maudire  est  venue  à  la  fin, 
De  pousser  un  grand  cri,  satanique  ou  divin. 
Pour  riambe  dressé,  relève-toi,  poète  ! 
Fais  pleurer  l'élégie  en  sa  douleur  secrète. 
Eclatante  à  présent;  en  montant  jusqu'au  ciel 
Qu'elle  fasse  au  vengeur  sa  plainte,  son  appel  t 


V. 
li'Escopette  de  Gil  Blas, 

Vous  savez,  dans  Gil  Blas,  le  conte  qu'on  répète, 
Le  mendiant  qui  vient  armé  de  l'escopette  : 
Seigneur,  prenez  pitié,  de  grâce,  d'un  soldat. 
Un  pauvre  estropié  qui  se  sent  du  combat. 

Ils  étaient  huit  cent  mille  armés  de  l'escopette. 

Mais  ils  ne  disaient  pas  la  phrase  si  complète  : 

Seigneur  —  le  mot  manquait.  —  Ils  saluaient  pourtant. 

Et  le  refrain,  du  reste,  jjlait  se  répétant  : 

Veuillez  être  assez  bons  pour  nous  fournir  des  bottes, 

Vingt  mille  de  bon  cuir,  du  drap  pour  nos  capotas, 

La  marche  a  tout  gâté,  les  bataiUes  aidant, 

Et  se  tenir  en  point  est  d'un  bon  commandant. 

Il  nous  faudrait  aussi  vingt  mille  couvertures. 

Le  soldat  ne  dort  guère  et  court  lant  d'aventures, 

Et  puis  nous  avons  faim,  on  travaille  si  fort. 

Et  vous  nous  obligez  à  tant  de  rude  effort. 

Il  convient  qu'à  nos  maux  vous  portiez  allégeance  ; 

Aussi,  nous  y  comptons,  vous  aurez  l'obligeance, 

Tantôt  de  nous  compter  cent  mille  rations, 

Il  en  faut  tout  autant  pour  trente  nations 

Et  douze  régiments.  Pensez  à  l'eau-de-vie, 

La  ration  de  pain  du  boeuf  toujours  suivie. 

Et  l'escopette  allait  son  train.  —  C'est  le  canon, 


296  POËMBS   DE   L^NVAStON. 

Quant  du  pauvre  soldat  l'Allemagne  est  le  nom. 
Mes  amis,  voyez-vous,  ici  sur  la  colline. 
Quatre  heures  pour  Tobus,  votre  ville  est  mine. 
Une  heure  pour  pointer,  trois  heures  pour  le  hu. 
Nos  artilleurs  sont  bons^  ils  en  feront  un  jeu. 
Vous  vous  sauvez  pour  rien  de  bien  des  aventures» 
Cent  mille  rations,  vingt  mille  couvertures. 


VI. 


Les  Morts. 

Ils  sont  morts  à  temps,  grandes  âmes, 

Lamartine  et  Montalembert, 

Cœurs  que  n'ont  point  touchés  les  blâmes, 

Où  brûlèrent  les  nobles  flammes. 

0  France,  ils  auraient  bien  souffert  ! 

Hautes  âmes  de  la  patrie. 
Réfugiés  dans  Tinconnu, 
Loin  du  flot  de  la  barbarie, 
Au  Germain  en  joie  et  frairie 
Vous  n'avez  [loint  dit  :  Bienvenu 

Soyez,  ô  maître,  en  ma  demeure; 
Quand  tout  bas  vous  maudit  le  seuil 
Au  nom  de  nos  frères  qu'on  pleure, 
(La  jeunesse,  il  faut  qu'elle  meure), 
Tout  haut  le  foyer  fait  accueil. 

Napoléon  rendant  Tépée 
De  la  France  avec  son  honneur, 
Le  fer  de  la  France  usurpée 
Et  de  grands  rets  enveloppée, 
Vous  n'avez  pas  versé  ce  pleur. 

Vous  n'avez  vu  ces  choses  sombres, 
Lamartine,  Montalembert, 
Vous  n'avez  pas,  sous  les  décombres 
De  Paris  mis  vos  cœurs  pleins  d'ombres. 
Oh  t  non,  vous  n'avez  pas  souffert  ! 


POÈMES  DE  l'inyasion.  297 

Chàtillon^  qui  fait  fléchir  Tàme, 
Metz,  rendu  comme  un  simple  fort,  ' 
Avron  qui  renfonce  la  lame, 
Saint-Cloud  qui  tombe  dans  la  flamme, 
Vous  n'avez  pas  eu  cette  mort. 

Grands  cœurs  éteints,  Tàme  saignante 
De  la  France  en  déchirement. 
Pour  TOUS  n'eût  pas  l'heure  poignante 
Où  la  mort  deux  fois  menaçante 
Fit  voir  l'enfer  prussien  clément. 

Rigault  prenant  Paris  en  gage, 
Lamartine,  Montalembert, 
Vous  n'avez  pas  vu  cette  page, 
Darboy  captif,  le  Christ  ôtage^ 
Oh  f  non,  vous  n'avez  pas  souffert. 
(Après  la  Commune). 


VII. 

Vent  d'Est. 

0  vent  de  l'Est,  dur  vent  prussien, 
Ne  souffle  plus  sur  notre  France. 
Ne  viens  pas  —  si  peu  de  distance  t  - 
Dans  les  cœurs,  glacer  l'espérance,  » 
Des  âmes  briser  le  soutien. 

0  vent  piquant  de  l'Allemagne, 
Ne  chante  pas  ce  sombre  chant 
Qui  fait  frissonner  la  campagne, 
Et  du  pâtre  de  la  montagne 
Ride,  chagrin,  le  front  penchant. 

0  vent  mortel  de  la  froidure. 
Vent  de  Spandau,  vent  de  Berlin, 
Ne  perce  pas,  ô  bise  dure. 
Les  morts  froids  dans  la  sépulture. 
Les  vieillards  froids  à  leur  déclin. 

Vent  de  la  Prusse  conquérante, 


2^  POÈIIBS   DB   l'iNYASION, 

Ne  dessèche  pas  nos  moissons; 
Vent  de  la  Prusse  délirante, 
A  la  sombre  élégie  errante 
Ne  remMe  plus  tes  chansons. 


VUI. 

Carte  de  France. 

Regarder,  sans  pleurer,  une  carte  de  France^ 

Oh  Dieu  t  qui  le  pourrait  ?  Avec  indifférence 

Qui  pourrait  voir  Strasbourg  aux  serres  du  Prussien, 

Bitcbe,  nid  d'aigle  français,  Phalsbourg  qu'il  a  fait  den? 

Metz  qai  vit  Charles-Quint,  la  ville  inviolée, 

En  son  linceul  germain  brutalement  roulée, 

La  Moselle,  beau  nom  qui  sonne  si  français, 

Disant  à  l'Allemand  :  Passez,  je  donne  accès 

Au  plein  cœur  de  la  France,  à  la  Meuse  voisine, 

A  Bar,  dont  sur  l'Ornain  le  contour  se  dessine, 

A  Chàlons,  à  Verdun,  à  Reims  comme  à  Nancy, 

Oh  t  qui  ne  pleurerait  à  voir,  ouir  ceci  ? 

Yauban  se  dresse  et  dit  :  Rendez-moi  ma  frontière, 

Ma  frontière  de  fer,  ma  ceinture  de  pierre. 

Kléber  aussi  s'indigne  et  s'écrie  au  tombeau  : 

Mon  pays  plus  français  t  l'Alsace,  ce  lambeau 

Est  arraché  du  cœur  de  la  France  sacrée, 

La  France  de  Carnot,  solide  et  bien  murée  ! 

0  roi  Louis  quatorze,  ô  ministre  Carnot, 
Bonaparte  à  l'histoire  ainsi  fait  son  écot. 
0  bons  ingénieurs,  une  carte  à  refaire  : 
Sur  cette  page,  histoire,  écrire  est  votre  affaire, 
Les  siècles  sont  à  vous,  prenez  note  tantôt. 
Le  livre  est  grand  ouvert,  et  jamûs  ne  se  clôt. 
Nous  avons  eu  l'Anglais  jalis  dans  noU*e Guienne, 
Par  Calais,  dur  collier^  nous  fûmes  à  la  gêne  ; 
Nous  avons  dans  l'histoire  un  siège  d'Orléans, 
Et  nos  pères  ont  dit  :  La  Guerre  de  Cfnt  ans. 
Mais  il  vient  quelque  jour  un  Guise,  un  capitaine. 
Et  l'Anglais...  le  Prussien,  c'est  la  p^e  lointaine. 


POiMES   DB   l'invasion.  fM 


IX. 


Exode. 

Pleurant  sons  le  ciel  bas  de  Tantomne  Toilé, 

Hs  vont  par  les  chemins  de  Texil  désolé. 

Chère  patrie,  hélas  1  n'es-ta  plus  la  patrie, 

Morte  au  bras  qui  se  tend,  à  la  voix  qui  9'écrie  I 

Pour  nous  ne  germe  plus  le  grain  dans  les  sillons, 

Ni  dans  les  champs  joyeux  la  gaité  des  houblons. 

Pour  nous  ne  chantent  plus  les  rivières  amies, 

Jamais  se  reposant  et  jamais  endormies. 

Dévidant  nuit  et  jour  le  lin  des  vallons  frais, 

Ou  laminant  le  fer  souple  des  minerais. 

Ces  chansons,  bondissant,  descendaient  les  montagnes, 

Et  dans  Tapaisement  parcouraient  les  campagnes. 

Invitant  le  travail  et  la  fécondité  ; 

Appel  austère  et  doux,  à  toute  heure  écouté. 

Alsace,  avec  bonheur  nous  te  donnions  nos  âmes, 

0  mère  de  nos  fils,  ô  mère  de  nos  femmes  ! 

Terre  de  tout  amour  et  de  tout  souvenir, 

Où  les  pères  devaient  après  l'aïeul  finir. 

Quand  l'orfraie  au  long  cri  te  couvre  de  son  aile. 

N'es-tu  plus  à  tes  fils  la  terre  maternelle  ? 

0  terre,  vous  avez  cependant  nos  tombeaux, 
De  nos  cœurs  déchirés  vous  avez  les  lambeaux. 

Que  nous  aimions  à  voir,  calme  dans  Tair  sonore. 

Eclater  le  Munster  sous  les  feux  de  l'aurore. 

Le  glorieux  Munster,  notre  orgueil  devant  tous. 

Et  qu'enviaient  là-bas  nos  ennemis  jaloux  1 

Le  Munster  est  debout  encor  sous  ses  blessures, 

Saintes  contusions,  généreuses  fissures. 

Nous  ne  le  verrons  plus,  le  glorieux  Munster, 

Empourpré  du  matin  monter  dans  le  ciel  clair. 

De  Metz,  grand  cœur  français,  de  Strasbourg,  une  reine. 

Ils  nous  ont  fait  ce  monstre,  une  Alsace-Lorraine  t 


300  poÈm»  DB  l'iicyasioii. 

Noos  sommes  les  déshérités, 
Nous  sommes  les  cœurs  irrités, 
0  terre  qui  n'es  plus  la  terre  maternelle, 
Que  l'orfraie  au  long  cri  fait  gémir  sous  son  aile. 

—  Entre  mes  fils  et  moi  l'étranger  met  son  bras. 
Son  geste  menaçant,  Tempreinte  de  ses  pas. 
Allez  en  vos  chemins  de  deuil  et  d  espérance. 
Enfants,  je  suis  toujours  votre  terre  de  France  I 


Troyes,  octobre  1872. 


(Im  à  la  séamee  du  iB  nowembrm  i87Sj. 


LISTE 


DONS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TROYES 

AVEC  LES  NOMS  DES  DONATEURS 
Pendant  l'année  1872  (0 


-»«- 


Article  S&  du  règlement  de  la  Société  Académique  de 
l'Aube  : 

c  Cbacan  des  Membres  de  la  Société  doll  eontrlbaer*  autaal 
•  qu'il  esl  en  iiii,  ft  i'aiigmentalioo  da  Musée. 

•  Les  dons  faits  ft  la  Société  par  ses  Membres,  ou  par  des  per- 
f  sonnes  étrangères,  soni  Inscrits  sur  un  registre  spécial,  el 
f  publiés  en  outre  dans  les  Joomaui  de  Troyes  el  dans  rAiavAiaa 
f  du  Département,  avec  les  noms  des  donateurs.  • 


DouuoT,  principal  du  collège,  à  CMlillon-sur- Seine  :  —  Une  collec- 
tion d'objets  de  l'époque  antéhistorique,  comprenant  des 
fi-agments  d'os  de  renne,  vingt-deux  silex  tailMs  et  divers 
débris  de  Tindustrie  humaine,  extraits  des  grottes  de  la 
Durdogne. 

Lapatre  (Eugf^ne).  élève  scilpteur,  à  Boulages  :  —  Un  petit  buste 
en  plaire  représentant  un  soldat  prussien;  —  un  autre  petit 
buste  en  plâtre  représentant  un  marin. 

Baltbt  (Charles],  pépiniériste,  à  Troyes  :  —  Cinq  épreuves  typogra- 
phiques des  bons  municipaux  créés  par  la  ville  de  Troyes 
pendant  la  guerre  de  1870;  —  un  bon  municipal  de 
cinq  francs  de  la  commune  de  Villeneuve  -  l'Arche- 
vêque. 


(i)  Pour  les  publications  précédentes,  voir  les  Hémoires  de  la 
Société  des  années  1849  à  1871. 


302  LISTE  DES  DONS  FAITS  AU  MUSil  DE  TROTIS. 

Anonyme,  par  l'entremise  de  M.  Jules  Rat  :  —  Une  petite  siatoetle 
ancienne  en  plomb,  représentant  saint  Roch. 

Chautriot,  négociant,  à  Troyes  :  —  Deux  petites  images  ddoosa, 
découpées  et  collées  sur  des  feuilles  d  arbres. 

GitBERT-CouDBR,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Une  coquille  bssàt 
trouvée  près  de  Chaumoot. 

Cbbrtier  ^,  docteur  en  médecine,  à  Nogent-sur-Seine  :  —  Dn 
échantillons  d'une  espèce  de  poisson  prise  dans  b  Saae, 
le  Nase  (Chondrostoma  Naius). 

Gerbe  j)f^,  membre  correspondant  de  la  Société  Académique  de  l'Aih. 
à  Paris  :  —  Des  oiseaux  de  France,  une  hirondelle  de  aer, 
un  macareux,  un  ganga  cata,  un  guillemet;  —  des  poisMS 
des  côtes  de  l'Océan  ;  —  une  suite  de  crustacés  parais 
des  côtes  du  Finistère;  -^  ua  bon  nombre  d'irachnidei  et 
d'insectes  récoltés  dans  le  Var;  —  des  animaux  rajeoah, 
recueillis  à  Concameau. 

Simon  (Eugène),  membre  de  la  Société  Ea^emologique,  à  Paris  :  — 
Un  oiseau  mante  de  Maticca  ;  —  des  orusiaoés  reoucSsa 
Corse;  -^  quatre^ngts  annélides  marins  de  Piorto-Veedii 
(Corse)  ;  —  six  reptiles  de  Corse  ;  —  quelques  moUosqoes 
terrestres  et  marins  ;  —  des  insectes  de  divers  ordres  ;  — 
une  collection  de  formicides  de  Corse  ;  —  un  grand  noahe 
d'espèces  d'arachnides,  déterminées  et  classées,  eonservéa 
dans  Talcool;  —  des  nids  et  des  travaux  d'insectes;  — 
une  espèce  fort  rare  dé  scorpion;  ^  des  orthoptères  di 
Guatemala. 

Huot  (Gustave)  ^ ,  propriétaire,  à  Saint-Julien  :  —  Un  fer  de  jiie- 
lot  antique,  trouvé  dans  les  grèves  de  la  Seine  ;  ^  desx 
espèces  d'helminthes  :  le  cœnure  du  cerveau  des  moatoMct 
une  autre  espèce  des  poumons  de  la  vache. 

Fairmaire,  naturaliste,  à  Paris  :  —  Un  oiseau  échassier»  le  eontat- 
tant  en  plumage  de  noces. 

Lbscotbr,  membre  correspondant  de  la  Société  Académiqve  de 
l'Aube,  à  Saint-Dizior  :  —  Deux  très-jeunes  héroos  pis 
dans  le  nid  et  recouverts  de  duvet  ;  —  deux  chouettes  ha- 
lottes,  aussi  recouvertes  de  duvet. 

Mbnvellb,  pharmacien,  à  ChâtiUoo-sur-Seine  :  —  Des  coqiûUes  fa- 
siles  du  terrain  jurassique  de  Chitilloo. 


LI8TB  0ES  BONS  FAITS  AU  MUSifi  DE  TBOVBS^.  303 

Lb  Musiuii  d'histoire  naturelle»  à  Paris  :  --  Vingt-et-une  espèces 
de  mammifères  indigènes  et  exotiques. 

Meunier,  régisseur  de  l'usine  de  Plaines,  à  Plaines  t  —  Un  grand 
'    polypier  fossile,  trouvé  dans  le  gravier  de  la  Seine« 

Thévenot  (Arsène),  négociant,  à  Troyes  :  —  Un  sceau  en  cuivre  de 
la  baronnie  de  Dampiorre,  provenant  de  Tancienne  justice 
féodale  de  Lbuître,  portant  les  armes  de  la  famille  Picot  de 
Dampierre  ;  —  Quatorze  pièces  de  monnaies,  romaines  et 
françaises,  en  cuivre  et  en  argent. 

HiGNOT,  ancien  boulanger,  à  Troyes  :  —  Un  petit  eanon  et  un  ancien 
fusil,  trouvés  dans  les  fouilles  d'une  maison. 

Brotel,  propriétaire,  à  Autricourt  :  —  Un  jeton  en  cuivre  de 
Louis  XIII. 

Tenaolon,  horloger,  à  Dottleveiii'le*Château  :  —  Une  clef  en  bronze, 
trouvée  à  Doùletent. 

Martel,  professeur  d'allemand,  à  Troyes  :  —  Une  petite  statuette  en 
bron2e,  trouvée  dans  le  canal  des  Pharaons. 

MoREL ,  propriétaire  et  maire,  à  Baroville  :  —  Deux  pièces  de  mon- 
naies gauloises,  en  argent,  trouvées  à  la  Villeneuve-aa-Roi 
(Haute-Marne). 

KnfNB,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Des  œufs  de  colin  de  Califorme, 
pondus  en  domesticité  ;  —  une  poule  de  Lille  dite  de  Nan- 
gazaki. 

Prou,  artiste  peintre,  à  troyes  :  —  Des  fragments  de  vases  antiques, 
en  verre,  découverts  dans  la  rue  des  Cinq-Cheminées  ;  —  un 
petit  ornement  en  bronze,  indéterminé. 

BouRDiER,  soldat,  en  garnison  à  Troyes  :  —  Un  jeton  en  cuivre, 
représentsmt  un  guerrier,  avec  cette  légende  :  Aui  Cœsar^ 
aut  nihil, 

DEseiSBY,  propriétaire,  à  Saint-Parres-lès-Tertres  :  -^  Trois  «neiens 
fers  de  chevaux;  —  un  éclat  d'obus;  -*  une  amulette  russe, 
en  cuivre,  découverte  sur  le  territoire  de  Sainl-Parres;  — 
une  ammonite  et  cinq  coquilles  fossiles  de  la  craie;  —  une 
branche  de  frône  fasciée. 

La  Direction  des  Beaux-Arts,  ï  Paris  :  —  Une  gravure  représentant 
la  prise  de  la  Siiaala,  d'après  le  tableau  d'Horace  Vernet; 


304  L18TB  DIS  DORS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TROTBS. 

—  quinze  tableaux  provenaol  du  dépôt  des  moaéei  4b 
Louvre  : 

1*.  Antoine  Dieu  :  Départ  de  Jaeob. 

2*.  P.  Hignard  :  Le  grand  Dauphin  (copie  d  aprèi). 

3*.  Pietro  de  Cortone  :  Défaite  de  Dariut  (capt 
d*après). 

A:  Paul  Delaroche  :  Joa$  trouvé  par  JoiobeA. 

5®.  Van  Loo  (Louis-Michel)  :  Leduc  de PrasUM((i9fê 
d'après). 

6*.  Brune  (Adolphe)  :  Caîn  tuant  ion  frère  Ahel. 

1:  Ecole  d'Italie  :  Paytage, 

8*.  Paillot  de  Montabert  :  Diane  et  Enipnûm. 

9*.  Tiepolo  :  Dn  $aint  en  prièree. 
10^.  P.  Mignard  :  Sainte  martyre. 
M^.  P.  Mignard  :  Portrait  d'homme. 
12*.  Attribué  à  Rachel  Ruysch  :  Pleurs. 
iZ:  Ecole  d'Italie  :  xn«  siècle  :  DanU  et  Béatriee. 
14*.  Ecole  d'Italie,  xvu*  siècle  :  Paysage. 
15*.  Van  Loo  (Charles-Amédée- Philippe)  :  Aurm  i 
Céphale. 

L'abbé  Laour.  curé,  à  Pont  Sainte-Marie  :  — Six  fragments  de  ev- 
reaux  en  terre  émaillée,  portant  des  traces  de  légendes,  (h 
XVI*  siècle. 

H**  GouARO,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Deux  meules  de  morii 
gallo-romain  en  granit,  découvertes  sur  l'emplacemeot  de 
l'ancien  prieuré  de  Saint-Quentin  de  Ti-oyes. 

Blerzy,  inspecteur  des  lignes  télégrafihiques,  à  Troyes  :  — Deux  piècei 
de  monnaies  et  un  billet  (faux)  de  500  francs,  des  EtiH- 
Unis  d'Amérique. 

HOPPKNOT  (Auguste),  filateur,  à  Troyes  :  —  Le  moulage  en  pMt 
d'un  antétixe  en  terre  cuite  représentant  un  masque  k 
thédtre  antique,  trouvé  dans  sa  propriété  de  la  place  de  b 
Tour. 

Droubt  (Henri),  sous-préfet,  à  Joigny  :  —  Une  série  d'échandbii 
de  bois  fossiles,  provenant  de  la  forêt  enfouie  daoslettf* 
rain  tertiaire  de  Dixmont  (Yonne). 


USTB  DBS  DORS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TBOTBS.  305 

Nbtbu  (Arsënf),  receveur-buraliste,  à  Chesley  :  —  Une,  pièce  de 
monnaie  ancienne,  en  argent,  trouvée  à  Chesley. 

GuiLLiER,  membre  de  la  Société  Académique  de  TAube,  au  Havre  : 

—  Une  belle  suite  de  coquilles  marines  de  diverses  prove- 
nances ;  —  dix  espèces  de  cirriftèdes  ;  —  diverses  espèces 
d'animaux  rayonnes  ;  --   une  carapace  de  tortue  exotique; 

—  des  objets  de  toilette  et  d'industrie  de  Chine  et  d'autres 
pays;  —  des  objets  usuels  français  du  moyen  âge  et  de 
Tépoque  moderne,  parmi  lesquels  une  bonbonnière  peinte 
sur  émail  avec  garniture  en  argent,  une  botte  en  ivoire 
sculpté,  un  ancien  briquet  de  poche,  è  silex,  de  facture  ita- 
lienne, un  couteau  de  poche  du  siècle  dernier;  — douze 
médailles  modernes. 

L*abbé  Cbaumonnot.  professeur  au  Petit-Séminaire,  à  Troyes  :  — 
Un  objet  antique,  en  bronze,  à  trois  branches,  d'un  usage 
inconnu,  découvert  à  Troyes,  dans  les  remblais  de  l'ancien 
chemin  de  fer  ;  —  un  morceau  de  sculpture  en  marbre, 
provenant  de  Laines-aux-Bois. 

Laperouse  (Gustave)  2)f(^,  propriétaire, à  Troyes  :  —Un  grand  bronze 
portant  d'un  côté  l'effigie  d' Antonio,  et  de  l'autre  celle 
de  Marc-Aurèle,  trouvé  dans  les  fouilles  du  grand  hospice, 
à  Troyes, 

BuxTORF  (Emanuel),  ingénieur-mécanicien,  è  Troyes  :  —  Des  échan- 
tillons de  scoiies  et  de  cendres  de  la  dernière  éruption  du 
Vésuve  (mai  187:2). 

Maréchaux,  maire,  I  Créney  :  —  Un  fragment  de  vase  en  terre 
rouge,  dite  de  Samos,  trouvé  à  Créney. 

Bretagne,  entrepreneur,  à  Troyes  :  —  Une  def  ancienne,  en  fer, 
trouvée  à  Messon. 

Le  comte  Franck  de  Mesgrignt,  propriétaire,  au  château  de  Ville- 
bertin-Moussey  :  —  Un  tableau  h  l'huile  représentant  une 
vue  des  gorges  de  l'Allier  (Haute-Loire),  exposé  en  1872, 
sous  le  n*  10i95. 

DouiNE  (Ernest),  manufacturier,  à  Troyes  :  —  Une  petite  cuillère  an- 
cienne, en  bronze,  et  une  petite  clef  en  bronze,  trouvées  près 
de  l'usine  des  Moulins -Brûlés. 

?.  ixxn,  îO 


306  LISTE  DES  DONS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TEOTES. 

Blasson,  concierge,  à  Troyes  :  —  Six  monnaies  françaises  en  Mho, 
une  nlionnaie  allemande,  un  jeton. 

Ddmont,  élève  du  Séminaire,  à  Troyes  :  —  Un  peii(  vase  de  l'époque 
gallo-iomaine,  en  terre  rougeâtre;  —  une  clef  ancienne  ea 
fer,  trouvés  dans  des  fouilles  de  h  rue  Saint- Aventio,  ï 
Troyes. 

BouncuiGNAT  (Léopold),  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Un  double  Uwr- 
nois,  à  l'effigie  du  roi  Henri  III,  daté  de  1587;  —  n 
double  tournois,  à  l'effigie  de  Bourbon,  prince  de  Coodé;  — 
une  clef  ancienne,  en  fer,  trouvée  à  Chaource;  —  un  olie 
d  oiseau,  préparé. 

La  Commission  des  Hospices,  à  Troyes  :  —  Un  petit  pavé  d'une  forae 
particulière;  —  quatre  carreaux  émaillés,  du  xvi«  siède;^ 
un  fût  de  colonne  en  pierre;  —  divers  débris  de  |ibfem 
gallo  romaines  ;  —  six  grands  bronzes  et  un  petit  broue 
romain  ;  —  un  jeton  en  cuivre;  —  une  pierre  sculptée  figa- 
ralit  un  ange  soutenant  un  écusson  ;  -7-  une  pierre  sculptée 
portant  les  armes  dé  Jehan  Pineau,  chanoine  de  la  cathé- 
drale en  1620;  —  six  pieds  de  vases  en  verre  datant  de 
l'époque  gallo-romaine;  —  l'encadrement  en  pierre  sculp^ 
d'une  fenêtre  de  la  Renaissance,  de  la  fip  du  x\f  siècle, 
avec  la  grille  en  fer  et  les  volets  en  bois  sculpté.  Le 
tout  provenant  de  travaux  effectués  au  grand  hospice  de 
Troyes. 

JoFFnbv,  propriétaire,  ^  Chaource  :  —  Une  coquille  fossile  do  genre 
o$treay  trouvée  à  la  Chapelle*d'Oze. 

HEniÉ  (Gustave),  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Un  jelon  en  cuivre  di 
Louis  XIII  et  d'Anne  d'Autriche;  —  un  autre  jeton  à  l'efi- 
gie  de  Louis  XIV;  —  un  échantillon  de  minéralogie. 

PiARDON,  entrepreneur  de  déménagements,  à  Troyes  :  —  Un  étrier, 
un  mors  et  un  fer  de  cheval  d'une  époque  ancienne. 

CAitt\Ë  (Elie),  propriétaire,  à  fttachy  :  —  Un  œuf  de  poule  apnt  ose 
forme  anormale. 

QuiNQUARLET  (Félix),  manufacturier,  à  Troyes  :  —  Un  oiseau  paliu- 
pède  (le  grèbe  oreillard)  ;  —  trois  espèces  de  possons  de  h 
Manche;  —  trois  espèces  de  mollusques  mous  conserfâ 
dans  l'alcool;  —  qiiati*e  espèces  d'annélides  marins;  — 


LISTE  DES  DONS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TR0TB8.  307 

quatorze  espèces  d'échinodennes,  méduses  et  autres  rayon- 
nés;  —  douze  espèces  de  crustacés  marins  et  d'eau  douce  ; 
—  un  grand  nombre  d'arachnides  el  d'autres  insectes  de 
divers  ordres;  —  quelques  oursins  fossiles. 

Valtat  père,  scu1ptt>ur,  à  Paris;  —  Les  moulages  en  plâtre  d'un  bas- 
relief  de  Phidias,  le  grand  sculpteur  de  la  Grèce,  représen- 
tant une  bataille;  —  un  moulage  du  Christ  en  bronze  de 

Girardon. 

• 

G0U88IER,  jardinier,  à  Troyes  :  —  Deux  médailles  en  bronze,  trouvées 
à  la  Vacherie. 

Mathieu,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Une  loupe  de  prunelier;  —  un 
nid  de  frelon. 

Dblarocbette  (Emile),  propriétaire,  à  Troyes:  —  Une  ammonite  pro- 
venant de  la  carrière  de  Créney. 

Remono-Mabin,  cultivateur,  i  Villiers-Piney  :  —  Un  fer  de  cheval 
ancien;  —  une  pièce  en  argent  de  Louis  XIV;  —  six  mon- 
naies en  bronze  de  Henri  III. 

Latruffe  (Hilaire),  cultivateur,  I  Bergères  :  —  Une  coquille  fossile 
trouvée  à  Bergères. 

Huguier,  pharmacien,  à  Troyes  :  —  Une  stalactite  provenant  d'une 
grotte  des  Eaux-Bonnes  (Basses-Pyrénées)  ;  —  un  échan- 
tillon d'ardoises  pot  tant  des  cristaux,  provenant  également 
des  Basses-Pyrénees. 

PiANAZZi,  plâtrier,  à  Troyes  :  —  Un  échantillon  de  nickel  de  la  vallée 
de  la  Scsia,  et  trois  échantillons  de  locbes  du  nord  de 
l'Italie. 

Argence  0.  ^ ,  avocat,  à  Troyes  :  —  Une  pyrite  de  fer  d'une  forme 
curieuse,  provenant  de  la  craie  d'Âilibaudières. 

Bralê  (Louis),  employé  chez  M.  Journé,  I  Troyes  :  —  Une  hache 
polie  en  pieiTO  de  serpentine,  trouvée  près  du  Pont-Hubn  t, 
par  M.  Meunier;  —  une  médaille  et  une  muunaied'Henri  IV. 

Lasne  (Armand),  bonnetier,  à  Troyes  :  —  Un  camau  en  terre 
émaillée,  aux  armes  de  la  famille  de  Vienne,  de  Gérodot. 

Chanoine  (Anatole),  propriétaire,  à  Gérodot  :  —  Un  égagropile  pro- 
venant de  l'ebtomac  d'une  vache. 


308  USTB  DBS  DORS  FAITS  AD  MQSÉB  DB  TROTBS. 

Db  ViLLEMEREinL  (Arlhur)  0.  ^.  capitaine  de  frt^te,  à  Cberbow;: 
—  Onze  oiseaux  exotiques,  paimi  lesquels  on  remarqi» 
trois  espèces  d'albatros,  de  l'Océan-lndien  et  de  l'Ooéis- 
Pacifique,  remarquables  par  leur  taille,  un  fou  de  FOcéafi- 
Atlantique,  cinq  oiseaux  delà  Nouvelle-Calédonie  :~Deta 
cidnes  d'albatios;  —  un  poisson  de  mer,  préparé. 


Pour  copie  conjorme  au  regisire  éestimé  à  imam 
les  Dons  faits  am  Musée  de  TYofes. 


Troyci,  !•  14  dëoembre  187S. 


Jules  RAY, 

L'uo  dtt 


MERCURIALES 


DU  DEPARTEMENT  DE  L'AUBE 


Pendant  Tannée  1871 


La  Société  Académique  de  l'Aube  publie,  tons  les  ans,  depuis  rannée  1838» 
les  Mercuriales  du  département  de  l*Aube,  dressées  par  M.  le  Préfet,  eonfor- 
mémeot  aux  circulaires  miaistérielles  du  21  octobre  182  i,  et  du  5  mai  1859. 

Pour  les  Mercuriales  de  l'année  1818,  qui  D*ont  pas  paru  dans  le  Tolume  de 
cette  année-là,  elles  ont  été  imprimées  séparément  sur  des  feuillets  qui  doiTont 
être  ajoutés  à  la  fin  du  Tolume  de  1818.  —  Les  personnes  qui  désirent  se  pro- 
eorer  ces  Mercuriales,  penrent  les  demander  k  TArchiviste  de  la  Société. 


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Sarrasin. .  .  . 

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COMPARAISON 

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SOMMAIRE 


SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ  PENDANT  L'ANNÉE  1872 


Séance  du  49  Janvier  4872. 

Présidciice  de  M.  BOUTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  séance  réglementaire  du  29 
décembre  4874.  —  Discours  de  M.  Boutiot,  président  annuel. 
—  Découverte  h  Méry-sur-Seine  d'un  pot  de  terre  revêtu  d'un 
émail  bleu  et  fermé  par  une  simple  brique,  contenant  3,000 
médailles  romaines  du  troisième  siècle,  de  237  à  270,  trës-oxi- 
dées,  et  pour  la  plupart  de  mince  valeur,  communiquée  par 
M.  Hariot,  pharmacien  à  iMéry-sur-Seine,  membre  associé.  — 
Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  de  la  So- 
ciété. —  Mort  de  M.  de  Noël  de  Bùchères,  membre  associé»  et 
de  M.  de  Laquerrière,  membre  correspondant.  -^  Invitation  aux 
sections  de  dresser  un  programme  de  prix.  —  Observations 
thermométri  {ues,  par  M.  Meugy,  membre  résidant.  —  Etudes 
sur  la  Coutume  de  Troyes,  par  M.  Boutiot,  président.  —  Nomi- 
nation de  M.  Paul  Rousselot,  ancien  professeur  de  Philosophie 
au  Lycée  de  Troyes,  actuellement  inspecteur  d'Académie,  à 
Besançon,  comme  membre  correspondant.  —  Proposition  de 
M.  Gréau  et  de  M.  Vignes,  membres  résidants,  ayant  pour  but 
d'augmenter  le  nombre  des  membres  de  la  Société  Académique 
de  l'Aube.  —  Renvoi  de  la  proposition  à  l'examen  d'une  Com- 
mission. —  Scrutin  renvoyant  à  la  Commission  de  publication  : 
io  le  mémoire  de  M.  Meugy,  Sur  1rs  températures  observées  à 
trot/es  y  en  4870;  et  de  l'étude  de  M.  Boutiot,  sur  la  Coutume 
de  Troyes. 


320  SOniAllB   DBS   8&ARCB8   DB   LA   SOCftli 

Séance   du   46    Février   i87i. 

Préaideoce  de  M.  BOUTIOT. 

Lecture  du  procèf-verbal  de  la  séance  précédente.  —  N.Piid 
Rousselot  remercie  la  Socîélé  qui  Ta  oommé  membre  cornu- 
ponclant.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  M.  Charles  Ballet,  mnsàn 
résidant,  oflre  à  la  Société  :  4*  une  épreuve  des  bons  créés  par 
la  ville  pendant  la  guerre  de  4870-4874  (bons  de  4  franc,  àt% 
de  ?,  de  40,  de  20  et  de  50  francs);  2'»  un  bon  de  5  francs  de  h 
commune  de  Villencuve-rArcbevéque  (Yonne).  —  Dons  Msà 
la  bibliothèque  de  la  Société.  -»  A  propos  de  l'aurore  borrak 
du  4  février,  M.  Blerzy^  membre  résidant,  rappelle  en  qad.oci 
mots  la  théorie  de  M.  Larive  sur  les  aurores  boréales.  —  M.  k 
docteur  Vauthier,  membre  résidant,  est  nommé  cbe\alierdeli 
Légion-d'Honneur.  —  Rapport  sur  la  linguistlqoe  indo-eoro- 
péenne,  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  membre  résidant  — 
Rapport  de  M.  Boùtiot,  président,  sur  un  Règlement  depolict 
à  Bar-sur 'Seine  ^  publié  dans  l'Annuaire  de  Bar^sur-Seime^  ptf 
M.  Tabbé  Garnler,  membre  associé. 


Séance  du  45  Mars  4872. 

Prëtidcoce  de  M.   BOUTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance.  —  Annonce  de 
la  réunion  des  déli^gués  des  Sociétés  savantes  des  départements  i 
la  Sorbonne  pour  le  4^  avril  suivant.  —  Avis  de  l'ouverture  de 
rtxposilion  de  Lyon.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  fiùts  à  la 
bibliothèque  particulière  de  la  Société.  -»  Annonce  de  la  réaoiea 
du  Congrèt  scientifique  de  France^  à  Saint  Brleuc.  —  Rapportsar 
la  proposition  Gréau  et  Vignes ,  relative  à  l'augmentatioo  des 
membres  de  la  Société,  par  M.  Le  Brun-Dalbanne  —  Demande 
d'une  séance  spéciale  pour  eiaminer  la  proposition.  —  La  séance 
suivante  est  désignée.  —  Rapport  de  M.  Assollant,  membre  rési- 
dant, sur  le  livre  de  M.  Mannequin,  membre  correspondant,  ia- 
titulé  :  Le  problème  démocratique^  ou  la  politique  du  sens  corn- 
mnn.  —  Compte-rendu  par  M.  Charles  DesGuerrois,  inembif 
résidant,  de  deux  volumes  du  Bulletin  de  la  Société  delphtwde, 
dans  lesquels  il  note  des  articles,  l'un  sur  Lamartine,  et  l'antre  sar 


PBHBANT   l'année   1872.  321 

Clotilde  de  Survflle.  —  Rapport  de  M.  le  docteur  Yauthfer,  sur 
une  brochure  du  docteur  Jules  Chéron,  traitant  de  l'utilité  des 
courants  continus  dans  rinflammation ,  rengorgenient  et  l'hy- 
pertrophie de  la  prostate.  —  Autre  rapport  du  nrjême  M.  Vau- 
tbit'r  sur  un  article  du  docteur  Michel,  intitulé  :  Observation$ 
relatives  à  l'étude  sur  la  truffe.  —  Rapport  de  M.  d'ArLois  de 
Jubainville,  membre  résidant,  sur  un  peintre  de  Savoie,  nommé 
Joseph  Chabord,  élève  de  Regnault,  auteur  d'une  Transfigura^ 
tiatif  commandée  par  le  ministre  de  l'Intérieur  po»r  la  cathé- 
drale de  Troyes  (toile  de  4m  70  de  haut  sur  3°*  85  de  large),  vers 
1830,  et enioyée  parle  roi  Louis-Philippe.— Travail  de  M.  l'abbé 
Lalore,  professeur  de  théologie  au  Grand-Séminaire  de  Troyrs, 
flur  les  Riceys,  intitulé  :  lieciacus.  —  Renvoi  è  la  Commission 
de  publication  des  rapports  de  MM.  Assollant,  Des  Guerrois,  et 
du  travail  de  H.  l'abbé  Lalore. 

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Séance  spéciale  du  49  Avril  i87% 

Présidenoe  de  M.  BOUTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière  si^ance.  —  Eiamen 
de  la  proposition  Vignes  et  Gréau  pour  morlitlcations  au  règle- 
ment —  Second  rappo  t  de  M.  Le  Trun  Dali  annesnr  cette  pro- 
position. —  Discussion  cénérale  de  la  question.  —  Ohservations 
de  M.  Charles  Des  Guerrois  sur  ce  sujit. —  Rejet  de  la  proposi- 
tioot  Vignes  et  Gréau. 


Séance  ordinaire  du  19  Avril  4873. 

Présidence  de  M.  LE  PRtFET  DE  L'AUBE. 

Allocution  de  M.  Cambon,  préfet  de  l'Aube,  assistant  pour 
la  première  fois  à  une  séance  de  la  Société,  comme  Pré.^^ident 
d'honneur.  —  Annonce  d'un  envoi  en  province  de  plusieurs 
tableaux  du  Louvre  mis  en  dépôt.  —  Renouvellement  des 
membres  de  la  Commission  de  surveillance  du  musée  de  Troyes. 
—  Demande,  par  M.  le  Maire,  de  deux  tableaux  pour  son  cabi- 
net, en  remplacement  des  deux  qui  avaient  été  prêtés  par  la 
ville,  lors  de  l'exposition  de  48C0,  à  Troyes,  et  qui  ont  été 

T.  XlXfl,  21 


314  HKRCURULES   DO    DÈPIRTEIIEIIT  DE  L'iSK. 


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^niDÀlfT  t*AHlfftB  1871.  ^25 

CofDnet  sar  un  vase  étrusque  découvert  en  BeT^tpie ,  et  identi- 
quement semblable  à  celui  de  Pouan,  dont  il  a  fait  don  au  Mu* 
sée  de  Troyes.  —  Communication  verbale  de  M.  Araédée  Gayot 
sur  les  cavernes  de  Vertus  (Marne).  —  Découvertes  faites  dans 
les  déblais  du  chemin  de  fer  d'Orléans  à  Gh&lons,  si^rnalées  par 
M.  Blerzy.  —  Proposition  de  demander  à  M.  Bouteiller,  ingé- 
nieur en  chef  de  la  Compagnie,  les  objets  trouvés  dans  la  cir- 
conscription de  l'Aube. 


Séance  du  15  Novembre  é87i. 

Préstâence  de  M.  BODTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance  —  Promesse 
^VLT  M.  Slrodot,  doyen  de  la  Faculté  des  Sciences  de  Rennes, 
d'envoyer  Tannée  prochaine,  au  Musée  de  Troyes,  des  objets 
nritéhistoriques,  recueillis  par  lui  au  Mont-Dol  (lUe-et-Vilatne). 
—  Transport  dans  la  cour  du  Musée  d'une  fenfttre  en  pierre  de 
l'époque  de  la  Renaissance,  qui  se  trouvait  dans  le  mur  de  VH(^ 
tel'Dieu,  sur  la  rue  Boucherai,  donnée  par  la  Commission  des 
Hospices  de  Troyes.  —  Dons  faits  au  Musée  de  Troyes.  —  DépOt 
sar  le  bureau  du  Diciionnaire  topographique  du  département 
de  la  Meuse.  —  Découverte  de  plusieurs  petits  caveaux  d'une 
destination  inconnue,  à  la  suite  des  fouilles  faites  pour  les  ré- 
centes constructions  de  l'Hôtel-Dieu.  —  Lecture  par  M.  Le  Brun- 
Dalbanne  d'un  nr>émaire  composé  par  lui  sur  les  tableaux  du 
Louvre  récemment  altribués  au  Musée  de  Troyes.  —  Don  par 
M.  Valtat  père  au  Musée  de  sculpture,  du  groupe  Faune  et 
Dry^de^  exécuté  par  son  malheureux  fils,  mort  pendant  la 
guerre  de  1870-4871.  —  Don  par  le  même  M.  Valtat  de  l'unique 
moulage  eiistant  du  be&ulîhri^  de  Uirardon,  appartenant  à  l'é- 
glise Saint-Remi.  —  Lecture  par  M.  Charles  Des  Guerrois  de 
plusieurs  petits  poèmes  ^  sA  composition,  intitulés  :  Pofsies 
patriotiques.  —Compte-rendu  par  M.  Blerzy  de  lu  souscription 
pour  le  voyage  de  Gustave  Lambert  au  Pôle  nord ,  et  annonce 
d'une  réunion  des  membres  du  Comité  pour  donner  aux  fonds 
recueillis  une  destination  en  rapport  avec  le  but  primitif  de  la 
souscription.  —  Note  généalogique  sut*  la  maison  de  Vaudrey 
de  Saint-Phal,  trouvée  dans  un  livre  d'Heures  ayant  appartenu 
ftlafamHle,  et  communiquée  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville. 


326  SOVMAflB   DBS  SÉANCES   DB   LA   SOCIÉTÉ 

—  Détails  dODné^  par  M.  Quilliard  sur  la  nouvelle  carte  da  dé- 
partement de  TAube  en  projet  d'exécution  et  édifiée  par  le  Coa- 
seil  général.  —  Renvoi  à  la  Commission  de  publication  des 
Poésies  de  M.  Charles  Des  Guerrois, 


Séance  du   iO   Décembre   i872. 

Piéddenoe  de  M.  BOUTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance.  —  Dons  foiis 
au  Musée  de  Troyes.  —  Dons  à  la  bibliothèque  particulière  de 
la  Société.  —  Hommage  d'un  manuscrit  ayant  pour  titre  :  Mé- 
moire sur  la  Topographie  médicale  de  Iropes^  par  M  Picaid, 
docteur-médecin  à  Troyes,  hommage  fait  à  la  Société  AcaHé- 
mique  par  M.  le  docteur  Chéreau,  natif  de  Itar-sur-Seim»,  et 
résidant  à  Paris.  —  Renvoi  de  ce  travail  à  M.  le  di>cteur  Vao- 
thier  pour  en  rendre  compte  à  une  prochaine  séance.  —  Mo- 
tion honorifique  acconlée  à  M.  Thévenot,  membre  associé,  imt 
sa  Slalistiqup  agricole  du  canton  de  Ram^rvpt^  par  l'Acadéinii 
des  Sciences  de  Paris.  —  Envoi,  par  M.  Charles  Fichot,  membre 
correspondant,  4o  d'nne  reproduction  photographique  du  calqm 
de  la  verrière  représentant  le  sacre  de  Louis-le-B^gue,  placé 
dans  un  ancien  vitrail  de  Téglise Saint- Jean  de  Troyes;  2*  d'une 
description  détaillée  de  l'antienne  verrière.  —  Subvention  de 
200  francs  accordée  par  la  Société  au  Concours  d'animaux  gras, 
sur  la  demande  (le  M.  Dosseur,  —  Lecture  par  le  même  H.  Bos- 
seur d'un  travail  intitulé  :  les  laboureurs  au  XIX^  sièeU. 


Séance  réglementaire  du  i7  Décembre  i87i. 

Préaidenoe  de  M.  BOUTIOT. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance.  —  Composi- 
tion du  bureau  de  la  Société.  —  M.  Le  Brun-Dalbanne  nonmé 
vice-président  pour  l'année  4873  —  Renouvellement  des  bu- 
reaux des  quatre  sections  pour  4873.  —  Nomination  d^^s  mea- 
bres  de  la  Commission  de  publication  pour  4873  :  MM.  Gusta^ 
Huot,  Vauthler»  Vaudé  et  Jully.  —  Apurement  et  approbatkia 


PENDANT   l'àNNÊB    iSTS.  327 

des  comptes  de  M.  Emile  Socard,  trésorier,  pour  l'apnée  4872. 
—  Fîiation  du  budget  pour  4873.  —  Invitation  aui  sections  de 
réviser  le  plus  promptement  possible  le  programme  des  Con- 
cours. —  Allocution  de  M.  Boutiot  quittant  le  fauteuil  de  la  pré- 
sidence. 


Pour  txtnit  conlbniie 


Le  Trésorier  de  la  Société  faisant  fonctions 
de  Secrétaire, 

Imilb  Socaed. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


OONTENUES 


Dans  le  Tome  XXXVI*  de  la  collection  des  Mémoires 
de  la  Société  Académique  de  l'Aube. 


ANNÉE   1873. 

Pages. 

Recherches  sur  la  Juridiction  du  roi,  sur  celle  de  l'évêque 
dans  le  bailliage  de  Troyes,  et  sur  les  Coutumes  de  ce 
bailliage,  —  par  M.  Théophile  Boutiot,  vice- président. . .        6 

Les  Tableaux  des  inconnus  au  Musée  de  Troyes,  —  par 
M.  Le  Brun-Dalbanne,  membre  résidant 87 

Le  Problème  démocratique,  ou  la  Politique  du  sens  commun, 
par  Tb.  Mannequin,  Bruxelles,  1870,  —  par  M.  Assol- 
LANT,  membre  résidant IH 

Reciacus,  Les  Riceys  (Aube),  suivi  d'un  éclaircissement  géo- 
graphique sur  PauHactts  (Côte-d'Or),  —  par  M.  Tabbé 
Charles  Lalore,  professeur  de  théologie  au  Grand-Sémi- 
naire de  Troyes 125 

Du  projet  d'une  Réforme  de  l'enseignement,  par  M.  Bau- 
drimont,  —  par  M.  Assollant,  membre  résidant 199 

Météorologie.  —  Sur  les  Températures  observées  à  Troyes 
en  1871 ,  —  par  M.  Alphonse  Meugt,  membre  résidant ...     21 1 

Eschyle,  Xénophon  et  Virgile,  éludes  philosophiques  et  litté- 
raires, par  M.  Courdaveaux,  —  par  M.  Assollant,  mem- 
bre résidant 219 

M.  Charles  Delaunay,  membre  de  l'Institut.  —  Notice  né- 
crologique, —  par  M.  Emile  Sogard.  membre  résidant. .     233 

Etude  sur  Clotilde  de  Surville,  —  par  M.  Charles  Des  Guer- 
Rois,  membre  résidant 243 

T.  IIXTI.  ^ 


330  TABLB. 

Souvenirs  et  Impressions  —  1870-1871  —  par  îe  D' Arsène 
Vauthier,  membre  résidant ffi 

Le  Cheval,  esquisse  de  son  histoire,  —  par  M.  Le  Bboic- 
Dalbanne,  membFe  résidant « i85 

Poèmes  de  l'invasion,  —  par  M.  Charles  Des  Gusbrois, 
membre  résidant 291 

Liste  des  dons  faits  au  Musée  de  Troyes,  avec  les  noms  des 
donateur^,  pendant  Tannée  I87i 301 

Mercuriales  du  département  de  l'Aube  pendant  Tannée  1871 .    309 

Quantités  de  grains  vendus,  et  prix  moyen  par  quin- 
zaine     3i041î 

Comestibles  divers,  fourrages  et  combustibles îU 

.  Etat  des  récoltes  en  grains  et  autres  farineux,  faites  en 
1871,  dans  le  département  de  TAube 316 

Sommaire  des  séances  de  la  Société  pendant  Tannée  1873, 
—  par  M.  Emile  Sogard,  trésorier  de  la  Société 319 

Table  des  matières  du  tome  trente-sixième  des  Mémoires  de 
la  Société 39 


AVIS  AU  RELIEUR 


Pour  le  placement  des  Planches  dans  le  36*  volume  des  Mémoires 

de  la  Société  Académique  de  TAube. 


Pftges. 
Températures  observées  àTroyes,  en  1871,  —  par  M.  Meugy, 

—  planches  1  à  9 218 

Delaunay  de  l'Institut,  —  par  M.  Royer,  d'après  une  photo- 
graphie de  Reutlinger 233 


Gaillaorne  Pavée,  baron  de  Yendenvre,  —  gravé  par  M.  Re- 
gnault, 

à  placer  dans  le  38«  volume,  année  1871 207 


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1874 


SOCIÉTÉ  ACADÉMIQUE 


DU 


DÉPARTEMENT  DE  L'AUBE 


MÉMOIRES 

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SOCIÉTÉ  ACADÉMIQUE 

D'AGRICULTURE 

DES  SCIENCES,  ARTS  ET  BELLES-LETTRES 
DU   DÉPtRTEIEIT  DE  L'kUlE 


TOyS  UKVII  DE  U  COLLECIIOH 
TOHB   X.  —  TROISIÈME  SÉRIE 


ANNÉE 

1873 

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TROYES 

DDFOtJR-BODQUOT,  IHFBIIIEUK  DE  U  SOCIÉTÉ 
Km  notre-Duu,  u  tt  » 


CHARTES 


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L'ABBAYE   DE   MORES 

(aube) 

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M.  L*ABBË  CHARLES  LALORE 
ProliBsseiir  de  Théologie  au  Grand-Séminaire  de  Troyea. 


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INTRODUCTION 


§1"- 

Les  Cihartes  de  Tabbaye  de  Mores. 

Les  dMirtes  originales  de  l'abbaye  de  Mores  sont  perdnet. 
A  Tépoque  où  fut  ordonné  le  transport  des  archives  bm« 
nastiques  au  che{*lîeu  de  département,  les  chartes  de  Mores 
ont  été  soustraites  et  ne  sont  pas  arrivées  jusqu'à  Troyes. 
Mais  providentiellement,  au  xvn*  siècle,  le  P.  Vignier  avait 
tiré  une  copie  de  la  plupart  de  ces  chartes;  recueil  préeieui 
qui  se  trouve  à  la  Bibliothèque  nationale,  fonds  français^ 
manuscrit  5995«  Nous  publions  ces  pièces  au  nonlire  de 
cent  trente-neuf  (1).  La  plus  ancienne  est  la  charte-notice 
de  fondation  de  Tan  1 1 52  ;  quarante-cinq  pièces  {^ppar- 

■ni   I  iir I    ■    '  w  I  ■   1 111       »■      Il  ijii     II    I  tf  I   i>   nti    iTiH)    imi   niwi»i|i^     »||  >    m   gi^^ti  w 

(1)  Dana  oa  nombre  figurent  f{aelq«ts  i^àftes  queaeaaaioiM  i^oii*- 
tées  pour  «ompléter  le  recueil  du  P.  Vignier. 


6  CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   MORES. 

tiennent  à  la  seconde  moitié  du  xii^  siècle  ;  quatre-Tingt-^x 
au  xiii^  jusqu'à  Tan  1279;  deux  au  xiv*  siècle  ;  enfin  nota 
donnons  l'indication  de  quelques  autres  documents. 

Ainsi  nous  restituerons  en  partie  les  archives  de  Tabbaye 
de  Mores  ;  nous  comblerons  une  lacune  importante  dans  les 
documents  monastiques  des  Archives  de  l'Aube  ;  et  doqs 
ouvrirons  à  Thistoire  une  source  de  rcnseignemeats  authen- 
tiques. 

§n. 

Emplacement  de  l'abbaye  de  Mores. 

L'abbaye  de  Mores  fut  connue  primitivement  sous  k 
nom  de  Domm  de  Moris^  —  de  Mooris^  —  Morarum, 
—  More,  —  Mor.  Il  est  facile  de  comprendre  rorigine  de 
ce  nom  :  Mor  a,  —  Morus^  —  Fons  morosus^  en  latin; 
Moore  en  anglais  ;  Moor  en  allemand  ;  Moer  en  flamand, 
signifient  en  français  marais,  lieu  marécageux  (1).  Le  mm 
de  Mores  s'imposait  donc  comme  naturellement  à  cette  ab- 
baye, qui  était  construite  près  des  fontaines  et  du  marais  où 
la  More  prend  sa  source;  les  trois  têtes  de  Maures  qui 
forment  les  armes  de  Tabbaye  ne  sont  donc  qu'un  jen 
de  mots  (2);  et  il  n'y  a  qu'une  interprétation  mysliqœ 
dans  rinscription  qu'on  lisait  au-dessus  de  la  porte  du  cha- 
pitre :  a  Hic  locus  est  morum.  »  On  voit  encore  entre 
Celles  et  Landreville,  sur  la  route,  deux  maisons  qui  ont 
conservé  le  nom  de  Mores  :  ce  soût  les  restes  de  notre 
abbaye. 

(1)  Cfr.  DncANQE.  Glossar,  v*  Mora,  —  Eist  angl,  script.,  t  H. 
Glosa,  Londres,  1652,  —  et  notre  charte  n»  47,  de  pratis,  terris  et 
moiîs. 

(2)  On  trouve  en  France,  au  moyen-âge,  les  armoiries  parlantes, 
et  dès  le  xvi'  siècle  les  jeux  de  mots  dans  les  enseignes  :  TaUtaye  de 
Pontigny  avait  un  pont  dans  son  blason;  l'abbaye  de  Gorbie,  un  cor- 
deau... 


CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   MORES.  7 

Rouget  écrivait  en  1772  :  «  Le  monastère  de  Mores  est 
situé  dans  un  vallon  riant  et  agréable  qui  produit  de  bons 
grains  ;  les  coteaux  garnis  de  vignes  offrent  un  aspect  gra- 
cieux. Les  deux  villages  de  Mores  et  des  G  ranges- de-Mores 
(à  ce  dernier  se  rattachaient  les  Granges  de  Presle  et  du 
Fragne)  forment  une  communauté  de  la  recette  de  Bar-sur- 
Seine.  La  justice  appartient  à  Tabbaye  et  ressortit  au  bail- 
liage de  Bar.  En  tout  onze  feux,  sur  TOurce.  » 

Au  commencement  du  xii"  siècle,  Mores  était  une  petite 
paroisse,  avec  une  église  paroissiale  dépendant  des  cha- 
noines de  Saint-Denis  de  Reims  (1).  Près  de  Mores  se  trou- 
vait la  paroisse  de  Vilenesse  (détruite  maintenant),  avec  une 
église  paroissiale  qui,  dès  l'an  iiOl  et  en  1145,  apparte- 
nait à  Tabbaye  de  Molême  (2)  ;  à  Test  existait  Landreville, 
annexe  de  la  paroisse  de  Loches  (Geoffroi,  évéque  de 
Langres,  étant  à  Clairvaux,  donna  Loches  et  Landreville  à 
Tabbaye  de  Montiéramey  (3),  sur  la  demande  faite  par 
saint  Bernard);  à  Touest  de  Mores  était  le  village  de  Celles 
{Sela^  Seles)^  annexé  à  la  paroisse  de  Merrey  [Mairiacus^ 
Jtferriacns)  :  dès  Fan  1101 ,  Celles  et  Merrey  dépendaient  de 
l'abbaye  de  Moléme,  conmie  il  ressort  d'une  charte  de  Robert, 
évéque  de  Langres  (4)  ;  un  pont  sur  TOurce  mettait  l'an- 


(i)  Chartes  de  Mores,  no  i, 

(2)  Villa-nissa,  Ven^losa,  Velonissa,  Yilenessa,  Velenessa  (Archiv. 
Côte-d'Or,  charte  de  Tévéque  Robert  en  1101,  origin.  Moléme; 
Gallia  Christ,  t.  IV,  Instr.  col.  150.  —  Bulle  d'Eugène  III,  xini 
kalend.  decemb.  1145,  origin.  Molême^  carton  17.) —  On  a  retrouvé 
des  substructions  de  ce  village  au  nord  de  l'abbaye  de  Mores  sur  le 
versant  de  la  colline  et  dans  le  vaUon  qui,  maintenant,  sont  plantés 
de  vignes. 

(3)  Archiv.  Aube.  Origin,  Montiéramey  et  Cartul.  Montiéramey, 
fol.  83  ro. 

(4)  Archiv.  Côte-d'Or.  Origin.  Moléme,  —  Nous  croyons  que  le 
manuscrit  dont  nous  nous  sommes  servi  pour  les  Anciens  Pouillés, 
p.  60,  n.  130,  était  fautif.  Celles  n'a  pu  être  succursale  de  Polisot 
que  momentanément. 


8  CHAftTIS   DB   l'aBBATS   DB   IfOBBB. 

Bexe  et  l'église  mère  en  commuoicatioQ.  Uiloii,  eoaite  de 
BaT'-sur-Seine,  Hélissende,  sa  femme,  et  Gaudier,  kor 
fils,  affranchirent  en  1210  les  religieux  de  Molêoie  de  tiHit 
drmt  de  péage  au  pont  de  TOurce  et  sur  le  chemin,  le  jonr 
de  la  foire  de  Merrey  (1). 

An  commencement  du  xii*  siècle,  Robert,  seigneur  it 
Ricey,  tenait  en  fief  d'Anséric  de  Chacenay  la  quatrième 
part  de  la  lerre  de  Mores  ;  vers  Tan  1 1 1 0,  du  coBBentemenl 
d'Apféric,  il  U  donna  à  Tabbaye  de  Slolême,  ainsi  ^'un 
mansm  à  Yilenesse  (2).  Plus  tard,  l'abbaye  de  Molè-ne  ce* 
dera  à  celle  de  Mores  tout  ce  qu'elle  possédait  sur  le  teni- 
toire  de  Mores* 

L'abbaye  de  Itères  était  de  TOrdre  de  Giteao^  et  de  U 
filiation  de  Clairvaux,  Elle  faisait  partie  du  diocèse  de 
L^gres,  de  Tarchidiaconé  du  Laçois,  et  du  doyenné  de 
9ar-^ur^ine  (3). 

§111. 

Pondat^on  de  l'abbaye  de  Mores* 

(l'ioitiatiye  de  la  fondation  de  Tabbaye  de  Mores  est  due 
à  saint  Bernard,  Il  choisit  pour  la  nouyelle  colonie  qu'il 
voulait  détacher  de  Clairvaux  la  vallée  tranquille  de  l'Ouroe  ; 
dans  ces  parages,  assez  loin  de  toute  autre  abbaye,  mie  fii- 
mille  monastique  pouvait  vivre  et  se  développer  libr^nent. 

(i)  ArchiY.  G6te-d'0r.  Origin.  Molëme. 

Çl)  l«c  Cartul.  MoUme,  fol.  54  ro. 

^)  Dans  la  seconde  moitié  du  xii«  siède,  la  chef-lieu  an  dajwd 
de  Bar-sur  Seine  fut  transporté  à  Vendeuvre,  tandis  qu'un  autre  chef* 
Uea  de  doyenné  eràtait  à  Chfttilion,  ou  4  la  Chaume,  c'est^-dire  anx 
deux  extrémités  de  Tarchidiaconé  du  Laçois.  —  En  1124,  Mnnaré 
^tait  doyen  de  Bar-sur-Seine,  comme  il  résulte  d*une  charte  ds 
Quifues  de  Briel  en  faveur  de  i'ahbaye  de  BeauUeu,  du  diocèse  de 
Tr^ya*  (Bibliot.  Nation.  F.  Frimc.  5995,  fol.  42  ^)i  Mainard  portait 
le  titre  d'archiprétre  en  1116.  (Chr<mic.  S.  Pétri  Vûnu> 


CHARTES   DE  l'aBIATE   DE  MORES.  0 

Des  Tan  1151,  saint  Bernard  obtenait  des  chanoines  de 
Saint-Denis  de  Reims,  par  Tentremise  de  l'archevêque 
Sanson,  la  petite  église  paroissiale  de  Mores,  sise  près  de  la 
More  ;  il  y  installa  cette  année  même  des  religieux  de  Clair- 
Taux.  En  même  temps,  il  faisait  appel  à  la  charité  des 
seigneurs  de  la  contrée  qui  prodiguèrent  leurs  biens  à  Tab- 
baye  naissante.  Lorsque  notre  saint  mourut,  le  20  août  1 1 53 , 
il  put  voir  sa  nouTelle  maison  assise  et  prospère  ;  déjà  ses 
propriétés  s'étendaient  dans  les  vallées  de  TOurce  et  de 
TArce,  du  levant  au  couchant  ;  entre  Vendeuvre-sur-»Barse 
et  Mussy-sur-Seine,  du  noi^d  au  midi.  Nous  allons  analyser 
la  charte-notice  de  fondation  dont  la  rédaction  paraît  se 
rapporter  à  l'an  1 152,  elle  nous  fait  connaître  et  les  fonda- 
teurs de  l'abbaye  et  ses  propriétés  primitives  : 

Anséric  de  Chacenay,  avec  l'approbation  d'Humbeline, 
sa  femme,  et  de  Jacques,  son  fils,  donne  à  l'abbaye  tout  ce 
qu'il  possédait  au  finage  de  Mores. 

Jacques  de  Chacenay,  avec  l'approbation  d'Agnès,  sa 
femme,  donne  sa  part  dans  la  Terrefranche  de  Chervey. 

Gui,  comte  de  Bar-sur-Seine,  du  consentement  de  ses 
enfants,  Milon  et  Guillaume,  donne  ce  qu'il  avait  au  finage 
de  Mores.  Petronille,  épouse  du  comte,  confirme  cette  do- 
nation et  accorde  de  plus,  à  l'abbaye^  la  rivière  d'Ource  sur 
le  finage  de  Mores.  La  même  comtesse  donne,  pour  le  re- 
pos de  Tâme  de  son  mari  Gui,  et  de  ses  enfants  Milon  et 
Guillaume,  tout  ce  qui  leur  appartenait  dans  la  Terrefranche 
de  Chervey. 

Agnès,  comtesse  de  Bar-sur-Seine,  donne,  pour  le  re- 
pos de  l'âme  du  comte  Milon,  son  mari,  sa  part  dans  la 
Terrefranche  de  Chervey. 

Thomas  de  Bar,  avec  l'approbation  de  sa  fenmie  Uduarde, 
de  ses  enfants  Richard,  Baudouin,  Thomas,  Herbert, 
Hugues,  de  sa  fille  Adeline,  et  de  son  frère  Herbert-le-Gros, 
donne  la  forêt  Bréhard. 


10  CHARTES   DE   l'aBBATB   DE   HORBS. 

Hildier  de  Vilenesse,  avec  TapprobatioD  de  sa  femme 
Florette,  et  de  son  fils  Milon,  donne  tout  ce  qu'il  possédait, 
depuis  Tabbaye  de  Mores  jusqu'au  pont  de  Celles. 

Gui,  abbé  de  Montiéramey,  du  consentement  de  son  dâ- 
pitre,  donne  par  la  main  de  Bernard,  abbé  de  Claimux, 
la  terre  appelée  Montmoyen,  sur  le  finage  de  Qierrey, 
aux  confins  des  finages  de  BertignoUes  et  d'Eguilly. 

Milon  de  Chervey,  avec  l'approbation  de  sa  femme 
Elisabeth,  de  sa  fille  Laurette,  et  de  son  frère  Eyrard,  doime 
ses  terres  de  Montmoyen. 

Herbert-le-Gros,  avec  l'approbation  de  sa  femme  Aimette, 
donne  tout  ce  qu'il  possède  à  Montmoyen. 

Mahaut  de  Chervey,  avec  l'approbation  de  ses  enCa^ 
Evrard  et  Thibaut,  donne  tout  ce  qu'elle  possède  à  Hoot- 
Moyen. 

Glérembaud  de  Ghappes,  avec  l'approbation  de  sa  femme 
Hermengarde,  abandonne  tout  ce  qu'il  tenait  sur  la  gnioge 
de  Montmoyen,  et  sur  le  territoire  de  Ghervey. 

Haimon  de  Briel,  avec  l'approbation  de  sa  femme 
Saracène,  et  de  ses  enfants,  donne  ses  prés  de  LandreviUe. 

Arnaud,  abbé  de  Pothières,  du  consentement  de  soo 
chapitre,  donne  toute  la  terre  que  possédait  Fabbaye  de 
Pothières  sur  le  finage  de  Mores  et  au-delà  de  TOurce,  jus- 
qu'au pont  de  Celles. 

Hugues  de  Magnan,  avec  Tapprobation  de  sa  fenmae 
Reine,  et  de  Philippe  de  Bar,  donne  sa  terre  de  Montabout 
et  de  Valroux,  et  ses  prés  sur  Ghervey. 

Payen  de  Juvancourt,  avec  l'approbation  de  Thomas, 
son  fils,  donne  ce  qu'il  possédait  à  Bligny. 

Jobert  de  Verpillières  et  Etienne  Lechat,  avec  Tappro- 
bation  de  leurs  femmes  Adehne  et  Riais,  et  de  leurs  e&- 
fants,  donnent  leur  bois  de  Fouchères. 

Etienne  de  Villeneuve  et  Gui,  prévôt  de  Bar,  domient 


CHARTES    DE   l' ABBAYE   DE   MORES.  il 

toutes  leurs  terres  m  valle  Hildieri^  jusqu'au  finage  de 
Landre  ville. 

Herbert  de  Vilenesse,  avec  Tapprobation  de  ses  enfants 
Razon  et  Hugues,  et  de  sa  fille  Mabaut,  donne  toute  la  terre 
qu'il  possédait  au  finage  de  Mores,  depuis  Landreville  jus- 
qu'au pont  de  Celles. 

Beuve  de  Magnan  et  Gilbert  de  Chacenay  donnent  les 
prés  qu'ils  tenaient  de  Milon  de  Cbervey. 

Hugues  de  Magnan  donne  toute  la  terre  qu'il  possédait, 
depuis  la  vigne  Josepb  jusqu'au  finage  de  Celles,  à  Teicep- 
tion  des  prés. 

L'abbé  de  Molême,  du  consentement  de  son  chapitre, 
abandonne  la  part  de  la  dîme  qu'il  revendiquait. 

Cette  charte  nous  fait  connaître  les  fondateurs  de  l'ab- 
baye de  Mores  ;  les  autres  bienfaiteurs  et  leurs  donations 
sont  désignés  dans  les  chartes  suivantes  ;  endn,  Tobiluaire 
rappelle  principalement  le  souvenir  des  bienfaiteurs  mo- 
dernes. 

Les  constructions  de  l'abbaye,  suivant  Tobituaire  (1), 
auraient  été  achevées  au  mois  de  septembre  1153,  et  le 
huit  de  ce  mois,  jour  de  la  Nativité  de  la  Sainte-Vierge, 
aurait  eu  lieu  la  bépédiction  du  monastère,  sous  le  vocable 
de  la  Nativité.  11  est  probable  que  Tancienne  église  de  la 
paroisse  de  Mores  servit  pendant  quelque  temps  à  Tabbaye 
naissante.  Dans  la  suite,  les  religieux  construisirent  une 
vaste  et  belle  église  qui  répondait  mieux  aux  besoins  de  la 
commimauté.  C'est  au  19  novembre,  d'après  le  martyrologe 
de  1408,  que  se  faisait  l'anniversaire  de  la  Dédicace  de  cette 
église  (2). 


(i)  Ch.  XI,  n.  23. 
(2)  Gh.  vu,  n.  8. 


12  caiins  db  l'amatb  m  mobu. 


§IV. 

Les  granges  de  Tabbaye  de  Mores  &  partir 

de  sa  fondation. 

Selon  les  usages  de  Citeaux^  toutes  les  propriétés  dont 
nous  venons  de  parler  plus  haut  furent  bientôt  divisées  en 
plusieurs  groupes  qui  avaient  pour  centre  un  établissecneoi 
agricole  nommé  Grange.  L'abbaye  de  Mores  avait  db 
granges  dans  la  première  moitié  du  xiii*  siècle. 

1 .  La  Grange  de  F  Abbaye  était  située  près  du  monas- 
tère, au  sud-ouest. 

2.  La  Grange  de  Montmoyen  (Monsmedius),  dite 
plus  tard  la  Grange-au-Bois,  sur  le  finage  (|e  Qiervey  et 
sur  les  confins  des  finages  de  BertignoUes  et  d^Egdliy, 
existait  dès  Tan  1165. 

3.  La  Grange  de  F  Epine  (Spina),  près  de  la  chapdle 
de  Sainte-Beline,  sur  les  finages  de  Loches  et  de  Landre- 
viUe,  existait  en  1182. 

4.  La  Grange  de  Fragne  (Frascina),  sur  le  finage  de 
Landrevilie,  existait  en  1182. 

5.  La  Grange  de  Vilteneiwe-au-Chêne  (Grangia  de 
Ouercu),  existait  avant  l'an  1200  (1)  ;  en  1210,  les  reli- 
gieux de  Mores  réunirent  à  cette  grange  Tancienne  BfaisoiH 
Dieu  de  la  Villeneuve  qui  leur  fut  vendue  par  Tabbaje  de 
Morment  (diocèse  de  Langres);  ils  possédaient  aussi,  à  li 
Villeneuve,  le  Moulin  du  Chêne,  sis  près  de  la  Beccacière. 

6.  La  Grange  de  Belle/leur  (Billeforia,  Billefuer),  sur 
les  finages  de  Longpré,  Bligny  et  Meurville,  dépendait ,  aa 


(i)  La  Charte  de  commune  fut  donnée  au  village  de  ViUeoeoie- 
au-Gh6ne  en  4255 ,  par  Jean  de  Durnay,  seigneur  de  Veodeafre. 
(Vallet  de  ViriyiUe.  Archives  hi8tor.  de  l'Aube,  p.  302). 


GHAftTBS   DE   L  AlBAYB   DE   MORES.  13 

> 

moins  en  partie  de  Fabbaye  de  Mores  avant  1200  ;  les  reli- 
gieux en  achetèrent  la  jouissance  totale  en  1210. 

7.  La  Grange  du  Moulin- GatTiier  (Molendinum  Gar- 
nerii),  avec  un  moulin,  fondée  en  1205,  entre  Buxières 
et  Chervey,  lieu  dit  Entre-les-Deux-Chemins  (inter  duos 
caminos). 

8.  La  Grange  de  Montchevretnl  (Montchevrel),  sur  le 
fijaage  des  Loges-Margueron,  avec  un  étang  et  une  tuilerie, 
existait  dès  Pan  1206. 

7.  La  Grange  de  Mores  (Grangia  de  Moris),  près  du 
moulin  Huon  à  Montsuzain  (canton  d'Arcis-sur-Aube), 
existait  ayant  Tan  1225. 

10.  I^a  Grange  de  Brué  (de  Brueriis),  sur  le  finage 
de  Longpré,  existait  aussi  dans  la  première  moitié  du 
Xiii*  siècle. 

11.  En  1197,  Milon,  comte  de  Bar-sur-Seine,  permit 
aux  religieux  de  construire  un  moulin  sur  TOurce,  où  plus 
tard  ils  édifièrent  un  pont  et  la  ferme  dite  de  Mores. 

D*autre9  oentres  d'exploitation,  formés  à  une  époque 
ph»  moderne,  sont  désignés  plus  bas  dans  les  cbartes  de 
Mores,  n*"  139.  A  l'exception  de  quelques  propriétés  épanes 
au  loin,  les  biens  de  Tabbaye  étaient  concentrés  dans  les 
riches  vallons  bornés  au  nord  par  Yendentre,  au  midi  par 
Mussy-^ur-Seme^  à  Test  par  la  forôt  de  Clairraux^  et  à 
Touest  par  la  Laigne  et  la  Seine. 

Dans  l'introduction  au  Cartulaire  de  Boulancaurt^  nous 
avons  parlé  de  la  nature  des  biens  des  abbayes  dstel*- 
ciennes  et  de  l'exploitation  des  granges  (f). 

(1)  Qi.  ni. 


14  CHARTES   DE    l' ABBAYE    DE   MORES. 


§v. 

La  propriété  de  Mores,  du  XIY«  siècle 

ao  XVIII*. 

Nous  ayons  rappelé  dans  le  Cartulaire  de  Boukh 
court  (l)  les  causes  générales  du  dépérissement  de  la  pro- 
priété foncière  dans  les  abbayes  cisterciennes  dès  la  fin  du 
xui*  siècle.  Ce  furent  :  Taugroentation  de  la  valeur  nomi- 
minale  des  monnaies  et  la  diminution  du  pouvoir  commer- 
cial de  l'argent  ;  Texploitation  des  granges  et  autres  Liefli 
confiée  à  des  fermiers  séculiers,  les  frères  convers  venant i 
manquer;  Tabolition  du  servage;  et  enfin  les  guerre. 
L'abbaye  de  Mores  vit  ses  revenus  diminuer  considérable: 

ment  sous  l'influence  de  ces  causes  générales  et  ioéri- 
tables. 

A  la  vérité,  les  monastères  de  l'ordre  de  Cîteaux  joas- 
saient  de  nombreux  privilèges  qui  leur  assuraient  rioH 
munité  de  certaines  charges  extraordinaires.  Le  Pape 
Innocent  II  les  avait  exemptés  de  payer  les  dîmes  ecclé- 
siastiques (2),  et  ils  avaient  obtenu  la  même  exemptioQ 
pour  la  dime  Saladine.  Cependant,  à  part  cette  dernière  ex- 
ception, l'ordre  de  Ctteaux  contribua  généreusement  aux 
taxes  pour  la  délivrance  de  la  Terre -Sainte  et  ses  religieux, 
en  qualité  d'aumôniers,  accompagnèrent  les  années  (les 
Croisés  (3).  En  1296,  l'ordre  de  Qteaux,  seul,  osait  résis- 
ter à  l'avidité  et  aux  exactions  de  Philippe-le-Bel  et  refusa  de 
payer  la  maltote;  mais  il  finit,  en  1297,  par  êtreécra» 
dans  cette  lutte  inégale.  En  1298,  il  payait  une  Douvelle 
dtme  et  une  lettre  écrite  de  Compiègne,  le  23  février  \î^ 

(1)  P.  65. 

(2)  Lenain,  Histoire  de  CiteauXy  1. 1,  p.  254. 

(3)  StaU  Ord.  Cisterc.  an  1212, 1316. 


CHARTES    DE   l'aBBATB   DE    MODES.  15 

(v.  st.)^  par  Jean  de  Sancy,  abbé  de  Clairvaux^  annonce  la 
levée  de  deux  autres  dîmes;  ce  n'est  qu'au  mois  de  sep- 
tembre 1312  que  le  roi  exempta  les  monastères  cister- 
ciens de  toutes  les  dîmes  qui  pourraient  être  levées  à  l'ave- 
Djr  (1).  Toutefois,  les  impôts  ordinaires  ne  furent  pas  dimi- 
nués ;  par  exemple,  nous  lisons  encore  dans  un  document 
du  xiv*  siècle  (2),  parmi  les  noms  des  abbayes  qui  doivent 
«  charroy  au  Roy  »>  toutes  les  fois  qu'il  va  en  guerre,  en 
quelque  lieu  que  ce  soit  :  a  L'abbaye  de  Mores  :  un  char- 
»  riot  tout  atelé  de  chevaux.  »  En  1527,  nous  trouvons 
Anatole  de  Courcelles,  procureur  de  l'abbé  de  Mores  au 
concile  de  Lyon,  pour  régler  les  impositions  relatives  à  la 
délivrance  des  enfants  du  roi  François  P'  (3);  c^est  pour  suf- 
fire à  cette  imposition  que  l'abbaye  de  Mores  aliéna  les  fiefs 
du  Grand  et  du  Petit-Montchevreuil,  les  revenus  de  Fou- 
chères  et  une  partie 'du  bourg  d'Essoyes  (4).  —  Enfin, 
chaque  monastère  cistercien  payait  une  contribution  an- 
nuelle proportionnée  à  ses  revenus,  pour  les  besoins  com- 
muns de  tout  rOrdre.  D'après  le  tableau  de  la  taxe  renou- 
velé en  1683,  l'abbaye  de  Mores  devait  payer  5  livres  (5). 
En  outre,  les  monastères  cisterciens  étaient,  de  temps  en 
temps,  imposés  extraordinai rement  pour  venir  en  aide  à 
quelques  maisons  de  l'Ordre,  dont  l'état  financier  menaçait 
faillite. 

Telles  sont  les  causes  principales  qui  ont  contribué  à  la 
diminution  progressive  des  revenus  de  l'abbaye  de  Mores  et 
nécessité  la  vente  de  plusieurs  biens,  la  grange  de  Mont- 
suzain,  celle  de  la  Villeneuve-au-Chéne,  les  maisons  de 
Troyes...  D'un  autre  côté,  les  pouillés  prouvent  cette  dimi- 


(1)  MiGNB.  Patrol.  lat.  CLXXXV,  col.  1844, 1851  et  1918,  note. 

(2)  Bibliot.  Troyes,  manuscrit  321,  p.  59. 

(3)  Martème.  Thea.  nov.  Anecd.j  col.  414  —  G. 

(4)  CouRTÉPÉE,  t.  IV,  p.  432,  2»  édit. 

(5)  Traité  hUtor,  du  Chapitre  génér.  de  Citeauœ^  p.  200. 


16  CBABTfiS   DE   l'aBBATB   DB    MOUS. 

Bution  progressive  :  dans  le  pouillé  de  149S,  Tabba^ed 
taxée  à  300  1.  (1);  le  pouillé  de  1648  porte  le  nm 
à  10,000  1.;  celui  de  1672  à  6,000  h;  celui  de  113! 
à  4,300  1.  On  ne  comptait  alors  que  six  religieui.  noya 
atait  plus  que  trois  et  le  prieur  nommé  Bourlioux ,  locsfK 
la  Rétolution  éclata. 


§  VI. 

Etat  de  Tabbaye  et  de  ses  constroettoss 

aa  XYII«  siècle. 

Trois  documents  suffisent  pour  nous  Êiire  connaître  FéU 
matériel  de  Tabbaye  et  de  ses  constructions  ;  nous  les  0^ 
toBS  sans  commentaire  sous  les  yeux  du  lecteur. 

I*  —  «  Enchères  en  1633  pour  la  réparation  de fali- 
baye  de  Mores  (2)  : 

1*  Refaire  deux  pilliers  des  chapellés-à  dextrcelà»- 
nestre  du  cœur,  ensemble  deux  fenêtres  de  Téglise  ; 

2"  Refaire  à  neuf  les  quatre  arcs-boutants  de  régGsefc 
côté  du  chemin  ; 

3"  Démolir  la  plupart  de  la  muraille  et  corniche  Je  i 
gallerie  de  devant  le  grand  portail,  ensemble  deuxarcafe 
qui  sont  au  dedans  de  ladite  gallerie,  et  refaire  le  tout  a 
neuf; 

4*  Jeter  à  bas  le  coin  de  la  muraille  du  dortoir  da  h^ 
en  bas  et  la  refaire  à  neuf,  et  ce  du  côté  du  jardin  de  h  ni»' 
son  abbatiale  ; 

5*  Réparer  plusieurs  endroits  des  murailles  etpilli^^^ 

clottre  et  refaire  à  neuf  une  arcade  ; 

■  •--  -   — ■ —  -  —  -^      '  '  ' 

(i)  Gh.  Lalore.  LetimdeHspoMléêdmpaimsteiiMif^^ 
diocèse  de  Troyes  en  iSOi,  p.  54. 
(3)  Arddv.  Aube.  —  Moreé. 


CHARTES   DE   l'aBBATE   DB   MORES.  17 

6^  Réparer  tout  à  neuf  quarante  toises  de  murailles  qui 
séparent  le  cimetière  de  la  maison  abbatiale,  d 

IL  —  Nous  lisons  dans  un  dénombrement  du  duché  de 
Bourgogne  en  1665(1)  :  «Mores.  M.  François-Charles  Cossé 
de  Brissac,  abbé,  ordre  de  Citaux,  six  religieux,  deux  novi- 
ces, l'église  et  les  bâtiments  en  ruine,  collation  royale.  La 
métairie  de  Presie  et  Fraigne  relève  de  la  terre  et  juridic- 
tion de  Mores.  Cette  abbaye  n'a  plus  que  l'enclos  et  deux 
fermiers;  pont  ruiné  par  les  guerres.  Il  n'y  a  plus  que  cinq 
remises,  tant  dans  l'enclos  que  dans  la  métairie  ;  les  fermiers 
assistent  aux  offices  de  l'église.  Les  religieux  tiennent  la 
ferme  du  Fraigne,  les  terres,  bois,  et  le  franc-alleu,  la 
haute-justice;  les  terres  dites  les  LanJes  de  Mores,  les  ma- 
rais, et  jusqu'au  moulin  Bruyartoù  ils  ont  un  garde-justice. 
L^arpent  de  terre  vaut  30  livres  dans  le  vallon,  et  l'ouvrée 
de  vignes  25  livres.  » 

III.  —  Extrait  d'un  procès-verbal  de  l'état  de  l'abbaye 
dressé  le  16  mars  1686(2): 

«  La  cuisine  et  le  réfectoire  viennent  d'être  reconstruits. 
Le  réfectoire  se  compose  de  deux  grandes  croisées  prenant 
jour  au  midi,  au  bout  duquel  il  y  a  une  chambre  pour  les 
hostes  avec  une  cheminée.  Au-dessus,  cinq  chambres  pour 
les  hostes  et  un  grenier  au-drssus,  le  tout  au  midi.  Un  jardin 
nouvellement  construit  contenant  douze  carrés^  avec  un  ca- 
nal qui  règne  dans  toute  la  longueur  dudit  jardin  avec  un 
pont  pour  communiquer  à  un  enclos  et  verger  où  se  trouve 
une  allée  en  quinconce,  où  le  prieur  a  fait  planter  plus  de 
six  cents  pieds  d'arbres.  Les  deux  basses  voûtes  de  l'église 
qui  aboutissent  au  cloître  ont  été  recouvertes,  mais  les  deux 
autres  du  côté  du  couchant  sont  en  très-mau\ais  état  et 
menacent  ruine  ainsi  que  leurs  arcs-boutants  ;  Téglise  qui 

(i)  Archiv.  Côte-d'Or. 

(2)  Archiv.  Aube.  —  Mores. 

T.  xzzvii.  2 


16  CHARTES   DE   l'aBBATE   DE   MOBBS. 

est  un  très-beau  vaisseau,  est  en  mauvais  état^  ainsi  qoe  k 
cloître  et  les  chambres.  Le  revenu  n'est  que  de  1,600  L 
pour  la  mense  des  religieux  selon  leur  déclaration.  La  a- 
crisUe  est  très-pauvre  et  en  mauvais  état. 


§V1I. 

à 

Visite  de  l'abbaye  de  Mores  en  1744. 

Nous  extrayons  le  récit  suivant  du  joiiroal  de  (km 
Guiton,  visiteur  des  abbayes  cistercien ues  de  la  fiiittioo 
de  Clairvaux  : 

«  Le  lundi  matin  treizième  juillet,  nous  partîmes  de 
Tabbaye  de  La  Rivour,  accompagnes  de  dom  Housset,  soi0> 
prieur  de  Tabbaye  de  Mores,  qui  avait  été  envoyé  au-devuit 
de  nous  dès  le  samedy,  et  de  dom  Gabriel  Georgeon,  reli- 
gieux de  communauté  à  Boullancour,  et  arrivâmes  audit 
Mores  sur  les  onze  heures.  On  voit  sur  la  porte  d'entrée, 
faite  du  temps  de  dom  Foyot,  prieur  cy-devant,  les  armes 
de  la  maison,  qui  sont  trois  testes  de  Maures.  On  les  voit 
aussy  en  d  autres  endroits  ;  entre  autres  sur  le  Iiaat  de 
quelques  pilliers  de  Téglise,  au  septentrion,  crosse  et  mitre 
au-dessus. 

La  cour,  les  jardins,  les  murailles  à  hauteur  d'appuy,  les 
claires  voix,  le  petit  bâtiment  voisin,  le  pignon  du  doricHt 
au  midy  sont  du  temps  et  par  les  soins  dudit  dom  Foyot, 
aussy  bien  qu'un  fameux  pillier  du  dedans  de  Téglise,  et  b 
charpente  et  couverture  rétablie  en  entier  de  ladite  église. 

Les  caves  voAtées,  les  greniers  dessus  qui  sont  au  cou- 
chant, les  écuries,  la  ménagerie,  le  cabaret,  sont  de  Tatleo- 
tion  et  du  temps  de  dom  Jacques  Mol. 

Le  portail  de  Téglise  est  l'ancien,  bien  voûté^  de  la  lar- 
geur de  l'église.  11  parait  que  sous  iodui,  dans  Tépêsseur  de 


CHARTES   DE    l' ABBAYE   DE    MORES.  19 

la  muraille  de  Téglise  sous  ledit  portail,  il  y  a  eu  uu  tom- 
beau, par  l'arcade  qui  y  est.  L'église  est  grande,  belle  et 
élevée.  Au-dessus  de  la  grande  porte  d'entrée  est  une  gal« 
lerie  dans  Tépaisseur  du  mur,  qui  communique  aux  deux 
côtés  de  l'cglise.  Elle  est  très-malpropre,  occupée  dans  la 
nef  par  de  vieux  bois  en  poutres  et  autres,  des  tonneaux 
neufs,  et  aussy  au-dessus  de  la  barrière  de  bois,  par  des 
tonneaux  neufs.  11  y  a  dans  la  nef  trois  tombes,  au  pied  d'un 
degré  de  pierre  qui  est  de  la  largeur  du  milieu  de  l'église; 
il  parait  qu'elles  ne  disent  par  leur  inscription  rien  qui  soit 
considérable.    Derrière  les   places    de   M.  l'Abbé   et  de 
dom  Prieur  il  n'y  a  ni  autel  ni  chapelle,  mais  deux  vieux 
tableaux  en  pièces.  On  distingue  sur  Tun  le  Baptême  de 
Notre  Seigneur  par  saint  Jean,  au-dessus  duquel  est  écrit  sur 
un  cœur  rougi  : 

Omnia  vincit  amor. 
Filiushic  pompas  dignatur  temnere  secli, 
Diligit  hic  Pater.  Hic  omnia  vincit  Amor, 

Le  chœur  est  antique  et  malpropre  ;  il  y  a  quatorze  sièges 
de  chaque  côté,  non  compris  les  quatre  du  dossier.  On  y 
voit  deux  bons  psaultiers,  avec  le  supplément  qui  est  rare 
depuis  une  trentaine  d^annces.  La  place  de  l'abbé  à  vêpres 
est  distinguée  de  celle  du  prieur,  comme  partout  ailleurs, 
même  à  Clairvaux  avant  le  renouvellement  du  chœur,  de- 
puis environ  douze  ans,  dans  lequel  la  simmétrie  et  le  coup- 
d'œil  ont  décidé  contre  le  bon  usage  et  la  raison.  Il  y  a 
quatre  cloches  dans  l'église.  Dessous  et  au  pied  du  presby- 
tère trois  tombes  de  front,  sur  l'une  desquelles  on  lit  : 
Monseigneur  de  Chacenay  ;  une  autre  plus  bas,  tirant  au 
chœur,  où  les  religieux  assistent  en  coulies  blanches  à  la 
messe,  et  en  scapulaires  et  chaperons  noirs  aux  autres  of- 
fices. Ils  ne  se  trouvent  pas  beaucoup  fatigués  de  se  lever  à 
six  heures  pour  aller  à  l'église  réciter  matines,  même  en 
toute  saison.  Sur  le  second  degré  du  presbytère  est  un  aigle 
en  cuivre,  sur  la  banJe  qui  soutient  le  livre  est  gravé  :  In 


20  CHiUtTBS   DE   l'abbaye   DE   MORES. 

Principio  erat  Verbvm^  et  Verbum  erat  cqmd  Deum,  Ai 
bas,  dans  le  tour  du  pied  :  Ânno  Domini  i  506/1^  Jomim 
Cossart  sacrista. 

Dans  le  sanctuaire  à  droite,  ouvrages  vieux  de  mâud- 
serie,  qui  sont  comme  à  Clainraux,  quatre  sièges  :  pour  k 
célébrant,  le  second  qui  ordinairement  n'est  pas  occupé  pir 
respect  pour  le  célébrant,  le  siège  du  diacre,  et  celuy  de 
sous-diacre.  Les  accoudoirs  ainsy  que  les  sièges  desceodeni 
par  degrés;  celuy  du  prêtre  est  le  plus  éleyé,  le  second  m 
peu  plus  bas,  le  troisième  plus  bas,  le  quatrième  plus  bas. 
Ces  quatre  sièges  sont  des  coffres,  dont  la  couverture  qui  se 
lève  et  baisse  fait  le  siège. 

Vis-à-vis,  tout  près  la  parois  est  une  tombe  sur  quatre 
piltiers.  Au-dessus  on  a  peint  sur  le  mur  Jésus-Cbrist  es 
croix,  qui  d*une  main  embrasse  saint  Bernard  qui  &X  am 
pieds  de  la  croix.  Ce  miracle  est  arrivé  dans  cette  abbaye  et 
HoreSy  aussy  est-il  encore  représenté  sur  toile  dans  on  fort 
grand  tableau  qui  fait  le  rétable  du  grand  autel,  qui  eâ  le 
seul  sur  lequel  on  célèbre  les  messes.  La  pierre  n'en  est  pis 
consacrée  ;  il  y  a  seulement  un  marbre  assez  long,  mus 
point  assez  large,  élevé  au-dessus  de  la  grande  pierre  de 
Tépaisseur  de  deux  pouces,  ce  qui  est  incommode  et  fort 
dangereux.  Aux  bases  des  deux  hautes  colonnes  dudit  graid 
autel  on  voit,  à  celle  du  côté  de  l'évangile  les  armes  de 
saint  Bernard,  sculptées,  surmontées  de  la  crosse;  à  l'autre, 
un  écusson  sans  crosse,  des  armes  avec  les  lettres  F.  N.  D. 

Derrière  le  grand  autel  est  la  sacristie,  fort  malpropre  et 
mal  assortie.  De  Tancienne  sacristie  qui  est  belle  et  bonne, 
on  a  fait  un  des  beaux  fruictiers  qui  se  voye,  qui  n'a  pas 
d'autre  entrée,  que  par  Tancienne  porte  au  dedans  de 
Téglise,  car  j'en  ai  vu  tirer  et  porter  par  l'église  des  fruits 
et  des  bouteilles  de  vin  qu'on  y  met  dans  le  sable.  Dans  k 
nouvelle,  on  voit  une  belle  ancienne  croix  d'argent  proœf» 
fionale,  négligée,  car  elle  est  conune  noire  ; 


CHARTES   DE   l'aBBATB   DE  MORES.  21 

Un  petit  reliquaire  d'argent ,  crasseux.  II  y  a  :  D^  Sca 
Vinceniiaj  tma  de  XI  millium  virginum. 

Un  petit  buste  de  plomb,  coloré,  que  Ton  dit  contenir  le 
chef  de  Sainte  Béline.  Je  fus  curieux  de  le  voir;  et  pour  cela 
le  mardy  quatorzième  juillet  mil  sept  cent  quarante-quatre, 
fête  de  Saint  Bonaventure,  docteur  de  l'église,  environ  les 
deux  heures  après  midy,  se  sont  transportés  derrière  le 
grand  autel  de  l'abbaye  de  Mores,  dom  Sylvain  Thomas , 
prieur,  dom  Nicolas  Housset,  sous-prieur  et  sacristain-curé; 
dom  Madroux,  procureur,  et  dom  Grasset ,  .dépensier,  tous 
quatre  qui  composent  la  communauté  de  Mores,  aussi  le 
R.  P.  abbé  régulier  de  Marcilly,  et  dom  Gabriel  Georgeon, 
avec  celuy  qui  écrit  cecy,  qui  est  religieux  de  communauté 
à  Glairvaux  ;  et  ayant  décloué  la  planche  de  bois  qui  ferme 
ledit  buste,  nous  y  avons  trouvé  un  sac  de  toile  renfermant 
différents  ossements  de  tête  et  autres,  avec  cette  inscription 
sur  parchemin  :  Caput  Beline  virginis.  On  a  remis  le  tout, 
et  recloué  la  planche  au  même  état,  sans  faire  de  procès- 
verbal. 

Dans  la  première  chapelle  qui  du  sanctuaire  tourne  à  la 
sacristie  ancienne,  devenue  cave  et  fruictier,  on  voit  sur 
Tautel  une  figure  en  pierre  de  saint  Bernard,  tenant  sur  sa 
main  droite  un  livre,  et  sur  le  livre  une  église,  le  chaperon 
attaché  à  la  coulle.  Au  côté  de  l'évangile,  on  voit  dans  la 
muraille  un  monument  en  pierre  qui  porte  en  haut  :  Pus 
mambus  Joannis  Bapt.  Largentier  de  Chapelaines, 
Abbatis  hujus  Morensii  cœnobii,  cujus  hoc  lapide  cor  te- 
gitur^  cadaver  gentili  conditam  sepulchro  est.  Andréas 
Stegler^  amico  et  decessori  sua  mœrens  pomit.  Au-dessns 
de  cet  écrit  un  cœur  rougi  ;  au-dessous  :  Ohiit  anno  1617, 
tertio  idus  AugusH:  œtatis  suœ  33 .  —  Au  bas,  écusson  entre 
deux  lauriers  qui  porte  trois  chandeliers,  surmonté  au  mi- 
lieu d'une  crosse  en  dehors.  C'est  apparemment  un  parent 
de  nos  Messieurs  Largentier,  Denys  et  Claude,  oncle  et  ne- 
veu, abbés  l'un  après  l'autre  inunédiatement  de  notre 


22  CBARfBS   DB   l'ABBATB   DB   IfOEBS. 

maison  de  Clairvaux.  On  Yoit  encore  ses  armes  à  la  ve6ttèi 
cloître  près  de  l'église,  et  à  un  pillier  boutant  de  Téglise» 
septentrion  et  au  couchant.  Au  pied  de  cette  chapdk, 
deux  tombes  Tune  au-dessus  de  Tautre. 

De  l'autre  côté,  au  septentrion,  on  Toit  de  grtnfe 
Tieiltes  armoires  ferrées,  dans  lesquelles  sont  pluseon 
boëtes  longues,  fermées  d'une  plancbe-conlisse,  qoî  coih 
tiennent  les  tiltres  de  Tabbaye  ;  deux  tombes,  une  pierve 
élevée  sur  quatre  petites  pierres,  c'est  une  danoe  dont  la 
tèle  sur  un  coussin,  un  ange  de  chaque  côté,  aux  pids 
lyon  et  chien  ;  une  tombe  qui  (ait  le  perron  d'un  tbrs  de 
l'escalier,  bien  grossier,  de  l'église  au  dortoir. 

Le  dortoir  est  passable,  mais  les  cellules  sont  mal  meu- 
blées, et  il  n'y  a  pas  de  lieux  nécessaires.  Le  prieur  est  asseï 
commodément,  ayant  jours  au  letaot,  et  au  midy  par  ose 
fenestre  qui  descend  a  fleur  de  terre  et  a  une  aTance  ea 
saillie  au  dehors,  ornée  d'un  grillage  de  fer  i  hauteur  d'ip- 
puy.  11  communique  par  un  escalier  de  bois  aux  chambres 
d'hôtes^  qui  sont  peu  de  choses,  d'un  simple  plancher  sur  h 
cuisine,  la  dépense,  la  salle,  et  une  autre  salle,  où  Ton  Toit 
une  petite  armoire  qui  renferme  :  quantité  de  vieux  linge  àmà 
on  fait  grand  usage  ;  deux  volumes  in-folio  du  dictionnaire 
de  la  Bible  par  le  R.  P.  Calmet^  abbé  de  Sénones,  bénédic- 
tin, Congrégation  de  Saint- Vanne  ;  deux  autres  supplénmits 
in-folio  audit  dictionnaire  par  le  même  autheur;  trois  vo- 
lumes in-quarto  qui  sont  des  dissertations  ou  prolegomcm 
sur  l'Ecriture  Sainte  par  ledit  R.  abbé  de  Sénones  ;  autn 
in-quarto,  style  criminel. 

Les  degrés  du  dortoir  au  cloître  sont  partie  noiiTeaux  et 
partie  anciens.  On  voit  au  bas  sur  la  gauche,  sous  la  petite 
école^  une  longue  et  large  tombe  sur  laquelle  une  longoe 
crosse,  y  est  écrit  :  Dominus  Johannes  Morel  de  CeUm^ 
Aàbas  de  Morts ^  anno  M""  D"  XXX".  Dans  le  même  en- 
droit il  y  a  encore  quatre  tombes,  dont  deux  en  long,  deux 
en  travers.  On  lit  sur  Tune  qui  porte  une  figure  de  moine  : 


CHABTB8   DB   l'aBBATB   DB   MOBBS.  23 

Sistet.f.  Bertrandus  in  isio  sepulc,  (Icy  la  tombe  est  ro- 
gnée par  le  bas)...  Prions  anno  1534.  JReçmescat  in 
pace.  Sur  Tautre  :  Cy  gist  frère  Jehan  Rouz  en  son  vivant 
prieur  et  moine  de  f abbaye  de  céans,  et  fut  mort^  etc.. 
sans  figure. 

Les  cloîtres  sont  jolis,  voûtés  hors-d'œuvre,  et  soutenus 
par  de  bons  pilliers;  un  puits  au  milieu  du  preybaut  où  il 
y  a  plusieurs  amandiers.  Le  chapitre  est  joli,  voûté|  à  deux 
pilliers  ;  on  en  a  fait  une  vignée,  il  est  plein  de  cuves  et  de 
tonneaux.  Dans  le  cloître  de  collation  est  une  tombe  vers  la 
place  du  milieu,  qui  a  une  figure  de  moine  qui  joint  les 
mains.  On  lit  autour  :  Ci  gist  vénérable  persorinedom  Jehan 
Joban^  religieux  et  procureur  de  céans,  lequel  trespassa 
Pan  MDxxvii. 

Au  sortir  de  l'église,  dans  le  clottre,  au  conmiencement 
de  lallée  de  la  collation,  est  un  tombeau  sous  arcade  dans 
la  muraille.  Au  bout  de  ladite  allée,  autre  tombeau  sous  ar- 
cade dans  la  muraille,  au-devant  et  sur  lequel  est  sculpté 
une  figure  de  moine  en  buste  ;  le  reste  du  tombeau  n'a  pu 
être  vu  à  cause  d'une  pille  de  planches  qui  le  bouche  à 
moitié.  Au  sortir  de  Téglise,  dans  l'allée  du  clottre  au  cha- 
pitre, sur  la  gauche,  &utre  tombeau  sous  arcade,  dans 
l'ép^iisseur  de  la  muraille.  Tous  sans  inscription. 

L'armoire  où  anciennement  les  religieux  conservaient 
leurs  livres  pour  leur  lecture  qui  se  faisait  en  commun  dans 
te  cloître,  est  un  endroit  voûté  dont  on  a  fait  une  dépense, 
d'où  on  entre  dans  un  cabinet  bien  obscur  qui  a  une  petite 
lucarne  sur  le  cloilre. 

Les  religieux  de  Mores  conservent  encore  plus  de  six  cents 
pièces  de  vin  dans  différentes  caves  de  M.  le  Commenda- 
taire,  toutes  belles  et  bien  voûtées,  dans  lesquelles  on  voit 
les  armes  d'un  abbé  en  1618.  Au  haut  d'une  grande  porte 
d'une  des  cours  de  M.  le  Conmiendataire,  on  lit  :  Non 
mihi  sed  posteris  ;  avec  des  ^trmohries  surmontées  d'ua^ 
crosse. 


24  CHARTES   DB   l'aBBATE   DB   MORES. 

Dans  leur  jardin  ils  ont  un  colombier,  un  grand  et  no 
petit  réservoir.  A  l'entrée  de  la  maison,  près  le  cabaret  (1), 
est  une  belle  eau  de  fontaine  où  on  puise  pour  les  religieux. 
Plus  bas  et  près  de  leur  moulin  on  construit  un  pont  de 
pierre  qui  leur  reviendra,  dit-on,  à  plus  de  mille  écus. 

La  communauté  de  Mores  a  droit  et  est  dans  Tusage  et 
députer  un  d'entre  eux,  c'est  ordinairement  le  prieur,  aox 
Etats  de  la  province  de  Bourgogne,  qui  se  tiennent  tous  \es 
trois  ans  dans  la  ville  capitale,  Dijon. 

11  y  a  du  linge  fort  propre,  même  damassé,  pour  la  taUe 
des  hôtes,  trois  services  complets.  Mais  le  grand  et  le  sed 
autel  de  l'église  en  manque,  même  du  commun,  aussi  bien 
que  de  propreté. 

Le  prieur,  dom  Sylvain  Thomas,  parait  homme  de  bien, 
zélé  pour  rétablir  cette  maison,  où  il  y  a  trois  religieux.  Les 
femmes  de  ménage  entrent  aussy  dans  Tintérieur  de  b 
maison. 

Le  mercredy  quinzième  juillet  1774,  fête  de  nos  saints 
martyrs  Eutrope,  Zozime,  Bonoze^  et  un  quatrième  dontoi 
n'a  jamais  sçû  le  nom,  nous  partîmes  sur  les  cinq  heures 
du  matin,  M.  l'abbé  de  Marcilly  et  moy  suivis  de  son  do- 
mestique, de  l'abbaye  de  Mores,  et  nous  rendismes  en  cdk 
de  Clairvaux  sur  les  dix  heures  et  demie  ;  en  sorte  quen 
étans  partys  le  onzième  may,  nous  avons  employé  dans 
notre  tournée  deux  mois  et  quatre  joiurs  (2).  » 


(1)  Dès  l'an  1 182,  un  statut  cistercien  permet  de  vendre  en  gm 
du  vin  à  un  séculier  qui  le  vendra  au  broc  dans  un  bâtiment  dé^eù- 
dant  du  monastère,  mais  situé  à  l'extérieur.  Presque  toutes  les  m^ 
sons  cisterciennes,  dès  la  fin  du  xiii*  siècle,  avaient  de  ces  débits  de 
vin  ou  tavernes  {tabemœ).  Un  statut  de  1270  règle  que  les  religieux  ae 
pourront  mettre  en  vente  dans  leurs  cabarets  que  du  vin  de  leur  cH, 
et  il  défend  de  recevoir  des  femmes  et  des  joueurs.  (D.  llirtène. 
Thés.  nov.  anecd.^  t.  IV,  col.  1254  et  1433.) 

(2)  BibUot.  Nation.  F.  Franc.  23,474,  fol.  52  vo. 


CHARTES   DB   l'aBBATE   DB   M0BB8.  25 


§  vin. 

La  bibliothèqoe  de  l'abbaye  de  Mores  en  1746. 

Nous  croyons  utile  d'extraire  de  la  relation  de  dom  Guiton 
ce  qui  regarde  la  bibliothèque  de  Tabbaye  de  Mores.  La  me- 
sure de  conservation^  prise  par  le  visiteur  en  faveur  de  cette 
bibliothèque,  montre  la  coupable  incurie  des  religieux 
au  xviii*  siècle,  et  fait  pressentir  quels  forts  les  moines  ont 
pu  causer  à  la  science  après  lui  avoir  rendu  tant  de  services 
signalés.  Car  il  faut  Tavouer,  l'état  déplorable  dans  lequel 
se  trouvait  la  bibliothèque  de  Mores  en  1746  était  l'état  de 
l'immense  majorité  des  bibliothèques  et  des  archives  des 
établissements  religieux  à  la  même  époque  ;  et  on  peut  dire 
en  général  que  la  Révolution  a  fait  moins  de  tort  à  ces  pré- 
cieuses collections  de  manuscrits  antiques  que  la  négligence 
barbare  des  moines  oublieux  de  Tesprit  de  leur  vocation. 

Dom  Guiton,  visiteur  des  maisons  de  la  filiation  de  Clair- 
vaux,  parti  de  Clairvaux  le  jeudi  1*'  septembre  1746,  après 
avoir  visité  plusieurs  abbayes  du  diocèse  de  Sens,  arriva  à 
Troyes  le  22  septembre,  où  il  resta  un  jour  et  demi.  Pen- 
dant son  séjour  dans  notre  ville,  il  alla  aux  Antonins  (1),  et  le 
supérieur  commandeur  lui  fit  voir  leur  pauvre  bibliothèque. 
u  Comme  je  lui  parus  surpris,  dit  le  même  visiteur»  que  je 
»  ne  remarquasse  pas  dans  sa  bibliothèque  des  livres  rares, 
»  il  me  répondit  que  l'usage  parmi  eux,  de  leurs  petites 
i>  communautés^  était  que  celles  où  il  se  trouvait  de  ces 
»  livres  rares  et  importants,  les  envoyaient  à  l'xVbbaye, 
»  c'esl-à-dire  à  la  maison  du  chef  de  leur  ordre^,  Saint- 
»  Antoine  à  Vienne.  » 

Dom  Guiton  partit  de  Troyes  pour  se  rendre  à  l'abbaye 
(1)  Le  Petit-Séminaire  actuel.  Voir  notre  notice  sur  les  Antonins. 


26  CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   MORES. 

de  Mores,  avec  rintention  de  mettre  en  pratique  l'usage  da 
Anlonins.  <i  Dans  l'abbaye  de  Mores,  dit-il,  il  y  a  qnelqno 
»  manuscrits  en  vélin  et  des  imprimés  assez  bons.  Je 
»  conseillai  au  prieur  et  religieux  d'en  user  pour  Qar- 
»  vaux,  corpme  je  viens  de  marquer  qu^en  usent  les  Aokh 
»  ni'stes  pour  leur  chef  d'ordre,  plutôt  que  de  laisser  perèc 
»  ces  livres  par  la  poussière  et  la  pourriture,  qui  à  la  fa 
»  seraient  condamnés  au  feu.  Il  ne  m'a  pas  paru  eloigié 
D  de  faire  ce  quu  je  lui  inspirais.  » 

Quelque  temps  après,  les  religieux  de  Mores  suivireit 
cette  bonne  inspiration,  et  remi  ent  à  Tabbaye  de  Clairam 
leurs  manuscrits  et  leurs  imprimés  qui  avaient  le  p\m  et 
valeur  et  qu'ils  ne  jugeaient  pas  nécessaires  à  la  comou- 
nauté. 

c  Les  prieur,  religieux  et  communauté  de  Mores,  étHt 
convenus  que  leurs  livres  manuscrits  et  imprimés  éUiot 
dans  la  situation  où  je  les  ay  trouvés,  comme  je  leurs  ay&, 
et  marqué  cy-dessus,  plutôt  à  leur  déshonneur  qu'à  aucone 
utilité,  m*ont  cédé  et  donné  pour  Clairvaux,  en  imitant  h 
Pères  Antonistes,  et  suivant  la  bonne  et  éqtiilable  raisot, 
les  livres  cy  après,  scavoir  : 

i .  Un  manuscrit  en  vélin,  qui  comprend  d'abord  la  vie 
de  notre  Père  Saint  Bernard,  laquelle  commence  :  «  Hx 
cumin  ordine  filiorum  tertium  Bernard  umhaberet  in  utero^i 
elle  est  entière.  —  c  Miracula  ejus.  »)  —  «  Sermo  de  eoden 
in  anniversario  depositionis  ejus.  ^  —  a  Sermo  novos  ex 
veteri,  S.  Hyjario  Arelatensi  episcopo  de  B.  Honorato,  oiia 
editus  ;  et  dttractis  versibus  aliquantis,  ad.  B.  Patris  ntfln 
memoriam  assumptus,  cùm  offerre  se  ipse  videretur  »  com- 
mence :  «  In  memoria  aeternâ  justus  Domini  constitutus.  > 
—  «  Alia  miracula  ejusdem  in  Germania.  »  —  «  LittffC 
de  canonisatione  ejusdem.»  —  «  Passio  B.  marlyris  Seb«5- 
tiani  et  martyrum  qui  cum  eo  passi  sunt  Rome<|  die  xuj  ji- 
nuarii  »  en  dix-huit  feuillets  ;  cette  Vie  ou  Passion  n'est  pii 
entière. 


CHARTES   DB   l'aBBATB   DE   MORES.  27 

2«  Un  autre  manuscrit  en  vélin  qui  n'a  pas  de  ceuyer- 
ture.  —  Au  commencement  :  «  Sunt  Epistole  Beati 
Bernard!,  satis  et  plusquam  satis  et  relique.  »  —  «  Epis- 
tola  cccxvu  ad  S.  Malachiam,  »  pour  la  dernière  ;  puis  une 
autrç  commencée  d'une  colonne  et  demie. 

3  •  Autre  manuscrit  en  vélin .  Ce  sont  les  quatre  Homélies 
entières  de  saint  Bernard  a  super  Missus  est.  »  La  préface 
a  De  libero  arbilrio.  »  —  «  De  diligendo  Deo.  »  —  De 
laude  nove  militie.  »  —  «  De  precepto  et  dispensatione.  d 

—  a  Liber  apologeticus.  »  —  «  Super  humilitatis  gradibus.  » 

—  «  De  consideratione.  »  —  «  Vila  S.  Malacbie  et  sermo 
totus  de  eodem.» 

4.  Autre  manuscrit  en  vélin,  sans  couverture,  les  pre- 
miers feuillets  manquent.  Sur  la  première  colonne  du 
douzième  feuillet  on  lit  :  «  Explicit  liber  secundus  de 
claustro  materiali,  n  les  troisième  et  quatrième  livres 
suivent,  à  la  fin  desquels  pn  lit  :  a  Explicit  liber  magistri 
Hugonis  de  claustro  materiali  et  de  claustro  anime.  » 

5.  a  Sermo  B.  Bernardi,  abbatis  Clarevallis,  super  sex 
circunstaniiis  adventus  Domini;  et  les  suivants  :  u  de 
Tempore  ;  de  Sanclis  usque  ad  Assumptionem  »  inclusive- 
ment. 

6.  Autre  beau  manuscrit  sur  vélin,  les  premiers  feuil- 
lets manquent.  On  voit  à  la  fin  du  sixième  :  «  Sermon  sur  le 
Cantique  des  Cantiques  »  et  les  autres  jusqu'au  quatre- 
vingt-sixième  inclusivement. 

7.  Autre  beau  manuscrit  sur  vélin  :  «  Sermones  Gille- 
berti  super  Cantico  Canticorum. 

8.  Autre  manuscrit  sur  vélin.  C'est  un  Martyrologe 
avec  la  Règle  de  notre  Père  saint  Benoist  et  plusieurs  autres 
choses  à  la  fin.  Dans  ce  Martyrologe,  il  est  marqué  qu^il  a 
été  fait  en  1408  :  «  Anno  Domini  m^'ccgg''  et  octo  hoc  fuit 
factum  et  completum,  »  il  commence  par  la  Vigile  de  la 
Nativité  de  Notre  Seignem*  Jésus-Christ,  mais  le  feuillet  en 
est  déchiré.  Le  second  commence  :  «  xv""  Galendas  januarii, 


28  CHARTES   DB   L^ ABBAYE   DE   MORES. 

apud  Bethléem,  natalis  Sanctorum  Innocentium.  «  A  b 
leçon  suivante  il  marque  sur  la  marge,  d'une  autre  écritoïc 
que  du  corps  :  «  In  Britaoiis,  civitate  Cantoaria,  Sandi 
Thome,  Episcopi,  qui  ob  defensionem  justitie,  inbaab 
sedis  sue  gladio  percussus,  migravit  ad  Dominum.  «Od] 
Yoii  la  dédicace  de  Téglise  de  Mores  annoncée  et  pkcéeao 
19  de  novembre  :  «  Eodem  die,  dedicatio  basilicede 
Moris;  »  —  «  XV*  Idus  Novembris,  depositio  donnni 
Godefridi,  Langonensis  Episcopi,  »  c'était  le  cousin  de  Dobt 
Père  saint  Bernard ,  il  avait  été  premier  abbé  de  FiHh 
tenet,  puis  prieur  de  Clairvaux,  enfin  évêque  de  Laogm. 
Ce  même  Martyrologe  marque  à  la  marge  :  «  xi*  Cakod» 
Martii^  Béate  BeL'ne,  virginis  et  martyris.  »  Ik  en  ont  le 
chef  renfermé  avec  d'autres  reliques  dans  un  buste  et  ckf 
plomb.  La  mort  de  plusieurs  abbés  y  est  marquée  à  h 
marge. 

9.  Autre  manuscrit  sans  couverture,  en  mauvab  ordre, 
ce  sont  :  «  Usus  Ordinis  veteres.  » 

10.  Autre  imprimé  sur  papier  à  Dijon  Tan  1491, p 
magisfrum  Petrum  Meclingier  alemannum.  Ce  senties  iFri- 
viiéges  de  TOrdre  de  Ciieaux.  » 

1 1 .  Autre  manuscrit  sur  vélin  :  «  Incipit  liber  Scnw- 
num  B.  Leonis  Pape  :  primus,  de  Ordinatione  sua.  »  D^ 
le  corps  du  volume  il  manque  des  feuillets,  comme  à  1^ 
fin. 

12.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  bien  écrit,  entier,  relie, 
couvert  :  o  Incipit  prologus  libri  PastoralisCureB.Gregpn 
Pape.  » 

13.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  entier,  bien  relié  et  cou- 
vert :  «  Incipit  Dialogus  B.  Gregorii  Pape  :  liber  primus» 
et  la  suite. 

14.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  bien  écrit,  bienrefcê«* 
couvert,  ce  sont  plusieurs  sermons  des  difiëreuts  Pères» 
l'Eglise,  qui  n'ont  pas  le  commencement,  quoyqu'ily>^ 


CHARTES   DB   l'aBBATE   DE   MORES.  29 

une  table   auparayant  en   deux  feuillets^    les    premiers 
manquent  aussy. 

15.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  entier^  relié,  couvert, 
ce  sont  des  homélies  :  «  Erunt  signa  in  celo.  Ce  volume 
finit  par  le  sermon  entier  :  «  De  mortalitate,  ad  populum, 
in  basilica  S.  Johannis  que  appellatur  Conslantiniana.  » 

16.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  bien  écrit^  relié,  cou- 
vert et  entier,  ce  sont  les  Homélies  de  Bede-le- Vénérable, 
lesquelles  commencent  :  «  Yespere  aulem  Sabbati,  »  avec 
table  entière  au-devant. 

17.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  entier,  relié,  couvert  : 
<c  Liber  Etymologiarum.  » 

18.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  entier,  bien  écrit,  relié, 
couvert  :  u  Incipit  Prologus  Ysidori,  Hispalensis  Episcopi, 
in  quinque  librisMoysi  et  ceteris  Yeteris  Testamenti  breviter 
explanatis.  »  Ce  volume  finit  par  une  courte  homélie  sur  les 
Béatitudes. 

19.  Autre  manuscrit  sur  vélin,  entier  et  couvert  : 
«  Incipit  Prologus  Paterii  in  libris  Veleris  ac  Novi  Testa- 
menti. ))  Après  le  prologue  il  y  a  une  table  à  laquelle 
il  manque  un  feuillet. 

2(h  Un  in-folio  imprimé,  sous  carton  :  a  Divi  Cœcilii 
Cypriani  Episcopi  Carthaginensis  et  martyris  opéra.  Pari- 
siis  1541 .  Per  Desiderium  Erasmum  Roterodanum.  » 

21.  Grand  in-folio,  entier,  sous  mauvaise  couverture 
de  parchemin,  a  Martyrologium  Baronii.  Parisiis,  1613.  » 

22.  Imprimé  in-4''  :  «  Biblia  Sacra,  a  capite  V  Jeremie 
ad  finem  Novi  Testamenti.  d  Adcalcem  :  «  Hebrea,  Chaldea^ 
greca  et  latina  nomina  virorum,  muliernm,  mensium,  etc.  » 
Ensuite  :  «  Index  rerum  et  sententiarum  Veteris  et  Novi 
Testamenti,  jusqu'à  la  dernière  ligne  de  la  dernière  colonne, 
où  on  lit  :  Justus  videns  penam  proficit.  »  Couvert  en  par- 
chemin. 


30  CHARTES   DK   L^ABBATB    DK    MOBES. 

23.  Imprimé  in-folio,  entier,  relié,  sous  Teaa  :  «  Hc- 
tionarium  Greeum.  Lutetie,  1524.  » 

24.  Imprimé  in-4*,  entier,  relié,  couYcrt  :  Yenelis, 
1550,  Bartfaolomei  fumi,  Summa  quse  Aurea  AnrnDa  ias- 
eribitur. 

25.  Autre  imprimé,  petit  :  «  Breviarii  theologidp» 
prima.  »)  Commence  :  «  Etymologice  Theologia,  n  les  pre^ 
roiers  (euillets  mancpient. 

26.  Imprimé  in-4'',  entier,  relié,  couvert  en  Tea 
blanc,  c^est  :  «  Christiani  hominis  Institutio  adversùs  hojos 
temporis  bereses,  antore  Stephano  Paris,  Aurelianeos, 
Kpiscopo  Abellonen.  Ex  Ordine  Predicatorum.  Fariâii, 
1552.  ») 

27.  Grand  in-folio,  imprimé  à  Lyon,  «  apud  Seba»- 
tianum  Gryphum,  »  relié,  entier,  couvert  en  parcbenaa  : 
«  Adagionum,  —  opusDesid.  Erasmi  Roterdami.  w 

28.  Gros  in-S"",  entier,  relié,  couvert  en  parcheiniii, 
imprimé,  entier,  avec  table,  partie  au  commenceinait, 
partie  à  la  Gn,  c'est  :  «  Fortalicium  fidei;  »  ce  traité  a^esi 
pas  entier.  Il  finit  au  feuillet  368. 

29.  Imprimé  in-8**,  entier,  relié,  couvert  en  pardx- 
min.  C'est  :  «  Nicolai  Mercerii  Pisciaci,  proprimarii  et  pro- 
fessons Navarrici ,  de  conscribendo  Epigrammate.  PahsJi, 
1653. » 

Dans  le  mois  d'avril  suivant,  1747,  les  prieur  et  refi- 
gieux  de  Mores  ont  encore  donné,  conmie  à  eux  inutiles, 
les  livres  suivants,  scavoir  : 

30.  Un  manuscrit  sur  parchemin  in-folio  :  a  Spéculum 
Virginum,  )>  à  la  Gn  duquel  traité  se  trouve  Pexplicalioii  de 
la  préface  de  S.  Jérôme,  prestrc,  sur  le  Pentateuqoe  in 
Moyse,  laquelle  explication,  ainsi  que  lailite  préface,  com- 
mence :  ((  Desiderii  mei,  desiderii  proprium  nomen.  »  Ot^ 
explication  est  suivie  de  trenle-une  autres  qui  regardent  b 
autres  livres  tant  du  Vieil  que  du  Nouveau  Testament,  et 
finissent  par  celle  sur  TApocalypse. 


CHARTES   DB    l' ABBAYE   DE    MORES.  31 

31.     Autre  manuscrit  en  parchemin,  moyen  in-folio, 
bien  rel'é,  entier,  couvert,  et  bien  garni  de  coins  et  fer- 
tnoirs  de  cuivre^  il  conmience  :  «  Dominica  prima  in 
Adventu  Domini,  secundum  quod  canit  ecclesia  Cister- 
ciensis.  »  Le  tiltre  en  lettres  rouges  pour  rofQce  du  jour  de 
la  Purification  de  la  Sainte  Vierge,  porte  :  a  In  Purifica- 
tione  Sancte  Marie.  Cantor  postquam  candelam  accensam 
obtulerit,  incipiat  antiphonam  istam  ,  que  diim  cantatur, 
candele  distribuuntur.  )>  Par  là  on  voit  que  le  chantre  est 
réputé  le  dgnior  chori^  quoiqu'il  exerçât  son  ministère 
dans  sa  place  et  sans  habit  de  chœur,  au  lieu  qu'aujourd'hui 
il  est  revêtu  d'amict,  d*aube  ou  surplis,  et  de  belle  chape, 
en  certains  monastères,  le  bâton  d'argent  à  la  main,  sans 
qu'il  soit  regardé  comme  le  digmor  chori,  pour  avoir  l'hon- 
neur de  présenter  un  ciei^e  ou  un  rameau,  ou  d'imposeir 
les  cendres  à  Fabbé  ou  au  célébrant;  ce  que  le  chantre  ne  (ait 
plus  aujourd'hui.  A  la  marge  on  y  a  écrit,  «récriture  autre 
que  celle  du  corps  du  livre  :  «  In  Vigilia  Purificationis,  ce- 
lebratur  missa  de  B.  Maria,  si  in  sabbalo.  »  Ce  qui  indique 
que  ceti^  Vigile  avait  un  jeusne.  Les  six  premiers  feuillets 
donnent  l'explication  de  l'embolisme,  nombre  d'or.  Au  haut 
du  second  feuillet,  on  lit  :  «  Liber  Sancte  Marie  de  Moris, 
ad  usum  Sancli  Bernardi  Clarevallis.  >;  Ce  manuscrit  est  un 
Graduel. 

32.  Autre  livre  imprimé,  moyen  in-folio,  qui  est  en- 
tier, bien  lelié  et  couvert,  c'est  :  a  Vocabularius  familiaris 
et  compt>ndiosus.  )> 

Dans  le  mois  d'avril  1 747 ,  nous  avons  rendu  à  dom  prieur 
de  Mores  le  Martyrologe  (n*  8  dans  le  catalogue  donné  ci- 
dessus)  comme  livre  local,  duquel  cette  abbaye  peut  avoir 
besoin,  pour  les  obits  des  abbés,  prieurs,  pour  les  anniver- 
saires di  s  bienfaiteurs,  pour  les  bienfaits  eh  provenant, 
pour  Tassociation  et  la  coinmémoraison  ès-prières;..  (!)•  )^ 

^*^— '■^^'*^^^^^^— ^'^'^■^^^■— ^■'^■^■^■*^»^— ^^■^■^■^^■^^■■^■^•■^— ^— ^■^^^— ^  — I— ^M— — ^— 1— — — ■» 

(1)  Bibliot.  NaUon.  F.  Franc.  23,474,  fol.  88  x^. 


32  CHARTES   DE   l'aBBATB   DE   MORES. 


§ix. 

Catalogue  des  abbés  de  Mores. 

Ce  catalogue  est  dressé  d'après  les  documents  que  doqi 
publions  ;  d*après  les  actes  cités  par  le  Grullia  ChristiaM(\l 
et  enfin  d'après  VAlmanach  royal  (2).  Les  trois  premies 
abbés  furent  disciples  de  saint  Bernard. 

I.         Girard,  1152. 

n.        Le  Bienheureureux  Ménard  I",  1165-1168  (l^ 
nolog.  Cisterc.  8  junii). 

III.  Herbert,  avant  1178  (il  composa  les  deux  Erre 

Miraculorum  S.  Bemardï). 

IV.  Hugues,  1178-1187. 

V.  Ménard  II,  1187.  En  1190,  l'abbé  de  Morcsesl 

député  par  le  chapitre  général  à  la  célèbre»- 
semblée  de  l'Ordre  afiud  Chaleyian  (Chaillej), 
grange  dépendant  de  Tabbayè  de  Pontigny  (3j' 

VI.  Barthélemi  I",  li9M  196.  {Obit. 8 juin.) 

VII.  Barthélemi  II,  1 198-1206.  {Obii.  6  août.) 

VIII.  G.,  1206. 

IX.  Galo,  1212-1215.  Le  chapitre  général  de  I21Î 

déclare  que  Tabbé  de  Clairvaux  qui  a  proam 


(i)  T.  IV,  col.  842. 

(2)  Années  1731-1790. 

(3)  Martêne.  Thés.  nov.  anecd.,  t.  IV,  col.  1269  — D.-CW* 
ley,  canton  de  Brienon  (Yonne).  La  terre  de  Chailley  fut  doon^* 
1126  à  Tabbaye  de  Pontigny,  par  Manassès  de  Villemaor  et  Erstf- 
sende,  sa  femme  (Charte  de  Uatton,  évéque  de  Troyes.  Cart»d.fà. 
de  l'Yonne,  t,  I,  p.  260). 


CHARTES   DE   l'aBBATB  DB   MORES.  33 

Tabbé  de  Mores  sans  observer  les  formalités 
prescrites,  sera  soumis  à  une  pénitence  qui 
est  relâchée  à  cause  des  infirmités  et  de  l'âge 
avancé  de  cet  abbé  (1). 

X.  Raoul,  1216-1220.  Au  chapitre  de  1219,  Tabbé 

de  Mores  est  accusé  de  paroles  imprudentes  et 
calomnieuses.  Il  aurait  reproché  à  Tabbé  de 
CIteaux  d'être  venu  à  Mores  avec  quinze  che- 
vaux, tandis  qu'il  n'en  avait  que  six;  que  ses 
frères  convers  passaient  la  nuit  à  boire,  ce  qui 
n'était  pas.  L'abbé  est  condamné  à  faire  trois 
jours'  de  pénitence  à  Citeaux,  trois  à  Clair- 
vaux,  et  à  passer  quarante  jours  hors  de  la  stalle 
abbatiale  (2). 

XI.  Michel,  1223-1226. 

XII.  Nicolas  I",  1232-1238. 

XIII.  Pierre  de  Bar,  1245. 

XIV.  Thibault,  1247.  {Obit.  30  octobre.) 

XV.  Amoul,  1 236.  {Obit.  1 7  juiUet.) 

XVI.  Nicolas  II,  1262. 

XVII.  Jean  I"  Bioleau  de  Bar,  1272.  {Obit.  7  août.) 

XVIII.  Guillaume  r,  1279. 

XIX.  Gilbert.  ( Obit.  1 6  juillet.) 

XX.  Martin,  1302. 

XXI.  Milon.  {Obit.  16  septembre.) 

XXII.  Jean  II,  1346. 

XXIII.  Guillaume  II,  1369. 

XXIV.  Jean  III,  1389  et  139\.— {Charte  de Lanivour. 

—  Obit.  13  novembre.) 

XXV.  Simon  de  Merey. 

(i)  Martèns.  Thés,  nov,  anecd.^  t.  IV,  col.  1311  —  D. 
(2)  Ibid.,  col.ld2i-£. 

T.  l&XVU.  S 


34 
XXVI. 

xxvu. 

XXVIII. 

XXIX. 

XXX. 

XXXI. 

XXXII. 
XXXIII. 

XXXIV. 

XXXV. 

XXXVI 

XXXVII. 

XXXVIII. 

XXXIX. 

XL. 


CHARTES  DE  LABSATB  DE  MOUS, 

Jean  IVBaquelet,  1 483  —  mort  le  1 8  jain  1 501 . 

Jean  V  Morel  de  Celles,  mort  le  25  mai  1530. 

Jean  VI  Raguier,  mortà  Paris  le  21  avril  1537. 

Jean  VII  Bochetel,  1568. 

Gabriel  de  Bligny-le-Genevois,  évêque  de  Noyai, 
mort  en  1592. 

Jean-Baptiste  Largcnlier  de  Chapelaines,  160S 
—  mort  en  1617,  après  avoir  fait  cession. 

André  Stegler,  dès  l'an  1614. 
François  de  Servien,  1 640-1 645,  mort  en  1661 
évéque  de  Bayeux. 

Charles  de  Cossé  de  Brissac,  mort  le  6  s^ 
tembre  1693. 

Louis  -  Guillaume    de    Qiavaudon,     i"  no- 
vembre 1693-1731. 
Langlois,  1731-1749. 
De  Martillat,  1749-1755. 
D'Hélyot,  1755-1786. 
iDe  Juge-Brassac,  1786-1788. 
Le  Pappe  de  Trévern,  1788-1 790. 


§X. 

Obituaire  de  l'abbaye  de  Mores  (4). 

D'après  les  règlemeDts  primitifs  de  CUeaux,  on  n'aecer- 
dait  qu'aux  fondateurs  exclusivement,  la  s^ulture  dans  kf 
maisons  de  TOrdre  (2);  les  rois,  les  reiaes,  les  arche- 


(1)  Au  commencement  da  Martyrologe  qui  ùdsait  partie  deslimt 
trausportés  â  Glairvaux*  cfr.  plus  haut,  §  vin,  n*  8. 

(2)  Stat.  an.  1157,  D.  Martène.  Thés.  nov.  (mecd.j  t.  lY,  oA.  191, 
n.63. 


CHARTB8  ni   l'aIBATB  DB  MORES.  35 

véques,  les  évêques  pouvaient  seuls  être  enterrés  dans 
l'église  (1)  ou  dans  le  chapitre;  cette  faveur  était  refusée  à 
tout  simple  laïque  (2)  et  les  abbés  eux-mêmes  ne  pouvaient 
pas  être  enterrés  dans  Téglise  mais  dans  le  chapitre  (3). 
—  L'estime  dont  jouissait  TOrdre  de  Citeaux  dans  le  cours 
du  xii*  siècle  était  telle  qu'un  très-grand  nombre  de  fidèles 
voulaient  avoir  un  ou  plusieurs  anniversaires  dans  quelque 
maison  de  l'Ordre,  au  point  que  les  anniversaires  se  mul- 
tiplièrent  outre  mesure  et  devinrent  une  charge  pour  les 
religieux  de  chœur.  C'est  pourquoi  dès  Tan  1201  il  fut 
établi  par  un  statut  qu^'aucune  maison  ne  pourrait  accepter 
à  l'avenir  d'anniversaire  sans  la  permission  du  Chapitre  gé- 
néral (4).  En  1225,  afin  de  restreindre  encore  sur  ce  point 
les  pieuses  sollicitations  des  fidèles,  le  Chapitre  général 
régla  que  les  étab  issements  cisterciens  n'octroieraient  plus 
désormais  si  facilemi;nt  des  anniversaires  et  que  dans  le  cai 
où  on  ne  pourrait  refuser,  on  accorderait  seulement  une 
messe  basse  par  an  (5).  Enfin  d'après  un  statut  de  1273, 
les  quatre  anniversaires  solennels  prescrits  par  la  règle 
furent  conservé*»,  en  y  ajoutant  douze  anniversaires  collée^ 
tîfs,  un  chaque  mois,  pour  remplacer  tons  les  anniversaires 
particuliers  (6).  Ce  statut  fut  confirmé  en  1276  et  en 
1277  (7). 

Tous  h  s  règlements  précédents  rrlatifs  aux  sépultures  et 
aux  anniversaires  furent  en  vigueur  jusqu'à  la  fin  du 
xiii*  siècle  comme  on  le  voit  par  le  Libellas  definif'O^ 
num  (8),  mais  dans  le  cours  du  xrv*  siècle  ils  tombèrent  es 
désuétude. 

I  I      ■      ■      ■!    I        I         II  II        ■!■    ■■  I   I    I    I  i<|    I  ■ 

(i)  Stat.  an.  ii52,  col.  1245,  n.  8,  —  col.  125S^  n.  5. 

(2)  Stat.  an.  1219,  col.  1^25,  n.  15. 

(3)  Stat.  an.  1180,  col.  1252,  n.  5. 

(4)  /6/d.,  col.  129a,  Q.  3. 
(r>)  i/>id.,  col.  1340,  n.  5. 
(6)  Ihid.,  col.  1438,  n.  2. 

<7)  Ibid.,  roi.  14S4,  A.  16,  et  eol.  U57,  tt.  %. 
^)  NowmHo9nciMrû.,  p.  481. 


36  CHABTBS   DB   L  ABBATB   DB   MORBS. 

L^Obituaire  que  nous  publions  nous  fait  connaître  les 
bienfaiteurs  les  plus  récents  de  Tabbaye  de  Mores. 

1.  Pridie  Idus  Februarii.  Obiit  Guido  cornes  Bai^ 
rensis. 

2.  IlIP  Calendas  Martii.  Obiit  dominus  GmOenso^ 
miles,  dominus  de  Chacenayo. 

3.  III''  Calendas  Martii.  Auniversarium  Henrid  T^srt 
et  Johannetc,  ejns  uxoris,  de  Barro  super  Sequanam,  cde- 
brandum  singulis  annis  die  veneris  quatuor  temporom  po«t 
Bordas,  qui  mulla  bona  contulerunt  ecclesie  nostre,  ri 
patet  per  litteras  super  hoc  datas. 

4.  XVI*  Calendas  Âprilis.  Comes  Henricus  Treceosb. 

5.  III l""  Nonas  Aprilis.  Obiit  dominus  Pontius,  qni- 
copus  Ahernensis.  —  Obiit  domnus  Guillermus,  quondam 
abbas  de  Moris. 

6.  Ilir  Idus  Aprilis.  Obiit  dominus  R.  de  Chacoiap. 

7.  XII*  Calendas  Maii.  Obiit  domnus  Raynaldos,  quot- 
dam  prior  de  Moris. 

8.  Ilir  Calendas  Maii.  Obiit  domnus  GuiOarmai, 
abbàs  de  Moris. 

9.  XI  II*  Calendas  Junii.  Anniyersarium  monadionm 
célébrant  omnes. 

10.  Vllir  Calendas  Junii.  Obiit  domnus  Johannes  Hih 
rel,  abbas  de  Moris,  cujus  corpus  quiescit  in  ckustro  aato 
capitulum  (1530). 

1 1 .  m*  Calendas  Junii.  Obiit  pie  memorie  donmRS 
Stephanus,  Eduensis  episcopus^  qui  inter  plurima  pietatîs 
sue  opéra  instituil  ut  in  anniversaria  depositionis  soe  & 
plenariam  conventus  pitanciam  habeat. 

1 2 .  Calendis  Junii.  Obiit  domnus  Johannes  XX^  aUis 
Moris. 

13.  Iir  Nonas  Junii.  ÂnniYersarium  duarmn  prinli- 
rum  missarum  pro  Nicolino  Bomibert  et  uxore  ejis,  fâ 


C&ARTE8   DE   l'aBBATE   DE   MOBES.  37 

Dobis  concessil  quinqne  solidos  turonenses  annuatim  super 
duas  pecias  terre  in  finagio  de  Buxeriis,  quarum  missarum 
una  dicitur  in  hebdoma  la  ante  Nativitatem  Dotnini^  alia  in 
septimma  octayarum  Pentecostes. 

14.  VP  Idus  Junii.  Obat  domnus  Barlholomeus,  sextus 
abbas  de  Moris. 

15.  XV*  Calendas  Julii.  Obiit  Jacobus  de  Cacennaio. 

16.  X*  Calendas  Julii.  AnnÎTersarium  domine  de 
Boriiibus  que  bac  die  migravit  a  seculo,  anno  Domini 
1439. 

17.  ITIP  Calendas  Julii,  anuo  Domini  1501.  Obiit  pie 
memorie  domnus  Johannes,  abbas  de  Moris,  cujus  corpus 
quiescit  in  capitule  ante  locum  abbatls  et  lectoris.  Re- 
quiescat  in  pace. 

18.  IIIP  Nonas  Julii.  In  bac  die  fiât  commemoratio 
Symonis,  domini  Clarimoiitis,  et  Beatricis,  uxoris  ejus,  et 
Benrici  de  Fuscineis.  Commemoratio  Odonis  majoris  Lan- 
dreville,  et  Marie  uxoris  sue,  semper  ûat  in  bac  die  et  pro 
ipsis  quedam  pitancia  usque  ad  valorem  sex  librarum,  et 
cotidie  celebretur  pro  ipsis  una  missa, 

19.  Nonis  Julii.  Obiit  pie  memorie  donmus  Gille- 
b^us,  abbas  de  Moris. 

20.  XVr  Calendas  Augusti.  Obiit  domnus  Arnulpbus, 
decimus  quintus  abbas  de  Moris.  Requiescat  in  pace. 
Amen. 

21.  Vlir  Idus  Augusti.  Obiit  pie  memorie  domnus 
Bartbolomeus,  septimus  abbas  de  Moris. 

22.  VIP  Idus  A  ugusti .  Obiit  donmus  Martinus,  decimus 
abbas  de  Moris. 

23.  Anno  ab  Incarnatione  Domini M*C*  LMIP,  VI*  Idus 
Septembris,  constructa  est  abbatia  de  Moris. 

24.  V*  Idus  Septembris.  Anuiversarium  Jacobi  Proste 
cam  Maria,  uxore  sua,  et  eorum  liberorum,  qui  dederunt 


38  CHAETI8  DB  L  ABIATB  PB   VOUS. 

^uamdam  pedam  vioee  in  vinea  nosira  dê9  Gmém, 
anno  Domini  1462,  secunda  die  Marlii. 

25.  IIP  Id'is  Septembris,  anno  Domini  VCC? 
LXXX""  IIIP,  obiii  pie  memorie  nobilis  domina  dooik 
Natalis  de  Arceriis,  quondam  domina  de  Sucejo  et  k 
CusseyOf  ...et  ipsa  die  liât  solempntter  amÛTemriani 
couventu  ad  magnum  aitare  . .  •  pro  se  suisque  heredk 
preteritis,  presentibus  et  iutoris,  cum  ▼igilii8...etpla)in 
pilanoîa  in  conventu. 

26.  XVr  Calendas  Octobris.  Obiit  pie  memoriedoBBi 
llilio,  d)ba8  de  Moris.  Requiescat  in  pace.  Amea. 

27.  Secundo  Nonas  Octobris.  Pire  quadamdoiDOi 
'villaNavillesubtusGye...  sita... 

28.  UIP  Calendas  Novembris.  AnniversariamJoiNOD 
le  Galmojs  de  Muxeio. 

29.  lU''  Calendas  Novembris.  Obiit  domnusTlieobiUs, 
decimns  quartus  abbas  de  Moris.  Requiescat  in  fft 
Amen. 

30.  V  Idus  Novembris.  Obiit  Girardus  de  Bonefe^et 
anniversaritim  solempne  in  conventu  pro  ipso.  Pitaocii'' 
XV...  assignatis  super  proventibus  de  dicto  Burrejo. 

31 .  Idus  Novembris.  Obiit  pie  memorie  domousJd)» 
nés,  quondam  abbas  noster,  cujus  anima  requiescat iafict^ 
Amen. 

32.  XVIllI*  Calendas  Januarii.  Anniversarium  lobs- 
nete  Thomasset,  quondam  relicte  defuncti  GuiUenniCkà 
de  Barro  supra  Sequanam,  celebrabitur  quotamiisdieiDrt' 
curii  post  festum  Sancte  Lucie,  et  dicentur  yigilie  d^^ 
lectionum  cum  una  missa  de  Requiem  cum  nota,  et  po^ 
dictam  missam  recommendationes  defunctoram.  El  p^ 
dicto  anniTersario  dicta  Johaïuieta  legavit  ecelesie  Be^ 
Marie  de  Moris  emplistium  ad  domiBcandom  sitan' 
magw  ^ico  dicli.  Barri,  ut  in  litteris  super  hoc  codIbc^ 
contineimr. 


CHAKTE8  OB   l'aBBATB  M   HOBBS.  3d 

33.  VXIU  Galendas  Janoarii.  Obiit  nonnus  Adam, 
prior  de  Moris. 

34.  Pro  domino  Jacobo  de  Muxeio,  quondam  cano- 
nîco  Lingonensi,  etc.  —  anniversaria  cum  pitancia  XV*  Ga- 
lendas Marlii;  VP  Nonas  Martii;  Xlir  Galendas  Augusti; 
IllP  Nonas  Seplembris  (1). 


§XI. 

Vente  des  propriétés  de  Tabbaye  de  Mores 

en  1791. 

Les  principaux  biens  qui  restaient  à  Tabbaye  de  Mores 
étaient  groupés  sur  le  territoire  des  dix  communes  environ- 
nantes; ils  furent  vendus  p.trtieliement  par  ajudication  en 
1791.  Le  prix  total  des  ventes  s'éleva  à  569,601  francs. 
On  sait  que  la  Révolution  vendait  à  un  bon  marché  ex-- 
ceptionnel  les  biens  qu'elle  appelait  nationaux.  La  dé- 
signation des  biens  vendus,  le  nom  dis  adjudicataires  et 
le  montant  de  chaque  vente  se  trouvent  aux  Archives  de 
l'Aube  (2). 

Nous  avons  réuni  sous  un  même  chef  toutes  les  ventes 
paHiblled  &ites  sur  le  territoire  d'une  même  commune. 

Celles. 

Eglise  et  Maison  conventuelle  de  Mores. ...  15.  lOO' 

Maison  du  garde 4.325 

Bâtiments  du  pressoir  et  de  la  cuve 3 .  475 

Autres   bâtiments  et  dépendances  (grange, 

écurie,  etc.) 7 .050 


(i)  Bibliot.  nat.,  F.  Franc.,  23,474,  foU  90-91. 
(^  Ventes  des  biens  nationaux. 


40  CHABIW  M  l'aBBATI  Df  MOm* 

Ferme  de  Tabbé  (finage  de  Mores),  compre- 
nant 99  arpents  4  denrées  de  terres,  et 

1 1  arpents  3  denrées  de  prés. Il  .6^' 

Un  endos  de  25  cordes O.500 

Terres  labourables  :  181  arpents  2  denrées.  110.120 

Terres  à  cheneviëres  :  8  arpents  2  cordes . .  •  54 .  373 

Prés  :  48  arpe  its  et  demi 48.695 

Vignes  :  12  arpents  5  faites 27.030 

Pftinrages  :  18  arpents 2.923 

Bois  :  25  arpents  4  denrées 15 .  200 

Une  fricbe O.510 

301.01ff 
lAndrerllle. 

Ferme  du  Fragne,  comprenant  181  arpents 
2  denrées  de  terres,  4  arpents  4  denrées  de 
friches,  1  arpent  de  bois,  1  ar|>ent  de  prés, 
et  une  pièce  de  prés  dont  la  valeur  n*est  pas 

indiquée 33.300' 

Terres  labourables  :  11  arpents  1   denrée.  3.770 

Terres  à  cbeneirières  :  5  arpents  1  journel.  •        1 1 .040 

Prés  :  3  arpents  6  cordes • 0.330 

Terres  et  prés  :  36  arpents  3  denrées 13. 500 

61.94ff 

Loches. 


Terres  :  30  arpents  7  denrées 13 .720^ 

Prés  :  10  arpents 13.400 

27.12y 

Benrey. 

Prés  :  4  arpents  2  denrées 2.850 

Bnxenil. 

Vignes  :  2  arpents  1  latte 1 .400 


CHAET»  DB  L^ABBATB  DB  VOUS.  41 

Biudères. 

Moitié  du  moulin  de  Buxières  et  ses  dépen- 
dances, une  pièce  de  pré»  et  un  jardin  •  •  •         5 .  675' 

Terres  labourables  :  7 1  arpents  7  denrées, 

1  pougissée ^      34.100 

Prés  :  9  arpents  6  denrées 

Terres  et  prés  :  5  denrées 

39,775' 

Lonfpré. 

Ferme  de  Brué,  comprenant  H  2  arpents 
4  denrées  de  terres  et  5  arpents  6  denrées 
de  prés 13.300^ 

Ferme  de  Bellefleur  (finage  de  Longpré,  BU- 
gny  et  Meurville),  comprenant  187  arpents 
4  denrées  de  terre  et  3  arpents  2  denrées  de 
prés 15. 600 

28.90ff 

NeaTllle. 


Vignes  :  8  arpents  1  faite 11 .225' 

VlUe- 


Une  maison,  6  journaux  de  terres  et  un  faite  de 
vignes 3 .200 

CSharrey 
(Appartenint  à  la  même  abbatiale.) 

Terres  :  326  arpents  1  pougissée 90. 100 

Prés  :  1  arpent  6  denrées  et  un  demi-arpent 

d'enclos. 2 .075 


92.175 


Total  général  des  ventes  partielles 569.601' 


¥É  cHAVtti  6t  l'xÉiai  M  àoKs. 


§X1I. 
Ancien  plan  de  Tabbaye.  —  Raines. 

L  Nous  donnons  ci-joint  le  plan  des  constroctinDS  ei 
bâtiments  de  dépendance  qui  au  XYin*  siècle  coostituaië 
l'abbaye  de  Mores.  Ce  plan  fait  à  main-leTée  (i),  qu^ 
qû*itnpât^it  qu'il  soit,  a  son  mérite ,  et  les  mesures  qui 
indique,  ayant  été  exactement  relevées,  on  poorrait  as 
moyen  de  ces  cotes,  lui  donner  plus  de  perfection.  Si  m 
rapprochons  de  ce  plan  les  §  V  et  VI  relatifs  à  Tabbayt 
au  xv!!**  et  au  xvui*  siècles,  nous  aurons  une  idée  exadede 
la  disposition  dt  s  constructions. 

D'après  le  plan  et  le  relevé  fait  sur  les  ruines,  l'êglis 
était  orientée  ;  elle  avait  56  mètres  de  longueur,  sa  lar- 
geur était  de  10  mètres  au  sanctuaire,  26  mètres  au  tran- 
sept, 20  mètres  dans  la  nef;  la  nef  avait  deux  collatéraoi; 
le  sanctuaire  qui  était  irr/'gulier  et  affeciait  à  peuprèsii 
forme  rectangulaire  était  dépourvu  de  collatéral.  Au  côte 
mtéridional  de  Téglise  se  trouvait  le  cloître  carré,  eiff(sd 
une  cour  avec  un  puits  au  milieu  (il  existe  encore).  Aumii 
du  cloître,  parallèlement  àTéglise,  s'élevait  ua  grand  bâti- 
ment allant  du  couchant  à  l'orient  avec  un  perron  èmd 
au<  itlidi  sur  de  beaux  jardina  Ils  s'étendaient  entre  l'abtaf 
et  la  rivière  d'Ource  et  étaient  traversés  du  Ivant  au  cou- 
chant par  un  canal  dont  le  coui*s  est  parallèle  à  celui  « 
rOurce.  Au  delà  de  cette  rivière  Thorison  est  borné  pw»* 
gracieux  coteaux  de  vignes  de  Celles  et  de  Landrtvillc.  N 
les  siècles  modernes,  l'abbatiale  avec  toutes  ses  dépendants 
fut  construite  au  levant  du  monastère  et  de  l'église.  I^^ 
lombier  de  l'abbatiale  a  laissé  son  nom  à  une  pièce  de  f 

(1)11  noOH  a  été  communiqué  par  M.  Alexis  Sôctrd,  libni^*' 
Troyes. 


'63  de  la  SocÂcad.de  lkvà\ 


Tome  XXXiril- 1873 
1 


\i  Lalora  del 


Troyaa J.iUiI)iifour  Bou^uol 


CHARTES  DE  l'aBBATB   DE  ÉOREâ.  43 

qui  s'étend  du  côté  de  la  rivière.  Au  nord  de  l'abbaye  l'œil 
86  repose  encore  sur  des  coteaux  de  vignes  (|ui  forment  les 
contours  du  riche  vallon  de  VOurce.  Au  pied  de  ces  co- 
teaux, passait  naguère  encore,  avant  la  construction  de  la 
route  actuelle,  Tancien  chemin  de  Celle  à  Landreville  (1). 
Les  constructions  de  l'abbaye  s'étendaient  au  nord-est  jus- 
qu'à ce  chemin.  L'entrée  du  monastère  était  au  couchant. 
Une  avenue  d'arbres  avec  des  haies  conduisait  à  une  cour, 
et  un  perron  introduisait  dans  la  grande  aile  de  bâtiments 
sur  les  jardins. 

II.  Aujourd'hui  l'abbaye  de  Mores  se  compose  de 
quelques  ruines  peu  importantes  et  qui  dis|)arattron4  bien- 
tôt. Une  partie  des  murs  de  Téglise  existaient  encore 
en  1856  (2).  La  nouvelle  route  de  Celles  à  Lmdreville 
pasf^e  sur  l'emplacement  de  la  nef  et  du  sanctuaire  à  la  partie 
septentrionale.  Le  corps  de  bâtiment  formant  le  côté  occi- 
dental de  labbaye  subsiste  encore  :  il  comprend  d abord 
l'ancien  cellier  ;  on  voit  ensuite  à  Tangle  méridional,  une 
belle  construction  du  xviii"  siècle  avec  Tancienne  cour 
d'entrée,  un  perron  et  la  porte  inlérieure  du  monasière,  au 
premier  ébge  un  balcon.  C'est  tout  ce  qui  reste  du  bâti- 
ment principal  qui  s'étendait  au  midi  sur  les  jardins.  A  la 
partie  orientale  de  ces  constructions  se  voient  encore,  ados- 
sés au  mur,  les  restes  d'une  partie  du  cloître  avec  les  ogi- 
ves ,  les  colonnes ,  leurs  chapiteaux  et  plusieurs  culs-de- 
lampe.  Ces  ruines  mesurent  33  mètres  20  centimètres  de 
longueur  et  comprennent  huit  travées. 

A  l'ouest  de  l'abbaye  près  de  la  route  et  sur  le  cours  de  la 
More  est  une  maison  qui  faisait  partie  de  la  métairie  dite  de 
la  Fontaine. 


(i)  Le  chemin  prin^îtif  de  Celles  à  Landreville  passant  dans  le 
jardin  fruitier  de  Tabbaye  fut  détourné  au  nord  en  1174,  et  placé 
au  pied  du  cotedu  de  vignes  où  il  existe  encore.  (Cfir.  charte  n.  19.) 

(2)  Annuaire  de  l'Aube,  1856,  p.  17. 


44  CBA1TI8  DI  l'aBBATB   DB  MOMES. 

ÂTanl  de  quitter  les  ruines  de  Mores^  nons  signalcron 
dans  une  chambre,  à  gauche  du  perron  occidental,  au  rei- 
de-chau8sée,  une  vieille  plaque  de  cheminée  assez  corieoK  : 
elle  représente  le  fait  apocalyptique  connu  sous  le  nom  de 
l'Adoration  de  la  bête  à  sept  tètes,  à  dix  cornes  et  couroonée 
d*un  diadème  (1). 


IVojeSi  le  21  juin  187S. 


(i)  Àpoe,^  zm,  i-4. 


CHARTES  DE  L'ABBAYE  DE  MORES 


Sans  date.  1151. 

1.  —  Samson,  Dei  gratia,  Remonim  archiepiscopos  carissimo 
ac  precordiali  amico  suo  Bernardo,  Clarevalleiists  monasterii  vene- 
rabili  abbati,  salutem,  et  in  sancte  religionis  proposito  beat^m  per- 
severantiam.  —  Sanctitatis  yestre  petitionibns  débita  sollicitudine 
anoueateBi  apud  abbatem  et  eanonicos  B.  DyoBtsii  muttum  dtaqiie^ 
laborayimuây  ut  ecclesiam  que  est  apud  Moras  nobis  donarent^  cum 
omnibus  appendiciis  suis  ad  faciendam  ibi  abbatiam  ordinis  Clare- 
vallensis  :  quod  quidem  vix  impetrare  potuimus,  ceterum  Domino 
propitiante  tandem  ipsam  ecclesiam  cum  omnibus  appendiciis  suis 
nobis  donaverunt  ea  conditione  yidelicet  ut  ibidem  abbatia  Clare- 
vallensis  ordinis  fieret.  Nos  itaque  ecclesiam  illam  cum  omnibus 
appendiciis  suis  vobis  et  sancte  congregationi  Clarevallensi  conce- 
dimus  et  donamus,  ita  yidelicet  ut  ibidem  abbatiam  Clareyallonsb 
oïdinis  absque  longioris  more  obstaculo,  faciatis.  Valeat  Sanctitas 
vestra  in  Domino,  et  pro  Nobis,  et  pro  ecclesiis  Nobis  commissis 
jogiter  Dominum  exoret. 

(Trésor  des  chartes  de  Tabbaye  de  Mores.  —  Opéra  S.  Ber- 
nardi,  1. 1,  ep.  435.  —  Gallia  Christ.,  t.  IV,  col.  842-B.) 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  59  r*. 

« 

OEABTA  FUKDATIOMIS  ABBATDL 

Sans  date.  1152. 

2.  —  Notificetur  posteritati  nostre  quod  : 

Ansericus  de  Chacennaico,  laudante  uxore  sua  Hubelina  et  filio 
suo  Jacobo,  dédit  in  eleemosinam  Deo  et  domui  de  Moris  quicquid 
habebat  in  finagio  de  Moris,  et  usuarium  totius  terre  sue  in  pascuis 
omnium  animalium,  et  in  silyis,  et  in  aquis,  et  quicquid  eadem 
domus  posset  acquirere  de  casamantis  ejus  ab  bis  qui  tenebant  ab 
eo,  libère  recipien  ium  concessît.  Testes  sunt  :  Guntherus  de  Buxe- 
ria,  Gauffridus  frater  ejus,  Henricus  de  Chacennaio. 

Idem  Jacobus,  de  Chacennaio  laudante  uxore  sua  Agnete,  dédit 


46  CHABTI8   DB   l'aBBATB   DB   MOBEB. 

predicte  domui  de  Moris  partem  snam  Terrefrancbe  de 
conRrmavit  etiam  donnm  quod  Ansericas  pater  sans ,  eidein  àmsà 
fecerat,  et  eo  modo  quo  saperias  scripsimas,  libère  tenauhiB 
concessit.  Testes  sunt  :  Hilo  de  Cberrevi,  Wiricos  de  ChacftBnifa, 
Richardus  do  Chacennaio. 

Item  Guido,  cornes  Barri  super  Secanam,  filiis  snis  landanûos 
Milone  et  Willielmo,  dédit  eidem  domai  qaicquid  habebat  in  fisap» 
de  Horis,  et  qaicquid  sui  homines  ab  eo  tenebant,  si  fratres  qns- 
dem  loci  ab  eis  possent  acquirere.  Petronilia  comitissa,  qosdea 
comitis  uxor,  laudarit  et  conGrmayit  donum  saum,  sicat  virs 
dtsposuit,  nam  ad  dotem  ejus  ûnaginm  iilud  pertinebat; 
et  eidem  domai  aquam  que  Ussa  dicitoTy  qaantam  ad  fioagioB 
illad  pertinebat.  Utriusque  rei  testes  sunt  :  Tbomas  de  Km, 
Richardus  de  Chacennaio,  Hugo  de  Briel,  Ganfridus,  Craier  qia, 
Witerios  de  Merri. 

Petronillay  Barri  comitissa,  dédit  eidem  domai  pro  mnima  m 
sui  Widonis,  et  filiorum  suorum  Miionis  et  Willielmi,  qnicqnii  »1 
eos  pertinebat  Terrefrancbe  de  Cherrevi,  sine  alia  r^entioBe. 
Testes  sunt  :  Hugo,  capellanus  Barri,  Tbomas  de  Barro,  ksbm 
miles. 

Item  Agnes,  Barri  comitissa,  eidem  domui  pro  anima  Tîri  m 
com'tis  Hilonis,  partem  quam  habebat  in  Terrafrancha  deOier- 
revi,  sine  alla  reteatione  vel  exactione,  dédit.  Testes  sunt  :  Tfaofltti 
de  Barro,  Richardus  dapifer,  Hilo  de  Hort. 

Item  Thomas  de  Barro,  laudante  uxore  sua  Huduarde,  et  SSs 
Richarde,  Balduino,  Thoma,  Herberto,  Hugone,  et  filia  Adelina,  el 
f  ratre  suo  Heberto  Crasso,  dédit  in  eleemosinam  predieie  dtmà 
silvam  suam,  que  vocatur  Foresta  Beroardi,  libère  posâdendim 
sine  ulla  retentione  vel  exact!one.  Testes  sunt  :  Mile  de  Presbyteri- 
yilla,  Richardus  de  Chacennaio,  Henricus  prepositos. 

Item  Hildierus  de  Villenesse,  laudante  uxore  sua  Flor^a,  ecfifii 
Milone,  dédit  eidom  domui  quicquid  habebat  in  fimgio  de  Ihns 
in  bosco  et  in  piano,  terras  et  prata,  sme  ulla  retentione,  ab  ec* 
clesia  de  Moris  usque  ad  poatem  Selarum,  et  census  qnos  ati 
tenebant  ab  eo.  Testes  sunt  :  Thomas  de  Barro,  Milo  de  Cbeirefi, 
Witerius  de  Herri. 

Wido,  abbas  Arremarensis,  assentiente  capitule  soo»  dédit  fm 
manvM^  reverendissimi  Bernard!,  (Uarevallbabb«àtis,  prelaiedMë 
de  Jtoris,  terram  quandam  in  finagio  de  CherroTi,  que  vcyatar 
Honsmedius,  a  vaile  Aymonis  Taurini  usque  ad  viam  anûquaf 
in  laaguju  ex  ui&a  parto,  ex  alia  yero  parte  in  latom  sic^i  vib  Taib 


CHABTES   DE   l'a33AYE   DE   ^fORES.  47 

de  Teriolo  vadit  Gherrevi,  ex  alia  vero  parte  sicat  via  de  valle 
Sull  na  vadit  Cberrevi.  Ipse  autem  Monsmedias  vadit  usque  ad 
fina^ium  Bretignole  et  Âguleii,  et  sic  dédit  domui  de  Moris  quio 
qul'l  moaasteriura  Ârremarense  infra  hos  termines  habebat,  vel 
bomines  ejusdem  monasterii.  Porro  de  labore  et  caltura  terrarum 
§uarum  non  dabunt  fratres  de  Moris  monacbis  Ârremarcndibus  de^ 
cimas  in  omni  parrochia  de  Cberrevi.  Domus  etiam  de  Moris  ha- 
bebit  usagium  suum  in  finagio  de  Cberrevi  in  hoc  quod  ibi  habent 
monachi  Ârremarenses.  Testes  sunt  :  Odo  de  Ruliaco,  Walterios  de 
Ciareio,  Walterius  de  Montablen. 

Item  Milo  de  Cberrevi,  laudante  uxore  sua  Helisabeth,  et  filia 
Lorrete,  et  fratre  suo  Evrardo  dante  cum  eodem  Milone  quidqaid 
ad  eum  de  eadem  possessione  pertinebat,  dédit  eidem  domui  de 
Moris  terram  suam  de  Montemedio,  sine  ula  retentione.  Testes 
sunt  :  Thomas  de  Barro,  Werricus  de  Aiguilleio. 

Item  Herbertus  Crassus,'  laudante  uxore  sua  Amyete,  dédit 
eidem  domui  quicquid  habebat  in  Montemedio ,  et  quicquid  aliud 
ab  eo  ibidem  tenebat.  Testes  sunt  :  Thomas  de  Barro^  Wiardus 
Morchiers,  Werricus  de  Aiguilleio. 

Item  Maawis  de  Cberrevi,  laudantibns  liliis  suis  Evrardo  et 
Theobaido,  dédit  eidem  domui  quicquid  habebat  in  Montemedio 
usque  ad  fînagium  Aiguilleii,  et  usque  ad  vallem  Lamberti  de 
Britanniola;  condonavit  etiam  consuetudinem  quam  ei  debebat 
campus  quem  tenebat  Constancius  de  ConBn.  Testes  sunt  :  Jacobus 
Chacenaio,  Milo  de  Cberrevi,  Gaufridus  de  Briel. 

Glarembaudus  de  Capis,  laudante  uxore  sua  Hermengarde,  con- 
cessit  predicte  domui  de  Moris  quicquid  ipse  tenebat  apud  gran- 
giam  de  Montemedio  et  in  terriîorio  de  Cberrevi.  Testes  suut  : 
Hilduinus  de  Vendopera,  Petrus  Villanus,  Herbertus  Crassus. 

Item  Haimo  de  Bria,  laudante  uxore  sua  Saracena  et  filiis 

Hugone  et ,  dédit  predicte  domui  omnia  prata  sua  de  Landri- 

villa,  sub  censu  G  solidorum,  reddendo  ad  festum  Sancti  Johannis, 
et  prata  que  Tigerius  tenebat  ab  eo.  Testes  sunt  :  Thomas  de. 
Barro,  Richardus  dapifer,  Wiardus  de  Lochis. 

Item  Arnaldus,  abbas  Pultariensis,  assensu  fratrum  suorum^ 
dédit  eidem  domui  omnem  terram  quam  ecclesia  Pultariensis  hs^ 
h^bat  in  suo  do^inio  in  finagio  de  Moris,  et  quicquid  aliud  ab  ea  ; 
teo^t  uiura  Us^am,  et  bpscum  et  planum  sine  ulla  retentione;  ab  : 
hffâtA  Hugonis  (^  VilluU  i^^^que  ad  pontem  SeiarqjQi  mh  annuQ , 
censu  trium  sextariorum  frumenii,  et  trium  grossi  b\34i,  domui  ^ 
LandriviMe  reddendo  a4  fegtum  Sancti  Remigii.  Testes  9uat  :  Pe- 


48  CHAtns  DE  l'abbati  db  moub. 

trns  de  Viveriis,  Thomas  de  Barro,  Nevelo  Ville  saper  Araaa 

Item  Hugo  de  Maignans,  laudante  nxore  saa  Regina,  et 
de  Barro,  a  quo  ipse  tenebat ,  dédit  eidem  domai  temm  snaai 
tam  de  Montaban  et  valle  Rooth,  et  nemns,  et  plannm,  el  quiequl 
habebat  apnd  Cherrevi  in  censu  et  in  pratis,  snb  censa  dnodns 
denariorum,  reddendo  ad  festum  Sancti  Johannis.  Testes  ssat  : 
Witeros  de  Merri,  Henricos  prepositns,  Stephanus  Cattns. 

Item  Philippos,  frater  Stephani  Catti,  dédit  eidon  domoi  totta 
saam  terram  de  Montaban  et  de  valle  Rooth,  et  prau  de  Cherm 
que  partiuntar  corn  Hugone  de  Maignant,  sab  annuo  eensn  dai* 
decim  denarionim,  et  hic  requirendas  est  apad  Moras  ad  festn 
Sancti  Remigii.  Testes  sont  :  Richardus  dapifer,  Ganfridns  è 
Bria,  Guntherios  de  Boxeriis,  Petrus  de  Cherrevi. 

Item  Paganos  de  Javencoart,  laudante  Thoma,  filio  sno,  défi 
predicte  domai  omnia  prata  qae  habebat  apad  Blagneiom,  eieqiB 
prato  de  Bergeriis  sab  annao  censu  qainqae  solidomm  ad  feitsi 
Sancti  Johannis,  ita  qaod  eamdem  censam  nalli  poterit  dare  m 
domai  de  Mûris,  neqoe  vendere  cuiqaam  nisi  prias  obtolerit  eiiB 
domai  eodem  mercato.  Testes  sant  :  Thomas  de  Barro,  Hertierta 
CrassuSy  Rainaldas  de  Rice,  A]rmo  de  Bria.  Laadayît  et  hoc  n» 
ipsias  Pagani,  Flandrina,  et  fîlia  saa  Agnes.  Testes  sont  :  Petns 
de  Cherrevi,  Raignerias  capellanus  de  Maresco. 

Item  Josbertan  de  Werpilieriis  et  Stephanas  Cattas,  laddaBÛe 
oxoribas  suis,  Adelina  et  Ryaiz,  et  filiis  Josberti ,  Genaeia  et  Ho- 
gone,  dederunt  domai  de  Moris  boscum  qui  vocatar  de  Fulchm^ 
et  usagiam  suum  in  omnibus,  excepte  quod  fratres  de  Moris  iefnm 
ibi  non  rumpent,  nec  ipsi  qui  dederunt  boscum,  illam  posseotalib 
dare  nec  vendere.  Testes  sunt  :  Ambertus,  filius  Hildieri,  Wi^nte 
de  Lochis,  Chrystophorus  presbyter  de  Essoya. 

Item  Stephanus  de  Villanova  et  Wido,  propositus  Barri,  dede- 
runt eidem  domui  omnem  terram  quam  habebant  in  vaib  Hildieri 
sursum  usque  ad  finagium  Landriville«  exceptis  pratis.  Tetts 
suni  :  Thomas  de  Barro,  Herbertus  Crassus,  Gaufridus  de  Bria. 
Donum  Stephani  laudavit  uxor  ejus  Ermengardis.  Testas  suit: 
Thomas  de  Barro,  Maugerius  Villenove.  Laudavit  et  hoc  Gilbertas, 
frater  Stephani.  Testes  sunt  :  Hugo  cementarius,  Symon  de  (> 
cennaio.  Donum  Widonis  laudavit  Maugerius,  filius  ejus.  Tesi» 
sant  :  Herbertus  Crassus,  Stephanus  et  Maagerios  Villenove.  Uo- 
davit  quoque  donum  Widonis  Sarina,  filiaejus.  Testes  :  Stepha»B 
camifex,  Wiardus  de  Landis. 

Item  Herbertus  de  Villenesse  dédit  eidem  domai,  laodantihBS 


CHARTES   DE    l'aBBATB   DB   MORES.  49 

fiHis  suis  Rasone  et  Hugone,  et  filîa  Haawis,  omnem  terram  quam 
habebat  in  fînagio  de  Moris,  a  Landrivilla  usque  ad  pontem  Sella- 
ruro,  et  mediam  hastam  prati  sub  molendino,  et  unam  hastam 
saper  pratum  Ricbardi,  et  onum  andennm  jaxta  pratom  de  Moris. 
Testes  sunt  :  Witalis  presbyter,  Gaudricas  de  Merri,  Petras  de 
Poleseto. 

Item  BoTo  de  Maignant  et  Gillebertus  de  Chacennaio  dedenint 
eidem  domai  omnia  prata  que  tenebant  a  Hilone  de  Cherreyi  in  do- 
minio  suo,  in  casamentis  que  partiuntur  cum  pratis  Guerrici  de 
Aiguilleio,  sub  censu  unusquisque  duodecim  denariorum  ad  festum 
Sancti  Johannis,  quem  tamen  censum  de  Moris  querere  reniant. 
Laudavit  hoc  donum  Helisabeth,  uxor  Bovonis  de  Maignant,  ad 
quam  prata  pertinebant,  et  censum  ipsum  duodecim  denariorum 
condonavit  eidem  domui  post  obitum  suum.  Laudavit  hoc  quoque 
Milo,  fîlius  ejus,  et  filie  Adelina  et  Agnes.  Donum  etiam  Gilberti 
laudavit  Wiricus,  filius  ejus,  ad  quem  prata  pertinebant.  Testes 
sont  :  Wjllielmus  capellanus  de  Merri,  Werricus  de  Chacennaio, 
Hunaldus  de  Noeriis. 

Hugo  Maignens  dédit  eidem  domui  omnem  terram  quam  habe- 
l)at  a  vinea  Joseph  usque  ad  finagium  Sellarum,  exceptis  pratis. 
Condonavit  etiam  censum  duorum  solidorum  quem  pro  eadem  terra 
et  pro  terra  de  Cherrevi  eadem  domus  ei  debebat.  Hoc  donum  lau- 
davit Pontius  de  Berguinuns,  ad  cujus  feodum  pars  terre  perti- 
nebat.  Hoc  donum  f^cit  laudante  uxore  sua  Regina.  Testes  sunt  : 
Thomas  de  Barro,  Wido  presbyter,  Petrus  de  Poleseto. 

Item  Abbas  de  Molismo,  laudantibus  monachis  suis,  prioi'e 
Willenc^,  camerario  Galterio,  sacrista  Haymone,  liberara  dimisit 
partem  illam  décime  quam  calumniavit  eidem  domui  in  manu  epis- 
copi  liberam.  Testes  sunt  :  Humbortus,  decanus  Lingonen^is, 
Pontius  archidiaconus,  Wido  presbyler,  Thomas  miles. 

Ego  Goiefridus,  Dei  gratia  Lingonensts  episcopus,  totam  pre- 
sentis  acripti  paginam  laudo  et  confirmo,  et  proprii  sigilii  authoritate 
munio. 

(Avec  quatre  sceaux  pendans.) 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  55  r*. 

1152. 

3.  —  Petro  Dei  gratia  venerabili  abbati  Sancti  Pétri  de  Cella  (1) 
(rater  Bernardus  Clarevallis  vocatus  abbas  salutem,  et  quas  potest 


(I)  Lecélèbrt  Pierre  de  Celle,  abbé  de  Montier-la-Celle,  près  Troyet. 

T.  XIXVII.  4 


50  CHAITES    DE   l'aBBATE    DE    MORES. 

orationes  in  Domino.  Concedimus  et  confirmamos  Tobb  et  M 
yestre  farnnm  apad  Trecas  positam  qai  erat  domas  nœtre  à 
Moris,  qniaenim  fratres  nostri  ejusd'm  modi  redditustenefeii» 
possunt,  permannm  nostram  qui  eumdem  locum  edificantxt^ 
XLIII  libris  qnas  in  edificationem  loci  ipsios  expenderant,  fobisd 
domui  vestre  libère  obtinendaro  tradiderunt.  Qnod  nosntoib 
beri  volumos  et  sigilii  nostri  impressione  firmamos.  Testes  sot 
fratres  domus  vestre  :  Petrus  prier;  Joceliinus,  snbprior;  Siefb- 
nus,  prepositus;  Vaalcberus  quoque  et  Rainaldos  cellerarii  naâii 
et  Fromondus  qui  locum  ipsum  edificabat.  Actum  anno  abkir- 
natione  Domini  M.  C.  L.  IL 

Montier-la-Celle.  Vieux  Cartul,  fol.  26  y*  et  79 1«,  - 
Arcb.  Aube.  Invent,  Montier-la-Celle,  fol.  50,  n.  92. 
—  Op.  S.  Bemardi,  t.  I,  ep.  4i9. 

1154. 

4.  —  Ego  Henrious,  Trecensium  cornes  palatinos,  senis  De 
in  Claravalie  et  in  abbatiis  pertinentibus  ad  illam  degenûbas^ 
anima  mea  et  patris  mci,  clementer  indulgeo,  ut  in  totaterraao 
fratres  eorum  nullum  omnino  thehneum,  nullum  pedagiam,  bsI- 
lam  consuetadinem  exsolvant;  ad  nundinas  meas  libère  siœai- 
qua  exactione  emant  et  vendant  que  usibus  suis  necessarUeniBi, 
nec  a  ministris  aut  oiBcialibub  meis  molestiam  antgramaai» 
injuriam  aliquam  patiantur,  sed  homines  mei  in  omnibos  kcis  ^ 
teneant  pacem. 

Ut  igitur  intégra  eis  et  illibata  permaneant  que  ob  sal^ 
anime  mee  illis  concedo,  nec  istud  beneficium  meum  aliqna  f^ 
oblivione  deleri,  presentem  cartam  ad  munimen  eoramd^  ^ 
trum  conscribi  et  sigilii  mei  impressione  insigniri  et  mctorit^ 
precepi.  Decerno  etiam  et  indissolubili  concessione  coofinnoS 
bec  pia  donatio  mea  nulle  in  posteruro  tempore  a  successoribas^ 
heredibus  meis,  nec  a  quoquam  bominum  occasione  qualibetiB&ii^ 
gatur. 

Hujus  rei  testes  snnt  :  Hilduinus  de  Yendopera,  Waltefvs^ 
Bernun,  Drogo  de  Pruvino. 

Actum  anno  ab  Incarnatione  Domini  Ho  C<>  L®  IIII^  r^D^ 
Ludovico  juniore,  Francorum  regechristianissimo;  Godcfredolifi* 
gonensi  episcopo.  Tradita  Barri  per  manum  Willelminotarii. 

Blbliot.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol  70  r*.  - 
Cartul.  Clairvenuc,  Cêinit.  *^n^Minit  VI. 


CHARTES  DE   l'aBBATB   DE   MOUS.  51 

1155. 

6.  —  Ego  Godefridus  Lingonensis  episcopos  notum  esse  volo 
qnod  Wido^  abbas  Molismensis  laude  et  assensu  monachorum 
suonim,  Willenci  prioris^  Walterii  camerarii,  et  Hugonis  cellerarii 
et  Haimonis  sacriste  et  Raingerii  de  Larreio  et  aliorum,  gaerpivit 
per  manum  meam  et  quietam  clamavit  fratribus  de  Moris  decimam 
terrarom  illarum  quas  tune  temporis  possidebant  et  incolebant  in 
finagio  Villenesse. 

Actom  anno  Domini  MCLV. 

Bibl.  nation.,  fonds  ttMç,,  5995,  fol.  60  r*. 

1158. 

6.  —  Ego  Henricus  Dei  gratia  Trecensis  episcopus  notum  facio 
quod  Agnes  domina  de  Chacennaio,  laudantibus  filiis  suis  Thoma 

et  Ayrardo,  concessit  ecclesie  de  Ripatorio Guerpiyit  preterea 

predictis  fratribus  terras  et  prata  que  ecclesia  de  Moris  eis  contuUt 
in  finagio  de  Lusigne...  Hujus  rei  testes  sunt  :  Johannes  capellanus 
Sancte  Marie  Trecensis,  Daymbertus  presbyter,  Bencelinus  de 
Malaio,  Hugo  de  Fonteto. 

Aotum  ab  Incarnatione  Domini  MCLVIII. 

Archh.  Aube,  origin,  Larr¥xnur,  —  CmrtuL 
Larrivow,  fol.  3  v*. 

H63-1165. 

7.  —  Ego  Galterus  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus  notum 
esse  Yolo  presenlibus  et  futuris  quod  Raxo  et  Hugo  frater  ejus  de 
Yillenesse  dederunt  Deo  et  domui  de  Moris  quidquid  babebant  in 
parrocbiatu  de  Villenebse  et  in  finagio  de  Moris  in  quibus  emolu- 
mentis  sine  alla  retentione,  et  in  bosco  et  in  piano,  in  terris  cultis 
et  incultis^  et  in  pratis  et  in  aquis  et  in  censibus  sub  juramento 
promittentes  fideliter  de  bis  si  qua  forte  oriretur  calumnia  suam 
pro  posse  se  poiUire  garentiam.  Facta  est  autem  bec  donatio  per 
manum  domini  Godefridi  venerabilis  quondam  nostri  predecesso- 
ris  (1).  Testes  sunt  idem  dominus  Godefridus,  et  Manasses  tune 
comes  Barri,  et  Hugo  proesbyter  de  Villenesse. 

Laudaverunt  hoc  donum  Agano  de  Calma^  et  Hugo  decanus,  et 


(1)  Cette  donation  se  place  en  1163  an  plut  tard,  année  de  l'abdication  de 
Geofllroi. 


52  CHABTBS    DE    l'aBBATE    DE    MORES. 

Droco  et  Aymo  fliii  ejos,  et  LebalJos  frater  Aganonis  et  Frtji- 
cetus  et  Lebaldas  frater  ejas  de  Danceneto,  concedentes  et  in  dê^ 
mosinam  rémittentes  omnem  querimoniam  qaam  super  his  dooi- 
tionibus  adversas  prefatam  domum  de  Moris  moyebant.  Tesies 
sunt  :  Raduiphud  abbas  Longivadi,  et  Willielmus  abbas  de  hM 
Ripa,.RaiDaldascellerariQ3  Clarevallensis.  Hoc  et  totom  laudire- 
runt  Abelina,  uxor  predicti  Aganonis  et  Sibilia  uxor  Droooois  «t 
Hugo  filius  ejus  de  Sibilia,  et  Adelinda  neptis  ejas^-et  Passa  oxv 
Aymonis,  et  Freherius  filias  ejus,  et  Aymo  Caygne,  et  Rispamor 
ejus,  et  Gilla,  et  Agano  Glius  ejus.  T^^stes  fuerunt  qui  sopri  et 
Rainerius  de  Mare^co  et  Willencus  de  Castelio,  et  HiJdieros  à 
Galidofurno,  milites. 

Actom  anno  Domini  MCLXY. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  ^996,  fbL  63  r. 

1164. 

8.  —  Ego  Milo  Dei  gratia  Molismensis  abbas  oum  totios  capmiE 
nostri  assensu,  paci  presentium  et  futuromm  providentes,  littm 
presentibus,  omnibus  notiCcamus  et  testificamur  quod  ooocessiBB 
ecclesie  de  Moris  quidquid  babebamus  in  parrochia  in  decimis  tf 
omnibus  ad  jus  ecclesie  pertinentibus^  et  quidquid  etiam  de  Dokè 
tenebant  homines  nostri  in  parrochiis  de  Villenesse  et  de  Morb»  et 
quidquid  nos  tenebamus  in  censu  vel  quolibet  reditu  vel  in  pliao 
et  bosco,  in  pascuis,  in  pratis,  in  aquis  et  in  omnibus  omniu 
emolumentis,  in  ipso  territorio  de  Villenesse  et  de  Moris,  et  nsqne 
infra  parrocbialem  terminum  de  Villenesse  sub  annup  oensu  cee- 
tum  solidorum  quem  persolvent  nobis  annuatim  statatis  doobas 
terminis,  videlicet  in'  die  feslo  S^^  Joannis  quinquaginta  soliéos 
aut  in  crastmo,  et  crastiuo  beati  Remigii,  yel  in  festo,  alios  quin- 
quaginta solidos,  et  hoc  in  capitule  nostro.  Si  vero  aut  ne^ectt 
aut  ignorantia  contigit  prefatam  ecclesiam  non  solrere  oeosna 
prefatum  terminis  detinitis,  reddent  pro  lege  census  qninqne  sot 
dorum  si  nos  voluerimus  accipere.  Ad  hoc  vero  laudandom  el 
conlirmandum  dedit  nobis  prefata  ecclesia  ducentas  iibras.  Nos 
autem  et  nostre  utilitatis  sueque  solliciti,  litteris  assigoari  et  cap* 
tuli  nostri  sigillé  nostro  muniri  decernimus,  ut  nulU  inter  nos  et 
ipsos  super  bec  facta  controversia  oriatur. 

Actum  est  et  datum  est  anno  Domini  M«  O*  LXIIIl^. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  59d5,  fol.  64  f. 


CHARTI8   DE   l'aBBATB   DE   MORES.  53 

1165. 

9.  —  Ego  Manasses,  cornes  Barri  saper  Sequanum,  notum  esse 
Tolo  presentibas  et  futuris  quod,  laudante  Theobaldo,  fratre  meo, 
dedi  et  concessi  Deo  et  fratribus  deservientibas  apud  monasterium 
de  MorîSy  in  Hainardi  ejusJem  monastifii  abbatis  manu  quidquid 
habebam  et  alii  de  me  tenebant  in  villa  de  Villenesse  et  infra  par- 
rochiatum  ejasdem  ville  in  omnibus  emolumentis  et  in  bosco  et  in 
planOy  in  terris  cultis  et  incultis^  in  pratis,  et  in  aquis,  secundum 
divisionem  ipsius  finagii  que  a  parte  Landiville  facta  est  me 
présente  et  precipiente  coram  militibus  et  ministerialibus  meis. 
Laudo  preterea  antiquam  communitatem  de  pasturis  consuetam 
inter  prefatam  Villenesse  et  Landivillam^  que  videlicet  talis  est 
quod  libère  absque  damno  faciendo  pasturam  habebunt,  ita  dum- 
taxât  ut  si  forte  ab  animalibus  vel  pecoribus  eorum  illatum  fuerit 
damnum,  et  cui  factum  fuerit  ad  notitiam  capellani  et  duorum  le- 
galium  hominum  de  Landivilla  capitale  re^t  tuetur.  Hujus  autem 
nostre  donationis  testes  sunt  :  venerabilis  do  minus  GodefriduH  epis- 
copus  quondam  Llngonensis,  frater  RainarduscellerariusClarevaU 
lensis,  Christophorus  le  Roches,  Hugo  de  Villenesse,  capeliani  ; 
Milo  de  Avaloura,  WiarJus  Soltanus,  milites;  Petru^  et  Joannes, 
tune  prepositi  de  Barro.  Porro  de  laudatione  fratris  mei  ibeobaldi 
testes  sunt  :  Hugo  de  Fonteta,  et  Wiardus  Soltanus,  et  Agnes  do- 
mina  de  Cbacenaici.  Actum  anno  ab  Incarnatione  Domini  mille- 
simo  centesimo  sexagcsinio  quinto. 

(Avec  le  scel  des  armes  du  susdit  conte,  qui  est  un  aigle 
ayant  son  regard  en  hault  et  les  aisles  esparpillées,  à  l'en- 
tour  duquel  scel  sont  gravés  ces  mots  :  Manasses  cornes 
Barri  super  sequanam.) 

Dibl.  nition.,  fonds  franc.»  5995,  fol.  65  r. 

1165. 

10.  —  Ego  Henricus  Trecensis  cornes  palatinus  présent!  scripte 
notifîco  omnibus  presentibas  et  futuris,  cum  nostri  autboritate  si- 
gilli,  quod  Manasses  comes  Barri  super  Sequanam  in  presentia 
mea  donavit  Deo  et  monasterio  de  Moris  et  concessit  sine  ulla  re- 
tentione  quicquid  babebat  in  omnibus  emolumentis  in  villa  de 
Villenesse  et  infra  parrochiatum  ejusdem  ville  in  nemoribus  et  in 
terris  cultis  et  incultis  et  in  aquis.  Ut  autem  bec  comitis  donatio 
firma  prefato  monasterio  permeneat,  testificor  quod  prefatus  comes 


54  CHABTBS  DE  l'aBBATB   DE   MOUS. 

me  posuit  responsalem  in  garentiam  qnam  fidelîter  conctis  fith 
portabit;  quod  si  contigit  etiam  alium  esse  comitem  quam  'fm 
Manassem  in  comitatu  Barrensi,  lune  de  sua  donatione  promis  pv 
manum  meam  se  garentiam  portare,  aat  si  talis  yenim  conn 
qaem  eam  portare  non  po«set,  ego  som  po^itos  ab  eo  lideja^tf, 
et  responsalis  quod  pro  gravaminibus  suis  idem  MaoasBKfiete 
monasterio  M.  solidos  Trecensis  numete  resûtn^ 
Acuim  est  anno  M^  C^  LXV^ 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  M.  66  r. 

Sans  date,  yers  1165. 

11.  —  Ego  Manasses  dictns  cornes  de  Barre  tam  pKsotile 
qùam  futuris  paci  prospiciens,  voie  omnibaspresentbscriptiattfr 
tatiône  sciri  quod  frater  meus  Theobaldus  remisit  et  miiBsà 
dbmui  de  Moris  querelam  quam  habebat  adversos  eamdâfl  k- 
mum;  preterea  Terramfrancam  que  adjacet  grangie  de  loris  a 
Montemedio  site  laudavimus,  ego  Hanasses  et  idem  fnter  im 
Concessimus  eamdem  Terramfrancam  predicte  domoi  jarep^ 
tuo  possidendam  in  eleemosynam  pro  anima  patris  mei  cmà 
Milonis.  Hanc  etiam  eleemosjrnam  ego  et  sepe  dictas  frater  m 
fecimus  per  manum  venerabilis  patris  domini  Gaodefridi,  Ui^ 
nensis  quondam  episcopi.  Hujus  rei  testes  snnt  :  idem  Godefriàs, 
et  Milo  de  Araloura,  et  Maugerius  senriens  meus  et  alii  ^^ 
qfui  hoc  audierunt  et  viderunt. 

Bibl.  nition.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  66  r. 

1168. 

12.  -*  Ego  Henricus  Trecensium  palatinus  cornes  notmabs 
quod  Hugo  de  Puteolo  comes  Barri  totam  querelam  quam  de ^ 
lenessa  et  de  omnibus  illis  que  ad  Villenessam  pertinent  adTersBi 
domum  de  Moris  habebat,  in  presentia  mea  quietam  omniooc^ 
marit  propterea  quod  ipse  de  charitate  ejusdem  donnas  miDe^ 
lidos  habuit,  et  ego  utori  ejus  XL  dedi  quia  hoc  laadavitdoBni' 

AnnoMoCoLXoVIIK 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol  67  r. 

Sans  date.  1168. 

13.  —  Galtems  Dei  gratia  Lingonensis  episcopns  notao«^ 
tolo  Ipresentibus  et  futuris  quod  Hugo  de  Puteolo  cornes  b^ 
super  SequàOâiÉi,  laudante  Petronillâ,  oonjuge  sua,  de  c^nsa^f^ 


CHA1TE8   DE    l'aBBATE   DE   MOBES.  55 

res  erat,  concessit  Deo  et  domui  de  Horis  quidquid  ad  ipsum  per- 
tinebat,  de  quo  conventionem  tam  ad  fratres  de  Moris,  tam  ad  mo- 
nachos  Molismenses  quam  ad  diverses  fecerat,  scilicet  quidquid 
tenet  eadem  domus  in  finagio  de  Villenesse  et  de  Moris.  De  conces- 
sione  vero  ejusdem,  que  facta  est  in  presentia  comitis  Henrici, 
testes  sunt  :  Roricus,  Meldensis  archidiaconus,  Aicius  de  Planée, 
Ansellus  de  Triagnello,  Droco  de  Pruvino.  Porro  de  laudatione 
Petronille,  uxoris  Hugonis,  testes  sunt  :  Haymode  Brier,  Wiardus 
Soltanus,  Hugo  capellanus  de  Ostricurt ,  frater  Galcherius,  frater 
Joannes  de  Possessa,  monachi  Clarevallis. 

Bibl.  Dation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  67  v*. 
Mention  dans  VArt  de  vérifier  les  dates 1 1.  XI,  p.  294. 

1168. 

14.  —  Noverint  tam  présentes  quam  futur!  quod  ego  Rainaldus, 
Dei  gratia  Pultariensis  abbas^  conce^si  Deo  et  Béate  Marie  de  Moris, 
consilio  et  assensu  totius  capituli  nostri,  quidquid  babebamus  in 
valle  Arelianensi  (1),  sicut  mete  ad  hoc  posite  déterminant  et  di- 
vidunt,  que  vallis  sita  est  in  parrocbia  de  Landrivilia  :  est  enim 
prier  meta  posita  in  colle  que  est  inter  duas  vallulas,  alia  ad  ra- 
dicem  col  lis,  tertia  vero  in  média  val  le,  quarta  subtus  viam  que 
ducit  ad  Villenesse  usque  ad  fines  Sellarum.  Insuper  concedimus 
eidem  ecclesie  quidquid  babebamus  et  quidquid  alii  de  nostro  teoe- 
bant  infra  parrochiales  termines  de  Villenesse,  sine  ulla  retentione, 
excepta  parle  nostra  prati  de  Botula^  pro  quibus  omnibus  ecclesia 
de  Moris  annuo  censu  dat  nobis  quinque  sextarios  annone,  me- 
dictas  cujus  est  frumenti,  altéra  grossioris  annone.  Qui  videlicet 
census  ad  festum  Sancti  Remigii  redditur  priori  de  Landrivilia  re- 
quirenti  apud  Moras.  Testes  sunt  :  Guido  prier,  Nivardus  cellera- 
rius,  Evrardus  sacrista>  Gaufredus  cantor,  monachi  nostri;  Guido 
capellanus  de  Villa  super  Arciam,  Wiardus  Soltanus,  Petrus  de 
Poliseto,  Hainardus  abbas  de  Moris,  Joslenus  celelarius,  Petrus 
hospitalis,  Renerius  villicus  noster  de  Landrivilia. 

Actum  est  anno  ab  Incarnatione  Domini  M®  Cfi  LXVIII^,  Indic- 
tione  1%  régnante  Ludovico  Ludovici  régis  filio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  68  r*. 


(1)  Valoricnt  et  taloUens. 


56  GHARTI8   m   l'aBBàTB   de    M0BX8. 

1169. 

15.  —  Ego  Nicolaas  decanus  Vendopere  notmn  ficio  fBi 
domina  Arnica  de  Villa  super  Ârciam,  pro  anima  fitii  soi  Tboae 
dédit  domui  de  Moris  quatuor  falcatas  prati  quas  Hugo  de  Locb 
et  frater  suus  ad  medietatem  faciebant,  et  juxta  praiam  doo  jor- 
nalia  terre  et  alia  duo  jornalia  terre  de  Cray  jaxta  moleiidiBra 
de  Sellis.  Hoc  laudaverunt  filii  ejus  Guatheriis  et  Ha^o,  ^  fii 
Helysabeth  et  Dammeta. 

Actom  est  anno  Domlni  H"  &  LXIX^'. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  foL  69  r*. 

1170. 

16.  —  Le  comte  Henri  donne  à  Tabbaye  de  Mores  une  maisn 
sise  à  Troyes  au  faubourg  Croncels. 

(Rouget,  Recherches  historiques  sur  la  ville  et  le  cowUé  U 
Bar-sur-Seine,  mentionne  cette  donation  p.  Ii8.) 

1172. 

17.  —  Ego  Galterus,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopns,  notas 
esse  volo  quod  Laurentius  et  OJo  de  Vendopera^  fratres,  oonee»- 
runt  in  eleemosinam  domui  de  Moris  qui  Ji{uid  ipsi  tenebant  infri 
parrochiales  terminos  de  Blaingneio^  Cherrero  et  Lochis.  Besè 
casamentis  predictorum  fratrum  Laurentii  et  Odoois  et  coDoeasb- 
nem  Odonis  laudavit  uxor  ejus  Bietrix. 

Actum  anno  Domini  Mo  G®  LXX®  n<». 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  70  f*. 

1174. 

18.  —  c  Manger,  prevost  de  Bar-snr-Seine,  bailla  à  l'abbé  àt 
Mores  quelques  héritages  qu'il  avait  au  village  de  Yillenesse  doss 
forent  passées  lettres  en  présence  de  Gaultier,  évasque  de  Langres.  t 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  73  r*. 

1174.  Avril. 

19.  •—  Notum  sit  quod  ego  Hugo  de  Puteolo  comes  Barri  concedo 
et  in  pace  dimitto  querelas  quas  habeo  adversus  ecclesiam  de  Moris 
de  acqu'isitione  Yillenesse  et  de  translatione  pablice  vie  qae  erat  ii 


CHAITB8  DB   l'aBBATE  DB  MOBBS.  57 

pomerio  Morensi»  et  de  yinea  que  est  inter  Faiolam  et  Tallem 
Hildieri,  et  de  Terrafranca  grangie  Montismedii  in  territorio  de 
Ghierrevii,  et  ceteras  omnes  querelas  quascamqae  hactenus  haboi 
ad  versus  prefatam  ecclesiam^  bas,  inquam,  omnes  dimitto  propter 
Deam  et  propter  venerabilem  dominum  Eskilum  Lundensis  ecclesie 
arcbiepiscopum  et  Sedis  Apostolice  in  Dacia  legatum,  qni  me  i^de 
rogare  dignatus  est  (1).  Concedo  etiam  prefate  ecclesie  usariam 
piscationis  in  flumine  Uxe  a  ponte  Sellarum  nsque  ad  pontem  Yille- 
nove,  et  ne  super  bis  aliqua  contraversia  oriatur,  laudo  et  confirmo 
omnia  ad  jus  meum  pertinentia  dequibus  bodie  investi  ta  esteadem 
ecclesia  :  quodne  aliquando  possit  infringi,  sigilli  mei  impressione 
Yolo  communiri.  Hujus  ergo  donationis  mee  testes  sunt  :  venerabilis 
arcbiepiscopus  supra  nominatus,  domJDus  Manasses  Lingonensis 
ecclesie  decanus,  Cbristophorus  quoque  capellanus  de  Locliis,  Hugo 
Gortardus  et  Jeremias  de  Werpillcriis,  milites.  Hec  omnia  laudavit 
Petroiiilla  uior  mea,  cum  liberis  meis  Milone,  Helvide  et  Margarita. 
Porro  de  laudatione  comitisse  uxoris  mee,  et  Helvidis  Qlie  mee 
testes  existunt  :  predictus  capellanus  de  Barri,  Haimo  d'Ostricourt, 
Hulricus  frater  vicecomitis  Barri,  Balduerius  de  Buxo,  milites; 
Nicolaus  quoque  prepositus  Barri.  De  laudatione  vero  Milonis  filii 
mei  et  Margarite  filie  mee  testes  sunt  isti  :  supradictus  dominus  ar- 
cbiepiscopus; Petrus  capellanus  de  Baleood;  Hugo  de  Buxi,  cano- 
nicusTreceasis;  Ricbardus  de  Barro,  Milo  de  Aisy,  milites;  Nicolaus 
prepositus  Barri. 

Factum  est  boc^  anno  ab  incarnatione  Domini  M9  O*  LXXIHI^ 
mense  aprilis. 

(Scellé  d'un  grand  sceel  de  cire  blancbe  auquel  est  empreint 
on  bomme  armé  estant  à  cbeval.) 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  73  y*. 

1174. 

20.  —  In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritas  Sancti.  Ego  Hugo,  Dei 
gratia,  Suessionensis  episcopus,  notum  fiefi  volumus  quod  Rogerius, 
miles  de  Tbou,  et  duo  filii  ejus  Bemardus  et  Rogerius,  venientes  in 
presentia  mea,  dimiserunt  domui  de  Moris  omnem  querelam  quam 
babebant  adversus  eam  de  vinericiis,  pratis  et  terris  apud  Yalbon- 
net  et  apud  Yillenessam,  et  cuncta  omnino  ad  jus  suum  pertinen- 
tia, de  quibus  investita  est  ecclesia  de  Moris,  concesserunt  ei  in  elee- 


(1)  Sur  EikUe  cfr.  Migne.  Op.  S.  Bemardi,  t.  IV,  col.  1555,  G. 


58  CHARTES   DB  l'aBBATB   DE    MORES. 

mosynam,  et  eam  idoneis  testibas  axor  predicti  Rogeni,BNAfc 
nomine^  et  Manasses,  filins  eorum,  predictameleemosjiumioiR- 
sentia  mea  laudaverunt  et  concesserunt. 

Actom  est  anno  Domini  M^*  C^'  LXXini^. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  74  r. 

1175. 

21.  —  Wiardas  de  Landis  laadante  filio  sao  Hogoneet 
saa  dédit  in  eleemosynam  domui  de  Moris  alodium  saumdeBoS' 
riis,  scilicet  mansas  et  censas  quos  in  eadem  villa  habebat,  etiff- 
ragium  cnm  decimis  pasturisque. 

Actnm  anno  Domini  M®  C®  LXK9  V®. 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  75 1*. 

1175. 

22.  —  Ego  Galterins,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopns,  »• 
tnm  esse  volo  presentibus  et  futuris  quod  Peiros  MalenutritE 
quietum  clamavit  et  dimisit  in  eleemosynam  domni  de  Moris  offin 
meteonum  frumenli,  qui  ei  annuatim  debebatur,  et  illam  parts 
quam  habebat  in  prato  Hagonis  de  Baxeolo  quod  est  jaxufoi® 
More,  et  omnem  querelam  quam  habebat  adrersus  eanutasi^ 
mum. 

Actum  est  anno  Domini  M©  C^  LXX®  \^. 

Bibl.  nation.,  fonds  (ranç.,  5995,  fol.  75  v. 

1176. 

23.  —  Ludovicus,  Dei  gratia  Rex  Francorum.  NoverintoBiiis 
présentes  et  futuri  Nos ,  pietatis  intuitu ,  monasterio  Saicte  fc« 
de  Moris  liberaliter  concessisse  que  necessdria  sunt  calcianieaû^ 
indumentis,  viclualibus,  volentes  ut  a  propriis  pedagiisnoslrêp 
tolam  terram  nostram  liberi  et  immunes  exstant.  Qaod  ut  perpî^ 
stabilitatis  sortiatur  fulciraentum,  presentis  scripti  pairocinkx^s- 
gilli  nostri  authoritate  precepimus  communiri. 

Artum  est  Clare?alli  anno  ab  Incarnatione  Domini  I''^ 
LXXVP. 

(Avec  un  grand  sceel  de  cire  jaulne.) 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol  76.  i*- 


CHARTES  DB  l'aBBATB  DB  H0RB8.  59 

Avant  1180. 

24.  —  Ego  Galtenis,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopns,  notam 
esse  volo  qnod  Wiardus  Soltanus,  laudante  Qxore  sua  Margareta, 
et  filiis  Guidone  et  Werrico^  et  genero  suo  Wiardo  de  Capis,  dédit 
Deo  et  domui  de  Moris  quicquid  habebat  in  finagio  de  Yillenesse, 
sine  alla  retentione,  et  quidquid  ab  eo  homines  sui  tenebant  ibidem. 
Promisit  etiam  idem  Wiardus  Soltanus  quia  si  quando  de  bis  contro- 
yersia  oriatur,  ipse  donatiouem  banc  cum  pace  fideliter  manu  tene- 
ret  et  tueretur.  Hujus  rei  testes  sunt  :  Fromundus  et  Renaldus, 
monacbi  Clarevallis;  Hugo  et  Petrus  de  Fonteto.  De  laude  Marga- 
rete  uxoris  et  Werrici  filii  Wiardi  soltani,  testes  sunt  :  Girbertus 
et  Gaufridus,  capellani;  Milo  de  Avaloura^  et  Ulricus  de  Lineriis. 
De  laudatione  Widonis  filii  et  Wiardi  generi  Wiardi  Soltani,  testes 
sunt  :  Everardus  servus. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  82  v*. 

1180. 

25.  —  Ego  Manasses,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus  notum 
fieri  yolo  tam  futuris  quam  presentibus  quod  Haimo,  fllius  Gaufredi 
de  Noers,  dédit  Deo  et  Béate  Marie  de  Moris,  et  omnibus  ibidem  Deo 
seryientibus,  quidquid  babebat  in  finagio  de  Landririlla,  in  de- 
cimis,  in  censu,  in  terris,  in  pratis,  in  vineis  et  in  omnibus,  absque 
ulla  retentione,  emolumenlis.  Hoc  donum  concessit  Petrus  frater 
ejus.  Testes  sunt  :  Nicolaus  decanus  de  Yendopera^  Christopborus 
capellanus  de  Lochis,  Gaufridus  capellanus  de  Merri,  Hugo  de 
Pateolo  comes  Barri,  et  Adam  yicecomes  Barri,  et  Tebaudus  de 
Fresnoy.  Hoc  totum  laudavit  Hermengardis  uxor  predicti  Pétri,  et 
filii  sui  :  Guido,  et  Gaufridus,  et  Hugo,  et  filia  e]us  Gersens,  et 
Adelais,  et  Ysabcl.  De  laudatione  Guidonis  testes  sunt  :  predictus 
Nicolaus,  Cbristophorus  de  Lochis^  et  Airardus  dominus  Chacen- 
naii.  De  laudatione  vero  Henomengardis  et  Gaufredi  filii  sui,  et  filia- 
rom  ejus,  testes  sunt  :  idem  Nicolaus,  et  Chnstophorus  de  Locbis, 
et  Andréas  prier  de  Yiveriis. 

Actum  est  hoc,  anno  ab  Incamatione  Domini  M^*  C^  LXXXo. 

Bibl.  nation,,  fonds  franc.,  5995,  fol.  78  r*. 

1182. 

26.  —  Ego  Manasses  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus  notum 
yolo  fieri  quod  Maugerius  prepositus  Barri,  in  mea  presentia  cons- 


60  GHAKTBS   DB   L  ABBATB   OB   MOI». 

titutos,  abrenanciayit  per  manam  meam  omnibus  qnerelisqoasii- 
yersos  domain  de  Moris  habebat,  et  qaicquam  in  fînagiodeXorèfli 
de  Yillenesse,  sive  in  alo'lio,  sive  in  feodo,  sive  in  ceDSii,Tdiiin- 
dimonio  aat  alio  quovis  modo  possidebat,  seu  jure  aliquoRcb- 
mabat,  libère  et  quiète  predicte  domui  in  pace  dimisit,exeep(oeo 
quod  tenebat  Odo  de  Moroch,  de  tenemento  Stephani  qoondafflBvii 
prepositi,  patris  sui.  Promisit  insuper  in  manu  mea  quai  in  pn- 
dictis  finagiis  nihil  ultra  conquiretur^  neque  in  vadimonio,  Wfâ 
proprietatis  jure,  seu  alio  quolibet  modo  possidendum;  et  ebei»- 
synam  quam  Stephanus  prepositus  et  Emeniardis  oxor  ejos  et- 
clesie  de  Moris  fecerant,  in  omnibus  de  quibus  iny6stita^e^ 
clesia  de  Moris  in  alodio  Sellarum,  a  yiayallis  Saleis  asqaead|Ktt- 
tem  Sellarum  et  usque  ad  montem  Orgel,  laudayit  predictoslaa- 
gerius,  et  eidem  ecclisie  confirmayit.  Hoc  et  laudayit  Stephaons, 
filius  predicti  Maugerii,  et  Sybilla,  uxor  ejus.  ItemPetronill:^aiûr 
Hugonis  Goriardi,  et  Joannes,  filius  ipsius,  dederunt  Dec  et»* 
clesie  de  Moris  landam  unam  que  est  subtus  Cherreyi,  joitaba- 
dam  de  Moris,  et  eleemosynam  quam  predictus  Hugo  proaniBUsa 
eidem  domui  fecerat,  laudayerunt.  Usuarium  yidelicettotiaston 
sue  de  yilla  super  Arciam  et  de  Maignant  in  pascuis  oamioni  ait- 
malium  et  duodecim  denarios  censuales  condonayit,  qooseiai- 
nuatim  debebat  eadem  ecclesia  de  turris  existentibu3  apiidgraii{iai 
Montismedii.  Hoc  laudayerunt  filie  eorum  Lucia,  Aaiis,  Agad. 
Adelina. 

Actum  est  anno  Domini  M®  G®  LXXX^  H^. 

Bibl.  nttioo.,  fonds  fitoç.,  5995,  fol,  80  r*. 

1182. 

27.  —  Ego  Erardus,  dominus  Chacennaii,  notum  ficio  fvi 
laudante  Mathilde  uxore  mea,  dedi  in  eleemosynam  et  cotm 
domui  de  Moris,  et  duabus  ejus  grangiis  de  Fraxino  et  deSpu 
omne  usuarium  in  pasturis  omnium  animalinm  in  tota  tem  dki, 
et  omne  usuarium  in  aquis  et  in  silyis,  absque  donare  etyeodere, 
et  excorticare  quercum  stantem.  Lau.layi  etiam  et  concessi  atpn- 
fata  domus  de  Moris  de  casamentls  meis  acqnirat  quantam  pot^ 
et  libère  ab  iis  qui  casamenta  tenent,  quod  acquisierit  reeipbt- 
Laudayi  etiam  eleemosynam  patris  mei,  quam  fecit  ecclesie  eiis 
de  terra  de  Cherreyi,  que  dicitur  Francaterra. 

Actum  anno  Domini  M»  C^  LXXX®  11^. 

Bibl.  OiUou.,  fonds  ftranç.,  5995*  fol.  81  r*. 


CHARTES   DE    l'aBBATE   DE   MORES.  61 

1186. 

28.  —  Notum  sit  quod  ego  Ansericus,  dominas  Montis  Regalis, 
concedente  uxore  moa  domina  Sibilla,  et  filiis  meis  Anserico  et 
Joanne,  pro  remedio  anime  mee,  et  jam  dicte  uxoris  mee,  et  ante- 
cessorum  nostrorum^  concessi  in  eleemosynam,  et  remisi  domui  de 
Moris  pedagium  Divionis,  quantum  fratres  ejusdem  domus  apud 
Divionem  de  rébus  suis  persolvebant.  Dedi  etiam  prefate  domui  in 
eodem  pedagio  annuatim  quadraginta  solidos  Divionensis  monete, 
vigilia  Exaltationis  Sancte  Crucis,  in  eadem  villa,  persolvendos. 
Testes  sunt  :  dominus  Joannes  de  Arceis,  Guido  Befor,  Guido 
Fardel,  Robertus  juvenis,  Renaudus  notarius  meus,  Petrus  prepo- 
situs,  Joannes  de  Autisiodoro. 

Actum  est  hoc  anno  Domini  M^  O  LXXXVI<». 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5935.  fol.  85  r*. 

1183. 

29.  —  Ego  Hanasses,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus,  notum 
facio  presentibus  et  futuris  quod  Garinus  de  Landririlla,  yeniens 
ad  religionem,  dédit  in  eleemosyiiam  domui  de  Moris  quoddam  pra- 
tum  subtus  yiam  que  est  antedomum  leprosorumde  Landrivilla,  et 
terram  qnamdam  juita  eamdem  domum,  et  duas  vineas  quarum 
nna  est  in  valle  Castin,  altéra  in  Longines.  Hujus  rei  testes  sunt  : 
Nicolaas,  decanus  tune  Vendopere;  Christopborus,  capellanus  de 
Lochis;  Maugerius,  prepositos  Barri;  qui  récognition!  ejusdem 
eleemosyne  affuerunt;  magister  Maubertus  et  idem  Cliristophorus. 

Actum  anno  Domini  Mo  Qo  LXXX»  Illo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  83  r*. 

1184. 

• 

30.  —  Ego  Manasses,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus,  notum 
fieri  Yolo  quod  Haimo  de  Ostricourt  ecclesie  de  Moris  dedit  in  elee- 
mosynam,  et  libère  concessit  possidendum  censura,  quem  sibi  an- 
nuatim debebat  eadem  ecclesia  VI  sext.  frumenti.  Hanc  donationem 
landaverunl  uxor  ejus,  comitissa^  et  filii  ejus  Hugo  scilicet  et 
Guillelmus.  Census  vero  iste  Aimoni  de  Ostricourt  ab  ecclesia  de 
Moris  debebatur,  pro  pratis  que  habebat  in  finagio  de  Landrivilla. 
Hujus  donationis  testes  sunt  :  Christopborus,  capellanus  de  Lochis, 
Hugo,  capellanus  de  Ostricourt,  Hugo,  monachus  Glareyallis  et 


62  CHARTES   DE   l'aBBATE   DE   MOUS. 

medicus;  Joannes,  filius  Hugonis  Goriardi,  fratw  JosleniUi  noir 
chus  de  Horis. 
Adam  est  hoc  anno  Domini  M»  C<»  LXXXo  IIII*. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  tslUf. 

1186. 

31.  —  Ego  Manasses,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopoSjiHtu 
facio  presentibas  et  futuris  quod  Herbertns,  abbas  Faim 
censis  (1),  lande  et  assensu  capital!  soi,  dédit  in  preseotia  ifl 
monasterio  de  Horis,  in  omnibus  emolumentis^  quidqoid  hakto 
monasterium  Faverniacense  in  finagiis  de  Bnrre,  deBbii», 
de  Cherrereio,  de  Buxeriis,  de  Villa  super  Arciam,  delAfc 
Landrivilla,  et  quidquid  alii  tenebant  in  prenominatis  fioajiHa 
monarterio  Faverniacense.  Huic  donationi  abbatis  preseetes  fo- 
rant de  suis  :  Morellus,  sacrista  Fayerniacensb  ;  Willelmas,  b(^ 
nachus  ejus;  Joannes,  capellanus  ejus;  magister  Hago;  Widoiie 
Bruyre,  qui  testes  sunt  quod  supradictam  donationem  iti  ah»!^ 
fecit,  quod  in  determinatis  finagiis  nihil  retinuit.  Si  auternoo^ 
terio  de  Moris  aliquoties  nata  fuerit  calumnia,  legitimam  pia* 
tiam  ubique  monasterio  de  Moris  Faverniacensis  abbas  portée 
sane  quandiu  abbas  Faverniacensis  erit  in  terra  illa  pro  piott 
ferenda,  propriis  expensis  fratres  de  Moris  procurabont.  Sdeita 
vero  quod  XXX  solides  primum  reddet  monasterinm  de  Moris  s* 
nuatim  pro  recompensatione  monasterio  Favemiacensi,  ia  ^ 
Sancti  Mammetis  apud  Lingonas,  vel  infra  octavaseJQsdeDki&. 
sine  occasione.  Testes  sunt  :  Lambertus,  archidiaconus;  Eanar- 
dus,  prepoftitus  Sanctorum  Geminorum  ;  Petrus ,  decanas  Bvn; 
magister  Tbeobaldus  et  magister  Gi^ardus  de  Vangionirivo. 

Actum  anno  ab  Incamatlone  Mo  O^  LXXX<>  VI^. 

Bibl.  nation.,  fonds  fnnç.,  5995.  fol.  85  f. 

Sans  date.  1186. 

32.  —  Manasses  Dei  gratia  Trecensis  episcopus...  NoTeriti^ 
versitas  vestra  controversiam  fuisse  inter  ccclesiam  Celkosea^ 
ecclesiam  de  Moris  super  nemore  de  Juviniaco  etquodamf^ 
Trecensi  qui  dicitur  de  Moris,  que  discretis  viris  medianiitei 
abbate  scilicet  de  Longovado,  abbate  Beaii  Lupi  Trecensis,  i^^ 
Milone  de  Sancto  Fidolo  milite,  Roberto  de  Insulls  preposâû,  i 

(1)  Fifernay,  diocèM  de  Besanfim. 


1 


CHART£S   DE    l' ABBAYE   DB   MORES.  63 

banc  moduin  sopita  quievit  :  concessum  est  ecclesie  de  Moris  qnod 

in  pretaxato  nemore  omnimodum  prêter  extirpalionem  haberet 

asuarium,  predicto  furno  absque  omni  calumpnia  ecclesie  Cellensi 

in  perpetuum  rémanente.  Unde  et  ab  eadem  Cellensi  ecclesia  rece- 

pit  ecclesia  de  Moris  VII  libras.  Nos  vero  eidem  ecclesie  de  Moris 

LX  solid.  pro  bono  pacis  persolvimns. 

Archiv.  Aube.  Origin.  Montier-la-Celle.  —  Jeugny,  n.  i. 
Invent,,  t.  1,  fol.  72,  n.  34  et  fol.  174  r«,  n.  1. 

1186. 

33.  —  Ego  Hugo,  abbas  de  Moris... 

(Il  acquiesce  à  la  sentence  de  Manassès,  évoque  de  Troyes, 
rendue  en  présence  de  Raoul,  abbé  de  Longuay,  Guitère,  abbé  de 
Saint-Loup  de  Troyes,  Milon,  seigneur  de  Saint-Phal,  au  sujet  du 
bois  de  Jeugny  et  du  four  de  Mores  à  Troyes.) 

Actum  anno  Domini  Mo  Co  LXXX»  VIo. 

Archiv  Aube.  Origin,  Montier  la  Celle.  —  Jeugny,  n.  2. 
Invent.,  1. 1,  fol.  174 1-,  n.  2. 

H89. 

34.  —  Ego  Dominions,  Dei  gratia  decanus  Tornodorensis,  no- 
tum  facio  cognitum  fuisse  in  curia  Tomodoria  Comitisse,  Odonem 
injuste  querelam  exercuisse  adversus  domum  de  Moris  pro  qui- 
busdam  possessionibus  quas  dicebat  sui  juris  fuisse  in  finagio  de 
Yillenesse  et  de  Moris.  Fratres  vero  predicte  domus  de  Moris,  pa- 
cem  ipsius  babere  cupientes,  licet  eos  injuste  vexaret,  tamen  XX  so- 
lides ei  ex  charitaie  dederunt,  et  omnem  querelam  quam  adversus 
eos  injuste  exercuerat,  in  bona  pace  guerpivit,  tam  ipse  quam  uxor 
ejus  nomine  Emelina.  Hoc  totum  laudavit  Agnes,  Glia  eorum,  et 
sponsus  ejus  Hugo,  et  Colinus,  filius  Odonis,  et  filie  ejus  Ruhuleia 
scilic^t  et  Dameruns,  datis  eis  pro  laudatione  quinque  solidis. 
Testes  :  Mauricus,  sacerdos  de  Parecio;  Radulphus,  sacerdos  de 
Mariaco;  Gaufridus,  sacerdos  de  Die;  Droco,  cellerarius  de  Quin- 
oeio;  Gaufridus,  miles  de  Pascuo;  Colonus,  prepositus;  Hachardus 
de  Castellione;  Gosduinus  textor. 

Actum  anno  Domini  Mo  Qo  LXXXo  IXo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  87  f. 

H90. 

35.  —  Ego  Manasses,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus.... 

...  Item  Albericus  miles  de  Essoya  par  manum  meam  dédit  in 


1 


64  CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   HOBIS. 

eleemosynam  domui  de  Moris^  partem  snam  pastare  de  laipai 
Laudavit  hoc  Saracena,  uxor  prefati  Alberici,  et  filii  ipsonusSip 
et  Jobertus,  et  filie. 

Actam  anno  Domini  W^  &  XC<>. 

Bibl.  nation.,  fonds  Crasç..  5995,  fol.  89  ret9Ûr. 

1190. 

36.  —  Ego  GarnerÎQS,  episcopos  Lingonensis,  notam  luiù^ 
Radulphus,  frater  domini  Hildieri  de  Barreio,  itorus  Jerost^M 
dédit  ia  eleemosynam  Deo  et  ecclesie  de  Moris  quarum  pm 
brossarum  secus  Coriol  que  sua  erat. 

Actam  anno  Domini  M9  C^  XC<*. 

Bibl.  nttion.,  fonds  Ihmç.,  5995,  fol SOr. 

1194. 

37.  —  Notum  sit  presentibus  et  fntoris  quod  ego  WiDietaï 
Vienne^  Matisconensis  cornes,  dedi  et  concessi  ecclesie  CbrenË 
et  de  Moris  pedagia  per  totam  terram  meam,  pro  remédie  vm 
patris  et  matris  mee,  et  antecessorum  meoram,  pacifiée  etn^ 
liter  possidenda. 

Actam  anno  Domini  M»  €<>  LXXXXIIIIo. 

Bibl.  naUon.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  90  r. 

1194. 

38.  —  Ego  Clarembandas,  dominos  de  Capis,  notnm  fit»* 
dédisse  in  eleemosynam,  et  acquitasse  domui  de  Moris,  (p^ 
tenebat  et  investita  erat  eadem  e*  clesia  de  Moris,  de  cas»»* 
meis  a  Chierreve  et  in  fînag'o  ejasdem  ville,  et  in  omnibus  eBwî- 
mentis,  excepte  casamento  domine  Ysabiaus  cognomenio  On» 
scilicet  in  quantum  ipsa  de  eodem  casamento  tenebat,  ea  dk^ 
bec  facta  sunt,  si  quis  vero  adversus  banc  eleemosynam  ali^ 
calamniam  movcre  voluerit,  ego  in  omnibus  gareotiam  portai* 
acquitabo  ut  justum  fuerit.  Laudavit  bec  omnia  uxor  meaooi^ 
Helisendis,  et  pueri  mei  Clarembaudus  et  Garnenus,  et  ^ 
Elisabet. 

Actam  anno  Domini  M^"  G»  XC IIII». 

Bibl.  naUon.,  fonds  franc.,  5995,  fol  90  v. 


CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   MORES.  65 

1194. 

39.  —  Ego  Garnerius ,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus ,  no- 
tam  facio  quod  dominus  Jeremias  de  Buxeriis  dédit  in  eleemosynam 
Deo  et  ecclesie  béate  Marie  de  Horis  quidquid  habebat  in  decimis 
de  Buxeriis,  scilicet  tertiam  partem  tertie  partis,  laudante  et  con- 
cedente  nepte  sua,  de  qua  in  casamento  prefatam  decimam  tene- 
bat,  nomine  Dama.  Hoc  donum  laudavit  uxor  prefati  Jeremie,  no- 
mine  Achiba,  et  filius  ejus  Gunthenis.  Idem  quoque  Jeremias  et 
Guntherus,  filius  ejus,  laudaverunt  eleemosynam  de  terra  quam 
dominus  Hilduinus  dédit  in  eleemosynam  prefate  domui  de  Moris. 

Actum  anno  Domini  Mo  Ù>  XC«  IIII*. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  91  r*. 

1195. 

40.  —  Werricus,  filius  domini  Wiardi  Soltani  de  Barro,  dédit 
in  eleemosynam  Deo  et  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris  quidquid  ha- 
bebat apud  Loches  et  in  finagio  ejusdem  ville. 

Actum  anno  domini  M'^  Co  XC»  Y®. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  91  y*. 

1195. 

41.  —  Ego  Garnerius,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus,  no- 
tum  facio  quod  Stephanus  de  Chasnay,  et  uxor  ejus  Osanna,  de 
CQJus  capite  hoc  donum  movebat,  delaude  filiorum  ipsorum  Yterii, 
Willielmi,  et  filie,  nomine  Margarete,  dederunt  in  eleemosynam  Deo 
et  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris  quidquid  eorum  juris  erat  in  décima 
a  via  Salaria,  que  vadit  usque  ad  vadum  de  Selis,  usque  ad  Moras; 
et  extinctis  omnibus  querelis,  quas  adversus  prefatam  domum  ba- 
bnerunt. . . 

Actum  anno  Domini  M<»  G*  XG»  Y<». 

Bibl.  nation.,  fonds  firanç.,  5995,  fol.  92  r*. 

1197. 

42.  —  Notum  sit  presentibus  et  futuris  quod  ego  Milo,  comes 
Barri  super  Secanam ,  dedi  in  eleemosinam  Deo  et  Béate  Marie 
de  Moris  usuarium  in  pasturis  mois  omnibus  et  que  juris  mei 
sunt  in  finagiis  Barri,  et  Yillenove,  et  Merre,  et  in  fînagiis  Yille. 
super  Arciam,  et  de  Chierrevi ,  et  de  Landririlla ,  et  de  Locbis, 
et  de  Essoye,  et  de  Gurterun,  et  ubicumque  fuerint  ultra  Se- 

T.  UXTII.  5 


66  CHASTES   DE   L* ABBAYE   DE  HOBBI. 

canam  versus  orientalem  plagam  ;  et  osuariom  piscatknis  i 
flumen  Usse,  ab  aqua  de  Moris  osqae  ad  pontem  YilleDOfe.Itf 
in  eleemosynam  Deo  et  domui  de  Moris  quicquam  etiaiD  lo^ 
sierunt  fratres  de  Moris  a  monasterio  de  Molismo,  in  £b^ 
de  Selis  et  de  Merri,  in  omnibus  utilitatibus.et  osibus;  etQt»> 
lendinum  faciant  inter  cachamentum  suum  et  TadamdeSeLl» 
davi  et  concessi.  Decimam  quoque  et  casamentum  dedmedeSel,!!! 
lîceat  eb  acquirere  si  possint  concessi.  Omnem  temmquabbe 
bam  inter  vallem  Yielen  et  montem  Orbel  et  inter  terram  iftn 
de  MoUsmo,  et  vineas,  dedi  in  eleemosynam  jam  dicte  eeâese 
de  Moris.  Promisi  quoque  divisiones  et  metas  finium  et  nem 
que  sunt  inter  Yiienessam  et  Moras  et  Bussel  proat  a  lepite 
juris  determinati  et  divisi  sunt  tenere...  ita  ut  de  ceterojasson 
et  boscum  suum  ecclesia  de  Moris  in  pace  possideat.  Fonstti 
Brouart  que  ipsorum  propria  est,  ut  omnibus  modisqnibosTo!»» 
rint,  excolant,  et  mansionem  quam  voluerint,  faciant  inea,laBÎ 
et  ooncedo.  Novalia  que  in  predicta  foresta  sunt  sine  couses 
ipsorum  vel  de  cetero  fient  a  meis  bominibos,  eis  âne  diliiia» 
reddi  faciam  ita  ut  de  cetero  ea  in  pace  possideant.  Siveroiiâer 
Buxerias  et  Cbirrevium  habiiare  voluerint,  ut  babitatioDeap 

libitusuo  ibi  faciant,  laudo  et  concedo.   In ut  vineamsufl 

quam  plantare  ceperunt,  usque  ad  summum  vetens  vinee  ipsocm 
et  fossas  perficiant,  laudo  et  concedo.  Eam  vero  pariem  qnasl»^ 
minus  de  Juilly  tenet  in  omnibus  bisque  dicta  sunt,  nt  libm  *' 
quirant  concedo.  Igitur  ut  ne  de  cetero  aliqua  dissensio,  coeâs 
prenominatorum,  inter  me  et  fratres  de  Moris  (quod  ab9t)oritfir. 
omnia  que  eis  ab  antecessoribus  meis  bactenus  in  eleeoiosiss 
data  sunt,  et  omnia  que  bodie  possident  in  bosco  et  piano,  teni} 
cultis  et  incultisy  aquis,  et  pratis,  et  censu,  et  pascais,  et  iB  ^ 
nibus  aliis  emolumentis,  laudavi  et  concessi  ;  et  omnes  ealnneBi 
quas  bactenus  adversus  babui,  bénigne  remitto  et  quietas  ^ 
pro  sainte  anime  mee  et  antecessorum  meorum.  Promitio  «ns 
Deo,  et  omnibus  commilitonibus  et  ministerialibus  meis  res  ffà- 
sie  et  fratrum  de  Moris,  ut  meas  res  proprias,  per  omnia  U^ 
in  omnibus  locis  protegere  et  custodire,  et  de  hominibos  ib^  ^ 
de  aliis,  pro  posse  meo,  pacem  eis  tenere.  Hec  omnia  landari(E8^ 
sendis  comitissa,  uxor  mea,  et  filii  mei,  Hugo  et  Galteros.  Hor^ 
omnium,  scilicet  donationis  mee  et  laudationis  dicte  moris  ^ 
et  filiorum  meorum  amborum,  testes  sunt  :  Joannes  de  Po^ 
cellararius  Clarevallis  ;  Maubertus,  decanus  Vendopere;  Ou^ 
pborus,  presbyter  de  Locbis;  Milo,  presbyter  Barri;  Hago,or 
lanus  meus;  Stepbanus  miles  de  Cbannay;  Hugo,  Slm  Ai^ 


CBABTES   DE   l'aBBATB   DB   MOBES.  67 

de  Essoya;  Joannes,  cognomento  Lorneis;  Turpinus  Hudierius, 
bospes  meus,  de  Trecis;  Robertus  Gibeti,  prepositos  meus;  Itéras 
et  Wilielmus,  filii  domini  de  Channay;  Hugo  de  Trecis. 
Actum  anno  Domini  millésime  centesimo  nonagesimo  septimo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  95  r*. 

1197. 

43.  — -  Ego  Guide,  dominus  de  Juilly,  notum  facio  presentibus 
et  futuris  me  dédisse  in  eleemosinam  Deo  et  ecclesie  Béate  Marie 
de  Moris  usuarium  in  pasturis  meis  et  que  mei  juris  sunt  vel  erant 
ex  parte  mea,  vel  uxoris  mee,  in  finagiis  subscriptis,  scilicet  Barri, 
Villenove,  Merri ,  et  Ville  super  Arciam,  Chierrevi,  et  ubicum- 
qne  sint  ultra  Sequanam,  versus  orientalem  plagam  ;  et  usuarium 
piscationis  in  flumen  Usse  ab  aqua  de  Moris  usque  ad  pontem 
Yillenove.  Dedi  in  eleemosynam  Deo  et  ecclesie  de  Moris  quid- 
qaid  acquisivit  eadem  ecclesia  a  monachis  de  Molismo.  in  finagio 
de  Selis  et  Merri,  in  omnibus  emolumentis;  utmolendinum  faciant 
inter  cacbamentum  suum  et  vadum  de  Sel  laudavi  et  concessi. 
Omnem  quoque  terram  quam  habebam  inter  yallem  Yielen  et 
montem  Orgeoil  et  inter  terram  S^  Marie  de  Molismo,  et  vineas, 
dedi  in  eleemosinam  jam  dicte  ecclesie  de  Moris.  Forestam  Brouart 
que  ipsoram  propria  est,  ut  modis  omnibus  quibus  voluerint 
excolant,  et  mansionem  quam  voluerunt,  faciant  in  ea,  laudavi 
et  concessi.  Novalia  que  in  predicta  foresta  sine  consensu  ipsorum 
facta  sunt,  vel  de  cetero  fient,  a  meis  hominihus,  sine  dilatione 
reddi  fanam  ita  ut  de  cetoro  ea  in  pace  possideant.  Si  vero  inter 
Buxerium  et  Chierrevium  habitare  voluerint.  ut  habitationem  pro 

libita  8U0  ibi  faciant,  lau>lavi  et  conces.<ti.  In  F ut  vineam 

suam  quam  plantare  ceperunt,  usque  ad  summum  veteris  vinee 
ipsorum,  et  fessas,  perficiant  laudavi  et  concessi  eis;  et  bénigne 
laadavi  omnia  que  ab  antecessoribus  meis  et  uxoris  mee  Petro- 
nille  hactenus  in  eleemosinam  data  sunt;  et  omnia  que  hodie  pos- 
sident  in  bosco  et  piano,  terris  cultis  et  incultis,  aiuis,  et  pratis, 
et  censu,  et  pascuis;  et  omnes  calumnias  quas  hactenus  habui 
ad  versus  eos,  remisi  et  quietas  clamavi;  et  quecumque  eis  ab  ante- 
cessoribus meis  et  dicte  uxoris  mee  Petronille,  sicut  dictum  est,  in 
eleemosinam  sunt  collatain  omnibus  emolumentis,  hec  omn  a  laur 
daverunt  et  in  eleemosynam  dederunt  predicte  ecclesie  de  Moris, 
Petronilla  uxor  mea,  de  cujus  hereditate  predicta  isia  movebant, 
et  margareta,  mater  ipsius,  et  Agnes,  filia  ejusdem.  De  laude  ista- 
roia  lestes  sont  :  Christophorus  de  Locbis,  et  Theobaldus  de  Polisi, 


68  CHA1TE8  DE  l' ABBAYE  Dl  MOUS. 

presbyteriy.et  Wiardos  Jarrons,  et  Wiardas  de  Fraxero.  wM 
Hec  eadem  laudavitet  in  eleemosinam  dédit  TheobaldQs,deBn- 
chegenoille  dominas.  De  lande  ipsios  sont  testes  :  Tboous,ts 
cellararins  Clarevallis,  et  Joannes,  cognomento  Lorneis,etOioè 
Yillemanro.  Item  dedi  in  eleemosinam  Deo  et  ecclesie  de  lorè 
nsnarium  in  omnibus  pasturLs  meis,  et  que  jnris  mei  soat,  a 
parte  mea  et  ex  parte  uxoris  mee,  in  finagiis  de  LandriviUaâi 
Lochis,  ad  usas  omnium  animalium  et  peoorum  soonnn,  et  i 
omnibus  utilitatibus.  Hoc  etiam  donum  laudavit  et  in  deenoi- 
nam  dédit  Petronilla^  uxor  mea,  et  Agnes,  filia  domine  Hupm 
Actum  anno  Domini  W  O  XO  YIIo. 

(Ayec  un  sceel  de  cire  rouge  auquel  est  emprdit  « 
croix). 

Bibl.  Dation.,  fonds  frtnç.,  S99S,  M.96r 

U97. 

44.  —  Ego  Guido,  dominus  de  Juilly,  notum  facio  preieotto 
et  fuluris  quod  calumniabar  tenementum  Stepbani,  qnôndap 
positi  Barri,  quod  habebat  in  finagio  de  Horis  et  de  TilteMsse;^ 
per  ecclesiasticam  censuram  attestatum  est  quod  idem  Step^ 
hoc  tenementum  dédit  in  eleemosjmam  domui  deMorissineiUiR' 
tentione,  scilicet  quidquam  habebat  in  predicto  finagio  de  Vorê^ 
de  Villenesse,  in  pratis,  in  terris,  et  vineis,  et  censn,  et  on»hs 
aliis  emolumentis.  Ermengardis,  uxor  ej us,  que  hoc  ipsoo  tw* 
mentum  in  dote  habebat,  ecclesiam  de  Horis  investivit  in  îiu^ 
De  dono  Stepbani  testes  sunt  :  Bartholomeus,  sororios  aji»^ 
Stephani  ;  Theobaldus,  quondam  prepositus  Barri.  De  donoEnB» 
gardis  testes  sunt  :  Christophorus,  presbiter  de  Lochis;  Gialrïi& 
presbyter  de  Merri;  Everardus.  tune  prior  de  Moris;  &>B^ 
Gilbert  us  et  frater  David,  monachi  de  Moris.  Ego  yero,  qniin*^ 
justiciam  ire  nolebam,  banc  eleemosynam  landavi,  etqôietaot^ 
mayi,  et  ubique  garantiam  jure  portabo.  Testes  sont  :  àom^ 
Joannes  de  Possessa;  Christophorus,  presbyter  de  Loehis;et^ 
minus  Clarembaudus,  frater  meus;  Bartholomeus,  dooinQ^^ 
Ceris  ;  Durannus  de  Chacenniaco.  Hanc  eleemosynam  luda^ 
Petronilla,  uxor  mea,  de  cujus  capite  hoc  tenementum  more^ 
Testes  sunt  :  Christophorus,  capellanus  de  Lochis;  Galfridos^pf^ 
byter  de  Herri;  Wiardus  larrons;  frater  David  et  fratâ'G^ 
rius,  monachi  de  Moris.  Hanc  eleemosynam  Galfridos  Aofii^ 
aerviens  meus,  laudavit  et  quietam  clamavit  domni  de  m^ 


i 


CHARTES   DB   l'aBBATB   DE  «ORES.  69 

Testes  :  Christophorus,  presbyter  de  Lochis  ;  Galfridos  presbyter 
de  Henri;  Wiardus  Jarrons;  dominas  Joannes  de  Possessa. 
Actam  anao  Incarnationis  M<>  (>  XC<*  yil<*.  * 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  93  f. 

1198. 

45.  —  Ego  Garnerius,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopas,  notnm 
facio  quod  dominos  Odo  de  Yendopera  dédit  domui  et  ecclesie  Béate 
Marie  de  Moris  in  eleemosynam  imum  sextariam  frumenti  in  dé- 
cima de  Longoprato  annuatim.  Hoc  laudavit  Beatrix,  uxor  ejosdem 
Odonis,  et  Oda,  filia  ipsorum. 

Item  dominas  Hugo  de  Yendopera  dédit  in  eleemosynam  eidem 
ecclesie  sextariam  anam  framenti  in  grangia  de  Belleforia.  Hoc 
laadavit  filia  ejas  Ermensidis. 

Actam  anno  Domini  M«  C«»  XC»  YH!». 

'         Bibl.  nation.,  fonds  fhinç.,  5995,  fol.  98  t*. 

H99. 

46.  ~  Ego  Gaillielmas,  decanns  Castellionis,  notnm  facio  qnod 
Bartholomeus  de  Champigni,  qni  fait  filius  domini  Joannis  de 
Grance,  dédit  in  eleemosynam  domai  de  Moris,  et  quietam  clamayit, 
partem  saam  décime  de  Landrivilla,  et  quidqaid  habebat  in  eadem 
villa,  et  qaidqaid  babebat  ad  Boxeriam  et  ad  Seles,  et  in  omnibns 
emolamentis.  Hanc  eleemosynam  laudavit  Emelina,  uxor  prefati 
Bartbolomei  de  cujus  capite  boc  donum  movebat,  et  Joannes,  filins 
ipsorum. 

Actum  anno  Domini  MoC^'XC^IX^*.  Testes  :  Humbertos,  capel- 
lanas  deMassingi;  Constancios  de  Mussi;  Radalphus,  armiger  do- 
mini Hngonis  de  Ostricourt. 

Bibl.  nation.,  fonds  fhmç.,  5995,  fol.  99  v*. 

1199  (v.  st.)  Février. 

47.  -*  Theobaldus,  Trecensis  comes  palatinns,  omiûbas  prepo- 
sitis  sais,  majoribas  et  ballivis.  Mando  vobis  et  precipio  quod  sicat 
res  nostras  diligitis,  res  fratrum  de  Moris  et  omnia  que  ad  jus  ip- 
sorum pertinent,  ubicumque  fuerint  in  potestate  vestra,  tanquam 
mea  custodiatis,  et  manu  teneatis,  et  ab  omni  injaria  et  gravamino 
defendatis.  Si  quis  autem  eis  injuriam  inferre,  vel  ad  res  ipsorum 
absque  causa  rationali,  vel  antequam  causas  mihi  ostendat,  ma- 


70  CHARTB8  Bl   l'aIBATE   M   MOUB. 

num  extendere  presumpserit,  de  rébus  ipsius  unnun 
quas  res  dictorum  fratram  reddat  intégras,  et  ipsîs  frabike  pn 
emendatione*C.  solides  solvat.  Qaod  nisi  feceritis,  sciatis  qood  Ûb 
solides  C.  de  yestro  proprio  persol vêtis. 

Actum  anno  Domini  M^  O  XC^  IX,  mense  Febroario. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  foL  99  r. 

1200. 

48.  —  Ego  Blancha,  comitissa  Campanie  palatiaa,  nocomfi» 
presentibus  et  futuris  qaod  Simon  dominas  Ciaromontis^ErB» 
gans  axer  ejas  laude  et  assensu  Qliorum  saoram  Simonis  et  Odws 
quittaveraot  fratribasde  Moris  qaerelam  qoam  habebant  idfosa 
eos  super  Querca  et  Yillefaere  cum  omnibas  appendiUis  et  «i 
concesserunt  libère  et  quiète  possidenda  in  perpetanm  in  hw 
modum  :  fratres  de  Horis  habent  pasturas  in  to|a  terra  Yeaàof&t 
tam  in  nemoribus  quam  in  plauis  ad  omne  genus  animaliam  et  pe- 
corum,  exceptis  porcis  quorum  pastura  excluditar  in  bis  foresà, 
scilicet  :  in  foresta  de  Beurreio,  in  Demot,  in  Epoisse,  ia  h 
Reclaye,  in  Craymenart  et  in  Crusilles  (per  qaam  t^m^i  furesM 
de  Crusilles  possunt  porci  eorum  libère  transire  moram  soi  b- 
ciendo).  In  foresta  vero  que  dicitur  Honsmartin  et  ia  mmm 
quod  dicitur  Suliene  et  in  Dert  et  in  la  Becassiere  a  tU  qat  lA 
a  Yandopera  usque  ad  Yilleium  versos  Briel  qoousqoe  pastoi 
Yaadopere  extenditur,  habent  dicti  fratres  plenariam  osnariiaiii 
porcos,  tam  ad  glandes  quam  ad  aliud  genus  pastare,  exœploii 
pratis;  et  insuper  ad  omne  gênas  animaliam  et  pecorom  alkm 
a  porcis,  b'abent  pasturam  in  pratis  et  bosco  et  piano  ;  in  fereâi 
vero  Hontismartini  babent  dicti  fratres  usuarium  ad  bec  qnataor 
tantum  scilicet  :  ad  salices,  ad  vuibs,  ad  hambles,  ad  eraU«  tf 
etiam  ad  omne  genus  jacens.  In  Suliene  vero  et  Dert  et  ta  Becas- 
siere habent  dicti  fratres  plenarium  usuarium  ad  omnes  nsis  $ais 
tam  in  vivo  nemore  quam  mortuo;  sed  in  foresta  de  Bnrreb  a 
Demot,  in  Epoisse,  in  Reclaye,  in  Craymenart  et  in  Crasilles  iMd> 
lum  babent  usuarium  nec  in  vivo  nec  in  mortao  prêter  qoam  s 
pasturis.  Sciendum  preterea  est  quod  si  fratres  de  Moris  vel  eom 
servientes  vel  eorum  animalia  vel  pecora  vel  porci  damntun  abcù 
intulerint,  damnum  emenda  restituent.  Preterea  si  fratres  «kHorb 
vel  eorum  servientes  in  tota  terra  Yandopere  besanas  vel  gitsB 
invenerint  infra  septem  dies  servientibas  dominorum  vel  ipsisd»- 
minis  nuntiabant  et  exinde  babebant  fratres  unam  medietatt», 


GHARTB8   DB   l'aBBATE   DE   MORES.  71 

domiai  yel  eonim  servientes  alteram;  et  si  forte  yenationem  captam 
vel  moriaam  fratres  vel  eorum  servientes  invenerint  fratres  habe- 
bant  unam  medietatem,  dominivel  eoram  servientesr alteram;  in 
petiariis  vero  que  modo  sunt  et  in  tota  terra  Yendopere  vel  de  ce- 
tero  invenientur,  habent  dicti  fratres  plenarium  usuariom,  de  vo- 
luntate  tamen  bominis  illius  in  cujus  terra  invenientur.  Habent 
preterea  plenarium  usuarium  in  aqua  que  dicitur  Bassa  qaando- 
cumque  non  erit  in  banno,  a  ponte  vero  ubi  remus  que  dicitur 
Foret  cadit  in  Bassam,  quousque  clausara  de  Quercu  que  modo  est 
protenditar,  tota  aqna  est  fratrum  de  Moris  in  qna  nuilus  poterit 
piscari  prêter  qnam  dominas  ad  cnjus  partem  Bassa  deveniet.  Fra- 
tres de  Moris  tenentur  in  perpetuum  facere  très  pontes,  scilicet  : 
pontem  ad  Quercum,  pontem  a  la  Corre,  et  pontem  ad  Gbapon. 
Fratres  de  Moris  poterunt  extirpare  omnes  frulices  pratoram  suo- 
mm,  sed  in  nulle  nemorum  vel  forestarum  extirpare  poterunt  nisi 
de  voluntate  dicti  Simonis,  vel  heredum  suorum.  De  bis  autem  que 
ad  ipsos  vel  ad  feodos  et  bomines  ipsorum,  sive  milites,  sive  bur- 
genses,  sive  villanos  spectant,  in  castellaria  Yendopere,  scili- 
cet :  terris,  pratis,  vineis  et  aliis  hereditatibus  de  quibas  modo 
investiti  sunt  emptione,  vel  eleemosyna,  vel  gageria,  vel  ullo  alio 
modo  aliquid  acquircre  poterunt  dicti  fratres  nisi  de  voluntate 
dicti  Simonis  vel  beredum  suorum;  possant  tamen  accipere  omnes 
res  mobiles  que  non  sunt  de  bereditate  ab  bominibus  dicti  Simonis 
vel  beredum  suorum,  si  eis  date  fuerint  in  eleemosynam,  quantum 
de  jure  dare  potest  in  eleemosynam  ecclesie.  Domos  autem  nulle 
modo  poterunt  accipere  in  gageria  quod  pertineat  ad  bereditatem 
in  castellaria  Yandopere.  Possunt  autem  dicti  fratres  acquirere 
terras  que  sunt  a  via  de  Longprey  que  vadit  versus  Yillefuere 
scindendo  viam  que  vadit  de  Beurreio  ad  Barrum  super  albam 
usijue  ad  Valittlam  de  Suliene;  et  si  acquisierint  eas  libère,  in  per- 
petuum possidebunt.  De  bis  autem  omnibus  tenentur  dicti  Simon 
et  Ërmensans  uxor  ejus  ot  heredes  ipsorum  quantum  ad  partes  ip- 
sorum  pertinet.  Ëgo  contra  omnes  perturbatores  legitimam  garan- 
tiam  portare...  ut  autem  bec  omnia  rata  et  inconcussa  permaneant 
presens  scriptum  sigillilnei  impressione  roboravi. 

Actum  anno  gratie  millésime  ducentesimo. 

Et  scellé  a  double  queue  de  soye  rouge  et  verte  auquel  scel  la  fi- 
gure d'une  dame,  en  cire  verte.  —  Copie  autent.  collation,  sur 
l'original,  le  12  nov.  1776  à  Yendeuvre. 


72  CHARTES   DB   l'aBBAYK   DE   MOUS. 

1202  (?.  st.)  sa  Janvier. 

49.  —  Hilo,  archidiaoonas,  episcopaliam  procnralor,  et 
Odo>  Trecensis  carie  ofBcialis,  omnibos  notam  faciinas  qiiod 
titatas  in  nostra  presentia  Willielmas  de  Villamediana  miles,  do- 
nayit  domai  de  Horis  in  perpetuam  eleemosinam  sex  solîdos  eti- 
midiam  annoi  censas  apad...  qaos  Adam  d*Anci-la-YiUe»  Sophâ 
et  Adam  de  Hesio  Roberti,  de  pratis,  terris  et  moris  in  festo  Sadi 
Remigii  reddere  tenebantar.  Hanc  vero  donationem  laadaveroii 
Oda,  uior  saa,  Willielmas  et  Symon,  filii  ejos,  Alix,  filia  sua,  el 
Emeniardis,  uxor  prefati  Symonis. 

Actam  anno  Domini  H®  CG^  11^,  tertio  kalendas  Febrojurii. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  &995,  UL  101  r. 

1203. 

80.  —  Ego  Robertas,  Dei  gratia  Lingonensis  episcoims,  ootiB 
facio  qaod  qaerela  qae  yersabatar  inter  fratres  Militie  TempG  A 
fratres  de  Moris,  in  presentia  nostra,  in  banc  modum  teminataâ 
et  pacificata  :  omnia  qae  acqaisierant  fratres  de  Horis  et  f ratr^  Tes- 
pli  in  villa  de  Baxeriis  et  in  Gnagio  ejas,  sibi  ad  invicem  commaaka- 
yerant;  similiter  qaidquid  habebant  in  finagiode  Sœriis,  «spir 
omnia  commane  factam  est,  exceptis  terris  qaas  habebaot  atriqv 
fratres  inter  viam  qae  vadit  de  Baxeriis  ad  Chireveiam,  et  Tianipi 
dicitarde  Chastel,  sicut  mete  posite  demonstrant;  qae  terre  tmet 
nebant  singalis  fratribas  sicat  eas  ante  compositionem  factam  pesé- 
debant.  Ita  vero  de  omnibas  atilitatibas,  tam  in  jasticiaqaam  iads- 
minio,  et  hominibas,  et  décima,  et  farno,  et  molendino»  et  boseo,eK 
piano,  et  pastaris,  et  omnibas  aliis  pertinentibas,  fratres  de  M« 
medietatem  habebant  ;  similiter  et  aliam  medietatem  T^nplaii. 
Qaidqaid  vero  predicti  fratres  in  prenominatis  finagiis  de  cetero  a^ 
qaisierint,  per  eleemosynam,  vel  per  emptionem,  vel  aliis  wùSk 
compatatis  expensis  eqaaliter,  eis  commania  erant;  omiMs  nn 
redditas  qai  debentar  pro  omnibas  bis  predictis,  fratres  de  Morê 
et  fratres  Templi  eqaaiiter  solvent.  Si  qnis  vero  de  iis  que  otriq» 
fratres  acqaisierint,  vellet  inferre  calamnias,  atriqae  fratres  sUiâ 
invicem,  secandum  jasticiam,  garentiam  portabant. 

Actam  et  datam  anno  Domini  Mo  CC<^  III^'. 

Bibl.  nation.,  fbnds  franc.,  5995,  fol.  101  r. 


CHARTES   DE   l' ABBAYE   DE   MORES.  73 

*1204. 

SI.  —  Ego  Robertas,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus,  notum 
facio  Girardum  de  Chereve  et  Hilonem,  fratrem  ejas,  et  Noche- 
rium  filiam  Ëyrardi  Grossi,  et  Milonem  de  Clareio,  milites,  et  Josle- 
nam,  filiam  predicti  Grossi  esse  homines  ecclesie  Sancte  Marie  de 
Moris  de  casamento  Sancte  Marie  de  Favemiaco.  Sciendam  qao- 
que  Nocheriam  de  Simenroare,  maritam  domine  Faceie  qaamdiu 
yixit  fuisse  hominem  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris  de  predicto  ca- 
samento Sancte  Marie  de  Favemiaco  et  post  ejos  mortem  predic- 
tam  Faceiam  oxorem  ejos,  hominium  de  eodem  casamento  de  Fa- 
yemiaco  jam  dicte  ecclesie  de  Moris  recognovisse  et  fecisse.  Sunt 
autem  de  casamento  ea  que  omnes  illi  quos  saperias  nominavimos 
habent,  et  habebont  apud  Loches,  apad  Boxeriam,  apad  Yillam 
super  Arciam  et  apud  Blaingny  in  finagiis  earumdem  villarum. 

Actum  anno  Domini  M»  CG»  IIII«. 

Bibl.  nation.,  fonds  fhmc.,  5995,  fol.  102  r*. 

1204. 

BS.  —  Ego  Robertus,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopus,  notum 
fado  quod  Stephanus  de  Barro  super  Secanam,  filins  Maugerii  pre- 
poeiti,  laudavit  totam  eleemosynam  qnam  dictas  Maugerius  fecerat 
domui  de  Moris.  Preterea  quietum  clamavit  domui  de  Moris  totam 
tenementum  Stephani  prepo^iti  de  TiUanoya.  Hec  omnia  facta  sunt 
laude  et  assensu  uxoris  sue  Sibille  et  filiorum  suoram,  Pétri  cle- 
rici,  Maugerii,  Hngonis  Bartholomei,  et  filie  Margarete. 

Actum  anno  Domini  M»  CC*  IIIIo. 

.    Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  102  ?*. 

1205. 

83.  —  Ego  Erardus,  dominus  Chacennei,  filius  domini  Erardi, 
notnm  facio  me  dédisse  in  perpetuam  eleemosynam  et  bénigne 
concessisse  domui  de  Moris  ob  l'emedium  anime  mee  et  antecesso- 
mm  meorum  ut  grangiam  ediBcent  inter  Buxerium  et  Cherre- 
YÎam  inter  duos  caminos;  concède  etiam  eidem  domui  et  confirme 
omnes  donationes  et  eleemosinas  quas  antecessores  mei  de  Chacen- 
neo  fecerunt  predicte  domui,  Ansericus,  et  Jacobus,  filius  ejus,  et 
Erardus  pater  meus,  yidelicet  plenarium  usuarium  in  omni  terra 


74  CHARTES   DE   l'aBBATE    INB    MOMES. 

mea  tafi  in  bosco  qoam  in  piano,  in  aqnis  et  in  stlvis,  etiape- 
cuis,  ad  opos  omnium  animalium  et  p^coram  libère,  possidenJoB; 
qnidqaid  fratres  acquisierunt  vel  acquirere  potenint  de  cA^misià 
meis  ab  iîs  qai  ea  tenent,  at  libère  ac(]uirant  et  perpetao  qoieiepe- 
sideant,  laudo,  conGrmoet  approbo.  Concessi  etiametbeaiemela- 
davi  jam  dicte  domai  quicqaam  habueront  antecessor<»  iDeia&- 
nagio  de  Moris  et  in  Terrafranca  de  Cherreveio.  Hec  omniitaià- 
vit  Emeliana  axor  mea. 
Actom  anno  Domini  M<>CC^Yo. 

Bibl.  Dation.,  fonds  franc.,  599â,  Col.  104 1*. 

1205. 

5i.  —  Bartholomens  abbas  de  Mooris...  contrat  d*échan^eitR 
Tabbaye  de  Mores  et  l'abbaye  de  Montieramey.  L'abbaye  de  Ions 
cède  ce  qu'elle  possède  à  Vivariis  (ViWers)  et  sur  lo  territoire  i? 
ce  village,  en  hommes,  cens,  terres...  les  terres  ■  inTallcErari 
et  in  valle  do  Curbevia.  » Montiéram^v  cède  sur  le  même  imm 
c  landam  S.  Victoris,  terram  de  Cumaiellis,  >  etplcbiear»F 
celles  de  terre  t  in  valle  de  Vannis.  > 

Arcb.  Aube.  Origin.  Monttéramii 

1206. 

55.  —  EgoRobertns.  Lingonensis  episcopos,  notnmfado^ 
Renaudus,  vicecomes  Barri  laudavit  eleemosinam  de  Grosséi^ 
quam  fecerunt  avunculi  ejus  domui  de  Moris,  scilieet  Aocte 
Savericus  et  Willeimus,  milites^  et  si  quid  jaris  in  ea  babebtti^ 
in  aliquo,  de  quo  domus  d('  Moris  investita  erat,  illod  acqaictaTit 

Anno  Domini  M*»  CC*>  VIo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  104 1" 

1206. 

56.  —  Ego  Milo,  comes  Barri  super  Seqaanam,  notnni  b/^ 
Joannem  de  Maignans  recognovisse  in  preseniia  mea  se  acqnicus, 
antequam  Robertus  miles  de  Fontetis  ejus  fîliam  despoosis«^ 
omnes  querelas  quas  habebat  adversus  domum  de  Moris.  Terrtf 
Theobaldi  villici  de  Villa  super  Arciam  et  terram  de  Jbf^ 
et  vineam  de  Chastel  et  censum  ejusdem  vinee  et  pratam  paun* 
et  terras  de  Buxeriis  que  fuerunt  domine  Mabaolt  et  oovaf 
ad  eum  vel  ad  homines  suos  quoque  modo  pertinebant,  da  <|0^ 


CHARTB8   »l   l'aBBATB   DE   MORES.  75 

eadero  domus  de  Moris  investiu  erat,  laudavit.  Recognovit  etiam  et 
laudavit  omnes  eleemosinas  qaas  pater  ejus  nom'me  Hago  Goriab 
et  mater  ejas  nomine  Petronilla  fecerat  jam  dicte  domai  de  Moris, 
scilicet  :  landam  anam  que  est  subtas  Cherreveium  jaxta  landam 
de  lions,  et  XII  denarios  censaales  quos  eadem  domas  eis  annua- 
tim  debebat  de  terris  existentibus  apud  grangiam  Montismedii,  et 
plenarium  asaariam  in  ornai  terra  sua  de  Villa  super  Arciam  et  de 
Maignans  in  pastoris  ad  opos  omniam  animalium  et  pecorum.  Hoc 
omnia  laudavit  in  presentia  mea  Hugo  filius  predicti  Jûannis. 
Actum  aimo  Domioi  Ho  CC®  YI<>. 

Bibl.  nation.,  fonds  frinç.,  599S,  fol.  105  r* . 

Sans  date.  1206  au  plus  tard  (1). 

57.  -^  Ego  Bartholomeas  dictas  abbas  et  humilis  conyentus  de 
Moris  notum  fieri  Yolumus  quod  nos  bénigne  coricessimus  domine 
Blanche  illustri  comitisse  Campanie  et  filio  ejus  ut  faciant  piscari 
pro  se  quotienscumque  Yoluerint  in  nostro  stangno  de  Montchevrel 
quod  dicta  comitissa  nobis  dédit,  ita  quod  illud  non  rumpant. 

Bibliot  Troyet,  mt.  22,  p.  158.  —  Cotai,  det  acttt  dm 
Comtes  de  Champagne,  n.  816. 

1207. 

68.  —  Ego  Maubertus^  decanus  Yendopere,  notum  veto  fieri  do- 
minum  Thomam  de  Buxeriis  laude  et  assensu  uxoris  sue  Damme 
acquictasse  dominum  Jeremiam  de  Buxeriis  et  Josbelet  de  Essoia 
ab  hominio  quo  erant  illi  obligati  et  posuisse  illa  duo  hominia  in 
manu  Templariorum  et  in  manu  mouachorum  de  Moris  equaliter  ; 
et  prenominatus  Thomas  et  uxor  ejus  Damnu  promiserunt  etiam 
se  observaturos  in  perpetuum  erga  domum  de  Moris  easdem  conven- 
tiones  in  omnibus  quas  fecerant  erga  fratres  Militie  Templi.  Lau- 
daverunt  etiam  domui  de  Moris  eleemosinam  quam  dictus  Jeremias 
fecerat  eidem  domui. 

Actum  anno  Domini  V?  CO  YII». 

Bibl  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  105  ?*. 


(1)  Sar  la  fin  de  1206,  G.  (Galo)  est  abbé  de  Mores. 


76  CHARTES   DE   L* ABBAYE    DE   MOtBS. 


Sans  date.  1207. 

59.  —  Ego  Maabertas ,  decanas  Yendopere,  notnm  faôo  qvi 
dominas  Jeremias  de  Buxeriis,  miles,  dédit  in  eleemosinaiDikaiii 
de  Moris  et  fratribus  Militie  Templi  tertiam  partem  onmiamboaû' 
ram  que  habebat  apud  Baieriam,  in  omnibns  emolameotis,  r^ 
qnasdoas  partes  invadiavit  eis  pro  centam  libnsTreeeasisnneetK. 
Predicli  vero  fratres  concesserant  do.nino  Jeremie  et  mori  ejosii 
yita  eorum  octo  sextarios  bladi  annuatim,  medietatem  [romeatiâ 
medietatem  hordei  et  sex  modios  vini,  tali  conditione,  qaodqiuftl& 
alter  illoram  obierit,  medietas  istios  redditus  cadet,  mrisqneTen 
defnnctis,  totus  redditus  cadet,  nec  alter  pro  eis  de  cetero  penel- 
velur. 

BM,  nation.,  fonds  frtnç..  5995,  fol.  tOSi*. 

1208.  Semaine  de  Pâques  (Pâques  6  ayril). 

60.  —  «  Jacques  de  Darnay,  seignear  dudict  lien,  dameApo. 
sa  femme,  Gérard  et  Hagues,  leurs  enfants,  et  dame  Margaerite, 
femme  dudict  Gérard,  donnèrent  aux  religieux  et  abbé  de  Mons, 
tout  le  droit  de  pasturage  qu'ils  avoient  en  la  ville  et  finage  k 
Mores,  tant  es  bois  qu'aux  prairies,  à  toutes  bestes,  et  arec  ce. 
leur  accorda  qu'ils  possédassent  librement  tout  ce  qaHs  v^ 
acquis  audict  Loches  jusques  au  jour  de  Pasques  en  la  présente  aî- 
née; mesmes  il  rendit  aaxdicts  religieux  ce  qu'il  avait  aqais  ai- 
dict  Loches  de  Nocher,  fils  d'Euvrard-ltî-Gros,  seignear  de  Clur- 
revey.  Desquelles  donations  lesdicts  reli-çieux  obtindreni  lettre 
patentes  de  dame  Blanche,  comtesse  de  Troyes  Palatine.  » 

(Pris  du  thrésor  do  l'abbaye  de  Mores.) 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  foL  1061". 

1208. 

61.  —  Gui,  seigneur  de  Vitry,  fils  de  Mons' Rocelin,  d(»M  * 
l'abbé  et  religieux  de  Mores  son  droict  de  pasturage  qail  arni** 
village  de  Longprey,  du  consentement  de  dame  Riais,  sa  feB»^- 
et  de  Godefroy  et  Rocelin,  ses  enfants. 

(Pris  du  thrésor  de  l'abbaye  de  Mores.) 

BU>1.  naUon.,  fonds  franc.,  59%,  fol.  107  f- 


CHARTES   DE   l'aBBATE   DE   MOEES.  77 


1208. 

62.  —  Ego  Manbertus,  decanus  Vendoperc,  notom  Yolam  fieri 
quod  Ursas,  miles  de  Villa  saper  Arciam,  traxit  in  causam  fratres 
de  Moris  in  presentia  mea  saper  pastura  do  Villa  saper  Arciam  et 
de  finagio  ejasdem  ville,  et  postea  in  mea  presentia  recopnovîl  se 
injaste  iraxisse  qaia  pater  ejas,  anteqaam  idem  Ursus  uxorem 
duxisset,  dédit  eamdem  pastaram  predicte  domai  in  eleemosinam, 
ipso  Urso,  et  fratribas  sais  laadantibas,  et  si  qaid  jaris  babebat 
idem  Ursas  in  predicta  pastara,  illad  ex  toto  qaictavit  domai  de 
Moris,  insaper  et  omnia  de  quibus  fratres  de  Moris  investiti  erant 
eos  acqaictayit, 

Anno  domini  Mo  CCo  VII^. 

Bibl.  nation.,  fonds  tnnç.,  5995,  fol.  106  t*. 

1208.  Octobre. 

63.  —  Transaction  entre  les  religieux  de  Mores  et  les  habi- 
tants de  Celles. 

...  Fratres  aatem  de  Moris  recognoverunt  dictos  homines  de 
Sellis  habere  asagiam  vanarum  pasturarum  per  totam  residuum 
dictoram  fmagiorum  usqae  ad  finagiam  Landriville  et  hi  iidem 

dictis  hominibas  babere  in  perpetaam  pacifiée  concesserant Hoc 

salvo  qaod  fratres  de  Moris  facient  regaina  in  pratis  sais  proat  vo- 
luerint  singulis  annis  in  perpetaam  et  tenentar  levare  omni  anno 
intra  festum  Nativitatis  B.  M.  V.  tanc  istis  sablatis  vel  non  sublatis 
animalia  de  Sellis  intrare  et  pasci  poterant. 

ArchiY.  Aube.  —  Imprimé  dans  un  procès  qui  eut  lieu  en  1778. 

1209. 

64.  —  Ego  Milo,  cornes  Barri  saper  Seqaanam,  notam  facio  me 
ob  remediam  anime  mee  et  antecessoram  meoram,  dédisse  in  per- 
petaam eleemosinam  Deo  et  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris  pastaras 
de  Corteron^  anteqaam  dedissem  domino  Ciarembaado  de  Cbapis 
in  casamento  hoc  quod  in  eadem  villa  babebam.  Item  omnibas 
notam  facio  et  testificor  Ursum  militem  de  Villa  super  Arciam 
recognovisse  in  presentia  mea  se  injaste  traxisse  in  caasam  fratres 
de  Moris  super  pasturam  de  Villa  super  Arciam  et  etiam  omnino 


TS  CHARIVS   DE   l'aUATB   DB   MOUS. 

qaictasse  predictis  fratribus  si  qaid  joris  erat  sibi  in  eiden  pi- 
tura. 
Ratam  aano  Domini  H<>CC*IXo. 

Kbl.  MtioD.,  HmmU  DraBç.,  5895,  U.  109 1*. 

1210. 

65.  —  Ego  Odo^  dominns  de  Aspromonte  et  filins  neoiGil- 
lelmas  nolam  facimus  nos  bénigne  conoesûsse  et  in  perpeu 
eleemosinam  dédisse  domai  de  Moris  pastaras  LandrifiDe,  # 
cnmqne  foerint  in  bosco  et  in  piano  ad  opns  omnium  snifflibi 
et  pecorara  libère  possidendas,  et  si  damnum  feeerint  sneneaii 
restitaenf  capitale;  preterea  qaerelas  de  nemore  de  Corest  Hè 
pascùis  de  Villenesse  et  Landrivilla  et  omnes  alias  qoerdai  »* 
licet  quîbus  eos  vexabamos  bénigne  acquictaTÎmos;  eoooesaBBS 
etiam  dictis  fratribas  ut  quiète  possideant  omnia  que  acquinri^ 
de  qaibus  investit!  sunt,  que  ad  jus  nostrum  aliquo  modo  pefineti 
in  omnibus  utilitatibus.  Rec  omnia  concessit  et  in  eleôbosiBii 
dédit  uxor  mea  Margarita  et  filia  ejus,  Elisabeth,  oxorfiliiBei 
Guillelmi,  de  quarum  capite  bec  omnia  movebant.  Landinmi 
etiam  bec  omnia  Odo  et  Hugo  filii  mei. 

Actum  anno  Domini  Mo  CC<^  X«. 

Bîbl.  Dation.,  fonds  frtnç.,  5995,  fol.  113 1*. 

1210. 

66.  —  Philippes,  seigneur  de  Plancy,  donna  en  aranosne  a  Jà 
baye  de  Mores  le  droict  de  pasturage  qu'il  avoil  à  Loches  poff 
toutes  bestes  et  quicta  tous  les  procès  qu'il  avoit  avec  ladicte  ûkf 
pour  les  pasturages  de  Landreviile  et  de  Villenesse,  da  cofiaes»* 
ment  de  dame  Agnes,  sa  femme,  et  par  le  consentement  io0p 
Milo,  son  filz. 

(Pris  du  tbrésor  des  tiltres  de  l'abbaye  de  Mores.) 

Bîbl.  aalioo.,  fonds  trn^,  5995,  UL  112 1*. 

1210. 

67.  — •  Ego  Milo,  cornes  Barri  super  Sequanam,  notom  beio«> 
laude  et  assensu  uxoris  mee  Elissendis,  et  filii  mei  Ganclierii,^ 
disse  in  perpetnam  eleemosinam  domui  de  Moris  plenariom  ^ 
rium  in  omnibus  petrariis  que  modo  sont»  Tel  de  eetero  np^ 


J 


GHARTBS   DE   l' ABBAYE   DE   MORES.  79 

erunt,  in  tota  terra  mea  et  in  omni  dominio  meo.  Yolo  etiam  et 
precipio  prepositis  et  custodibus  terre  mee  at  quadrigas  et  vecturas 
fratrum  de  Morts  eundo  et  redeundo  custodientet  conducant.  Qaod 
si  damnum  alicui  fecerint,  yolo  et  precipio  ut  non  cogantur  red- 
dere  amplins  quam  quod  damnum  faerit  estimatnm. 
Actum  anno  Domini  Ho  CC<»  X». 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  112  r*. 

1210. 

• 

68.  —  Ego  Willelmus,  Dei  gratia  Lingonensis  episcopos,  notom 
facio  Arnnlphum,  vices  magistri  domus  Dei  de  Mormento  agente^ 
et  Martinam  sacristam  et  Hartinum  priorem  corn  universo  ecclesie 
sue  capitalo,  per  manum  meam,  dédisse  ecclesie  Béate  Marie  de 
Mûris  domam  Dei  de  Quercn  et  grangiam  de  Billefuerre  cum  omni- 
bus appendiciis,  et  usuariis  et  utilitatibus  tam  mobilibusquam  im- 
mobilibus,  absque  ulla  retentione,  in  perpetuum  tenenda  snb  tali 
conditione  quod  domus  de  Moris  domui  de  Mormento  annuatim 
débet  quinque  modios  bladi  receptibilis^  medietatem  frumenli  et 
medietatem  avene,  ad  mensuram  cursalem  Barri  super  Sequanam 
persolvendos  in  domo  sua  apud  Barrum  super  Albam  usque  ad  Na- 
tivitatem  Domini;  et  si  forte  die  constituto  dictum  bladum  solutum 
non  fuit,  penam  centum  solidorum  pruvinensium  domus  de  Moris 
incurret,  et  ad  valorem  illius  diei  quo  soivi  debuit,  bladum  reddet. 
Si  huic  vero  donationi  contraire  voluerint  fratres  ecclesie  de  Mor- 
mento tam  clerici  quam  laici,  ecclesie  de  Moris  legitimam  garen- 
tiam  portabunt  in  liunc  niodum...  et  quandocumque  necesse  fue- 
rit  dictam  testificabunt,  et  quotiescumi|ue  et  ubicumque  necesse 
fuerit  testimonium  dicte  donationis  perhibende  ad  sumptus  ecciesia 
de  Mori''  tenebiiur.  Ne  autem  domus  de  Moris  a  facto  isto  resilire 
posait,  me  Guillelmus  episcopus,  et  meos  successores  hujus  facti 
fidejussores  domui  de  Moris  constitue. 

Actum  anno  Domini  M*»  CC*»X®. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  113  ?*. 

1212. 

69.  —  Ego  Milo,  comes  Barri  super  Sequanam,  notum  facio 
quod  Guillelmus  miles,  filius  domini  Stephani  de  Villa  nova  dédit 
in  eleemosinam  domui  de  Moris  quidquid  juris  sui  erat  in  pasturis 
que  sunt  in  finagio  de  Villa  super  Arciam  tam  in  bosco  quam  in 
piano  ad  opus  omnium  animalium  et  pecorum;  libère  laudavit 


80  CHARTES   DB   L* ABBAYE   DE   IfOBBS. 

etiam  eleemosinam  quam  pater  ejos  et  mater  fecenmt  ecdesieè 
HoriSy  scilicet  quidqaid  eorom  jaris  erat  in  décima  a  ria  Sab» 
que  yadit  osqae  ad  Yadum  de  Selis,  de  terris  quas  dcxniisdelkrii 
incoluerit. 
Actam  et  datam  anno  Domini  HoCC<>XII<>. 

Bibl.  nation.,  fondi  franc.,  5995,  fia.  llSr. 

1212. 

70.  —  Ego  Willelmus,  divina  miseratione  Lingonoisb  efètt- 
pus,  notum  volo  fieri  quod  Hago,  miles,  filins  domini  Hogoûà 
Yergeio  laude  et  assensa  Gile  ma  tris  sue,  domine  de  Antre,  el&a- 
tris  sai  Willelmi  milites  de  Yergeio  dédit  in  pertoam  el 
domui  de  Moris  quidquid  sui  juris  erat  in  décima  terramni, 
mm  seu  aliorum  que  excolebant  fratres  de  Moris  in  TalUxBKL 

Actum  anno  Domini  H*  CC<>  Xn<>. 

Bbl.  nation.,  foods  frane.,  5995,  fol.^llS  r. 

1214.  Avril. 

71.  — *  Ego  frater  Conradus,  dictus  abbasClarerailis,  notumbda 
quod  querela  que  inter  abbatem  et  conventum  de  Moris  ex  nna  fani 
et  dominura  Jacobum  de  Duruaio  et  Girardum  filinm  ejos 
batur  ex  altéra,  super  Quercum  et  Billefeurre  cnm  omnibus 
diciis  pacificata  est  in  hune  modum  :  assensu  jam  snpradkci  Jace- 
bus  et  Girardus  concesserunt  fratribus  de  Moris,  Quercom  et  B3^ 
feurre  cum  omnibus  appendiciis  salvo  redditu  suo  libère  et  qiM 
in  perpetuum  possidenda,  sicut  continetur  in  charta  dicti  Jacaki 
quam  habent  dicti  fratres,  sigilli  sui  munimine  roboratam  ;  pioa 
tamen  de  bis  que  in  ea  charta  continentur  in  bac  dnximns  ad  se- 
tanda  :  fratres  de  Moris  tenentur  in  perpetuum  très  pontes  beat, 
scilicet  pontem  ad  Quercum,  pontem  a  la  Chorre,  et  poùVem  ai 
Hautpont.  Fratres  de  Moris  poterunt  extirpare  omnes  fmtices  pra- 
torum  suorum,  sed  in  nulle  nemorum  yel  forestarumexstirparep 
terunt,  nisi  de  voluntate  dictorum  Jacobi  et  Girardi,  yel  ad  nxons 
eorum  scilicet  Agnetem  et  Margaretam,  yel  ad  feodos  et  homiBes 
eorum,  siye  milites,  sive  burgenses,  sive  yillanos  spectant  in  cas- 
tellania  Yendopere,  scilicet  pratis,  terris,  vineis,  et  aliis  heredîta- 
tibus,  de  quibus  modo  sunt  investiti  emptione  yel  eleemosina,  ut 
ullo  modo  acquirere  poterunt,  nisi  de  voluntate  dictorum  Jacobi  vd 
Girardi,  vel  heredum  suorum.  Possunt  tamen.  omnes  res  luàSm 


CHARTES   DE   l'aBBATB   DE   MORES.  81 

que  non  sunt  de  hereditate,  exceptis  domibas  et  exceptis  denariis 
super  gageriam  accipere  ab  hominibus  dictonun  Jacobi  et  Girardii 
SI  eis  data  fuerint  in  eleemosinam. 

Actum  anno  Domini  HoCC^XIVo,  mensc  aprili. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  119  f*. 

1214. 

72.  —  Notom  Yolo  fîeri  quod  Oliverins  de  Riceio,  laade  et  as- 
sensa  Aalis,  oxoris  sue,  et  filii  sui  Guidonis  et  filiarum  suarnm 
Marie,  Agnetis,  Nicole,  Mahault  et  alie  dédit  in  perpetuam  eleemo- 
sinam  domui  de  Moris  plénum  usuarium  in  petraria  de  Riceio, 
quantum  pertinet  ad  partem  suam.  Fratres  vero  de  Moris  pro 
âadem  petraria  predicto  Oliverio  et  heredi  suo  vel  eorum  servien* 
tibus  sex  denarios  censuales  annuatim  in  perpetuum  persolveut. 

Actum  anno  Domini  H^  Œfi  Xl\^. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  120  r*. 

1215.  JuiUet. 

73.  —  Ego  Hugo,  dominus  Brecarum,  notum  facio me, 

laude  et  assensu  Ode,  uxoris  mee,  et  filiorum  meorum  Hugonis, 
Odonis,  Simonb  et  Gaucherii  et  fîlie  Margarete,  quitasse  fratribus 
de  Moris,  salvo  redditu  bladi  quod  debent  mibi,  querelam  quam  ha- 
bebam  adversus  eos  super  Quercu  et  Billefeure,  cum  omnibus  ap« 
pendiciis...  Item  quidquid  acquirere  poterunt  in  castellania  Yen- 
dopere... 

Actum  anno  Domini  1â9  CC^XV»,  mense  juIio. 

(Extrait  du  cartulaire  de  Tabbaye  de  Mores  :  — >  Ducbesne, 
Preuves  de  la  Maison  de  Broyés,  p.  25.  —  Jongelin, 
NotUia  abbatiarum,  p.  68.) 

1216. 

74.  —  Ego  Erardus,  dominus  Cbacennaii,  notum  facio  quod 
com  fratres  de  Moris  ex  una  parte  et  Milo  filius  domini  Hildieri, 
militis  de  Burrey  ex  altéra  parte,  coram  me  litigarent  si  per  casa- 
mento  de  Burrey  :  jam  dicti  fratres,  per  cbartam  Maubd.  ti,  decani 
Yendopere,  et  Odonis,  domini  de  Yendopera,  et  Joffredi,  marescalli 
Campanie,  in'foro  meo  probaverunt  quod  omnia  que  Hildierus 
supra  dictus  possidebat  apud  Beurrey,  tam  in  bosco  quam  in  piano, 

?•  sixfii.  6 


82  CHARTES   DB   l'aBBATB  DB   IfOESS. 

et  redditibas  et  omnibus  aliis  rebos  primo  faenint  de 
Sanete  Marie  de  Faverniaco,  et  modo  sunt  de  casamento  de 
Sciendum  preterea  quod  Milo,  filius  dicti  Hildieri^  in  preâ^itÛBtt 
constitutos,  recognovit  se  fuisse  hominem  ecclesie  Beaue  Marie  k 
Moris  et  coram  mullis  aliis  fecit  homÎDium  Radulpho^  abfaati  k 
Moris.  Itaque  omnia  que  possidebat  apud  Beurrey,  in  boseo  H  m 
piano,  in  redditibus  et  omnibus  aliis  rébus  idem  11 ilo  cepit  de  »- 
clesia  Béate  Marie  de  Moris. 

Actum  et  datnm  anno  gratie  V9  CC^  Xyi<>. 

Bibl.  nation.,  fonds  frtnc.^  5995,  fol.  W  r. 

1217. 

7S.  ^  EgoErardus,  dominusChacennaii,  notnmfacioqnode^ 
laudo  fratribus  de  Moris  eleemosinam  quam  Johannes  de  Aguîlkâ 
miles  fecit  eisdem  fratribus  de  Moris  de  décima  sua  de  Cbuionr, 
que  erat  de  feodo  meo. 

Actum  anno  Domini  M*»  CCo  XVlIo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  123  r. 

1217.  Mars. 

78.  —  Universis  présentes  litteras  inspecturis  H.  cantor  Tre- 
censis  salutem  in  vero  saluti.  Noveritis  quod  Amulphos  Carao- 
tensis  et  Fenise  uxor  ejus  et  Isabel  filia  eorum  in  nostra  pres»tii 
constituti  quitaverunt  abbati  et  conventui  de  Moris  deciman  deBM* 
corporali  ab  eis  prestito  juramento  quod  neque  per  se,  neqne  fs 
alium  super  predicta  décima  prefatam  ecclesiam  molestareat  fd 
facerent  molestari.  In  cujus  rei  testimonium  présentes  litteras  à- 
gilli  nostri  fecimus  impressione  signari. 

Actum  anno  Domini  M^  CC'  XYIIo,  mense  martii. 

Bibl.  nation.,  fonds  tnnç,,  59%.  fol.  124  r. 

1218  (v.  st.)  Février. 

77.  —  Ego  Milo,  cornes  Barri  super  Seqnanam,  et  ifs 
Elissendis  comitissa,  et  ego  Galcherius,  filius  eormn,  nocom  beî- 
mus  quod  nos  dedimus  in  perpetuum  domui  de  Moris  quatuor  sa* 
taria  trumenti  in  minagio  nostro  Barri  super  Sequanam,  ita  ^ 
quicumque  receperit  dictum  minagium  reddet  fratribus  de  So» 


CHARTES   DB   l'aBBATB   DB   MORBS.  83 

bladum  illad  asque  ad  festum  Omnium  Sanctorum,  Tel  osque  ad 
festam  Sancti  Martini  annuatim.  Qaod  si  usqne  ad  festum  Sancti 
Martini  bladum  illud  in  integrum  redditum  non  fuerit  dictis  fra- 
tribus,  illequi  tenebit  minagium,  pro  pena,  nobis  vel  heredibus 
nostris  decem  solidos  reddere  tenebitur.  Et  ex  tune  dicti  fratres 
castram  Barri  cum  burgo  et  villa  per  decanum  vel  episcopum  sup- 
ponere  poterunt  interdicto.  Et  sciendum  quod  in  recomponsationem 
hujus  donationis  dicti  fratres  concesserunt  nobis  et  heredibus  nos* 
tris  in  perpetuum  quidquid  juris  quod  habebant  in  foresta  Broart^ 
retento  tantummodo  sibi  usuario  omnis  generispasturarum  et  foagio 
de  mortuo  nemore  pro  pastoribus;  glandem  etiam  poterunt  come- 
dere  porci  de  Moris  in  eadem  foresta;  sed  de  foresta  non  poterunt 
glandem  extrahere  dieti  fratres.  Hec  omnia  laudavit  Ysabel  (1)  uxor 
Galcheri. 

Actum  anno  Domini  Mo  CÙ>  XYin^,  mense  februario. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  123  r. 

1218  (y.  st.)  Mars. 

78.  —  Ego  Milo,  cornes  Barri  super  Sequanam,  notum  facio  quod 
Milo  de  Burreio  miles,  profecturus  Jerosolimam,  in  presentia  mea 
constitutus,  dédit  in  perpetuam  eleemosinam  domui  de  Moris,  si  in 
via  decesserit,  quidquid  habet  apud  Burreium  vel  in  fînagio,  in  de- 
cimis,  in  terragiis,  in  censibus,  et  omnibus  aliis  rébus  sine  uUa  re- 
tentione. 

Actum  et  datum  anno  Domini  M®  CC®  XVIII*,  mense  martio. 

Bibl.  nation.,  fonds  fHmç.,  5995,  fol.  128  r* . 

1218  (v.  st.)  Mars. 

79.  —  Ego  Milo,  comes  Barri  super  Sequanam,  ego  Elissendis 
comitissa,  et  ego  Galcherius  fîlius  eorum,  notum  facimus  tam  pre- 
sentibus  quam  futuris  quod  nos  dedimus  in  perpetuam  eleemosinam 
ecclesie  Béate  Marie  de  Moris,  pro  abbatibus  yenientibus  adcapitu- 
lam  générale,  piscaturam,  duobus  diebus  in  anno,  in  aquis  nostris 
et  molendino  de  Bezaciis  usque  ad  Barrum  ubicumque  yoluerint; 
itaque  infra  quindenam  Natiyitatis  Béate  Marie,  yel  infra  quin- 


(i)  D'après  du  Tillet,  dans  ses  recherches  sur  la  branche  de  Gonrtenay,  Isa- 
bMIe  ftat  mariée  en  secondes  noces  à  Eudes,  sieur  de  Montaigu,  en  Bourgogne. 


84  CHARTES   DE   l'aBBATE   DE    MORES. 

denam  post  festum  Sancte  Crucis  piscabuntur  in  iisdem  ufk 
Preterea  laudamus  et  confirmamus  dicte  ecclesie  eleemosinain  qoffl 
Itéras  de  Brocia  miles,  fecit,  videlicet  totam  decimam eham^ 
sui  de  Riceio.  Et  ut  bec  rata  permaneant,  presentem  charUiDsifil' 
lorum  nostrorum  munimine  voluimas  roborari. 
Actum  anno  gratie  M^CC^XYIII^,  mense  martii. 

(Avec  trois  sceaax  pendants  :  au  premier  est  empreint  e 
lyon  rampant;  au  second  l'eflSgie  d'une  femme;  et  a 
troisième  un  bomme  armé  à  cbeyal,  répéenueeoDUfi; 
et  d'autre  costé  un  lyon  rampant). 

Bibl.  nation.,  fonds  frtnç.,  599S,  fiiL  128  f. 

Vers  1223- 

80.  —  Tbibaut  IV,  comte  de  Champagne,  donne  à  l'âUttjei 
Mores  et  à  la  grange  de  Montchevreuil  dépendant  de  cette  abbys, 
droit  d'usage  dans  les  bois  de  Jeugny,  droit  de  pasnage  etdepà&H 
rage  dans  le  finage  de  Cbaource  et  dans  plusieurs  finagesiii' 
sins,  etc.  Il  réserve  que  les  moines  ne  pourront  vendre  nidoo^ 
la  tuile  de  Hontcbevreuil  et  qu'il  aura  droit  de  pêche  dans  ob^ 
leurs  étangs  du  même  lieu. 

CataL  des  actes  des  Comtes  de  Champ.,  i*  tOi 

1223  (v.  st.)  Mars. 

81.  —  Universis,  A.  officialis  curie  Lingonensis,  saloteii> 
Domino.  Notum  facimus  quod  in  mea  presentia  propter  bocp^ 
naliter  constitutus  Guillelmus  dictus  Escorches,  de  YillasnperAr- 
cia  armiger,  recognovit  se  dédisse  perpetuo  in  eleemosinam  to^ 
de  Horis  septem  solidos  Turonenses  cum  dimidio,  qoos  siop^ 
annis  in  festoSancti  Remigii  consuevit  percipere,  utdicimTfioces* 
siva  sive  abonnamento,  domini  de  Chacennaio,  de  mana  osj^ 
ipsius  qui  apud  Cherreveium  commoratur;  volens  et  cooceJ* 
dictus  Guillelmus  ut  dicta  domus  de  Moris  dictos  septem  soli^ 
cum  dimidio  apud  Cherreveium  percipiat,  singulis  annis  in  p0f^ 
tuum  et  quiète,  promittens  per  6dem  suam  in  mann  nostra  oofp 
raliter  prestitam,  quod  contra  predictam  donationem  perse,Decp^ 
alium  veniet  in  futurum;  sed  portabit  legitimam  garentiaoïfli^  I 
omnes,  se  et  beredes  ipsius,  quantum  ad  premissa,  obligandûF*  1 
nitus  et  expresse. 

Actum  anno  Domini  M*  ÇJCfi  XX^  III<^,  mense  martii. 

Bibliot.  nation.,  fonds  fhmç.,  5995,  fol>  l^i'' 


CHARTES   DE   l'aBBATE   DE   MORES.  85 

1223. 

82.  —  Ego,  frater  Michael,  abbas  de  Moris,  notam  yolo  fieri 
osiversis  présentes  litteras  inspecturis  qaod  frater  Hilo  de  Cher- 
reye,  novitias  de  Moris,  et  ejus  heredes  quictaverunt  prioratum  de 
BretignoUes  ab  omni  debito  quo  eis  tenebatur. 

Actum  annoDomini  HoCCo  XX<>Illo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  141  r*. 

1224. 

83.  —  Ego  Gaido,  Laticensis  archidiaconas,  notam  facio  qaod 
Gunthenis  de  Villa  saper  Ârciam  miles,  laude  et  assensa  filiorum 
SQomm  Mjcarii  et  Hagonis,  et  filiaram  Dame  et  Gilette,  dédit  in 
perpetaam  eleemosinam  domui  de  Moris  quidquid  habebat  in 
foresta  de  Buxeriis,  videlicet  sextam  décime  partem;  et  quidquid 
habebat  in  prato  de  Bruet^  quod  situm  est  apud  Loches,  inter  mo* 
lendinum  Charbonnet  et  molendinum  Girardi.  Item  dictas  Maca- 
rias  filius  Guntherii,  laude  et  assensu  fratris  sui  Hugonis,  et  so- 
rorum  saarum  Dame  et  Gilette,  dédit  in  perpetuam  eleemosinam 
domui  de  Moris  tertiam  partem  omnium  que  habebat  apud  Buxe- 
rium  et  in  flnagio  ejusdem  ville  in  hominibus,  terris,  pratis^ 
censu,  nemoribus,  et  in  omnibus  aliis  rébus  absque  ulla  retentione. 
Relique  vero  due  partes  omnium  istarum  rerum  vendidit  fratribus 
predicte  domus  pro  viginti  duabus  libris  Pruvinensibus,  antequam 
pater  ejus  religionis  habitum  assumpsisset. 

Anno  Domini  M«>  CC^  XXo  IV^ 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  142  r*. 

1224. 

Si.  —  Ego  Simon,  dominus  de  Claromonte,  notum  facio  uni- 
versis  tam  presentibus  quam  futuris,  quod  Herm<^nsans,  uior  mea, 
dédit  oh  remedium  anime  sue  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris  in 
puram  et  perpetuam  eleemosinam  duo  sextaria  bladi,  nnum  fru- 
menti  et  alterum  avene,  quod  bladum  reddent  fratribus  de  Moris, 
infra  festum  Omnium  Sanctorum,  iili  qui  hal»ebunt  terragia  mea  de 
Yendopera.  Hanc  eleemosinam  laudaverunt  filii  mei  Simon  et  Odo. 
Et  ut  hoc  ratum  et  firmum  in  perpetuum  permaneat,  présentes  lit- 
teras sigilli  mei  munimine  volui  roborari. 

Anno  Domini  Mo  CC«  XXo  lyo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  144  r*. 


86  CHARTES   DB  l'aBBATB   DB  MOUS. 

1224  (v.  st.)  Mars. 

85.  —  Agnes  priorissa,  IGchael  prior  Foissiacieteo&Teott.» 
Echange  de  biens  :  le  prieuré  de  Foissy,  près  deTroyes^aoeaAî 
Tabbaye  de  Clairvaux  la  moitié  des  terrages  qu'il  possMe  a 
Champignola  et  Handivilla  (Champignolles  et  Honderille,  Aohj; 
Clainrauz  accorde  au  prieuré  de  Foissy  XXX  sextarii  imiifà 
Hontem  Suzannum  (Montsuzain,  Aube).  Ces  trente  setiersd'sfàs 
qui  avaient  été  donnés  à  Clairvaux  en  1217  par  Enrd,  sripsr 
de  Chacenay  seront  payés  tous  les  ans  par  l'abbaye  de  Mores. 

Arch.  Aube.  Origin.  FfÂSPf. 

86.  ^  Ego  f rater  Radulfus,  abbas  Clarevallis...  DntiSeraft 
précédent. 

Archir.  Aube.  OrigiM.  fUssy. 

87.  —  Ego  frater  Hichael,  abbas  de  Moris...  H  ratifie  Faâe 
précédent. 

Arehhr.  Anbe.  Origin.  sMé.  JMiif . 

1225.  Avril. 

88.  —  Ego  Hugo  de  Gyeio,  decanus^  notum  (acioimiTenis|R- 
sentibus  et  futuris  quod  dominus  Robertus  miles  de  Tilla  saper  if* 
ciam  in  mea  presentia  constitutus  recognovit  qaoA  cnm  dk»r& 
esset  inter  ipsum  ex  una  parte  et  monasterium  de  Moris  ex  û^ 
fratribus  dicti  monasterii  dicentibus  quod  dictus  Robertus  qoas- 
dam  partem  nemoris  quod  dicitur  et  est  foresta  de  Moris 
eisdem^  in  illa  parte  foreste  que  est  contigua  nemori  dicti 
item  eisdem  fratribus  asserentibus  quod  quidam  homines  dicti  oil^'* 
tis  quibus  ipse  miles  fassiam  risparum  suarum  tradiderateuittf* 
dam,  de  dicta  foresta  exartaverunt  quandam  partem;  et^ 
exartaverant  quamdam  partem  risparum  dicti  monasterii  que  ^ 
super  campum  qui  dicitur  campus  Charvet  et  de  eodem  ^ 
plantaverunt  quandam  partem  :  tandem  mediante  domino  \^ 
de  Chaceneto,  de  consensu  dicti  Roberti  militis,  nomiiuti  f^ 
boni  viri  très  pro  parte  militis  et  pro  parte  predictoram  fr^tros 
duo,  qui  super  sanctajuraverunt  quod  bona  6de  metaspoœf^ 
in  omnibus  terminis  supradictis,  que  determinarent  in  perp^ 
jus  ac  possessiones  tam  dicti  militis  quam  monasterii  sopra^ 


CHARTES   DE   l'aBBATB   DE   MORES.  87 

el  qnidqnid  ab  eis  determinatam  esset  gratum  haberet  ntraqne 
pars  et  acceptum.  Qaod  totom,  présente  dicto  Itero  et  dicto  Roberto 
et  domino  Milone  Espingalem,  militibus,  et  Gnillelmo  de  Lochis 
ballivo  domino  Girardi  de  Damai,  présente  etiam  fratre  M.  ab- 
bâte,  ac  multis  monachis  et  converbis  presentibus  et  aliis  personis 
pluribus  secularibus,  factum  fait,  confitente  dicto  Roberto  et  maltis 
aliis  assistentibus  et  aadientibus,  cognoscente  se  nichil  habere  al- 
tra  metas  supradictas,  precipue  recognovit  se  nichil  juris  unqaam 
habaisse  in  illa  parte  foreste  qae  intra  metas  modo  positas  remanet 
monasterio  supradicto.  Quictavit  etiam  eidem  monasterio  rispam 
que  est  saper  campum  Chervet,  confitens  quod  in  eadem  rispa  ni- 
chil anquam  jaris  habuerat  vel  habebat.  In  cujas  rei  testimonium 
ego  ad  petitionem  dieti  Roberti  présentes  letteras  sigilli  mei  mani- 
mine  roboraW.  Actam  anno  Domini  MoCC^XX^  V^,  menseaprili. 

Archiv.  Aube.  OHgin. 


1225.  Octobre. 

89.  —  Michel,  abbé,  et  les  religieux  de  Mores  reconnaissent 
devoir  à  l'abbaye  de  Boalancourt,  6  sous  de  sens  annuel  pour  la 
grange  de  Bellefleur. 

CartuL  Boulaneovrt,  n.  239. 


1228. 

90.  —  Ego  Erardus,  dominus  de  Chacennaio,  notum  facio 
quod,  laude  et  assensu  Emeline  uxoris  mee,  pro  salute  anime  mee 
et  anime  ipsius  et  antecessorum  nostrorum,  dedi  in  eleemosinam 
Deo  et  domui  de  Horis  usuagium  perpetuum  ad  opus  sue  grangie 
que  vocatar  Molendinum  Garnerii  quantum  duo  equi  in  una  qua- 
driga  poterunt  ducere  ad  comburendum ,  et  ad  ipsam  quadrigam 
faciendam  in  nemoribus  meis  in  illis  que  erunt  assignata  meis  ho- 
minibus  de  Victreio  et  de  Aculeio  ad  utendum.  Dedi  etiam  eidem 
ecclesie  unnm  modium  avene,  singulis  annis  recipiendum  in  perpe- 
taum,  in  costumis  nemoris  de  Mousterolo^  juxta  monasterium  Âr- 
remarense,  pro  quo  ipsa  ecclesia  de  Moris  tenetur  solvere  singulis 
annis  in  perpetuum  domine  Arembors,  relicte  Josseleni  militis  de 
Cherreyi  et  heredibus  ejus  post  ipsam,  tria  sextaria  frumenti  et 
tria  sextaria  avene  ad  mensaram  Ghacenaii. 

Concède  autem  fratribus  de  Moris  ut  possint  acquirere  de  illa 


88  CBAKTES  DB  l'aBBATB   DB   MOUS. 

domina  Tel  de  heredîbos  ejos  bladam  illam  quod  est  de  boèù 
Hec  onmia  Uadaverant  filii  mei  Erardus  et  Uago. 
Actam  anao  Domini  M»  CC«  XX<>  V1II\ 

Bibl.  BaUon.,  fonds  frtnç.,  5995,  fol.  148  r-. 
«228. 

01.  —  Ego  Hago,  decanns  Yendopere,  notam  faeio  qnod  GmOd- 
mus  de  Riceio,  filius  domini  Thome  de  Laignes,  et  Margareta,  nxor 
ejos,  dederunt  in  poram  et  perpetaam  eleemosinam  domnî  k 
Moris  totam  censom  quod  debebat  eis  annoatim  dfcta  ecclesia  pn 
petraria  de  Riceio»  excepte  quod  de  dicto  censa  reddel  eis  Âû 
ecclesia  anam  solum  denariam  annoatim,  intra  Paacha  floridoB 
et  magnam  Pascha,  sine  menda. 

Actom  anno  Domini  M»  CO  XX»  YIIIo. 

Bibl.  nation.»  fondi  franc.,  599S,  fol.  14B  f*. 

1229. 

02.  —  Ego  Clarembaadas,  dominas  Cappamm»  notom  boê 
qaod  dominas  Odo  de  Gieio  filins  domini  Thome  de  Laigne,  hxàt 
et  assensu  oxoris  sue  Jacque,  et  Regnaudi  filii  sai  armigeri,  défit 
domui  de  Moris  quidqoid  habebat  vel  habere  debebat  in  axime  Ta- 
lini  de  Boxeuil,  nomine  Elviz,  et  in  omnibas  filiis  et  filiabos  qns- 
dem,  nec  non  et  in  omni  bereditate  eomm,  tam  mobili  quam  ia- 
mobili,  sine  alla  retentione;  et  pro  ipsias  donationîs  recomposa- 
tione,  recepit  dictas  Odo  a  fratribas  de  Moris  decem  libras  Pni?i- 
nensium  fortiam,  ita  qaod  tenetar  portare  garentiam  l^timam  tf 
perpetaam  de  omnibas  supradictis. 

Anno  Domini  M»  CCo  XXo  IX». 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol,  149  r*. 

1229. 

93.  —  Ego  Hngo,  decanas  Yendopere,  notam  facio  quod  Bo- 
gnaadas,  yicecomes  Ligninaram  in  mea  presentia  coostitntBk 
lande  et  assensa  Gille  axoris  sae,  pro  salate  anime  sue  ei  anieoei- 
soram  saoram,  bénigne  laadavit  et  concessit  ecclesie  B^  Marie  Ai 
Moris  eleemosinam  quam  fecernnt  eidem  ecclesie  domina  SibSa 
nobilis  malier  de  Boargaignons,  et  filins  ejas,  cognomine  BnMliiis, 
et  filie  ejusdem  Sibille,  Dameron  et  Aaliz,  sicat  contînetor  in  tki»- 
ris  qaas  babent  fratres  de  Moris  saper  dicta  décima,  sigillatb  à- 


CHARTES   DB  l'aBBATB   DB  V0RB8.  S9 

gillo  meo  et  sigillo  domini  Guidonis  archidiaconi  Latiscensis,  que 
décima  movebat  de  feodo  supradicti  Regnaudi  yicecomitis. 

Actom  anno  Domini  W^  CC*  XX®  IX®,  mense  maio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  149  r*, 

1230.  4  octobre. 

94.  —  Le  comte  Thibaut  lY  donne  à  Tabbaye  de  Mores  une 
rente  de  4  setiers  de  froment  sur  le  minage  de  Bar*sar-Seine  ;  il 
reçoit  en  échange  les  droits  des  moines  sur  la  forêt  Béroard.  Les 
moines  se  rôserrent  droit  de  pâturage  dans  cette  forêt. 

Cotai,  des  actes  des  Comtes  de  Champ.,  n.  2067. 

1230,  4  octobre. 

95.  —  Charte  de  Nicolas,  abbé,  et  du  couvent  de  Mores  con- 
cernant le  même  objet  que  la  précédente. 

Jbid.,  n.  2068. 

1233.  Mai. 

96.  —  Hugo,  decanusYendopere,  et  migister  Johannes  Caponis 
de  Busseio,  notum  facimus  quod  dominus  Thomas  de  Busseio 
miles,  in  nostra  et  multorum  presentia,  ob  remedium  anime  sue  et 
antecessorum  suorum,  dédit  deo  et  domui  de  Moris  in  puram  et 
perpetuam  eleemosynam,  yineam  quandam  in  Valeriis  sitam,  que 
fait,  ut  dicUur,  yinea  Channet  ;  laude  et  assensu  Emmeniardis, 
oxorîs,  et  Sibille,  sororis  ejusdem  Thome.  Ut  antepredicta  donatio 
debitum  sortiretur  effectum,  dictus  miles  fratres  memorate  Ec- 
clesie  in  nostra  presentia  de  dicta  yinea  corporaliter  investivit. 

Actum  anno  Domini  U^GÙ*  XXX^  IIIo,  mensid  majo. 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  153  r*, 

1233. 

97.  —  Ego  Hugo  de  Gieio  decanus,  notum  facio...  quod  do- 
minus Odo  de  Vendopera,  filius  domini  Hugonis  de  Brecis,  in  mea 
presentia  constitutus  quittavit  et  bénigne  remisit  ecclesie  de  Moris 
quidquid  habebat  adversus  eam  de  escheta  Adeline  de  Vendopera, 
um  tempore  Dierri  quam  tempore  Wiardi  maritorum  predicte 
Adeline  in  omnibus  emolumentis.  Quittavit  etiam  et  remisit  pre- 


90  CHAITB8   DB   L*ABBATE   DB   1I01B8. 

fate  ecclesie  totam  terram ,  quam  dominos  Hugo  fnter  ej«  fcb 
aut  yendidit  eidem  ecclesie. 

Anno  Ho  CC®  XXX»  IIIo,  mense  aagnsti. 

(Extrait  do  cartulaire  de  Tabbaye  de  Mores.  —  DuteB, 
Preuves  de  la  Maison  de  Broyés,  p.  28.  Jongdin,  Mk 
abbatiarum,  p.  68.) 

1235. 

98.  —  Ego  Symon,  filins  domini  Symonis,  domini  QuiBeiâ!, 
notnm  facio  qnod  cnm  ego  et  fratres  mei^  yidelicetOdoetJoum 
haberemns  querelam  contra  ecclesiam  de  Moris,  occasione  m- 
qnod  nobis  debebant  de  qnadam  pecia  terre,  qne  est  aotep* 
giam  snam  de  Quercn,  et  de  qnadam  terra,  qne  fait  Wiardi,  pr& 
byteri;  tandem  intuitn  pacis,  querelam  illam  eidem  ecclesie  qiit- 
tavimns,  et  insnper  dedimns  ei  dictam  terram  liberam  deniq»^ 
omni  terragio  et  costnma;  terraginm  etiam  qnod  nobis  de  abtan 
debebat  predicta  ecclesia,  et  proqno  erat  querela  snpradi€U,eièc 
qnictavimns  in  perpetunm. 

Actnm  anno  Domini  M^CCo  XXX<*  Vo.  Signnm  domini  Hi^ 

de  Gieio,  decani. 

Bibl.  nalioQ.,  fonds  franc.,  5995.  M.  159  r. 

1238. 

99.  —  Ego  Hugo  de  Gieio,  decanos  Yendopere,  notom  ix^ 
quod  in  nostra  presentia  constitntus,  Thomas  domicellos^filios^ 
mine  Margarete,  relicte  domini  Gnillelmi  de  Buxeuil,  militb,tiB- 
davit  et  approbavit  divisionem  sive  partitionem  illam  qaaniie- 
nus  Thomas,  avuDculus  ejus,  et  fratres  de  Horis,  ad  bv^ 
jampridem  fecerant  super  nemore  quod  est  mediom  interMors^ 
Buxeuil.  Item  sciendum  quod  si  quid  juris  in  illa  parte quesi^ 
dictis  fratribus  pro  parte  sua  devenit,  habebat,  vel  haberepow^ 
totum  quictavit  supradictis  fratribus,  et  in  eleemosynaïadfc^ 
tulit,  et  etiam  ipsos  investivit. 

Actum  anno  Domini  MoCCoXXXoVIIIo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  161  ^• 

1238.  Avril. 

100.  —  Ego  Hugo  de  Gieio,  decanns  Yendopere,  «otoi  * 
fieri  quod  dominus  Everardus  de  Cherreveio  miles,  filias  ^ 


CHARTES   DE   l'aBBATB   DE   MORES.  91 

Milonis^  qnondam  monachi  de  Moris,  querelam  qnam  habebat  ad- 
Torsos  ecclesîam  saper  petrariam  de  Riceio  quictayit  eidem  ec- 
clesie.  Goncessit  eidem  ecclesie  in  predicta  petraria  habere  plena- 
rium  usnarinm  in  perpetonm  sicut  hactenns  noscitnr  haboisse.  Hoc 
laudavit  uxor  saa  Elmengardis. 
Datum  anno  Domini  M«  CC<>XXX«  VHI»,  mense  aprili. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  1G2  x* 

1238.  Octobre. 

101.  —  Ego  Ysembertns,  abbas  Molismensis,  notam  voie  fieri 
omnibus  presentibus  et  futuris  qaod  querela  qae  ex  una  parte  ver- 
tebatur  in  ter  abbatem  et  conventum  de  Horis,  et  homines  nostros 
de  Sellis  ex  altéra,  sopita  est  inter  ipsos  in  hune  modum,  videlicet  : 
quod  cum  dicti  homines,  per  commmunitatem  quam  ipsi  homines 
dicebant  esse  inter  ipsos  et  ecclesiam  de  Moris  in  pasturis  tam  fi- 
nagii  de  Selis  quam  finagii  de  Moris  que  vane  vulgaliter  appel- 
lantur,  peterent  usuarium  pabturarum  per  totum  finagium  de  Moris 
et  de  Villenesse,  tandem  pro  bono  pacis,  dicti  homines  renunciave- 
ront  pasturis  si  quas  habebant  in  pratis  et  locis  aliis  que  sunt  a 
magna  porta  de  Moris  usque  ad  vadum  de  Praellis,  sicut  vadit  cal- 
ciata  de  Moris  usque  ad  dictum  yadum  et  a  dicto  vado  usque  ad 
fossatum  bergerie  de  Moris,  que  omnia  includit  magnus  alveus 
Usse,  ita  quod  si  dictos  homines  vel  ipsorum  animalia  in  pratis 
seu  locis  supradictis  intrare  contigerit,  dictis  fratribus  de  Moris  se* 
cundum  usum  terre  et  consuetudinem  satisfacient  de  dampnis  ac 
etiam  de  emenda.  Fratres  autem  de  Moris  recognoverunt  dictos  ho- 
mines de  Selis  habere  usuagium  vanarum  pasturam  per  totum  re- 
sidnum  dictorum  Gnagiorum  usque  ad  finagium  Landriville  et  hoc 
idem  dictis  hominibus  habere  in  perpetuum  pacifîce  concesserunt , 
hoc  salvo,  quod  fratres  de  Moris  facient  regaina  iu  suis  pratis  prout 
Yoluerint  singulis  annis  in  perpetuum  et  ea  tenentur  levare  omui 
anno  infra  festum  Nativitatis  Béate  Marie  Virginis,  post  autem  fes- 
tum,  regainis  sublatis  vel  non  sublatis,  animalia  de  Selis  intrare 
poterunt.  Si  vero  sepe  dicti  fratres  in  dictis  pratis  regaina  non  fece- 
rint  vel  fecerint,  dum  tamen  animalia  sua  ad  pascendum  in  iisdem 
miserint,  dicti  homines  similiter  animalia  sua  mittent  al  pascen- 
dum et  fratres  de  Moris  non  poterunt  obstruere  eis  vada;  si  vero 
contingat  quod  prelibati  fratres  non  possent  aut  non  retint  sua  le- 
vare regaina,  animalia  de  Selis  cum  animalibus  prefatorum  fra- 
tram  et  etiam  sine  eis,  prout  dictis  hominibus  yidebitur  expedire. 


92  GHA1TE8  DB   l'aBBATB   DB  MOKBS. 

intrabant  dicta  prau  ad  pascendum.  Et  sciendnm  qnod  si  «pfÉ 
fratres  vendiderint  vel  sciderint  nemora  soi  Tel  partun  aorvBtpi 
sant  infra  finagia  sapradicta»  animalia  de  Seiis  abstineboBt  ilbii- 
gressa  nerooram  inscisorom  secondam  usam  et  eonseetiiMi 
terre,  aliter  de  dampnis  et  emenda  satisfacient  frauîbos  seeaèm 
nsoin  et  consnetadinera  hajus  terre,  in  cajus  rei  testimoiiiiiHL.. 

Actum  anno  Incamationis  Dominice  M*  CC»  XXX»  Vlll*,  nos 

octobri. 

ArcbÎT.  Aobe.  Origbn. 

1239. 

102.  —  Ego  RobertQS,  Dei  gratia  Lingonensis  episoopos,  joâ- 
yersitati  yestre  notam  fieri  voiamos  quod  constitatns  in  sctti 
presentia  dominas  P.  de  Janicuria,  recognoyit  se  landaTÎs^et 
etiam  coram  nobis  laudavit  venditionem  iUam  qoam  Ganfriis 
de  Villa  nova  miles,  fecerat  erga  abbatem  et  conyentnni  de  Ifarà 
sup^r  parte  illa  qoam  prefatus  Gaafridus  babebat  in  dedm  à 
Bourguignons,  tam  grossa  quam  minuta,  que  décima  de  feodo  p- 
fati  P.  movebat,  sicut  predicti  P.  et  6.  milites,  asserebant 

Actum  anno  Domini  H»  CCo  XXX»  IX«. 

Bibl.  nation.,  fonds  fnnç.,  5995,  fol.  163  v*. 

1242. 

103.  —  Ego  Dominicus,  incuratus  de  Yendopera,  omnibos.  ]b> 
yerint  universi  quod  Petrus  dictus  Taciers,  parrochianos  meQ5,  ii 
presentia  mea  constitutus,  ob  remedium  anime  sue  et  anteeess^ 
rum  suorum,  laude  et  assensu  uxoris  sue  Emeniardis,  et  libenm 
suorum  Jobannis  et  Jacobi,  dédit  in  eleemosynam  domui  de  Heôs 
duas  falcatas  prati  quas  equaliter  percipient  cum  Odino  de  Ont- 
monte,  et  Regnaudo  de  Pougeio,  domicellis,  que  site  sont  in  non- 
libus  de  Briel,  et  banc  eleemosjrnam  tenebit  ecclesia  per  spada 
yiginti  annorum.  Post  vero  spacium  istud  concedit  duos  soUk 
censuales  quos  reddet  quicumque  tenebit  falcatas  snpradicUs,  K 
quocumque  modo  teneat,  sive  jure  bereditario,  sive  emp&0De.i^ 
tum  anno  Domini  M»  CCo  XL«  II» 

Bibl.  nation.,  fonds  ftvnç.,  5995,  fèl.  166  v*. 

1242  (v.  8t.)  Février, 

104.  —  Ego  Nicolaus,  Dei  gratia  abbas  Be1Iik>d,  Uâ^ 
•jusdém  loci  conventus,  Premonstratensis  ordiais,  Trecensis  dix»- 


CHABTB8   DB  l'aBBATB  M   V0RB8.  93 

sis,  notum  facimas  presentibos  et  futnris,  qnod  coin  discordia 

esset  inter  nos  ex  ana  parte,  et  viros  religiosos  abbatem  et  oon- 

ventum  de  Horis  ex  altéra,  et  diu  esset  inter  partes  litigatum  in 

caria  nobilis  domini  Girardi,  domini  de  Dumaio,  saper  eo  qaod 

ab  ipsis  petebamus  anum  sextarium  framenti  ad  Croie,  qaod  sex- 

tarium  dicebamus  nos  habere  et  diu  percipiebamus  in  grangia  ip- 

sorom  de  Billefeurre,  Horensibas  e  contrario  respondentibas  et  di- 

centibas  qaod  nos  injuste  investiti  eramus  de  dicto  sextario ^  cum 

pec  ab  ipsis  Morensibus,  nec  a  quoquam,  monumentum  ad  hoc 

nos  babuissemus,  tandem  bonorum  virorum  utentes  consilio, 

eisdem  Horensibus  in  pace  dimisimus,  et  sine  aliqua  reclamatione, 

libère  et  absolute  quictavimus  sextarium  antedictum,  ita  quod 

ipsi  Horenses  dederunt  nobis  et  ecclesie  nostre,  in  recompensatio- 

nem  sepe  dicti  sextarii,  IX  libras  et  X  solidos  in  pecunia  numerata. 

Nos  vero  sepe  dictis  Horensibus  dictum  sextarium  quictavimus  et 

quictamus  in  perpetuum,  ut  ipsi  habeant  et  ipsum  possideant  paci- 

fice  et  quiète.  Actum  anno  Domini  H<>  CC®  XL*  II®,  mense  fe- 

bruario. 

Bîbl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  166.  r*. 

1246.  Mai. 

105.  —  Uniyersis,  Itberus,  miles  de  YiHanova,  salutem  in 
Domino.  —  Noyerint  universi  quod  ego,  compos  mentis  mee,  ec- 
clesie  Béate  Marie  de  Horis,  legayi  quinque  sextaria  ayene,  ad 
mensuram  Barri  super  Sequanam,  quam  yolo  ut  fratres  dicte  ec- 
clesie, post  obitum  meum,  singulis  annis  in  crastino  festivitatis 
Omnium  Sanctorum,  percipiant,  apud  Villam  super  Arciam,  in 
costumis  meis  quas  ibidem  habeo.  Statue  itaque  ut  heredes  mei  de 
dictis  costumis  amodo  nihil  accipiant,  donec  dicte  ecclesie  fratres 
de  costumis  ipsis  intègre  perceperint  annis  singulis  hoc  legatum. 

Actum  anno  Domini  Ho  CC®  XL^^YI»,  mense  maii. 

BU)I.  nation.,  fonds  franc..  5995,  fol.  169  r*. 

1246.  JuiUet. 

106.  —  Ego  Galtherus  Coiches,  major  communie,  et  ego  Pon- 
cius.  prepositus  Barri  super  Secanam,  notum  facimus  quod  Petrus, 
miles  de  Villa  super  Arciam ,  filius  domini  Roberti  de  Fontetis,  in 
nostra  presentia  constitutus,  recognoyit  quod  ipse  nihil  juris  ha- 
bebat,  nec  heredes  sui,  nisi  tantum  usum  et  justitiam  in  quadem 
Tinea  sua,  sita  in  yalle  de  Val  Adelin,  quam  tenait  ab  eoclesia  do 


94  CHABTB8   DB   l'aBIATB   DB    MOUS. 

Horis  cantor  Trecensis  ad  yitam  snam,  de  qna  fait  eoBteutton 
dictum  Petram  ex  una  parte,  et  fratres  de  Moris^  ei  iltea 
Actam  anno  ii?  CC®  XL©  VI<^,  mense  julio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  599S,  foLieBi*. 

1246  (v.  st.)  Janvier. 

107.  —  Omnibus,  Thomas,  decanus  Vendopere,  aluteoi 
domino.  Noveritis  quod,  in  nostra  presentia  constitatos,  i»^ 
vir  Odo  de  Claromonte  miles,  recognovit  Ermansam,  dominia 
quondam  Clarimontis,  matrem  suam,  olim  dédisse  in  perp^aai 
eleemosynam  domui  de  Moris  duo  sextaria  bladi,  nnom  de  h- 
mento,  et  unum  de  avena,  ad  mensaram  Yendopere.  Qium  êor 
mosynam  dictas  Odocoram  nobis  laadavit,  yolens  et  concedejis,^ 
fratres  de  Moris  ab  bis  qai  terragiam  ejasdem  0  !onis,  quod  bâte 
apad  Yillam  novam  jaxta  Qaercam^  habebant^  ibidem  dictmsliii- 
dam  de  eodem  terragio  infra  festom  Omniam  Sanctonun  reeifiefi 
annaatim. 

Actam  anno  Domini  Mo  CG^  XL»  YI^,  mense  janaario. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol  1681*. 

1247.  Juin. 

108.  —  Ego  Thomas,  decanus  Yendopere,  notam  facio  qœi 
Petras  de  Lochis  miles ,  cognomento  Carbonnellus,  recognofii  a 
in  param  et  perpetaam  eleemosynam  dédisse  Deo,  et  dow 
Theobaldo,  abbati,  et  conventui  de  Moris  présent!  et  faturo,  Cs»- 
ciensis  ordinis,  ob  remediam  anime  sue,  née  non  et  oxoris  ^ 
Teceline  nomine,  totam  suam  partem  landarum,  qac  faemt 
prata  antecessorum  et  su'nt  subtus  pontem  de  Lochis,  Pampiloii 
que  partiuntur  cum  domino  de  Pampiluno.  Qaictavit  etiam  é^ 
Petras  dicto  monasterio  quidquid  idem  monasterium  tenebat,  |^- 
tinens  ad  jus  suam  vel  hereditatem  suam,  videlicet  dicd  Pétri  > 
pontibus  de  Lochis  usque  ad  pontes  de  Landrivilla,  qocqnoDols 
illud  teneret. 

Actum  anno  Domini  M<>CC<>XL<>YIK  mense  junio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  599S,  fol  169  t*. 

1248.  Mai. 

109.  —  Ego  G.,  decanus  Tomodori,  notum  facioqnodifii»» 
presentia  constitutus,  Galterus  miles  de  Argentonay,  filiosdos^ 
Gaillelmi  de  Mogne,  recognovit  se  vendidisse  frattibas  de  Moi» 


CHARTES   DB   l'aBBATB   DB  VOBBS.  95 

qnecamque  habebat  apud  Landrivillam,  et  apud  Loches,  et  in  fi- 
nagio  earumdem  villarum,  scilicet  in  hominibus,  pratis,  vineis, 
terris,  censibus,  et  costumis,  et  in  omnibas  aliis  modis  et  corn- 
modis  pro  qaindecim  libris  monete  tanc  correntis^  de  qua  pecunie 
summa  se  tenait  pro  pagato  coram  nobis.  Hanc  autem  eleemosy- 
nam  confessas  est  esse  factam,  cum  adhnc  armiger  esset^  et  nec- 
dam  erat  oxori  obligatus.  Et  notandum  quod  omaia  qne  in  snpra- 
dictis  locis  habebat,  a  nulle  homine  tenebat,  et  nulli  senritiam  red- 
debat,  sed  erant  de  alodio  suo. 

Actam  anno  Domini  H®CC<^XL<*  VIII<»,  mense  maio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  170  r. 

1248  (y.  St.)  Mars. 

110.  —  Universis,  etc.  frater  H.  abbas  Bullencurtis  et  Re- 
gnandos,  miles  de  Granceio  dominas  Larreii,  salatem  in  domino. 
Noveritis  qnod  Josberlas  et  Jeremias  fratres ,  de  Yerpilleriis  mi- 
lites, traherent  in  caasam  abbatem  et  fratres  de  Moris  pro  blado 
qnod  ipsi  emerant  a  domino  Manassero  milite  de  Asmantia,  quod 
bladom  ad  ipsos  milites  spectabat  jare  hereditario,  ut  dicebant; 
yerum  predicti  abbas  et  fratres  de  Horis,  et  predicti  milites  com- 
promiserunt  in  nos,  fide  sua  ûorporaliter  prestita,  promittentesquod 
super  promissis,  ordinationi  nostre  starent,  et  quod  a  dicto  nostro 
in  aliquo  nullatenus  resil iront.  Nos  yero^  bonorum  communicato 
consilio,  prefatum  bladum  fratribus  et  ecclesie  de  Moris  arbi- 
trando  adjudicavimus  tenendum  in  perpetuum  et  habendum;  pre- 
dictis  militibus  et  eorum  heredibus  quantum  ad  hoc  silentium  per- 
petQum  imponentes,  ita  quod  de  cetero,  nec  per  se,  nec  per  alium 
contra  presens  yenirent  instrumentum. 

Actum  anno  Domini  HoCCoXLoVIIIo,  mense  martio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  171  r*. 

1249.  Avril. 

111.  —  Uniyersis,  etc.  frater  Nicolaas,  prier  Belliregis,  de 
ordine  Yallis  Scholarium,etRobertusde  Moustiers,  miles,  salatem 
in  Domino.  Noyerrtis  quod  cum  abbas  et  conyentus  de  Moris 
conquesti  fuissent  diu  de  nobili  quondam  domina  Emelina  bone 
memorie,  matre  nobilis  viri  Erardi,  domini  Chacennai,  super  hoc 
qnod  ipsa  abstulerat  quandam  partem  décime  de  Bergeriis,  ut  di- 
cebant, et  justitiam  a  nobis  exigèrent  eo  quod  dictas  Erardus, 
ulira  mare  profeotorosy  nos  OMistitaU  emendatores  interpre- 


96  CHARTES   DB   l'aBBATE  DB   MORBI. 

siarum  suarnm,  nos  yolnimos,  decrevimos  et  eonsolnns^etè 
assensu  nobiiis  yiri  Renaldi  de  Granceio  militis,  dominiLim, 
consenratoris  terre  sapradicti  Erardi,  mandayimusquoddimb- 
eima  dictis  abbati  et  conventui  reddetar  in  perpetaom  posi^aà 
Actom  anno  Domini  U^ CC^XL^  IX<>,  mense  aprilis. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  ^995,  IbL  184  f 

1249.  Mai. 

112.  —  Ego  magister  Herbertos^  decanns  et  eonsosBirri 
snper  Seqnanam,  notnm  facio  qnod  in  mea  presentia  oomÉots, 
Soltanus  domicellos ,  filins  domini  Thome  de  Gieyo  militb,  (p 
tavit  et  remisit  domni  de  Horis  qnereias  qoas  habebal  admses 
eam,  occasione  terragii  et  nemoris  de  Grosseforest,  et  occsék 
vinee  que  fuit  quondam  patrb  sni^  site  in  Yallis,  quam  (piimiir 
neam  contulerat  in  eleemosynam  domni  de  Moris  preibtt 
Thomas,  pater  snus.  Quictavit  etiam  sponte  omnes  alias  qtunbi, 
si  quas  habuerat,  vel  habere  poterat,  adversus  predictam  (koa 
qnoquo  modo,  promittens  fide  sua  corponditer  prestita  qaod  ui- 
quam  per  se,  vel  per  alinm  yeniet  contra  prefatnm  instroffleatsa. 

Actnm  et  datnm  anno  Domini  Mo  (X>  XL®  IX<>,  mense  nuio. 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol  1S4  r*. 

1249.  Juillet. 

113.  —  Nos  MargaretA,  domina  de  Dumaû,  et  Johannes,^ 
filins,  notum  facimas  quod  nos  yiris  religiosis  fratribus  de  lÈm 
quictarimus  omnes  qaerelas  quas  habebamus  vel  habere  p^ 
ramus  erga  eos,  super  terris  acquisitis  ab  iisdem  fratribus  ap^ 
Quercum  et  apud  BtUefeurre,  de  quibus  modo  investiti  soot.  Iw 
super  amotione  porte  et  molendini  de  Quercu  et  valli  interposa 
Item  super  auctatione  chemini. 

Actum  anno  Domini  M^  CG^  XLo  1X9,  mense  jalio. 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  184  V. 

1249. 

114.  —  Ego  JobannesdominusdeDumaio,  notum  faeioto^ 
ego,  lande  et  assensu  carissime  matris  mee  Hargarete,  et  Jvp^ 
fratris  mei,  et  Guillelme,  uxoris  mee,  dedi  et  concessi  lhtribo5v 
Moris,  ob  remedium  aniinanun  nostranun,  illam  partemqiuiDps' 


CHARTES   DE   l'aBBATE   DE   VOBES.  97 

eipiebat  in  décima  bladi  de  Locbis  Airardus,  miles  de  Cherreve, 
qnam  partem  ab  ipso  comparavi. 

Actum  anno  Domini  M»  CCo  XL» IXo. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  184  r. 


1250.  Mai. 

118.  ^-  Nos  magister  Herbertus,  curatDS  Barri  super  Sequa- 
nam  et  decanus ,  notum  facimus  quod  nobilis  domina  Emelina, 
relicta  domini  Roberii,  quondam  militis  de  Villa  super  Arciam,  et 
ejusdem  filii  Petrus  et  Milo,  milites,  et  Guyotus,  armiger,  in 
nostra  presentia  constituti,  recognoverunt  quod  cum  ipsi  querelam 
haberent  adversus  monasterium  de  Moris^  ex  eoquod  duo  juvenes, 
Odo  et  Tbeobaldus  dicte  Emeline  hcmines  de  capite,  absque  li- 
centia  ipsius,  in  dicto  monasterio  religionis  babitum  assumpsis- 
sent  :  tandem,  divina  gratia  inspirante,  sepe  dicta  domina  et  ejus 
filii  supradicti  querelam  illam,  et  quidquid  juris  in  dictis  juye- 
nibus  habere  poterant,  dicto  monasterio  quictaverunt,  et  dictos  ju- 
venes  in  puram  eleemosinam  dicto  monasterio  reddiderunt  et  con* 
cessenmt. 

Actum  anno  M^  CC^  L^,  mense  maio. 

B  ibl.  nation.,  fonda  tnnç.,  5995,  fol.  184  r. 


1253.  Décembre. 

116.  —  Je  Jehanne  de  Chocille,  qui  fus  fcirme  nrrsrignor 
Odon  de  Clermont,  clievalier,  fais  a  scavoir  a  toz  ces  qui  verront 
ces  lettres  que  Tain  o^m  que  li  diz  Cdrs  di  Cl<  inu  nt  flst  a  resgri>e 
de  Mores,  d'un  stxtier  de  frument,  et  Taumosne  que  la  mère  ce  dit 
Odon  fist  à  colle  dicte  esglised'unsdtier  defiun.entetd'unsextier 
d'aveine,  je  ay  loe,  et  loe,  et  la  promez  a  payer  par  moy,  et  par 
mes  oirs,  en  tos  endroits  que  les  lettres  devisent,  qui  de  ces  au- 
mosnes  furent  faittes  et  scellées  dou  scel  messire  Hébert  lou  doion 
et  curez  de  Bar-5or-Sfipne,  et  de  scel  Jacques  d'Aresles,  qui  fût 
prevoz  de  ce  mesmes  cl.as^tel,  que  ores  est  maicrs  dou  dict  B:  r.  Et 
por  ce  que  je  neu  satl,  j'ay  fait  mettre  a  ces  présent*  s  lou  scael 
dou  dit  Jacques,  et  lou  scael  monseignor  Odon,  lou  curez  d'Asmance. 

A  Tan  Nostre  Seignor  M<>  CCo  LUIo,  ou  mois  de  décembre. 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  185  r. 
?  •  xzxvn.  7 


98  aURTtS   DE   l'aBBAYB   de   VOftBS. 

1254  (v.  st.)  Janvier. 

117.  —  Nos  Herberlus,  curatus  de  Barro  super  Seqnaaancl 
decanus  ejusdem  loci.  et  Jacobus  dictus  de  Aresles,  major  am- 
munie  dicti  Barri,  notum  facimus  quod  in  nostra  presentia  coasb- 
tutus  Johannes,  filius  Radulphi  de  Essoya,  jam  defuncti,  rmH 
gnoyit  se  dcbere  fratribus  de  Moris  très  soiidos  censuales,  a 
torculari  sito  in  yico  qui  dicitur  vicus  S**  Pétri  apud  Essoyam. 

Aotom  anno  Domini  Mo  CÙ*  LIIlIs  mense  januario. 

Bibl.  Dation.,  fondi  frtoc,  5995,  fol.  185  v*. 

1254  (v.  st.)  Janvier. 

118.  —  Herbertus,  curatus  de  Barro  super  Seqnaoam  et  de- 
canus ejusdem  loci^  notum  facio  quod,  me  personalit^  coostitsi» 
apud  Moras,  Petrus  dictus  Charbonnellus  de  Locbis  miles,  H  Tb- 
celina,  uxor  sua,  in  presentia  mea  constituti,  dederant  et  codû»- 
serunt  in  puram  et  perpetuam  eleemosynam  fratribus  de  Hm 
quidquid  habebant,  smi  habere  poterant  apud  Buxerium,  YiUaa 
super  Arciam,  etCherreve,  feodi,  juris  etjustitie  :  apud  ChefTPfc, 
in  molendino,  censibus,  terragiis,  in  bosco  et  in  piano,  îb  boai- 
nibus;  apud  Buxerium,  in  hominibus,  terris  et  aliis  redditibas; 
apud  Villam  super  Arciam,  in  hominibus,  viJelicet  Miione  Novtf 
et  beredibus  suis,  et  omnibus  aliis  rébus  seu  redditibus,  censtte 
et  costumis.  De  quibus  omnibus  prenotatis,  predicti  Petrus  miles 
ei  Tecelina,  uiur  sua,  investierunt  abbau  m  et  fratres  domm  à 
Moris;  que  omnia  movebant,  ut  dicebant  dicti  Petrus  et  Tente, 
uxor  sua,  de  feodo  Béate  Marie  de  Morts. 

Actum  anno  Dommi  M<^CC<>LIIlIo,  mense  februario. 

Bibl.  nation.,  fonds  frtnç.,  5995,  fol.  186  r*. 

1255.  Mai. 

119.  —  Nos  magister  Herbertus,  curatus  de  Barro  snperSp- 
quanam  et  decanus  notum  facimus  quod  in  nostra  presentia  eoas- 
tituti  dominus  Robertus  de  Cherreve,  miles,  et  domina  IsabAr 
uxor  ejus,  attendentes  honores  et  bénéficia  quos  et  que  fratres  li 
Moris  multoties  prebuerant  eis,  recognoverunt  se  dédisse  et  beaipt 
concessis^,  tam  pro  recompensatione  dictorum  benefioionifli  ffom 
pro  salute  animarum  suarum,  supradictis  fratribus  de  Moris,  ii 


CHA1TB8   DE  l'aBBATB  DB  V0BB8.         >  99 

perpetuam  eleemo^ynam,  quod  habebant  in  molendino  de  Cher- 
reye,  videlicet  partem  qaartam  ejmdem  molendini;  et  quamdam 
landam  saam  sitam  joita  yadum  Rabbe;  et  qnictasse  eisAem  fratri- 
bus  supradictis  tria  sextaria  bladi  que  percipiebant  et  percipere  de- 
bebant,  singulis  annis,  toto  tempore  vite  sue,  apud  Buxerium  in 
terragiis  dlctorum  fratrum  de  Moris.  Que  omnia  movebant  de  ca- 
pite  supradicte  domine  Isabellis,  et  de  Beata  Maria  de  Moris. 

Âctum  anno  Domini  HoCC<^  LYo,  mense  maio. 

Bibl.  nation.!  fonds  franc.,  5995,  fol.  186  r. 

1256.  Juin. 

ISO.  —  Nos  Herbertus,  decanns  christianitatis  Barri  super  Se- 
qnanam  et  curatus  ejusdem  loci ,  et  nos  Nicolaus ,  minuter  de 
Gloria  Dei,  notum  facimus  quod  in  nostra  presentia  constituti 
Johannes  de  Gieyo,  armiger,  et  Isabel,  uxor  ejus,  recognoreront 
se  dédisse  domui  de  Moris  in  perpetuam  eleemosynam,  ob  reme- 
dium  anime  sue,  quidquid  habebant,  vel  habere  debebant,  in  dé- 
cima Grosseforest^  quod  reddebatur  eis  a  dictis  fratribus  annis 
singulis  in  grangia  de  Fraxino.  Promiserunt  etiam  coram  nobis, 
dicti  Johannes  et  uxor  ejus,  fide  super  hoc  prestita  corporali,  quod 
nec  per  se,  nec  per  alium  contra  predictam  donationem  venient  in 
futurum,  sed  erga  eos  qui  se  exposuerint,  portabunt  in  perpetuum 
legitimam  garantiaro.  Hanc  autem  donationem  laudavit  dominus 
Guillelmus  de  Gieio,  frater  dicti  Jobannis,  miles^  de  cujus  feodo 
res  erat,  ut  dicebat. 

ActLm  anno  Domini  V^  CC^  LYI°,  mense  junio. 

Blbl.  nation.,  fonds  franc.,  599j,  fol.  187  y*. 
# 

1256.  Mai. 

121.  —  Nos  Herbertus,  decanus  christianitatis  B^irri  super 
Sequanam,  et  Jacobus,  prepositus  ejusdem  ville,  dictus  deLingeio, 
et  Jacobus,  major  communie  ejusdem  ville,  notum  facimus  quod 
in  nostra  presentia  constitutus  Johannes,  dominus  de  Villa  nova, 
miles,  laudavit,  confirmavit  et  gratum  habuit  qnandam  eleemo- 
synam  quam  dominus  Itherus  pater  suus,  miles,  dodi:  et  concessit 
fratribus  ecclesie  Béate  Marie  de  Moris,  de  dimidio  modio  avene  ad 
mensnram  Barri  super  Secanam,  quam  summam  avene  voluit  et 
concessit  coram  nobis,  pro  se  et  heredibus  suis,  percipi  et  recipi  a 
fratribus  jam  dictis,  annuatim  et  itf  perpetuum,  sine  aliqua  contra- 


100  CHARTES   DB   l'aBBATK   BB   VOBBS. 

dictione,  in  crastino  Omniam  Sanctonim,  in  redditibnsetexitib 
qnos  habet  apud  Yiilam  super  Arciam,  et  in  finagioeiQsdflBTilk. 
Que  omnia  sapradicta  ad  manam  suam,  ratione  e^casun  donn 
Itheri,  patris  sui,  devenerunt,  et  que  omnia  supradicutesetaa 
libero  allodio,  sicut  in  presentia  mea  recognovit. 
Actum  anno  Domini  HoCC^LYl^,  mense  maio. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  &9dS,  M.  187 1*. 

1259. 

122.  —  Ego  Items  de  Brocia  miles,  notom  fado  qQode|D,ck 
remedium  anime  mee  et  antecessoram  meoram,  et  AaUdis^uorit 
mee,  dedi,  lande  etassensu  ipsins,  etconcessi  virisrefigiûfisito 
et  conyentui  de  Moris  illam  partem  piati  qnam  babeoinpnlDSi 
in  clauso  pratorom  de  Moris,  cum  domino  Ganfrido,  aTnncoleiBtt. 
de  Poliseio  milite,  in  perpetuam  et  puram  eleemosynamlilMritf 
qoiete  a  predictis  fratribos  possidendam. 

Anno  Domini  M9  C0>  LIX^ 

Bibl.  nation.,  fonda  franc.,  5995,  fol.  Ittf. 

1256.  Novembre* 

123.  —  Arnnlphus  humilis  abbas  de  Moris. . .  différend  entre  Fi^ 
baye  de  Mores  et  celle  de  Montiéramey  et  Robert  son  abbéaofljd 
des  terres  nonvellement  acquises  par  Tabbaye  de  Mores  sorbp- 
roisse  de  Chervey.  L'abbaye  de  Mores  reconnait  qu'elle  doit  ptf^ 
à  Tabbaye  de  Montiéramey  les  dîmes  sur  le  finage  de  Qemj. 
mais  elle  refuse  de  les  payer  pour  les  terres  noa?ellemest^ 
quises.  L'affaire  est  mise  en  arbitrage  et  les  parties  s'enp^ 
sous  peine  de  100  1.  tournois  d*amende,  de  s'en  tenir  a  ladéQ^A 
des  arbitres  qui  sont  :  Guillaume,  cellerier  de  Clainraox,  MTéceb 
prieur  de  Spargis  (Pargues). 

ArchiT.  Aube.  Copie  eoUai.  MonHérmn- 

1257.  Juin. 

124.  —  Guillelmus  cellerarius  Clarevallensis  et  Tettb* 
prier  de  Spargis...  sentence  arbitrale  relative  aux  biens  Dooni^ 
ment  acquis  sur  le  finage  de  Chervey  par  l'abbaye  de  Mores- 1^ 
religieux  de  Mores  ne  sont  pas  tenus  de  payer  à  Robert,  aUé' 


CHABTB8  DB  l'aBBATI  DB  VOR».  lOt 

Monliéramey  et  à  son  abbaye  les  dîmes  sar  les  biens  nonyello* 
ment  acquis  à  Chenrey;  mais  ik  donneront  tons  len  ans  à  Chenrey, 
dans  l'octare  de  la  Saint-Remy,  six  setiers  de  grain  de  motson,  me- 
sure de  Cbacenay. 

Arch.  Aube.  Orlgln.  Montlérame^. 

1257.  Juin. 

125.  —  Amulphushnmilisabbasde  Moris... 
Ratification  de  l'accord  précédent. 

Il  s'agissait  de  ce  qu'on  appelait  alors  les  dîmes  noyales.  Ce 
procès  fut  renouvelé  en  1542  et  ce  fut  le  31  mai  lili  seulement, 
qu'un  arrêt  du  Parlement  trancha  définitivement  la  question  en 
faveur  de  la  cure  de  Gherrey  qui  appartenait  à  l'abbaye  de  Mon* 
tiéramey. 

Areh.  Aube.  Copie  collât,  Moniiéramêif . 

1259.  Blai. 

126.  —  Nos  magister  Johannes  de  Tavellis,  archidiaconus  Lati- 
oensiSy  notum  facio  quod  dominus  Droco,  miles,  dictus  de  Julleio 
Castro,  dominus  de  Besaces,  in  nostra  presentia  constitutus,  dédit 
el  concessit,  et  recognovit  se  dédisse  et  concessisse  domui  de  Moris, 
pro  remedio  anime  Aalis  defuncte,  quondam  uxoris  sue,  et  anime 
sue,  et  animarum  heredum  suorum,  in  perpetuam  eleemosynam 
quinque  solides  Pruvinensium  fortium  persolvendos  fratribus  dicte 
domus  a  dicto  Drocone  et  suis  heredibus  et  successoribus,  annua- 
tim  accipiendos  in  censibus  dictorum  Droconis  et  heredum  suo- 
mm,  qui  debentur  eis  apud  Polisetum ,  quolibet  anno,  in  perpe- 
tuum,  in  festo  S''  Remigii  in  capite  octobris.  Acium  anno  Domini 
Mo  ce»  LIX%  mense  maii. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  ^995,  fol.  188  y*. 

1260. 

127.  —  Nos  Yiardus,  decanus  Barri  super  Sequanam  et  cura- 
tus  ejusdem  loci,  et  ego  Radulfus,  major  communie  predicti  loci 
de  Barro  super  Sequanam,  notum  facimus  quod  in  nostra  presen- 
tia  constitutus,  nobilis  vir  Gaufridus  de  Poliseyo,  miles,  recognovit 
se  vendidisse  et  quictasse  viris  religiosis  abbati  et  conventui  de 
Moris  quod  sic  nominatur,  pratum  quod  fuit  domini  Itheri,  militis. 


dieti  de  Brocia,  pro  yigmti  qninque  libris  PrnrneBsinii  Ma, 
de  cojas  pecanie  somma  dictas  Gaafridos  se  teiiet  id  phmpi 
pagato  in  peconia  namerata,  renancians  in  hoc  (kto  mafia 
non  nomerate  pecanie  et  non  tradite  ;  de  cajasmodi  pntD  Att 
Gaafridas  recognovit  se  derestivisse  et  prefatos  Morens»  inoth 
Tisse.  Hanc  aatem  yenditionem  liberi  prèdicti  Gaofridi,  TiUott 
Gaafridas  miles^  Itéras  clericas,  Bartholomeas  et  TbediaUossi- 
tiferi,  laudaveront  et  concessernnt,  in  nostra  presentiiproplerk 
personnaiiter  coQstitati.  Promiserant  aatem  prefatos  GmHBe 
prenominati  liberi  ejasdem  prenominat^  abbati  et  coQToto^ 
Moris,  de  dicto  prato  ad  versas  omnes  legitimam  garantumportin 
ad  asus  et  coasaetadines  patrie,  et  contra  predictamteodÀm, 
nec  per  se,  nec  per  aliaro,  sea  per  alios,  contra  veoire.  Heciovs 
sapradicta  et  singuia,  prefatus  Gaafridas  et  liberi  qosden,  fà 
corporaii  in  roana  nostra  prestita,  promiserant  se  teoere  eiff- 
Tare,  volentes  at  si  per  eos  vel  per  eor^m  aliqoem  adnrsosliBC 
actam  procaratam  vel  attentatum  faerit,  in  personamvdpenoitf 
ejas  vel  eoram,  qai  adversas  bec  vel  venerint  vel  rmmi,  perv 
decanam  excommanicationis,  et  in  terram  vel  bomioes^ioleriiit 
sentdntia  proferator.  Actum  anno  Doaiiai  Mo  GO»  LX*. 

Bibl.  nation.,  fonds  tnnc.,  S99S,ftI.  189 1*. 

1262. 

128.  —  Universis.  etc.  Tiardas,  decanos  Barri  soper  Seem 
salatem  in  Domino.  Noveritis  qaod  in  presentia  nostra  an^ 
Haimo  de  S^  Ogesio  miles,  et  Maria,  axor  ejas,  recognoTerui  i 
dédisse  et  qaictasse  in  perpetaam  ecclesie  et  fratribos  (b  ta 
qaataor  denarios  censaaies,  qaos  dicti  fratres  de  Moris  iéAii 
eisdem  annaatim  pro  pratis  sois  de  Bl^y,  sicat  dicebant^ffi- 
mittentes  per  fîdes  saas  in  mana  nostra  corporaliter  {trestiusfBi' 
contra  dictam  qaitationem  sea  donationem  de  cetero  per  se  ni 
per  aliam  non  veaient  nec  venire  facient  in  fatarum.  AetoflUB» 
Domini  M*  CC<»  LXII*,  mense  martio. 

BibU  nation.,  fonds  (hmc.,  5995,  M.  190r*. 

1263. 

129.  —  Yiardos,  decanos  Barri  saper  Seqoanam,  at  JoceStf' 
de  Yireio,  prevot  de  Bar-sar-Seine. . . 

Pierre  dit  Baras,  chevalier  de  Ville-sor-Arce  et  dame  ip^  " 


OIAITBS  DB  l'aBBATB  BB  1I0BB8.  103 

femme,  s'accordèrent  cette  année  de  quelques  différents  qu'ils 
avaient  avec  Tabbé  et  les  religieux  de  Mores. 

Kbl.  Ditioa.,  fonds  franc.,  S995,  fol.  190  t*. 


1266.  Mai. 

130.  —  Je  Jehan  sires  d'Arcies  fait  assavoir  a  tos  cez  qui 
verront  et  orront  ces  présentes  lettres  que  je  doias  et  octroy  le  don 
ou  la  vendue  que  Pierre,  dit  Mauvais,  de  Montsuzain,  et  Ysabes, 
sa  femme,  ont  fet  a  Tabbe,  et  ou  covent,  et  as  frères  de  Mores, 
do  lor  partie  et  de  tel  chozes  comme  ils  avaient  ou  molin,  qui  est 
appelé  le  Molins  Huon,  li  quez  molin  est  assis  devers  la  granche 
de  Mores,  a  Montsuzain  ;  et  ce  don,  ou  celle  dite  vendue  loe,  et 
octroy  a  tenir  loier  et  enparer.  Et  por  ce  que  ce  soit  ferme  choze 
et  estable,  je  ay  seelles  ces  lettres  de  mon  seel.  Ce  fut  fet  en  l'an 
de  grâce  mil  deux  cens  sexante-six,  ou  mois  de  may. 

Bibl.  ojtioa.,  fonds  firan^,  599j,  fol.  191  r*. 

1267. 

131.  -*  NosRenaulus,  dominas  Larreii,  et  Johannes,  curatus 
de  Lochis,  notum  facimas  quod  Wiardos  dinus  Marhot  de  Lochis» 
etEm3ngardis,ejus  uxor,  se  tradidisse  in  purum  et  perpctuum  es- 
cbambium,  viris  religiosis  abbati  et  conventui  de  Moris,  qoartam 
partem  terre  quam  habebant  inter  ortum  Yallisbonnet  ex  una 
parte^  et  vineam  religiosorum  ex  altéra,  liberam  ab  omni  servi- 
tute,  pro  una  pecia  dictorum  religiosorum,  in  loco  qui  dicitur 
Grossaforesta,  inter  terram  filii  Pineti  de  LanJrivilla  et  terram 
conversorum  de  Fraxino.  Datum  anno  Domini  M*  CC^  LXVII^, 
mense  aprilis. 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  194  r*. 

1269. 

132.  —  Nos  Tbeobildus,  Dei  gratia  rex  Navarre,  Campante  et 
Brie  comes  palatinus,  notam  facimus  universis  présentes  litteras 
inspectnris,  quod  cum  religiosi  viri  abbas  et  conventus  de  Moris 
aliqua  in  nostris  feudis,  retrofeudis,  censivis  et  allodiis,  ab  homi- 
nibus  nostris  acqnisierint,  nos  ob  remedium  anime  nostre,  et  ante- 
cessorum  nostroram,  omniaet  singula  ab  ipsis  relicta  in  fendis^  etc. 
▼olumus,  laudamus  et  confirmamus  eisdem,  volentes  et  concedentes 


J 


104  CHARTES   DE   l'aBBATB   DB   MOIES. 

qaod  ea  teneant  et  possideaat  ex  nanc  et  in  perpetanm,  in  ■» 
mortaa,  paciGce  et  quiète;  gardam  et  ja«ttitiain  nobis  et  smmy 
ribos  Qostris,  ia  predictis  acquisitis  nihilominos  retineiues.b 
cuJQS  rei  testimaniam  et  maaimaa  perpetaam,  sigiilam  nostroâ 
preseatibus  litteris  diiximas  apponeadum.  Ditum  per  nos  a^ 
Barram  super  Sequaaum«  aaao  Domiai  M>  CO  LXIX^ 
februario,  die  lune  post  octabas  Purificationis  B.  Marie  Virgim 

Bibl.  nation.,  fonds  franc*,  5995,  fol.  192  r*. 


1270- 

133.  —  Nos  Theobaldus  Dei  gratia  rex  Navarre  Campaoie  et 
Brie  cornes  palatinas...  coaflrme  la  donation  de  deoi  booae 
mainmortables  de  Beurrey,  que  Guillaume  de  Clémont  (en  Bas^j, 
dit  de  Yendeuvre,  fit  à  l*abbé  et  au  couvent  de  Mores. 

Bibl.  nation.,  fonds  fhinç.,  5995,  fol.  192  r*. 

1272.  Décembre. 

13i.  —  Universis  présentes  litteras  inspectaris.  frater  Johasas 
monaT^terii  Moreusis  abbis  bumilis,  totus  que  ejuslem  locicoaift* 
tus,  salutem  in  Domino.  Noverint  universi  qaod  cum  qaedam  doffiK 
sita  apud  Cherrivei  que  fuit  Thiegerii  de  Cberrevei  hominis  «r 
clesie  monasterii  Arremarensis,  scilicet  domus  lapidea  cod  pv- 
prisio,  sita  juxta  Galterum,  filium  Martini  de  la  Roelle  nm 
parte  et  juiia  Petrum  ex  altéra,  teneretur  ecclesie  nostre  is  trùm 
denariis  censualibus  annuatim,  nos  ad  preces  et  requisitioneraTS^^ 
rabilium  religiosorum  abbatis  et  monasterii  Arremareasis,  dictas 
domum  dictis  religiosis  quitavimus  et  quitamas  et  totaliterliben* 
vimus  et  liberamus  a  tribus  dictis  denariis  consualibos  et  a  fo^' 
cumque  serritute  dicta  domis  ecclesie  nostre  tenebatar  :  Tolate 
et  concedentes  (|uod  dicti  religiosi,  dictam  domum  cum  porprisiot 
beram  et  a  nobis  ab  omni  conditione  servili  qua  nobis  sea  eodes^ 
nostre  tenebatur  liberatam  teaeant  et  possideant  in  perpetnao  pa- 
cifiée et  quête;  tali  tamon  conditione  quod  dictus  Thiegerias  trei 
dictoi  denarios  censuales,  in  quibus  dicta  domus  nobis  sea  ecdesie 
nostre  tenebatur,  nobis  assignavit  super  quamlam  peciimfioK 
quam  peciam  vinee  dictus  Thiegerius  liberam  tenebat  et  que  t<>^ 
liter  libéra  erat,  que  dicta  pecia  vinee  sita  est  apud  GberriTeitt 
loco  qui  dicitur  Yaus  savoir  juxta  vineam  domini  Roberti  lÀi^ 
ex  ona  parte,  et  juxta  vineam  Aveline  de  Grâce  ex  altéra;  p' 


X 


CHARTES  BB   l'aBBATB   DB  1I0BB8.  105 

missentes  bona  fide  quod  nos  contra  hajasmodi  qnitationem  et 
liberationem  per  nos  vel  per  aliam  nunquam  yeniemos  in  fatoram. 
In  cnjos  rei  testimoniom  et  manimen  sigillum  presentibas  Utteris 
doximiis  apponendum. 
Actnm  anno  Domini  M?  CC^LXX®  secundo,  mense  decembri. 

Arch.  Aube.  Origin,  Montiéramejf. 

1279- 

135.  —  Unirersis,  etc.,  frater  Milo  totnsqne  conventns  Palta- 
riensis,  salaiem.  Noveritis  quod  abbas  et  conventus  de  Moris  perci- 
pient,  singulis  annis  apud  Landrivillam,  très  modios  et  quartam 
partem  unius  modii  vini  puri  et  boni,  quos  nos  tenemar  eis  sol- 
Tere  tèmpore  vindemiarum^  mustiles  de  annno  redditu  post  vin- 
demias  percipiendos  ab  elsdetn  vel  eorum  mandato,  in  domo  nostra 
de  Landrivilla,  obligantos  nos  et  successores  nostros.  Aclum  anno 
Domini  Mo  CC<»  LXXIX. 

Bibl.  Dation.,  fonds  firtnç.,  5995,  fol.  195  r*. 

1344. 

136.  —  Pierre  de  Monstiereni^r,  lieutenant  du  gouyerneur  du 
bailliage  de  Chaumont,  tenant  Tan  13i4  les  assises  à  Bar-sur-Seine, 
adjuge  aux  religieux  de  Mores  la  moyenne  et  basse  justice  en  la 
maison  et  grange  du  Fraigne,  tous  les  champs,  bois  et  vignes  ad- 
joignant à  Ten/iron,  tout  le  finige  de  Vilenesse,  ensemble  les  lieux 
que  Ton  dit  Grosse-Foresl  et  Valoliens,  entre  les  finages  de  Celles 
et  de  Landreville,  à  commencer  dez  Montorguell  et  du  bois  de 
Busseul,  etc.  (extrait  des  archives  de  Mores). 

Bibl.  nation.,  fonds  franc.,  5995,  fol.  204  r*. 

1391  (v.  st.).  5  AvrU. 

137.  —  Blanche,  par  la  grâce  de  Dieu  reine  de  France,  à  tous 
ceux  qui  ces  lettres  verront,  salut.  Comme  nous  avons  de  nostrs 
conquest  une  maison  assise  à  Neufville  soubsGiey,  qui  futMarioite 
de  Ligne,  tenant  d'une  part  aux  hoirs  de  Jebannette,  jadis  femme 
de  Petit-Jehan  Richart,  et  d'autre  part  à  Guillaume  Thévenin,  et 
aux  hoirs  de  Jehan  Favier,  scavoir  faisons  que  pour  la  dévotion 
que  nous  avons  à  Tesglise  de  Notre-Dame  de  Mores,  de  l'ordre  de 
Cistcaux,  au  diocèse  de  Lengres,  pour  estre  accompagnée  et  parti- 


/ 


106  CHAITBS   DE   l'aBBATB   »B  VOUS. 

eipant  es  prières  et  oraisons  que  par  les  religieai  aUé  et  eontt 
d'icelay  lieu  y  seront  faicts  nuict  et  joar,  doos»  pour  Wimmi 
rérérence  de  Diea,  et  à  Taumentatioa  du  divin  se^  a  fi 
nous  soyons  accompagnées  en  leurs  prières  et  oniaoBi,  fifs 
autres  causes  qui  à  ce  nous  ont  meues,  donnons,  baiOoot,  tns- 
portons  et  délaissons  du  tout,  à  héritage  et  perpetaellaBeitiini 
abbé  et  couvent,  et  à  leurs  sccesseurs,  en  pare  et  perpétadi  u- 
mosne,  et  de  grâce  espéciai  nostre  m  liso.i  et  jardin,  aiisi  (mm 
tout  le  lieu  se  comporte  en  long  et  en  lé,  saas  y  rien  excepter,  ré- 
clamer ou  retenir,  ne  que  nous  et  nos  hoirs  ou  ayant  caoxjpob- 
sions  aucune  choses  demander,  ores,  ne  pour  le  temps  ï  m;, 
réservé  la  souveraineté  que  nous  y  avions  avant  le  dict  cqq]iisl 
Parmy  ce  que  lesdits  religieux,  et  leurs  successeurs  sont  et  M 
tenus  de  dire  pour  nous,  chacun  an,  une  messe  solempelkàai^ 
du  St-Esprit,  en  leur  dicte  es^lise,  lesecond  joird'apmlqa^H» 
fusmes  née,  et  après  nostre  trepassement  diront  et  eH&nm  ^ 
dicte  ihesse  des  morts,  à  tel  jour  comme  il  plaira  àDleaqoeii 
trépassons  de  ceste  mortelle  vie  ;  et  de  nous  associer  et  vm^ 
gner  à  tousiours  en  leurs  dictes  prières  et  oraisons  ;  et  poorpsTe 
tuelle  mémoire  sera  escrit  notre  nom  et  la  dicte  messe  la  ^ 
reloge  de  la  dicte  esglise^  et  au  messels  on  on  dict  U  grand  es 
de  cette  esglise.  En  tesmoin  de  ce  nous  avons  faict  mettre  it&i 
seel  à  ces  présentes.  Donné  à  Neufville,  le  Y  jour  d'aprril,  fs  i 
grâce  MCCCLXXXXI,  avant  Pasques. 

Bibl.  naUoa.,  fonds  franc.,  599S,  M.  îlO  f- 


1546. 

138.  —  Accord  entre  Antoinette  d'Amboise  damedeTeolaint 
et  du  Champ-au-Roi  et  messire  Jean  de  Mesgrigny  wigneor'^ii 
Yilleneuve-au-Chône.  La  dame  de  Yendeuvre  cède  à  Jean  de  fc* 
grigny  trois  mines  de  froment  qu'elle  avait  droit  depresdnBBi 
les  ans  sur  le  moulin  du  Chône  près  de  la  Beccacière,  appirteifl^ 
aux  religieux  de  Mores. 

(Gbes  M.  Alexis  Soctrd,  Ubnire  à  TrtjtL) 


139.  —  On  trouve  aux  Archives  de  l'Aube  qnelqnes  à* 
ments  modernes  se  rapportant  à  Tabbaye  de  Hores  : 
28  mai  1694,  bail  de  la  métairie  du  moulina  papier  9a\^ 


ai41TES  PB  l'aBBATB   DB  II0BB8.  107 

consistant  en  an  bâtiment  logeable,  grange,  écurie...  24  arpents 
par  saison^  de  terres  labourables;  prés  et  bois. 

25  novembre  1712,  l'abbaye  de  Mores  vend  aox  Ursulines  de 
Troyes  ane  maison  sise  à  Troyes  rue  da  Dauphin,  oh  pend  l'en- 
seigne des  Trois  JUaures^  8,000  livres.  (Les  trois  maures  étaient 
les  armes  de  l'abbaye.) 

18  mars  1717,  bail  de  la  métairie  dite  de  La  Fontaine  (sur  le 
cours  de  la  More,  près  de  la  route  actuelle). 

29  décembre  1721 ,  bail  du  gagnage  appelé  La Batioerî^,  au  finage 
de  Mores. 

9  avril  1 744,  bail  de  la  ferme  appelée  Ferme  de  Mores,  dont  les 
bâtiments  sont  près  du  moulin. 

8  mai  1761,  bail  de  la  ferme  iu  Moulin,  comprenant  30  joumels 
de  terre  par  chaque  saison. 

Arcb.  Avbe.  —  Mores. 


MÉMOIRE 


L'HYMNE  HOMÉRIQUE  A  MERCURE 


»AB 


CHARLES  DES  GUERROIS 


Missiximfl, 

A  la  suite  de  Tlliade  et  de  TOdyssée  d'Homère,  nous 
lisons  une  série  d'HymneSi  les  uns  d'une  étendue  considé- 
rable, les  autres  fort  courts,  qui  portent,  comme  ces  grands 
poèmes,  le  nom  d'Homère.  Quoique  ces  hymnes  aient, 
quelques-uns  du  moins,  l'Hymne  à  Apollon,  THymne  à 
Bacchus,  THymne  à  Gérés  retrouvé  il  y  a  moins  d'un  siècle, 
ou  du  moins  publié  (1)  par  l'illustre  érudit  Ruhnkenius 
(David  Ruhnken),  quoiqu'ils  aient,  dis-je,  une  grande 
beauté,  et  qu'ils  soient  fort'anciens,  ces  hymnes  ne  sont  pas 
d'Homère.  Ce  fait  aujourd'hui  est  généralement  admis  par 


(1)  L'Hymne  à  Déméter  fut  retrouvé  en  1777  dans  une  écurie  de 
Moscou  par  Christian  Frédéric  Mathœi,  et  publié  en  1780  par  Ruhn- 
ken; mais  ces  érudits,  dans  la  joie  eni^e  de  leur  bonne  fortune, 
avaient  mis  tant  d'empressement  à  communiquer  leur  découverte 
au  monde  savant  qu'ils  avaient  sauté  21  vers  dans  leur  copie.  Ils 
retirèrent  l'édition  incomplète  et  réparèrent  leur  erreur  dans  l'édi- 
tbn  de  1782,  qu'on  tient  pour  l'édition  princeps. 


110  HTMIfE   HOMiElQDB   A    MERCUU. 

la  critique  ;  ils  sont  Tœuyre  de  ces  chaoteurs,  de  ces  rh^ 
sodés,  que  du  nom  de  leur  maître  on  a  appelé  honérUa, 
ces  poèteSf  ces  rhapsodes  qui  s*en  allaient  de  ville  envie, 
de  pays  en  pays,  d'Ile  en  tle,  composant  et  rédtâot  km 
épopées,  leurs  fragments  du  cycle  épique  dont  Homère  est 
le  centre  et  qui  se  continue  de  siècle  en  siècle  sans  s'ichm 
jamai&;  leurs  hymnes  aussi,  ceux  du  moins  qui  s'éU 
pas  destinés  aux  mystères  et  réservés  par  conséqoeDt  us 
seuls  initiés,  pouvaient  être  chantés  devant  un  aoditotre  po- 
pulaire, auditoires  grecs,  ioniens  ou  éoliens,  c^esU-Ae 
auditoires  faciles  à  l'émotion,  enthousiastes  de  poésie,  k 
poésie  narrative  surtout.  —  Tous  les  hymnes  hofnériqoesori 
le  caractère  épique,  la  louange  religieuse  y  prend  iafonv 
du  récit;  il  faudrait  remonter  plus  haut,  vers  les  âges  pri- 
mitifs, pour  retrouver  l'hymne  purement  et  sévèrement  rei- 
gieux.  Tels  sont  les  hymnes  orphiques.  Je  sais  bien  qne ces 
hymnes,  tels  qu'ils  nous  sont  parvenus  et  sous  leur  fonoe 
actuelle,  ne  remontent  pas  à  cette  haute  antiquité;  nais 
encore  qu'ils  aient  dû  être  retouchés  pour  le  langage  pv 
une  main  habile,  il  me  paraît  visible  que  le  fond  subsiste. 

Les  hymnes  épiques  dont  je  parlais  tout-à-rheore,  fi 
n*ont  pas  la  prétention  d'entrer  dans  les  sanctuaires,  destina 
cependant  à  céljbrer  les  dieux  en  charmant  les  foultskD^ 
niques,  ont  naturellement  une  couleur  religieuse.  L1)JQ^ 
en  effet,  suivant  l'origintlle  acception  du  mot,  ûp», est 
une  louange  en  Thonneur  de  la  divinité.  L'h^nonei^ta 
chant  qui  s'élève  de  l'âme  de  Thomme  vers  les  dieux p^ok^ 
teurs  ou  menaçants,  bienfaisants  ou  terribles. 

Les  hymnes  les  plus  anciens,  les  plus  religieux  aass, - 
ces  deux  choses  vont  naturellement  ensemble^  —  sont  to 
ceux  qui  porient  le  nom  d'Orphée,  mjis  qui,  touteneoo^ 
vaut  le  fond  des  idées  sur  lesquelles  ils  S4*  sont  édifiés  dans oo^ 
antiquité  très  rvculée^  auraient  été  lefaits,  pense-t-on,  pv 
Onomacrite.  Cet  Ohomacrite,  poète  et  devin  du  O's^ 
avant  notre  ère,  fut  chassé  d'Athènes  par  Pisisirate  jxff 


BTURE   HOMÉRIQCE   A   MBRCUBB.  111 

aToir  interpolé  des  vers  de  sa  façon  parmi  ceux  de  TancieD 
poète  Musée  que  le  tyran  Tavait  chargé  de  recueillir.  Les 
aèdes^  poètes  et  chanteurs  qui  ont  devancé,  annoncé  et  pré- 
paré Homère,  comme  les  rhapsodes  Font  suivi  et  continué, 
avaient  composé  des  hymnes  qui  ont  entièrement  péri.  A 
une  époque  plus  rapprochée  de  nous,  au  temps  même  de 
la  haute  prospi'rité  poétique  de  la  Grèce,  Pindare  avait 
composé  des  Hymnes  (on  cite  notamment  un  hynme  à  Pan); 
tous  ces  poèmes,  où  nous  pourrions,  s'Ds  nous  étaient  par- 
Tenus,  connaître  et  étudier,  dans  le  plus  haut  exemplaire^ 
la  poésie  religieuse  des  Grecs,  ont  malheureusement  péri  et 
il  n'en  subsiste  rien.  Cependant,  à  défaut  de  ces  hymnes, 
nous  avons  encore  les  odes  du  grand  |K)ète  Théhain,  ces 
magnifiques  odes  Olympiques,  Néméennes  et  Pythiques, 
qui  souvent  sont  de  vrais  hymnes,  d'un  ton  si  élevé,  si  admi- 
rablement religieux.  A  l'époque  du  grand  art  appartiennent 
aussi  les  chœurs  des  tragédies,  dont  quelques-uns  peuvent 
être  considérés  comme  de  véritables  hymnes  ;  car  les  tra- 
giques y  célèbrent  dans  une  admirable  poésie  les  plus  gran- 
des pensées  qui  puissent  jaillir  de  Tintelligence  humaine, 
la  volonté  souveraine  des  dieux,  la  fsdblesse  des  hommes 
qui  passent,  la  puissance  du  destin  qui  commande  aux  dieux 
mêmes,  la  force  irrésisfible  et  capricieuse  de  la  Fortune 
qtii  brise  les  uns  pour  élever  les  autres,  qui  fait  tomber  des 
fronts  les  couronnes  et  disperse,  comme  des  feuilles  mortes, 
les  bonheurs  des  mortels.  C'est  dans  les  odes  de  Pindare, 
c'est  dans  les  chœurs  tragiques  d'Eschjle,  de  Sophocle  et 
d'Euripide,  que  résonnent  à  travers  les  siècles  et  que  reten- 
tissent encore  dans  les  âmes  dignes  de  les  comprendre,  les 
plus  hauts  accents  qu'ait  jamais  eus  la  poésie  lyrique. 

Plus  tard,  à  l'époque  Alexandrine,  belle  encore,  mais 
d'une  beauté  secondaire  et  subordonnée,  nous  trouvons, 
outre  rilymne  aux  Dioscurcs  de  Théocrite,  les  Hymnes  de 
Callimaque.  Parmi  ces  hymnes  du  poète  érudit,  il  en  est  un 
aa  moins  qui  n'est  pas  indigne  d'être  rapproché  des  hymnes 


m  HYMNE  HOMÉRIQUE  A  MEBCUEI. 

homériques  :  c'est  le  bel  Hymne  à  Délos^  traduit  assez  t 
blement  en  vers  par  M.  Alfred  de  Wailly,  traduit  assez  âé- 
gamment  en  prose  p  ir  La  Porte  du  Theil.  Ceux  quirefasal 
à  Calliroaqiie  «  Ténergie  m  du  talent  ne  se  sont  pas  soovaœ 
apparemment  de  l'admirable  passage  où  le  poète  alexadik 
nous  montre  Ares,  le  dieu  de  la  guerre,  déracioaatlesinQiÊ 
et  menaçant  d*engloutir  le  fleuve  Pénée  sous  leurs  rob». 
parce  que  ct  lui-ci  (chaque  fleuve  est  un  diai]  a  Took 
accueillir  l'errante  Latone,  proscrite,  toute  déesse  qoeBe 
est,  par  l'animosité  jilouse  d^Héré.  Neptune  aussi,  sapaÉ 
les  montagnes  et  les  faisant  rouler  avec  firacas  dans  ks  ^ 
de  la  mer,  nous  offre  un  grandiose  tableau  (même  hp». 
vers  30  et  suiv.).  Il  ne  faut  point  oublier  encore  TObl 
s'agitant  sous  les  tourments  que  subit  Typhon  accaUésw 
le  poids  de  la  montagne  (v.  141  et  suiv.).  DausuaiÉe 
Hymne  encore  (l'Hymne  à  Déméter)  et  dans  un  autre  onk 
d'idées,  l'épisode  d'Erésichton,  l'impie  destructeur  da  \k 
sacré  de  la  déesse  des  moissons^  condamné,  en  expbtidii 
son  crime,  aux  tourments  d'une  faim  implacable  (v.  251li| 
a  de  grandes  beautés  :  récit  qu'a  imité,  sans  le  surpasser, k 
poète  des  Métamorphoses,  A  lôlé  de  ces  tableaux  pa- 
dioses  ou  saisissants,  Callimaque  en  a  de  gracieux  :  Tel  e^ 
celui  où  il  met  sous  nos  yeux  la  faiessagère  Iris  assise  as 
pieds  de  Jiinoii,  Tœil  toujours  fixé  sur  la  détssc,  etcompsr^ 
à  un  fidèle  chien  de  chasse,  dont  le  regard  ne  quitte  p^î^ 
maître  {Hymne  à  DéloSy  v.  228  et  suiv.). 

L'hynme  religieux,  si  cultivé,  si  floiissant  sur  le  sol  b^ 
léniqne^  est  un  genre  presque  inconnu  à  Rome,  etTcfi 
pourrait  s^en  étonner,  en  se  rappelant  quelle  pkce  la  ni' 
gion  occupe  dans  les  destinées  de  ce  peuple.  C'est  f^ 
effet  c'est  la  superstition,  plutôt  que  la  religion  (Lucrèce  k 
savait  bien),  qui  s'impose  aux  esprits  de  ces  TieuironeB^ 
dont  le  regard  ne  peut  se  détacher  du  vol  des  oiseaux,  i» 
mangeoire  des  poulets  sacrés,  des  noirs  caractères  impn^ 
par  la  foudre  sur  les  monuments  de  leurs  collines  ou  ^ 


'  HYMNE   HOMÉRIQUE   A   MERCURE.  113 

statues  de  leurs  places  publiques.  Ib  n'appartiennent  pas  à 
la  poésie,  ces  hymnes,  ces  cantiques  plutôt,  que  chantaient 
dans  les  cérémonies  sacrées  leurs  prêtres  saliens,  et  dont 
quelques  vers  à  peine  d'ailleurs  nous  sont  parvenus.  Quel- 
ques compositions  de  Catulle  et  d'Horace  (je  les  désignerai 
plus  particulièrement  tout  à  l'heure)  peuvent  seules  donner 
ridée  des  hymnes  religieux  de  la  Grèce  antique.  Le  senti- 
ment religieux^  au  temps  du  voluptueux,  et,  je  le  crois,  un 
peu  sceptique  Horace,  après  l'époque  de  Cicéron  et  les 
livres  de  la  Divination  et  de  la  Nature  des  Dieux^  est  bien 
affaibli  :  cette  antique  religion  ou  superstition,  alors  même 
qu^elle  demeurait  dans  sa  force ,  écrasant  Tesprit  sous  le 
poids  de  la  peur,  n'est  guère  propre  à  l'élever  vers  les  ré- 
gions sereines  où  fleurit  la  poésie.  Ce  peuple  romain  d'ail- 
leurs est  trop  positif,  trop  politique,  trop  législateur,  trop 
imbu  du  géoie  administratif,  pour  être  fort  enthousiaste. 
Ouvrez-lui  la  carrière  de  l'histoire,  de  la  poésie  épique,  qui 
se  rattache  à  ses  instincts  guerriers,  de  la  jurisprudence 
surtout,  il  s'y  élancera  avec  ardeur,  il  y  fera  des  pas  im- 
menses; mais  ne  lui  demandez  pas  d'entrer  dans  la  carrière 
de  Pindare  et  de  Callimaque,  il  restera  toujours  sur  le  seuil. 
On  peut  citer  pourtant  quelques  odes  et  épodes  d'Horace, 
qui  sont  des  hymnes  véritalDles,  ad  Mercurivm  (Liv.  i, 
ode  x),  ad  Forivnum^  ad  Populvm  JRomanvm;  surtout  le 
Carmen  Secu/are.  On  peut  citer  aussi  quelques  hynmes  de 
Catulle  {Hymne  à  Diane,  xxxrv  du  recueil),  le  Chant 
nvptial  qui  est  un  hymne  en  l'honneur  de  l'hymen,  et  où  se 
trouvent  ces  vers  qui  sont  dans  toutes  les  mémoires,  ces  vers, 
les  plus  déUcieux  peut-être  qu'ait  produits  toute  la  poésie 
latine  : 

Ut  flos  in  septis  (Lxn  du  recueil), 

enfin,  le  charmant  Pervigilium  Veneris^  d'un  suteur  in- 
connu, qui  est  un  hymne  en  l'honneur  de  Vénus  et  de  TA- 
mour.  Je  pourrais  ajouter  peut-être,  de  Catulle  encore,  une 
page  du  poème  à^Atys^  poème  que  Joseph  Warton  (dans 

T.  XXIfll.  8 


114  HYMNE    HOMÉRIQUE   A   MSBCUIE. 

son  Essai  sur  Pope)  loue  beaucoup,  car  il  le  place,  m 
un  peu  d  exagération,  à  la  tête  de  la  poésie  latine, 
page,  à  laquelle  j'ai  fait  allusion,  est  celle  où  noos 
rendues  les  premières  paroles  qui  s'échappent  de  la  M 
d'Atys  mutilé  :  Agi/e,  ite  ad  alla;  ces  paroles  ne  si 
autre  chose  qu'un  hymne,  ouest  célébrée  Cybèle,  la  te 
phrygienne  (civ  du  recueil). 

Après  Catulle,  après  Horace,  Papinîus  Slatins.  Stw. 
qui  a  remporté  trois  fois,  aux  jeux  albains,  le  prii  («A 
pour  les  poètes,  parDomitien  (cet  empereur  avait  de  pa- 
tentions littéraires),  est  un  poète  lyrique  bien  incompk 
encore  que  parmi  les  SylveSj  il  y  ait  des  pièces  deHcien», 
entre  autres  cette  prière,  cet  hymne  mélancolique  A(fi^ 
num^  au  sommeil  qui,  pendant  de  longues  nuits,  h^ 
ses  paupières  fatiguées 

Plus  tard,  le  christianisme  étant  venu,  et  cette  soors 
d'inspiraûon  étant  ouverte,  la  parole  sacrée  éclaterai 
les  hymnes  de  Synésius,  dans  les  odes  de  saint  Grcgoini 
Nazianze,  dans  les  belles  et  lyriques  compositions  d'Aonfe 
Prudentius.  Pour  faire  contraste,  Terapereur  Juliai,f 
éta  t  païen  avec  amour,  —  car  être  païen  alors  c'était  èis 
de  l'opposition,  —  a  composé  un  hymne  à  Cybele^ip^ï 
rempli  d'allégories  assez  péniblement  déduites.  Çethyna^ 
à  Cybèle  est  la  fin  du  Discours  sur  la  mère  des  Ifetf  ' 
est  en  prose  comme  tout  le  discours. 

En  plein  quinzième  siècle,  un  grec,  MièKel  Marik. 
chassé  de  Conslantinople  par  la  prise  de  cette  ville,  p^ 
attardé,  ou  plutôt  panthéiste  en  avance,  adorateur  ^  » 
Nature,  du  grand  Tout,  écrivait  en  liitin  des  hyiwKSS 
Soleil,  à  Jupiter,  à  Pan,  à  la  Terre,  Pourquoi  nous  ea®- 
nerions-nous  des  coippositions  païennes  ou  panthéiswp 
d'un  Marulle  ou  d'unFlaminius,  quand  nous  voyons  Bi»' 
un  cardinal,  composer,  —  mais  chez  lui  c'est  pure  fanti*! 
la  pensée  philosophique  est  absente,  —  des  Hymnes  pa^ 

Je  n'ai  parlé  jusqu'ici  que  des  hymnes  relï^eux;  î* 


HYMNE   HOMÉRIQUE   A   MERCURE.  115 

si  d'autres  qui  ont  un  caractère  plus  spécialement  philoso- 
hîque  :  l'hymne  à  Jupiter,  du  stoïcien  Cléanihe,  remar- 
iiable  par  l'élévation  des  pensées,  sans  nulle  grâce  ni  dou- 
eur  de  style  (1);  —  le  bel  hymne  à  la  Vertu,  d'Arislote  (2), 
—  bien  des  pages  du  Phèdre  et  du  Banquet,  de  Platon, 
lu  Banquet  surtout,  sont  des  hymnes,  de  vrais  hymnes, 
lans  la  plus  belle  prose  qui,  jamais,  eoit  sortie  du  génie  de 
'homme;  l'eflusion  lyrique,  qui  termine  le  discours  d'A- 
^athon,  est  un  hymne  à  l'Amour  :  ovro;  idriv  o  noiwv  %i^im^ 
L€v  év  àvôpwTTotç,  «  C'est  lui  (l'Amour)  qui  crée  la  paix  parmi 
es  hommes,  le  calme  sur  la  mer,  qui  apaise  les  vents, 
[ui  donne  le  repos  ei  mêle  le  sommeil  aux  soucis.  »  (3)  — 
es  sept  hymnes  de  Proclus,  difficiles  à  entendre ,  et,  en 
domine,  d'une  lecture  peu  plaisante,  à  l'exception  de  l'hymne 
\  Aphrodite,  qui   est  charmant,  un  vrai  chef-d'œuvre  en 
15  Ters,  auquel  je  joindrais  volontiers,  mais  en  lui  donnant 
^ulement  le  second  rang,  l'hymne  aux  Muses,  de  la  même 
longueur  à  peu  près  (17  vers).  H  serait  peu  juste  d'oublier 
l'hymne  à  Jupiter,  en  prose  poétique,  du  sophiste  Arislide 
(P.  Stephanus,  1604,  in-8%  T.  II,  p.  1-16).  Aristide,  en 
ses  huit  pages  de  prose,  n'a  guère  fait  qu'étendre  et  délayer 
les  39  vers  du  stoïcien  Cléanthe.  Je  veux  citer  encore  un 
passage  d'Oppien  en  son  poème  de  la  Pêche  :  les  vingt  pre- 
miers vers,  d'un  accont  superbe,  sont  comme  un  hymne  à 
la  puissance  de  Thumanité  divinisée.  On  citerait  bien  peu 
de  pages  plus  belles  que  celle-là  dans  toute  la  poésie  grec- 
que, et  certes  on  ne  s'aviserait  pas  d'aller  chercher  cette 
grande  chose  dans  un  poème  sur  la  pêche. 


(i)  Tottarum  Grxcorum  Sylloge,  edid.  Boissonade,  T.  VIII; 
CaUîm.,  Cleanthus,  Proclus. 

(^)  Dans  les  Ânalecta  de  Bninck,  T.  I,  p.  176. 

(3)  Ed.  Bipont,T.  X,  p.  218.  —  Oh  !  que  Shelley  a  merveilleuse- 
ment  traduit  cela!  (Ed.  Moxon,  p.  80,  Essays  Letters  and  Trans- 
lations), On  retrouve  véritablement  chez  l'écrivain  angles  le  divin 
Platon  qu*on  cherche  souvent  en  vain  chez  les  autres  traducteurs. 


116  HYMNE   HOMÉRIQUE   A   MBRCimE. 

Tous  les  hymnes  que  j'ai  indiqués,  depuis  les  plas  m- 
ciens,  ceux  de  la  collection  homérique  et  ceux  qui  ^oM 
le  nom  d'Orphée,  jusqu'à  ceux  qu'a  dictés  le  stokisoRGi 
qui  sont  dus  à  Finspiraiion  néoplatonicienne,  ont  uoearv- 
tere  commun,  celui  d'être  sérieusement  religieux  oa  sém- 
sement  moraux;  nulle  pensée,  nulle  rorme  de  railbies 
s^y  mêle  ;  partout  la  gravité,  quelquefois  la  haute  m^ 
de  la  pensée,  jusque  dans  la  grâce  même,  soit  que  no^  i- 
sions  les  grands  hymnes  homériques  à  Apollon,  à  Démêler, 
ou  les  hymnes  de  Callimaque,  ou  l'hymne  d'Arislolt  ï  k 
Verlu,  rhymne  de  Cléanlhe,  les  hymnes  de  Prodos  rab 
hymnes  orphiques,  soit  que  nous  descendions  Lvec  JBàm 
Aristide  à  la  prose  de  l'hymne  à  Jupiter,  soit  que  noosff^ 
nions  dans  les  tragiques  grecs  à  ces  admirables  cbffsi 
hymnes  éloquents  sur  les  grands  thèmes  de  la  destine,  k 
la  puissance  des  dieux,  de  la  faiblesse  des  hommes,  jj^ 
de  rOlympe  et  de  la  Fortune. 

Un  seul  hymne  entre  tous  fait  exception,  et  ofEre!a& 
ractère  tout  particulier  qui  en  fait  une  composition  m^ 
c'est  l'hymne  homérique  d  Mercure.  Je  l'ai  lu  et  reio  li- 
tentivement,  cet  hymne  singulier,  et,  après  un  pras? 
soupçon  qui,  m'ayant  frappé,  mais  pour  être  écarté  \id 
d'abord,  s'imposa  à  moi  sous  une  forme  plus  déd^F 
suis  arrivé  à  la  pleine  conyiction  que  cet  hymne  préki^ 
est  plutôt  un  jeu  d"espril,  un  très-gracieux  et  très-«pK- 
uel  jeu  d'esprit.  On  hésite  fort  à  se  prononce  sta*  ces 
choses  de  l'antiquité,  ou  l'on  a  si  peu  d'indices  potf^ 
guider^  si  peu  de  témoignages  pour  s'éclairer;  mais  3^ 
semble  que  V Hymne  à  Hermès  a  tous  les  caractères  (k  :t 
que,  dans  notre  langage  moderne,  nous  appelons  uœ/^ 
rodie. 

Ce  qui  manque  souvent  à  la  critique,  c'est  Tin^ii^ 
c'est  une  certaine  hardiesse  dans  les  idées,  VvwerJim  ^ 
un  mot,  car  la  hardiesse  sur  les  syllabes,  la  hardie^e  pk- 
lologique,  elle  ne  manque  pas  d'ordinaire,  et  arri^  ^ 


HTMTCB   HOHiRIQUE   A   MERCURE.  117 

qnefoisà  la  {émérité  la  plus  eniporti^e»  comme  chez  l'illustre 
critique  anglais  Richard  Bentley,  le  commentateur  ou  re- 
dresseur d'Horace,  qui  souvent,  après  avoir  passé  par  ces 
mains  audacieuses,  ne  se  reconnaît  plus  du  tout. 

J'avoue  qu'en  émettant  la  pensée  que  je  vous  apporte, 
j'ai  osé;  ce  n'est  pourtant  pas,  je  l'affirme,  par  une  vaine 
recherche  de  l'extraordinaire,  en  tordant  les  faits  et  les 
textes,  queje  suis  arrivé  à  l'opii'i'n  que  je  développe  dans 
le  présent  travail;  j'y  ai  résisté  plutôt,  je  ne  m*,  suis  pas 
livré,  je  me  suis  rendu  à  ce  qui  m'a  paru  être  l'évidence 
même;  rien  n'est  plus  éloigné  de  mes  hahiiudes  d'esprit 
que  le  paradoxe.  Je  m'efforcerai  de  vo*is  amener  à  partager 
mon  opinion,  en  vous  exposant  ce  que  j'appellerai,  non  pas 
des  preuves,  mais  plus  modestement,  tout  au  moins  des  pro- 
babilités assez  concluantes. 

Un  point  fort  à  remarquer  tout  d'abord,  c'est  que  cet 
hymne^  attribué  à  Homère  par  un  seul  témoignage  de  fort 
peu  de  poids,  celui  d'Antigone  de  Caryste  (1),  pourrait  ne 
pas  remonter  à  une  antiquité  fort  reculée,  il  pourrait  fort 
bien  être  postérieur  à  Pisistrate  et  se  rapprocher  du  siècle 
de  Périclès. 

Mais  ce  qui  vous  paraîtra  plus  décisif  sans  doute,  c'est 
l'analyse  même  de  la  pièce  en  question.  De  cette  analyse 
même  résultera,  je  crois,  une  forte  présomption  en  faveur 
de  l'idée  que  j'ai  hasardée  sur  la  date  relativement  peu  an- 
cienne de  l'hymne  soi-disant  homérique. 

Le  poète,  quel  qu'il  soit,  nous  reporte  à  la  naissance 
même  du  dieu.  Il  vient  au  monde  dans  l'antre  qui  sert  de 
demeure  à  Maîa,  sa  mère.  Aussitôt  né  il  commence  ses 
industries  et  ses  exploits;  vous  devinez  de  quelle  nature  se- 


(1)  Dans  son  ouvrage  intitulé  :  Historiarum  mirabilium  Collée^ 
tanea,  Thucydide,  qui  regarde  l'hymne  à  Apollon  comme  Touvrage 
d'Homère,  se  garde  bien  d'affirmer  rien  de  semblable  de  l'hymne  à 
Hermès. 


118  HYMNE    HOMÉRIQUE   A    MERCUU. 

ront  ces  exploits.  II  commence  bien  pourtant,  car,  ay 
trouvé  une  tortue,  il  lui  arrache  la  vie,  non  sans  ko  i!® 
adressé  un  discours  flatteur,  et  il  en  prend  l'écailIe  qd  k 
sert  à  fabriquer  une  lyre.  Les  poètes,  du  moins,  loi dÛTë 
de  la  reconnaissance  pour  cette  invention.  Toataosâioti 
chante  des  vers  sur  cet  instrument  de  nouveUe  créatiofi. 
Hermès  ne  s'en  tient  pas  longtemps  à  cette  occnpiib 
pacifiqtie  ;  il  dépose  la  lyre  sur  son  berceau,  d, 
goûter  la  chair,  il  médite  une  ruse  profonde;  il  se 
Si  je  volais  les  vaches  de  mon  frère  Apollon  ?  Vmh 
Suit  aussitôt  l'idée.  Hermès  est  déjà  sur  les  moDiagoei 
la  Piérie,  où  les  bœufs  divins  ont  leurs  étables  et  paisi! 
de  riants  herbages.  Le  (ils  de  Maîa  se  hâte  dechobiré- 
quante  génisses  et  de  les  tirer  à  l'écart,  en  les  S^ 
comme  Cacus  dans  Virgile  (iEn.  Lib.  VIII,  v.  210),  t 
marcher  à  rebours;  lui-même,  comme  les  génisses, maréf 
à  reculons,  après  s'être  fabriqué  des  sandales  de  feoiitf 
Il  rencontre  en  son  chemin  un  vieillard  qui  trafailki^ 
haie;  il  lui  recommande  le  silence  :  N'aie  point  Tii,b 
dit-il,  ce  que  tu  as  vu,  n'aie  point  ouï  ce  que  tu  aseoteà 
tu  t'en  trouveras  bien.  Hermès  enfin,  toujours  tirant  ts 
génisses,  arrive  à  une  grande  prairie.  Là,  après  leor  i^ 
fait  manger  le  lotos,  il  immole  deux  des  vaches  qail  a^ 
tournées,  les  dépouille,  en  rôtit  les  chairs,  diq)Ose  ses^ 
frandes  sur  un  plat,  et  en  fait  douze  parts.  II  respire  i^ 
délices  l'agréable  parfum  des  chah*s,  il  n'y  touche  pis  «" 
pendant,  il  dresse  un  bûcher,  et  le  feu  a  bientôt  Jé^ 
toutes  ces  chairs  savamment  préparées.  Il  éteint  les  eb- 
bons,  fait  disparaître  la  cendre,  jette  ses  sandales  dam  T^ 
phée,  et  reprend  son  chemin  vers  les  montagnes  du  Cyfe 
Il  rentre  dans  sa  demeure  par  la  serrure,  «  semblakk»  ^ 
le  poète,  à  une  brise  d'automne.  »  Il  se  glisse  dans  son p^ 
ceau  et  s'enveloppe  de  ses  langes.  Sa  mère,  qui  n est f* 
dupe  de  ce  manège,  l'interroge,  et  le  jdune  dieu  rèfcdf 
des  paroles  astucieuses. 


HTMNB   HOMARIQUB   A  HERCURB.  119 

Apollon  cependant  qui  apparemment  s'est  aperçu  du  lar- 
jn,  car  le  poète  ne  Texpliqùe  pas,  part  pour  se  mettre  en 
[uête;  il  rencontre  justement  le  vieillard  qui  précédcm- 
nent  a  aperçu  Mercure  et  qui  continue  son  travail.  Le 
ricillard  qui  ne  se  souvient  pas  des  injonctions  d'Hermès^ 
lit  ce  qu'il  a  vu.  Apollon  s'élance,  parvient  au  Cyllène,  et 
>énètre  dansla  grotte  qui  abrite  le  dieu,  son  voleur.  HiTmès 
eint  de  dormir.  Le  fils  de  Latone  Tinterroge  avec  sévérité, 
ivec  menaces.  Mercure,  qui  n'est  jamais  en  peine  de  trouver 
les  paroles  de  ruse  et  de  tromperie,  lui  répond  avec  finesse, 
ivec  esprit,  dans  l'intention  de  le  dérouter.  Apollon  le  saisit 
lans  ses  bras  et  l'emporte.  Ici  se  place  quelque  chose  de 
bien  extraordinaire.  Je  n'ofiensfrai  pas  vos  oreilles  en  vous 
lisant,  même  en  latin,  eu  grec  peut-être,  mais  tout  bas 
[xaTOTTip^w  exprime  cttte  action  peu  séaite)  Y  augure  singu- 
lier que  Mercure  envoie  au  fils  de  Latone  (vers  294-96)  : 
j'ai  dû  cependant  y  fa  re  allusion,  parc»"  que  la  parodie  rail- 
leuse digne  de  Lucien,  digne  de  Rabelais,  s'accuse  mieux 
dans  ce  passage  que  dans  nul  autre.  Sur  cet'e  impertinence 
du  dieu  voleur,  Apollon  le  jette  à  terre.  Mercure  alors 
propose  d'avoir  recours  à  l'arbitrage  de  Jupiter.  Jupiter 
interroge  Apollon,  qui  expose  raffaire  et  produit  son  accu- 
sation. Mercure  se  défend  vaillamment,  nie,  sans  ménager 
les  serments  ni  les  menaces.  Jupiter  rit  aux  éclats.  Cepen- 
dant il  ordonne  à  Mercure  de  se  dénoncer  lui-même,  et  de 
conduire  Apollon  sur  les  lieux,  de  proJuire  le  corps  du  délit. 
Mercure,  se  voyant  pris,  ramène  à  la  lumière  les  têtes  des 
génisses  qu'il  a  immolées.  Apollon  alors  lui  adresse  un 
compliment  railleur  sur  ses  exploits  précoces.  Mercure  jette 
autour  de  lui  d'obliques  regards,  cherchant  un  lieu  où  se 
cacher.  Soudain  une  idée  le  frappe,  il  se  souvient  que  s'il 
est  le  dieu  du  vol,  il  est  aussi  l'inventeur  et  le  dieu  de  la 
lyre.  Il  veut  adoucir  le  dieu  irrité,  son  frère;  il  saisit  sa 
tortue  façonnée  en  lyre,  et  tire  de  l'instrument  des  sons  mélo- 
dieux, en  chantant  de  sa  plus  haute  voix.  Etonnement  d'A- 


120  HYMNE   HOMÉBIQUB   A   ITEBCUEB. 

pollon,  qui  sent  naître  en  son  cœur  un  ^if  désir.  Esl-cetoi, 
lui  dit-il,  habile  ouvrier,  qui  a  inventé  cet  instromeat? 
Certes,  il  vaut  bien  cinquante  bœufs.  —  Et  sans  le  dire  qui 
mots  couverts,  il  témoigne  le  désir  de  posséder  la  \m  é 
le  talent  d'en  tirer  ces  sons  qui  viennent  de  le  charmer. 
Mercure  lui  fait  présent  de  la  lyre,  accompagnant  ce  dos 
de  paroles  flatteuses,  éloquemment  et  jolinient  fUtteoses  : 
a  Chante,  lui  dit-il,  chante  et  fais  parler  la  lyre  (vers  473 
et  suiv.};  demande- lui  des  plaisirs  que  tu  auras  reçue 
ma  main;  en  revanche,  aussi,  donne-moi  de  la  gioire; 
chante  harmonieusement,  tenant  dans  tes  mains  cette  com- 
pagne aux  accents  mélodieux,  sachant  dire  élégamment.  Va. 
dès  à  présent  assuré,  porter  la  joie  dans  les  festins,  Ymm^ 
ble  danse,  le  glorieux  plaisir,  joie  de  la  nuit,  joie  aussi  èi 
jour.  A  qui  interroge  la  lyre  avec  sagesse,  elle  répond, 
enseignant  à  lesprit  mille  choses  agréables,  (aciiemoâ 
complaisante  au  jeu  plein  de  mollesse,  fuyant  le  travail  é 
Feffort  laborieux  » . 

Apollon  avec  joie  accepte  la  lyre,  y  essaie  ses  d<Hgb 
divins,  et  en  tire,  lui  aussi,  comme  il  couYient  à  un  (fia. 
des  sons  pleins  de  beauté,  qu'il  accompagne  de  sa  voix. 

Les  deux  frères  divins  échangent  des  présents,  Apdk» 
met  sous  la  garde  de  Mercure  les  génisses  que  celui-d  i 
voulu  lui  dérober,  et  Thymne  se  termine,  à  la  satisfsictkm  de 
Jupiter,  sur  cette  réconciliation  cimentée  par  des  àom 
mutuels,  de  mutuelles  promesses.  (t)ç  et  xc  iJtac^ùôy^tffi  Tséiss 

oluvoZaiv,  V.  543-46). 

n  y  a  là,  si  je  ne  me  trompe,  et  peut-être  tous  wam 
reconnu  avec  moi,  messieurs,  tous  les  signes  de  la  paro&^ 
La  parodie  implique  une  certaine  raillerie  oblique  s'adres- 
sant,  non  pas  tant  aux  objets,  aux  personnages,  aux  dkm 
et  aux  héros  par  exemple,  qui  y  figurent,  qu'aux  poèlef, 
aux  orateurs,  aux  philosophes,  aux  écrivains  en  général  — 
mais  aux  poètes  plus  particulièrement  —  qui  ont  pri$  trop 
au  sérieux  et  célébré  trop  emphatiquement  et  sur  le  loo  de 


HTMTIB   HOHiRIQUI  A   MBRCURB.  121 

Tadmintion ,  ces  objets  et  ces  personnages.  Pour  prendre 
un  exemple,  Lucien,  quand  il  parodie  les  historiens  de  la 
g*  terre  des  Parthes,  —  et  on  sait  qu'il  le  fait  bien  spirituel- 
lement dans  son  trailé  sur  la  manière  d'écrire  Thistoire,  — 
ne  prétend  déverser  aucun  ridicule  sur  les  généraux  et  les 
soldats  qui  ont  figuré  dans  cette  guerre.  Examiné  à  ce  point 
de  vue,  je  crois  que  THymne  à  Hermès  fait  supposer  l'exis- 
tence de  quelque  ode  admirative  à  l'excès,  dont  le  poète 
aura  voulu  se  moquer  en  présentant  par  le  côté  ridicule  et 
comique  les  dieux  qu'il  a  pris  pour  ses  personnages.  L'ex- 
pression triviale,  dans  un  sujet  grave,  est  encore  un  caractère 
es^sentiel  de  la  parodie,  et  nous  le  trouvons  ici  dans  maint 
passage.  Fantaisie  et  bouffonnerie,  avec  de  Tesprit  quand 
elle  peut  :  voilà  en  somme  les  caractères  de  notre  parodie 
moderne.  Si  je  ne  me  trompe,  il  me  semble  que  je  les 
retrouve  bien  marqués  dans  l'hymne  homérique  à  Mercure. 
La  parodie  ne  se  propose  généralement  que  d'amuser,  elle 
ne  se  propose  pas  de  détruire.  Cet  hymne  considéré  ainsi 
serait  d'autant  plus  précieux,  qu'il  est  à  peu  près  la  seule 
véritable  parodie  qui  nous  soit  arrivée  du  fond  de  l'anti- 
quité. Aristophane  a  souvent  parodié  Euripide,  dans  les 
Achamiens  par  exemple;  il  a  parodié  Socrale  dans  les 
Nuées  ;  mais  la  parodie  tourne  chez  lui  à  la  satire  ;  ce  n'est 
point  la  parodii!  que  j'appt lierais  désintéressée,  la  parodie 
comme  nous  l'entendons  chez  nous,  c'est*à-dire  simple- 
ment amusante  et  sans  arrière-pensée  ;  et  cela  est  si  vrai 
que  le  grand  comique  athénien  se  propose  une  thèse; 
rintérêt  des  mœurs  et  de  TEtat  qu'il  a  grandement  à  cœur 
est  en  jeu  chez  lui  ;  il  travaille,  lui  aussi,  a  rétablir  «  l'ordre 
moral  » .  L'ironie  chez  Aristophane,  qui  raille  si  volontiers 
les  poètes  ses  confrères  et  les  sophistes  surtout,  qu'il  lui  a 
plu,  sans  l'atteindre  lui-même,  de  représenter  sous  le  nom 
du  plus  respecté  des  philosophes,  a  le  trait  acéré,  ensan- 
glanté, cruellement  blessant  et  mordant,  souvent  mêlé  d'ad- 
mirables effusions  lyriques.  La  parodie  n'est  pas  si  mé- 


cbwtq....  ni  si  roorak.  ^\\^  nfi  fven^  ri^n  d' Archiloçie, ^ 
si  eUe  emprunte  quelqii/ç  chose  d'A^rislophane,  eUenaceepte 
pas,  bien  s'en  iaut,  tout  ce  qu'il  lui  oiïre. 

La  parodie  esl  un  produit  des  époques  tardires  Je  k 
civilisatioii,  alors  que  les  esprits,  ayant  parcouru  beancoop 
dWdres  d'idées  et  de  sentiments,  soi;it  arrivés  i  s'en  joœr. 

Or,  qup  iroyons-nous  dans  Thymne  à  Hermès?  Noosj 
voyons,  -«-  chose  singulière,  si  on  n'admet  pas  le  caradèrc 
qqe  je  crois  y  découvrir, — Apollon ,  le  dieu  des  crades,  im 
le  discours  final  et  amical  qu^il  tient  à  Mercure,  deTcrsaotb 
raillerie  sur  la  divination  qui  se  pratique  par  rinterprétali(i& 
du  vol  des  oiseaux.  Les  âges  primitifs,  épris  de  leurs  supers 
titions  grossières,  n'ont  pas  de  ces  aperçus  philosophiques, 
produit  d  une  réflexion  plus  mûre,  d'une  sagesse  phslir- 
dive.  A  ç^tte  cop^dération  de  l'ordre  moral  j'en  joindnis 
une  autre  tirée  de  l'ordre  philologique  :  on  trouve  dau 
VHyme  à  Mercure  un  certain  nombre  de  mots  qui  nesool 
pas  de  la  langue  d'Homère  et  qui  paraissent  apparleoiri 
une  langup  moins  ancienne.  Pour  ne  pas  abuser  de  Tobe 
attention,  je  ne  citerai  que  quelques-uns  de  ces  TocaUes 
QOMveaq^  :  f«Ai»Tik,  f^lnr^^  xoroy^oioç,  AuTot^nç  (eo  parW 
4'Apollon),  motç  qu'Homère  n'a  jamais  employés. 

I^s  critiques  se  sont  fort  exercés  sur  l'hymne  homén({iir 
à  Mercure.  La  critique,  chose  biep  savante  quelquefois, 
est  parfois  aussi  chose  bien  impatientante.  Rlle  mlmp»- 
tieiïte  surtout,  je  dirais  presque  qu'elle  me  lâche,  ^ 
elle  se  donne  des  licences  sur  les  textes  anciens,  qtiaiHl 
pour  les  accoQunoder  à  quelque  système  préconçu,  doqsI^ 
voyons  arranger,  rogner,  ajouter,  amplificT,  refaire  enfin  an 
gré  de  sa  fantu^-ie  l'œuvre  qui  lui  a  été  léguée  pir  l'afl'^ 
quité.  Ce  qui  prouve  bien  du  reste  Tordi  nuire  vanité  ^^ 
travail,  c'^st  que  tous  ces  critiques  ne  hont  ps  d'accord- 
là  où  Tun  veut  ajouter,  l'autre  a  la  prétt  niion  de  relrtn- 
cher;  celui-ci  déclare  charmant  ce  que  celui-là  rejette aw 
mépris  et  éliminerait  de  son  autorité^  si  ces  œuvres,  toaies 


mmifB   HOMÉRIQUE   A   MKRCURI.  12^ 

corrompues  qu'elles  ont  pu  nous  arriver,  n'avaient  en  elles 
une  vitalité  n'sis^ante  que  rien  ne  peut  entamer.  Où  en 
serions-nous,  si  le  sentiment  public  avait  adopté  les  retran- 
chements de  fantaisie  que  tels  critiques  allemands  ou  an- 
glais, en  vertu  de  conjectures  souvent  plausibles,  je  le 
déclare,  ont  vo!ilu  faire  subir  à  Tlliade?  De  ses  vingt-quatre 
livres,  le  grand  poème  en  aurait  à  peine  D^nservé  quelques- 
uns  qui  sont  incontestables;  le  reste  serait  demeuré  sous  les 
ciseaux  peu  cléments  de  ces  Procustes  d'outre-Manche  et 
d'outre-Rhin. 

I..es  critiques  allemands  n'ont  pas  ménagé  notre  Hymne 
à  Mercure,  et  plus  d'un  morceau  de  cette  p'èce  célèbre  de 
la  collection  homérique,  sous  prétexte  d'interpolation,  de 
peu  d  accord  avec  le  reste^  leur  a  paru  devoir  être  re- 
tranché. 

Pour  moi,  qui  n'ai  pas  de  système  préconçu,  et  qui 
professe  le  respect  presque  absolu  des  textes  anciens,  textes 
qu'il  faut  5e  borner  à  améliorer,  quand  on  le  peut,  et  tou- 
jours discrètement,  je  me  garde  bien  de  rien  retrancher  à 
notre  Hymne  à  Hermès  :  peut-être  ofifre-t-il  quelques 
lacunes,  mais  bien  hardi  qui  essaierait  de  les  combler.  Je 
l'accepte  comme  un  tout,  parodie  d'un  texte  ou  de  divers 
textes  qui  ne  nous  sont  pas  parvenus.  Il  semble  pourtant 
que  la  dernière  partie  de  l'hymne  aille  contre  l'opinion 
que  j'ai  hasardé  de  vous  soumettre  :  il  semble  en  effet  que 
ce  soit  chose  sérieuse,  chose  héroïque  que  cette  scène  où 
les  deux  dieux^  Apollon  et  Mercure,  s'interrogent  et  se 
répondent.  Mercure  enseignant  à  Apollon  l'art  de  jouer  de 
la  lyre,  Apollon  lui  répondant  sur  les  oracles  et  sur  les 
points  obscurs  de  la  religion  mythologique  —  je  fais  allu- 
sion au  passage  où  il  est  question  des  Thries  (la  critique,  la 
bonne^  la  vraie,  a  substitué  le  mot  eplxi  au  mot  Moîpoi  dans 
le  vers  549),  —  les  Thries,  qui,  rassasiées  de  miel  nouveau, 
entrent  dans  une  fureur  prophétique  et  c  nsentent  à  révéler 
l'avenir  du  fond  des  antres  du  Parnasse,  leur  demeure. 


124  HTIINC   HOHiRIQUI   A    MERCUBl. 

Hais  le  comique  qui  n'est  pas  dans  les  mots  est  dam  k 
situation,  dans  l'intention  même.  Apollon,  dieu  de  U  lyn, 
apprenant  son  art  de  Mercure,  le  j«'Uiie  dieu  ué  drpas 
vingt-quatre  heures  et  qui  porte  encore  ses  laoges  ser 
l'épaule,  y  a-t-il  rien  au  monde  de  plus  étrangemeul  iro- 
nique que  cela? 

Ils  se  sont  réconciliés  ces  dieux,  sous  les  aas^picfs  it 
Jupiter,  qui  agit  là  comme  un  bon  père  de  famille,  ami  de  II 
paix.  Gela  est  très  digne  de  la  poésie  héroïque,  direz-foœ. 
Mais  attendez,  et  tous  allez  entendre  un  dialogue  qii  oe 
laisse  pas  d'être  singulier,  entre  des  interlocuteurs  de  cet 
ordre.  Fils  de  Mal^,  dit  Apollon  qui  a  ses  raisons  pour  ère 
défiant,  fils  de  Maia,  je  crains  que  tu  ne  me  yoles  ma  Ijn 
et  mon  arc  :  jure  que  tu  ne  me  les  déroberas  |»as.  El  k 
serment  exigé  est  prononcé.  Et  le  poète  de  s'amuser  taot 
bas  de  la  naïveté  du  dieu  de  la  poésie  qui  croit  aux  sermeoU 
du  dieu  des  voleurs. 

Autre  raison  encore  :  qui  ne  sait  que  TexcelleDce,  k 
piquant  de  la  parodie  consiste  a  donner  au  comique  m 
couleur  sérieuse,  aussi  bien  qu'à  revêtir  d'une  apparence 
comique  ce  q*ii  est  très-sérieux  au  fond.  Il  faudrait  alkr 
jusqu'au  2*  s'èclc,  jusqu^à  Lucien,  pour  trouver  un  autre 
exemple  de  pareilles  libertés  prises  avec  l'Olympe.  Et  encore 
il  resterait  toujours  cette  différence  que  Lucien  se  moqie 
parfaitement  des  dieux,  tandis  que  le  poète  de  YHj/mnti 
Mercure  —  qui  nous  laisse  en  somme  sur  une  impression 
sérieuse  à  leur  égard  —  n'a,  selon  moi,  voulu  parodier  qœ 
quelque  poète  trop  épris  de  la  solennité  de  son  sajet. 

Vous  comprendrez,  Messieurs,  que  ce  n'est  pas  par  un 
jeu  d'imagination  que  j'attribue  le  caractère  de  parodie  a 
l'hymne  homérique,  si  vous  voulez  bien  le  comparer  awc 
un  autre  hymne  homérique  à  Mercure^  le  xvu%  très  coort 
celui-là,  et  purement  religieux;  a  Je  chante  Mercure  k 
cyllénien,  le  meurtrier  d'Argus,  qui  règne  dans  Cjilèoeel 


HYMNE   HOMÉRIQUE   A   MERCORE.  125 

dans  i*Arcadie  abondante  en  brebis,  très-utile  messager 
des  dieux....  Salut,  Mercure,  Mercure  messager,  toi  qui 
donnes  les  biens  et  les  grâces  »  ;  comparez  notre  hymne 
que  j^appellerai  aristophanique  avec  \  Hymne  à  Mercure 
d'Orphée  (ou  du  pseudo-Orphée,  hymne  27,  édition  de 
Leipzig,  1764,  in-S"")  :  «Entends-moi,  Hermès,  messager 
de  Jupiter,  fils  de  Maïa,  au  cœur  puissant,  qui  présides  aux 
humains,  dieu  bienveillant,  aux  multiples  pensées,  meur- 
trier d'Argus,  dieu  aux  pieds  ailés,  ami  des  hommes  à  qui 
tu  portes  la  parole,  ami  des  ruses  et  des  tromperies,  dieu 
muni  de  trophées,  interprète  de  tous,  toi  qui  donnes  les 
gains  et  ôtes  les  soucis  ;  qui  portes  dans  tes  mains  le  sceptre 
irréprochable  de  la  paix  ;  ô  dieu  heureux,  aux  paroles  astu- 
cieuses, dieu  utile,  secourable  aux  travaux,  ami  des  mortels 
dans  leurs  nécessités,  arme  redoutable  de  la  langue^  véné- 
rable aux  honunes,  écoute  ma  prière,  accorde  à  ma  vie 
une  fin  heureuse,  donne-moi  les  œuvres,  les  grâces  du 
langage  et  le  souvenir  des  honmies  » . 

Horace  (Lâv.  I,  ode  X)  a  composé  aussi  un  hymne  à 
Mercure;  lui,  le  poète  railleur,  il  n'a  pas  raillé  cependant  : 
«  Eloquent  Mercure,  petit-fils  d'Atlas,  dieu  prudent  qui  as 
appris  à  la  jeunesse  des  hommes  aux  premiers  âges  des 
mœurs  moins  sauvages,  je  te  chanterai,  ô  père  de  la  lyre.  » 

Michel  Marulle  enfin,  ce  grec  réfugié,  a  fait  un  hymne  à 
Mercure.  Cet  hymne,  qui  commence  par  un  étonnement 
du  poète  de  se  voir,  lui,  Tenfant  de  la  Grèce,  transporté 
sur  les  rives  de  l'Arno,  et  par  un  remerciement  à  Mercure, 
le  dieu  éloquent  qui  lui  a  donné,  à  lui,  l'exilé,  Tusage  de  la 
lyre  lutine,  est  une  composition  non  sans  beauté  {Hymnes^ 
Uv.  2,  Paris,  J.  Dupuis,  1561,  f  72). 

Tenons-nous  en  à  Thymne  orphique  :  voilà  rhynme  sé- 
rieux, l'hymne  religieux,  qui  a  pu,  qui  a  dû  peut-être  se 
chanter  dans  les  mystères  ;  l'autre,  l'hymne  homérique, 
objet  du  présent  travail,  est  une  fantaisie  de  l'esprit,  fan- 


126  HmifB   HOMÉRIQUE   A   MBRCCmE. 

taîsie  charmante  parfois,  mais  qui  n'a  absolument  rien  de 
religieux.  Nous  avons  encore  un  autre  hyoïne  d'Orphée  i 
Mercure  (le  56*),  moins  beau  que  le  27*,  mais  également 
religieux,  également  propre  à  faire  ressortir,  par  le  con- 
traste, le  caractère  fantaisiste  de  la  composition  à  laqœOe 
j'ai  consacré  les  réflexions  qui  précèdent. 

Peut-être  tous  associerez-vous,  Messieurs^  à  ma  manièR 
de  voir,  et  consentirez-vous  à  considérer  avec  moi  rbymne 
homérique  comme  un  jeu  d'esprit  extrêmement  agnéabk 
et  faisant  pressentir  nos  modernes  parodies  —  heureux,  di- 
rai-je,  si  nous  avions  des  parodies  de  cet  ordre  !  —  Dans 
tous  les  cas,  vous  avouerez  que  c'est  un  hymne  étrange,  on 
hymne  à  étonner ,  à  scandaliser  Callimaque    et  Prochis  : 
Mercure^  ces  sandales  de  feuillage  qu'il  s'attache  aux  pi^ 
pour  aller  plus  vite,  cette  inunolation  et   préparation  des 
gt^nisses^  ces  préparatifs  culinaires  si  soignés,  et  qui,  enfin 
de  compte,  aboutissent  à  ne  faire  passer    aucun  morcen 
des  vaches  qu'il  a  volées  par  son  gosier  sacré  ;  ce  dieu  qii 
rentre  dans  sa  demeure  par  le  trou  de  la  serrure;  ApA- 
Ion,  le  dieu  qui  sait  tout  et  qui  rend  des  oracles  dans  ks 
temples  où  les  hommes  viennent  l'interroger,  et  qui  inter- 
roge les  passants  pour  savoir  ce  que  sont  devenues  ses 
vaches,  de  quel  nom  faut-il  appeler  ces  inventions,  si  céâ 
de  parodie  ne  leur  convient  pas  7 

Shelley,  qui  a  écrit  plusieurs  hynmes,  Y  Hymne  de  Pm^ 
V  Hymne  et  Apollon^  V  Hymne  à  la  Beauté  inleiiectudli 
(il  est  très-beau,  cet  hymne),  et  qui,  de  plus,  entre  autres 
hymnes  homériques,  a  traduit  V Hymne  à  Hermès^  me 
parait  avoir  entrevu  le  caractère  parodique  de  cette  pièce 
singuhère.  Je  remarque,  en  effet,  qu'il  n'a  nullement  cbov 
ché,  lui,  le  poète  des  hautes  aspirations  lyriques,  rauteor 
à'Alastor  et  de  Proméihée  délivré^  à  esquiver  les  expres- 
sions triviales  qui  sont  la  marque  distinctive  de  cet  hjmoe 
entre  tous  les  hynmes  de  la  collection  homérique,  d  ^os 


HYMNE   HOMÉRIQUE   A    MERCURE.  127 

généralement  entre  tous  les  hymnes  que  Tantiquité  nous  a 
laissés  (1). 

En  terminant  cet  essai,  je  ne  puis  me  défendre  de  faire 
un  retour  sur  une  page  tragique  de  notre  histoire  littéraire, 
qui  est  en  même  temps  une  page  sombre  de  notre  histoire 
politique. 

Et  nous  aussi,  dirai-je,  nous  aurions  eu  notre  hymne  à 
Mercure,  mais  sous  une  lorme  bien  différente  de  celle  de 
rhymne  homérique.  C'est  André  Chénier  qui  nous  Taurait 
donné,  s'il  n'eût  été  intercepté  par  la  main  du  bourreau.  Je 
yeux  parler  du  poème  à  Hermès^  dont  il  ne  nous  est  resté 
que  des  fragments,  admirables  fragments  qui  font  regretter 
le  grand  ensemble  resté  sous  la  Toûte  de  ce  front  que  le 
poète  frappait  à  l'heure  suprême  en  disant  :  Il  y  avait  quel- 
que chose  là  !  Retour  attristé,  retour  désolé,  parce  qu'il 
mêle  aux  regrets  sur  le  passé  les  inquiétudes  de  l'avenir. 

Mais  je  veux  avoir  confiance  dans  les  destinées  de  notre 
France  qui  a  traversé  bien  des  orages  sans  sombrer,  et  j'é- 
carte les  pressentiments  douloureux  qui  m'obsèdent  trop 
souvent,  je  les  écarte  surtout,  quand  je  me  trouve  au 
milieu  de  tous,  mes  collègues,  mes  compatriotes,  j'oserais 
dire,  si  vous  me  le  permettiez,  mes  amis. 

Troyes,  le  20  juin  1873. 


(1)  Shelley  a  seulement  remplacé  par  des  points  les  vers  294-296, 
d'une  trivialité  trop  offensante  pour  être  mis  sous  les  yeux  des  lec* 
teurs  anglais. 


ROMANI  A 


!•'  VOLUME,  1872 


RAPPORT    SUR    CE   RECUEIL 


Par  m.  âSSOLLANT 
If emlm  rétidAnt. 


Messieuhs, 

Notre  S  ociété  a  reçu  du  Ministère  de  rinstruction  publique 
le  premier  volume  d'un  recueil  périodique,  qui  s'ist  placé 
tout  d'abord  à  un  rang  très-honorable  parmi  les  publications 
consacrées  aux  études  philologiques  soit  en  France  soit  à 
l'étranger.  Son  titre,  Romania^  vous  indique  son  objet  et 
le  rapproche  de  la  Revue  des  langues  romanes  que  publie 
une  société  fondée  en  1869,  à  Montpellier,  pour  l'étude  de 
ces  langues,  revue  qui  naturellement  montre  pour  la  langue 
d'oc  une  certaine  préférence.  V Annuaire  pour  la  littéra-' 
tare  romane  et  anglaise^  publié  en  Allemagne  depuis 
1861,  a  au  contraire  un  champ  de  recherches  plus  étendu 
que  la  Romania^  mais  sans  donner  par  année  un  volume 
plus  considérable  que  celui  dont  je  vais  vous  rendre  un 
compte  succinct.  En  Italie,  à  Bologne,  un  recueil,  qui  date 
de  cmq  ans,  est  exclusivement  voué  à  la  langue  et  à  la  lit- 
térature itaUennes  :  il  a  pour  titre  Le  Défenseur  {Il  Pro- 

T.  XXXTII,  9 


130  ROMANU. 

pugnatoré)^  comme  si  cette  liltérature  et  cette  langue  âaint 
en  butte  à  beaucoup  d'attaques  injustes  et  qu'il  s*agitdeks 
en  venger. 

Les  directeurs  de  la  Romania^  MM.  Paul  Meyer  et  Gasta 
Paris,  ont  une  attitude  plus  pacifique  et  s'occuperont  sas 
exception  de  toutes  les  langues  romanes  :  français  et  pn»- 
vençali  espagnol  et  portugais,  itaben  et  yalaque,  aoKpds 
il  f  lut  ajouter  le  romanche,  qui  se  parle  dans  quelqaes 
vallées  des  Alpes,  particuUèrement  chez  les  Grisons,  et  Ion 
les  dialectes  ou  patois  qui  partout  offrent  au  philologue  tait 
d'indices  précieux  à  recueillir.  Les  noms  seuls  de  M.  P. 
Meyer^  profesi^eur  à  l'Ecole  des  chartes,  de  M.  G.  Paris, 
professeur  au  Collège  de  France  et  à  l'École  des  Hautes- 
Etudes,  présentaient  dès  l'abord  au  public  des  garait 
d'une  érudition  aussi  étendue  que  solide,  fondée  sur  ine 
sérieuse  connaissance  des  faits  et  une  interprétation  de  m 
faits  à  laquelle  Timagination  n'aurait  pas  plus  de  part  que 
la  raison.  Les  promesses  dont  ces  noms  étaient  le  gage  oit 
été  tenues,  j*ose  le  dire,  sans  crainte  d'être  démenti  par  des 
juges  de  plus  d'autorité  que  moi.  J'ai  lu,  àtr^  peu  decbcse 
près,  les  500  pages  de  leur  1*'  volume,  et,  inslnut  m 
même  temps  qu'intéressé  par  cette  lecture,  j'ai  regrefié 
qu'une  telle  lumière  vienne  pour  moi  quarante  ans  tnf 
tard  ;  car  il  n'y  a  pas  moins  de  quarante  ans  que  je  siivas 
les  leçons  de  Fauriel  sur  la  littérature  provençale,  dana»- 
dant  aux  Essais  de  l'abbé  De  La  Rue  sur  les  Trouvères 
Anglo-normands,  h  une  thèse  de  M.  Monin  sur  la  ChaiBao 
de  Roncevaux,  à  quelques  opuscules  de  M.  P  Wolf  alors  i 
ses  débuts,  tout  ce  qu'ils  pouvaient  m'apprendre  sur  bu 
poèmes  du  Moyen-âge. 

Aujourd'hui,  grâce  aux  immenses  progrès  qu'a  £ûts  b 
science  du  langage,  et  spécialement  aux  travaux  de  IL 
Fr.  Diez  sur  les  idiomes  romans,  l'œuvre  que  Raynooari 
a  eu  l'honneur  de  commencer  en  France  dès  1821,  Oie 
faut  pas  l'oublier,  est  bien  près  d'ôtre  accomplie.  Ces  te»- 


ROMANI  A.  131 

vaux  ont  eu  pour  résultat  une  véritable  science;  car  la 
philologie  romane  s'appuie  sur  un  ensemble  de  lois  qui 
forment  un  système  où  tout  se  tient.  La  quantité  des  faits 
recueillis,  des  comparaisons  ayant  pour  base  l'analyse  ri- 
goureuse des  éléments  constitutifs  de  chaque  mot  et  des 
modifications  qu'ils  ont  subies  d'âge  en  fige,  \oilà  ce  qui 
a  donné  à  la  méthode  historique,  pratiquée  de  nos  jours 
avec  des  succès  si  éclatants,  une  énorme  supériorité  sur  la 
méthode  trop  étroite  et  trop  abstraite  qu'on  avait  suivie 
d'abord,  par  une  sorte  de  nécessité,  et  de  laquelle  on  n'a 
pu  s'affranchir  que  graduellement,  à  mesure  que  s'élargis- 
sait le  cercle  des  connaissances  linguistiques.  Ainsi  l'étude 
de  notre  vieille  langue  a  cessé  d'être  en  quelque  façon  une 
curiosité  Hltéraire  pour  devenir  une  partie  importante,  non 
pas  seulement  de  Thistoire  de  France,  mais  de  l'histoire  de 
l'esprit  humain. 

Quelques  mots  peuvent  résumer  les  résultats  désormais 
incontestable^  de  tous  ces  travaux.  Quand,  par  la  décadence 
et  l'oubli  du  latin  classique,  le  latin  populaire  fut  devenu 
le  seul  langage  de  tout  l'empire  d'Occident^  les  idiomts 
néo-latins  s'en  dégagèrent  spontanément,  en  vertu  de  lois 
générales  qui  ont  présidé  à  leur  naissance  et  à  leur  déve- 
loppement pendant  toute  la  période  de  leur  formation.  Le 
irieux  français,  sans  parler  des  autres,  tant  qu'il  resta  sous 
l'empire  de  ses  lois  organiques,  les  lettrés  n'y  intervenant 
^uère,  a  été  régulier,  conséquent,  logique  ;  le  hasard  et  le 
:aprice  n'y  avaient  que  peu  de  part.  Des  phénomènes  pho- 
niques, lexicologiques,  grammaticaux  qui  le  caractérisent, 
1  n'en  est  pas  un  seul  peut-être  qui  ne  reçoive  historique- 
ment son  expUcation  d'après  des  règles  exactement  déter- 
minées, où  la  méthode  nouvelle  n'admet  d'exceptions  que 
bien  et  dûment  constatées.  Un  fait  des  plus  importants  et 
[]ue  présentent  les  autres  langues  romanes,  c'est  l'étonnante 
persistance  avec  laquelle  notre  langue  a  conservé  l'accent 
Ionique  de  tous  les  mots  qu'elle  a  pris  à  la  langue-mère, 


132  ROMANIA. 

cVst-à-dire  moins  au  latin  classique  qu'au  latin  populaire d 
au  bas  latin  des  siècles  de  décadence. 

Pour  revei  ir  à  la  Jtomania^  chacun  de  ses  N"  IrimO' 
triels  se  partage  en  trois  sections.  La  première  est  Ibnixe 
de  ce  qu'on  peut  appeler  articles  de  fond  :  textes  ioéft 
publiés  avec  commentaires,  dissertations  sur  quelque poêit 
de  philologie  ou  de  littérature  romanes,  notices  surdesoQ- 
\rages  curieux  et  plus  ou  moins  inconnus. 

Des  articles  du  même  genre,  mais  beaucoup  ploscourb 
composent  une  seconde  section  sous  le  titre  géoéral  k 
Mélanges. 

Les  comptes- rendus  d'ouvrages  en  diverses  langues,  d 
surtout  en  allemand,  pouvant  intéresser  les  romaoisles, 
remplissent  la  troisième  section,  à  laquelle  s'ajoute  coin» 
appendice  un  sommaire  très-bref  des  publications  périi- 
diques  qui  traitent  habituellement  ou  accidentelloneot  iks 
sujets  qui  en  quelque  point  touchent  aux  études  romaoes. 
Quiconque  débute  dans  ces  études,  ceux-là  même  (^ 
en  ayant  une  certaine  connaissance,  veulent  traiter  ok 
question  qui  s'y  rattache,  trouveront  dans  ces  compter 
rendus  nets  et  précis,  d'une  franchise  parfois  sérère,  (b 
renseignements  précieux  et  sûrs. 

Co  n'est  pas  à  dire  que  dans  cette  section,  aussi  bien f^^ 
dans  les  deux  premières,  il  n'y  ait  pas  place  pour  Terref , 
ou  bien  pour  des  vues  trop  absolues  quoique  vraies  aa  M 
et  en  général  ;  car  ici  il  ne  s'agit  pas  de  lois  wSeàki 
comme  celles  de  la  mécanique,  mais  de  lois  dont  les  9^ 
sont  des  êtres  libres  et  par  suite  «  ondoyants  et  divers.  > 
Mais  les  savants  rédacteurs  de  la  Romania  ne  sont  pas,  <* 
en  trouverait  chez  eux-mêmes  plus  d'une  preuve,  de  «s 
esprits  opiniâtres  qui  se  refusent  à  avouer  qu'ils  se  soie' 
trompés  et  n^admettent  pas  volontiers  qu'on  doute  dek^ 
assertions  ou  bien  qu*on  les  contredise. 

Vous  signaler,  seulement  dans  la  l'*  section  de  cbctf 
des  quatre  fascicules  de  1872,  les  morceaux  dignes  (f^ 


ROMANI  A.  133 

remarqués,  pourrait  me  mener  bien  loin.  Je  me  bornerai 
jonc  à  vous  indiquer  ce  (fui  me  parait  avoir,  au  point  de  vue 
littéraire,  un  intérêt  général,  ou  bien  pour  notre  Société 
icadêmique  un  intérêt  particulier. 

Les  22  premières  pages  du  volume  ont  pour  objet  d'ex- 
pliquer le  titre  donné  au  recueil,  en  étudiant  Thistoire,  le 
sens  primitif,  les  applications  successives,  les  formes  di- 
rerst'S  du  mot  roman  et  des  mots  qui  s'y  rattachent,  parti- 
culièrement les  mots  latins  Romani^  Bomania,  lingua 
romana  et  romancium.  Ce  travail  de  M.  G.  Paris  doit  être 
terminé  dans  le  volume  de  1873,  celui  de  1872  n'en  con- 
tenant que  la  première  moite. 

L*histoire  pleine  dlntérét  des  mots  Romani  et  Romania 
est  ainsi  résumée  p  r  l'auteur  lui-même  :  «  le  mot  Roma- 
»  ma,  fait  pour  embrasser  sous  un  nom  commun  Tensem- 
»)  ble  des  possessions  des  Romains,  a  servi  particulièrement 
0  à  désigner  l'empire  d'Occident,  quand  il  fut  détaché  de 
x>  celui  de  Constantinople  (qui,  de  son  côté^  s'attribua  aussi 
»)  le  nom  de  Pu^iava).  Depuis  la  destruction  successive  de 
»)  tous  les  restes  de  la  domination  romaine,  il  a  exprimé 
»  l'ensemble  des  pays  habités  par  les  Romani^  ainsi  que  le 
0  groupe  des  hommes  parlant  encore  la  langue  de  Rome, 
>  et,  par  suite,  la  civilisation  romaine  elle-même.  Dans  ce 
»  sens  étendu  Romania  est  un  mot  bien  choisi  pour  dire 
»  le  domaine  des  langues  et  des  littératures  romanes.  » 
C'est  dans  ce  sens  que  MM.  P.  Meyer  et  G.  Paris  en  ont  fait 
[e  titre  de  leur  publication,  comme  le  nom  également  signi- 
ficatif de  Germama  a  été  donné  en  Allemagne  à  une  revue 
rimestrielle  fondée  il  y  a  seize  ans. 

Je  ne  veux  pas.  Messieurs,  vous  dispenser  par  une 
longue  analyse  de  lire  un  excellent  morceau  d'histoire,  où 
l'érudition,  loin  de  nuire  à  l'intérêt,  le  rend  plus  vif  au 
contraire,  les  faits  positifs  ayant  une  valeur  supérieure  à 
celle  des  phrases  les  plus  éloquentes.  Je  mentionnerai 
cependant  la  distinction  qu'on  trouve  dans  le  grec  du  vu* 


134  ROMATIIA. 

siècle  entre  le  mot  Pufioîoi  s'appliquant  aux  Hellènes  deroKE 
romains,  tandis  que  le  motpw^âvoc  désignait  les  peuples roott- 
nisés,  sur  les  bords  du  Danube  et  en  Afrique  comme  àos 
les  Gaules  et  TEspagne.  Ce  dernier  nom  n'a  complétenoi 
disparu  que  vers  le  ix"  siècle,  et  les  Roumains  del^Eorope 
orientale  sont  un  témoignage  encore  vivant  du  seos  qsl 
avait  quand  la  Romanie  avait  remplacé  T  Empire  ronoia. 

Ce  que  dit  M.  G.  Paris  du  nom  par  lequel  les  trUm 
germaniques  désignaient  les  Romani  :  Walaheriy  ptarid 
de  l'adjectif  Walah^  qui  se  retrouve  moins  altéré  daœk 
nom  des  Valaques  que  dans  celui  des  Wallons  et  des  Wel- 
ches  est  également  curieux.  Quel  que  soit  le  sens  fort  cos- 
troversé  du  mot  Walaherty  il  avait  la  même  nuanœméjHi- 
santé  qu'a  conservée  celui  des  Welches,  et  \e&Romm^ 
l'acceptaient  pas.  Les  hommes  que  de  leur  côté  ils  i^ 
laient  Barbarie  sans  aucune  distinction  de  nationalité,  ataiesl 
d'eux-mêmes,  en  qualité  de  vainqueurs,  une  haute  o^Hokfi 
et  se  regardaient  comme  supérieurs  à  ces  Welches,  seé 
dépositaires  pourtant  de  la  civilisation  occidentale. QoelqiKs 
preuves  frappantes  nous  sont  restées  de  la  naïve  persoaài 
où  ils  étaient  encore  au  vin*  siècle,  et  où  ils  semblait  rere- 
venus  plus  que  jamais,  d'une  part  de  la  sagesse^  de  b 
loyauté,  de  la  pureté  de  mœurs  des  Allemands,  d'autre  part 
de  la  sottise,  du  manque  d'honneur,  de  la  corruption  o^ 
raie  des  Welches  en  général  et  en  particulier  des  Welcte 
gaulois. 

A  ce  propos  j'ajouterai,  d'après  M.  G.  Paris,  queqofi^ 
on  parle  de  races  latines^  comme  nos  voisins  d'outre-Ito 
affectent  de  le  faire,  <i  on  emploie  une  expression  qui  w^ 
»  que  absolument  de  justesse  :  il  n'y  a  pas  de  races  latioes. 
»  La  langue  et  la  civilisation  romaines  ont  été  adoptas 
»  plus  ou  moins  volontairement  par  les  races  les  p 
»  diverses,  Ligures,  Ibères,  Celtes,  Illyriens,  elc...C^ 
»  donc  sur  le  sacrifice  de  leur  nationalité  propre  et  orif 
»  nelle  que  repose  l'unité  des  peuples  romans;  elle  a  p^ 


ROMANIA.  135 

»  base  un  principe  tout  différent  de  celui  qui  constitue 

»  Funité  germanique  ou  slave.  Le  développement  particu- 

»  lier  de  ces  peuples  leur  a  rendu,  il  est  vrai,  une  person- 

x>  nalité  nationale  bien  marquée,  mais  ce  développement 

»  lui-même  a  pour  point  de  départ,  non  la  nationalité 

D  ancienne,  mais  la  culture  du  monde  gréco-romain.  Les 

x>  invasions  germaniques  ont  presque  détruit  cette  culture  ; 

D  mais,  grâce  à  la  conversion  des  envahisseurs  à  la  religion 

»  des  Romani^  elles  qe  l'ont  pas  complètement  anéantie, 

)>  et  le  monde  moderne  a  pu  renouer  la  tradition  inter- 

x>  rompue.  »  Chez  les  Germiins  et  les  Slaves  la  nationalité 
est  le  produit  du  sang;  la  Romania^  au  contraire,  est  un 
produit  tout  historique,  «t  Son  rôle  parait  donc  être,  en  face 

)>  dcs  sociétés  qui  ne  sont  que  des  tribus  agrandies,  de 

»  représenter  la  fusion  des  races  par  la  civilisation.  » 

Treize  pages  du  même  auteur,  sur  un  vers  du  poème 
intitulé  Coronemeni  de  Loys^  le  carolingien  Louis  d'O  jtre- 
Mer,  éclaircit  heureusement  un  point,  qui  n'est  pas  sans 
valeur,  de  l'histoire  si  obscure  du  x*  siècle. 

Un  travail  d'une  tout  a  itre  importance,  aussi  de  M.  G. 
Paris,  a  pour  objet  la  Vie  de  5*  Léger  y  publiée  pour  la 
première  fuis  avec  une  traduction,  par  M.  ChampoUion- 
Figetc,  en  1848.  Malheureusement  ce  premier  éditeur, 
malgré  sa  science  paléographique,  a  fait  preuve,  au  juge- 
ment de  Diez,  «  d'une  complète  ignorance  Je  la  langue  de 
»  son  pays.  >»  L'arrêt  est  sévère;  celui  que  les  hommes 
compétents  porteront  sur  la  publication  de  M.  G.  Paris 
sera  tout  différent,  je  n'en  doute  pas.  L'article  1,  où  il  déter- 
mine le  dialecte  du  S"  Léger  par  un  minutieux  examen  du 
texte  et  spécialement  des  assonances  toutes  masculines  qui 
tiennent  lieu  de  rimes  dans  les  120  paires  de  vers  octo- 
syllabes rangées  par  sixains,  dont  le  poème  se  compose,  me 
parait  un  modèle  de  critique  philologique.  L'article  II, 
Restitution  de  la  langue  du  poème  ^  par  une  étude  scrupu- 


i36  BOMANIA. 

leuse  de  chacune  des  formes  de  déclinaisoo  ou  de  coojfi- 
gaison  qui  y  figurent,  n'a  pas  moins  de  valeur  à  mQD  pi 
Le  manuscrit  qui  nous  a  conservé  le  S^  Léger  date  de  b 
fin  du  X*  siècle  ou  des  premières  années  du  xi*.  Qrki 
scribes  qui  les  premiers  essayèrent  de  noter  les  laogoâ 
vulgaires,  y  trouvant  plusieurs  sons  nouveaux,  hésitais 
à  adopter  une  manière  de  les  rendre.  Habitués  aa  hbo  d 
faisant  ces  essais  chacun  dans  sa  province,  ils  ne  poimicot 
éviter  de  fréquentes  divergences  d'orthographe,  et  toutes 
celles  qu'on  remarque  dans  les  manuscrits  du  moyen-ige 
n'ont  rien  qui  doive  étonner.  Le  dernier  copiste  du  S^  L^ 
ou  bien  son  prédécesseur  y  ont  glissé  beaucoup  de  formes 
étrangères  au  français,  et  provençales  ou  purement  b* 
tives. 

Je  me  contenterai  de  mentionner  l'article  III,  Yem^ 
tion  du  poème  ;  Tarticle  IV,  Sources  du  poème  ;  Fartiè 
V,  Conclusion;  après  quoi  l'auteur  offre  le  résultat  de  si 
patiente  étude  :  d'un  côté  le  texte  rigoureosement  cob- 
tionné  de  Tunique  manuscrit  qui  existe  du  S^  Léger ^  vt  IN 
de  la  Bibliothèque  de  Clermont-Ferrand  ;  de  l'autre  tfk 
la  restitution  du  texte,  tel  à  peu  près  qu'il  a  dû  être  dans  si 
forme  primitive.  Les  deux  textes  en  regard  sur  deux  co- 
lonnes, disposition  excellente,  des  variantes  et  des  nte 
facilitent  singulièrement  la  lecture  de  ce  curieux  mooaineit 
de  notre  langue.  Ce  récit  strophique  de  la  vie  de  S^  Léger, 
évéque  d'Autun,  martyr  politique  bien  platôt  que  reK^eox, 
victime  de  la  cruauté  du  maire  de  Neustrie,  Ebroin,  eo678, 
a  été  probablement  composé  vers  le  nulie'u  du  x*  siède  ei 
langue  d  oil,  par  quelque  clerc  peu  savant  du  dk)cèse 
d'Autun,  pour  être  chanté  aux  fidèles.  Sa  valeur  poétiqv 
est  nulle,  dit  M.  G.  Paris  ;  il  «  a  une  certaine  importance 
ù  pour  I  histoire  littéraire,  en  ce  qu'il  nous  niontre  U  ver* 
Y>  sification  française  constituée  au  x*  siècle  et  atteste  Tos^ 
»  de  chanter  en  français  devant  le  peuple;  mais  le  gnaJ 
)>  intérêt  de  ce  texte  est  philologique.  Tant  pour  le  100* 


BOMAïaA.  1 37 

B  bulaire  que  pour  les  formes  de  la  syntaxe,  il  apporte  à 
»  rhistoire  de  la  langue  les  faits  les  plus  précieux.  » 

Une  étude  de  M.  Paulin  Paris  sur  L'origine  et  le  déve- 
loppement des  romans  de  la  table  ronde,  chapitre  d'his- 
toire littéraire  aussi  facile  qu'agréable  à  lire,  exigerait  une 
longue  analyse.  La  légende  du  Saint  Graal,  son  origine,  ses 
remaniements,  Toilà  un  sujet  qui,  pour  avoir  été  traité  sou- 
vent, n'était  pas  encore  épuisé;  des  documents  nouvi?aux 
semblent  pleinement  justifier  les  conclusions  de  l'auteur,  à 
savoir  que  ceux  à  qui  l'on  doit  les  romans  de  la  table  ronde 
n'ont  pas  songé  à  élever  l'Eglise  sur  les  ruines  de  la  Cheva- 
lerie ou  à  élever  la  Chevalerie  sur  les  ruines  de  l'Eglise.  Ni 
les  Templiers,  ni  les  Albigeois  n'ont  rien  à  faire  avec  le  Saint 
Graal,  libre  développement  d'une  légende  monastique,  que 
le  roi  d'Angleterre  Henri  II  avait  cru  devoir  favoriser  dans 
un  intérêt  politique^  lors  de  ses  différends  avec  le  Pape. 
Donner  une  origine  asiatique  et  rapporter  directement  à 
Joseph  d'Arimatlne  la  première  prédication  évangélique 
dans  la  Grande-Bretagne,  c'était  affaiblir  en  ce  pays  l'auto- 
rité de  la  cour  de  Rome.  Tel  est  le  point  le  plus  important 
que  M.  P.  Paris  s'est  attaché  à  établir. 

Ce  qu'il  dit  (p,  468  et  suivantes)  de  la  séparation  où  les 
hommes  de  science,  hommes  de  clergie,  vivaient  des 
hommes  du  monde  dans  le  Moyen-âge  primordial,  c'est-à- 
dire  diu*ant  le  x*  siècle,  le  xi*  et  la  première  moitié  du  xn% 
doit  être  vrai,  sauf  certaines  exceptions  inévitables.  Les 
premiers  lisaient,  écrivaient  et  le  plus  souvent  parlaient  en 
latin;  les  seconds  savaient  rarement  lire  et  ne  prenaient 
grand  intérêt  qu'aux  Dits,  chants  et  récits  des  Trouvères, 
Ménétriers  et  Jongleurs.  Le  siècle  avait  aussi  sa  littérature, 
et  le  sentiment  poétique  dans  les  classes  populaires  trou- 
vait alors  de  nombreuses  occasions  de  se  développer,  que 
ces  choses  n'ont  plus  de  nos  jours.  Depuis  longtemps  le 
paysan  de  nos  campagnes,  Tartisan  de  nos  villes  n'ont  plus 


138  ROMANI  A. 

à  la  portée  de  leur  imagination  les  mêmes  ressoarces  intd- 
lectuelles  qu'au  temps  où  les  champs  héroïques,  les  m^ 
tères,  les  moralités,  les  pastorales,  le  long  récit  des  tounde 
Mallre  Renart,  les  contes  satiriques  et  plaisants,  étaient  des 
divertissements  populaires.  Peu  à  peu  ces  divertisseiDeDb 
et  ces  jeux  d'esprit  ont  aBecté  le  huis-clos  ;  on  n'y  a  put 
que  moyennant  finance,  et  les  pauvres  en  sont  exclus. 

Quoi  qu'on  doive  penser  de  ce  tableau  que  j'ai  fart 
abrégé,  il  est  assez  piquant  pour  mériter  d'être  cité. 

Il  y  aurait  extrême  inj  istice  à  ne  rien  dire  des  trawn 
que  M.  Paul  Meyer  a  publiés  dans  h  Romanîa,  cartoosy 
trouverez  autant  d'articles  signés  de  son  nom  ou  de  ses  im- 
tiales,  qu'il  y  en  a  de  son  actif  collaborateur,  M.  G:  Par». 

Sans  m'arrêter  à  six  pièces  inédites  en  langue  d'oc,  de 
fort  médiocre  valeur  littéraire,  quoique  ne  manquant  pas 
d'intérêt  au  point  de  vue  philologique,  je  passe  à  un  Bes- 
tiaire en  langue  d'oïl,  de  1280  vers  octosyllabes,  impriiaé 
pour  la  première  fois  d'après  un  manuscrit  du  Musée  Bri- 
tannique. Son  auteur  est  un  certain  Ger\oise,  norausd 
sans  doute,  probablement  clerc,  vivant  au  conimenceoKflt 
du  xui*  siècle.  Il  met^  comme  le  font  du  reste  plusieurs  bes- 
tiaires en  latin,  sur  le  compte  de  S.  Jean-Chrysos»tome  les 
détails  merveilleux  et  bizarres  qu'il  donne,  peut-être  mèf» 
les  moralités  qu'il  en  tire,  trouvant  dans  chaque  animal  dflflt 
il  parle  matière  à  pieuses  allégories. 

Le  chevalier,  la  dame  et  le  clerc ^  fabliau  anglo-normasd, 
publié  d'après  un  manuscrit  du  milieu  du  xui*  siècle,  ^ 
Cor puS'Christi' Collège  à  Cambridge,  est  au  fond  rhisloîrc 
bien  connue  dont  La  Fontaine  a  fait  son  conte  du  Msii 
battu  et  content.  Mais  l'auteur  du  vieux  récit  en  584  tot 
que  je  veux  vous  signaler,  s'est  bien  gardé  d'adopter  le  toe 
d'un  libertinage  railleur.  Ses  personnages  n'ont  rien  de 
grossier  ni  de  vulgiire.  La  dame  finit  bien  par  en  arriver  a 
faire  tort  à  son  mari,  mais  si  peu  !  Elle  est  si  naîvem^ 


ROMAlflA.  139 

compatissante  et  pieuse,  si  sincèrement  attachée  à  son 
îpoux  qu'elle  ne  trompe  qu'une  fois,  et  ensuite  si  pénitente! 
^e  poète  inconnu  auquel  on  doit  ce  gracieux  récit  l'écrivait 
certainement  en  Angleterre.  Les  fautes  de  langage,  de  ver- 
lification  même,  qui  sont  de  lui  et  non  du  copiste  seulement, 
mggèrent  à  M.  P.  Meyer  des  remarques  philologiques  fort 
nstructives. 

Je  terminerai.  Messieurs,  par  quelques  mots  sur  trois  ar- 
ides ayant  pour  nous,  comme  je  vous  l'ai  dit,  un  intérêt 
)articulier.  C'est  d'abord  un  savant  travail  de  M.  Arsène 
îarmesteter  sur  les  Glosses  et  glossaires  hébreux-français 
tu  moyen-âge.  Les  glosses  sont  des  mots  français  trans- 
crits en  caractères  hobreux  dans  des  écrits  rabbiniques  dont 
Is  font  partie  intégrante,  étant  destinés  à  expliquer  un  texte 
le  l'Ecriture  à  Taide  de  la  langue  populaire.  Or,  le  plus  ce- 
èbre  des  rabbins  du  moyen-âge,  et  de  ceux  qui  recoururent 
I  ce  moyen  d'instruction  pour  leurs  coreligionnaires,  était 
aé  àTroyes  en  1040,  et  ses  ouvrages  se  trouvent  en  grand 
[lombre  dins  la  bibliothèque  de  la  ville.  Le  nom  de  Raschi, 
Ibrmé  selon  un  usage  juif  des  initiales  des  trois  mots  :  Ra^ 
bbi  iScA-elomo /-çaki  (Maître  Salomon  fils  d'Isiac),  ne  vous 
3St  pas  inconnu  et  figure  dans  plus  d'un  Mémoire  de  notre 
Société. 

Je  n'ai  pas  besoin  d'insister  sur  la  valeur  des  renseigne- 
ments qu^ofirent  les  ouvrages  de  Raschi  et  de  ses  confrères 
pour  la  phonétique  et  la  terminologie  du  vieux  français. 
M.  Darmesteter  s'occupe  d'abord  des  glosses  que  l'on  compte 
par  milliers  dans  les  ouvrages  des  rabbins  et  quMIs  appe- 
laient Loazim,  ensuite  des  glossaires  de  la  Bible,  recueils 
o\i  ils  présentaient  traluits  en  français  les  mots  difficiles  du 
texte  sacré.  Les  six  principaux  de  ces  glossaires,  les  seuls  qui 
existent  peut-être,  sont  examinés  successivement  par  le 
savant  critique;  il  estime  que  la  somme  de  cent  mille  mots, 
qu'on  trouve  là  ou  dans  les  glosses,  pourrait  être  réduite , 


1 40  BOHAKIA. 

en  défalquant  ceux  qui  sont  plusieurs  fois  répétés,  i  m 
index  de  vingt  à  vingt-cinq  mille.  M.  Dannesteter,  q<iiest 
répétiteur  de  la  conférence  des  langues  romanes  à  TEcoie 
pratique  des  bautes-études,  et  qui  a  voulu  sans  doute  reoére 
facile  la  lecture  de  son  Mémoire  aux  romanistes,  parmi  les- 
quels il  y  a  peu  d*hébraisants,  ne  s'est  pas  servi  nue  seale 
fois  de  caractères  hébraïques. 

Six  mots  français  seulement  :  auberge,  héderger,  arb^n, 
arrière-ban^  frais,  Geo-froi,  tous  d  origine  germanicp», 
ont  fourni  à  notre  laborieux  collègue,  M.  d' Arboi^  de  hr 
bainville,  l'occasion  de  montrer  une  érudition  q'ie  les  études 
les  plus  arides  n'effraient  pas.  11  se  croit  sufiBsamoKâl 
récompensé  de  sa  peine,  si  quelques  faits  vrais  sout  coqs- 
tatés  par  ses  patientes  recherches.  Dans  cette  étude  qm  a  t 
pas  moins  de  dix-sept  pages,  et  où  figurent  on  gnd 
nombre  de  noms  propres  et  de  mots  tudesques  latinisés,  â 
montre  d'abord  que  la  langue  franque  du  ix*  siècle  o'est 
pas  le  vieux  haut-allemand  ;  que  phonétiquement  dk  s'cs 
distingue  aussi  bien  que  du  gothique  ;  qu'enfin  c'est  pirks 
caractères  et  par  l'histoire  du  dialecte  francique  qu'3  fA 
possible  de  se  rendre  compte  des  formes  sous  lesquelles  h 
plupart  des  mots  français  d'origine  germanique  se  sont  im- 
plantés dans  notre  langue. 

On  trouve  dans  ce  travail  la  même  connaissance  h 
sujet,  la  même  sûreté  de  jugement  que  dans  divers  artides 
donnés  par  notre  collègue  aux  Mémoires  de  la  Sociiêè  à 
linguistique  de  Paris  :  l'un  sur  le  mot  franc  Hramne  « 
Chramne^  dont  il  reste  encore  une  trace  dans  je  ne  ais 
lequel  de  nos  patois  ;  un  autre  sur  Marcelhis  de  Bordema 
et  l'erreur  commise  par  J.  Grimm  à  son  égard;  enfioaiK 
note  sur  les  mots  fagne,  faigne  (en  bas-latin  fatua)  doat  les 
habitants  des  Ardennes  et  des  Vosges  se  servent  encore 
pour  désigner  une  clairière  marécageuse  dans  les  bois, 
origine  probable  Je  notre  mot  fange. 


ROMAlflA.  141 

Un  travail  plus  étendu  est  une  comparaison  de  la  langue 
du  S^  Alexis,  d'après  la  nouvelle  édition  que  M.  G.  Paris  a 
donnée  de  ce  poème  du  xi*  siècle,  avec  ]a  langue  des  diplô- 
mes mérovingiens  originaux  publiés  par  M.  Tardif,  com- 
paraison purement  phonétique,  où  les  voyelles  tiennent  une 
place  beaucoup  plus  grande  que  les  consonnes.  Laphoné^ 
tique  latine  de  t époque  mérovingienne  et  la  phonétique 
française  au  xi*  siècle^  tel  est  le  titre  sous  lequel  ceux 
d^eutre  vous,  Messieurs,  qui  s'intéressent  aux  recherches 
propres  à  éclaircir  les  origines  de  notre  langue  trouveront 
dans  la  Romania  ces  pages  aussi  curieuses  que  savantes. 


Troyes,  le  21  fémer  1873. 


RAPPORT  SUR  UN  MÉMOIRE 


SUR  LA 


TOPOGRAPHIE  MEDICALE  DE  TROYES  &  DE  SES  ENVIRONS 


PAR    M.    PICARD 

(7  mars  1786) 

Par  le  Dr  ARSÈNE  VAUTHIER 
Membre  rétidint 


Inter  frandgenu  orbt  praetUntitriiiui  gentes 
Clan  tito  Iseto  Teterea  dixere  Tiicaisini. 

(TmiCB,  poem.  1631.) 


Ces  deux  vers,  extraits  d'un  poëme  que  je  voudrais  bien 
connaître,  servent  d'épigraphe  au  travail  de  M.  Picard.  Le 
poète  a,  conune  on  le  voit,  une  hante  idée  de  l'importance 
de  sa  \ille  qu'il  appelle  «  prœstantissima  »  et  dont  le  site 
lui  parait  si  agréable  «  situ  Iseto.  »  Le  mémoire  n'infirme 
point  cette  bonne  opinion,  bien  qu'il  indique  pas  mal  d'om- 
bres à  ce  tableau  enchanteur.  Je  vais  en  donner  l'ana- 
lyse et  chercher  à  l'apprécier  à  sa  valeur  qui  me  parait 
réelle. 

L'auteur  commence  par  des  généralités  sur  l'origine  de 
Troyes,  et  pour  ne  pas  s'embarrasser,  il  se  hâte  d'affirmer 
qu^elle  se  perd  dans  la  nuit  des  temps.  Notre  honorable 
collègue  M.  Boutiot,  dans  son  histoire  si  intéressante  et  si 
pleine  de  faits,  actuellement  en  cours  de  publication,  s'en 


144  TOPOGBAPHIE   MÉDICALB   DB   TROTIS. 

tire  avec  un  peu  plus  de  travail,  et  il  remonte  assez  tfi 
dans  les  chroniques  (xvi*  siècle  avant  notre  ère)  poardooK 
des  notions  importantes  de  nature  à  satisfaire  cen  fi 
savent  qu'il  faut  se  contenter  d'approcher  quand  il  sa^ 
des  origines.  Le  paragraphe  relatif  à  la  situation  deTn^ 
n'est  qu'un  court  résumé  de  ce  qu^on  trouve  plus  aBijik- 
ment  dans  Grosley,  Courtalon,  etc.  M.  Boutiota^^ 
complet  que  ses  prédécesseurs.  Le  résumé  de  H.  Picards 
continue  par  la  description  de  la  plaine,  des  ooteai]i,fa 
cours  d'eau,  des  marais,  des  forêts.  Quant  à  la  minéral^ 
(ou  la  géologie),  elle  est  ce  qu'elle  pouvait  être  eoiiSi 
On  remarque  surtout  la  description  des  pierres  qui  sena: 
soit  à  bâtir,  soit  à  faire  le  blanc  de  Troyes.  La  tombe  je^ 
ainsi  dé6nie  :  «  Ce  n'est  autre  chose  qu'une  houille  peffa- 
tionnée  par  la  putréfaction  des  roseaux  et  autres  végte 
qui  y  ont  déposé  leurs  esprits  volatiles  et  sulphureoi.  > 

Les  eaux  de  puits  et  de  rivières  paraissent  afoir  élé  m 
étudiées,  et  on  trouve  là  des  renseignements  qui  soQt<i^ 
d'être  conservés.  L'auteur  s'applique  surtout  i  détenîff 
par  l'analyse  leur  mode  de  composition,  et  si  cette  ami!' 
n'est  pas  aussi  précise  et  aussi  scientifique  que  pooni^ 
l'être  celle  que  l'on  ferait  aujourd'hui  à  l'aide  de  me^ 
d'investigation  plus  parfaits,  elle  a  cependant  dehiakv 
et  constate  l'essentiel.  Un  tableau  indique  le  poids  sp 
fique  de  l'eau  de  plus  de  quarante  puits,  et  descooisisi 
qui  traversent  la  ville.  L'eau  de  la  Vienne  serait  la  p 
pure  et  la  moins  chargée  de  sels,  si  elle  ne  traversait  ps^ 
côté  de  Montier Ja-Celle  des  marais  qui  l'altèrent.  Conti** 
rement  à  l'idée  qu'on  pourrait  s'en  faire,  l'eau  des  pai^»^ 
quartier  haut  est  la  plus  insalubre  de  toutes.  Celle  despi^ 
du  quartier  bas  est  moins  impure.  Une  des  causes  ii* 
viciation  de  l'eau  des  puits  est  la  fiitration  des  eaux  i^ 
sauces  à  travers  leurs  parois.  L'auteur  propose,  poor  «^ 
boire  de  Teau  pure  aux  habitants,  de  canaliser  Teanv'^ 
fontaine  de  Nagot,  et  d'ériger  des  fontaines  pubiM]^ 


TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE   TROYES.  145 

irâce  à  la  générosité  de  M.  Jaillant-Deschainets,  ce  tœu  a 
ité  rempli  de  nos  jours  d'une  autre  manière,  et  la  ville  a 
ité  dotée  des  fontaines  que  Thonnéte  médecin  désirait  si 
irdemment. 

Vient  ensuite  une  peinture  exacte  des  causes  dUncom- 
Qodité  et  d'insalubrité  qui  diminuent  beaucoup  la  valeur 
lu  situ  lœto  de  l'épigraphe.  Ce  sont  les  marais  qui  envi- 
onnent  Troyes,  et  d'où  partent  des  exhalaisons  malsaines, 
—  l'usage  de  curer  les  latrines  en  plein  jour,  —  le  dépôt  des 
idanges  dans  des  trous  à  Tair  libre,  —  les  inconvénients 
lu  fier  mais  peu  propre  usage  des  tisserands  de  la  rue  du 
lois,  —  la  mauvaise  tenue  des  rues  et  des  places,  etc.  (nous 
vous  encore  connu  tout  cela).  Ici  une  petite  théorie  de 
auteur  qui  parait  discutable,  a  II  est  constant,  dit-il,  que 
humidité  est  un  des  agents  essentiels  de  la  fermentation, 
lais  aussi  il  est  d'observation  que  souvent  elle  en  arrête 
is  mouvements  ».  M.  Picard  pourrait  dire  que  des  lavages  à 
rande  eau  entraînent  mécaniquement  les  n)atières  fermen- 
3scibles,  et  que  dès  lors  la  fermentation  est  plus  difficile, 
irrivant  à  la  boucherie,  il  constate  que  les  mouches  n'y 
ntrent  pas  même  pendant  l'été,  et  voici  la  singulière  raison 
u'il  en  donne  :  «  C'est  que  les  mouches  ne  se  soutiennent 
as  entre  deux  courants  d'air  » .  Autant  vaut  dire  que  la 
oucherie  est  douée  d'une  vertu  préservative  contre  les 
louches,  dont  l'effet  est  que  celles-ci  n'y  entrent  pas. 

Suit  un  tableau  météorologique  très-soigné  pour  les  an- 
ées  1779,  1780,  1781,  1782,  1783, 1784. 

Les  productions  du  sol  sont  passées  en  revue  ;  l'auteur 
isiste  surtout  sur  les  vignes,  et  il  indique  une  nouvelle 
léthode  pour  faire  le  vin,  au  moyen  de  la  cuisson  d'une 
ortion  de  la  vendange.  Ce  qui,  selon  lui*  remédie  à  l'acidité 
u  vin  de  gauet.  U  indique  la  production  générale  vinicole, 
t  le  nombre  de  muids  qu'ont  rapporté  trois  arpents  d'une 
ssez  bonne  vigne  pendant  sept  ans.  U  conclut  cependant 
u'il  serait  avantageux  «  de  rendre  au  labour  le  terrain  que 

T.  XZXTU.  10 


146  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE  TROTES. 

nos  vignes  occupent  dans  la  plaine,  qui  ne  tarderaïpasà 
être  recouverte  de  riches  moissons  ».  Depuis  déjà  UDcertii 
nombre  d'années  ce  vœu  est  en  voie  de  réalisation  ibs 
plusieurs  localités  de  nos  environs. 

L'auteur  trace  un  portrait  riant  du  paysage  ddaba- 
lieue;  —  nous  revenons  au  situ  lœtOj  —  et  assoronerii 
est  dans  le  vrai;  les  bords  de  la  Seine  en  amont  et  eo  an! 
de  Troyes  sont  en  effet  fort  agréables;  mais  ils  ne k 
paraissent  pas  pouvoir  entrer  en  comparaison  avec  teAm 
points  des  bords  du  même  fleuve,  entre  Paris  etRoncspr 
exemple. 

Les  plantes  médicinales  sont  au  nombre  de  quatre  à  cbq 
cents  dont  les  principales  sont  indiquées,  ainsi  quW  ^ 
du  gibier  et  du  poisson,  fort  appétissante.  Parmi  les lianfc 
de  boucherie,  on  trouve  noté  que  «  le  mouton  est  cicdlfi 
et  le  cochon  succulent  et  très  délicat  » .  Comment  s'élowier 
alors  du  goût  pour  les  plaisirs  de  la  table  que  M.  M 
reconnaît  appartenir  aux  habitants  de  Troyes! 

La  description  de  la  ville  est  présentée  en  un  taUcanW 
remarquable  qui  offre  d'autant  plus  d'intérêt,  que  la  php 
nomie  de  la  cité  a  complètement  changé  depub  1786.6 
tableau  est  vraiment  à  conserver.  On  trouve  surleshojpias 
de  Troyes  et  sur  THôtel-Dieu  des  détails  fort  inléresa* 
Ici  encore  M.  Picard  devance  son  temps.  Pour  dunino^ 
l'encombrement  :  «  il  avait  proposé,  dit-il,  un  mofen]»' 
dispendieux  de  secourir  chez  eux  une  partie  des  indjga* 
dans  leurs  maladies.  Leur  nombre  diminuerait  à  I BW' 
Dieu;  il  deviendrait  possible  de  les  coucher  seuls  (ib»»- 
chaient  deux  et  même  trois  dans  le  même  lit);  lessecwff 
qui  les  y  attirent  ne  seraient  plus  un  appât  trofflpeïir» 
funeste.  Il  ignore  quelles  sont  les  raisons  qui  onternpk» 
l'administration  d'adopter  ce  plan  de  réforme  qni  «  * 
goûté  de  la  saine  partie  des  citoyens.  »  Il  faut  contenir  f 
nos  pères  avaient  de  bonnes  idées,  et  que  très  somenti»^ 
n'avons  eu  que  le  mérite  de  les  mettre  en  pratique. 


TOPOGRAPHIB   VÉDICAUS   DB  TROTKS.  147 

La  population  de  Troyes,  en  1784,  est  de  34,182  habi- 
tants. Un  tableau  des  naissances,  morts  et  mariages  de  1778 
à  1783  inclusivement,  donne  des  renseignements  fort  cu- 
rieux qui  méritent  être  publiés.  On  y  voit  notamment  qu'en 
1779  la  petite  vérole  fit  de  tels  ravages,  que  la  moyenne 
des  décès  étant  annuellement  de  1168,  elle  s'élève  pour 
cette  année  à  1681 .  Un  fait  à  noter,  c'est  que  de  nos  jours, 
la  population  étant  presque  égale  quant  au  chiffre  à  ci  lie 
de  1784,  la  moyenne  des  décès  est  aussi  à  ])eu  près  la 
même.  —  Les  renseignements  relatifs  à  cet  objet  sont  ap- 
puyés sur  d'autres  plus  étendus,  relatifs  aux  principales 
villes  de  France.  Toute  cette  partie  du  travail  offre  un  vif 
intérêt.  On  remarque  encore  un  tableau  d^où  il  résulte  qu'en 
1450  la  population  de  Troyes  était  de  60,000  habitants; 
—  en  1650,  de  42,000;  —  en  1706,  de  22,000;  —  en 
1733,  de  30,000;  —  en  1762,  de  23,000,  —  et  enfin 
en  1784  d'environ  34,000. 

Voici  maintenant  le  portrait  du  vrai  troyen  ;  il  est  h  lire. 
Il  se  rapproche  beaucoup  de  celui  de  Descliamps,  tracé  au 
xv'  siècle  et  que  l'on  trouve  dans  le  livre  de  M.  Boutiot.  Le 
peuple  buvait  déjà  pas  mal  d'eau-de-vie  en  ce  temps-là,  et  il 
eût  été  plus  laborieux  <«  si  le  prix  modique  du  vin  ne  l'eût 
retenu  les  trois  quarts  de  la  semaine  dans  les  cabarets  d. 
Quant  aux  riches  a  ils  digèrent  autour  d'une  table  de  jeu, 
et  passent  le  reste  du  jour  dans  une  molle  indolence  » .  -^ 
De  notre  temps  on  parlerait  du  billard  ou  du  Whist^  ac- 
compagnés du  cigare  ou  de  la  pipe.  —  Malgré  ces  défauts, 
l'auteur  semble  conclure  que  ceux  qui  di^ent  du  mal  dea 
Troyens  sont  des  envieux  et  de  mauvaises  langues.  Espéron»- 
le.  —  Il  est  probable  que  la  consommation  du  tabac  sous 
toutes  les  formes  était  insensible,  car  si  Tabus  que  nous 
voyons  aujourd'hui  aviût  existé,  l'auteur  n'eût  pas  manqué 
d'en  parler  pour  le  blâmer. 

Les  femmes  sans  être  belles  sont  d'une  figure  agréable; 
mais  0  si  beaucoup  sont  contrefaites,  on  doit  s'en  prendre 


148  TOPOGRAPHIE   MÉDICiLE   DB   TBOTES. 

à  Tiisage  où  sont  encore  ici  les  mères  de  presser  ks  m» 
bres  tendres  et  dt*licats  de  leurs  enfants  dans  des  conebè 
baleine  ».  Très  bien!  confrère,  mais  en  dépit  de  vosiai- 
thèmes  et  des  nôtres,  le  corset  règne  toujours.  Cestmeda 
raisons  qui  font,  —  comme  il  est  dit  pluss  loin,  ^  <^ki 
femmes  «  cette  portion  si  intéressante  de  la  société,  co 
êtres  formés  pour  le  bonheur  de  l'homme,  et  qui,  mà^ 
leur  faiblesse,  n'ont  en  partage  que  les  incomnoodités  elks 
douleurs,  en  échange  des  plaisirs  qu'elles  nous  font  goâler, 
semblent  être  sujettes  ici  encore  plus  qa^aiUeurs  à  toab 
les  in6nnités  attachées  à  leur  sexe  » .  C'est  le  styk  à 
temps  que  J.-J.  Rousseau  avait  mis  à  la  mode,  et  qui  flét- 
rit sous  la  Convention,  le  Directoire,  et  le  premier  Empire. 
On  en  voit  çà  et  là  plusieurs  échantillons  dans  le  né- 
moire. 

Arrivant  à  examiner  la  série  des  maladies  observées  coo- 
munément  à  Troyes,  M.  Picard  fait  un  tableau  très-coiii|ikt 
et  très-précis  de  leurs  causes  locales,  donne  une  descriptin 
de  leurs  formes,  et  indique  les  remèdes  employés  an 
que  ceux  qu'il  conseille.  Il  y  a  bien  là  de  l'huinorae 
exagéré,  mais  les  observations  n'en  sont  pas  moins  serieiH 
ses.  Ce  tableau  n'est  pas  susceptible  d'analyse;  il  inérik 
d'être  lu  en  entier.  On  peut  regretter  que  la  syphilis,  àBà 
les  ravages  étaient  à  ce  moment  si  terribles,  ne  soit  pas 
Tobjet  d'une  description  plus  détaillée.  L'auteur  attaque 
ce  qu'il  appelle  le  préjugé  du  peuple  qui  ne  veut  adiaettt 
que  des  cordiaux  dans  le  traitement  de  la  variole.  Aojocr- 
d^hui»  nous  pensons  généralement  que  ce  prétendu  préjog^ 
n'en  est  pas  un,  et  que  le  peuple  de  ce  temps-là  poomt 
bien  avoir  raison.  On  ne  saurait  trop  louer  l'énergie  avec 
laquelle  se  trouve  stygmatisé  «  l'éloignement  naturel  que  le 
Troyen  a  pour  toute  innovation,  et  qui  Tempèche  de  cher- 
cher dans  l'inoculation  un  préservatif  avoué  par  b  raim 
confirmé  par  l'expérience,  permis  et  autorisé  par  la  rei- 
gion  » .  Assurément,  le  médecin  qui  parle  ainsi  n'eut  p* 


TOPOGRAPHIS   MÉDICALB   DB   TROTES.  149 

• 

manqué  dix  ans  plus  tard  d'être  un  ardent  apôtre  de  la 
vacciDation  bien  supérieure  à  Tinoculation. 

Le  travail  se  termine  d'une  manière  assez  inattendue  et 
sans  transition,  par  i'énumération  des  bestiaux  et  par  des 
considérations  sur  leur  nourriture  ainsi  que  sur  leurs  mala- 
dies. On  peut  regretter  que  l'auteur  n'ait  pas  jugé  à  propos 
de  donner  un  court  résumé,  qui  rappelle  les  principaux 
points  traité?  et  serve  comme  table  des  matières.  C'est  d'ail- 
leurs une  lacune  d'importance  secondaire. 

En  somme,  le  mémoire  sur  la  topographie  médicale  de 
Troyes  et  de  ses  environs  est  très  travaillé  ;  il  indique  un 
bon  esprit,  le  style  en  est  clair  et  non  dépourvu  d'une  cer- 
taine élégance  autant  que  le  comporte  le  sujet;  on  y  trouve 
des  recherches  patientes  et  consciencieuses,  et  des  idées 
dont  quelques-unes  sont  en  ayance  sur  le  temps  où  il  a  été 
écrit.  Il  peut  servir  de  modèle  à  des  travaux  du  même 
genre,  et  on  peut  désirer  que  la  Société  en  reçoive  de  sem- 
blables. Il  a  été  récompensé  par  un  prix  de  cent  li\res 
donné  où  et  par  qui?  c'est  ce  que  j'ignore.  Le  prix  était 
mérité.  J'exprime  le  vœu  qu'il  soit  publié  par  les  soins  de 
la  Société  Académique  dans  ses  Mémoires. 


Troyes,  le  21  fétrier  1873. 


MÉMOIRE 


SUR  LÀ 


TOPOGRAPHIE     MÉDICALE 

DE  TROYES  ET  DE  SES  ENVIRONS 

En  1786 

Par  m.  picard 
Doctesr  en  Hédedne*  CoDseUler-Médecin  ordinaire  da  M9  k  Troyes. 


hUer  frandgena»  w^  prautatUinima  gtnte» 
Clara  situ  lœto  veteres  dixere  TricoBsim, 
Treca,  pœm.  1681. 


Sur  la  ligne  qui  sépare  la  vraie  Bourgogne  de  la  Cham- 
pagne la  plus  aride,  est  une  vaste  plaine  arrosée  par  un 
grand  fleuve,  ornée  de  belles  prairies,  environnée  de  co- 
teaux fertiles.  C*est  an  centre  de  ce  magnifique  bassin 
qu'est  située  la  ville  de  Troyes,  capitale  de  la  Champagne.  • 
On  ne  peut  guère  fixer  Tépoque  de  sa  fondation.  Quelques 
écri\ains  ont  avancé  que  des  Phrygiens  la  bâtirent  pour  se 
rappeler  leur  ancienne  patrie  détruite  par  1(!S  Grecs.  De 
telles  conjectures  étant  dénuées  de  preuves  et  d'autorités 
suffisantes,  ne  vaut-il  pas  mie>ix  convenir  que  son  origine 
se  perd  dans  la  nuit  des  temps?  Elle  fut  pendant  cinq  cents 
ans  sous  la  puissance  des  Romains.  Auguste  lui  *lonna  son 
nom,  Auffiisto^ona,  comme  la  marque  (i*une  distinction 
qu'il  n'accordait  qu'aux  villes  de  premier  ordre.  En  486, 


152  TOPOGtAPHIB  HtDICAU  DB  TIOTIS. 

Clovis  enlera  Troyes  aux  maîtres  de  raoivers.  Elle  fit  {vliB 
des  états  des  rois  de  France  jusqu'à  ces  temps  milheiuni 
où  la  maison  de  Charlemagne  tomba  dans  l^aoéantissaïKÉ 
et  le  royaume  dans  une  espèce  d'anarchie.  A  la  breor  è 
troubles  qui  régnaient  alors,  la  Champagne  (ut  usarpée  p« 
des  seigneurs  qui  se  firent  appeler  Comtes  de  Troyes,  titre 
que  le  mauvais  état  des  affaires  et  des  raisons  de  poiitM|K 
forcèrent  nos  rois  à  leur  confirmer.  C'est  à  ces  noanifl 
maîtres  que  la  capitale  de  la  Champagne  est  redenblefe 
avantages  dont  elle  jouit,  entr'autres  de  la  distriboliN 
de  la  Seine,  dans  les  différents  quartiers,  en  faveur  des  m* 
hufactures.  Ils  établirent  des  foires  qui  furent  très-câèbres, 
et  rendirent  le  commerce  florissant.  Après  avoir  étéafiés^ 
delà  couronne  pendant  250  ans,  la  Champagne  y  (ut  r» 
nie  à  l'avènement  au  trftne  de  France  de  Philippe4e- 
Bel,  le  dernier  de  nos  comtes. 

Troyes  est  à  48  degrés  18  minutes  21  secondes  de  ht^ 
tude  septentrionale,  et  à  21*  degré  44  minutes  55  seconJe 
de  longitude,  en  supposant  Paris  au  20*  degré  tout  josle; 
mais,  prenant  la  longitude  de  Paris,  19  degrés  53mioot0 
45  secondes,  au  premier  méridien  de  TIsle-de-Fer,  Trof 
sera  au  21*  degré  38  minutes  40  secondes,  et  i  uo  de^R 
44  minutes  55  secondes  de  longitude  depuis  laméridiefl» 
de  rObservatoire.  Cette  tille  est  à  34  lieues  sud-est  it 
Paris,  à  12  lieues  est-nord-est  de  Sens,  à  18  «id-ouesli 
Châlons  et  à  28  sud  de  Reims.  Son  élévation  au-dessus  ib 
niveau  de  l'océan  est  à  peu  près  de  380  pieds. 

La  plaine,  au  milieu  de  laquelle  s'élève  Trojcs,  est  w^ 
née  à  l'ouest  par  une  chaîne  de  coteaux,  dans  la  directo 
du  sud  au  nord  et  dans  une  étendue  de  quatre  à  cmi 
lieues.  Leur  distance  de  la  ville  est  de  trois  à  quatre  Beaes 
pour  le  plus  et  d'une  lieue  et  demie  pour  le  moins.  Ils  ^ 
revêtus  de  vignobles  d'un  côté  et  de  bois  pour  la  ph|»^* 
leurs  sommets.  Leur  revers  à  l'ouest  forme  une  j^^^ 
sensible.  L'élévation  de  ces  collines  au-dessus  du  oiteiB^ 


j 


T0?06RAP?n  VÉDICAUE   DB  TR0TB8.  153 

I*océan  est  de  60  à  70  toises.  Au  nord-est  le  terrain  «  s'éle- 
vant  assez  rapidement  en  plusieurs  endroits,  présente  des 
tertres  de  vingt-cinq  à  trente  toises  d'élévation;  mais,  à 
bien  prendre,  ce  n'est  que  le  commencement  d'une  seconde 
plaine  qui  domine  la  prairie. 

La  Seine  qui  prend  sa  source  en  Bourgogne,  à  24  lieues 
de  Troyes,  après  avoir  promené  ses  eaux  dans  la  partie 
méridionale  de  la  plaine,  se  divise  en  plusieurs  bras  à 
1,500  toises  environ  au-dessus  de  nos  murs,  pour  le  ser- 
vice des  moulins,  des  blanchisseries  et  des  papeteries.  Elle 
pénètre  ensuite  dans  la  ville,  y  abreuve  un  grand  nombre 
de  canaux  distribués,  dans  différents  quartiers,  pour  la 
commodité  des  teinturiers  et  des  tanneurs,  et  n'en  sort  que 
pour  aller  porter  la  fécondité  dans  les  prairies  qui  sont  au 
nord.  Cette  distribution,  si  avantageuse  pour  le  commerce, 
n'est  pas  sans  inconvénients  pour  la  salubrité  de  l'air  comme 
on  le  verra.  Il  parait,  par  l'appréciation  des  différentes 
chutes  d'eau  et  de  la  vitesse  des  courants,, que  le  niveau  de 
la  Seine  à  Troyes  est  au-dessus  du  niveau  de  la  même  ri- 
vière à  Paris  d'environ  35  à  40  toises.  Au  sud-est,  la 
Barse»  toujours  trouble,  est  reçue  dans  un  bras  de  la  Seine  à 
trois  quarts  de  lieue  au-dessous  de  la  ville.  Du  côté  de  l'est, 
à  peu  près  à  la  même  distance,  coule  un  autre  ruisseau 
fourni  en  partie  par  des  étangs  ;  il  va  se  perdre  dans  le  ma- 
rais d'Argentolles.  A  l'ouest-sud-ouest,  la  Vienne,  formée  de 
deux  sources  qui  sortent  des  montagnes  voisines,  baigne 
nos  murs  dans  la  direction  du  sud  au  nord  et  se  jette  ensuite 
dans  la  Seine. 

Troyes  est  dominée  par  plusieurs  marais,  surtout  au  sud- 
ouest  ;  mais  depuis  quelques  années  on  s'occupe  de  leurs 
dessèchements.  Celui  dit  de  Montier-^la^Celley  par  sa  posi- 
tion, sous  les  murs  de  la  ville  et  à  l'ouest,  d'où  les  vents 
soufflent  fréquemment,  influait  le  plus  siu*  la  salubrité  de 
l'air.  Le  soleil,  dans  les  plus  beaux  jours  de  l'année,  était 
obscurci  par  les  vapeurs  qui  s'en  élevaient.  Le  projet  de  le 


154  .TDP06RArai£  mcdicaus.de  trous, 

dessécher  avait  été  formé  nombre  de  fois  depuis  piom 
siècles  et  toujours  abandonné;  mais  enCn  par  le  de è 
M.  Berthelin,  maire  de  cette  ville,  les  eaux  qui  croufmBi 
dans  ce  marais  ont  changé  leurs  cours;  sept  à  boit  ccA 
arpents  de  terre  sont  rendus  à  Tagriculture;  FabDoifiiiR 
ne  sera  plus  infectée  par  des  exhalaisons  délétères,  Mstt 
d'une  myriade  de  maux,  et  des  milliers  de  citoyens  ntni 
conservés  à  la  patrie.  C'est  par  de  tels  senîces  raèsi 
l'humanité  qu'on  acquiert  des  droits  à  l'inunortalité. 

Les  forêts  qui  se  trouvent  dans  notre  cantoo  sont  Icats 
éloignées  au  moins  de  quatre  lieues  de  la  ville.  Lesiorl 
d'Aumont  et  les  autres  au  sud  sont  sèches  et  fookm. 
CeUes  de  Montmorency  et  d'Orient,  à  l'est,  sont  ocofê 
dans  leurs  centres  par  de  vastes  étangs  ;  elles  sont  \m^ 
et  marécageuses.  Les  arbres  qui  y  croissent  sont  priocifa- 
lemenl  le  chéne^  le  hêtre  et  le  charme. 

Le  fonds  du  terrain  des  environs  de  Troyes  estengôsi 
formé  d'argile,  de  craie  et  de  pierre  Uanche  caldoalà 
comme  il  le  parait  par  les  excellentes  obserYations  de  1 
Ludot,  consignées  dans  les  mémoires  de  l'Acadéinie  fe 
sciences.  La  craie  est  le  seul  moellon  et  presqi^b^^ 
pierre  qu'on  emploe  dans  les  bâtiments.  Quand  od^ 
bâtir  en  pierre  dure,  on  se  sert  de  cailloux,  de  pierreàU 
qu'on  trouve  dans  les  vignobles,  ou  d^une  pierre  ^^ 
nommée  ici  roche  et  qui  est  bonne  aussi  à  faire  de  laduts^ 
Elle  renferme  des  huîtres,  des  palourdes  et  autres  cnf 
marins  pétrifiés  qui  prouvent  que  la  plaine  où  est  bi^ 
Troyes  a  été  autrefois  le  séjour  de  la  mer.  Il  faulalkrckf 
cher  cette  pierre,  ainsi  que  la  chaux,  au  village  de  Fo^ 
chères,  à  cinq  lieues  d'ici  au  moins,  en  remontant  la  Sei^^ 
même  au  delà.  On  emploie  aussi  une  sorte  de  pierre  de  !>* 
blanchâtre  et  qui  est  sujette  aux  effets  de  la  j^lêe,  ^  f 
vient  du  Tonnerrois,  à  onze  lieues  d'ici  au  moins  ou  eeflf® 
de  distance  ;  ou  enfin  on  se  sert,  mais  rarement,  de  f^ 
de  Savonnières  qui  est  fort  bonne  et  qui  vient  encoredcr 


T0F06RAP8IB  KfanCALB  DB  TR0TI8.  155 

ohi.  Tout  le  pays  qui  est  à  l'ouest,  au  nord  et  jusqu'au 
lord-est,  est  crayeux  et  graveleux.  Ces  graviers  sont  ari)o- 
îsés,  gercés  et  mêlés  de  différents  corps  qui  souvent  se 
rouvent  réunis  ensemble,  et  qui  avec  les  graviers  forment 
les  espèces  de  poudingues.  Les  fentes  irréguliëres  sont  très- 
communes  dans  les  massifs  de  craie,  et  si  multipliées  qu'en 
juelques  lieux  elle  ne  peut  même  pas  servir  de  moellon. 
)n  trouve  de  la  craie  dans  tous  les  villages  circonvoisins, 
nais  celle  que  l'on  préfère  à  toutes  les  autres  pour  le  blanc 
le  Troyesse  tire  de  Vireloup,  distant  de  quatre  lieues  de  la 
rille  du  côté  du  couchant.  Le  procédé  suivi  à  Troyes  pour 
a  préparation  du  blanc  qu'on  tire  de  cette  ville,  et  que  quel- 
[u'uns  nomment  abusivement  Blanc  dt Espagne,  est  très- 
ngénieux.  La  description  de  cette  manipulation  se  trouve 
lans  différents  ouvrages.  Nos  environs  nous  offrent  encore 
plusieurs  mines  de  tourbes  à  l'exploitation  desquelles  on 
ravaille  depuis  peu,  ressource  d'autant  plus  avantageuse 
(u'eUe  diminuera  la  consommation  du  bois  de  chauffage 
léjà  trop  rare.  Cette  tourbe  n'est  autre  chose  qu'une  houiUe 
perfectionnée  par  la  putréfaction  des  roseaux  et  autres  végé- 
aux  qui  y  ont  déposé  leurs  esprits  volatils  et  sulfureux, 
elle  chauffe  bien;  l'odeur  qu'elle  exhale  en  brûlant  est 
upportable  et  ne  peut  nuire  à  la  santé.  Les  cendres  four- 
lissent  un  excellent  engrais  pour  les  terres. 

L'eau  dont  on  fait  usage  ici  est  de  deux  sortes,  celle  de 
»uits  et  celle  de  rivière.  Les  puits  sont  multipliés  dans  tous 
es  quartiers  et  dans  les  maisons.  L'eau  de  ceux  du  Quar^ 
ier-Haut  sourde  en  partie  des  latrines  voisines,  filtre  à 
ravers  un  fonds  de  craie  sur  lequel  se  trouve  une  couche 
le  terre  jaune.  L'eau  des  puits  du  Quartier-Bas  vient  de  la 
leine  qui  arrose  cette  partie  de  la  ville,  et  filtre  à  travers 
m  banc  de  terre  argileuse.  La  majeure  et  la  plus  précieuse 
partie  des  citoyens,  le  peuple,  boit  de  l'eau  de  puits.  Les 
;ens  aisés  font  usage  de  l'eau  de  Seine  prise  avant  sa  distri- 
bution dans  la  ville.  Les  canaux  où  on  la  puise  sont  larges  et 


156  TOPOGBAPBIS  VilUCAtl   OB  TBOTlf. 

profonds,  mais  bordés  par  les  blanchi^eries  dont  ib 
vent,  en  tous  temps,  les  cendres  des  lessiTes  rt  ks  lolra 
immondices.  En  hiver,  les  dégels,  la  fonte  des  ndge&,ki 
eaux  des  marais  avec  lesquelles  elle  se  marie,  le  limon  «ja'dk 
charrie;  en  été,  les  pluies  d'orage,  les  chanvres  qm  roôi- 
sent  dans  son  lit,  la  vase  sur  laquelle  elle  roule,  conon- 
rent  à  la  dénaturer. 

Les  eaux  de  tous  nos  puits,  au  nombre  de  plus  de  <|bi- 
rante,  et  celles  de  toutes  nos  rivières,  prises  en  diffiéneflb 
endroits,  ont  été  soumises  à  mes  expériences.  Pour  ks 
peser,  je  me  suis  siTvi  d'un  aréomètre  à  peu  près  semUdUc 
à  celui  dont  M.  Deparcieux  donne  la  description  dans  9« 
mémoire  sur  les  eaux  d'Yvette,  inséré  dans  le  tome  seeoad 
des  mémoires  de  l'Académie  des  Sciences,  année  1766.  \k 
cylindre  de  fer  blanc  de  douze  pouces  de  long  et  de  éen 
pouces  de  diamètre,  armé,  à  sa  partie  supérieure,  d^oo  I 
d'archal  long  de  trente  pouces  et  gradué,  est  lesté  de  gnia 
de  plomb  en  quantité  indéterminée  qu'on  y  introduit  pv  ane 
ouverture  fermée  hermétiquement  avec  une  vis  d*étaio.  Lt 
vaisseau  dans  lequel  on  plonge  Taéromètre  est  un  cylioès 
aussi  de  fer-blanc  de  trois  pieds  de  haut  et  de  trois  jMooes 
de  diamètre,  et  rempli  d'eau  jusqu'à  la  hauteur  de  fmk 
pouces.  Le  fil  de  laiton,  divisé  en  pouces  et  lignes,  indî(|ae 
le  degré  d'enfoncement  de  l'aréomètre  dans  Feau.  B  ùà 
avoir  attention  à  ce  que  l'instrument  n'éprouve  aucune  n- 
riation  dans  son  poids,  soit  par  la  rouille,  soit  par  Teaa  ^ 
pourrait  s'y  introduire,  et  que  les  eaux  destinées  à  être  p^ 
sées  soient  au  même  d^ré  de  température. 

L'eau  de  la  fontaine  Nagot,  qui  sort  des  montagnes  vd- 
sines,  à  travers  un  fonds  de  caiîloutage  et  de  sable,  et  dod 
la  légèreté  et  la  pureté  m'étaient  connues,  m'a  serti  è 
terme  de  comparaison. 


TOPOGRAPHIE   MÉDIGAtE   DE  TROTES.  157 

'ablb  qui  indique  les  divers  degrés  de  pesanteur  des  eaux 
de  puits  et  de  rivières  de  Troyes. 

Puits  dn  Qnartier-Hant. 

i 

Pouces.  Lignes. 

kins  Teau  du  puits  de  la  rue  du  Bourg-Neur, 

la  tige  de  Faréomètre  sortait  de 27  » 

)ans  leau  du  puits  du  carrefour  dit  les  Quatre^ 

Vents 26  6 

(ans  Teau  du  puits  de  la  place  dite  YEtape^ 

aU'Yin 26  6 

)ans  Teau  du  puits  dit  des  Trovi-Têtes 26  6 

)ans  Teau  du  puits  du  marché  aux  herbes ...  26  6 

^ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  du  Chaperon. . .  26  5 

)aas  Teau  du  puits  de  la  rue  des  Filles 26  4 

(ans  l'eau  des  trois  puits  de  la  rue  de  la  Cor- 

terie 26  3 

)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  de  la  Clef-de-Bois .  26  1 

)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  des  Lorgnes.  •  •  •  26  » 
)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  Neuve-des-Ursu* 

Unes 26  » 

)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  des  Quinze-Vingts.  25  » 

)ans  l'eau  du  puits  du  bas  de  la  rue  du  Bois.  25  » 

)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  du  Cheval-Rouge .  25  » 

)ans  l'eau  du  puits  de  la  rue  du  Dauphin ...  24  » 

>an8  Teau  du  puits  du  marché  au  blé 23  8 

>ans  l'eau  du  puits  de  la  porte  de  Belfroi. ...  22  7 

>ans  l'eau  du  puits  du  haut  de  la  rue  du  Bois.  22  » 

>ans  l'eau  du  puits  de  Sainte-Jule 22  » 

)ans  l'eau  du  puits  du  bas  de  la  rue  de  la  Pierre.  21  3 
)an8  l'eau  du  puits  de  la  rue  du  Temple,  près 

la  Montée-des-Changes 21  2 

)an8  Teau  du  puits  du  haut  de  la  rue  du 

Temple 21  » 


158  TOPOGRAPHIB   MÉBICALB   DE   TB0TIS. 


Dans  Tean  du  puits  du  haut  de  la  rue  de  la 

Pierre 20  H 

Dans  Teau  du  puits  de  la  maison  du  S -Esprit.  20  i 

Dans  l'eau  du  puits  de  la  rue  de  la  Fannerie . .  20  ( 

Dans  Teau  du  puits  de  la  Belle-Croix 20  i 

Puits  du  Quartier-Bas. 

Dans  Teau  du  puits  de  la  rue  de  Saint-Loap. .  20  • 

Dans  l'eau  du  puits  de  Saint-Martln-ès- Aires. .  20  • 

Dans  l'eau  du  puits  de  la  rue  de  Rome 20  • 

Dans  l'eau  du  piûts  de  la  rue  de  la  Cité 19  10 

Dans  l'eau  du  puits  du  Palais 19  9 

Dans  l'eau  du  puits  du  Marché-aux-Trnpans. .  19  4 
Dans  l'eau  du  puits  devant  le  grand  cimetière 

de  Saint-Nizier 19  4 

Dans  l'eau  du  puits  de  la  même  rue,  au  coin 

de  celle  du  Faucheur 19  3 

Dans  l'eau  du  puits  de  !a  rue  du  Breucher ...  19  1 

Dans  l'eau  du  puits  de  la  rue  de  PArche-de-Noé.  1 9  1 

Dans  l'eau  du  puits  près  la  porte  Saint- Jacques.  18  9 

Rivières. 

Dans  l'eau  de  la  Vienne 18  9 

Dans  l'eau  de  la  fontaine  Saint-Martin 18  > 

Dans  l'eau  de  la  Seine  avant  sa  distribution  dans 

la  ville 18  » 

Dans  l'eau  de  la  Seine  au-dessus  de  Sancey— 

Saint-Julien 17  6 

Dans  l'eau  de  la  Seine  dans  le  canal  vis-à-vis 

Thôtel  de  l'Arquebuse 17  6 

Dans  l'eau  de  la  fontaine  Nagot,  à  la  source. .  17  • 

L'eau  de  nos  puits  a  un  goût  fade  et  nauséabond,  sortiÉi 
après  avoir  été  gardée.  Les  vaisseaux  qui  la  çontienDeot  si 


TOPOGRAPHIE   IfÉDlCALK   DB   TROTES.  159 

rouvent  couverts,  à  leur  surface,  d'une  pellicule  jaunâtre, 
^t  leur  fond  est  imprégné  d'une  crasse  noire  et  adhérente. 
Le  savon  s'y  précipite  en  grumeaux  ;  elle  durci  les  légumes 
m  leu  de  les  cuire.  Elle  est  pesante  sur  l'estomac,  occasionne 
le  fréquents  maux  de  dents,  gerce  la  peau  de  ceux  qui  s'en 
avent  les  mains.  Celle  de  rivière  est  sans  saveur,  moins 
mpure  et  moins  dure;  mais  elle  donne,  ainsi  que  Tcau  des 
puits,  une  couleur  verte  au  sirop  violât,  se  trouble  par  l'ad- 
dition de  Talcali  fixe.  Ces  expériences  étant  insuffisantes 
pour  connaître  la  nature  de  nos  eaux,  et  l'évaporation  étant 
le  seul  moyen  de  rapprocher  les  parties  contenues  dans  l'eau 
qu'on  veut  soumettre  à  l'analyse,  j'ai  fait  évaporer  une  cer- 
Uiine  quantité  de  chacune  de  nos  eaux  dans  une  cucurbite 
de  verre  placée  dans  un  bain-marie. 

'   Grot.   Grains. 

Dix  livres  d'eau  prises  dans  un  des  puits  du 
Quartier-Haut,  et  distillées  au  bain-marie, 
m'ont  donné  de  résidu  sec 1     28 

Douze  livres  d'eau  prises  dans  un  des  puits 
du  Quartier-Bas,  et  distillées  de  même, 
m'ont  donne  de  résidu  sec 1       9 

Six  livres  d'eau  puisées  dans'  la  Seine,  et  dis- 
tillées de  même,  m'out  donné  de  produit 
sec »     30  1/2 

Six  livres  d'eau  de  la  fontaine  de  Nagot  m'ont 

donné  de  produit  sec »       5  1/4 

Après  avoir  trouvé  la  quantité  du  produit  que  fournis- 
saient ces  eaux  par  la  distillation,  j'ai  cherché  à  connaître 
la  nature  des  résidus.  Diaprés  les  résultats  que  m'ont 
offert  mes  recherches,  je  peux  conclure  : 

l""  Que  l'eau  des  puits  du  Quartier-Haut  est  la  plus  in- 
salubre de  toutes.  Elle  contient,  par  livre  d^eau,  dix  grains 
de  résidu  sec  composé  d'une  terre  absorbante  de  nature 
calcaire,  dcsélénite  \itrifîable  et  de  sel  marin  à  base  ter- 
reuse. 


160  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE    TROTIS. 

2*  Que  Teau  des  puits  du  Quartier-Bas  est  moâis  m- 
pure;  elle  ne  contient,  par  livre  d*eau,  que  six  graiostas 
quarts  de  résidu  composé  aussi  d*une  terre  absorbaole  it 
nature  calcaire,  de  sélénite  vitrifiable  et  de  sel  marin. 

3*  Que  Peau  de  h  Seine,  qui  passe  pour  la  nmiDeire 
eau  des  environs  de  Troyes,  est  cependant  très-infoe. 
Elle  contient  cinq  grains  de  résidu  sec  par  livre  d'eaa  èmH 
la  plus  grande  partie  est  de  la  sélénite,  du  sel  marin  et  os 
assez  forte  proportion  de  matière  extractive  T^étale. 

i""  Enûn,  je  peux  conclure  que  Teau  de  la  fontaine  Ib- 
got  est  la  boisson  la  plus  légère  et  la  plus  pure  doi^  nm 
pouvons  faire  usage.  Elle  ne  contient  guère,  par  livre  d'en, 
qu'un  grain  de  résidu  sec  dont  la  plus  grande  partie  ^  à 
sel  de  Glauber.  A  peine  y  ai-je  découvert  quelques  puti- 
eûtes  de  sélénite  et  encore  moins  de  matière  calcaire.  Ma 
cette  source  est  éloignée  d'environ  3,000  toises  de  la  vile, 
et  elle  traverse  pour  y  arriver  un  terrain  noir  et  maréc^ea 
où  elle  s'infecte.  Pourboire  à  Troyes  cette  eau  dans  Me 
sa  pureté,  il  faudrait  qu'aux  canaux  qui  nous  ramèneol  a 
substituât  des  aqueducs.  La  pente  du  terrain  rendrait  si 
distribution  facile  dans  tous  les  quartiers,  des  fontaines  sik- 
taires  embelliraient  la  ville ,  offriraient  un  seconrs  ph> 
prompt  dans  les  incendies  et  entretiendraient  la  propiclê 
des  rues,  si  essentielle  pour  la  pureté  de  Tair.  U  ne  resîeré 
plus  de  prétexte  aux  boulangers  qui  font  le  pain  avec  Tea 
de  certains  puits  infectés  par  toutes  sortes  d'immonbxs. 
En  attendant  que  cet  utile  projet  puisse  avoir  lieu,  il  est  à 
propos  qu'une  police  sage  et  mieux  entendue  veiUe  à  ce  que 
les  porteurs  d'eau  soient  plus  attentifs  dans  le  choix  qu'3s 
font  des  vaisseaux  dans  lesquels  ils  charrient  Tean  et  as 
endroits  où  ils  la  puisent.  Celle  qui  coule  dans  le  gras^ 
canal,  vis-à-vis  l'hôtel  de  l'Arquebuse,  est  moins  imjm 
que  toute  autre.  Croyant  se  mettre  à  Tabn  de  tous  mcea- 
vénients,  plusieurs  personnes  se  sont  procurées  des  p^ 
fontaines  de  cuivre,    où  l'eau  filtre  à  travers  plosiesD 


TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE   TROYES.  161 

couches  de  sable  tamisé;  ressource  dangereuse!  L'eau  se 
charge  à  la  longue  des  parties  métalliques  qu'elle  détache 
du  cuÎTre  et  devient  un  poison  d'autant  plus  perfide  que  ses 
effets  sont  plus  lents  et  plus  sourds. 

Placée,  comme  nous  Tavons  dit,  au  centre  d'une  vaste 
plaine,  de  tous  côtés  arrosée  par  un  grand  fleuve,  on 
croirait  que  Troyes  jouit  d'un  air  pur  et  serein  ;  mais  qu'il 
s'en  faut  !  A  l'ouest,  dominée  par  plusieurs  marais;  à  l'est, 
flottante,  pour  ainsi  dire,  au  milieu  des  eaux  ;  inondée  pen- 
dant l'hiver;  infectée  pendant  l'été  par  les  vapeurs  qui 
s'élèvent  du  limon  que  la  rivière  dépose,  de  la  vase  qu'elle 
laisse  à  découvert,  des  végétaux  et  des  substances  animales 
qui  pourrissent  sur  ses  bords;  exposée  presque  toute 
l'année  à  l'influence  des  vents  occidentaux,  l'air,  ainsi 
modifié,  ne  doit-il  pas  avoir  perdu  beaucoup  de  son  élasti- 
cité et  être  pesant  et  humide?  Une  expérience  journalière 
en  est  la  preuve  ;  passons-nous  de  la  ville  à  la  campagne, 
ou  des  dehors  pénétrons-nous  dans  la  ville,  les  effets  subits 
et  différents,  qui  s'oi)èrent  sur  nos  corps,  nous  porteraient 
à  croire  que  nous  changeons  de  climat.  Outre  cela,  plu- 
sieurs autres  causes  particulières  concourent  à  altérer  l'at- 
mosphère par  les  exhalaisons  les  plus  délétères  : 

1*  L'usage  de  curer  les  latrines  en  plein  jour  dans 
toutes  les  saisons. 

2*  Le  dépôt  des  matières  fécales.  On  les  charrie  à  l'ouest 
à  une  très-petite  distance  de  h  ville.  On  les  dépose  dans 
des  trous  peu  profonds  où  elles  subissent  une  fermentation 
à  l'aide  de  laquelle  elles  répandent  des  miasmes  alcalino- 
fétides,  capables  de  porter  dans  les  environs  le  germe  des 
maladies  les  plus  graves. 

3""  Les  tanneries.  Elles  occupent  au  sud  un  quartier  de 
la  ville.  Dans  les  chaleurs  de  l'été,  surtout,  Todeur  qu'elles 
exhalent  se  répand  dans  tous  les  environs  et  n'est  pas  sup- 
portable. 

V  La  malpropreté  des  rues  et  des  places  où  sont  éta- 

T.  lIXTU.  11 


162  TOPOGRAPHIE    MÉDICALE   DE   TROTES. 

blis  les  marchés.  Jamais  lavées,  rarement  babyées,  db 
n'offrent  qu'un  cloaque  de  fange  et  d'immondices.  L'es 
des  laviers,  Vvdu  qui  a  srrvi  à  dessaler  les  morues  ellesb- 
rengs  crouj  il  dans  les  ru  sseanx.  Les  débris  desT^àai 
pourris  exalenl  «les  vapeurs  méphitiques  auiquella,  po» 
êlre  mortelles,  il  ne  mancpie  que  la  concentration. 

Toutes  ces  causes  de  corruption  agiraient  encore  awc 
plus  d'énergie  sur  Vaiv  que  nous  respirons,  sansThonnAe 
dont  il  est  sans  cesse  imprégné.  Il  est  constant  que  Hid- 
midité  est  un  des  agents  essentiels  de  la  fermentation,  m 
aussi  il  est  d'observation  que  souvent  elle  en  arrête  les  loo^ 
vements.  Est-il  un  moyen  plus  efficace  que  Teaupoort- 
sinfecter  les  lieux  envenimés  de  corpuscules  malins  et  cofr 
tagieux  ?  Nos  prédécesseurs  ont  constamment  remaïf» 
que,  dans  les  années  de  chaleur  et  de  sécheresse,  les  ma- 
dies  putrides  étaient  plus  fréquentes  et  plus  dangercuss, 
et  que  la  pluie  la  plus  légère,  ou  le  retour  même  d.sbrod- 
lards,  suffisait  pour  en  diminuer  le  nombre  et  Fintensité. 

La  tuerie,  la  boucherie,  qui  partout  ailleurs  contriboa^ 
à  l'insalubrité  de  l'air,  ne  peuvent  ici  l'altérer  en  aucffl» 
manière.  La  tuerie  est  placée  à  Test  sur  le  bord  d'un  (te 
bras  de  la  Seine  qui  en  reçoit  les  immondices.  La  boa- 
chérie  est  dans  le  centre  de  la  ville,  mais  dans  ce  vaste  èé- 
fice  très-bas,  il  y  règne  toujours  un  courant  d'air  qui  bbib* 
tient  la  fraîcheur,  conserve  les  viandes  et  empêdie  b 
mouches  d'y  entrer  même  pendant  l'été.  Elles  s'arrêtent» 
les  tripes  et  les  fruits  qu'on  vend  à  la  porte.  Les  moodiô 
ne  se  soutiennent  pas  entre  deux  courants  d'air. 

L'usage  révoltant  d'amonceier  les  cadavres  an  fflfei 
des  vivants  étant  enfin  aboH  par  toute  la  France,  w»  o- 
metières  sont  maintenant  placés  dehors  la  ville  et  doc* 
du  nord.  Leurs  exhalaisons  ne  peuvent  nuire  à  la  «abw* 
de  l'air.  Un  seul  est  situé  au  sud-ouest,  position  d'»** 
plus  désavantageuse  que  les  vents  «ouflSent  souvent  dec^^t 


TOPOORAPHIB   MÉmCALB   I^K   TR0TE8.  163 

région,  mais  il  n'est  destiné  qu'à  une  des  paroisses  les  moins 
nombreuses. 

Pour  donner  une  idée  exacte  du  climat  de  Troyes,  je 
joins  ici  des  tableaux  qui  indiquent  les  résultats  de  chaque 
saison  de  six  années  et  de  Tannée  moyenne,  conclus  dos 
observations  météorologiques,  faites  par  M.  Bouthiiier,  de 
rOratoire,  associé  correspondant  de  ta  Société  royale  de 
Médecine. 


TABLEAUX 

Qui  indiquent  les  résultats  conclus  des  observations 

météorologiques  faites  à  Troyes  pendant 

six  années,  de  1770  à  1784. 


164 


TOPOeRAPBIB  MtolCALB   DE   TBOTBS. 


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TOPOGRAPHIE  MÉDICALE   DE   TROTBS. 


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1^ 


-1 


tOd 


TOPOMAPHn   ■tMClLB  M  TIOTB. 


MOIS 


Janvier. 
Février 
Mars.   . 
Avril.  . 
Mai  .  . 
Juin  .  . 
Juillet  . 
Août.  . 
j  Septembre 
Octobre  . 
Novembre 
Décembre 


I 


année 
moyenne 


b 


VEKTS  DOMIHARTB 


N. 


5 
3 

4 
3 
4 
3 
4 
1 
2 
2 
•i 


35 


N.-E. 

N.^. 

S. 

S.-E. 

1 

5 

5 

0 

2 

3 

8 

0 

3 

6 

7 

1 

3 

S 

2 

i 

4 

5 

5 

1 

2 

C 

4 

1 

2 

4 

5 

1 

3 

4 

5 

2 

3 

3 

5 

1 

3. 

6 

3 

2 

4 

6 

G 

1 

3 

1 

5 

4 

1 

33 

58 

59 

12 

i 

6 
7 
7 
i 
5 
9 
4 
5 
7 


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3 
3 
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2-  « 


72 


^ 


TOPOfiBAraiE  MÉDICALK   DE  TaOYBS. 


167 


ÉTAT  DU   CIEL   (Nombre  des  Jours) 

1 

S! 
i 

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NERRE 

1  AURORE 
BORÉALE 

6 

19 

3 

17 

13 

4 

11 

2 

1 

1 

1 

13 

17 

4 

8 

5 

4 

11 

2 

1 

1 

1 

10 

15 

5 

11 

12 

4 

1 

2 

1 

>    1 

17 

8 

3 

8 

8 

9 

2 

1 

» 

16 

5 

9 

8 

12 

> 

3 

1 

17 

9 

1 

6 

9 

6 

2 

1 

18 

7 

2 

9 

9 

5 

3 

i 

20 

5 

3 

3 

9 

2 

2 

1 

20 

7 

3 

2 

4 

1 

3 

1 

18 

8 

1 

5 

4 

6 

1 

1 

10 

14 

3 

9 

9 

2 

6 

6 

1 

1 

1 

11 

17 

3 

5 

5 

2 

10 

9 

1 

» 

i 

176 

131 

40 

91 

99 

18 

55 

42 

4 

14 

5 

168 


TOPOGlUrBIB  lfÊMC4U  BK   TBOTBB-. 


MOIS 

TEMPÉRATURE 

• 

Janvier . 
Février , 
Mars  . 
Avril.  . 
Mai    .  , 
Juin  . 
Juillet 
Août. 
SeptemI 
Octobre 
Novemb 
Décemh 

>r( 

>re 
re 

5 

* 

Douce  et  humide. 

Très-froide. 

Froide  et  pluvieuse. 

Sèche  et  froide. 

Sèche  et  chaude. 

Belle,  sèche  et  chaude. 

Idem. 

Idem. 
Assez  douce. 
Belle,  sèche  et  froide. 
.  Froide  et  humide. 

Idem. 

Année 
moyenne 

Froide  et  humide. 

T0P06RAPHIB  MÉDICAU  VB  nOTBS. 


169 


QUANTITÉ 

ANNÉE 

DE 

PLUIE 

pouces                         lignes 

1779 

22             0    À 

1780 

22             0    A 

1781 

18             3    iV 

1782 

25             8    A 

1783 

15             8    A 

1784 

19             4    Â 

année 
moyenne 

20             6    « 

i76  TOrOGHAPIIIB   MÉMCliE    Ml   TaOTBS. 

Les  vents  qui  soufflent  le  plus  fréquemment  sont,  em 
on  le  Yoit  par  cette  table,  ceux  de  l'ouest,  du  suikootct 
du  nord-K)uest.  Les  vents  de  la  région  du  nord  règmit  k 
pins  communément  pendant  les  mois  de  jantier,  kmsi 
mars:  Pendant  Tété,  du  soir  au  matin,  ratmosphcK  si 
humide,  froide  et  nébuleuse.  Le  serein  rend  nos  ym- 
nades  perfides.  L'air  est  entretenu  dans  cette  coostitotn 
malfaisante  par  les  vents  de  l'ouest  et  du  sad-ooest  ^ 
dans  celte  saison,  sont  les  dominants.  En  sorte  que,  si  pff 
fois  nous  avons  de  beaux  jours,  nous  en  sommes  redenUes 
à  l'action  du  nord  et  de  l'est,  action  salutaire  ma»  fei 
répétée,  peu  durable.  L'automne  nous  ramène,  aiec  le 
vents  du  nord-ouest,  les  brouillards  et  les  frimats. 

Le  sol  des  environs  de  Troyes,  du  levant  d'été  ao  cob^ 
chant  d'hiver,  est  gras  et  propre  au  froment.  Les  campapfi 
y  sont  riches  en  moissons,  tout  y  abonde;  il  n'en  est pe 
ainsi  du  terrain  qui  est  au  nord.  Il  n'offre  qu'une  oorà 
de  terre  végétile,  très-maigre,  peu  profonde,  et  (foi  p«^ 
à  p^nna  du^seîgie.  Certains  cantons  même  passent  poor  k 
pa^  mériter  le  labour.  Il  est  cependant  un  moyen  facile,  pn 
coûleux,  de  fertiliser  ce  territoire  en  y  formant  des  prairifi 
artilicielles  qui  réussiraient  parfaitement  dans  ai  tenà 
sec,  pierreux,  sableux,  tel  que  l'est  celui  de  cette  partie  i 
la  Champagne.  On  peut  y  semer  indifféremment  luwv. 
sainfoin  ou  trèfle  de  Hollande.  La  graine  de  ce  dernier  «e 
sème  après  deux  labours,  avec  les  orges  ou  les  vm»-  H 
lève  la  première  année  et  fournit  un  bon  fourrage  ite 
la  paille.  L'année  suivante,  qui  est  celle  du  sonibre,dB't 
fauche  deux  fois.  Quelques  jours  après  la  seconde  cooff 
on  laboure  la  terre  pour  la  préparer  à  recevoir  le  fronafl*^ 
Les  feuilles  qui  ont  repoussé ,  celles  qui  se  sont  ^ 
chées  en  fanant  et  les  racines  forment  un  exceUeot  a- 
grais  qui  épargne  le  fumier.  Le  froment  qu'on  recsev 
est  très-beau,  supérieur  à  tous  les  autres  du  fioageengriGS 
et  en  paille.  Les  prairies  artificielles  en  sainfoin  réosÂv^ 


TOPOQRAPHIB  MiDIGUB  DB  TROTBft.  171 

lussi  tris8*bien  sans  être  plus  dispendieuses  que  les  précé-* 
[entes;  elles  durent  huit  à  dix  ans.  Celles  en  luzerne  sont 
Lussi  fort  peu  coûteuses;  sa  graine  se  sème  comme  les  pré- 
cédentes. Elle  produit  un  fourrage  très-abondant  et  se  coupe 
|uatre  fois  par  an.  Ainsi  le  cultivateur,  après  avoir  retiré 
in  profit  considérable  de  la  vente  du  produit  de  ces  prai- 
ries, trouverait  encore,  l'année  suivante,  ses  champs  cou- 
verts de  belles  moissons  et  le  revenu  d'un  terrain  immense, 
)resqu  mculfe  aujourd'hui,  rentrerait  dans  la  Société. 

Dans  ces  cantons  ingrats,  où  la  nature  ne  peut  rien  sans 
*art,  la  partie  côtoyée  par  la  Seine  nous  offre  cependant 
juetques  belles  prairies  d'un  très-grand  produit.  Elles  doi- 
irent  leur  fécondité  au  limon  que  ce  fleuve,  tous  les  hivers, 
lé|>ose  dans  ses  déborilements  sur  leur  surface.  Le  four- 
rage qu'elles  produisent  est  d'une  excellente  qualité.  Nos 
pâturages  ne  sont  pas  moins  bons  ;  nul  pays  peut-être  n^en 
Dffre  d'aussi  gras. 

La  plupart  des  coteaux  qui  terminent  le  bassin  de  Troyes 
sont  couverts  de  vignes.  Elles  s'étendent  même  très-avant 
dans  la  plaine  et  y  occupent  la  majeure  partie  du  terrain. 
Les  différentes  espèces  de  raisin  qu'on  recueille  sout  la 
Gouet,  le  Pineau,  ie  Gamet  et  uu  raisin  blanc  appelé 
Plant  de  Paris.  La  vendange  en  pineau  se  fait  dès  la  fin  de 
septembre,  au  plus  tard  dans  les  premiers  jours  d'octobre. 
Ou  ne  coupe  le  Gouet  que  vers  la  fin  de  ce  dernier  mois. 
Les  gelées,  qui  commencent  dès  ce  temps,  forcent  à  la  ré- 
colte, quoique  le  fruit  ne  soit  pas  eu  pleine  maturité.  On  le 
foule  légèrement,  sans  Tégrapper,  dans*  des  tonneaux  où 
on  laisse  fermenter  le  Gouet  deux  ou  trois  mois.  On  le  jette 
alors  sous  le  pressoir,  et  on  en  retire  un  vin  haut  en  cou- 
leur, acerbe,  tartareux  et  gazeux,  qui  agace  la  poitrine, 
ronge  le  velouté  de  Testomac,  porte  sur  les  nerfs  et  rend  la 
voix  voilée.  On  laisse  cuver  le  vin  de  Pineau  moins  long- 
temps, mais  encore  trop.  Il  est  moins  insalubre  que  le  vin 
de  Gouet.  Celui  que  fournissent  les  coteaux  de  LameHfux^ 


m  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE    DE   TROTES. 

Bois^  Bouilly  et  autres  dans  la  même  direction,  est  léger, 
liquoreux  et  assez  agréable  ;  mais  il  se  conseire  rareaal 
plus  de  deux  ans.  On  fait  aussi  du  \in  blanc  aTec  da  Onh 
selas^  du  Pineau  ou  le  Plant  de  Paris  en  écrasant  le  ra» 
sous  le  pressoir  dès  qu'il  est  coupé.  Ce  vin  est  clair,  1^, 
tenu,  mais  très-plat  et  demande  à  être  bu  surJe-cbaf. 
Dans  les  mauvaises  années  le  peuple,  aprt^le  presiff^ 
jette  sur  le  marc  de  Teau  qu'il  laisse  fermenter  tpàsft 
temps.  Il  en  retire  une  liqueur  vineuse,  aigrelette,  db^ 
quette^  qui  lui  seii  de  boisson  pendant  Thiver. 

Si  le  troyen.  esclave  de  ses  usages,  voulait  adopter  m 
autre  manière  de  faire  le  vin,  il  le  boirait  infiniment  isri- 
leur.  Puisqu'il  est  d'observation  que   dans  dix  années  le 
raisin  mûrit  à  peine  une  fois  parfaitement,  la  m^odeà 
travailler  le  vin,  proposée  par  M.  Maupin,  pour  lespap^ 
gnobles  tardifs,  convient  sans  doute  au  nôtre.  Elle  coossb 
à  jeter  des  chaudronnées  de  raisins  bouillants  dans  la  om 
qui,  sans  cette  opération,  ne  se  met  que  très-diflkileiDeA 
en  mouvement,  soit  à  cause  de  la  verdeur  du  raisin,  scÂt 
cause  du  froid.  Le  vin,  dans  ces  deux  cas,  n'ayant  d^  f» 
trop  d'âpreté,  on  se  donne  bien  garde  de    l'augmaiterei 
laissant  la  grappe.  Il  est  encore  essentiel  de  bien  écraser  k 
raisin  avant  de  le  jeter  dans  la  cuve.  On  Tj  ^rsc  p^ 
un  entonnoir  de  fer-blanc  dont  la  douille,  large  de  tnè 
pouces  de  diamètre,  doit  être,  à  cinq  ou  six  pouces  près, 
de  la  longueur  de  la  cuve.  La  proportion  des  chaadmn^ 
avec  la  vendange  varie  suivant  le  degré  de  Terdeor.  Et 
général  un  dixième  de  raisin  bouillant  doit  suffire  dans  les 
plus  grands  froids  et  la  plus  grande  verdeur.  Pour  bxSks 
encore  davantage  la  fermentation  qui  peut  seule  enlever  « 
vin  sa  verdeur,  il  faut  couvrir  la  cuve  avec  un  fonds  faitdt 
planches  de  bois  de  chêne  de  six  lignes  ou  environ  d^éps^ 
seur,  détachées  et  séparées  les  unes  des  autres,  de  maiân 
qu'elles  suivent  le  mouvement  du  marc  sur  lequel  dlesp 
sent  immédiatement  et  qu'elles  baissent  et  montent  avec  hi. 


T0P0GRAPH1£   MEDICALB    DE   TROYES. 


173 


Quand  le  moult  a  perdu  sa  douceur  et  sa  saveur  sucrée, 
on  le  tire  et  on  a  du  vin  fait  et  parfait  en  huit  jours.  Le  vin 
de  pressurage  est  exactement  mis  à  part  pour  ne  pas  aug* 
menter  la  verdeur  de  l'autre.  Tel  est  Tunique  moyen  d'amé- 
liorer nos  vins  en  les  rendant  moins  insalubres  et  plus 
agréables. 

La  table  suivante  indique  la  quantité  de  vendange  que 
depuis  sept  années  ont  rapporté  trois  arpents  d'une  assez 
bonne  vigne  plantée  en  pineau  et  le  nombre  de  muids  de 
vin  qu'on  en  a  tetiré.  Ces  résultats  fixent  le  produit  moyen 
des  \ignes  de  notre  canton.  L'arpent  est  de  cent  cordes; 
20  pieds  carrés  font  une  corde.  La  bottée  pèse  environ 
soixante  et  douze  livres.  Le  muid  est  de  vingt-cinq  septiers  ; 
le  septier  équivaut  à  douze  pintes,  mesure  de  Paris. 


ANNÉES 

HOTTÉES 
de 

YE^inANGE 

LIVRES 

de 
HAism 

HUIDS 

de 

▼m 

LIVRES 

»B  IUIgl!< 

par  muid 

MUIDS 

par 
AKKirr 

1778 
1779 
1780 
1781 
1782 
1783 
1784 

216 
180 
252 
432 
252 
216 
72 

15,552 
12,960 
18,144 
31,104 
18,144 
15,552 
5,184 

20 
18 
19 
36 
18 
17 
6 

777 
720 
955 
864 
1.008 
915 
864 

7 
6 

6f 
12 

6 

1' 

Année 
moyenne 

232 

16,663 

19 

872 

«f 

En  général  le  produit  de  notre  vignoble  est  considérable. 
Dans  les  mois  de  septembre  et  d'octobre  1 781 ,  il  est  entré 
dans  la  ville  39,000  muids  de  vendange;  si  on  y  ajoute  ce 
que  les  habitants  des  faubourgs  et  des  villages  circonvoisins 
ont  recueilli,  ce  produit  se  trouvera  doublé.  La  récolte  de 
1785  a  été  d'un  tiers  plus  abondante.  Malgré  cette  fertilité, 
il  serait  encore  plus  avantageux  de  rendre  au  labour  le  ter- 
rain que  nos  vignes  occupent  dans  la  plaine  qui  ne  tarderait 


174  TOPOGRAPHIE   MiDlCALS   DS  TROTES. 

pas  d'être  courerte  de  riches  moissons.  Nos  coteamtoni 
raient  encore  assez  de  vin  pour  la  consommation  do |ms.d 
Ton  verrait  bienlôt  baisser  le  prix  du  blé,  denrée  betscoe; 
plus  importante. 

Nulle  ville  peut-être  n'offre  des  dehors  aossi  besu  p 
la  nôtre.  A  une  lieue  à  la  ronde,  le  terrain  est  oco^  p 
des  vergers,  des  potagers,  des  peupliers,  des  phnbà 
saules  et  d*annellcs,  des  chenevières,  des  oseraies,  desbi- 
quets  agréables,  des  jardins  ornés  de  couverts  et  fm^ 
tous  arrosés  par  de  petits  ruisseaux.  Les  arbres  y  réiosbEd 
très-bien,  et  si  le  contraire  arrive  quelquefois,  on(btâ 
chercher  la  cause  dans  Tusage  où  on  est  de  les  pbÉrt 
une  trop  grande  proximité  les  uns  des  autres.  On  peu!  te 
rétendue  de  la  plantation  des  noyers,  à  30  pieds;  desp 
miers  et  poiriers  en  verger,  à  20  pieds;  des  onnes ^ 4 
leuls,  à  15;  des  peupliers,  saules  et  aunelles,  àSpioè. 

Les  fruits  que  nous  recueillons  sont  beaux,  saTooreu 
et  variés  suivant  la  saison.  Les  herbes  potagères,  leslé^ 
sont  succulents. 

Sur  les  bords  de  la  Seiae  et  de  nos  ruisseaux,  ar  fa 
collines  et  dans  nos  bois,  on  rencontre  différentes  espèce» 
plantes  médicinales  ;  leur  nombre  peut  monter  eoTirtci 
4  à  500.  Celles  qui  croissent  le  plus  comraunéinenl ^t 

Centauriom  minus;  Ranunculus  apii  folio;  Campai 
pratensis;  Alchimilla  montana  minima;  PapaverRte 
Sisymbrium  palustre  repens  nasturtii  folio;  Chenopoto 
ambrosioïdes  folio  sinuato  ;  Atriplcx  hortenâs  alla,  s« 
pallide  virens;  Menyanthes  palustre;  Filago  n»*'* 
capite  folioso;  Cyanus  segetum;  Gramen  spicatnmfe» 
aspero;  Serpillum  vulgare;  Juncus  foliis  articula» J^ 
ribus  umbellatis;  Urtica  iners  sive  Galeopsis;  CodîoHp 
minor^  arvensis  flore  roseo;  Hedera  repens;  Acercafflf* 
tre  et  minus;  Latyrus  sylvestris  luteus  foliis  tids;!^ 
latifolius;  Potamogeton  ramosum  angustifoliura;  P*^ 
geton  perfoliatum  ;  Potamogeton  foliis  angustis  spleo»»' 


TOPOGRAPHIE   UÉDICALB   DE   TROTES.  175 

3us;  Potamogeton  folio  rotundo;  Potamogeton  foliis  crisprs 
ûve  lactuca  ranarum  ;  Nasturtium  sihestre  capsulis  crisiatis; 
VIeniha  aquatica  ;  Ranunculus  aqualîcus  ;  Hepatica  rupea  ; 
Fagiis;  Auricula  mûris;  Vaccaria;  Caryophyllata  vulgaris ; 
[{ ha phanus  major;  Emca  latifolia  alba;  Lithospermum ; 
Lapalhiim  an^uf^io  folio;  Lapathum  sanguineum;  Lapa- 
Jium  fulio  rotimdo;  Ptarmica  Tulgaris  folio  oblongo  ser- 
*ato,  flore  albo;  Lysimachia  humifusa,  folio  rotundiore, 
loreluteo;  Crocus  hortcnsis;  Ërucago  segetum  ;  Valeriana 
irvcnsis,  prœcox  humiiis  semine  compresso;  Consolida 
Tiajor  flore  albo  ;  Heliotropium  majus;  Cynoglossum  majus 
mlgare;  Hyoscyamus  niger;  Cruciata  hirsuta;  Carduus  to- 
Tienlosus,  acanthi  folio  vulgaris;  Sclarea  pratensis^  foliis 
^erratis,  floribus  cœruleis;  Bursa  pastoris;  Hieracium  foliis 
:ichorii  sylvcstris  ;  Caltha  arvensis  ;  Thalictnun  majus;  Dau* 
:us  sylvestris;  Sonchus  laciniatus  laevis  ;  Urtica  urens, 
icmine  in  globulis,  ceu  lini;  Chenopodium  folio  (riangulo; 
dhenopodium  folio  oblongo;  Juncus  laevis  panicula  sparsft; 
Heliotropium  vulgare;  Clematiiis  erecta  flore  cœruleo;  Ar- 
;entina;  Agrimonia;  Scorsonnera  palustris;  Virga  aurea; 
Eupatorium  cannabinum  ;  Bardana  minor;  Bardana  major; 
Hieracium  murorum;  Gramen  avenaceum,  locustis  rariori- 
bus  ;  Lotus  ceu  melilotus  capsulis  reni  similibus  in  capitu- 
um  congesiis  ;  Veronica  pratensis  ;  Litospermum  palustre 
îiinus;  Erica;  Damasonium  stellatum;  Ranunculus  palus- 
Iris  minor  echinatus;  Genista  spartium  longioribus  et  bre^ 
^ioribus  aculeis  minutis  ;  Cauda  equina  palustris  longions 
bns  setis,  etc.,  etc. 

Nos  environs  fournissent  en  abondance  de  quoi  faire 
une  chair  très-délicate.  Les  villages  voi^ns  nous  envoient 
beaucoup  de  belles  volaille».  Le  gibier  est  très-commun  et 
savoureux  ;  la  bécasse,  la  bécassine,  la  perdrix,  la  caille^ 
l'alouette,  les  canards  sauvages,  les  lièvres,  le  chevreuil, 
abondent.  Les  nourritures  en  maigre  ne  sont  ni  moibd 
bonnes,  ni  eu  moindre  quantité  :  rien  n'approche  de  la 


176  TOPOGRAPHIE  MÉDICALE   BE    nOYBS. 

blancheur,  de  la  finesse  et  de  la  douceur  des  laiiaga  it 
Barberey  et  d'autres  villages.  1^  Seine  semble  s'accorfe 
avec  les  petites  rivières  voisines  pour  fournir  nos  narcks 
des  poissons  les  meilleurs,  tels  que  le  brochet,  la  carpe,  b 
tanche,  la  perche,  Tanguille,  le  barbeau  ;  il  est  à  ]mpi 
de  faire  délimoner  ceux  que  les  étangs  nous  fournisse.  Le 
aliments  de  première  nécessité  ne  manquent  pas  noo  |k 
ici.  On  y  a  facilement  de  la  viande  de  bouchme.  Cefet- 
dant,  on  substitue  le  plus  eouvent  au  bœuf  de  la  vadie,  fs 
la  facilité  avec  laquelle  on  se  la  procure.  En  revanche,  k 
mouton  est  excellent  ;  le  cochon,  succulent  et  tr^-délkaL 
Troyes  fut  très-souvent  le  théâtre  des  guerres  ks  ^ 
sanglantes.   Cette    ville   était  bien    fortifiée   et  regirdée 
comme  une  place  très-importante;  mais  depuis  qoel^ 
années,  se  trouvant  presque  au  centre  du  Ropurae,  se 
fortiûcalions  ont  été  négligées.  Les  quatre  principales  portes 
qui  subsistent  encore  sont  des  monuments  de  l'aiide^e 
architecture  mih taire.  Ses  fossés  sont  en   tout  temps  v- 
rosés  :  à  Test,  par  un  bras  de  la  Seine  assez  considmlè. 
dans  la  direction  du  sud  au  nord  ;  et  à  Touest  par  ]e&  tm 
de  la  Vienne  qui,  tantôt  d'un  cours  rapide,  entrauieat  M 
ce  qui  pourrait  s'y  ramasser,  et  tantôt  sont  retenues  parfe 
écluses  dans  des  réservoirs  bordés  de  tilleuls,  de  {JataKS 
ou  de  peupliers.  Des  avenues  bien  plantées  et  multipliais 
tous  côtés,  des  boulingrins,  des  bosquets  agréables,  eSrtâ 
autour  des  murs  des  promenades  délicieuses.  L^indioabaB 
du  terrain  où  est  bâtie  la  ville  Ta  fait  diviser  en  Quailiff* 
Haut  et  en  Quartier-Bas.  Son  grand  diamètre  est  de  Y&sà 
à  Test,  et  le  petit  du  nord  au  sud.  La  plupart  des  rues  «i 
trop  peu  de  pentes  ;  toutes  sont  irrégulières.  Nos  aîem  pré- 
féraient à  l'agrément  du  coup*d'œil  la  direction  qui  pvé- 
sait  la  plus  propre  à  rompre  les  rayons  du  soleil  et  risof- 
tuosité  des  vents,  à  faire  reQuer  Tair  dans  les  mes  ^ 
traverse,  et  surtout  à  arrêter  l'ennemi,  lorsqu'il  avait  tft 
pénétrer  dans  leurs  foyers.  La  direction  des  rues  de  Tr9^ 


TOPOGRAPHIE   HiDICALB   BB  TROTBS.  177 

considérée  sous  cet  aspect,  ofiFre  le  résultat  d'un  plan  uni- 
forme et  d'une  combinaison  raisonnée.  L'éloignement  des 
carrières  de  pierre  force  presque  tous  les  habitants  à  bâtir 
leur  maison  en  bois.  Celte  construction  les  rend  si  per- 
méables à  Tair  que  ce  sont  des  glacières  en  hiver  et  des 
étuves  en  été,  malgré  les  précautions  d'un  luxe  raffiné.  Une 
grande  partie  de  la  ville  est  occupée  par  des  jardins  parti- 
cuh'ers,  de  vastes  monastères  et  quelques  Chapitres.  Il  n'y 
a  point  de  places  publiques.  Dans  différents  quartiers,  le 
terrain,  qui  était  occupé  par  les  cimetières  qu'on  vient  de 
supprimer,  pourra  être  agrandi  et  changé  en  places  qui  em- 
belliront la  ville,  faciliteront  la  circulation  de  Tair  et  le 
rendront  plus  salubre.  Dans  les  unes,  on  pourra  établir  les 
marchés,  qui  se  tiennent  dans  des  rues  trop  resserrées;  dans 
les  autres,  planter  des  arbres,  qui  offriraient  aux  habitants 
des  promenades  agréables  près  de  leurs  demeures.  Mais  ce 
projet  ne  pourra  être  mis  en  exécution  que  dans  un  temps 
très-éloigné.  Il  est  de  la  plus  grande  importance  que  le 
Gouvernement  ne  permette  Texhumation  des  cadavres  en- 
tassés dans  les  anciens  cimetières,  qu'après  un  laps  de  temps 
assez  considérable  pour  en  avoir  opéré  la  destruction  totale. 
Un  demi-siècle  suffit  quelquefois  à  peine  pour  consommer 
les  corps  morts.  Lorsqu'on  veut  tenter  plus  tôt  de  les  exhu- 
mer, que  de  précautions  ne  doit-on  pas  prendre  pour  préve- 
nir les  effets  pernicieux  qui  peuvent  résulter  de  ces  exhalai- 
sons délétères  !  L'explosion  réitérée  de  la  poudre  à  canon 
entassée  dans  des  boites,  des  mortiers  ou  autres  machines  de 
ce  genre  ;  la  détonation  de  la  poudre  fulminante  ;  des  tran- 
chées faites  dans  les  cimetières,  et  dans  lesquelles  on  ré- 
pand de  la  chaux  vive^  sont,  comme  tout  le  monde  sait,  les 
moyens  les  plus  sûrs  d'empêcher  les  poisons  subtils,  répan- 
dus dans  l'atmosphère  pendant  les  exhumations,  de  pénétrer 
dans  la  substance  intime  des  organes  tendres  et  délicats  des 
corps  animés,  où  ils  porteraient  infailliblement  des  prin- 
cipes de  destruction  toujours  dangereux  et  souvent  mortels. 

T.  XXXTU.  12 


178  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE  TROUS. 

Sur  le  bord  d'une  des  divisions  de  la  Seine,  à  Test  de k 
Tille,  dans  un  quartier  qui  n'est  occupé  que  pardesjarii, 
et  où  l'air  de  la  campagne  domine^  on  a  conslniit  di^é 
quelques  années  des  bains  qui  ne  pouTaieDlétresitoêspli 
avantageusement.  Une  maison  agréable,  iMen  disinboee, 
ornée  d'un  beau  jardin,  réunit  tout  ce  que  peufeot  jésk 
les  baigneurs  qui  s'y  rendent  pour  leur  santé  ou  leurs  ;ii- 
sirs.  Les  chambres  sont  distribuées  de  manière  que  b  bu- 
gnoire,  située  dans  un  petit  cabinet,  est  entièrement tcB- 
fermée  et  garantie  de  toutes  parts  de  l'air  edérieur.  Dm 
robinets  aboutissent  à  chaque  baignoire.  L'unfouniitlea 
chaude  et  l'autre  la  froide,  pour  tempérer  le  bain  à  h  ^i- 
lonté  de  celui  qui  en  use.  Une  alcôve,  pratiquée  à  côtédefi 
cabinet,  offre  un  lit  à  ceux  qui,  sortit  de  l'eau,  cra^ 
d'être  saisis  par  le  grand  air.  Il  y  a  une  chambre  parte- 
lière  pour  la  douche,  et  une  autre  destinée  pour  Id  m 
secs  et  les  bains  de  vapeur.  Jamais  le  même  baio  ne  sst 
plus  d'une  fois;  et  même,  la  personne  baignée  peulcbnjff 
son  eau  plusieurs  fois,  sans  sortir  de  la  baignoire.  Une t«- 
ture  commode  est  continuellement  employée  à  aller  diOTiff 
les  baigneurs  et  à  les  reconduire  chez  eux.  Lepriimodip 
de  ces  bains  les  met  à  la  portée  de  toutes  les  classes  des  o- 
toyens.  Par  ce  nouvel  établissement,  la  médecine  a  tu  wf 
la  plus  grande  satisfaction  multiplier  ses  moyens  de  guénr 

Il  y  a  plusieurs  hôpitaux  à  Troyes  :  une  Renfement^ 
les  pauvres  valides  et  invalides  de  l'un  et  de  Taulrc  «wi 
plusieurs  maisons  pour  les  enfants  orphelins,  où  les  gir^ 
sont  occupés  à  la  fabrique  des  bas  au  métier,  et  lesnlr' 
la  filature  de  coton;  enfin  un  hôpital  destiné  à  receroir» 
pauvres  pendant  leurs  maladies,  et  connu  sous  le  ^ 
d'Hôtel- Dieu-le-Comte.  C'est  celui-ci  qui  doit  piinciinl^ 
ment  nous  occuper: 

On  place  sa  fondation  par  Henri  le  Large,  con*  * 
Champagne,  vers  l'an  H49.  Au  commenceracDl  dç  * 
siècle,  les  bâtiments  menaçant  ruine,  les  directeurs  fn^ 


J 


TOPOGRAPHIE   MiDIGALB   DB   TROYBS.  179 

la  résolution  de  les  faire  reconstruire  ;  mais  on  n'y  mit  la 
main  qu'en  1733,  et  ils  ne  furent  achetés  que  plus  de 
vingt  ans  après.  Cet  hôpilal  est  un  des  plus  beaux  qu'on 
puisse  voir  en  France,  si  l'on  n'a  égard  qu'à  l'architecture  et 
la  décoration  de  l'édifice.  11  est  situé  à  peu  près  au  centre 
de  la  ville,  entre  deux  rues  assez  spacieuses.  Sa  principale 
façade  et  ses  portes  d'entrée  sont  au  nord.  Au  sud,  il  est 
masqué  par  le  palais,  où  résidaient  les  comtes  de  Cham- 
pagne, et  par  une  église  coUégiale  dont  ils  sont  aussi  les  fon- 
dateurs; mais  ces  édifices  sont  séparés  de  THôtel-Dieu  par 
une  place  assez  grande  pour  qu'aucun  obstacle  n'empêche 
la  circulation  de  l'air.  A  l'ouest,  ses  murs  sont  baignés  par 
un  bras  de  la  Seine  qui  coule  rapidement  dans  la  direction 
du  sud  au  nord.  A  l'est,  il  est  contigu  aux  maisons  adja- 
centes. On  entre  dans  cet  hôpital  par  une  vaste  cour  carrée 
qui  sépare  les  deux  ailes  de  l'édifice,  et  qui  est  fermée  du 
côté  de  la  rue  par  une  grille  du  plus  beau  travail,  de 
104  pieds  de  longueur  sur  37  de  hauteur.  A  droite,  on 
trouve  Téglise  composée  de  deux  chapelles  :  l'une,  infé- 
rieure, où  on  expose  les  morts  et  qui  sert  au  public;  Tau- 
tre,  supérieure,  où  se  fait  l'office  divin  pour  les  religieuses. 
La  pharmacie  avec  un  petit  jardin  botanique,  la  buanderie, 
la  boucherie  et  autres  offices  donnent  tous  d'un  côté  sur 
une  petite  cour  particulière,  et  de  l'autre  sur  la  rivière.  La 
pharmacie  est  remarquable,  tant  par  sa  grandeur,  sa  pro- 
preté, que  par  les  aisances  et  sa  situation  avantageuse.  A 
gauche,  sont  différents  appartements  destinés  aux  reli- 
gieuses. Au  fond  de  la  cour,  dans  le  bâtiment  qui  est  en 
face,  on  trouve  les  cuisines,  le  logement  des  incurables, 
l'appartement  de  l'économe,  et  une  salle  pour  les  taillés.  A 
chacun  des  angles  qui  unit  ce  corps-de-logis  aux  ailes,  est 
un  escalier  qui  conduit  aux  salles  des  malades  :  celle  des 
hommes  occupe  tout  le  premier  étage  du  bâtiment  qui  est 
en  face,  et  se  prolonge  de  l'ouest  à  Test.  On  y  entre  par 
deux  portes  placées  à  chacune  des  extrémités,  et  du  côté  du 


180  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE    DE    TBOTES. 

8ud.  Elle  est  éclairée  par  douze  croisées  placées  eo  oppoi 
lion  :  les  unes  du  côté  du  nord  sur  la  cour,  les  antres  k 
côté  du  midi  sur  le  jardin.  Elle  a  enTÎron  cent  TÎiigtpeè 
de  longueur  sur  trente  de  largeur  et  dix-huit  de  lûote; 
on  y  a  placé  cinquante  lits.  A  Tune  des  extrémités  de  ceik 
salle  sont  un  autel  entouré  d*une  balustrade  et  une  »entit 
A  Vautre  extrémité  qui  regarde  roccident,  est  un  TesAà 
qui  sert  à  déposer  le  bouillon  et  la  tisane  ;  enfin,  un  cm^, 
où  sont  placées  les  latrines.  On  a  pris  quelques  précantÎH 
pour  empêcher  leurs  exhalaisons  de  pénéir^  dan  b 
salles;  on  pourrait  perfectionner  ces  moyens  quisont^ 
suffisants,  en  fermant  hermétiquement  les  lunettes  i  k  b»- 
nière  anglaise.  Dans  Tangle  de  la  salle,  à  cette  mèroeeilri 
mité,  est  une  chambre  qui  communique  arec  la  gnai 
salle,  et  qui  était  autrefois  destinée  à  receyoir  ceux  ^ 
payaient  vingt  sols  par  jour,  ou  des  ecclésastiques,  & 
autres  personnes  honnêtes.  Depuis  quelques  années,  A 
sert  à  déposer  les  bardes  des  pauvres  qui  entrent  à  Yïtàl^ 
Dieu;  Todetir  qui  s'exhale  de  ce  lieu  pénètre  dans  la sA 
des  malades,  et  contribue  à  en  altérer  Tair.  La  saDe  es 
femmes  occupe  le  premier  étage  de  Taile  gauche  et  se  pro- 
longe du  sud  au  nord.  On  y  entre  par  une  seule  porte  <p 
regarde  le  nord.  Elle  a  environ  soixante  et  dix  pieds  (k  lo^^ 
vingt  de  large  et  dix-huit  de  haut.  Elle  est  éclairée  par  aft 
croisé  s,  dont  cinq  s'ouvrent  sur  la  grande  cour,  do  c^ 
de  Fouest,  et  les  deux  autres  à  son  extrémité  du  côté  à 
nord.  Cette  salle  contient  quarante  lits.  Elle  est  édiadKe 
en  hiver  par  un  poêle,  ainsi  que  la  salle  des  honunes,  c^  s 
pareillement  à  une  de  ses  extrémités  un  autel  entooré  d'os 
balustrade.  Elle  communique  du  côté  du  nord  à  une  peât 
salle  où  il  y  a  six  lits,  qui  étaient  autrefois  consacrés  «a 
femmes  prêtes  d'accoucher  ;  mais,  depuis  quelque  toifs. 
elles  n'y  sont  plus  reçues  qu'après  leurs  couches.  EBe  e^ 
éclairée  par  deux  fenêtres  ouvertes  sur  la  rue,  du  ci^^ 
nord,  et  est  échauffée  par  une  cheminée.  Auboot  deedk 


TOPOGRAPHIE   MÉDICALB   DB   TROYBS.  181 

seconde  salle  sont  les  fosses  d'aisances  pour  les  femmes  :  elles 
regardent  Test  et  offrent  les  mêmes  inconvénients  que  celles 
des  hommes.  A  certaine  distance  de  chacune  des  deux 
grandes  salles  que  nous  avons  décrites,  il  y  a  de  petites 
chambres  où  Ton  place  ceux  qui  paient  trois  livres  douze 
sols  par  jour,  et  où,  dans  certaines  circonstances,  on  pourrait 
isoler  ceux  qui  seraient  attaqués  de  maladies  contagieuses. 
Mais  on  n'a  point  donné  à  ces  salles  toute  la  salubrité  dont 
elles  auraient  besoin.  Les  convalescents  trouvent  une  pro- 
menade agréable  et  un  abri  commode  sur  une  terrasse 
élevée  de  vingt  pieds  du  rez-de-chaussée,  du  côté  du  midi, 
et  plantée  d'arbres. 

Les  lits  ont  trois  pieds  et  demi  de  large  et  sont  séparés 
les  uns  des  autres  par  un  intervalle  de  deux  pieds  ;  ils  sont 
garnis  d'une  paillasse,  d'un  matebs  et  de  deux  couvertures. 
Les  rideaux  sont  de  serge  pour  l'hiver  et  de  toile  blanche 
pour  l'été.  Les  malades  sont  en  tout  temps  couchés  deux 
ensemble,  souvent  trois,  et  même  quelquefois  on  est 
obligé  d'en  placer  sur  des  hts  de  sangle  au  milieu  des 
salles.  Le  désir  de  secourir  un  plus  gnmd  nombre  de  mal- 
heureux les  lait  ainsi  presser  les  uns  à  côte  des  autres;  mais 
de  l'entassement  d'une  telle  multitude  de  malades,  dans  un 
espace  resserré,  il  résulte  nécessairement  les  effets  le?  plus 
pernicieux.  L'air  est  tellement  corrompu  que  les  maladies 
putrides-malignes  semblent  être  devenues  endémiques  dans 
cette  maison.  On  a  tenté  de  le  purifier,  des  ventouses  ont 
été  placées  dans  chaque  salle  pour  le  rendre  plus  actif;  mais 
ces  moyens  sont  insuffisants,  le  mal  ne  cessera  que  quand 
on  aura  construit  une  nouvelle  salle  au-dessus  de  celle  des 
hommes,  où  les  convalescents  trouveront  le  prompt  réta*- 
blissement  de  leur  santé  chancelante,  et  qui  sera  une  res- 
source précieuse  pour  les  maladies  qui  ne  peuvent  que' 
s'aigrir  et  devenir  incurables  dan§  un  air  chargé  des  exha- 
laisons les  plus  délétères.  Comme  ce  projet  entraînera  des 
dépenses  qui  paraissent  devoir  en  retarder  encore  longtemps 


182  TOPOGRâPHIB   MftDICALB   DE  TftOTIS. 

l'exécution,  et  seront  peut-être  même  an  obstacle  in- 
montable,  j'ayais  proposé  un  moyen  pea  dispeD&Dit 
secourir  chez  eux  une  partie  des  indigents  dans  korsiA* 
dies;  leur  nombre  diminuerait  à  THôteUDieu,  3  dmk 
possible  de  les  coucher  seuls  ;  les  secours  qui  les  y  aHirs 
ne  seraient  plus  un  appât  trompeur  et  funeste,  fip 
*  quelles  sont  les  raisons  qui  ont  empêché  Tadmiiiisiala 
d'adopter  ce  plan  de  réforme,  qui  a  étégoàtédeha 
partie  des  citoyens. 

Les  malades  sont  tenus  assez  proprement;  tooskslis 
heures  on  distribue  du  bouillon  à  ceux  qui  sontàlaifa^; 
sur  les  dix  heures  du  matin,  les  convdescents  ool  k  i 
soupe,  du  pain,  du  vin  et  de  la  viande;  àdeoibeomtc 
leur  donne  pour  collation  des  pruneaux  ou  qudquesiÉe 
fruits  cuits;  à  cinq  heures,  ils  soupent  de  riz  ou  à fi^ 
ques  viandes  bouillies.  Il  existe  dans  cette  distrikiiofii 
abus  qu'on  ne  peut  trop  se  hâter  de  réformer.  La  rI- 
gieuse  chargée  de  cet  office  décide  elle-même  delà qiiS' 
tité  d'aliments  que  doit  manger  chaque  malade  et  conii 
souvent  des  erreurs  funestes;  il  serait  à  désirer  qoeki» 
decin  fixât  lui-même  le  régime  de  chaque  malade,  coiii 
cela  se  pratique  ailleurs,  et  qu'on  exécutât  scropuleowDtf 
ses  ordonnances.  L'eau  dont  on  fait  usage  vient  d'uo  p^ 
de  la  maison  qui  est  sur  un  banc  de  terre  argileuse;  eie«s 
de  la  même  qualité  que  celle  des  puits  du  quartier  bas,  û^ 
nous  avons  donné  l'analyse.  Il  y  a  pour  officiers  de  ssfe 
deux  médecins  qui  exercent  tour  à  tour  leurs  fondions  p 
dantsix  mois  consécutifs,  un  chirurgien  en  chef  et  on  «* 
cond  chirurgien.  Le  médecin  fait  deux  visites  p»  P 
l'apothicaire  réside  à  l'hôpital;  le  service  de  la  maK«i'^ 
confié  à  douze  religieuses  de  l'ordre  de  Saint-Aog* 
L'administration  est  composée  de  vingt-trois  direct 
dont  l'évêque,  le  vicaire  du  grand-aumônier;  lelienteD^ 
général  du  baiUiage,  celui  de  police,  le  procureur  *  «^ 
sont  perpétuels;  les  autres,  qui  cRangent  tous  les  ans  f«f 


T0P06RAPBIB   MftDI€AlJ5   DE   TR0TB8.  183 

moitié,  au  vingt-cinq  mars,  sont  deux  du  clergé,  deux 
du  bailliage  et  présidial,  deux  de  l'élection,  un  avocat,  un 
procureur,  dix  des  principaux  notables  bourgeois  et  un 
trésorier  qu'on  nomme  de  deux  en  deux  ans.  Ils  s'assem- 
blent deux  fois  la  semaine. 

On  ne  reçoit  à  cet  hôpital  que  les  malades  qui  demeu- 
rent dans  l'enceinte  de  la  ville  ;  les  enfants  avant  l'âge  de 
sept  ans  en  sont  exclus  ;  les  soldats  qui  vont  en  semestre  ou 
qui  rejoignent  leurs  régiments  y  sont  admis.  Parmi  ceux 
qui  ont  droit  à  cet  hôpital^  toutes  sortes  de  malades,  ex- 
cepté les  galeux  et  les  vénériens,  y  ont  accès;  il  y  a  outre 
cela  quatre  places  de  fondées  pour  des  pauvres  attaqués  de 
maladies  incurables  et  non  contagieuses;  ils  doivent  être 
choisis  dans  la  ville  et  sont  nommés  par  l'évèque,  le  doyen 
et  le  théologal. 

Eq  tous  temps,  à  toutes  les  heures  du  jour  et  de  la  nuit, 
sans  question,  sans  formalité,  on  reçoit  tous  les  enfimts 
nouveau-nés  qu'on  présente  à  cet  hôpital.  Il  était  autrefois 
d'usage  de  les  envoyer  à  Paris,  au  dépôt  général  ;  mais 
depuis  qu'on  a  reconnu  les  inconvénients  qui  résultaient 
de  ce  transport  et  le  nombre  des  victimes  qu'il  occasion- 
nait, on  les  met  en  nourrice  dans  les  villages  des  environs, 
et  radmini>tration  pourvoit  à  leur  entretien. 

Troyes,  pour  la  population,  peut  se  diviser  en  : 

Enfants  au-dessous  de  douze  ans 10,500 

Célibataires  au-dessus  de  douze  ans 8,500 

Gens  mariés 12,700 

Hommes  veufs 894 

Femmes  veuves 1 ,588 

34,182 


« 


iB4 


TdfMKÀPifc  KéttirÊÂih  M'itfotM. 


itAt  Htm  KÉîiBàmséu,  Itart»,  Martages  -des  Parciamai 
lA  Ttlle  «t  Faubourg*  de  noyés,  dépote  l^^rs  Jnqa'a 
1-988'  InùIuMrement. 


b3 


2 
< 


1779 
1780 
1781 
1782 
1783 


Total . 


Année 
DU>;eqai 


NAISSANCES 


6AII(0N1 


590 
629 
723 
677 
598 
,590 


3,807 


634 


nv 


riLLES 


653 

667 

641 

622 

617 

591 


3,791 


632 


TOTAL 


1,243 
1,296 
1,364 
1,299 
1,215 
1,181 


7,598 


1,266 


«s 


319 
320 

290 
249 
232 
214 


1,624 


270 


MORTS 


■OHHBS 


505 
836 
540 
508 
517 
552 


3,458 


576 


453 
845 
559 
630 
592 
573 


1^ 


3,552    7,010 


S92 


I 


1  . 


\ 


Il  résulte  de  ce  tableau  qu'en  1 778  et  1 779  il  est  né  ceot 
Iles  de^  p}us  que  cb'jgf  rçons,  ^  que  les  quatre  années  m- 
antes  ont  donné  un  excédant  de  il 7  garçons ^  excéto 
qûî  rapproché  n'atteint  pas  la  "pfopôfSon  générale,  laqudp 
e9(  €;i;^,^rwciQ4#fil&,garcx^nfi,jsur  ii$,  Cites.  Cette  taUepié- 
semte  enpo^e  i|n^,iporltalité  e^ctra^rifinaûre  em  1779,  causée 
par  la  petite-vérole  qui  cette  année  enLsva  sept  à  huit  ceûb 
personnes.  On  voit  aussi  que  le  nombre  des  naissances  est 
assez  con^taïQmcnt  lie  même.  Son  rapport  avec  la  popuUtioc 
étant  dans  les  villes  du  2*"*  et  3"'  ordre  de  1  à  27  et  à  28, 
c'est-à-dire  le  nombre  des  habitants  étant  27  fois  plus  gnoJ 
que  celui  des  naissances,  nous  pouvons,  d'après  le  releié 
moyen  des  baptêmes  de  chaque  paroisse,  calculer  aussi  leor 
population  respective. 


TOPOGBAPfllK  VtmCALB  DE   IHOTIS. 


185 


BXUSVt  des  Naissanoes  des  différentes  Pareisses  de  la 
Ville  dont  on  a  ftdt  une  année  moyenne  de  1778  h  1788 
inclusivement,  et  auquel  on  a  ajouté  proportionnelle- 
ment les  98  naissances  de  rELôtel-Dieu. 


PAROISSES 


Sainte-Madeleine 

Saint-Nizier 

Saint-Jacques  . . 
Saint-Nicolas — 
Saint-Pantaléon 

Saint-Jean 

Saint-Denis 

Saint-Frobert — 
Saint-Remi  .... 
Saint-Âventin . . . 
Saint-Sauveur. . . 
Sainte-Savine . . . 

Saint-Giires 

Saint-Martin  . . . . 

Total 


MARIAGES 


20 
41 
17 
14 
18 
63 
11 

6 
36 
11 

3 
12 

5 
13 


270 


NAISSANCES 


86 
2SS 

98 
62 
87 

296 
43 
23 

131 
73 
4 
29 
15 
62 


1.266 


PAROISSIENS 


2,322 

6,885 

2,646 

1,674 

2,349 

7,99i 

1,161 

621 

3,537 

2,025 

108 

783 

405 

1,674 


34,182 


Si  l'on  calcule  la  population  par  les  mariages  dont  le 
*apport  est  en  France  de  1  à  126,  on  aura  pour  les  270 
nariages  34,020  habitants. 

Ces  difiërents  résultats,  appliqués  aux  principales  villes  du 
'oyaume,  donnent  à  Troyes  la  1 7*  place  par  ordre  de  popu- 
ation,  comme  on  le  voit  par  la  table  suivante  : 


136 


TQffMMNW  JiiMCAUl  JUMnonS; 


TABLEAU  des  Naissances  dans  les  principales  viBâ  é 
chaçue  généralité,  dont  on  a  formé  une 
jna^ennejpn  1776j.. 


2 
3 

4 

5 

6 

7 

8 

9 
10 
4i 
42 
43 
44 
45 

tu- 

47 
4g 
49 
20 
24 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 
29 
30 
84 
32 


Paris 

LyoD 

Marseille 

Bordeaux 

Rouea 

Lille 

Nantes 

Meu 

Toulouse 

Nîmes 

Strasbourg 

Amiens 

Orléans 

Versailles 

Rennes 

■Nancy 

Troyes 

Gaen 

Reims 

Angers 

Clermont 

Aix 

Toulon 

Montpellier 

Saint-Etienne 

Besançon 

Dunkerque 

Brest 

Bourges 

Limoges 

Grenoble 

Tours 


PR0TINCI8 


Kttss&iCB  unoB 


[le-de-France 
«yonoais 
Provence 
Guyenoe 
Normandie 
Flandre 
Bretagne 
Lorraine 
Languedoc 
Languedoc 
Alsace 
Picardie 
Orléanais 
Ile-de-France 
Bretagne 
Lorrame 
Cbampa^Dp 
Nortnianaiè 
Champagne 
Anjou 
Auvergne 
Provence 
Provence 
Languedoc 
Forêt 

FntBche^Ionté 
Flandre 
Bretagne 
Berry 
Limousin 
Dauphiné 
Touraine 


MPOfiRJiraïk'lIÊOtCAlJl "DB  «ROVBS. 


•187 


OEDBB 

• 

1  1-1 

de 

TILLIS 

PBOYINCKS 

NAISSANCKS 

HAUTDITS 

nnuTun 

35 

Valencieoaes 

Flandre 

.     ,  754 

.,  193S8 

36 

DijOQ 

Bourgogne 

743 

49251 

37 

Dieppe 

Normandie 

697 

.48799 

39 

Abbeville 

Picardie 

678 

48309 

42 

Sedan 

Champagne 

637 

47499 

43 

Le  Hâvre-de-Grâce 

Normandie 

625 

J687! 

44 

Saint-Màlo 

Bretagne 

•   *  '625 

4687Î 

45 

Lunéville 

Lorraine 

62^ 

,46821 

49 

La  Rochelle 

Aunis 

583 

45744 

50 

Lorient 

Bretagne 

568 

4533d 

59 

Âlençon 

Normandie 

542 

43824 

62 

Thiers 

Auvergne 

,  494 

432511 
42744 

64 

Laval 

Le  Maine 

472 

69 

Gh&lona 

Champagne 
Picardie 

439 

.44853 
4460q 

74 

Beauvais 

430 

75 

St-Germain-eo-Laye 

Ile-de-Prancc 

447 

44579 

76 

Verdun 

Lorraine 

404 

,4434é 

80 

Bar-lc-Duc 

Lorraine 

388 

4047( 

84 

Auxerre 

Bourgogne 

380 

4026( 

95 

Sens 

Champagne 

337 

.  .9999 

402 

Langres 

Champagne 

K       307 

828d 

,  1 

^^  *y. 


Etat  de  la  population  sous  les  trois  derniers  siècles. 


Aonèet  Habittnts 

En  4450 60000 

4540 55000 

4594 45000 

4650 42000 

4706 22000 

4733 30000 

4762 23000 

Dans  les  23  années  suivantes,  la  population  a  augmenté  d'un 
tiers,  ce  qui  la  porte  en 

4785,  à  environ 34000 


188  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE    DB   TROTBS. 

«'''I  -  i  in,i       .}i|      M \,/      i       'w         *     - 

On  remarque  que  depuis  1700  elle  a  soÎTi  à  peoprs 
la  tnème  gradation  que  dans  tout  le  reste  du  royaume*  So« 
le  règne  de  Louis  XTV,  on  contait  18,000,000  dliabitaBls 
dans  le  royaume.  Aujourd'hui  on  1  évalue,  d'après  les  nou- 
velles recherches,  à  23,000,000. 

Les  différentes  tables  fondées  pour  connaître  les  is»- 
tions  et  les  rapports  de  la  population  de  Troyes  nous  jm%- 
sentent  les  résultats  suivants  :    ,  '  . 

1*'  RÉSULTAT.  — *  La  population  se  soutient,  J'^^is  les 
résultats,  à  Troyes  par  le  secours  des  étrangers  qm  s'y  éb- 
biissent,  et  dont  le  nombre  Remporte  sur  celui  4|oe  les  émî- 
gratloQS  et  les  enrôlements  nous  enlèvent.  Car,  aux  1,1M 
morts,  année  commime,  ajoutez  ^26  poi^r  le  quart  des  en- 
fants qui  meurent  en  nourrice,  vousfiurèz  i»393,  nond^e 
qui  'et<^ède  de  beaucopp  celt^j  des  naissances.  L'insalabrité 
de  Tair,  la  misère  du  peuple  parmi  lequel  il  pént  f>eaoooi9 


d'enfants,  entretiennent  cette  mortalité,  tandis  ôue  Siak 
adtre  côté  le  goût  du' luxiè  et  la  cherté  des'  denrées  qv 
de  jouj*  en  jour  ront  redouter  le  ménage  et  reodeirt 
très-ùombreuse  ta  classe  4è^  célibataires.   ' 

'2"**  RÉSULTAT.  —  l)èux  marîages  à  Troyes  donnent  ncqf 
enfants.  Si  on  éompare  les  baptéiiîes  de  la  naroisse  de  k 
Madeieme  avec  ceux  de  Saint-Jacqn^s  et  d^  Samt-Niae', 
on  aura  encore  une  preuve  bien  frappante  de  TîniDoence  èa 
luxe  sur  la  population.  Dans  la  première  de  ces  paroisses, 
qui  est  composée  de  gens  aisés,  mais  à  qui  le  goût  du  hue 
fait  craindre  une  nombreuse  famille,  un  mariage  ne  donne 
que  quatre  enfants  ;  dans  les  deux  autres,  peuplées  de  pain 
vres,  il  en  donne  cinq. 

3"*  RÉSULTAT.  —  La  paroisse  Sainte-Savine  (qui  n'est 
pas  riche)  est  celle  qui,  malgré  sa  position  dans  un  t^rak 
sec  et  élevé,  donne  le  moins  d'enfants,  eu  égard  au  nomke 
des  mariages,  et  où  le  nombre  des  morts  excède  beaoooif 
celui  des  naissances.  Le  résultat  de  cette  paroisse  semble 
d'abord  contredire  les  assertions  précédentes  ;  mais  Imo  ^ 


TOPOGKAPHIE    MÉDICALE    Dl   1R0TES.  189 

es  délrnire,  elle. servira  pluliCtt  à  çn  prouver  Ja  justesse,  sj 
'on  observe  qqe  cette  paroUse  est  àa^^/:eliii  i|es.Taubot)rgf 
lù  on  n)et  le  plus  d'eni^pts  à  n9i^'ce,'ce  qui  augmente  1^ 
lombre  des  morts  et  dîminiie  ^el^i  d^;  naissances,  L'Iaté^êt 
it  la  natifre  s' opposant,  comme  on  le  ^s^if ,  à  la  çopceptjon 
:bez  tes  nourrices  qui  allaitent  ordii^iremcnl  tro^  enfant; 
le  suite. 

4"'  BÈsiiLTAT.  —  La  populalioQ  à  Trpyes  a  suivi  sensible- 
nent  depuis  plusieurs  siècles  Véiaf.  au  comiperce  ^\  des 
lilîérentes  fabriques  sans  lesquelles  cette  ville,  perdrait  l^s 
leui  tiers  àe  ses  habitants;  presqu  aucun  des  grands  pro- 
iriélaires  des  tQrres  qui  l'avoisinent  ne  résidant  à  Trçyes, 
es  revenus  Considérables  des  duchés,  comtés,  seigneuries, 
lomaincs,  abbayes  et  Torél?  qui  l'entoureat  ^  cini]  et  six 
ieues,  vont  se  coosommer  à  Paps,  d'où  ils  ne,  r^vienpeD|t 
jue  par  le  cpiiimerce,.  , 

5**  RÈSDLTAT.  —  ^t'es  ^nanufac^u 
ment  «icore  lès  Iroi^  yuart^  du  n(^i 
suivant  lin  r&le  fait  au  mojs  de  mar 
b  fabrique  de  toiles  de  coton,  futaii 
deux  mlDe  deux  cent  quaraate,  no 
bonneterie  qjiî  vont  à  plus  ^e,  iroi^  ci 
évaluer  à  huit  U  nombre  d^ouvrjers  i 
d'un  métier',  c'est  donc  18  à'^o'.O^b 
la  fabrique,  ûr,  ce  nombre  compose 
de  la  saine  population  dons  laquell 
compris  les  vieillards  et  les  enfants  au-dessous  de  buit  ans. 

6"  liSDLTAT.  —  Par  une  suite  nécessaire  des  deux  ré- 
sultats précédents,  le  peuple  souffre  plus,  lorsque  le  .com- 
merce languit  iiue  quand  le  pain  hausse  de  prix;  et  une 
diminulion  subite  de  vingt  sols  par  livre  dans  h  filature  de 
colon,  ou  dans  la  main-d'œuvre  du  fabricant,  influera. plus 
sur  la  classe  nombreuse  et  indigente  du  peuple,  .qu'une 
augmentation  de  trente  sols  par  boisseau  de  blé.  Dans,  lee 
temps  de  révolution,  où  la  fabrique  est  interrompue  et  la 


190'  TOPOGVAPHHI'  lÉBIMCALt   0B   ttOTK^. 

filature  presque  nulle,  on  voit  sensiblement  doubler  le 
nombre  des  malades  à  l'Hôtel-Dieu,  et  des  familles  entières 
passer  dans  les  provinces  voisines. 

7"*  BÉsuETAT.  -^-^  Le  terme  moyen  de  la  vie  à  Troyes  est 
de  26  ans  ;  on  peut  espérer  cependant  que  ce  terme  sera 
plus  long,  désormais,  le  dessèchement  du  marais  de  Mon- 
Her-^la- Celle  rendant  Fair  plus  salubre. 

8^*  R&scLTAT.  — Les  mois  de  novembre,  décembre  et 
janvier  sont  les  plus  favorables  à  la  conception;  les  mois 
d^août,  septembre  et  octoibre  donnant  année  conmiune  un 
quart  plus  de  naissance  qpe  les  autres. 

O"*  RtscLTAT.  —  Les  mois  de  janvier,  avril,  mars  et 
décembre  sont  les  plus  mortels,  et  les  mois  de  juillet,  sep- 
teiid)re  et  août  les  plus  salubres. 

10^'  RÉSULTAT.  ^^  Le  nombre  des  habitants  pour  une 
Ueue  carrée  étant  de  872,  à  5  arpents  3/8  par  habitants,  il 
faudra. environ  190,000  arpents  pour  les  différentes  con- 
sommations de  Troyes  et  de  ses  faubourgs. 

11*^  iiifc8iH.TAT.  — Le  nombre  des  habitants  par  maison, 
évalué  à  Paris  à  25,  à  Lyon  20,  et  5  dans  tout  le  royaume, 
est  à  Troyes  de  8  dans  la  ville  et  de  5  à  6  dans  les  fau- 
bourgs. . 

1 2"'  RÉSULTAT.  —  Le  rapport  des  ecclésiastiques  à  la  po- 
pulation ^iii  en  France  est  de  1  à  121,  n*est  à  Troyes  que 
de  1  à  160. 

13""  RÉSULTAT.  —  Le  rapport  de  Troyes  à  Paris  est  pour 
les  naissances  de  1  à  1 5  et  demi;  celui  des  mariages  de  1  à 
1 7  et  demi  ;  des  morts  de  1  à  1 8  ;  celui  des  consommations 
de  1  à  20  ou  22.  11  se  consomme  ici,  année  commune, 
2,464  bœufs,  9,205  veaux,  26,211  moutons. 

14"^'  BT  DERNIER  RÉSULTAT.  — -  Troycs  enfin  fait  la  18* 
partie  de  Paris,  la  658*  partie  du  royaume,  la  6,000'  partie 
de  l'Europe  et  la  37,000*  partie  du  globe. 

Le  vrai  troyen  est  firanc,  peu  souple,  arrêté  dans  ses  sen- 


T0P06IUPHW  HiBICALK   DB   TROTEflb  191 

timents.  Son  e^rit,  plus  ingénu  que  délie,  moins  brillant 
que  solide,  est  capaUe  de  tout  ce  qui  demande  une  certaine 
application.  Sa  principale  occupation  est  le  commerce,  et  il 
le  fait  bien.  Ceux  qui  s'adonnent  aux  arts  et  aux  sciences  s^y 
distinguent.  Troyes  a  donné  le  jour  à  un  grand  nombre 
d'hoiTunes  illustres.  Parmi  ceux  dont  les  talents  et  le  mérite 
ont  brillé  avec  plus  d'éclat.,  il  suffit  de  nommer  Urbain  IV, 
qui  de  la  naissance  la  plus  infime  s'est  élevé  au  souiverain 
pontificat;  les  illustres  frères  Pithou,  Boucherat,  Mignard^ 
Girardon,  etc.  Sans  avoir  besoin  de  l'appui  de  ces  grands 
noms  pour  prouver  Pinjualice  du  proverbe  que  des  mé^ 
ch{mts,  ou  des  gens  jaloux  de  nos  succès  ont  appliqué  à 
notre  natioi^,,  notre  pompnerce  florissant,  nos  arts  en  vl« 
gueiir,  nos  progrès  dans  toutes  les  sciences  suffisent  pont 
confondre  nos  détrictcura,  et  faire  rejaillir  sur  ^eux  le  ridi^ 
cule  dpnt  11$  voudraient  nous  couvrir.    - 

Des  mœurs  douces,  des  passions  peu  vives  et  bien  téglées 
sont  une  preuve  de  l'an^our  da  troyen  pour  la  tvie  tranquille. 
Les  plaisirs  de  la  table  sont  ceux  auxquels  il  se  livre  te 
plus  volontiers  ;  ils  sont  ici  très-vifs  et  très-^reoberchés. 

Le  peig)le  est  bon,  mais  grossier;  il  seiraît  peut-être. plus- 
laborieux,  si  le  prix  modique  du  vin  ne  le  retenait  les  farois 
qua^  de  la  semaine  dans  les  cabarets.. 

Les  Troyens  sont  d'une  taille  médiocre  ;  ils  ont  la  fibre 
molle  et  lâche,  aussi  sont-ils  plus  gras  que  maigres,  beau- 
coup même  sont  d'un  embonpoint  excessif;  leur  teint  est 
assez  coloré  ;  il  ne  se  fait  en  eux,  par  l'organe  de  la  peau, 
qu'une  excrétion  peu  abondante;  ils  ont  le  ventre  plutôt  trop 
libre  que  serré.  Les  urines  sont  peu  hautes  en  couleur;  ils 
paraissent  être  généralement  d'un  tempérament  sanguin- 
pituiteux  que  l'flge  et  le  régime  modifient  de  diverses  ma- 
nières. 

Les  femmes,  sans  être  belles,  sont  en  général  d'une 
figure  agréable  ;  elles  ont  le  teint  blanc;  la  couleur  de  leurs 
cheveux  est  noire  ;  si  beaucoup  sont  contrefaites ,  on  doit 


192  TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE   TROTBS. 

s'en  prendre  à  Tusage  où  sont  encore  ici  les  înères  de  presser 
les  membres  tendres  et  délicats  de  leurs  enfants  dsois  des 
corsets  de  baleine  ;  elles  sont  très-sédentaires  et  se  livrent 
peu  aux  plaisirs  de  la  danse  et  aux  autres  divertissements. 

11  existe  une  grande  différence  dans  la  manière  de  vivre 
des  différentes  classes  de  citoyens  relativement  à  leur  état 
et  à  leur  fortune;  les  riches  ici,  comme  partout  ailleurs, 
couvrent  leurs  tables  des  mets  les  plus  recherchés  et  des 
vins  que  fournissent  les  autres  provinces  et  les  pays  étran- 
gers; ils  digèrent  autour  d'une  table  de  jeu  et  passent  le 
reste  du  jour  dans  une  molle  indolence  :  les  gens  aisés  se 
contentent  de  ce  qu'on  appelle  l'ordinaire  bourgeois,  qui 
consiste  en  bœuf  bouiUi,  en  légumes  cuits  au  beurre,  eu 
avec  diverses  sortes  de  viandes,  en  ragoûts  ou  rôtis.  Asseï 
souvent  on  y  ajoute  de  la  cochonaille  qui  est  excellente  à 
Troyes.  Ik  boivent  de  ce  vin  de  pineau  dont  j'ai  parlé, 
qu'ils  recueillent  et  font  eux-mêmes.  Il  n'en  est  pas  ainsi 
de  la  partie  la  plus  nombreuse  des  citoyens,  d'autant  plus 
malheureuse  que  les  denrées  sont  très-chères  ;  du  pain 
bis,  rarement  de  pur  froment,  le  plus  souvent  mêlé  de 
seigle,  ou  d'orge,  quelque  fois  trempé  dans  de  l'eau,  à  la- 
quelle ils  ajoutent  quelque  peu  d'une  mauvaise  huile,  des 
légumes,  tels  que  les  choux,  les  navets,  les  haricots,  les  pois 
secs,  cuits  tout  simplement  à  l'eau,  sont  la  nourriture  du 
peuple  ;  il  boit  de  l'eau  des  puits  et  de  ce  gros  vin  de  gouet 
dont  il  fait  un  usage  plus  immodéré  que  réglé  bien  en- 
tendu. Les  gens  de  la  campagne  vivent  moins  mal  ;  ils  trou- 
vent autour  de  leurs  chaumières  des  ressources  dont  man- 
quent les  pauvres  artisans  de  nos  villes.  On  ne  boit  point 
régulièrement  ici  de  cidre,  ni  de  bière,  mais  tous  les  ou- 
vriers prennent  de  l'eau-de-vie  avant  que  de  commencer 
leur  journée  ;  plusieurs  meurent  de  bonne  heure,  victimes 
de  l'abus  qu'ils  font  de  cette  liqlieur,  dont  les  effets  perni- 
cieux seraient  encore  plus  communs  sans  la  constitution 
humide  de  notre  atmosphère. 


TOPOGRAPHIE    MÊDICAIE    DE   TROYE$.  198 

Ce  détail  des  lieux,  des  eaux,  de  Tair,  du  ierop<^rament 
et  des  mœurs  des  habitants  de  Troyes  doit  sufGre  à  tout 
médecin  judicieux,  pénétré  des  principes  d'Hypocrate,  pour 
dccouTrir  quelles  sont  leurs  maladies  dominantes.  Un  air 
humide,  froid,  altéré  par  des  miasmes  putrides;  des  eaux 
dures,  pesantes,  impures  qui  passent  difficilement  par  les 
premières  \oies;  une  fibre  molle  et  lâche;  des  aliments  pris 
avec  excès  et  altérés  par  Fassaisonnement  comme  chez  les 
riches;  des  nourritures  grossières  et  malfaisantes,  telles  que 
sont  celles  du  peuple,  doivent  nécessairement  déterminer  h 
dépravation  putride  des  humeurs  et  la  suppression  de  trans^ 
piration  ;  aussi  est-ce  à  l'action  de  ces  deux  causes  combi-^ 
nées,  ou  séparées,  que  nous  attribuons  les  maladies  qui 
régnent  ordinairement  dans  celte  ville  et  ses  environs.  Un 
diversité  des  caractères  qu'elles  prennent,  des  symptômes 
qui  les  accompagnent,  dépend  des  saisons  où  ellea  se  déclai- 
rent,  des  variations  qu'éprouve  latmosphèreii  des  vents 
qui  dominent. 

Lorsque  l'hiver  est  humide  et  pluvieux,  oonune  il  arrive 
le  plus  souvent,  les  maladies  ont  un  caractère  catarrbal  ;  on 
voit  régner  alors  les  rhumes,  les  fluxions  sur  les  dents,  les 
rhumatismes  chroniques,  les  douleurs  de  goutte.  Il  faut 
rappeler  la  transpiration  par  l'usage  des  boissons  délayantes 
prises  en  grande  quantité,  et  surtout  aider  à  la  nature  dans 
les  évacuations  qu'elle  sollicite  par  les  selles. 

Si  le  froid  est  vif  et  sec,  on  observe  des  péripneumonies, 
des  pleurésies,  des  hépatities,  des  inflammations  de  tout 
genre,  qui  ne  sont  cependant  pas  toujours  essentielles;  rare- 
ment est-il  nécessaire  de  faire  plus  de  deux  ou  trois  saignées. 
L'émétique,  dès  le  comixiencement,  est  absolument  indis- 
pensable ;  les  nausées,  le  vomissement  l'indiquent  assez.  On 
entretient  le  ventre  libre  en  aiguisant  les  boissons  d'un  grain 
d'émétique,en  donnant  des  la\ements  légèrement  laxatifs,  et 
en  appliquant  des  herbes  émollientes  sur  le  bas-ventre.  Ce 
traitement  a  coutume  de  rappeler  le  calme  dans  l'économie 

T.  XXXTU.  13 


i94  TOPOGRAPHIE    MÉDICALE    DE   TROYES. 

animale.  La  diminution  de  la  fiè\Te,  la  cessation  de  la  dou- 
leur amènent  la  résolution.  C'est  alors  que,  dans  les  maladies 
de  poitrine,  il  faut  le  plus  souvent  solliciter  Texpectoration 
par  des  bechiques  un  peu  actifs,  tels  que  le  kermès  minéral, 
Toximel  scillitiqno.  Lorsqu'on  ne  peut  obtenir  Texcrétion 
de  la  matière  morbifique,  engorgée  dans  les  poumons,  on  se 
hâte  d'appliquer  aux  deux  jambes  des  emplâtres-yésicatoi- 
res  ;  ils  procurent  ordinairement  une  révulsion  prompte  et 
avantageuse  ;  j'ai  obtenu  les  plus  grands  succès  dans  les 
(luxions  de  poitrine  qui  ont  régné  pendant  les  hivers  de 
1784  et  1785  d'un  large  emplâtre- vésicatoire  appliqué  de 
bonne  heure  sur  le  côté  souffrant. 

L'apoplexie,  assez  commune  en  tout  temps,  fait  ses  plus 
grands  ravages  pendant  l'hiver.  Très-souvent  elle  emporte 
le  malade  avant  qu'il  ait  pu  être  secouru.  Si  on  a  le  temps 
de  lui  administrer  les  remèdes  que  les  circonstances  exigent, 
il  échappe  à  la  mort,  mais  rarement  à  la  paralysie.  Dans  ce 
cas,  les  eaux  de  Bourbonne,  pendant  trois  ou  quatre  saisons, 
sont  toujours  suivies  de  succès.  Chez  les  riches,  les  plaisirs 
de  la  table,  l'abus  des  vins  étrangers,  des  liqueurs,  et  Yoi- 
siveté  ;  chez  le  peuple,  les  aliments  grossiers,  la  mauvaise 
qualité  de  ce  vin  tartareux  qu'il  boit;  l'excès  immodéré  qu'il 
en  fait  ;  chez  tous,  une  fibre  molle,  lâche,  souvent  lîn  em- 
bonpoint excessif,  sont  les  causes  qui  rendent  l'apoplexie 
si  fréquente. 

Le  printemps,  qui  ordinairement  est  froid  et  rigoureux, 
ne  fait  point  disparaître  ces  maladies;  elles  ne  font  guère 
moins  de  ravages  pendant  les  mois  de  mars  et  d'avril  qu'ai 
décembre  et  janvier.  Si  cependant,  par  hasard,  cette  saison 
est  douce,  les  alternatives  de  froid  et  de  chaud,  qu'il  ne  peut 
manquer  d'y  avoir,  ramènent  les  maladies  catarrhales.  Pen- 
dant les  mois  de  mai  et  de  juin,  les  fièvres  cohtiniies,  les 
érysipèles,  les  angines,  sont  les  maladies  dominantes.  Quel- 
quefois elles  se  déclarent  par  des  symptômes  d'inflammatioo 
que  font  promptement  disparaître  les  saignées  et  Kusage  des 


TOPOGRAPHIE   MÉDICALE   DE   TROYES.  195 

i 

antiphlogistiques  ;  mais  bientôt  Tamertume  de  la  bouche, 
la  langue  chargée,  les  déjections  bilieuses  dénotent  le  vrai 
caractère  delà  maladie.  On  donne  l'émétique,  on  met  le 
malade  à  l'usage  des  boissons  tempérantes  outrées,  et  on 
termine  la  cure  par  quelques  purgatifs. 

L'été  est  ordinairement  le  temps  le  plus  salubre  de  toute 
Tannée.  Les  maladies  semblent  en  juillet  faire  une  trêve 
qui  se  prolonge  jusqu'à  la  fin  de  septembre.  Mais  si  ces 
mois  sont  très-chauds,  el  si  surtout  la  sécheresse  est  grande, 
il  en  arrive  autrement.  Les  humeurs,  épaissies  par  la  dissi- 
pation de  leurs  parties  les  plus  fluides,  s'altèrent.  La  bile 
s'exalte,  devient  acrimonieuse  ;  les  solides  sont  desséchés. 
On  voit  paraître  alors  les  synoques  biheuses,  les  fièvres  ar- 
dentes, les  fièvres  malignes,  les  dyssenteries.  Toutes  ces  ma- 
ladies sont  putrides  ;  leur  intensité,  leur  fréquence  sont  en 
raison  de  la  sécheresse.  Le  pouls  est  plein,  la  peau  est  aride, 
la  fièvre  ardente,  les  urines  sont  rouges,  enflammées,  tout 
semble  indiquer  la  saignée  ;  mais  ces  symptômes  sont  trom- 
peurs ;  elle  ne  tarderait  pas  à  être  suivie  de  la  prostration 
des  forces,  de  l'affaissement  du  pouls  et  de  tous  les  signes 
avant-coureurs  de  la  mort.  Il  faut,  dès  le  commencement 
de  la  maladie,  se  hâter  de  débarrasser  l'estomac  des  matières 
bilieuses  qui  le  surchargent,  ensuite  tempérer  la  chaleur  du 
sang  et  combattre  la  putridité  par  des  boissons  nitrées,  aci- 
dulées, humectantes,  desjuleps,  des  émulsions  tempérantes. 
Malgré  ce  traitement  méthodique,  en  vain  attendrait-on  de 
la  nature  quelques  crises  favorables  ;  point  d'expectorations, 
point  de  sueurs^  point  de  cours  de  ventre.  Les  urines  res- 
tent constamment  ou  crues  ou  enflammées,  et  ne  présentent 
aucun  signe  de  coction.  La  nature  languissante  fait  des  efforts 
impuissants  pour  se  débarrasser  de  la  matière  morbifique 
qui  l'opprime.  C'est  à  l'art  à  y  suppléer  par  des  secours 
bien  administrés  ;  ce  n'est  qu'après  avoir,  par  un  long 
usage  des  délayants,  des  humectants,  détendu  les  solides, 
facilité  la  coction  qu'on  peuir  passer  aux  évacuants.  Tels 


196  TOPOGRAPHIE    MÉDICALE    DE    TBOYES. 

sont  les  seuls  moyens  capables  d'arracher  à  la  iliort  ceux 
qui  sont  alteints  de  ces  maladies  toujours  très-dangereuses. 
On  voit  quelquefois,  dès  ce  temps,  les  fièvres  intermittentes 
commencer  à  paraître  ;  mais  la  saison  où  elles  dominent  est 
l'automne.  Les  tierces  sont  les  plus  fréquentes.  Les  quartes 
sont  aussi  assez  communes  :  il  y  en  a  peu  où  Ton  soit  obligé 
de  recourir  à  la  saignée  ;  toutes  exigent  qu'on  fasse  vomir. 
Quelques-unes  cèdent  à  Tipécacuanha  ;  mais  il  est  nécessaire 
de  le  répéter  plusieurs  Jois,  lorsque  les  forces  et  la  constitu- 
tion du  malade  le  permettent.  D'autres,  et  c'est  le  plus 
grand  nombre,  ne  disparaissent  qu'après  un  long  usage  des 
purgatifs  et  des  apéritifs  amers  et  satins.  Le  quinquina  ne 
réussit  que  très-rarement  et  seulement  uni  aux  purgatifs. 
Le  plus  souvent  il  détermine  les  obstructions  des  viscères, 
les  stases,  les  engorgements  lymphatiques,  les  bydropisies, 
maladies  très-communes  ici  ;  toutes  les  affections  morbî- 
fiques  qui  reconnaissent  pour  cause  la  faiblesse  et  la  laxité 
des  solides  ne  doivent-elles  pas,  en  effet,  être  endémiques 
dans  un  climat  humide,  et  chez  des  sujets  dont  la  fibre  est 
molle  et  sans  ressort?  Lorsqu'il  n'y  a  point  de  squirrhositës 
et  qu'elles  ne  sont  point  invétérées,  ou  qu'elles  n'attaquent 
que  des  tempéraments  jeunes  et  robustes,  ces  maladies 
cèdent  aux  délayants,  aux  apéritifs,  aux  fondants,  aux  mino- 
ratifs,  aux  eaux  de  Pion. bières,  en  un  mot  à  tous  les  re- 
mèdes qui  peuvent,  selon  les  circonstances,  rétablir  la  trans- 
piration ou  dépurer  la  masse  des  humeurs  ;  ce  qui  prouve 
que  les  deux  causes  que  nous  avons  invoquées,  la  suppres- 
sion de  transpiration  et  la  dépravation  putride  des  humeurs, 
n'agissent  pas  avec  moins  d'énergie  dans  les  maladies  chro- 
niques que  dans  les  aiguës. 

Les  maladies  nerveuses,  ailleurs,  n'affligent  guère  que 
les  riches;  mais  ici,  où  les  affections  de  l'âme  ont  moins 
d'influence  dans  cette  maladie  que  la  constitution  de  l'at- 
mosphère, elles  attaquent  indistinctement  tous  les  .ordres 
des  citoyens.  Nos  corps  étant  investis  de  brouillards,  il  sem- 


TOPOGRAPHIE    MEDICALE    DE   TROYES.  197 

blerait  au  promier  coup-d'œil  que  le  relâchement  des  so- 
lides, la  dégénération  des  humeurs  devraient  être  la  cause 
principale  des  maladies  nerveuses.  L'expérience  nous  ap- 
prend le  contraire.  Malgré  les  impressions  d*un  air  toujours 
hiunide,  les  nerfs  se  portent  à  un  degré  de  tension,  de  rigi- 
dité, de  spasme  des  plus  violents.  Serait-ce  que  les  vapeurs 
hétérogènes  putrides,  dont  notre  atmosphère  est  infecté, 
agaçant  le  système  nerveux,  auraient  plus  d'action  sur  lui 
que  rhumidité,  medicis  hœc  sagacioribus  discutiendal 
Quoi  qu'il  en  soit,  Tâcreté  des  humeurs^  la  sécheresse  de  la 
fibre,  l'inflammation  de  la  bile,  sont  les  symptômes  qui  ac- 
compagnent nos  maladies  hypocondriaques,  hystériques  et 
convulsives.  On  ne  guérit  qu'en  relâchant.  Les  meilleurs, 
ou  plutôt  les  seuls  bons  remèdes,  sont  L*s  bains  tièdes, 
froids,  multipliés,  des  quantités  presque  effrayantes  de  bois- 
sons purement  aqueuses.  Toutes  celles  qui  ne  sont  pas  in- 
sipides nuisent.  La  méthode  de  Pomme,  en  un  mot, 
triomphe  ici. 

Il  est  un  grand  nombre  de  familles,  surtout  parmi  le 
peuple,  infectées  du  virus  scrofuleux.  Chez  les  enfants,  il  se 
manifeste .  par  des  engorgements  aux  glandes  du  col,  des 
ophtalmies,  des  aegilops,  des  fistules  lacrymales  et  autres 
maladies  des  yeux  ;  le  racbitis,  le  spinavetitosa  en  empor- 
tent beaucoup  au  berceau.  Chez  les  adultes^  les  uns 
ressentent  des  douleurs  vagues  et  aiguës  dans  toutes  les 
articulations,  d'autres  sont  couverts  de  dartres  vives,  ron- 
geantes. Lorsq  le  ces  maladies  ne  sont  dues  qu'à  la  suppres- 
sion de  transpiration,  à  l'usage  de  nos  mauvaises  eaux  de 
puits,  aux  nourritures  grossières,  les  apéritifs,  les  incisifs, 
les  sudorifiques  en  triomphent  aisément.  Mais,  lorsqu'elles 
sont  combinées  avec  la  dépravation  putride  des  humeurs, 
notamment  avec  celle  qui  résulte  du  virus  syphilitique,  alors 
ces  maladies  sont  des  plus  rebelles.  On  ne  vient  à  bout  de 
guérir  ou  de  soulager  ceux  qui  en  sont  atteints,  qu'en  admi. 
'nistrant  avec  précaution  les  mercuriaux.  Ces  affections,  au- 


198  TOPOGRAPHIE   MÉDIGALB   DE   TROTES. 

trefois  rares,  se  sont  encore  maltipliées  depuis  que  le  mal 
vénérien  s^est  plus  répandu.  Nos  prédécesseurs  ont  obserré, 
ainsi  que  nous,  que  les  maladies  étaient  beaucoup  plus 
conmuines  dans  les  années  où  il  y  avait  abondance  de  vin. 
Elles  ont  presque  toutes  alors  un  caractère  d'inflammation, 
et  il  est  nécessaire  d'insister  sur  les  saignées  et  plus  que 
dans  d'autres  temps. 

La  rougeole  et  la  petite-vérole  ne  sont  ici  guère  moins 
contagieuses  et  moins  meurtrières  qu'ailleurs,  malgré  l'hu- 
midité de  notre  atmosphère  qui  semblerait  devoir  nous  en 
préserver  ;  mais  c'est  surtout  dans  les  années  de  chaleur  et 
de  sécheresse  qu'elles  causent  leurs  plus  grands  ravages.  Ces 
maladies  se  propageraient  moins,  si  ceux  qui  en  sont  atteints 
étaient  exclus  de  la  société  jusqu'à  leur  parfaite  guérison. 
Rien  n'est  plus  commun,  dans  les  temps  où  la  petite-vé- 
role règne 9  que  de  rencontrer  dans  les  rues  et  les  lieux  pu- 
blics des  enfants  couverts  de  croûtes  varioliques,  ou  quel- 
quefob  même  de  pustules  à  peine  en  suppuration.  De  sages 
règlements,  à  Tinstar  de  plusieurs  autres  grandes  villes  de 
France,  pourraient  réformer  cet  abus.  Que  ne  peut-on 
aussi  facilement  détruire  le  préjugé  du  peuple  qui  ne  veut 
admettre  que  des  cordiaux,  dans  le  traitement  de  ces  ma- 
ladies !  Une  prévention  mal  fondée  et  l'éloigné  ment  naturel 
que  le  troyen  a  pour  toute  innovation,  l'empêche  de  cher- 
cher dans  l'inoculation  un  préservatif  avoué  par  la  ndson, 
confirmé  par  l'expérience,  permis  et  autorisé  même  par  la 
religion. 

On  ne  connaît  guère  ici  les  maladies  pestilentielles.  De- 
puis 1632,  le  pays  n'a  point  été  en  proie  à  ce  fléau. 

Cette  portion  si  intéressante  de  la  société,  ces  êtres  for- 
més pour  le  bonheur  de  l'honrune  et  qui,  malgré  leur  fai- 
blesse, n'ont  en  partage  que  les  incommodités  et  les  dou- 
leurs, en  échange  des  plaisirs  qu'ils  nous  font  goûter^  les 
fenmies  semblent  être  sujettes  ici,  encore  plus  qu'ailleurs, 
à  toutes  les  infirmités  attachées  à  leur  sexe.  La  constitution 


T0P0GH4PH1E    MÉDICALE    DE   TB0YE8.  199 

dç  Tatmo^phère,  le  tempérament,  le  genre  de  vie  qu'elles 
mènent,  un  sang  épais,  trop  de  lenteur  dans  les  fluides, 
trop  de  faiblesse  dans  les  solides,  semblent  se  réunir  chez 
elles  pour  retarder  et  rendre  difficile  l'éruption  du  flux  pé- 
riodique. Devenues  nubiles  après  mille  accidents,  de  fré- 
quentes suppressions  entretiennent  les  maux  de  tète,  les 
embarras  de  poitrine,  les  afiections  hystériques,  le  chlorosis, 
la  cachexie.  On  parvient  à  donner  au  sang  plus  de  fluidité,  à 
le  pousser  avec  plus  de  force  contre  les  couloirs,  en  adminis- 
trant les  atténuants  et  les  apéritifs.  Il  est  cependant  prudent 
de  commencer  le  traitement  par  Tusage  des  délayants,  des 
humectants;  Teau  de  poulet,  de  veau,  le  petit  lait  chalybé, 
les  bains  tièdes,  les  demi-bains.  On  passe  enëuite  aux 
martiaux,  tels  que  le  tartre  soluble,  le  safran,  Tœthiops. 
On  peut  employer  sans  danger  les  gommes  emménagogues, 
le  galbauum,  le  sagapenum,  la  gomme  ammoniac  ;  les 
eaux  thermales  de  Balaruc,  de  Bourbonne  conviennent 
quand  il  ne  s'agit  plus  que  de  fortifier  Testomac  et  de  réta- 
bUr  les  digestions.  Les  plaisirs,  les  divertissements,  les 
exercices  du  corps,  les  fréquentes  promenades  à  cheval,  en 
voiture,  doivent  être  conseillés  préférablement  à  tout  autre 
remède,  lorsque  les  circonstances  le  permettent.  Le  mariage 
guérit  encore  plus  sûrement;  il  est  ordinairement  suivi 
d*une  heureuse  fécondité.  Il  y  aurait  rarement  des  couches 
fâcheuses,  sans  Timpéritie  des  matrones.  C'est  vers  Tâge  de 
42  à  45  ans  que  commence  à  s'éteindre  l'aptitude  à  conce- 
voir. Peu  de  femmes  voient  arriver  ce  terme  sans  avoir  à 
redouter  les  maladies  les  plus  graves,  parmi  lesquelles  les 
pertes  de  sang,  les  cancers,  sont  les  plus  fréquentes. 

Il  est  encore  une  affection  morbifîque  presque  univer- 
selle, ce  sont  les  fleurs  blanches.  Il  n'est  pas  rare  de  trouver 
des  jeunes  fiUes  chez  lesquelles  cet  écoulement  précède  de 
plusieurs  années  l'éruption  du  flux  périodique.  Cliez  les 
unes  le  virus  scrofuleux  ;  chez  d'autres,  les  nourritures 
grossières,  les  fréquentes  suppressions  ;  chez  la  plus  grande 


200  TOPOCMlAPHffi   WkDIQMJI    DB  TROfiBSt. 

partie^  la  coastitution  de  Tatmoephere,  aimt  les  causes  tox- 
quellet  oa  doit  rapporter  cette  maladie.  Elle  dégénère  quoi-* 
quefois  en  ulcère  de  la  matrice,  en  pertes  conttottelles»  el 
c'est  seulement  alors  que  les  tristes  victimes  de  ces  infir«- 
mités  se  soumettent  à  un  traitement. 

Telles  sont  les  maladies  généralement  observée^  à  Troyes, 
qui  dépendent  de  la  situation  du  sol»  des  eaux  de  cette 
ville,  de  l'air  qu'on  y  respire,  et  auxquelles  sont  exposées 
tontes  les  classes  des  citoyens,  soumises  aux  mêmes  agents 
physiqqes.  Nous  observons  parmi  les  ouvriers  employés  à  la 
fabrique  des  toiles  et  des  bas  au  métier,  qui  forment  la 
partie  la  plus  nombreuse  du  peuple,  d'autres  maladies  aux- 
quelles donnent  naissance  les  métiers  qu'ils  exercent. 

Les  tisserands  passent  leur  vie  dans  des  caves  qui  leur 
servent  d'atoliers;  la  nuit  ils  se  retirent  dans  des  chambres 
malpropres,  peu  aérées  où  toute  une  famille  mange,  dort  ; 
l'air  extérieur  qui  y  pénètre  est  chargé  d'exhalaisons  délé- 
tères. Depuis  un  temps  immémorial,  ces  artisans,  qui 
habitent  tous  le  même  quartier,  sont  en  possession  du  droit 
de  déposer  leurs  excréments  devant  leurs  portes,  sans 
qu'ai^cuoe  ordonnance  de  police  ait  encore  pu  le  leur 
enlever.  La  difficulté  de  creuser  des  lieux  privés  dans  leurs 
maisons,  sous  lesquelles  s'étendent  leurs  ateliers,  contribuent 
autant  que  lear  malpropreté  et  l'exemple  de  leurs  aïeux, 
qui  est  pour  eux  de  la  plus  grande  force,  à  entretenir  cet 
abus.  Ils  ont  tous  le  teint  livide,  plombé.  Leurs  maladies 
les  plus  conununes  senties  fièvres  putrides,  les  rhumatismes 
chroniques,  les  tumeurs  froides,  le  scorbut,  les  fièvres  in- 
termittentes qui  se  terminent  par  des  obstructions  de  vis- 
cères, l'hydropisie  et  la  mort.  En  renouvelant  souvent 
l'air  de  leurs  ateliers,  en  entretenant  une  plus  grande  pro- 
preté dans  leurs  maisons  et  leur  quartier,  en  changeant  leur 
manière  de  se  vétir^  qui  ne  les  défend  pas  assez  contre  l'hu- 
midité de  leurs  caves,  ces  artisans  se  mettraient  à  Tabri  de 
bien  des  maux.  Leurs  femmes  et  une  infinité   d'autres, 


TOFOGRAPHnS   MÉDtOALB   DE  TlOfTBg.  201 

occupées  à  la  filature  du  coton,  sont  exposées  à  tontes  les 
maladies  qu'entraînent  après  eux  les  arts  sédentaires.  Outre 
cela,  les  nourritures  grossières  et  malfaisantes,  et  Tnsage 
des  mauvaises  eaux  de  puits,  rendent  parmi  elles  le  goitre 
très-commun.  Dans  son  commencement,  il  peut  se  guérir; 
invétéré,  il  acquiert  une  grosseur  énorme  et  devient  incu- 
rable. Les  mouvements  violents  et  réitérés  par  lesquels  les 
bonnetiers  font  jouer  leurs  métiers,  portent  le  trouble  dans 
les  fonctions  de  la  poitrine,  y  causent  de  Tembarras  dans  la 
circulation  du  sang.  De  là,  les  maux  de  côté,  les  oppres- 
sions, les  crachements  de  sang  et  les  autres  maladies  de 
poitrine  qui  enlèvent  la  plupart  de  ces  artisans  à  la  fleur 
de  Tâge.  Heureux  ceux  qui  n'ont  qu'à  se  plaindre  de  fré- 
quentes lassitudes  dans  les  bras  et  les  jambes,  douleurs 
occasionnées  par  Teffort  des  solides  !  Pour  éviter  une  mort 
prématurée  ou  des  inGrmités  encore  plus  à  redouter,  ces 
ouvriers  ne  devraient  travailler  que  cinq  ou  six  heures  par 
jour,  faire  usage  de  temps  en  temps  de  tisane  de  lin  ou 
de  guimauve,  et  surtout  éviter  les  liqueurs  et  les  débauches 
qui  leur  sont  extrêmement  funestes. 

Ce  sont  principalement  ces  différents  artisans  qui  peu- 
plent THôtel-Dieu,  etsur  qui  lesmaladies  putrides-malignes,  si 
communes  dans  cette  maison,  exercent  leurs  ravages.  Une 
simple  indisposition  les  force-t-elle  de  suspendre  leurs  tra- 
vaux? privés  de  tout  secours,  ils  sont  contraints  de  se  retirer 
à  rhôpital.  A  peine  ont-ils  respiré  Fair  qui  y  règne  que, 
par  une  suite  inévit^ible  de  la  contagion,  la  maladie  la  plus 
simple  dans  ses  principes  y  acquiert  des  complications 
graves.  Le  pouls  devient  dur,  le  visage  enflammé,  les  yeux 
abattus,  larmoyants,  la  peau  très-aride,  la  langue  se  charge 
d'un  limon  blanchâtre,  le  ventre  sans  être  tendu  est  un  peu 
douloureux,  les  évacuations  par  les  selles  sont  extrêmement 
rares,  la  prostration  des  forces  et  Tasiioupissement  sont  con- 
sidérables, la  déglutition  se  fiit  difficilement,  la  respiration 
est  très- gênée;  la  maladie  fait  des  progrès  rapides.  Vers  le 


20&  W^MOAIWE.  MâlMGUB  ^B   TRONES. 

quatpfse,  te  pouls  devient  irrégulier,  mauvais,  déprimé  ;  les 
mowreiDeiits  convulfifs  sout  trèsr sensibles;  et  bientôt  la 
iQorl  frapper  sa  victime.  Chez  ces  malades,  la  tendance  des 
kupieuTB  à  Itgiputiddité,  k  genre  d^  vie  qu'ils  ont  coatmne 
de  meigierf  proscrivent  la  saignée.  L*émétique  en  ktvaga,  et 
même  répété  plusieurs  fois^  est  absolument  nécessaire*  D 
&ut  combattre'  la  putridité  ei  solliciter  les  éviacuations  par 
les  boisstns  acidulées,  les  lavements,  l'eau  rougie  émétisée. 
Ce  dernier  remède  convient  surtout  à  ces  sortes  de  malades, 
dont.  If^  constitution  est  presque  toujours  épuisée,  Leavési- 
oatoire&  doivent  être  appliqués  de  bonne  heure  aux  jamb^ 
ci  mémo  aux  cuisses. 

Quelques  cheyaux,  des  ânes  ou  mulets,  des  bœufs,  des 
des.  vaches,  de  nombreux  troupeaux  de  moutons,  beaucoup 
de  cochons  :  tels  sont  nos  bestiaux.  La  plupart  des  bétes  à 
cornes  sont  employées  au  labourage  et  à  traîner  les  chariots 
qpiinous  apportent  les  denrées  de  la  campagne  à  la  ^le; 
ces  travaux  lei  occupent  la  majeure  partie  du  jour.  C'est  ici 
surtout  que  les  propriétaires  des  bestiaux  retiraient  de  granfls 
avaptages  de  la  cuHuve  plus  générais  des  pommes  de  terre 
et  df  s  .navels,  ou  turneps.  Beau/çoup  de  cantons  n'ofirent 
$fa*\x\i  terrain  maigre,  léger,  peu  propre  à  d'autres  produc- 
tions, mais  dans  lequel  ces  différentes  espèces  de  plantes  à 
racine  pivotante  réussiraient  à  merveille.  L'avoine  pourrait 
encore  être  remplacée  par  la  paille  hachée,  comme  on  le 
pratique  en  Allemagne  et  dans  beaucoup  de  provinces  de 
France;  les  chevaux  s'en  nourriraient  volontiers,  et  leur 
rareté,  entretenue  par  la  seule  cherté  des  fourrages,  n'ai^ 
rait  plus  lieu.  L'usage  une  fois  adopté  de  former  des  prairies 
artificielles  ou  luzernes,  etc.,  comme  nous  l'avons  dit  plus 
haut,  contribuerait  encore  à  ramener  l'abondance. 

On  ne  fait  point  parquer  les  moutons.  Cette  manière  éco- 
nomique d'engraisser  les  terres,  et  d'ajouter  un  degré  à  la 
beauté  de  la  laine^  n'est  cependant  point  à  négligi^r  dans  oo 


fÔPOÛRAPrilE   IfiDtCALB  DE   TÉÔTfc^.  203 

pays  couvert  de  nombreux  troupeaux,  qui  fout  Une  de  ses 
richesses,  et  où  la  terre,  en  plusieurs  endroits,  ne  rapporte 
qu'à  force  d*engraîs  Irès-Coûteùx.  ' 

Les  bestiaux,  en  général,  sont  rarement  miiadeé.  Les 
bétes  à  cornes  o^t  quelquefois  des  suppressiotis'dé  tràtispi^ 
ration,  appelée  vulgairement  refroidissure.  On  leur  fait 
prendre  une  forte  décoction  de  sabine  d^ms  du  gros  tin,  on 
les  couvre  avec  soin;  elles  suent,  et  sont  guéries.  EUes  sont 
encore  sujettes  à  de  petites  tuiileurs  sur  le  dos,  élître  les 
épaules  et  les  hanches.  La  manière  dont  on  les  traite  me 
porte  à  croire  qu'elles  ne  sont  que  l'effet  de  la  piqûre  de 
quelques  insectes  qui  déposent  leurs  œufs  sur  le  dos  dé  ces 
animaux.  Lorque  en  palpant  leur  cuir,  ceux  qui  les  soignent 
sentent  quelques  corps  étrangers,  ils  font  urie  inidisioi^  qui 
donne  issue  à  des  grains  glanduleux  et  à  quelques  gouttes  de 
sang.  Le  sel  est  le  seul  topique  qu'on  applique  après  Topé- 
ration.  Il  survient  encore  quelquefois  aux  bêtes  à  cornes  des 
bubons,  que  le  paysan  appelle  antra.  Il  faut  se  hâter  de  sda- 
rifier  et  de  faire  suppurer  ces  tumeurs  qui  font  pérîi*  l'ani- 
mal dans  vingt-quatre  heures,  lorsqu^îl  n'est  pas  secouru  à 
temps.  Les  moutons,  qui  séjournent  dans  les  lieux  bas  ètinlEi- 
récageux  de  la  plaine ,  sont  quelquefois  sujets  aux  tuber- 
cules du  poumon  et  à  la  phthisie  ;  mais,  en  général,  des 
animaux  jouissent  d'une  santé  constante. 


Troyes,  7  mars  4786. 


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L'ASSEMBLÉE  D'ÉLECTION 


BAR-SUR-AUBE 


PAR  M.   ALBERT   BABEAU 
Itaiibr»  rétidaat. 


L'étude  des  assemblées  administratives  établies  en  France 
à  la  suite  de  TAsseniblée  des  notables  de  1787  présente  un 
double  intérêt;  elle  nous  fait  assister  à  la  transition  du 
régime  ancien  au  régime  nouveau  inauguré  par  la  Révolu- 
tion  ;  elle  nous  fait  connaître  sur  la  situation  des  provinces 
et  des  localités  des  détails  qui  sont  restés  inédits,  ou  dont 
la  tradition  tend  à  s'effacer  tous  les  jours.  Aussi  croyons- 
nous  qu*il  n'est  pas  sans  utilité  d'étudier,  à  côté  des  actes  et 
des  travaux  de  l'Assemblée  d'élection  de  Troyes,  dont  nous 
avons  précédemment  parlé,  les  actes  et  les  travaux  de 
l'Assemblée  d'élection  et  du  Bureau  intermédiaire  de  Bar- 
sur-Aube  ;  on  y  trouvera  le  même  amour  du  bien  public,  le 
même  dévouement  aux  intérêts  généraux,  et  à  défaut  d'une 
assiduité  égale  aux  travaux  purement  administratifs,  un 
souci  plus  vif  des  réformes  et  des  améliorations  néces- 
saires. 

L'élection,  dont  Bar-sur-Aube  était  le  chef-lieu^  et  à 


206        l'issembléb  d'êiection  pe  bar-slr-aubi. 

laquelle  on  donna  en  1 788  le  titre  de  département,  n'était 
pas  une  des  moins  importantes  de  la  généralité  de  Cham- 
pagœ^  Elle  contenait  cent  quatre-tingt^inq  Tillefi,* bourgs, 
yillages  et  hameaux,  et  63,000  habitants  environ.  En  i  787, 
elle  fiit  divisée  en  six  arrondissements  :  Bar-sur-Aube, 
Brienne,  Vendeuvre,  La  Perte,  Soulaines  et  Gyé.  Les  pro- 
ductions de  leurs  territoires  (1)  étaient  différentes  comme 
les  moeurs,  raisaoce  et  TinteUigence  des  habitants.  La  cul- 
ture de  la  vigne  dominait  dans  l'arrondissement  de  Bar- 
sur-Aube  et  dans  une  partie  de  celui  de  Gyé.  Ceux  qui  s'y 
livraient  étaient  actifs  et  laborieux;  mais  ils  étaient  pauvres. 
«  Aux  environs  de  Bar^uiv-Aid»e^  disent  les  procureurs- 
syndics  de  Télection,  le  voisinage  de  la  ville  avait  introduit 
dans  les  paroisses  un  genre  de  luxe  inconnu  dans  les  pa> 
roisses  plus  éloignées,  et  l'usage  trop  facile  du  vin,  en 
excluant  la  sobriété,  privait  les  habitants  des  campagnes  du 
moyen  le  plus  sûr  de  faire  naître  Taisance  au  sein  de  leur 
vie  domestique  (2).»  Dans  les  vallées  delà  Seine  et  deTOurce 
les  vignerons,  plus  sobres  et  plus  énergiques,  étaient  acca- 
blés pair  les  impôts* 

Les  cultivateurs  de  l'élection  de  Bar-sur-Aube  parais- 
saient plus  heureux.  Ghaource  et  les  villages  environnants, 
qui  faisaieqt  partie  de  Tarrondissement  de  Gyé,  renfer- 
maient les. habitants  les  plus  forts  et  les  plus  laJborieux  du 
départemetit,  i  C'est  là  qu'on  retrouve  encore  avec  plaisir, 
disent  les  procureurs-syndics,  des  mœurs  *|et  un  costume 
antiques,  et  que  l'homme  des  champs  paraît  moins  dissipé 
de  sa  simple  et  précieuse  destination.  »  Cette  partie  du 


(4)  Le9  procureurs-syndics  évaluent  en  1788  les  ^iffér^ts  genres 
de  culture  de  Télection,  ainsi  qu'il  suit  :  jardins  et  chenneTÎères, 
2,292  arpents;  terres,  195,441;  vignes,  15,5i3;  prés,  14,977;  boit, 
91,300. 

(2).  Rapport  des  procureurs-syndics.  Procès-verbal  des  séances  de 
rassemblée  du  département  de  Bar-sur- Aube  tenues  au  mois  d'oc- 
tobre 1788.  Ardi.  de  l'Aube  G.  2319. 


l'assemblée    d'élection    de   BAB-SVII-'AIIBÉ.  807 

déparleihebt  mai^quait  absolument  de  routes  et  de  débdli- 
chés,  et  Cependant  les  impôts  s'y  payaient  avec  facilité.  Il 
n'en  était  pas  de  même  dans  Tarrondissemeiit  de  Vendeuvre, 
malgré  l'importance  de  ses  exploitations  agricoles  et  le 
nombre  de  ses  voies  de  communication.  L'arrondissement 
le  plus  pauvre  était  celui  de  La  Ferté  ;  il  était  en  grande 
partie  couvert  de  bois,  et  quoiqu'il  renfermât  quatre  forges 
en  pleine  activité,  le  commerce  y  était  nul.  Les  impôts'plus 
que  partout  ailleurs  pesaient  sur  les  habitants. 

Les  procureurs-syndics  que  nous  avons  pris  pour  guides 
font  un  triste  tableau  de  la  situation  de  cet  arrondissement. 
H  Mais  à  travers  les  ronces  de  l'administration,  disent-ils 
dans  ce  style  imagé  qu'on  rencontre  fréquemment  dans  les 
écrits  officiels  de  Tépoque,  à  travers  les  ronces  de  l'admi- 
nistration^ on  trouve  aussi  quelques  sentiers  fleuris,  et  c'en 
est  un  qui  nous  reste  à  parcourir  en  pariant  de  Farrondis* 
sèment  de  Soulaines.  La  terre  y  est  riche,  et  y  produit  ces 
blés  de  Bar-sur-Aube,  toujours^  plus  chers  que  ceux  des 
autres  pays.  L'habitant  y  est  plus  aisé;  son  éducation  est 
plus  soignée  qu'ailleurs,  et  il  se  répand  jusqu'à  son  atté^ 
rieur  des  nuances  de  politesse  qui  le  font  distinguer.  »  Il 
n'y  avait  qu'une  ombre  au  tableau;  c'était  l'état*  du  chef- 
lieu.  Les  habitants  s'y  livraient  à  des  genres  de  commerce 
où  ils  réussissaient  rarement,  et  consacraient  à  Texercice 
d^un  droit  de  chasse,  qui  leur  était  depuis  longtemps  con- 
cédé, un  temps  qu'ils  auraient  employé  plus  utilement  aux 
travaux  de  l'agriculture.  A  côté  de  cet  arrcmdissement  on 
pouvait  placer  celui  de  Brienne,  sous  le-  rapport  de  la 
fertilité  du  territoire  et  de  l'aisance  des  cultivateiu*s. 

C'était  dans  la  petite  ville  de  Brienne  que  s'élevait  le 
château  du  plus  puissant  personnage  de  l'élection  :  Louis- 
Marie- Athanase  de  Lomenie,  comte  de  Brienne,  frère  de 
Farchevèque  de  Toulouse,  était  lieu  tenant-général  des^'ar- 
mée^'du  roi  et  gouverneur  de  Guienne;  il  allait  être  appelé 
au  ministère  de  la  guerre.  Aussi,  lorsqu'il  fut  question 


208        l'assbmblée  d'élection  de  bar-scr-acbe. 

d'instituer,  conformément  au  règlement  du  23  juin  1787, 
une  assemblée  d'élection  à  Bar-sur-Aube,  fut-il  désigné  pour 
en  être  le  président.  Ce  choix  fut  accueilli  avec  une  vive 
satisfaction  ;  car  il  mettait  à  la  tête  de  la  nouvelle  adminis- 
tration un  homme  dont  Tinfluence  était  considérable,  et 
qui  en  avait  fait  le  plus  libéral  usage  en  faveur  de  ses  con- 
citoyens. 

Mais  les  occupations  de  son  gouvernement  de  Guienne,  et 
bientôt  après  sa  nomination  au  ministère  de  la  guerre,  ne 
lui  permirent  pas  de  remplir  les  fonctions  de  président  aux- 
quelles le  roi  Tavait  appelé.  Après  avoir  été  suppléé  dans 
la  première  session  de  TAssemblée  d'élection  de  Bar-sur- 
Aube  par  l'abbé  de  Beaulieu,  il  fut  remplacé  définitivement, 
le  6  octobre,  parle  comte  de  Mesgrigny-Villebertain,  grand- 
bailli  d'épée  du  bailliage  de  Troyes,  qui  avait  été  maire 
de  cette  dernière  ville,  et  qu'entouraient  Testime  et  le  res- 
pect universels  (1).  Son  âge  et  ses  vertus  inspiraient  une 
sorte  d'attendrissement  que  le  langage  officiel  traduisait 
parfois  en  termes  singulièrement  fleuris.  «  Sa  vie  a  dû  être 
belle,  disaient  les  procureurs-syndics,  puisque  la  rosée  du 
sentiment  répand  encore  son  éclat  sur  les  jours  de  son 
hiver.  Ce  n'est  qu'au  sein  de  ses  foyers  que  vous  avec 
reconnu  son  âge,  et  à  quels  signes  encore;  en  voyant  se 
presser  autour  de  lui  une  postérité,  qui  vous  a  présenté  le 
tableau  de  toutes  les  vertus,  soutenu  par  la  main  d'une 
grâce.  »  Cette  grâce  était  la  belle-fille  du  comte,  la  mar- 
quise de  Mesgrigny,  femme  du  futur  député  de  la  noblesse 
de  Troyes  aux  Etats-généraux. 

Ce  fut  Tabbé  de  Beaulieu,  Charles-François-Philippe  de 
Villefrey,  qui  réunit,  le  13  septembre,  dans  une  salle  d'un 


(i)  Mesgrigny  transmit  le  7  novembre  la  lettre  da  baron  de  Bre- 
teuil,  qui  «  Thonorait  de  la  faveur  de  présider  parmi  ses  égaux;  ■  0 
marquait  en  même  temps  c  sa  sensibilité  »  de  ne  pouvoir  se  rendre 
aux  séances  de  cette  session.  Arcb.  de  TAiibe  G.  2318. 


l'assbubléb  d'élection  de  bar-suh-aubb.        209 

hôtel  dépendant  de  la  maison  du  roi ,  situé  rue  S -Michel ,  à  Bar- 
sur-Aube,  les  membres  de  l'Assemblée  d'élection  nommés 
par  l'Assemblée  provinciale  de  Champagne  dans  sa  séance 
du  7  août.  L'absence  du  comte  de  Brienne  avait  retardé 
cette  réunion  qui  avait  été  précédemment  fixée  au  27  août, 
comme  pour  toutes  les  autres  assemblées  de  la  province.  Les 
membres  choisis  pour  représenter  le  clergé  étaient  outre 
Tabbé  de  Beaulieu,  Philippe- Auguste  de  Rouault,  abbé 
commendataire  de  la  Chapelle-aux-Planches,  et  Tabbé  de 
Belloc,  doyen  du  chapitre  de  Saint-Etienne,  tous  deux 
vicaires  généraux  du  diocèse  de  Troyes.  La  noblesse  avait 
pour  représentants  le  comte  de  Brienne,  le  comte  de  Mes- 
grigny,  et  le  baron  d'AUonville,  vaillant  colonel  de  cava- 
lerie qui  s'était  distingué  à  la  bataille  de  Rosbach.  A  la  tête 
du  Tiers-Etat,  se  trouvait  Beugnot,  jeune  avocat  de  talent, 
plein  d'esprit  et  d'activité,  qui  préludait  dans  sa  ville  natale 
à  la  brillante  carrière  administrative  qui  devait  le  conduire 
plus  tard  à  un  ministère.  A  côté  de  lui  se  trouvaient  dés 
hommes  plus  modestes,  mais  animés  d'intentions  sages  : 
Le  Seurre,  procureur  ès-sièges  royaux  de  Bar-sur-Aube  (1), 
Vannier,  avocat  et  lieutenant  au  bailliage  de  Vendeuvre  ; 
Navarre,  avocat  à  Brienne  ;  Estienne,  avocat  à  Miissy,  et 
Gallée,  prévôt  de  La  Ferté  et  membre  de  l'Assemblée  pro- 
vinciale de  Champagne.  Comme  on  le  voit,  les  choix  s'é- 
taient exclusivement  portés  sur  des  hommes  de  loi.  Il  fut 


(i)  Le  Seurre  et  Beugnot  faisaient  partie  du  conseil  des  notables  de 
Bar-sur-Aube.  La  municipalité  royale  de  cette  ville  était  ainsi  compo- 
sée en  1788  :  Maire  :  de  Brienne,  maréchal  de  camp  des  armées  du 
roi;  Echevins  :  Georges, Millière,  avocats;  Procureur-syndic  :  Pouni, 
notaire  ;  Notables  :  Rétaux,  président  en  Télection,  Poncet,  chanoine 
et  syndic  de  la  collégiale  de  Saint-Maclou,  Geoffroy  de  CoilTy,  écuyer, 
chevalier  de  Saint-Louis,  Masson,  ancien  maréchal  des  logis  des 
gardes  du  corps,  Trippier,  conseiller  en  la  prévôté,  Rivière,  conseil- 
ler en  l'élection,  Beugnot,  Le  Seurre,  Girârdon  et  Forgeot,  négo- 
ciants, Thiellement,  fabricant. 

T.  xxxvii.  14 


210  l'assemblée  D'ÉLECriOIf  DE  BAR-scm-Aun. 

décidé  entre  eux  qu'ils  siégeraient  d'après  Timportance  des 
coniributions  des  villes  qu'ils  habitaient  (1). 

Après  avoir  entendu  une  messe  du  Saint-Esprit  dans 
l'église  de  Saint-Maclou,  l'assemblée  préliminaire  se  com- 
pléta par  Télection  des  douze  membres  qui  restaient  à 
nommer.  Elle  choisit  pour  le  clergé  :  Evers,  doyen  du 
chapitre  de  Saint-Maclou  de  Bar-sur-Aube  ;  Régley,  curé 
de  Balnot  et  Vau<lron  ;  Elloy,  procureur  général  de  Tabbaye 
de  Clairvaux;  pour  la  noblesse  :  le  comte  de  Nogent,  sei- 
gneur d'Eclance;  le  marquis  de  Pcns-Praslin,  seigneur  de 
Chaource;  le  comie  de  Saint-Belin;  pour  le  Tiers-Etat: 
Vouillemont,  avocat  à  Arsonval^  que  Tacadémie  de  Châlons 
allait  bientôt  couronner  pour  un  mémoire  mis  au  concours 
sur  la  culture  du  chanvre;  Nicolas,  procureur  Gscal  de 
Rosnay;  Duval,  avocat  à  Gyé;  Babouot  et  Breton,  proprié- 
taires de  biens  à  Bayel  et  à  Maisons;  Liégeois,  marchand  de 
boisa  Soulaines  (2). 

Le  haut  clergé,  composé  de  bénéficiers,  dominait  dans 
l'Assemblée.  On  pouvait  s'étonner  de  n'y  point  voir  l'abbé  de 
Clairvaux.  C'est  *que  ce  personnage  important,  que  l'oo 
traitait  de  Monseigneur  et  qui  disposait  de  300,000  1.  de 
revenus,  avait  été  nommé  président  de  l'Assemblée  de  Chau- 


(1)  Procès-verhal  de  Vassemhlét  d'élection  tenue  en  la  trille  de 
Bar-'Sur^Auhe  en  exécution  du  règlement  fait  par  le  roi  le  vingts 
trois  juin  il81,  —  Troyes,  V«  Gobelet,  in-4^  de  12  p. 

(2)  Ils  furent  ainsi  répartis  par  arrondissement  : 
Ba^-eur-Aube.  —  L'abbé  Evers,  le  comte  de  Nogent,  Beognot, 

Le  Seurre. 

Fendeuvre,  —  L*abbé  de  Belloc,  le  comte  de  Mesgrigny,  Yannier, 
Vouillemont. 

Soulainee,  ^  L*abbé  de  Rouault,  le  baron  d*AllonviUe,  Liégeois, 
Breton. 

Brienne.  —  L*abbé  de  Beaulieu,  le  comte  de  Brienne,  Navarre, 
Nicolas. 

La  Ferlé.  —  Elloy,  le  comte  de  Saint-Belin,  Gallée,  Babouot. 

Gyé.  —  Régley,  le  marquis  de  Praslin,  Estieime,  Duvml. 


l' ASSEMBLÉE   D'ÉLECTION    DE   BAR-SUR-ALBE.  211 

mont,  n  devait  ce  titre  à  son  rang  plus  qu'à  son  mérite;  car, 
à  en  croire  Beugnot^  s'il  était  regardé  comme  le  plus  beau 
moine  de  France,  il  ne  passait  pas  pour  en  être  le  plus  in- 
telligent (1). 

L'Assemblée  de  Bar-sur-Aube  se  compléta  en  choisissant 
pour  greffier  ou  secrétaire  Louis-François  Tassin,  procureur 
ès-sièges  royaux  de  la  ville.  L'expérience,  qu'il  avait  acquise 
dans  ses  fonctions  de  secrétaire  du  subdélégué  de  l'inten- 
dant, l'avait  mis  à  même  de  traiter  les  questions  adminis- 
tratives avec  compétence  et  distinction;  il  en  donna  des 
preuves  dans  les  mémoires  spéciaux  qu'il  soumit  à  l'as- 
semblée. 

Après  avoir  divisé  l'élection  en  six  arrondissements, 
l'Assemblée  élut  comme  membres  du  Bureau  intermédiaire 
Tabbé  Ever8,le  comte  de  Mesgrigny-Villebertain,LeSeurre 
et  Navarre.  Le  comte  de  Nogent  et  Beugnot  furent  chargés 
des  fonctions  plus  importantes  et  plus  actives  de  procureur- 
syndic.  Ces  premiers  choix  furent  en  partie  modifiés,  par  la 
nomination  de  Mesgrigny  à  la  présidence  et  par  la  démission 
de  Nogent,  motivée  sur  des  raisons  de  santé.  Celui-ci  con- 
sentit cependant  à  remplacer  Mesgrigny  dans  le  Bureau 
intermédiaire  ;  on  lui  donna  pour  successeur  Le  Bloy,  sei- 
gneur de  Lévigny,  bien  qu'il  ne  fut  pas  membre  de  l'as- 
semblée. 

D'autres  élections  durent  être  faites  par  suite  de  la  dé- 
mission du  comte  de  Brienne  et  de  la  nomination  de  Beugnot 
comme  procureur-syndic.  Elles  appelèrent  à  les  remplacer 
Henri  Picot,  comte  de  Dampierre,  et  Maizière,  propriétaire 
à  Proverville.  Une  autre  modification  eut  lieu  l'année  sui- 
vante. Raverat,  curé  de  Chesley,  fut  nommé  par  les  élec- 
teurs de  l'arrondissement  de  Gyé,  en  remplacement  du  curé 
de  Balnut.  Dampierre  était  un  jeune  officier  d'un  esprit  vif 
et  enthousiaste.  «  Il  développait,  disaient  les  procureurs- 


(1)  Mémoires  du  comte  Beugnot^  1. 1,  p.  79. 


212        l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-acbe. 

syndics,  avec  un  caractère  brillant  et  ferme  tout  à  la  fois  de 
Tamour,  ou  ce  qui  vaut  mieux,  du  respect  pour  rhumanité. 
Les  noms  de  corvée,  de  servitude,  de  contrainte,  n'ont 
jamais  été  prononcés  devant  lui  impunément,  et  sans  cesse 
il  vous  a  rappelé  que  le  peuple  était  aussi  quelque  chose.  » 
Cet  éloge  mérité  pouvait  s'adresser  à  d'autres  membres  de 
l'assemblée,  notamment  au  comte  de  Mesgrigny,  qui,  lors- 
qu'il fut  incarcéré  en  1 794  conune  père  d'émigré,  rappelait 
qu'il  avait  gémi  en  1788  sur  les  abus  de  sa  classe  et  qu'il 
en  avait  demandé  la  réforme.  Il  semblait  à  cette  époque,  et 
la  vie  et  la  mort  de  Dampierre  en  sont  un  exemple  frappant, 
qu'en  politique  comme  à  la  guerre,  une  partie  de  la  noblesse 
française  mit  son  honneur  à  marcher  en  avant. 


II. 


Outre  la  session  préliminaire,  l'Assemblée  de  Bar-sur- 
Aube  se  réunit  en  1787,  le  22  octobre.  Le  maire  de  la 
ville,  le  maréchal  de  camp  de  Brienne,  s'empressa  de 
mettre  des  logements  à  la  disposition  de  ses  membres,  et 
lui  donna  une  garde  bourgeoise  (1).  La  session  d'octobre, 
qui  dura  trois  jours,  fut  présidée  comme  la  première  par 
l'abbé  de  Beaulieu  (2).  Un  des  vœux  qui  y  furent  émis  con* 
cernait  l'établissement  à  Bar--sur-Aube  d'un  bailliage  et 

(1)  Cette  garde  était  sans  nul  doute  tirée  de  la  compagnie  de 
Farquebuse  et  de  celle  de  la  milice  bourgeoise  dont  parle  M.  Gheva- 
lier  dans  son  Histoire  de  Bar^sur^AubCy  p.  19  et  suivantes. 

(i)  Procès-verbal  de  rassemblée  complète  d*électîon.  Arch.  de 
TAube,  C.  2318.  En  voici  le  sommaire  :  Ir»  séance,  12  octobre.  Pro- 
testations du  clergé  séculier  contre  la  préséance  donnée  au  clergé 
régulier.  —  Notification  de  la  nomination  aux  fonctions  de  président 
du  comte  de  Mesgrigny,  qui  s'excuse  de  ne  pouvoir  assister  aux 
séances.  —  Elections  d*un  syndic,  d'un  membre  de  bureau  et  de 
deux  membres  de  TAssemblée.  —  Relevé  des  impositions. 

2«  séance,  23  octobre,  à  7  heures  du  matin.  Mémoire  de  Beugnot 


l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-aube.        213 

d*uii  présidial^  déjà  réclamés  par  la  municipalité.  Beugnot 
l'appuya  vivement  auprès  de  la  Commission  intermédiaire. 
«  Cette  demande,  écrivit-il,  est  portée  à  l'assemblée  provin- 
ciale par  le  cri  public  et  par  un  cri  pressant.  »  L'intérêt 
personnel,  il  est  permis  de  le  supposer,  n'y  était  pas  étran- 
ger; car,  lorsque  l'année  suivante  Lamoignon  établit  à  Bar- 
sur-Âube  un  présidial,  qui  ne  devait  durer  que  peu  de 
temps,  Beugnot  s'empressa  de  demander  à  l'intendant  la 
charge  de  lieutenant-général,  et  réussit  à  l'obtenir. 

La  session  la  plus  importante  de  TAssemblée  de  Bar-sur- 
Aube  fut  celle  de  1788,  qui  s'ouvrit  le  20  octobre,  sbus  la 
présidence  du  comte  de  Mesgrigny-Villebertain.  Elle  se  tint 
dan^  une  grande  salle  voûtée  du  couvent  des  Cordeliers,  dans 
laquelle  s'était  installé  le  Bureau  intermédiaire.  Cette  salle, 
qui  servait  précédemment  de  bûcher,  avait  été  louée  aux 
religieux  moyennant  cent  livres  par  an,  et  appropriée  pour 
les  séances  de  l'administration.  Elle  donnait  sur  un  jardin, 
et  le  Bureau  intermédiaire  l'avait  décorée  d'un  Christ  de  six 


sur  le  recouvrement  des  impôts.  ^-  Lecture  de  deux  mémoires  de 
Tassin.  —  Constestation  entre  le  domaine  et  les  habitants  de  Bar- 
8ur-Aube,  sur  la  jouissance  des  jardins  situés  dans  les  fossés  de  la 
ville.  L'assemblée  se  prononce  pour  les  habitants. 

3*  séance,  23  octobre,  5  heures.  Mémoire  de  Beugnot  sur  Tincon- 
vénient  de  rétablissement  des  huissiers-priseurs  dans  les  commu- 
nautés rurales.  —  Demande  de  rétablissement  d*un  bailliage  et  siège 
présidial  à  Bar-sur-Aube. 

4«  séance,  24  octobre,  9  heures.  Rapport  de  Tabbé  de  Rouault  sur 
le  mémoire  de  Beugnot.  —  Rapport  sur  les  mémoires  de  Tassin.  •— 
Ces  mémoires,  saut  certaines  modiûcations  et  réserves,  seront  en- 
voyés à  rassemblée  provinciale.  — Proposition  de  l'abbé  de  Rouault 
sur  la  réforme  des  droits  d'aides.  —  Députation  envoyée  au  maire. 

5«  séance,  24  octobre,  3  heures  du  soir.  Division  de  l'assemblée  en 
quatre  bureaux  ;  présidents  :  de  Mesgrigny,  de  Rouault,  de  Saint- 
Belin,  de  Belloc.  —  Fixation  du  traitement  à  iOOO  1.  pour  les  procu- 
reurs-syndics et  les  membres  dû  bureau,  et  à  800  1.  pour  le  secré- 
taire-grefûer.  —  Division  de  l'élection  en  12  arrondissements  pour  le 
port  des  paquets  administratifs,  qui  sera  fait  par  adjudication  au  ra« 
bais.  Clôture. 


214  L* ASSEMBLÉE    d'ÉLEGTION    DE   BÀR-SCB-AUBE. 

pieds  de  haut,  et  du  portrait  «  du  monarque  bienfaisant  qui 
avait  accordé  à  la  France  les  assemblées  provinciales  (1).  » 

Les  procureurs-syndics  avaient  été  chargés,  le  1 4  sep- 
tembre 1 787,  de  former  le  dénombrement  exact  de  la  popu- 
lation, de  dresser  le  tableau  des  impôts,  de  recueillir  tous 
les  renseignements  nécessaires  à  la  confection  d*une  statis- 
tique des  productions  et  des  marchés  (2).  Ces  notions  si 
utiles,  consignées  dans  le  rapport  remarquable  qu'ils  pré- 
sentèrent à  l'assemblée  (3),  permit  à  ses  membres  de  déci- 
der en  connaissance  de  cause  sur  toutes  les  questions  qui 
leur  étaient  soumises.  Us  se  partagèrent  en  trois  commis- 
sions pour  mieux  les  examiner.  La  première  avait  dans  ses 
attributions  le  commerce  et  le  bien  public  ;  la  seconde,  les 
travaux  et  les  éJifices  publics;  la  troisième,  les  impositions. 

Le  commerce  consistait  surtout  dans  la  vente  des  produits 
du  sol.  L'élection  de  Bar-sur-Aube  exportait  tous  les  ans 
une  quantité  considérable  de  grains^  que  Ton  embarquait  à 
Gray,  sur  la  Saône,  pour  l'approvisionnement  du  midi;  elle 
expédiait  dans  les  régions  du  nord  environ  20,000  muids 
de  vin  sur  les  30,000  que  produisait  son  territoire.  «  Le 


(1)  Devis  des  travaux.  La  dépense  monta  i  1,851 1.10  s.,  dans  les- 
quels rachat  du  christ  et  du  portrait  du  roi  figure  pour  144  1. 

(2)  Voir  plus  loin  le  tableau  de  la  statistique  du  département  de 
Bar-sur-Aube  en  1788. 

(3)  Le  rapport  des  procureurs-syndics,  sur  les  opérations  du  bureau 
intermédiaire,  fut  présenté  dans  la  première  séance  de  la  session,  le 
20  octobre.  On  nomma  les  commissions  dans  cette  même  séance^  Les 
autres  jours  delà  session  furent  ainsi  employés  :  21,  réunion  des 
bureaux.  22,  rapport  de  la  commission  des  Etats-généraux  et  de  ht 
commission  du  règlement.  i3,  réunion  des  bureaux.  24,  rapports  sur 
les  travaux  publics,  sur  la  nomination  du  syndic  de  Montier-en-FIsle, 
sur  les  impositions,  sur  le  commerce.  25,  i6  et  27,  rapports  sur  les 
impositions,  les  routes,  le  bien  public  (suppression  des  haras,  biens 
communaux,  soldats  provinciaux,  incendies,  cimetières  pour  les  pro- 
testants, abus  des  colombiers,  cours  d*accouchement,  mendicité). 
28,  dernière  séance,  discours  des  procureurs-syndics  et  du  prési- 
dent. 


l' ASSEMBLÉE   d'ÉLEGTION   DE   BAR-8UB-AUBE.  215 

TÎn  de  Bar-sur-Âube,  disent  les  procureurs-syndics,  a  de 
la  réputation,  et  lorsqu'il  est  choisi,  il  la  mérite  encore 
aujourd'hui.  »  Le  vin  de  Gyé  paraissait  aussi  digne  d'être 
distingué.  Mais  quant  au  reste  du  département  on  ne  pou- 
vait que  gémir  d'y  voir  croître  des  vins  dans  des  plaines  où 
il  aiœait  pu  naître  d'abondantes  moissons.  Aussi  émit-on  le 
vœu  de  voir  remeHre  en  vigueur  l'arrêt  de  1731  qui  int-  r- 
disait  toute  nouvelle  plantation  de  vignes  dans  la  province  (  1  ) . 
L'abondance  successive  des  récoltes  avait  amené  une  sorte 
de  ralentissement  dans  le  commerce  des  vins,  que  les  ri- 
gueurs de  la  perception  des  droits  d'aide  contribuaient  éga- 
lement à  rendre  moins  prospère. 

Les  tanneries,  autrefois  florissantes,  avaient  dépéri  depuis 
vingt  ans.  L*introduction  des  cuirs  étrangers  en  avait  con- 
sommé la  ruine,  commencée  par  l'établissement  d'un  droit 
sur  les  cuirs.  La  fdature  et  la  bonneterie  avaient  entière- 
ment disparu  de  Télection  de  Bar -sur-Aube,  où  elles  avaient 
prospéré  autrefois. 

Il  y  avait  dans  l'élection  six  forges  (2)  et  trois  verre- 


(i)  Nous  retrouvons  cette  opinion  dans  un  livre  intitulé  Le  Citoyen 
français  (Londres,  1785),  rempli  d'idées  intéressantes  et  originales, 
ot  qui,  en  signalant  Tabus  de  la  plantation  des  vignes,  en  tire  les  plus 
étranges  conclusions  pour  les  habitants  de  Troyes.  «  Dans  une  infi- 
nité de  pays,  dit  le  Citoyen  français  y  on  fait  produire  au  sol  les 
choses  qui  lui  sont  les  moins  propres;  par  exemple  à  Troyes,  où  les 
terres  sont  parfaites  pour  le  blé,  les  habitants  ont  la  manie  d'y  plan- 
ter des  vignes  qui  produii^ent  en  général  un  vin  qui  est  non-s»  ule- 
ment  désagréable  au  goût,  qui  a  une  prompte  tendance  à  Taigreur, 
mais  même  est  nuisible  à  la  santé,  parce  qu'il  est  âpre,  acéteux, 
mordicant,  et  que,  par  conséquent,  il  mine  insensiblement  les  parois 
et  ronge  le  velouté  de  Testomac,  ce  qui  fait  que  la  plupart  de  ses 
habitants  sont  frêles,  pâles,  livides,  humoristes,  sombres,  mornes, 
un  peu  misanthropes,  qu'ils  ont  presque  tous  la  voix  voilée,  et  que 
très-peu  d'entre  eux  et  des  femmes  même  peuvent  chanter,  (p.  60.)  » 
L*auteur  de  ce  livre  anonyme  est,  selon  Barbier,  Legras,  conseiller 
au  châtelet,  né  à  Dijon  en  1752,  mort  en  1824. 

(2)  Glairvaux,  La  Ferté,  Lanty,  Maranville,  Ormoy  et  Grancey.  Les 
quatre  dernières  fabriquaient  seulement  de  la  télé. 


216        l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-aubb. 

ries  (1).  Le  débit  des  fers,  qui  étaient  excellents,  se  faisait 
dans  les  meilleures  conditions;  cependant  les  procureurs- 
syndics  croyaient  qu'il  fallait  interdire  l'établissement  de 
nouTelles  usines,  parce  qu'elles  absorbaient  trop  de  bois  et 
de  charbon.  Les  pauvres,  ne  pouvant  s'en  procurer  à  un 
prix  accessible,  allaient  marauder  dans  les  bois  des  sei- 
gneurs. L'assemblée  ne  s^associa  point  à  ce  vœu  singulier, 
qui  n'était  conforme  ni  à  l'intérêt  de  l'industrie,  ni  à  celui 
des  propriétaires  de  bois. 

Le  commerce  des  laines  était  assez  étendu.  Pour  le  rendre 
plus  profitable,  on  voulait  améliorer  la  race  des  montons^ 
qu'on  n'élevait  trop  souvent  que  pour  Tengrais  qu'ils  pro- 
duisaient, et  l'on  reconnaissait  la  nécessité  d'acheter  des 
béliers.  On  demandait  aussi,  sans  vouloir  a  l'excès  de  la 
liberté^  »  que  la  Commission  provinciale  pût  accorder  aux 
cultivateurs  la  faculté  de  faire  conduire  leurs  troupeaux  par 
d'autres  que  par  le  berger  commun  de  la  paroisse. 

La  race  des  chevaux  laissait  aussi  à  désirer.  La  suppres- 
sion des  haras  est  vivement  réclamée.  «  Rien  n'est  plus 
important^  dit-on,  que  de  ne  plus  laisser  à  l'administra- 
tion la  remonte  des  étalons.  »  Il  paraissait  plus  avantageux 
et  plus  économique  de  donner  des  primes  d'encouragement 
et  des  gratifications  aux  cultivateurs  qui  achèteraient  de 
beaux  chevaux  et  de  belles  juments. 

Sur  tous  les  sujets  qui  regardent  le  commerce  et  Tagri- 
culture,  l'Assemblée  ne  pouvait  que  formuler  des  vœux  trop 
souvent  difficiles  à  réaliser.  11  en  était  de  même  à  l'égard  du 
bien  public.  Les  intentions  étaient  excellentes,  les  moyens 
souvent  insuffisants. 

Quel  que  soit  le  point  de  vue  où  l'on  se  place  pour  juger 
les  doctrines  de  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  on  ne  saurait 
nier  qu'elles  s'étaient  assignées  le  noble  but  de  soulager  les 
souffrances  de  l'humanité.  Les  écrivains,  et  même  les  fonc- 

(1)  Bayel^  Bligny  et  Dienville. 


l'aSSBMBLÉB   d'élection   DB   BAR-SCm-AUBB.  217 

tionnaires  les  exagéraient  volontiers ,  pour  montrer  la  né- 
cessité d^y  remédier.  Les  procureurs-syndics  de  Bar-sur- 
Aube  cëdeiit  un  peu  à  ce  sentiment,  qu'on  retrouve  dans  un 
grand  nombre  de  discours  officiels  du  temps,  en  s'écriant  : 
«  Dans  la  France,  dans  ce  royaume  si  vanté,  quinze  millions 
d'hommes  naissent  entre  des  bornes,  des  hôpitaux  et  des 
échafauds,  vérité  cruelle,  mais  vérité  profonde,  qu'heureu- 
sement ne  méditera  jamais  la  masse  d'hommes  qu'elle  in- 
téresse. »  11  ne  suffisait  pas  de  signaler  le  mal  dans  des  ter- 
mes aussi  vifs  ;  il  fallait  chercher  les  moyens  de  le  faire  dis- 
paraître. De  là  venait  un  exposé  de  tout  un  système  d'assis- 
tance publique,  où  dominait  le  principe  de  la  centralisa- 
tion de  la  charité  entre  les  mains  de  l'administration. 

Ce  système  divisait  les  mendiants  en  deux  classes,  les 
infirmes  et  les  valides.  Tous  étaient  forcés  de  rester  dans 
leur  paroisse.  Dans  chaque  paroisse  il  y  aurait  eu  une  caisse 
des  pauvres  où  toutes  les  aumônes  auraient  été  versées. 
Chaque  année,  le  seigneur,  le  curé  et  le  syndic  auraient  fait 
une  quête.  Une  partie  des  fonds  provenant -de  ces  quêtes 
aurait  été  destinée  à  une  caisse  générale  de  l'élection,  à 
laquelle  on  aurait  attribué  les  revenus  de  toutes  les  confré- 
ries et  de  quelques  bénéfices  simples  qui  d'après  l'édit  de 
1768  pouvaient  être  supprimés.  L'Assemblée  ne  se  prononça 
pas  sur  cette  grave  question  ;  chacun  de  ses  membres  fut 
chargé  de  faire  à  ce  sujet  des  recherches  dans  son  arrondis- 
sement, et  l'on  renvoya  à  la  session  de  1789,  qui  n'eut  pas 
lieu,  l'étude  de  ce  projet,  ainsi  que  de  mémoires  relatifs 
aux  hôpitaux,  et  à  la  classe  de  la  société  qui  fournissait  le 
plus  de  malheureux. 

L'Assemblée  s'occupa,  dans  la  session  de  1788,  des  cours 
d'accouchement  que  l'intendant  avait  établi  à  Bar-sur - 
Aube  (1),  et  que  le  Bureau  intermédiaire  s'était  efforcé 
d'encourager  et  d'améliorer.  Elle  prit  aussi  des  mesures 

(i)  Ghevaubr.  —  Histoire  de  Bar-sur-Aube,  1851,  p.  237. 


218        l'assembiAe  d*élection  di  bar -scr-aubb. 

pour  prévenir  les  incendies  et  y  remédier;  elle  demanda  an 
règlement  pour  faire  cesser  les  inconvénients  qui  résultaient 
pour  ragricullure  de  l'extension  de  certains  colombiers. 

Pour  soulager  les  ouvriers  sans  ouvrage,  Tabbé  Terray 
avait  institué  en  1 770  les  ateliers  de  charité.  Us  étaient  trop 
souvent  détournés  de  leur  destination;  on  en  avait  accordé 
à  certains  grands  seigneurs,  qui  employaient  les  fonds  de  la 
province  à  faire  percer  de  superbes  et  d'inutiles  avenues 
autour  de  leurs  parcs  et  de  leurs  châteaux.  Le  comte  de 
Brienne  était  du  nombre.  L'arrondissement  de  Brienne  re- 
cevait 3,237  1.  sur  les  6,470  qui  étaient  mis  à  la  disposition 
de  l'élection.  Malgré  Tinfluence  du  comte,  les  procureurs- 
syndics  s'élevèrent  contre  cet  abus,  o  H  s'agit  de  défendre 
le  patrimoine  de  l'infortune,  dirent-ils,  et  de  grands  noms 
ne  nous  inspireront  jamais  que  la  hardiesse  de  grands  ef- 
forts. »  C'était  aux  chemins  vicinaux  des  communes  qpe  les 
fonds  des  ateliers  de  charité  devaient  être  affectés,  et  le 
bureau  intermédiaire  employa  tous  ses  soins  à  leur  donner 
désormais  cette  destination . 

La  Commission  du  bien  public  se  préoccupe  vivement  des 
intérêts  des  populations.  La  levée  des  soldats  provinciaux 
lui  parait  entraîner  de  nombreux  abus.  L'élection  en  four- 
nissait 35,  et  chacun  lui  coûtait  1,400  1.,  plus  la  cocarde, 
et  l'indemnité  appelée  convention,  qui  était  destinée  à  con- 
soler le  soldat  des  rigueurs  du  sort.  En  outre,  le  retour  du 
milicien,  lorsqu^étant  libéré,  il  se  livrait  à  une  joie  effrénée, 
donnait  souvent  lieu  à  des  désordres.  La  Commission  ne 
demande  point  cependant  la  suppression  de  la  milice;  elle 
ne  demande  même  pas  que  Ton  mette  une  contribution  sur 
tous  les  jeunes  gens  sujets  au  sort  pour  payer  Tenrôlem^it 
volontaire  des  soldats,  que  chaque  commune  doit  fournir; 
elle  veut  (c  des  soldats  citoyens  comme  à  Rome,  des  soldats 
ayant  vraiment  une  patrie,  une  famille  et  des  foyers...»  et  le 
rapporteur,  allant  chercher  des  exemples  imprévus,  propose 
pour  modèle  aux  soldats  citoyens  les  Turcs  qui  venaient  de 


l'aSSBMBLÉB   D^ÉLECnOIf   DE   BAR-SUt-AUBE.  219 

mettre  en  déroute,  sur  les  bords  du  Danube,  «les  troupes  si 
bien  réglées  et  si  disciplinées  »  de  rempereur  Joseph  IL 
L' Assemblée  se  contenta  de  demander  que  le  recrutement  fut 
rendu  plus  facile  et  moins  onéreux  pour  les  populations  en 
multipHant  les  centres  où  les  tirages  an  sort  auraient  lieu  et 
en  faisant  présider  ceux-ci  par  les  membres  de  T Assemblée 
appartenant  à  Tordre  de  la  noblesse. 

Le  Bureau  intermédiaire  était  chargé  de  la  surveillance 
et  de  la  réception  des  travaux  des  routes.  Il  nomma,  dans  sa 
séance  du  23  janvier  1 788,  des  commissaires  chargés  de  ce 
soin.  Il  fit  faire  séparément  Tadjudication  des  matériaux  et 
celle  de  la  main-d'œuvre,  et  eut  à  ce  sujet  des  difficultés 
avec  le  subdélégué  de  Tintendant.  Le  Bureau,  qui  entra  en 
fonctions  le  1 3  octobre  1 787 ,  parait  s*étre  moins  occupé  de 
ses  attributions  administratives  que  celui  de  Troyes  (!)•  II 
ne  fait  la  visite  et  la  réception  des  travaux  publics  que  lors- 
que ce  dernier  lui  en  a  donné  l'exemple.  Les  séances  du 
Bureau  de  Bar-sur- Aube  sont  aussi  moins  fréquentes  et 
moins  régulières;  elles  ont  lieu  d'abord  tous  les  quinze 
jours,  et  ce  n'est  qu'à  partir  du  mois  de  novembre  1788 
qu'elles  deviennent  hebdomadaires.  C'est  que,  si  les  mem- 
bres du  bureau  de  Bar-sur-Aube  ont  les  qualités  de  T épo- 
que, ils  en  ont  aussi  quelques-uns  des  défauts.  Animés  par 
Beugnot,  qu  une  ambition  plus  haute  dirige,  ils  se  préoccu- 
pent plus  de  la  théorie  q  le  des  réalités,  des  améliorations 
que  de  l'application  des  règles  existantes,  de  la  politique  que 
des  affaires,  tandis  que  leurs  collègues  de  Troyes,  plus 
modérés  dans  leur  ambition,  plus  prudents  dans  leurs 
désirs  de  réforme,  plus  consciencieux  peut-être,  emploient 
tous  leurs  efforts  à  consolider  et  à  améliorer  l'administration 
des  assemblées  sans  chercher  à  la  modifier  par  des  réformes 
plus  complètes. 


(i)  Procès-verbaux  du  Boreaa  intermédiaire.  —  Arch.  de  l'Abe. 
G.  2318. 


220       l'assemblée  d'élection  de  bar-sdr-adbe. 


III. 


Les  administrateurs  de  Bar-sur- Aube  rencontrèreat  moins 
de  difficultés  que  ceux  de  Troyes  pour  Tét  iblissement  du 
régime  municipal  nouveau.  La  plus  grande  partie  des  com- 
munautés de  l'élection  avait  été  pfmrvue  par  Tintendant,  en 
1777  et  1 778,  de  conseils  des  notables  et  de  syndics  (l).La 
réforme  qui  avait  eu  lieu  à  cette  époque  avait  substitué,  au 
système  absolument  démocratique  des  assemblées  générales 
des  habitants  de  la  paroisse^  le  système  représentatif  d'une 
sorte  de  conseil  municipal;  elle  avait  aussi  substitué  au  juge 
seigneurial,  qui  dirigeait  les  délibérations,  le  syndic  parois- 
sial dépendant  de  l'administration  royale.  Le  subdélégué  de 
Bar-sur- Aube ,  Alexandre -Etienne  Gehier,  applaudissait 
vivement  à  cette  réforme,  qui  selon  lui  devait  faire  cesser  le 
tumulte  et  le  désordre  des  assemblées  générales  auxquelles 
tous  les  habitants  étaient  forcés  de  se  rendre,  sous  peine 
d'amende.  Souvent  la  confusion  était  telle  qu'il  était  impos- 
sible de  délibérer;  souvent  les  délibérations  que  l'on  prenait 
n'étaient  pas  suffisamment  éclairées  (2).  Les  conseils  de 
notables,  institués  par  les  soins  du  subdélégué,  étaient  pour 
la  plupart  composés  d^hommes  capables  d*administrer  les 
affaires  communales.  Aussi  les  syndics  de  l'élection  n'eu- 
rent-ils qu'à  se  féliciter  du  concours  que  leur  apportèrent 
les  municipalités,  notamment  pour  la  confection  des  statis- 
tiques qui  leur  furent  demandées,  a  A  peine  initiées  à  leurs 
fonctions,  et  ayant  peu  de  secours  à  leur  portée,  disent-ils, 


(1)  Le  subdélégaé  en  établit  83  en  1777,  66  en  1778.  Inv.  des 
Arch.  de  l'Aube,  G.  301. 

(2)  Lettre  da  sobdélégué  Gehier,  du  30  janvier  1777.  Arch.  de 
TAube,  G.  301. 


l'aSSKMBLÉB   d'élection   de   BAR-SUR'AUBE.  221 

la  plupart  d'entre  elles  ont  aidé  à  nos  travaux,  non-seule- 
ment avec  le  zèle  que  nous  attendions,  mais  avec  une  intel- 
ligence qui  nous  a  surpris.  » 

Il  y  avait  cependant  des  exceptions.  Dans  quelques  com- 
munautés, des  irrégularités  furent  commises  an  moment 
des  élections.  A  Briel,  le  syndic  mit  dans  l'urne  autant  de 
billets  à  son  nom  qu'il  se  trouvait  d'électeurs  présents  ne 
sachant  pas  écrire.  Sa  nomination  fut  annulée.  Dans  le  plus 
grand  nombre  des  paroisses,  les  fonctions  municipales 
furent  disputées  avec  acbamement;  dans  d'autres,  au  con- 
traire, les  syndics  se  plaignaient  de  ne  pouvoir  recevoir 
aucun  secours  des  membres  des  municipalités;  ils  ne  pou- 
vaient même  pas  obtenir  d'eux  l'assistance  aux  assemblées. 
A  Montier-en-Isle,  le  syndic  élu  était  tellement  incapable 
que  l'on  dut  exiger  sa  démission.  Mais,  en  général,  rétablis- 
sement des  administrations  communales  est  regardé  comme 
un  progrès.  On  constate  qu'il  a  réveillé  les  campagnes  de 
l'engourdissement  où  elles  se  trouvaient,  et  qu'il  a  fait 
«  percer  de  tout  côté  ou  les  lumières  ou  le  besoin  d'en  ac- 
quérir. » 

Les  syndics  de  paroisse,  supprimés  par  les  nouvelles  lois, 
devaient  être  remplacés  par  les  syndics  municipaux.  Le 
subdélégué  résista  aux  ordres  de  rintendant  qui  prescrivait 
la  cessation  de  leurs  fonctions.  Il  se  refusa  à  leur  écrire, 
sous  prétexte  qu'il  lui  fallait  dans  chaque'paroisse  un  officier 
subordonné,  et  qu'il  ne  connsiissait  pas  les  ofSciers  muni- 
cipaux. Il  ajoutait  que  le  maintien  des  syndics  paroissiaux 
était  d'autant  pins  nécessaire  que  «  les  municipalités  n'étaient 
point  du  tout  formées  ou  l'étaient  mal.  »  Le  Bureau  inter- 
médiaire s'éleva  vivement  contre  les  motifs  allégués  par  le 
subdélégué,  qui  avait  en  quelque  sorte  présidé  à  l'élection 
des  syndics  municipaux.  «  Les  municipalités,  disait  le 
Bureau,  sont  dans  le  meilleur  état  d'organisation  possible, 
mais  elles  n'agiront  avec  efficacité  que  lorsqu'elles  ne  seront 


222        l'assemblée  d'élection  de  bab-sub-aube. 

plus  contrariées  (1).  »  Aussi  la  Commission  proTinciale 
s*as80cie-t-elle  vivement  aux  réclamations  des  adrainistm- 
leurs  de  Bar-sur-Aube  pour  obtenir  des  attributions  mieux 
définies,  et  pour  faire  cesser  avec  l'intendant  et  ses  agents 
des  conflits  toujours  nuisibles  (2).  Elle  représente  au  conseil 
combien  la  marche  que  Ton  est  forcé  de  suivre  devient  rui- 
neuse par  les  entraves  qu  elle  donne,  et  Timpossibilité  où 
son!  les  municipalités  de  pourvoir  à  Tentretien  de  leurs  biens 
et  de  leurs  bâtiments.  «  Combien  d'ailleurs,  ajoute  la  Com- 
mission, il  serait  juste  de  nous  accorder  à  tous  une  confiance 
que  notre  zèle  peut  mériter,  et  dont  le  Gouvernement  ne 
peut  craindre  aucun  abus  (3).  » 

Le  Bureau  de  Bar-sur-Aube  insistait  pour  que  les  adjudi- 
cations fussent  faites  désormais  par  les  municipalités,  lors- 
qu'elles seraieut  au-dessous  de  1 50  1.,  et  par  le  Bureau  hii- 
méme,  lorsque  l'adjudication  dépasserait  cette  somme.  On 
voulait  aussi  qu'elles  fussent  chargées  de  l'audition  des 
comptes  des  syndics,,  jusque-là  réservée  aux  intendants.  La 
surveillance  de  ces  derniers  paraissait  inutile  pour  Tadmi- 
nistralion  des  biens  communaux;  comme  telle,  on  la  regar- 
dait comme  bien  près  d'être  nuisible,  et  l'on  demandait 
qu'elle  fût  attribuée  aux  Bureaux,  qui  pourraient  mieux  ap- 
précier la  situation  financière  des  communes  entre  lesquelles 
ils  devaient  répartir  les  impositions. 

Par  une  singulière  contradiction,  tandis  qu'on  contestait 


(i)  LeUre  à  la  Commission  provinciale  du  19  mars  1788.  Arch.  de 
TAube,  G.  301*  Le  bureau  envoya,  le  9  avril,  une  circulaire  aux  mu- 
nicipalités pour  les  instruire  des  iormes  qu'elles  auraient  à  suivre  et 
les  mettre  au  courant  de  leurs  fonctions.  Cette  circulaire  a  été  im- 
primée chet  Bouchaid,  à  Chaumont. 

(i)  U  y  avait  non-se  ilement  des  conflits  avec  le  subdélégné,  no- 
tamment pour  TaciyudicaUon  du  droit  de  gourmetage,  mais  aussi  avec 
les  Eauxet  lor^ts  pour  les  adjudications  de  reconstruction  des  édifices 
communaux,  lorsque  les  dépenses  devaient  en  être  payées  par  le  prix 
des  ventes  de  bois. 

(%  MOre  dn  7  joii^  1788. 


L  ASSEMBLÉE    d'ÉLEGTION    DE   BAR-SUR- AUBE.  223 

aux  communes  la  capaciié  nécessaire  pour  administrer  leurs 
biens,  on  leur  rendait  la  répartition  des  impôts  fonciers, 
qu'elles  n'étaient  pas  toujours  en  mesure  de  faire  avec  les 
lumières  et  Timpartialité  suffisantes.  Dans  la  première  session 
de  l'Assemblée  de  Bar-sur-Aube,  Tassin  lui  présenta  un 
mémoire  sur  le  danger  de  leur  confier  cette  répartition.  La 
question  des  impôts  est  de  la  part  des  procureurs-syndics 
l'objet  d'une  étude  approfondie.  Rien  n'est  plus  intéressant, 
rien  n'est  plus  lumineux  que  les  détails  donnés  dans  leur 
rapport  sur  les  origines  et  les  applications  de  la  taille.  Ils 
font  une  description  très-précise  des  diverses  espèces  de 
taille,  notamment  de  la  taille  tarifée  établie  en  Champagne. 
Ils  signalent  les  abus  et  les  privilèges  auxquels  donnait  lieu 
ce  genre  d^imposition,  notamment  celui  qui  permettait  aux 
ecclésiastiques  de  faire  valoir  en  exemption  de  taille  un  la- 
bourage de  quatre  charrues,  et  ils  concluent  avec  beaucoup 
de  force  qu^il  résulte  du  principe  que  te  souverain  ne  peut 
lever  d'impôts  sans  le  consentement  de  la  nation^  qu'il  ne 
peut  pas  davantage  faire  une  exception  en  faveur  de  telle  ou 
telle  classe,  parce  qu'exempter  les  uns,  c'est  nécessairement 
surcharger  les  autres. 

L'Assemblée  ne  se  contenta  pas  d'ordonner  le  relevé  des 
lûens  et  des  facultés  des  contribuables  sujets  à  la  taille,  afin 
d'arriver  à  un  marc  commun;  elle  s'associa  en  partie  aux 
propositions  des  procureurs-syndics,  qui  prévoyaient  l'avenir 
en  disant  que  «  le  temps  n'était  pas  éloigné  où  les  deux 
ordres  privilégiés  offriraient  comme  le  Tiers-£tat  de  contri- 
buer au  paiement  des  impôts.  »  Ceux-ci  reconnaissaient  l'ini- 
quité de  la  répartition  de  certains  d'entre  eux.  La  capitation 
des  nobles  était  fixée  par  im  membre  de  leur  ordre,  et  il  en 
résultait  que  le  gentilhonune  le  plus  riche  du  déparlement 
était  imposé  à  une  somme  inférieure  à  celle  que  payait  un 
simple  officier  d'élection (1}.  Quant  à  la  contribution  repré- 

(1)  Il  fût  arrête  que  la  répartition  de  la  contribution  des  |jentUi- 


224  L^SSEMBLÉE   d'ÉLECTION   DE   BAR-SUR-AUBB. 

sentatiye  de  la  corvée,  elle  ne  portait  que  sur  les  habitants 
de  la  campagne  ;  elle  était  perçue  a  entre  les  sanglots  de 
Tindigence,  »  et  mécontentait  à  la  fois  les  voyageurs  et  les 
entrepreneurs  de  routes.  «Lies  grandes  routes  sont  d*une  uti- 
lité universelle,  dit  le  Bureau  des  impositions,  pourquoi  la 
classe  la  moins  fortunée,  celle  qui  profite  à  peine  des  routes, 
serait-elle  donc  seule  surchargée  de  leur  construction  et  de 
leur  entretien?  »  Aussi,  les  commissaires  du  bureau^  le 
baron  d'Allonville  et  le  comte  de  Dampierre  déclarent-ils 
que  la  capitation,  les  vingtièmes  et  la  contribution  représen- 
tative de  la  corvée  doivent  être  supportés  par  les  ordres 
privilégiés;  Ils  ne  font  d'exception  que  pour  la  taille,  qui, 
suivant  eux,  était  le  rachat  du  service  militaire  que  le  rotu- 
rier devait  au  souverain.  C'est  en  vain  que  les  procureurs- 
syndics  avaient  pressenti  Tobjection,  en  faisant  remarquer 
que,  si  le  noble  rendait  personnellement  le  service  militaire, 
il  recevait  des  appointements.  Ces  appointements,  d'ailleurs 
modiques,  n'étaient,  de  l'avis  des  officiers,  que  la  compen- 
sation des  indenmités  qui  leur  étaient  autrefois  fournies  en 
nature.  Avec  la  restriction,  qui  portait  sur  la  taille,  les 
principes  formulés  par  les  commissaires  furent  adoptés 
unanimement  par  l'Assemblée. 

Le  clergé  fit  peut-être  moins  de  réserves  sur  la  grande 
question  de  l'égalité  des  impôts.  L'abbé  de  Beaulieu  pro- 
nonça en  quelque  sorte  «  Tabnégation  de  ses  privilèges 
pécuniaires  en  invoquant  lui-même  le  jour  si  désiré  où  le 
consentement  de  son  ordre  lui  en  imposerait  la  loi.  »  Le 
procureur  de  ClairvauxEUoy  demanda  la  réforme  des  cham* 
bres  ardentes,  commissions  instituées  pour  réprimer  la 
contrebande  du  sel  et  du  tabac,  a  Son  mémoire  unissait,  dit 


hommes  serait  faite  désormais  par  le  Bureau  intermédiaire.  La  capi- 
tation des  employés  donnait  lieu  à  d'autres  abus;  elle  avait  pour  base 
leurs  appointements.  Ainsi  un  directeur  des  fermes,  dont  le  re?enn 
réel  était  de  15  à  20,000 1.,  était  imposé,  à  raison  de  ses  appointements, 
de  1,500  h 


l'assemblée  d'élection  de  bab-sur-acbe.        225 

le  procès-yerbal.  à  une  sensibilité  réfléchie  la  connaissance 
des  inconvénients  cruels  qui  dérivaient  de  la  constitution  de 
ces  cours  souveraines  (1).  »  L'abbé  de  Rouault,  dans  la 
session  de  1787,  avait  pris  l'initiative  de  la  suppression  ou 
du  moins  de  la  conversion  des  droits  d'aides,  impôt,  selon 
lui,  cent  fois  plus  désastreux  que  la  gabelle,  qui  répandait  la 
consternation  dans  les  campagnes.  Il  croyait  opportun  d'en 
étudier  la  réforme  a  dans  un  moment  où  la  bienfaisance  sur 
le  trône  semble  s'être  entourée  de  ministres  que  cette  vertu 
sublime  anime,  »  disait-il  en  parlant  de  Loménie  de  Brienne 
et  de  son  frère.  Aussi  demandait-il  que  l'on  recueillit  dans 
l'élection  tous  les  renseignements  nécessaires  pour  opérer  la 
conversion  des  droits  d*aides.  Cette  proposition  fut  reçue 
avec  acclamation.  «  Les  voix  se  sont  élevées  de  toutes  parts, 
dit  le  procàs^verbal,  pour  annoncer  qu^il  n'était  pas  besoin 
de  recueillir  les  suffrages,  et  qu'ils  se  réunissaient  tous  pour 
formuler  les  mêmes  vœux.  » 

La  suppression  de  ces  droits  fut  de  nouveau  mise  à  Té* 
tude  dans  la  session  de  1788.  Le  rapport  en  signala  avec 
plus  de  vigueur  que  jamais  les  abus,  notamment  pour  la 
perception  du  Gros-manquant  qui  soumettait  le  proprié- 
taire de  vins  à  un  contrôle  vexatoire,  et  taxait  tous  ses  pro- 
duits au  delà  d'une  certaine  quantité  qui  lui  était  accordée 
pour  sa  consommation  personnelle.  11  conclut  au  remplace- 
ment de  cette  contribution  par  un  impôt  fixe  de  12  1.  par 
arpent  (2).  L'assemblée  ne  se  rallia  pas  entièrement  à  ces 
conclusions.  Elle  formula,  dans  un  langage  ferme,  des  vœux 
animés  par  cet  esprit  d'équité  et  d'unité  qui  bientôt  allait  se 
manifester  de  toutes  parts  dans  les  cahiers  de  1789,  et. 


(1)  Il  y  en  avait  deux  dans  le  ressort  du  Parlement  de  Paris^  l'un 
à  Reims,  l'autre  à  Saumur.  Denisart.  Collection  de  décisions^  1786, 
t.  rv,  p.  404. 

(2)  Il  y  avait  13,750  arpents  de  vignes  dans  Télection  de  Bar-sur- 
Aube»  et  le  montant  des  droits  d'aides  était  de  168,552 1. 

T.  ixxvn.  15 


226        l'assbubléb  d'élection  de  bar-scr-aubb. 

après  avoir  déclaré  qne  la  province  était  surchargée  dW 
pots,  elle  conclut  en  ces  termes,  que  nous  reproduisons, 
parce  qu'ils  portent  l'empreinte  des  sentiments  et  des  ten- 
dances de  répoqne  : 

a  L'Assemblée  a  considéré  qu'il  n'y  a  pas  de  proportion 
entre  ses  impôts  et  ceux  des  provinces  voisines  ; 

Qu'un  seul  impôt  est  désiré  par  les  vrais  patriotes  ; 

Qu'un  Français  doit  respirer  le  même  air  dans  toute  la 
France ; 

Que  partout  il  est  également  sujet,  et  que  son  sort  ne  doit 
pas  être  plus  dur  dans  une  province  que  dans  une  autre; 

Qu'il  aime  à  ne  reconnaître  qu*un  Dieu,  qu'un  roi,  et 
qu'il  désire  n^avoir  qu'une  loi  et  qu'un  impôt  à  répartir  sur 
chaque  individu  sous  les  nuances  qui  lui  sont  propres. 

Tels  sont  les  vœux  de  l'Assemblée.  Elle  ne  peut  pri^ 
avec  de  trop  vives  instances  Messieurs  de  la  Commission 
intermédiaire  de  les  faire  passer  aux  Etats-généraux,  qoi 
promettent  à  la  nation  une  régénération  également  salu- 
taire pour  le  roi  et  pour  ses  peuples.  » 


IV 


A  l'époque  où  se  réunit  pour  la  dernière  fois  l'Assemblée 
d'Election  de  Bar-sur-Aube,  en  octobre  1788,  l'approche 
des  Etats-généraux  exaltait  tous  les  esprits.  Cette  préoccu- 
pation se  retrouve  dans  les  discours  des  procureurs-syndics. 
«  Ce  grand  événement,  disent-ils  en  parlant  de  la  convo- 
cation des  Etats,  vous  inspire  de  nouveaux  devoirs...  c'est 
maintenant  qu'il  vous  faut  recueillir  de  tous  côtés  les  lu- 
mières de  la  théorie,  les  notions  non  moins  précieuses  de 
Texpérience,  exposer  les  besoins  de  votre  département,  en 
indiquer  les  ressources,  parcourir  toutes  les  parties  àd 
l'administration  où  il  se  trouve  un  bien  à  faire,  un  abus  à 


l'as  emblée  d'élection  de  bar-scr-aube.        227 

réformer,  enfin  fournir  votre  part  au  faisceau  des  lumières 
qui  vont  environner  la  nation.  » 

Les  procureurs-syndics  comprenaient  cependant  qu'il  ne 
fallait  pas  tout  détruire  pour  donner  aux  institutions  la 
perfection  dont  elles  étaient  susceptibles.  Ils  ne  voulaient  pas 
«  prêcher,  comme  la  foule  des  novateurs  inconsidérés,  une 
égalité  qui  ne  se  trouve  nulle  part,  pas  même  dans  Tétat  de 
nature.  11  faut  respecter  l'état  de  choses  établi,  disaient-ils, 
par  cela  seul  qu'il  a  été  établi,  et  n'y  toucher  qu*avec  une 
grande  réserve.  La  distinction  des  rangs,  l'inégalité  indivi- 
duelle tiennent  à  la  constitution  de  la  monarchie,  et  le  chef 
d'un  peuple  soumis  à  une  égalité  absolue  serait  nécessaire- 
ment un  despote.  Les  privilèges  sont  le  rempart  à  l'abri 
duquel  la  liberté  nationale  a  reposé  pendant  un  temps  sans 
avoir  pu  être  anéantie.  »  Mais  il  ne  fallait  pas,  suivant  eux, 
écarter  les  principes  de  réformes  commandés  par  les  cir- 
constances, et  l'égalité  devant  les  impôts,  comme  nous 
Pavons  vu,  était  du  nombre. 

L'Assemblée  de  Bar-sur-Aube  avait  été  consultée,  comme 
toutes  les  autres,  sur  les  formes  à  suivre  pour  les  élections 
prochaines  aux  Etats-généraux'.  Elle  nomma,  pour  examiner 
cette  question,  une  commission  composée  du  comte  de 
Saint-Belin,  président,  de  Raverat,  curé  de  Chesley, 
d'Elloy,  du  comte  de  Nogent,  du  baron  d'Allonville,  de 
Navarre,  de  Duval,  de  Liégeois,  de  Vouillemont  et  de 
Breton.  La  Commission,  dans  im  rapport  sommaire,  se 
prononça  pour  le  maintien  des  formes  suivies  en  1614,  en 
déclarant^que,  si  l'intérêt  public  paraissait  exiger  qu'il  y  fut 
dérogé,  c'était  aux  seules  Assemblées  des  villes  et  des  pa- 
roisses de  campagne  qu'il  appartenait  d'en  juger  et  de  voter 
pour  une  forme  nouvelle.  C'était  reconnaître  à  ces  assemblées 
une  capacité  législative,  qu'elles  n'étaient  sans  doute  pas  en 
mesure  d'exercer  avec  les  lumières  suffisantes. 

L'Assemblée  se  prononça  d'une  manière  plus  nette  et  plus 
détaillée  sur  les  réformes  administratives  auxquelles  elle  de- 


228         l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-acbe. 

yait  son  origine.  <c  Le  régime  des  Assemblées  proTinciales, 
disent  les  procureurs-syndics,  n*a  point  encore  été  établi  sur 
des  règles  fixes  et  immuables.  Ces  établissements  si  chers  à 
la  nation  ont  souffert  eux-mêmes  de  la  succession  rapide 
des  événements  imprévus  qui  signaleront  Tannée  1 788  dans 
les  fastes  de  l'esprit  humain,  et  nous  avons  cru  qu'il  (allait 
attendre  pour  proposer  aux  municipalités  un  code  sommaire 
d'instruction  que  l'autorité  légale  ait  définitivement  statué 
sur  tous  les  détails  confiés  aux  Assemblées  provinciales  et  à 
celles  qui  leur  sont  subordonnées.  »  Le  rappel  de  Necker, 
qui  avait  appliqué  le  premier  le  principe  de  ces  Assemblées, 
était  salué  comme  le  gage  du  bonheur  et  du  salut  de  la 
France.  «  Espérons,  ajoutaient  les  syndics,  que  le  conseil 
du  roi  sentira  de  quels  secours  il  s'est  privé  jusqu'alors  en 
ramenant  à  Versailles  tous  les  fils  de  l'administration,  et  en 
comprimant  les  ressorts  si  puissants  du  patriotisme  et  de  la 
Uberté.  Qu'il  aperçoive  la  différence  du  travail  d'honorables 
citoyens  avec  celui  de  quelques  commis  souvent  infidèles  et 
toujours  intéressés,  et  que  le  Sully  de  nos  jours  s'applau- 
disse de  son  ouvrage.  » 

Quelques  mois  après,  les  procureurs-syndics  ne  se  conten- 
taient plus  des  réformes  administratives,  dont  ils  demandaient 
en  octobre  1 788  une  application  plus  complète,  a  La  nation, 
disaient-ils  dans  un  mémoire  présenté,  le  18  février  1 789,  an 
Bureau  intermédiaire,  la  nation  refuserait  aujourd'hui  avec 
dédain  ce  qu'en  1787  elle  accueillait  avec  transport,  d 
Aussi  les  procureurs-syndics  réclamaient  avec  instance  l'éta- 
blissement en  Champagne  d'Etats  provinciaux.  Ces  états 
auraient  eu  pour  but  de  continuer  et  d'assurer  l'œuvre  des 
Etats  généraux  après  leur  séparation  et  pendant  l'intervalle 
de  leurs  sessions.  «  Sans  le  concours  des  Etats  particuliers, 
disait-on,  les  décrets  des  prochains  Etats-généraux  reste- 
raient sans  exécution  comme  les  décrets  de  ceux  qui  les  ont 
précédés...  ainsi  la  nation  serait  représentée  sans  cesse,  et 
pourrait  veiller  nuit  et  jour  sur  le  trésor  sacré  de  sa  li- 


l'assemblée   d'élection   de   BAR*8UR-AI7BE.  229 

berté.  »  On  croyait  que  les  Etats  particuliers  seraient  surtout 
utiles  à  la  Champagne.  «  Celte  province  dans  sa  grande 
étendue,  disent  les  syndics,  ne  présente  qu'un  trop  grand 
nombre  de  plaines  infertiles  qui  ne  peuvent  être  vivifiées 
que  par  l'esprit  public...  Cette  vaste  tâche  sera  toujours  au- 
dessus  des  efforts  d'un  seul  ;  il  faut  que  les  propriétaires , 
que  les  colons  eux-mêmes  y  soient  érigés  en  administrateurs, 
afin  que  sur  la  surface  entière  de  la  province  l'intérêt  pu- 
blic s'alimente  de  l'énergie  de  l'intérêt  particulier.  » 

Le  mémoire  des  syndics  contient  le  plan  qu'ils  proposaient 
pour  le  recrutement  des  Etats.  11  est  intéressant  de  le  résu- 
mer rapidement,  parce  qu'il  indique  quelles  étaient  alors  les 
idées  dominantes  sur  la  question  de  l'élection  des  députés. 
Il  semblait  aux  syndics,  qu'on  n'aurait  du  admettre  d'autre 
mesure  que  celle  de  la  population  pour  la  distribution  des 
députés  entre  les  ordres^  mais  «  nous  n'en  sommes  pas  en- 
core là,  disent-ils,  et  ce  serait  se  vouer  au  ridicule  que  de 
soutenir  aujourd'hui  la  justesse  d'une  pareille  opération.  » 
On  reconnaît  bien  là  la  politique  ordinaire  de  Beugnot,  qui 
dans  une  partie  de  sa  carrière  s'associa  au  mouvement  sans 
le  devancer,  et  qui  savait  que  s'il  est  parfois  utile  de  se 
laisser  entraîner  par  le  courant,  il  est  souvent  contraire  à 
l'intérêt  personnel  de  chercher  à  le  diriger. 

Beugnot  faisait  d'autres  restrictions  sur  le  droit  de  suf- 
frage. «  Il  serait  à  désirer,  dit  le  mémoire^  que  chaque 
habitant  put  l'exercer.  Mais  que  l'on  ne  perde  pas  de  vue 
que  s'il  y  a  un  million  d'individus  dans  le  Tiers-Etat  qui 
soupire  après  une  Constitution  libre,  il  y  en  a  vingt  millions 
qui  n'attachent  aucun  sens  au  mot  constitution.  ))  Aussi  de- 
mande-t-il  le  droit  de  vote  seulement  pour  ceux  qui  paient 
50  livres  d'impositions  royales,  et  qui  âgés  de  25  ans,  sont 
domiciliés  dans  la  paroisse.  Mais  il  veut  que  tous  les  élec- 
teurs soient  éligibles  ;  il  repousse  avec  raison  l'opinion  de 
l'Assemblée  de  Romans  qui  voulait  exclure  de  l'éligibilité  tous 
les  employés  de  l'intendance  et  des  finances,  a  Pour  toutes 


230        l'assemblés  d'élection  de  bar-sdr-acbe. 

les  classes,  dit-il,  «  il  faut  laisser  préyaloir  le  système  de 
la  liberté,  d  L'élection  à  deux  degrés  pour  le  Tiers-Etat  ne 
séduit  point  les  syndics.  «  Nous  ne  verrions  adopter  ce  der- 
nier parti  qu'avec  regret,  disent-il,  tant  nous  serions  jaloux 
de  voir  chaque  citoyen  choisir  directement  son  représen- 
tant. » 

D'après  eux,  il  y  aurait  eu  un  représentant  par  5,000  habi- 
tants, et  conmie  la  Champagne  en  contenait  environ  900,000, 
le  nombre  des  députés  aux  Etats  aurait  été  de  192,  dont 
moitié  pour  le  Tiers.  Chacun  des  douze  départements  en 
aurait  fourni  seize.  Nous  n'entrerons  pas  dans  les  détails  re- 
latifs à  Tordre  des  élections,  à  la  police  intérieure  des  Etats, 
ainsi  qu'à  leurs  attributions  ;  mais  nous  devons  mentionner  le 
vœu  d'après  lequel  les  syndics  demandent  la  suppression 
des  Assemblées  d'élection  ou  de  département.  Les  Bureaux 
intermédiaires  étaient,  à  leur  avis,  la  cause  de  fortes  dé- 
penses, la  province  n^ayant  pas  accepté  les  ofiTres  du  Bureau 
de  Bar-sur-Aube  de  la  servir  gratuitement.  Le  secrétaire  du 
député  de  chaque  arrondissement  aurait  été  chargé  de  la 
transmission  aux  municipalités  de  la  correspondance  admi- 
nistrative. On  voyait  dans  cette  réforme  moins  de  complica- 
tions et  plus  d'écono^nie. 

Le  Bureau  intermédiaire  s'associa  entièrement  aux  con- 
clusions du  mémoire  qui  lui  était  présenté  par  les  syndics, 
tout  en  déclarant  que  si  les  Etats  provinciaux  étaient  insti- 
tués par  la  nation  assemblée,  la  province  s'abandonnait  en- 
tièrement à  la  sagesse  de  ses  décrets.  Le  mémoire,  qu'ils 
approuvaient,  porte  l'empreinte  du  style  facile  et  brillant  de 
Beugnot,  qui  avait  été  chargé  de  le  rédiger.  Il  débute  par  un 
tableau,  souvent  déclamatoire,  mais  non  sans  intérêt,  de  la 
situation.  11  dépeint,  avec  l'exagération  habituelle  de 
l'époque,  la  condition  du  Français  a  ne  présentant  plus 
qa'uii  individu  dégénéré  et  isolé,  traînant  une  existence  in- 
diflërente,  jusqu'à  ce  que  la  mort  eut  consonuné  Toubli 
dans  lequel  il  avait  vécu,  i  Le  rétablissement  des  Etats-gé- 


l'assbvbléb  d'élection  de  bar-sur-aube.        231 

néraux,  s'écrie  Tauteur  du  mémoire,  nous  a  réveillés  de  cet 
engourdissement.  Les  troubles  intérieurs  ont  rendu  la  vie  à 
nos  âmes;  on  a  vu  se  déployer  des  mâles  courages,  et  Paris 
a  parlé  le  langage  de  Sparte,  »  et  dans  un  langage  qui  n^a 
rien  de  laconique,  Tauteur  salue  Tavénement  de  o  Tordre 
du  peuple,  qui  déploie  ses  titres  aux  pieds  du  trône,  et  qui 
revendique  ses  droits  d'un  ton  qui  annonce  le  sentiment  in- 
time de  ses  propres  forces.  » 

Le  mémoire  relatif  aux  Etats  de  Champagne  était  la  ma- 
nifestation locale  d'un  mouvement  d'opinion,  qui  s'était 
étendu  rapidement  dans  toute  la  province,  et  qui  avait 
trouvé  surtout  dans  les  municipalités  des  villes ,  telles  que 
Troyes  et  Langres,  des  appuis  convaincus.  Ce  mouvement 
devait  être  éphémère,  et  si  la  réforme  qu'il  avait  pour  but 
d'obtenir  avait  été  réalisée,  elle  aurait  rencontré  bientôt  au- 
tant de  dédain  que  celui  qu'inspiraient  les  institutions 
de  1 787 .  Pour  établir  un  régime  nouveau,  on  recourait  aux 
précédents,  et  l'on  invoquait  les  Etats  de  Champagne 
de  1358  comme  on  avait  invoqué  les  Etats- généraux 
de  1614.  Ce  fut  un  des  caractères  de  cette  époque  de  s'ap- 
puyer sur  les  traditions  pour  renverser  les  institutions  exis- 
tantes, et  de  se  lasser  des  institutions  nouvelles  avant  même 
qu'elles  aient  pu  porter  leurs  fruits. 


La  dernière  séance  de  l'Assemblée  de  Bar-sur- Aube  eut 
lieu  le  28  octobre  1788.  Elle  se  termina  par  les  discours 
de  congratulation  d'usage,  dans  lesquels  on  disait  que  les 
députés  avaient  répandu  sur  tous  leurs  travaux  le  <c  coloris 
du  talent.  »  Le  procès-verbal  de  leurs  délibérations  est  en 
effet  rempli  d'intérêt;  il  témoigne  en  faveur  de  l'activité,  de 
l'initiative,  de  l'intelligence  de  ceux  dont  il  contient  les  opi- 


232        l'assemblée  d'élection  de  bar  sdr-aubb. 

nions,  et  Ton  conçoit  que  les  membres  de  l'Assemblée  aient 
eu  le  désir  de  le  faire  imprimer.  Comme  les  instructions 
ministérielles  en  interdisaient  l'impression  aux  frais  de  la 
province,  les  députés  offraient  de  la  faire  faire  à  leurs  frais. 
«  J'ose  croire,  écrivit  le  président  Mesgrigny  à  la  Commis- 
sion provinciale ,  que  vous  ne  trouverez  pas  mauvais  que 
l'Assemblée  d'Election  donne  à  ses  opérations  une  publicité 
légale  qui  ne  peut  qu'exciter  Témulation  et  accroître  la 
confiance  (1).  »  La  Commission  s'abrita  derrière  le  règle- 
ment du  4  septembre  1787  pour  refuser  l'autorisation  qui 
lui  était  demandée  ;  elle  promit  d'en  référer  au  Directeur 
général  des  finances.  Le  Bureau  intermédiaire  et  les  syndics 
insistèrent;  n'ayant  pas  de  réponse  du  ministre,  ils  mena- 
cèrent de  passer  outre.  «  La  liberté  de  la  presse  étant  solli- 
citée par  le  Parlement  et  consentie  tacitement  par  le 
Conseil,  nous  ne  pouvons  pas  supposer,  écrivirent-ils,  qu'on 
nous  fasse  un  reproche  d'avoir  usé  de  cette  liberté  pour 
faire  part  à  nos  concitoyens  du  résultat  de  nos  travaux, 
lorsqu'on  n'y  trouve  rien  que  d'utile  et  de  patriotique.  » 
La  Commission  persista  dans  ses  fins  de  non-recevoir,  et 
cita,  à  l'appui  de  son  opinion,  la  censure  à  laquelle  il  lui 
avait  fallu,  en  1787,  soumettre  le  procès-verbal  de  l'As- 
semblée provinciale,  et  les  corrections  que  le  ministre 
y  avait  fait  apporter  par  le  Conseil  (2). 

L'émotion  causée  par  les  élections  de  1789  fît  sans  doute 
renoncer  à  leurs  projets  d'impression  les  procureurs-syndics 
et  les  membres  du  Bureau.  Ceux-ci  espéraient  peut-être 
se  faire  davantage  apprécier  des  électeurs,  en  les  mettant  à 
même  de  connaître  leurs  travaux.  Il  est  certain  que  Beugnot 
avait  l'ambition,  très-justifiée  d'ailleurs  par  ses  talents,  de 


(1)  Lettre  du  31  octobre  1788.  Ârch.  de  TAube,  G.  2318. 

(2)  Lettres  du  Bureau  du  3t  décembre  1788,  de  la  Commission  dn 
8  janvier  1789. 


l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-aubb.        233 

représenter  ses  concitoyens  aux  Etats-généraux.  Il  nous  a 
laissé  dans  ses  Mémoires,  le  spirituel  récit  des  incidents  qui 
signalèrent  les  séances  de  l'Assemblée  du  balliage  de  Chau- 
monty  auquel  appartenait  une  partie  de  l'élection  de  Bar- 
sur-Âube.  L'inintelligence  des  uns^  les  intrigues  des  autres 
lui  firent  préférer  un  médiocre  avocat  de  Brienne,  contre  le- 
quel il  dirige  tous  les  traits  de  sa  verve  moqueuse.  Cet  avocat, 
nommé  Jeanny,  était  syndic  de  Brienne,  et  le  Bureaul  ui 
avait  écrit  l'année  précédente  une  lettre  pleine  de  considé- 
ration pour  l'engager  à  remplir  ces  fonctions  municipales 
dont  il  voulait  se  démettre  (1). 

De  retour  à  Bar-sur-Aube,  Beugnot  consacra  son  acti- 
vité, Ipendant  les  premiers  temps  de  la  Révolution,  aux  tra- 
vaux modestes  de  l'administration.  Le  Bureau  se  réunissait 
plus  souvent  que  par  le  passé,  soit  pour  expédier  les  affaires 
courantes,  soit  pour  transmettre  les  décrets  de  l'Assemblée 
nationale.  Quelquefois  il  croyait  inopportun  de  leur  donner 
la  publicité  exigée  ;  c'est  ainsi  qu'il  jugeait,  le  18  août,  que 
la  tranquillité  publique  n'étant  pas  en  danger  dans  le  dépar* 
tement,  il  était  inutile  d'envoyer  aux  communes  un  décret 
relatif  à  la  sécurité  des  citoyens.  Il  pensait  qu'il  était  suffi- 
sant de  le  déposer  aux  archives  pour  y  avoir  recours  au  be- 
soin. Quelques  jours  pins  tard,  la  situation  s'est  singulière- 
ment aggravée.  »  Un  désordre,  jusqu'alors  inconnu,  règne 
dans  les  municipalités.  Les  droits  imposés  sur  les  vins,  la 
vente  exclusive  du  sel  et  du  tabac  y  sont  publiquement  élu- 
dés; les  contribuables  les  plus  aisés  affectent  à  l'égard  du 
paiement  de  la  taille  et  des  vingtièmes  une  négligence  qui 
dégénère  en  refus.  Les  propriétés  ne-  sont  pas  respectées. 
Nous  voyons  avec  douleur,  ajoutent  les  procureurs-syndics, 
que  dans  beaucoup  d'endroits  le  peuple  égaré  substitue  le 
droit  du  plus  fort  aux  principes  de  la  justice,  et  ses  propres 


(i)  Lettre  dn  2  jain  1788.  Ârch.  de  P Aube,  G.  301 . 


234        l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-aube. 

emportements  à  Tordre  établi.  La  libre  circulation  des  grains 
dans  l'intérieur  des  provinces,  si  formellement  ordonnée 
par  le  décret  de  l'Assemblée  nationale,  reste  toujours  inter^ 
ceptée.  «Afin  de  remédier  à  ces  désordres,  le  Bureau  rendit 
un  arrêté  pour  ordonner  aux  milices  de  saisir  les  factieux  pris 
en  flagrant  délit,  de  les  livrer  à  la  prévôté,  de  prêter  main 
forte  aux  collecteurs  d'impôts  et  à  la  libre  circulation  des 
grains  (1).  La  rareté  des  grains  causait  en  efiet  une  vive  ef- 
fervescence et  le  maire  de  Wassy,  étant  venu  en  acheter  à 
Bar-sur-Aube,  ne  réussit  à  se  soustraire  à  la  fureur  du 
peuple  que  par  la  fuite  la  plus  prompte,  et  par  Tabandon 
de  ses  chevaux  et  de  sa  voiture ,  qui  restèrent  entre  les 
mains  des  habitants  (2). 

On  ne  trouve  aucune  indication  dans  les  procès-verbaux 
du  Bureau  intermédiaire  des  conflits  qui  éclatèrent  à  cette 
époque  entre  la  municipalité  de  Bar-sur-Aube  et  un  comité 
formé  dans  cette  ville  par  la  garde  nationale,  ni  des  efforts 
que  firent  les  administrateurs  pour  les  calmer  et  en  empê- 
cher les  résultats  funestes  (3).  Les  délibérations  du  Bureau 
portent  peu  de  traces  des  graves  préoccupations  politiques 
du  moment  ;  il  sent  que  ses  pouvoirs  touchent  à  leur  terme, 
qu'il  est  dans  l'impuissance  de  provoquer  le  bien,  et  il  se 
renferme  dans  le  cercle  étroit  de  ses  atbîbutions.  Cependant, 
à  l'occasion  de  la  répartition  de  la  contribution  des  anciens 
privilégiés,  il  s'élève  contre  la  décision  par  laquelle  les  dé- 
clarations devaient  se  faire  au  seul  domicile  du  contribuable, 
et  non  dans  la  conunune  où  étaient  situées  les  propriétés. 
((  On  verra  renaître  ainsi,  dit-il,  les  abus  de  l'ancien  régime  ; 
le  riche  échappera  à  Timpôt,  et  l'on  n'aura  établi  que  la 


(1)  Séance  du  2  septembre  1789. 

(2)  Décret  du  3  octobre  1789,  séance  du  soir.  CoUeetian  générale 
des  décrets^  L  I.  p.  101. 

(3)  Mémoire  du  comte  Beugnot^  t  L  p.  147. 


L^ASSBMBLÉB   d'ÉLEGTIOII    DB   BAR-SUR-AUBB.  235 

plus  misérable  des  aristocraties,  celle  des  propriétaires,  i»  et 
le  Bureau  montre  d'une  manière  bien  nette  les  sentiments 
que  Paris  inspire  alors  à  certaines  villes  de  province,  en 
disant  que  la  décision  dont  il  demande  la  modification 
0  parait  aux  yeux  du  public  avoir  pour  but,  ou  de  sous- 
traire les  grands  propriétaires  à  l'imposition,  ou  de  re- 
porter cette  imposition  dans  la  capitale  au  détriment  des 
provinces,  qui  ne  sont  déjà  que  trop  affectées  des  faveurs  en 
tout  genre  que  Paris  conquiert  à  main  armée  (1).  » 

L'Assemblée  nationale  fît  droit  aux  réclamations  de  la 
province,  en  décidant  que  l'impôt  des  ci-devant  privilégiés 
et  des  anciens  tailiables  serait  perçu  dans  les  lieux  où  leurs 
biens  étaient  situés  (2). 

Le  Bureau  intermédiaire  se  réimit  pour  la  dernière  fois  le 
5  juillet  1790.  L'abbé  Evers  etTassin  furent  chargés  d'en  re- 
mettre les  archives  à  l'administration  du  district,  qui  entrait 
en  fonctions  sous  la  présidence  de  Pavée  de  Vendeuvre,  con- 
seiller à  la  cour  des  aides  (3).  Beugnot  depuis  quelque  temps 
n'avait  point  pris  part  aux  travaux  du  Bureau  ;  nommé  com- 
missaire du  roi  pour  la  formation  du  département  de  l'Aube, 
auquel  il  avait  contribué  à  faire  incorporer  l'élection  de  Bar- 
sur-Aube,  il  fit  apprécier  ses  rares  qualités  par  les  membres 
de  l'Assemblée  électorale  du  nouveau  département,  qui  lui 


(1)  Séance  du  4  novembre  1789.  Beugnot  dut  faire  partie  de  ras- 
semblée consultative  convoquée  à  Gbâlons  par  la  commission  pro- 
vinciale pour  établir  une  uniformité  de  principes  dans  la  répartition 
des  impôts. 

(3)  Décret  du  18  décembre.  Lettre  de  Beugnot  du  19. 

(3)  L'Assemblée  du  district  fut  ainsi  composée  :  de  Vendeuvre, 
président;  Baudin,  maire  de  Spoix;  Richard,  notaire  à  Dienville; 
Gérard^  notaire  à  Rosnay;Millière,  lieutenant-général  du  bailliage 
de  Jaucourt;  Royer,  maire  deLignol;  Blampoiz,  curé  de  Vendeuvre; 
Girardon,  avocat  à  Bar-sur- Aube  ;  Gamier,  avocat  à  Maisons;  Le- 
seurre;  Poulot,  propriétaire  à  Bossanconrt;  Pierret,  avocat  à  Valen- 
tigny  :  procureur-syndic  ;  Georges,  avocat  à  Bar-sur-Aube. 


236        l'assemblée  d'élection  de  bar-sur-aube. 

confièrent  les  importantes  fonctions  de  procureur-général- 
syndic. 

Dampierre  et  VouiUemont  avaient  été  en  même  temps  ap- 
pelés à  siéger  à  l'Assemblée  du  département.  On  sait  que  le 
premier  en  fut  élu  président.  Le  Seurre  fit  partie  de  l'admi- 
nistration  du  district  de  Bar-sur- Aube.  D'autres  membres 
furent  honorés  plus  tard  des  suffrages  de  leurs  concitoyens. 
Duval,  de  Gyé,  fut  nommé  en  1792  député  à  la  Conven- 
tion ;  il  s'y  distingua  par  la  fermeté  avec  laquelle  il  motiva 
son  vote  contre  la  condamnation  à  mort  de  Louis  XVI. 
Raverat,  curé  de  Ghesley,  fut  à  plusieurs  reprises  président 
de  l'administration  du  département  de  l'Aube,  à  partir 
de  i  792.  Mais  ce  furent  surtout  Dampierre  et  Beugnot,  qui 
déployèrent  dans  les  fonctions  qui  leur  furent  confiées  les 
qualités  dont  ils  avaient  fait  preuve  dans  une  sphère  plus  res- 
treinte. Tous  deux  remplirent  un  rôle  remarqué  en  servant 
leur  patrie  d'une  manière  différente,  mais  également  bril- 
lante, Tun  à  la  tête  d'une  des  armées  de  la  République, 
l'autre  dans  les  postes  les  plus  élevés  d'une  administration^ 
que  la  Révolution  semblait  n'avoir  uu  instant  ébranlée  que 
pour  en  accroître  la  force  et  le  prestige. 

Ce  qui  donne  à  l'Assemblée  de  Bar-sur-Aube  un  relief 
particulier,  c'est  non-seulement  la  part  qu'elle  prend  au 
mouvement  de  l'époque  ;  c'est  le  mérite  de  quelques-uns  de 
ses  membres.  Si  les  aspirations  vers  la  liberté  sont  plus  vives 
à  Bar-sur-Aube  qu'à  Troyes,  c'est  à  leur  esprit  actif  et  gé- 
néreux qu'on  le  doit,  plutôt  qu'aux  influences  du  sol  et  du 
climat,  auxquelles  Montesquieu  attache  tant  d'importance. 
Non-seulement  les  membres  les  plus  distingués  de  l'Assem- 
blée de  Bar-sur-Aube  ont  TintelÛgence  de  l'administration  ; 
ils  en  saisissent  avec  facilité  les  questions  et  les  exposent  avec 
clarté;  ils  ont  aussi  la  passion  de  la  liberté  et  de  la  justice, 
et  le  désir  de  les  faire  triompher  sans  porter  atteinte  aux  ins- 
titutions fondamentales  de  la  monarchie  française.  Souvent 
même  9  en  prenant  pour  guides  des  principes  supérieurs,  ib 


L*A88E]IBLiB   d'ÉLEGTION    DB   BAR-SUR-AUBB.  237 

se  laissent  entraîner  par  des  mirages  séduisants;  ils  ne  me- 
surent pas  suffisamment  la  portée  de  leurs  paroles  et  de 
leurs  vœux  ;  ils  cèdent  plus  qu'il  ne  faudrait  à  la  tendance 
trop  fréquente  des  Assemblées  administratives  de  s'écarter 
de  leurs  attributions  pour  exprimer  leur  avis  sur  les  affaires 
de  l'Etat;  mais  s'ils  se  sont  parfois  trompés,  slls  ont  été  ira- 
prudents,  qui  de  nous  cependant  n'envierait  leurs  espérances 
désintéressées?  qui  de  nous,  s'il  eut  vécu  à  cette  époque, 
aurait  pu  se  défendre  de  penser  et  d'agir  comme  eux? 


Troyes,  le  16  mai  1873. 


238        l'assbbbléb  d'élection  dé  bar-^cr-aviie. 


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RAPPORT 


SUR  LES  FOUILLES 


DE  LA  TOMBELLE  D'AULNAY 


PAR 


M.    JULIEN   GUtÉAXJ 

Membre  résidant  (4)- 


I. 

Le  plateau  de  Langres,  occupé  aux  premiers  temps  de 
notre  histoire  par  les  Gaulois  Lingons,  sans  avoir  l'aspect 
d'une  montagne  escarpée  et  d'un  fort  relief,  est  le  point 
le  plus  élevé  de  la  France  occidentale.  C'est  le  véritable  père 
des  eaux  de  tonte  cette  contrée;  car  de  ses  vastes  entrailles, 
comme  d'un  réservoir  inépuisable,  s'écoulent  de  nombreux 
cours  d^eaux  qui  répandent  partout  la  fertilité,  l'abondance 
et  la  vie.  C'est  là  que  trouvent  leur  origine  la  Saône  qui 
se  dirige  vers  la  Méditerranée,  d'un  cours  si  lent,  qu'elle 


(i)  Ce  rapport  a  été  présenté  au  nom  d'une  Commission  composée 
de  MM.  A.  Gayot,  Boutiot,  Goffinet,  Quilliard  et  Gréaa. 

Ce  trayail  n'est  que  la  reproduction  écrite  et  nu  peu  développée 
de  la  communication  déjà  faite  verbalement  à  la  Société  le  i5  juin  Î866 
et  dont  la  rédaction  avait  été  empêchée  par  des  circonstance»  impé- 
rieuses et  des  deuils  de  famille  qui  ont  frappé  le  rapporteur. 


240  FOUILLES   DE   LA    TOMBELLB   d'aULNAT. 

semble  regretter  les  vallons  qui  Tont  tu  naître,  et  dans  une 
direction  opposée,  la  Meuse  qui  coule  vers  la  mer  du  Nord, 
puis  TAisne  et  la  Marne  ;  l'Aube  qui  a  servi  à  nommer  notre 
département,  et  la  Seine  qui,  de  concert  avec  elle,  arrose 
nos  paisibles  vallées,  —  et  qui  toutes  portent  le  tribut  de 
leurs  eaux  vers  les  côtes  de  TOuest. 

De  temps  immémorial,  la  situation  culminante  de  ce 
plateau  a  fixé  Tattention  des  hommes,  et  depuis  les  Gaulois 
Lingotis,  il  a  été  le  théâtre  de  bien  des  événements;  il  a  été 
surtout  le  point  de  mire  des  grandes  armées  qui  à  différentes 
époques  ont  occupé  les  Gaules,  et  les  étrangers,  lorsqu'ils 
passaient  le  Rhin  pour  envahir  la  France  en  1814,  s'étaient 
donné  rendez-vous  sur  son  sommet,  afin  de  se  répandre 
aux  alentours,  comme  les  eaux  qui  en  découlent. 

Les  passages  nombreux  et  successifs  de  populations  pai- 
sibles ou  guerrières,  ont  laissé  sur  le  sol  du  plateau  plu- 
sieurs traces,  que  la  grifie  du  temps  et  la  main  plus  destruc- 
tive des  hommes  n'ont  pas  complètement  effacées. 

Vous  connaissez  tous,  je  n'en  doute  pas,  le  plus  ancien  de 
ces  témoins  du  passé.  C'est  un  menhir  monolithe,  de  huit 
mètres  de  hauteur  qui  est  situé  à  Fontaine-sur-Mame,  arron- 
dissement de  Vassy,  sur  les  dernières  pentes  du  plateau.  Il 
nous  a  sans  doute  été  légué  par  cette  mystérieuse  population 
qui  avait  élevé  autour  de  Nogent  tous  ces  dolmens  dont  vous 
avez  naguère  exploré  les  derniers  débris. 

L'énergique  grandeur  de  cette  simple  pierre  n'a  pas  été 
remarquée  seulement  de  nos  jours  et  il  y  a  longtemps  qu'un 
Germain  romanisé,  dans  Torgueilleuse  pensée  de  perpétuer 
sa  mémoire,  a  cru  bien  faire  de  l'associer  à  la  durée  de  ce 
monument  primitif.  11  a  réussi,  et  la  Haute-Borne  nous  a 
transmis,  gravé  sur  une  de  ses  faces,  ce  nom  que  l'histoire 
n'aurait  pas  conservé,  et  elle  le  montrera  à  bien  d'autres 
générations,  jusqu'au  jour  où  elle  sera  réclamée  par  le  cou- 
peret du  carrier. 

Nous  trouvons  ensuite  la  ville  de  Langres  elle-même,  où 


FOUILLES    DE   LA    TOMBBLLB    d'aULNAY.  241 

les  Romains,  mieui  reçus  que  dans  d'autres  parties  des 
Gaules,  s'étaient  fortement  retranchés,  pour  surveiller  plus 
facilement  les  contrées  voisines ,  indociles  à  leur  domina- 
tion :  de  nombreux  vestiges,  des  monuments  entiers,  attes- 
tent leur  long  séjour  dans  cette  région,  où  la  colline  du 
Châtelet  renferme  dans  ses  flancs  une  ville  toute  entière, 
dont  les  débris,  contemporains  de  cet  âge  reculé,  sont 
exhumés  chaque  jour  par  de  patients  et  laborieux  explora- 
teurs. Après  les  Romains,  tous  les  autres  envahisseurs  de 
la  Gaule  ont  campé  sur  ce  plateau,  et  souvent  un  hasard 
heureux  ramène  à  la  lumière  quelque  témoignage  intéres- 
sant du  passage  des  Francks,  des  Vandales  ou  des  Bour- 
guignons. 

Mais  ces  souvenirs  appartiennent  surtout  à  l'histoire  gé- 
nérale de  notre  Champagne  et  à  une  partie  de  notre  vieux 
territoire  un  peu  éloignée  de  notre  ville.  En  y  insistant,  je 
sortirais  de  la  limite  que  vous  avez  assignée  aux  explora- 
tions dont  j'ai  à  vous  rendre  compte  aujourd'hui  ;  je  dois 
me  borner  à  vous  entretenir  des  faits  particuliers  à  une  lo*- 
calité  plus  rapprochée,  située  dans  le  périmètre  de  notre 
département,  et  que  des  liens  historiques  ont  probablement 
unie  autrefois  au  massif  central  du  pays  Lingon,  comme 
des  liens  physiques  l'y  rattachent  encore  aujourd'hui. 


II. 


Le  plateau  de  Langres,  en  effet,  par  les  rameaux  qu'il 
projette  au  loin  entre  les  divers  cours  d'eau  qu^il  alimente, 
s'étend  jusqu'aux  confins  de  notre  contrée.  Ses  derniers 
contreforts  viennent  baigner  leurs  bases  dans  les  eaux  claires 
de  l'Aube,  vers  Brienne  et  Coclois;  ils  ressemblent  à  de 
vieilles  tours  démantelées  par  la  gelée,  la  mine  et  le  canon  ; 
et  la  blancheur  de  leurs  sommets  arrondis  et  dénudés, 

T.  xxxni.  16 


242  POCIUES   DE   LA   TOHBBLLE   d'aULNAT. 

forme  un  contraste  étrange  avec  la  puissante  verdure  et  la 
végétation  luxuriante  de  la  vallée. 

Sur  la  plus  élevée  de  ces  croupes,  limitée  par  les  ruis- 
seaux du  Meldançon  et  du  Ravet,  s'élevait  encore,  il  y  a 
quelques  mois,  une  éminence  inculte,  entourée  de  quelques 
broussailles,  et  sur  le  flanc  de  laquelle  végétait  un  orme 
adopté  pour  signal  dans  les  opérations  géodésiques  de 
Tétat-major. 

Des  opinions  diverses  se  sont  produites  à  différentes  épo- 
ques sur  la  destination  de  cette  butte,  dont  rétablissement 
factice  n'était  pas  douteux  :  Grosley,  et  après  lui  Courtalon, 
en  ont  parlé  brièvement,  et  avec  beaucoup  de  réserve; 
Grosley,  toutefois,  incline  pour  Topinion  qui  veut  y  voir 
une  limite  de  territoire,  sur  le  sommet  de  laquelle  on  aurait 
pu  quelquefois  établir  des  signaux  par  le  feu.  Dans  toute 
la  contrée,  l'opinion  la  plus  répandue,  la  plus  accréditée 
était  qu'elle  avait  été  formée  pour  une  sépulture  à  laquelle 
la  voix  populaire  attribuait  une  haute  antiquité.  Aussi  les 
populations  voisines  l'appellent  la  Tombelle  d'Aulnay,  ou 
simplement  la  Tombelle,  noms  adoptés  par  tous  les  géo- 
graphes qui  l'ont  signalée.  C'est  sous  le  seul  nom  de  la 
Tombelle  que  l'état-major  de  France  l'a  fait  figurer  dans 
son  grand  travail  topographique. 

Ainsi  donc,  le  mouvement  d'attention  dont  la  Tombelle  a 
été  l'objet  dans  ces  derniers  temps,  n'est  pas  un  fait  qui  vient 
de  se  produire  pour  la  première  fois,  et  si  l'intérêt  qu'elle 
a  excité  a  été  général,  s'il  a  conduit  à  un  examen  sérieux  et 
complet,  c'est  que  la  curiosité  avait  été  surexcitée  par  un 
fait  récemment  arrivé  et  qui  était  assez  piquant.  Un  jour, 
un  berger  des  environs  conduisait  ses  moutons  sur  la  butte, 
près  des  broussailles  que  j'ai  signalées  au  début  de  ce  récit, 
et  qui,  par  parenthèse,  étaient  habitées  par  de  nombreux 
lapins.  Le  métier  de  berger  laisse  beaucoup  de  loisir,  cha- 
cun le  sait;  à  quoi  pouvait  penser  le  nôtre  dans  un  pays  où 
la  siurveillance  de  ses  bêtes  exigeait  peu  d'attention  7  Pour 


trouvé*  àU  TombcUe  d'AULNAY 
cl  ponatrvép  au  Mueéc  df  TROYES 


FOUILLES   DE   LA   T0M6BLLB   d'aULNAT.  243 

s'occuper  agréablement  le  corps  et  l'esprit,  il  se  mit  à  exa- 
miner les  terriers  des  lapins ,  autom*  desquels,  quoique  la 
chronique  n'en  dise  rien,  il  avait  peut-être  tendu  quelques 
collets,  $pe  prœdœ^  pour  augmenter  son  ordinaire  toujours 
un  peu  frugal. 

L'entrée  d'un  de  ces  réduits  souterrains  aTaît  été  nou- 
Tellement  et  fortement  bouleversée  ;  un  renard,  sans  doute, 
pour  atteindre  quelque  lapin  dans  ses  derniers  refuges,  en 
avait,  la  nuit  précédente,  retiré  un  amas  de  terre  meuble. 
Les  regards  du  berger  furent  attirés  par  un  petit  objet  mé- 
tallique gisant  à  l'entiée  du  terrier,  théâtre  de  ce  siège  ré- 
cent ;  il  eut  la  bonne  pensée  de  le  ramasser  et  de  le  porter 
à  son  patron,  M.  le  comte  des  Réaulx,  de  Goclois,  qui  en  a 
fait  hommage  à  la  Société  pour  son  musée. 

Cet  objet  de  métal  était  c^tte  tête  d'animal,  bœuf  ou  tau- 
reau, en  bronze  antique  que  vous  avez  envoyée  à  l'Exposi- 
tion universelle  de  1867,  à  Paris,  section  de  l'histoire  du 
travail,  où  elle  a  figuré  sous  le  n*  715.  —  Elle  avait  déjà 
été  remarquée  a  l'Exposition  locale  que  vous  aviez  organi- 
sée à  Troyes  en  1864,  car  les  têtes  de  cette  nature  sont  fort 
rares;  celle-ci,  dont  la  physionomie  est  expressive  et  vi- 
vante ,  et  qui  est-être  un  ea:  voto,  mesure  neuf  centimètres 
de  longueur,  du  sommet  du  front  au  bout  des  naseaux,  et 
cinq  centimètres  de  largeur  à  la  partie  frontale  la  plus  dé- 
veloppée. Les  cornes  sont  très-longues;  chacune  d'elles  est 
tamponnée  à  son  extrémité  par  une  boule  également  en 
bronze. 

Les  yeux  sont  ouverts,  le  globe  de  l'œil  est  en  argent,  oxidé 
maintenant,  et  les  prunelles  sont  figurées  par  deux  pierres 
translucides,  scintillantes,  de  couleur  brun  jaunâtre,  tail- 
lées à  facettes,  dont  la  transparence,  Téclat  et  le  poli  n'ont 
pas  été  altérés  par  le  long  séjour  qu'elles  ont  fait  en  terre. 

Une  patine  d'un  beau  brun,  rehaussée  de  quelques  points 
rouges,  recouvre  toute  la  télé  ;  l'épiderme  n'a  été  attaquée 
qu'en  quelques  parties  peu  étendues  par  l'oxidation,  qui  a 


244  FOUILLES   DB   LA   TOMBBLLB   d'aULNAT. 

laissé  si  rarement  intacts  la  plupart  des  objets  retirés  du  sol 
ou  des  eaux  après  un  long  enfouissement. 

Quelle  pouvait  être  la  destination  de  ce  monticule  arti- 
ficiel qui  venait  de  restituer  à  la  lumière  le  curieux  bronze 
que  je  viens  de  signaler?  Avait-il  porté  un  autel  sur  lequel 
aurait  été  consacrée  la  tête  cornue  si  singulièrement  re- 
trouvée? Cet  amas  de  terre  cachaiUil  les  débris  écroulés  d'une 
vigie  ou  d'une  station  militaire,  qui  avaient  choisi  ce  point 
élevé  pour  faire  des  signaux  à  Taide  du  feu?  Servait-il  de  li- 
mite à  un  territoire?  ou  abri  tait- il  un  tombeau?  soit  qu'au- 
dessous  il  y  eût  encore  un  dolmen  complet  comme  on  en  a 
trouvé  quelques-uns  en  Bretagne  ;  soit  que  le  corps  eût  été 
inhumé  au  centre  du  tumulus  comme  il  y  en  a  des  exemples 
en  Bourgogne,  en  Alsace  et  dans  beaucoup  d'autres  lieux. 

C'est  ce  que  vous  désiriez  savoir  depuis  longtemps  ;  et 
l'opinion  publique  y  voyait  une  sorte  d'énigme  à  la  solution 
de  laquelle  elle  s'intéressait. 

Le  moyen  qui  vous  parut  le  meilleur  pour  y  parvenir  fut 
d'interroger  le  sol  de  la  Tombelle,  dans  l'espoir  qu'il  vous 
répondrait,  et  qu'il  rendrait  au  jour  quelque  monument 
nouveau. 

La  fouille  était  décidée,  et  celui  qui  vous  parle  en  ce  mo- 
ment avait  eu  la  bonne  chance  et  l'heureuse  fortune  d'ob- 
tenir de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  par  l'inter- 
médiaire de  son  président,  M.  le  général  Greuly,  un  subside 
de  deux  cents  cinquante  francs  pour  l'ajouter  aux  trop  mi- 
nimes ressources  dont  vous  pouviez  disposer.  H  restait  à 
s'occuper  néanmoins  de  quelques  formalités  préliminaires, 
indispensables  ;  il  fallait  obtenir  l'autorisation  préalable  du 
Maire  et  du  Conseil  municipal  de  Jasseines  ;  il  fallait  fixer 
une  indenmité  pour  le  locataire  de  la  chasse  sur  la  surface 
de  la  Tombelle  ;  enfin ,  et  c'était  le  point  délicat,  il  fallait 
régler  Tattribution  à  faire  des  trouvailles  en  cas  de  fouilles 
heureuses. 

Votre  Bureau,  avec  le  concours  empressé  de  notre  Prési- 


FOUILLES   DB  LA   TOMBELLB  D^AULNAY.  245 

dent  d'honneur  M.  le  Préfet,  eut  bientôt  réuni  des  conclu- 
sions satisfaisantes  sur  tous  ces  points,  et  on  put  songer  à 
commencer  les  travaux. 

A  cet  effet,  notre  Président  annuel,  M.  Gayot,  accompagné 
de  plusieurs  membres  de  notre  Société,  se  rendit  à  la  Tom- 
belle  afin  d^aviser  à  la  direction  à  donner  aux  fouilles.  Hs 
furent  reçus  et  conduits  sur  le  terrain  par  M.  le  Maire  de 
Jasseines  et  tous  vos  collègues  n'eurent  qii'à  se  féliciter  de 
son  accueil  pendant  tout  le  séjour  qu'ils  y  firent,  soit  en- 
semble, soit  isolément  (1). 


m. 


Avant  de  continuer,  je  crois  qu'il  serait  opportun  d'en- 
trer dans  quelques  détails  circonstanciés  sur  la  situation  de  la 
Tombelle,  sur  sa  forme  et  même  sur  la  contrée  voisine. 

La  Tombelle  étant  indiquée  sur  la  carte  de  l'Etat-Major, 
il  est  facile  de  se  rendre  compte  de  sa  situation  par  rapport  à 
Troyes  et  à  quelques  autres  localités  des  alentours;  cette 
carte  reproduisant  en  même  temps  les  mouvements  des  ter- 
rains et  donnant  également  la  cote  des  principales  altitudes 
de  la  contrée  qui  nous  intéresse.  Pour  compléter  ces  indi- 
cations, je  déposé  seulement  sur  voire  bureau  :  1*"  le  plan 
de  la  Tombelle  au  moment  de  notre  visite  ;  2""  les  plans, 
coupes  et  nivellements  des  travaux  exécutés  sous  la  direc- 
tion de  la  Société.  (PI.  II,  n~  1,  2,  3,  4.) 

Nous  devons  le  tableau  de  ces  documents  aussi  détaillés 
que  précis  à  M.  Lasnier,  agent-voyer  en  chef  de  l'arrondis- 
sement d'Arcis,  qui  l'a  dressé  par  ordre  de  notre  collègue 
M.  Quilliard,  d'après  les  notes  relevées  sur  le  terrain  par 
M.  Tallot,  agent-voyer  cantonnai  de  Jasseines.  Je  pense 

(1)  M.  Dormont,  ancien  notaire. 


246  FOUILLES   DE    LA   TOMBELLE  d'aULHAT. 

être  votre  juste  interprète  en  adressant  ici  tos  remerdments 
à  ces  bienveillants  collaborateurs. 

La  Torabelle  est  située  sur  le  territoire  de  la  conunune  de 
Jasseines,  au  point  d'intersection  du  sol  de  cette  commune 
avec  les  territoires  de  Brillecourt  et  d'Aulnay.  Elle  faisait 
autrefois  partie  de  la  commune  d'Aulnay,  dont  un  redres* 
sèment  de  limites  Ta  détachée  pour  Tannexer  à  celle  de  Jas- 
seines  ;  mais,  malgré  ce  démembrement,  l'ancien  nom  est 
resté,  et  on  ne  l'appelle  dans  le  pays  que  la  Tombelle  d'Aul- 
nay, désignation  que  nous  avons  respectée,  et  que  nous 
avons  cru  devoir  conserver. 

On  s'y  rend  maintenant  de  Troyes  par  la  grande  route  de 
Brienne  jusqu'au-delà  du  Pont-Hubert,  où  s'embranche 
bientôt  un  chemin  d'intérêt  commun,  passant  par  Créney, 
dont  on  laisse  à  gauche  la  vieille  et  intéressante  église; 
puis  par  Luyères,  dont  les  coteaux  arides  commencent  à  être 
ombragés  par  une  plantation  étendue  de  pins,  auxquels  im 
bel  avenir  parait  réservé.  Bientôt  on  aperçoit  Coclois  avec 
son  beau  parc,  vers  lequel  la  route  descend  par  une  pente 
rapide ,  bordée  de  beaux  ormes,  et  où  la  rivière  de  l'Au- 
zon,  grossie  par  les  sources  de  Longsols,  vient  se  perdre 
dans  l'Aube,  la  rivière  aux  eaux  hmpides  {Aiba)j  dans  les- 
quelles, au  moment  de  notre  visite,  on  lavait  de  nombreux 
moutons. 

On  s'arrête  nécessairement  quelques  minutes  à  Coclois , 
pour  visiter  dans  l'église  le  tombeau  historique  et  monu- 
mental de  plusieurs  membres  de  la  famille  des  Réaulx  ;  on 
franchit  l'Aube  sur  un  pont  de  bois,  on  traverse  le  hameau 
de  Sainte-Thuise,  situé  au  milieu  d'épais  ombrages  et  qui 
doit  son  nom  à  un  couvent  de  femmes,  et  après  avoir  re- 
monté pendant  quelques  centaines  de  mètres,  la  rive  escarpée 
de  l'Aube,  en  côtoyant  le  ruisseau  de  Meldançon  qui  y  ter- 
mine son  cours  poissonneux  entre  une  bordure  de  peupliers, 
on  arrive  à  Jasseines ,  d'où  on  aperçoit  en  même  temps  la 
Tombelle  sur  sa  droite. 


FOUILLES   DE   LA   TOHBELLE   d'aULNAT.  247 

On  peut  encore  quitter  le  chemin  précédent  un  peu  après 
LuyëreS)  passer  à  Longsols,  dont  on  visite  les  fontaines 
transparentes  qui  sortent  d'un  parc  agréablement  planté  ; 
puis  traverser  la  jolie  bourgade  de  Pougy,  où  une  motte 
artificielle  qu'on  ne  peut  s'empêcher  d'apercevoir,  servait 
autrefois  de  base  à  un  château-fort,  dont  il  ne  reste  plus  ves- 
tige :  là,  on  franchit  l'Auzon  à  Magnicourt,  on  passe  sur 
rÀube,  on  arrive  à  Aubay,  et  sur  le  sommet  d'une  pente 
allongée  qui  commence  près  des  dernières  maisons  de  ce 
bourg,  on  aperçoit  la  Tombelle,  à  laquelle  on  parvient  par 
le  côté  opposé  à  Jasseines.  Autrefois  on  s'y  rendait  de  Troy es 
par  une  autre  voie  plus  directe,  mais  plus  accidentée,  située 
entre  les  deux  précédentes,  et  qu'on  peut  reconnaître  et 
suivre  sur  beaucoup  de  points  plus  ou  moins  voisins  des 
routes  que  nous  venons  d'indiquer.  Ce  chemin  très-large, 
traversant  l'Aube  à  Brillecourt ,  sur  un  pont  dont  on  voit 
encore  des  débris  au  moment  des  basses  eaux,  passe  au  pied 
même  de  la  Tombelle,  d'où  il  continue  à  se  diriger  dans  la 
direction  de  Vitry.  Il  est  généralement  admis  qu'il  recouvre 
une  ancienne  voie  romaine. 

L'altitude  de  la  Tombelle  au-dessus  de  la  mer  est  de  17 1"" 
seulement.  Cette  élévation  est  minime  relativement  à  celle  de 
beaucoup  d^autres  points  notoirement  connus  par  Fétendue 
des  paysages  qui  les  entourent;  cependant  les  horizons  sont 
très-vastes  autour  de  la  Tombelle  :  l'œil  ne  plonge  pas  dans 
de  profondes  vallées  remplies  d'ombre  et  de  mystère,  les 
regards  ne  surplombent  pas  sur  d'étroits  ravins  ou  sur  des 
rochers  à  pic  ;  ils  n'embrassent  pas  davantage  des  plaines  im- 
menses arrosées  par  un  grand  fleuve  sur  les  rives  duquel  se 
déploient  des  villes  populeuses  ;  mais  on  sent,  on  voit  qu'on 
est  sur  un  plateau  où  rien  ne  gêne  la  circulation  de  l'air,  où 
le  vent  a  beaucoup  de  prise,  parce  qu'on  est  loin  de  toute 
espèce  de  pic,  ou  de  tout  point  dominant  qui  lui  puisse 
faire  obstacle.  La  vue  la  plus  perçante  n'en  saurait  découvrir 
aucun,  puisque  les  sommets  les  plus  rapprochés  sont  dans 


248  FOUILLES   DB    LA   TOMBBLLB    d'aULNAT. 

TAuTergne ,  dans  les  Vosges  ou  derrière  les  Ardennes,  sar 
les  bords  du  Rhin.  Les  regards  vont  donc  de  presqne  tous 
les  côtés  se  perdre  dans  la  courbe  azurée  du  ciel  ou  dans  les 
nuages  qui  flottent  à  Thorizon,  excepté  du  côté  de  l'Est,  où 
la  vue  est  limitée  aussi  loin  que  les  yeux  peuvent  atteindre, 
par  les  lignes  ondoyantes  et  entrelacées  du  plateau  central, 
derrière  lesquelles  se  cache  Tantique  ville  des  Lingons. 

Les  lieux  qui  nous  environnent  ont  été  le  théâtre  de  plu- 
sieurs des  actes  du  grand  drame  de  1 8 1 4  ;  c'est  d'abord  la 
masse  blanche  du  château  de  Brienne-Napoléon,  encore 
tout  criblé  des  balles  russes;  puis  du  côté  opposé,  le  châ- 
teau de  Dampierre ,  où  l'empereur  de  Russie  a  passé  une 
nuit  en  février  1814;  puis  enfin,  mais  un  peu  en  arrière 
du  côté  culminant,  le  village  qui  passe  pour  avoir  été  le 
lieu  où  les  souverains  étrangers,  en  1814,  ont  conclu  la 
résolution  définitive  de  marcher  sur  Paris. 

Rappelons  en  même  temps  Rosnay,  pour  son  antique 
église  souterraine  ;  Sompsois ,  pour  les  beaux  bijoux  bour- 
guignons et  mérovingiens  qui  ont  été  soumis  à  votre  admi- 
ration au  Congrès  de  1864,  et  qui  avaient  été  retirés  du  sol 
de  cette  locabté;  Goclois  et  BriUecourt,  qui  a  donné  son 
nom  à  la  Marguerite,  épouse  de  Jean  de  Gréney,  dont  nous 
avons  retrouvé  la  double  tombe  dans  l'église  de  ce  nom, 
aux  portes  de  Troyes. 

Entre  ces  divers  groupes  d'habitations,  jaunissent  des 
champs  de  blé  où  le  vent  fait  onduler  de  magnifiques  récoltes 
sur  un  sol  qu'on  croyait  naguère  impropre  à  toute  culture,  et 
dont  les  riches  damiers  sont  séparés  les  uns  des  autres  par 
les  lignes  de  verdure  qui  bordent  les  ruisseaux  du  Mel- 
dançon,  du  Ravet,  du  Puits,  du  Longsols,  de  l'Auzon  et  la 
riante  vallée  de  la  Voire,  qui  sert  de  débouché  à  de  nom- 
breux étangs. 

Aux  pieds  de  la  Tombelle  même,  les  replis  plus  verts  et 
plus  sinueux  de  l'Aube  que  l'œil  peut  suivre  en  remontant 
son  cours,  depuis  sa  jonction  avec  la  Seine,  s'étendent  jus- 


Mémoim  dt  lai  SocAcad  de  l'Avlbt 


•7 


Lasiuer,del. 


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PES 


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FOUILLES   DE   LA   TOKBBLLB   D  AULNAT. 


249 


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t 


côte  de  Sainte-Germaine,  station  celtique  contre  la- 
S^adosse  la  ville  gallo-romaine  de  Segessera  et  der- 
iquelle  se  devinent  dans  la  brume  lointaine  les  re- 
kauyages  affectionnées  de  Saint-Bernard, 
'ombelle,  au  moment  où  nous  l'avons  abordée,  pré- 
:1a  forme  d'un  cône  tronqué,  dont  la  base  était  très- 
relativement  à  sa  hauteur;  mais  primitivement,  le 
j^vait  avoir  été  beaucoup  plus  complet  ;  on  ne  saurait 
*Jler  en  voyant  un  fort  bourrelet  de  terre  qui  forme  ac- 
;  ftent  la  circonférence  de  la  partie  supérieure  de  la 
Mlle,  tandis  que  la  partie  centrale  du  sommet  forme  la 

^^  It  évident  qu3  la  partie  culminante  de  l'ancien  sommet 
brtement  abaissée  ;  que  de  plus  la  partie  centrale  a  été 
ie,  et  que  le  bourrelet  dont  nous  avons  constaté  la 
Bce  dans  la  partie  supérieure  de  la  Tombelle,  provient 
mouvements  de  terrain.  Nous  avons  été  conGrmés 
eette  opinion  par  les  dires  d'un  vieillard  presque  cen- 
re  qui  était  venu  assister  à  notre  visite  ;  il  nous  a  déclaré 
ientendu  dire  par  son  père  que  de  son  vivant  une  fouille 
ftante  avait  été  opérée  sur  la  partie  supérieure  de  la 
>elle,  mais  que  néanmoins  on  n'était  pas  descendu  jus- 
la  base  et  qu'on  n'avait  fait  aucune  découverte  notable, 
a  été  bien  reconnu  que  toute  la  masse  était  composée 
fe  terre  végétale  sans  analogue  dans  le  voisinage.  Il 
|t  s'éloigner  à  la  distance  de  près  d'un  kilomètre  pour 
irouver  de  semblable;  c'était  évidemment  un  monticule 
ice  dont  la  composition  étrangère  au  sol  naturel  du  lieu 
ipait  les  yeux  les  moins  clairvoyants. 

IjSette  masse  reposait  elle-même  sur  une  croupe  calcaire 
rement  dénuée  de  terre  arable.  Le  plan  constate  que  les 
res  apportées  recouvrent  une  superficie  de  36   ares 
vT"  centiares.  La  hauteur  au  point  culminant  était  un  peu 

térieure  à  trois  mètres,  sur  une  surface  d'environ  1 8  ares, 
'abaissait  en  pentes  irrégulières  jusqu'aux  limites  du  tu- 


i 


tr(! 


250  FOUILLES   DB   LA   TOMBELLB   d'aULNAT. 

mulus,  où  en  plusieurs  points  elle  se  confondait  avec  le  sol 
euTironnant,  surtout  dans  la  direction  du  Nord  et  de  TOuest 
au  Sud-Est. 

En  admettant  seulement  une  hauteur  moyenne  de  deux 
mètres  pour  ramener  la  masse  entière  à  une  dimension  uni- 
forme sur  toute  la  surface  des  terrains  artificiels,  ce  qui  doit 
être  bien  près  de  la  vérité,  on  avait  la  démonstration  qu'il 
avait  fallu  rapporter  environ  sept  mille  mètres  cubes  de 
terre  pour  former  ce  monticule  (i  ). 

Que  de  temps  il  a  fallu  et  que  de  peines  pour  constituer 
un  pareil  amas,  surtout  si  ce  travail  a  eu  lieu  à  une  époque 
où  rhomme  réduit  à  sa  seule  force  musculaire  était  dé- 
pourvu d'auxiliaires  mécaniques! 

La  Conunission  décida  qu'on  attaquerait  la  Tombelle  si- 
multanément sur  quatre  points  opposés^  en  ouvrant  quatre 
tranchées  qui  suivraient  les  mouvements  du  sol  primitif, 
pour  se  réunir  au  centre  du  tumulus.  On  devait  ainsi,  en 
mettant  à  découvert  sur  une  grande  étendue  toute  l'épais- 
seur des  matériaux  dont  il  était  composé,  en  rendre  l'examen 
facile. 

Pour  faciliter  l'exécution  de  Tentreprise,  notre  collègue 
M.  Quilliard,  nous  faisant  profiter  des  ressources  de  l'admi- 
nistration qu'il  dirige  dans  notre  département,  avait  mis  i 
notre  disposition  un  cantonnier  chef  (2),  et  six  canton- 
niers ordinaires,  tous  ouvriers  vigoureux  et  expérimentés, 
sous  la  direction  de  l'agent-voyer  cantoniial  de  Jasseines. 
Une  fois  le  premier  coup  de  pioche  donné,  ils  continuèrent 
leurs  travaux  avec  une  ardeur  qui  ne  se  démentit  pas  jus- 
qu'à la  fin.  Je  suis  heureux  de  pouvoir,  au  nom  de  la  Com- 


(i)  Les  calculs  opérés  dans  les  boréaux  de  M.  Tlngénieur  eu  chef 
d'après  les  cotes  minutieuses  relevées  sur  le  terrain,  avec  des  ins- 
truments de  précision,  ont  donné  le  chiffre  de  6,968  mètres  pour  le 
cube  exact  des  remblais  effectués  pour  la  construction  de  la  Tom- 
belle. 

(2)  M.  Lahalle,  cantonnier  chef  à  Ghavanges. 


FOUILLES   DE    LA   TOVBBLLB   D*AULMAT.  251 

mission,  leur  adresser  un  remercîment  public  pour  le  zèle 
et  l'intelligence  avec  laquelle  ils  se  sont  acquittés  de  la 
tâche  qui  leur  avait  été  confiée,  sans  un  moment  d'arrêt,  et 
sans  aucun  abri  contre  le  soleil  brûlant  du  mois  de  juillet. 
A  voir  leur  empressement  et  leur  ardeur,  on  aurait  dit 
qu'ils  exécutaient  une  recherche  personnelle,  et  de  laquelle 
ils  eussent  dû  retirer  un  grand  prix  ;  on  voyait  qu'ils  s'inté-  ' 
ressaient  vivement  au  succès  de  l'entreprise,  et  que  pour  y 
parvenir,  ils  faisaient  abnégation  des  fatigues  qu'ils  avaient 
à  supporter. 

Quand  les  travaux  furent  en  pleine  activité,  la  plupart 
des  membres  de  la  Commission  revinrent  à  Troyes,  laissant 
MM.  Boutiot  et  Gréau  pour  tenir  note  des  incidents,  et  . 
pourvoir  à  l'imprévu. 

Chaque  tranchée  avait  été  ouverte  sur  un  mètre  environ 
de  largeur;  la  terre,  comme  on  l'avait  vu  à  la  surface,  était 
homogène  partout  ;  facile  à  défoncer,  elle  avait  pris  seule- 
ment avec  le  temps  assez  de  consistance  poi;r  qu'on  pût  la 
tailler  régulièrement,  et  n'ayant  pas  d'éboulements  à  crain- 
dre, on  n^eut  pas  à  prendre  de  précautions  de  soutènement. 

La  terre  remuée  était  transportée  à  la  brouette  à  quelque 
distance  de  la  Tombelle,  le  Conseil  municipal  de  Jasseines 
ayant  exprimé  l'intention  de  vendre  cette  terre  aux  proprié- 
taires riverains  pour  recharger  leurs  champs  composés  de 
greluche  ou  craie  délitée,  et  pour  lesquels  un  peu  de  terre 
végétale  était  une  bonne  fortune. 

Les  premiers  coups  de  pioche  avaient  mis  à  découvert 
quelques  débris  évidemment  antiques  ;  c'étaient  des  frag- 
ments de  poteries  de  diverses  formes  et  de  couleurs  diffé- 
rentes. Quelques  ossements  d'animaux  vinrent  bientôt  s'y 
adjoindre  ;  trop  détériorés  pour  reconnaître  leur  espèce  avec 
certitude,  on  voyait  cependant  qu'ils  provenaient  de  grands 
animaux,  bœufs  ou  chevaux.  C'est  surtout  à  la  partie  infé- 
rieure de  la  cuvette  centrale,  que  nous  avons  recueilli  le 
plus  grand  nombre  d'ossements  et  de  débris,  conmie  si  à 


252  FOUILLES   DE   LA  TOMBBLLB   d'aULHAT. 

cette  place  avait  eu  lieu  quelque  sacrifice,  et  qu'on  eut  brisé 
tous  les  vases  qui  y  avaient  servi. 

Après  plusieurs  jours  de  travail,  nous  n'avions  encore  re- 
cueilli aucun  objet  saillant  ;  mais,  comme  on  n'était  jamais 
longtemps  sans  faire  quelque  minime  trouvaille,  le  courage 
n'était  pas  éteint,  et  Ton  travaillait  toujours  avec  persévé- 
rance. 

On  était  arrivé  à  la  partie  centrale  de  la  Tombelle,  les 
quatre  galeries  se  rejoignaient  après  avoir  coupé  le  massif 
suivant  deux  de  ses  dimensions,  et  il  ne  restait  plus  que 
quelques  brouettées  de  terre  à  en  retirer  pour  y  mettre  à  nu 
le  sol  primitif  comme  il  l'était  déjà  dans  les  galeries  ;  je  de- 
visais avec  M.  Boutiot  à  quelques  pas  en  dehors  des  boyaux 
pour  ne  pas  gêner  la  circulation  des  travailleurs  dans  ces 
étroits  passages,  lorsque  le  cantonnier  chef  nous  appela  vi- 
vement. 

n  venait  de  découvrir  un  tertre  de  craie  soigneusement 
rangé  ;  formé  de  morceaux  de  craie  dure ,  il  avait  la  forme 
d'un  amas  de  cailloux  tel  que  les  cantonniers  les  disposent 
pour  l'entretien  des  routes  ;  il  en  avait  aussi  la  régularité, 
quand  on  en  eut  déblayé  le  pourtour  ;  c'était  évidemment  un 
travail  humain. 

Le  déblaiement  de  ce  petit  monticule  hit  commencé  im- 
médiatement, fait  avec  les  mains  pour  ne  négliger  aucune 
précaution;  plus  d'un  cœur  battait,  mais,  6  déception!  le 
dernier  débris  a  été  enlevé,  le  sol  primitif  est  découvert,  il 
est  intact,  vierge  de  coups  de  pioche,  vierge  de  tout  débris 
humain,  de  toute  espèce  de  vestige. 

Mais  pourquoi  cet  amoncellement  régulier  de  petits  mor- 
ceaux de  craie,  formant  une  masse  d'environ  un  demi- 
mètre  cube,  sous  cette  tombelle  de  cinq  à  six  mètres  de 
hauteur?  et  surtout  d'où  venaient  ces  fragments  encore  aussi 
bien  conservés  que  si  on  venait  de  les  sortir  de  la  carrière  ? 
on  voyait  qu'ils  n'avaient  pas  été  froissés  tant  leurs  arêtes 
fragiles  étaient  peu  émoussées;  ils  ne  pouvaient  avoir  été 


FOUILLES   DE   LA  TOMBEUE  d'aUUIAT.  253 

apportés  de  loin  (i}.  Aussi  nos  braves  ouvriers,  désappoin- 
tés, peut-être  plus  chagrins  que  nous-mêmes,  de  voir  dé- 
çue une  espérance  qui  les  avait  comblés  de  joie,  se  mirent  à 
à  sonder  avec  rage  le  sol  environnant,  et  au  bout  dç  quel- 
ques minutes  la  tige  de  fer  enfonça  profondément,  sans 
trouver  de  résistance,  dans  une  partie  du  terrain  voisine  de 
la  tranchée  et  encore  chargée  de  plusieurs  mètres  de  terre. 

Je  ne  dirai  pas  qu'ils  furent  enlevés;  ils  disparurent  en  un 
clin-d'œil,  et  on  commença  à  déblayer  l'endroit  où  le  sol 
friable  avait  évidemment  été  fouillé  avant  l'existence  de  la 
Tombelle  :  nous  étions  sur  une  excavation  pratiquée  dans 
la  craie  massive  et  solide  de  la  montagne. 

Bientôt  les  coups  de  hache  se  distinguèrent  sur  les  parois, 
aussi  nets,  aussi  frais  que  le  jour  où  ils  venaient  d'être  exé- 
cutés par  l'ouvrier  qui  en  avait  été  chargé,  et  dont  nulle 
humidité  n'était  venue  altérer  l'ouvrage.  A  mesure  qu'on 
descendait  en  profondeur,  on  allait  avec  plus  de  précaution. 
On  cessa  bientôt  d'user  des  outils  de  peur  de  quelqu 'acci- 
dent :  on  ne  voulait  rien  briser,  rien  endommager.  On 
creusait  avec  les  mains,  avec  les  ongles,  et  toujours  on  re- 
tirait une  terre  semblable  à  celle  du  reste  de  la  Tombelle. 

Le  trou  avait  une  forme  allongée;  c'était  un  parallélo- 
gramme étroit,  mais  trop  court  pour  la  sépulture  d'un 
adulte ,  trop  large  pour  celle  d'un  enfant.  Bientôt  à  l'une 
des  extrémités  le  sol  résiste  vers  le  fond ,  et  la  craie  vive 
apparaît;  mais  on  peut  fouiller  encore  sur  les  deux  tiers  en- 
viron de  la  surface  de  l'ouverture  ;  on  avance  plus  lentement, 
on  examine  plus  minutieusement  les  débris  de  l'extraction; 
on  en  scrute  les  plus  légères  parcelles  ;  mais,  hélas  1  on  a 
nettoyé  le  trou  comme  le  jour  où  il  a  été  creusé,  et  pas  un 
atome  de  cendre,  pas  un  débris,  si  petit  qu'il  soit,  n'a  été 

• 

(1)  Voici  les  dimensions  de  ce  tertre  de  débris  de  craie  pure  : 

Longueur 1»  05 

Largeur Om  70 

Hauteur 0»  25 


254  FOUILLES   DB   LA   TOMBBLLB   d'aULNAT. 

découvert.  M.  Boutiot  y  est  descendu,  j'ai  voulu  Fessayer 
également  :  assis  l'un  ou  l'autre,  le  corps  légèrement  appuyé 
eu  arrière ,  les  jambes  se  plaçaient  naturellement  dans  Tex- 
cavation  inférieure,  et  notre  tète  n'atteignait  pas  le  niveau  do 
sol  supérieur  (i).  Nous  avions  devant  nous  une  fosse  en 
forme  de  siège  :  était-ce  donc  une  sépulture  assise  que  nous 
venions  d'exhumer?  Un  homme  de  forte  stature  pouvait 
tenir  à  Taise  assis  dans  ce  réduit  souterrain  ;  mais  o\x  était  le 
cadavre?  (PI.  II,  n*  4.) 

Si  ce  n'était  pas  une  sépulture,  pourquoi  cette  fouille  dans 
la  pierre  ?  pourquoi  ces  débris  amassés  avec  tant  de  précau- 
tion sur  le  bord  de  Texcavation?  pourquoi  surtout  cet  amon- 
cellement de  milliers  de  mètres  cubes  de  terre  pour  dissi- 
muler aux  regards  un  trou  récemment  fait,  tout  en  fixant 
l'attention  sur  la  place  où  il  a  été  creusé  et  à  laquelle  on 
voulait  assurément  conserver  une  grande  notoriété. 

Les  sépultures  assises  ne  sont  pas  sans  exemples,  vous  le 
savez  ;  elles  sont  d'autant  moins  rares  qu'on  remonte  plus 
loin  en  arrière  de  nous  (2). 

J'ai  raconté,  Messieurs  et  chers  collègues,  je  ne  me  per- 
mets pas  de  rien  affirmer,  je  vous  fais  part  seulement  de 
quelques  suppositions  possibles  qui  m'ont  traversé  l'esprit. 


(1)  Sur  le  plan  no  1,  et  sur  les  coupes  nos  2  et  3,  planche  n,  on 
peut  voir  remplacement  de  la  fosse  par  rapport  aux  autres  parties 
de  la  Tombelle. 

Dans  la  même  planche  II ,  figure  4 ,  la  fosse  est  reproduite  en 
profil,  sur  une  plus  grande  écheUe  que  dans  les  n<»  1  et  2. 

Nous  répétons  ici  les  dimensions  de  cette  fosse  qui  sont  inscrites 
également  aux  figures  no*  2,  3  et  4  : 

Longueur  en  haut. .  ir^  30  Hauteur  du  dossier.  •  0»  73 
Longueur  au  fond. .  1  08  Epaisseur  du  siège . .  0  37 
Largeur  en  haut. . .  0  72  Longueur  du  siège . .  0  50 
Largeur  au  fond...    0    70       Profondeur  totale...    1    10 

(2)  On  en  a  trouvé  beaucoup  en  Afrique,  autour  de  Gonstantine, 
dans  toute  l'Amérique  centrale,  mais  surtout  c'était  un  usage  firé- 
quent  dans  le  nord  de  l'Europe.  A  Goldham,  en  Scandinavie,  on  a 
trouvé  en  1830,  une  galerie  mortuaire  située  sous  un  monticuley  de 


FOUILLES   DE   LA   TOVBELLE   d'aULNAT.  255 

J*en  ajouterai  une  seulement  avant  de  poursuivre  mon 
compte-rendu.  C'est  la  cupidité  commune  à  une  trop 
grande  partie  de  Tespèce  humaine  qui  vient  me  l'inspirer. 

Ne  serions-nous  pas  sur  les  traces  d'une  de  ces  grandes 
supercheries  qui  ne  sont  pas  sans  exemple  dans  l'histoire. 

Est -ce  que  notre  Toinbelle  n'aurait  pas  été  destinée  à 
servir  de  sépulture  à  quelque  personnage  bien  authentique, 
revêtu  d'une  riche  armure  ornée  de  bijoux  précieux?  Est- 
ce  que  les  cérémonies  funèbres  ayant  été  accomplies  en  pré- 
sence d'une  foule  nombreuse,  répandue  sur  les  flancs  de  la 
montagne,  le  corps  n'aurait  pas  été  placé  sur  le  point  culmi- 
nant, objectif  de  milliers  de  regards,  et  ensuite  descendu 
bien  ostensiblement  sur  son  dernier  siège,  et  pour  ne  laisser 
aucun  soupçon,  est-ce  qu'on  n'aurait  pas  immédiatement 
comblé  la  fosse?  Mais  est-il  impossible  que  la  nuit  suivante, 
des  amis  Gdèles  qui  s'étaient  adjugé  la  garde  de  la  sépulture 
pour  la  préserver  d'une  violation  possible,  n'aient  subtile- 
ment enlevé  le  cadavre,  et  n'aient  laissé  dans  la  fosse  que  la 
terre  dont  nous  l'avons  trouvée  rempUe?  Selon  eux,  en  effet, 
n'était-ce  pas  pitié  d'enfouir  ainsi,  avec  uu  mort,  de  belles 
armes  et  de  riches  bijoux,  qui  peuvent  être  si  utiles  aux  vi- 
vants? et  de  nos  jours  n'y  a-t-il  pas  bien  des  gens  qui 
pensent  ainsi? 

Le  lendemain  au  jour  naissant,  le  peuple  retrouvait  les 
fidèles  immobiles  à  leur  poste  ;  la  terre  fraîchement  remuée 
ne  pouvait  laisser  transpirer  une  violation,  et  la  foule  com- 
mençait à  accumuler  patiemment  les  assises  de  la  Tombelle 
que  nous  venons  d'éventrer  avec  de  si  pauvres  résultats. 


nombreux  squelettes  y  étaient  assis  sur  un  bord  peu  élevé  attenant  an 
mur.  A  Luttra  et  à  Oxe^alla,  en  Suède,  on  a  ouTei*t  en  1805  deux 
tumuli  qui  contenaient  plusieurs  centaines  de  squelettes  renfermés 
dans  des  chambres  communes,  tous  dans  une  attitude  repliée.  (Divers^ 

Aucun  cependant  n*était  dans  une  situation  aussi  commode  que 
celle  offerte  par  le  siège  creusé  sous  notre  tombelle. 


256  FOUILLES   DE   LA   TOMBELLE   d'aULNAT. 

Mais  je  sais  que  le  champ  des  suppositions  est  sans  li- 
mites, et  qu'on  risque  de  s'y  égarer.  Je  n'irai  pas  plus  loin 
de  ce  côté,  et  au  surplus,  j'ai  encore  quelques  mots  à  ajouter 
pour  en  finir  avec  la  Tombelle,  tout  en  répétant  que  sept 
mille  mètres  cubes  de  terre  n'ont  pas  été  apportés  dans  cet 
endroit  au  prix  de  grandes  fatigues,  uniquement  pour  ca- 
cher une  fosse  vide. 

Si  la  partie  centrale  ne  nous  avait  pas  donné  le  nœud  de 
l'énigme  que  nous  avions  entrepris  de  h're,  nous  avons  voulu 
interroger  la  circonférence.  Dans  ce  but,  les  tranchées 
furent  prolongées  vers  Textérieur,  en  suivant  minutieuse- 
ment le  sol  terme  et  primitif. 

Dans  chaque  direction  attaquée,  à  quelques  mètres  du 
massif  de  la  Tombelle,  on  rencontra  de  nouveau  du  terrain 
de  remblai,  qui  fut  enlevé  aussitôt;  et,  dans  chaque  endroit 
on  mit  à  jour  une  section  d'un  fossé  large  et  profond ,  tel  que 
les  Romains  avaient  coutume  d'en  établir  pour  leurs  ou* 
vrages  d'attaque  et  de  défense.  En  le  recherchant  sur  plu- 
sieurs points  espacés  les  uns  des  autres,  nous  l'avons  re- 
trouvé partout  uniforme  de  dimensions,  et  nous  avons  pu 
déterminer  avec  certitude  le  périmètre  de  l'espace  qui  était 
circonscrit  par  cet  obstacle.  (PI.  Il,  n*  1.) 

Nous  avons  dès  le  premier  aspect  reconnu  la  similitude 
de  ces  fossés  avec  ceux  retrouvés  à  Gergovia  ;  et,  comme 
point  de  comparaison,  nous  mettons  sous  vos  yeux  la  gra- 
vure d'un  fossé  photographié  dans  les  attaques  de  César 
autour  de  cet  oppidum  célèbre. 

La  terre  qui  remplissait  le  fisse  de  la  Tombelle  était 
absolument  la  même  que  celle  du  massif  central.  Elle  pro- 
venait sans  doute  de  la  partie  supérieure  de  la  butte,  la 
seule  qui  eut  été  déformée.  Nous  avons  rencontré  dans  ce 
fossé  un  assez  grand  nombre  de  fragments  de  poterie  ;  mais, 
chose  particulière,  ils  gisaient  tous  à  sa  partie  inférieure,  où 
ils  avaient  été  abandonnés  antérieurement  au  remblai,  et 
ils  présentaient  la  plus  grande  ressemblance  avec  ceux  re- 


FOUILLES   DB   LA  TOVBBLLE  d'aULNAT.  257 

cueillis  dans  la  partie  supérieure  du  moaticule.  Nous  y  avons 
même  ramassé  un  fragment  d  un  pied  d'amphore,  qui  se 
rajustait  parfaitement  avec  un  morceau  trouvé  à  Tétage  su- 
périeur du  tumulus  :  ils  sont  déposés  au  Musée. 

Nous  en  étions  là  des  travaux,  lorsqu'eut  lieu  une  de  vos 
réunions  mensuelles  (i)i  à  laquelle  je  pensai  ne  pouvoir  me 
dispenser  d'assister  et  je  revins  en  hâte  à  la  dernière  heure, 
pensant  que  je  ne  devais  pas  tarder  à  vous  adresser  un  pre- 
mier compte-rendu  oral  et  sommaire  et  je  déposai  alors  sur 
votre  bureau  tout  ce  que  j'avais  pu  réunir  d'ossements  et  de 
fragments  de  poterie.  Il  restait  encore  quatre  grandes  masses 
de  terre  inexplorées.  Vous  aviez  décidé  la  continuation  des 
recherches,  mais  la  moisson  allait  nous  priver  de  nos  ou- 
vriers, et  la  poursuite  des  travaux  fut  ajournée.  Plus  tard,  je 
me  rendis  avec  M.  Laperouse,  pour  aviser  à  les  reprendre. 
Des  pluies  torrentielles  s'y  opposèrent.  On  n'eut  pas  à  s'en 
préoccuper  depuis,  le  Conseil  municipal  de  Jasseines  ayant 
réalisé  la  vente  dont  nous  avons  parlé  précédemment.  M.  le 
Maire  de  Jasseines,  toujours  présent  sur  les  Ueux,  s'était 
chargé  d'exercer  une  surveillance  continuelle  sur  l'enlève- 
ment  des  terres  ;  mais  le  défoncement  de  ce  qui  restait  de  la 
Tombelle  parait  avoir  été  sans  résultat  :  aucune  trouvaille 
nouvelle  ne  fut  signalée  à  1^  Société. 

Ainsi,  sans  compter  ce  que  les  habitants  de  Jasseines  ont 
déplacé,  la  Société  a  fait  remuer  environ  dix-huit  cents  mètres 
cubes  de  terre,  sans  avoir  vu  entrer  dans  notre  Musée  aucun 
objet  digne  de  nous  payer  de  nos  peines. 

Nous  n'avions  qu'un  résultat  négatif;  puisqu'on  résumé 
nous  avons  découvert  seulement  : 

Une  certaine  quantité  de  fragments  de  poteries  pro- 
venant d'un  petit  nombre  de  vases  d'assez  grandes  dimen- 
sions, quatre  ou  cinq  au  plus;  car  ces  débris  sont  identiques 
de  pâte  et  de  couleur  et  plusieurs  ont  pu  se  rajuster  en- 

(1)  Le  16  juin  1866,  voir  le  procès-verbal  de  la  séance» 
T.  xxxvn.  17 


258  FOUILLES   DE    LA   TOVBELLB   d'aULNAT. 

semble.  Il  y  a  nolammeut  des  restes  d'an  amphore  de  la 
forme  usuelle  et  un  fragment  de  poterie  sur  lequel  on  lit  en 
lettres  capitales  le  mot  lONI  ou  INOI,  imprimé  avant  la 
cuisson  dans  la  terre  molle,  à  l'aide  d'une  estampille  : 

De  grands  animaux ,  tous  dans  un  état  très-avancé  de 
destruction ,  mais  parmi  lesquek  on  reconnaît  cependant 
avec  certitude  quelques  parties  de  squelettes  de  cheval ,  no- 
tanuhent  des  dents  : 

Des  fossés  conformes  à  ceux  que  les  Romains  avaient 
l'habitude  de  creuser  à  Tépoque  où  ils  ont  envahi  les  Gaules 
et  enfin  l'excavation  en  forme  de  siège  que  vous  savez  : 

Aucune  trace  de  combustion  et  d'incinération  dans  l'in- 
térieur du  monticule  et  pas  le  moindre  atome  de  métal. 

Aussi,  j'ai  terminé  ce  que  j'avais  à  vous  dire  de  la  Tom- 
belle  dont  l'origine  est  plus  mystérieuse  que  jamais. 


IV. 


Je  ne  veux  pas  clore  cependant  celte  communication  sans 
vous  parler  de  quelques  objets  antiques  qui  se  rattachent 
peut-être  indirectement  à  notre  sujet  : 

Pendant  que  j^étais  à  la  Tombelle,  on  m'a  montré  un  de- 
nier romain  en  argent,  trouvé  dans  son  voisinage  par  un 
habitant  d^Aulnay  qui  tient  à  le  conserver.  Ce  denier  est  à 
l'effigie  de  l'empereur  Trajan ,  au  revers  de  Mars  victor, 
type  bien  connu  ;  il  n'est  pas  assez  rare  pour  le  faire  des- 
siner. Nous  le  mentionnons  malgré  son  peu  d'importance, 
pour  ne  rien  négliger  de  ce  qui  se  rapporte  aux  temps  an- 
tiques. 

Le  même  jour,  j'ai  reçu  communication  de  plusieurs 
bracelets  de  bronze  qui  venaient  d'être  trouvés  sur  deux 
squelettes  placés  dans  une  même  fosse,  sur  le  territoire  de 
la  commune  d'Yèvres  ;  je  les  ai  demandés  et  obtenus  pour 
le  Musée  et  je  les  dépose  sur  le  bureau,  de  la  part  du  do- 
nateur, que  j'ai  déjà  remercié  en  votre  nom. 


FOUILLES   DB   LA   TOMBBLLE   D^ACLNAT.  259 

Ces  bracelets,  très-peu  volumineux,  appartiennent  à 
Tépoque  celtique  et  ils  ne  sont  pas  ornementés  :  les  corps 
étaient  juxtaposés,  au  dire  de  celui  qui  les  avait  exhumés  ; 
il  m'a  même  assuré  que  les  faces  étaient  tournées  contre 
terre  ;  ce  qu'il  ne  m'a  pas  été  possible  de  vérifier,  les  osse- 
ments ayant  été  bouleversés  et  les  fosses  recomblées. 

Déjà,  longtemps  avant  que  la  Société  se  préoccupât  du 
projet  des  fouilles,  un  cultivateur  de  Lesmont  avait  apporté 
à  Troyes  un  petit  objet  qu^il  avait  recueilli  en  labourant  un 
de  ses  champs;  j'en  suis  devenu  possesseur  et  je  viens  vous 
le  signaler. 

C'est  un  buste  de  femme  en  terre  blanche  de  la  même 
nature  que  celle  dont  sont  formées  la  plupart  des  statuettes 
reconnues  pour  avoir  une  origine  gauloise  certaine,  et  dont 
on  a  trouvé  un  grand  nombre  dans  une  fabrique  antique 
exhumée  à  Toulon-sur-AUier,  près  Moulins. 

Cette  tête  est  curieuse  par  l'ornementation  de  là  coiffure; 
comme  vous  pouvez  le  voir  sur  une  reproduction  photogra- 
phique que  je  fais  passer  sous  vos  yeux  et  qui  est  exacte- 
ment de  la  grandeur  de  Toriginal.  (PI.  III.) 

Ce  n'est  pas  un  type  nouveau  cependant  et  j'en  ai  déjà  vu 
d'analogues  dans  d'autres  collections;  mais  est-ce  que  par 
hasard  la  coiffure  de  ce  petit  buste  ne  serait  pas  l'origine 
d'une  coiffure  locale  qui  s'est  perpétuée  jusqu'à  ces  derniers 
temps  dans  quelques  communes  voisines  de  Troyes,  notam- 
ment à  Verrières  et  à  Montaulin. 

Je  vous  fais  passer  sous  les  yeux  quelques  spécimens  de 
ces  coiffures,  relevés  sur  nature  vivante,  il  y  a  quelques 
années,  dans  leur  dernier  moment  d'éclat  ;  il  serait  peut- 
être  bon  d'en  conserver  le  souvenir,  maintenant  que  le  vul- 
gaire bonnet  parisien  est  venu  les  faire  disparaître  de  nos 
marchés  et  de  nos  fêtes  rurales ,  pour  les  plonger  dans  un 
oubli  qui  sera  peut-être  le  silence  de  la  mort. 

Vers  les  mêmes  temps  aussi,  les  terrassiers  qui  faisaient 
les  déblais  du  chemin  de  fer  de  Troyes  à  Bar-sur-Aube, 


260  FOUILLES   DE   LA   TOMBBLLB   d'aULNAT. 

exhumaient  la  moitié  d'un  moule  en  terre  cuite  qui  est  venu 
en  ma  possession. 

C'est  la  partie  antérieure  de  la  Vénus  Marine,  si  souvent 
reproduite  chez  les  anciens,  et  dont  le  type  a  été  retrouTé 
quelquefois  dans  d^autres  parties  de  notre  département.  Ce 
qui  rend  surtout  intéressante  la  découverte  de  ce  moule, 
c'est  le  nom  du  potier  entièrement  inscrit  à  la  pointe,  sur 
sa  partie  extérieure  :  Prisais. 

Ce  nom  se  retrouve  souvent  sur  des  poteries  de  l'époque 
gallo-romaine;  c'était,  à  n'en  pas  douter,  celui  d'un  artiste 
en  renom.  On  a  retrouvé  surtout  de  nombreux  ouvrages 
portant  sa  signature  dans  le  grand  atelier  de  Toulon-sur- 
Allier  :  de  beaux  spécimens  sont  entre  les  mains  de  M.  Al- 
fred Bertrand,  de  Moulins,  qui,  avec  M.  Tudot,  a  été  un 
des  explorateurs  heureux  des  fours  de  Toulon  et  de  beau- 
coup d'autres  stations  antiques. 

Ce  moule  est  en  terre  ferrugineuse  très-dure  et  très-fine, 
bien  plus  résistante  que  la  terre  tout-à-fait  blanche  très- 
employée  cependant  en  Gaule  quoiqu'elle  n'acquit  pas  à  la 
cuisson  un  degré  de  solidité  aussi  complet.  Je  vous  fais 
passer  sous  les  yeux  la  photographie  intérieure  et  extérieure 
de  ce  moule.  (PI.  IV  et  V.) 

C'est  pour  l'acquit  de  ma  conscience  et  pour  ne  rien 
omettre  que  je  vous  parlerai  maintenant  d'une  petite  tête 
d'enfant  en  terre  blanche  trouvée  également  dans  les  mêmes 
parages.  C'est  un  débris  peu  important,  mais  cette  figure 
est  si  réjouissante ,  elle  justifie  si  bien  le  nom  de  Ristis^ 
que  je  n'ai  pu  résister  à  la  tentation  de  vous  la  mon- 
trer. (PI.  VI.)  (1) 


(i)  Le  Musée  possède  un  buste  complet  et  à  peu  près  pareil  de 
ce  type;  il  a  été  trouvé  à  la  Villeneuve-au-Ghàtelot,  près  Pont-sur- 
Seine. 

Nos  vitrines  renferment  également  deux  clés  antiques  en  bronze, 
bien  conservées,  dont  Tune  provient  de  Jasseines,  et  l'autre  de  Bril- 
lecourt. 


FOUILLES   DE   LA   TOMBELLE   d'aULNAT.  261 

Voici  encore  quelques  renseignements  que  je  crois  iné-* 
dits  et  qui  se  rapportent  aux  alentours  de  la  Tombelle  ;  ils 
m'ont  été  transmis  par  le  brave  chef  de  nos  cantonniers, 
qui  examine  avec  beaucoup  d'attention  tout  ce  que  ses  tra- 
vaux, le  mettent  à  même  de  rencontrer. 

Près  Lassicourt  est  ouverte  une  carrière  située  à  cinq  ki-» 
lomètres  de  Brienne,  sur  la  route  départementale  de  cette 
ville  à  Vitry,  Elle  fournit  pour  les  routes  et  chemins  du  voi- 
sinage des  graviers,  dans  lesquels  on  a  trouvé  un  fragment-^ 
fossile  de  la  colonne  vertébrale  d'un  animal ,  une  corne  de 
chevreuil  et  six  dents  de  squale. 

Il  y  a  sept  ou  huit  ans  on  avait  retiré  de  cette  même  car-> 
rière  diflTérents  vases  de  terre  grossière,  fragile  et  sans  con* 
sistance,  dont  quelques-uns  pouvaient  contenir  jusqu'à 
cinq  décaUtres. 

Ils  ont  tous  été  brisés.  Ils  renfermaient  à  l'intérieur  des 
traces  de  dépôts  de  diverses  couleurs  formant  des  couches 
comme  de  la  peinture,  provenant  du  séjour  prolongé  de  subs- 
tances anciennes. 

Près  Chassericourt ,  dans  un  fossé  qui  borde  le  chemin 
d'intérêt  commun  de  Rosnay  à  Dronay,  on  a  retrouvé  de 
nombreux  débris  de  vases.  Ces  fragments  étaient  au  fond 
d'un  trou  ayant  environ  1""  30'  de  diamètre,  0"  75*  à  1  mètre 
de  profondeur;  la  forme  arrondie  au  fond.  Ces  débris 
étaient  mêlés  à  des  os  carbonisés  luisants,  à  quelques  par- 
ties de  charbon,  et  la  terre  environnante  était  toute  noircie. 

A  Balignicourt,  à  Saint-Léger-sous-Margerie,  il  a  été  fait 
également  des  trouvailles  de  débris  anciens,  placés  dans  des 
conditions  absolument  pareilles  à  celles  qui  précèdent,  sur 
le  versant  de  collines  regardant  le  Midi  et  à  proximité  de 
sources  appelées  Puisards  dans  la  contrée. 

Ajoutons  encore  que  la  Tombelle  d'Aulnay  n'est  pas  la 
seule  dans  cette  région  du  département. 

Il  y  en  a  une  dans  la  forêt  de  Lentilles,  propriété  de 


262  rouiLLBS  db  la  tohbblus  d'auuiat. 

M.  Perriconrty  de  Piiiey  :  elle  est  fréquentée  par  des  re- 
nards. 

n  y  en  a  deux  antres  entre  Ghassericourt  et  la  ferme  dn 
€liasteUier,  Tieux  chiteau-fort  où  il  reste  les  anciens  fos- 
sés, et  des  cayeaux  dans  lesquels  la  légende  prétend  qu'il  y 
a  encore  des  chaînes. 

De  ces  deux  tombelles,  Tune  est  peu  apparente  ;  Tautre 
est  plus  saillante  ;  elles  sont  sur  un  terrain  bas,  entre  deux 
étangs  desséchés;  et  on  retrouve  près  de  la  principale,  sous 
la  superficie  du  sol,  un  ancien  chemin  ferré. 

Ici  devrait  s'arrêter  cette  communication  qui  contient  tout 
ce  qui  se  rapporte  à  notre  séjour  à  la  Tombelle.  Néanmoins, 
M.  l'abbé  Coffinet  ayaat  été  informé  d'une  découverte  nou- 
velle^ faite  dans  le  voisinage  de  la  Tombelle,  je  viens  me 
rendre  à  son  juste  désir  en  joignant  ce  fait  à  tous  ceux  qui 
sont  l'objet  de  ce  rapport.  Je  ne  puis  mieux  (aire  que  de 
vous  donner  l'extrait  des  lettres  de  M.  Guilliot,  agent-voyer 
d'arrondissement,  auteur  de  la  note  adressée  à  son  chef 
pour  vous  être  transmise . 

Dans  le  courant  de  février  1868,  dit-il,  un  habitant 
d'Aulnay,  le  sieur  Doré,  a  mis  à  découvert,  non  loin  du  vil- 
lage, une  tombe  en  pierre  qui  était  enfoncée  dans  le  sol  à 
quelques  décimètres  de  profondeur,  eu  travers  du  chemin 
qui  va  d'Aulnay  à  la  Tombelle.  Les  roues  des  voitures  en 
avaient  brisé  le  couvercle  en  plusieurs  morceaux. 

Cette  tombe  est  en  calcaire  très-grossier  ayant  quelque 
analogie  avec  la  pierre  dite  de  Savonnière.  Elle  contenait  un 
squelette  humain  à  peu  près  complet  et  un  petit  vase  de  la 
grosseur  du  poing,  en  terre  noirâtre  :  le  cadavre  avait  les 
pieds  dirigés  vers  l'Orient;  le  chemin  allant  du  Nord  au 
Sud  a  dû  dévier  un  peu  et  le  tombeau  devait  primitivement 
se  trouver  sur  la  rive,  comme  c'était  l'usage  aux  époques  an- 
ciennes. 

Le  vase  tout  ébrêché  est  des  plus  communs;  M.  l'Agent- 


FOUILLES   Dl   LA   TOMBELLE   d'aCJLNAT.  263 

voyer  de  Jasseitaes  Va  remis  à  son  chef  qui  le  tient  à  la  dis- 
position du  Musée. 

Le  sarcophage  qui  mesure  l""  85^  de  long  à  l'extérieur,  est 
à  dessus  bombé,  plus  large  aux  épaules  et  à  la  tête  qu'aux 
pieds.  La  pierre  est  grossièrement  taillée  à  la  pointe  et  une 
ciselure  suit  les  arêtes,  même  dans  les  parties  écornées.  On 
n'y  remarque  aucun  signe,  dessin  ou  caractère  gra^é  ou 
sculpté  :  on  a  seulement,  lors  de  la  taille,  ménagé  dans  le 
sens  longitudinal  sur  le  dessus  du  couvercle,  une  bande  de 
O''  17''  de  largeur,  sans  relief,  dressée  au  taillant  au  lieu 
d'être  piquée  comme  les  parties  voisines.  La  pierre  paraît 
venir  des  carrières  de  Bossancourt  ou  Arsonval. 

En  vous  priant  d'adresser  des  remerciments  à  Messieurs 
les  Agents-voyers  pour  cette  communication  et  pour  les  dé- 
marches qui  l'ont  précédée,  je  ferai  remarquer  que  la  dé- 
couverte de  cette  tombe  n'est  pas  un  fait  isolé  dans  la  localité. 
Le  souvenir  d'un  sarcophage  analogue  trouvé  tout  près  de 
la  Tombelle  s'est  conservé  dans  la  contrée,  et  a  été  consigné 
par  notre  collègue  M.  d'Arbois,  dans  son  répertoire  archéolo- 
gique, où  il  rappelle  qu'il  en  existe  un  à  Lassicourt  et  un 
autre  à  Gbavanges.  Vous  savez  qu'on  en  a  trouvé  encore 
sur  d'autres  points  du  département  et  plusieurs  d'entre  eux 
sont  conservés  au  Musée. 

Des  fouilles  plus  étendues  autour  de  la  Tombelle  en  fe- 
raient sans  doute  apparaître  encore  plusieurs  ;  mais  ce  ré- 
sultat n'apporterait  aucune  lumière  sur  la  destination  incer- 
taine de  la  Tombelle;  ces  sarcophages  de  pierre  passant 
généralement  pour  appartenir  à  une  époque  bien  moins 
reculée  que  celle  indiquée  par  les  fragments  des  poteries 
trouvées  à  la  base  et  dans  les  flancs  du  tumulus. 

n  ressort  de  «ces  renseignements  divers  que  le  dernier 
mot  des  fouilles  n'est  pas  encore  dit  autour  de  nous,  et  qu'il 
y  a  bien  des  lieux,  soit  du  côté  de  la  Tombelle,  soit  ailleurs, 
qu'il  serait  intéressant  d'explorer.  Malgré  l'inssuccès  de  notre 
dernière  tentative,  je  désire  ardemment  que  la  Société  ne  se 


264  FOUILLES   DE   LA  TOMBELLE   d'aULNAT. 

décourage  pas  ;  qu'elle  entreprenne  ses  fouilles  sur  quelques 
autres  points,  notamment  à  Saint-Loup-de-Buffigny  on  dans 
les  tombelles  que  je  idens  d'indiquer.  La  perséTérance  un 
jour  ou  un  autre  devra  être  couronnée  par  le  succès,  et 
quant  à  moi^  je  suis  toujours  et  partout  à  la  disposition  de  la 
Société  quand  elle  voudra  user  de  mes  services. 


Troyes,  18  février  1870. 


Mtni«niitakSK.Aiaa.âe1'Aube  TtmtXXmi  1B7S 


PL    3.    BUSTE  ANTIQUE  DE   FEMME 
avec  coirfure  ornee.Tcrre  culte,  grandeur  nal*'.'* 


PL.4'    MOULt  ANTigUB  DE  VEIJUe-  SiARINE 
Terre  cuite,  arar.d  nal'^'Pace  evlen.e  avec  la  sianji'.ure  dt  Pn»cus 


« 

<eirai[T5iit  kStcAcaiiil'Aubt Tomn  MXVll-  1B73 


PL  D    MOULE  ANTiOUE  ,"iF  '/r':;.:;  MARiNK 


V 


TidcliSocAcaidelAulx 


■t  dïprnuiupliitqniphii  TnjrCi.LitK.Diiriur  Bgufut 

PL     6      TÈTE   AHTIOUE    DE    RI3US 
Terre  cuite,  grandeur-  nalurelle 


NOTE 


81» 


QUELQUES    OBJETS 

D'HISTOIRE  NATURELLE 

RAPPORTÉS  DE  LA  NOUYEIXE-CAUÉDONIE 

Et  offerts  à  la  S«cfété  Académique  de  l'Aabe 

PAR  M.  ARTHUR  DE  VILLEMEREUIL 

Capitaine  de  Frégate,  membre  correspondant. 


Messieurs, 

Pour  qui  vient  de  faire  deux  fois  le  tour  du  monde,  la 
récolte  que  j'offre  à  la  Société  Académique  de  TAube,  en  y 
comprenant  l'envoi  de  1872,  peut  paraître  bien  légère. 
C'est  que  les  voyages  de  circumnavigation  ne  sont  plus  ce 
qu'ils  étaient  autrefois,  et  cela  me  remet  en  mémoire  ce 
mot  d'un  député,  que  Ton  ne  peut  soupçonner  d'être  cour- 
tisan ni  solliciteur,  puisqu'il  appartient  au  radicalisme  le 
plus  pur  :  «  Comprenez-vous  que  mon  fils,  après  avoir  fait 
a  deux  fois  de  suite  le  tour  du  monde,  ne  soit  pas  encore 
»  décoré!!! » 

Il  y  a  quelque  cinquante  ans  et  moins,  on  expédiait  encore 
des  navires  à  la  recherche  de  l'inconnu,  et  quand,  ayant 
exploré  les  mers  pendant  trois  années  et  couru  les  hasards 
de  rencontres  souvent  terribles,  on  rapportait  d'abondantes 


266  QUELQUES   OBJETS   d'hISTOIBE   NATUBBLLE. 

collections,  des  travaux  scientifiques,  des  documents  pré- 
cieux pour  la  marine  et  la  géographie  trop  ignorées  chez 
nous;  quand  on  avait  ouvert  au  commerce  des  voies  nou- 
velleSf  à  la  civilisation  un  horizon  plus  étendu,  alors  on 
avait  bien  mérité  de  l'humanité,  et  le  pays,  qui  recueillait  la 
gloire  par  vous  acquise,  vous  récompensait.  Aujourd'hui, 
les  services  à  rendre  sont  également  sérieux,  mais  les  diffi- 
cultés à  vaincre  et  les  dangers  à  courir  sont  connus  :  ce  n'est 
donc  plus  qu'une  question  de  prévoyance,  quelquefois  d'un 
peu  d'habileté;  et  le  rôle  du  marin,  aidé  par  la  vapeur, 
qui  n'est  du  reste  qu'un  auxiliaire  secondaire  dans  ces 
longues  navigations,  est  devenu  plus  prosaïque. 

De  même  que  pour  aller  régler  ses  affaires  à  Constanti- 
nople  on  prend  le  packet  à  Marseille,  on  fait  le  tour  de 
l'Italie  et  de  la  Grèce,  et  l'on  revient  par  la  Hongrie  pour 
varier  sa  route  et  aller  plus  vite  ;  de  même  pour  ses  affaires 
ou  celles  de  l'Etat,  par  exemple  pour  piu^ger  le  sol  de  la 
patrie  des  plaies  morales  et  matérielles  qui  la  troublent 
ou  la  déshonorent,  ou  traverse  l'Atlantique,  on  double  le 
cap  de  Bonne-Espérance,  on  va  chercher  les  glaces  et  les 
nuits  longues  dans  les  régions  australes,  on  contourne  la 
terre  de  Van-Diémen  par  le  Nord  ou  par  le  Sud  ;  et,  lors- 
que l'on  a  déposé  son  chargement  sur  la  terre  salubre  de 
Nouvelle-CalédoniCy  on  revient  par  le  cap  Hom,  quoique  la 
distance  soit  plus  grande  et  le  climat  plus  rude«  mais  parce 
que  le  vent  est  meilleur  en  suivant  cette  direction ,  et 
l'on  rentre  chez  soi  après  avoir  coupé  la  ligne  à  peu  près 
au  même  point  qu'à  l'aller.  On  a  donc  fait  beaucoup  plus 
que  le  tour  du  monde  :  environ  32,000  milles  marins 
(soit  60,000  kilomètres),  tandis  que  le  Globe  n'en  mesure 
que  21,600  à  réquateur. 

En  revanche,  on  a  vu  peu  de  choses;  une  ou  deux  courte 
relâches,  sans  grandes  ressources  pour  les  besoins  de  la  vie 
ou  les  observations  scientifiques  :  Dakar,  établissement  nab- 
sant  sur  le  sol  aride  du  cap  Vert  ;  Sainte-Hélène,  qui  n'a 


QUELQUES   OBJETS   D^HISTOIBE   NATURELLE.  267 

que  ses  souvenirs  historiques;  les  îles  Malouines,  perdues 
dans  les  brumes  polaires.  La  ide  s'est  donc  passée  pendant 
sept  à  neuf  mois,  en  définitive,  à  considérer  les  flots  et  à 
étudier  leur  inconstance.  De  temps  à  autre  il  y  a  bien  quel- 
que mécompte,  et  Ton  a  vu  certaines  de  ces  campagnes  se 
prolonger  au-delà  d'un  an  :  la  fable  d'Ulysse  est  de  tous  les 
âgés,  et  rend  encore  plus  exacte  ma  comparaison  du  tour  du 
monde  au  voyage  du  Levant. 

En  résumé,  le  chemin  des  grands  caps  n'est  plus  qu'une 
grande  route  maritime  que  l'on  s'efforce  de  parcourir  le  plus 
rapidement  possible  en  choisissant  les  points  où  doivent  se 
trouver  les  vents  favorables.  Là  est  tout  l'intérêt  du  voyage 
pour  les  officiers  d^  vaisseau  qui  ont,  je  le  reconnais,  à  faire 
bonne  provision  de  patience,  et  aussi  d'un  peu  d'abnéga- 
tion au  point  de  vue  du  bien-être,  car  cette  navigation  n'est 
pas  tendre.  Mais  quand  on  réussit,  la  peine  est  bien  vite 
oubliée.  Ainsi,  le  Rhin  vient  de  parcourir  en  28  jours  la 
distance  qui  sépare  le  premier  méridien  (coupé  par  45*"  sud) 
du  cap  Otway  (entrée  du  détroit  de  Bass  qui  conduit  à  Mel- 
bourne dans  le  port  Philipp)  ;  cette  traversée  est  presque 
unique.  Je  suis  sûr  qu'en  voyant  la  terre,  pas  un  de  mes 
officiers  ne  pensait  encore  aux  douches  malsaines  quMl 
avait  reçues  jusque  dans  son  lit. 

La  vapeur  et  le  progrès  des  constructions  navales  tendent 
du  reste  à  raccourcir  encore  les  distances.  11  y  a  peu 
d'années^  les  clippers  anglais  mettaient  de  80  à  90  jours 
pour  se  rendre  à  Melbourne;  aujourd'hui,  il  ne  leur  faut 
plus  que  de  70  à  80  jours,  et  un  navire  mixte,  construit 
dans  la  colonie  Australienne,  vient  de  faire  deux  voyages  : 
l'un  en  52,  l'autre  en  54  jours.  Le  bien-être  et  les  intérêts 
y  gagnent,  mais  la  poésie  disparait  complètement  ;  les  dis- 
tractions mêmes  font  défaut.  A  peine  si  de  loin  en  loin  on 
aperçoit  une  lie  perdue  dans  l'espace,  sous  le  feu  des  tro- 
piques ou  dans  les  brumes  glaciales  des  mers  australes  ;  ce 
sont  des  témoins  oubliés  des  cataclysmes  d^un  âge  reculé  à 


268  QUELQUES   OBJETS   d'hISTOIRE   NATURELLE. 

la  découverte  desquels  se  rattachent  des  noms  français,  tels 
que  :  Bouvet,  Marion,  Crozet,  de  Kerquelen,  de  Kennadee, 
d'Entrecasteaux,  mais  que  le  monde  ignore,  sauf  les  pécheurs 
de  phoques  et  les  marins. 

Il  y  a  bien  aussi  la  capture  des  oiseaux,  de  l'Albatros,  ce 
géant  des  airs.  Mais  la  rapidité  de  la  course  exclut  le  succès 
de  cette  chasse  à  la  ligne,  car  il  faut  pour  prendre  ces 
oiseaux  affamés  que  les  vents  contraires  et  furieux  arrêtent 
la  marche  du  navire.  Donc,  moins  on  en  rapporte,  plus  on 
a  été  favorisé. 

Ceux  que  j'ai  envoyés  Tannée  dernière  ont  été  pris  en 
partie  dans  le  sud  de  l' AustraUe  où  le  Rhin  a  essuyé  un 
cyclone,  en  partie  pendant  un  coup  de  vent  d'Est  près  de  la 
Nouvelle-Zélande,  non  loin  de  laquelle  je  me  trouTe  en  ce 
moment,  retardé  de  nouveau  par  les  mêmes  vents.  Malgré 
cette  circonstance  et  d'autres  aussi  funestes,  le  retour  de 
Nouméa  à  Rochefort  s^était  effectué  avec  une  rapidité  excep- 
tionnelle :  101  jours  de  mer  et  4  jours  passés  à  Sainte- 
Hélène.  De  Toulon,  nous  avons  fait  le  trajet  deux  fois  en 
91  jours  de  mer  jusqu'à  Nouméa;  la  première  par  le  canal 
de  Suez,  la  deuxième  par  le  cap  de  Bonne-Espérance.  On 
ne  compte  guère  de  plus  belle  traversée,  si  ce  n'est  celle  que 
vient  d'effectuer  la  Garonne  en  8 1  jours  :  les  deux  navires 
sont  mixtes;  la  Garonne  est  d'un  type  supérieur,  et  elle  est 
revenue  à  Brest  en  89  jours,  ce  qui  est  merveilleux. 

Ces  traversées  ne  peuvent  être  absolument  comparées  à 
celles  des  clippers  anglais  dont  je  parlais  plus  haut,  parce 
que,  dans  nos  transports  mixtes,  les  qualités  de  marche  ont 
été  sacrifiés  à  d'autres  considérations,  tandis  que,  dans  la 
construction  des  premiers,  tout  a  été  subordonné  à  la  rapi- 
dité. Nos  navires  regagnent  une  partie  de  ce  désavantage  en 
franchissant  les  calmes  à  la  vapeur.  D'un  autre  côté,  le 
point  de  départ  des  Anglais  est  la  Manche,  d'où  l'on  est  en 
meilleure  position  que  de  Toulon  et  de  Rochefort  pour  pé- 
nétrer dans  rOcéan,  et  la  distance  du  port  Philipp  à  Nou- 


QUELQUES    OBJETS    d'hISTOIRE    NATURELLE.  269 

méa  ajoute  de  8  à  28  jours  à  celle  d'Europe  à  Melbourne. 
La  traversée  de  la  Garonne  peul  donc  figurer  parmi  les 
bonnes  du  commerce  anglais,  et  celle  du  Rhin  également^ 
si  l'on  ne  considère  que  le  trajet  du  détroit  de  Gibraltar  à 
celui  de  Bass.  UOme^  arrivée  à  Nouméa  le  même  jour  que 
ce  dernier,  a  85  jours  de  mer  de  Brest  à  Melbourne  ;  le 
Rhin^  de  Gibraltar,  en  compte  76  ;  la  Garonne ^  de  Brest, 
72.  Jusque-là,  nos  frégates  à  voiles  mettaient  en  moyenne 
116  jours,  quelquefois  140,  de  Toulon  à  Nouméa.  Le 
retour  est  généralement  plus  long;  le  parcours  du  Pacifique 
Sud  présente  plus  de  difficultés,  et  donne  plus  de  misère 
aux  équipages  que  celui  de  l'Océan  Indien. 

Ces  détails,  Messieurs,  sont  d'un  intérêt  médiocre;  j'ai 
cru  devoir  pourtant  saisir  l'occasion  de  vous  les  exposer,  par- 
ce que,  je  le  répète,  la  marine  est  peu  connue  chez  nous 
et  que  Ton  ne  saurait  trop  appeler  l'attention  sur  elle  dans 
nos  provinces  de  l'intérieur.  Ce  que  j'aurais  à  dire  de  la 
Nouvelle-Calédonie,  connue  lieu  de  transportation  et  de 
déportation,  serait  écouté  avec  bien  plus  d'avidité.  Je  regrette 
d'être  obligé  de  garder  le  silence  à  cet  égard,  et  l'on  com- 
prendra pourquoi.  Ce  que  l'on  a  entrepris  dans  cette  colonie 
pénitentiaire  est  considérable  ;  les  résultats  obtenus  déjà  le 
sont  également,  mais  les  difficultés  sont  grandes,  les  intérêts 
compliqués,  et  je  ne  crois  pas  que  l'on  soit  encore  dans  la 
voie  qui  peut  assurer  le  succès,  c'est-à-dire  faire  concorder 
les  besoins  des  vrais  colons  avec  l'avenir  des  transportés  et 
des  déportés.  Mais  les  efforts  de  tous  et  l'énergie  du  Gou- 
verneur triompheront  des  difficultés,  parmi  lesquelles  il  faut 
citer  cette  déplorable  extension  de  la  centralisation  qui  là, 
comme  toujours  en  France,  plus  encore  à  cause  de  la  dis- 
tance, puisqu'il  faut  consulter  Versailles  sur  certames  me- 
sures à  prendre,  paralyse  les  meilleures  intentions.  Ce  que 
je  puis  dire,  c'est  que  transportés  et  déportés  sont  traités 
avec  une  grande  humanité,  même  avec  générosité,  et  que, 
si  les  premiers  sont  loin  de  fournir  la  quantité  de  travail  que 


270  QUELQUES    OBJETS   d'hISTOIRE    NATURELLE. 

Ton  en  pourrait  attendre,  on  leur  doit  cependant  à  peu  près 
tout  ce  qui  existe  ;  ils  servent  partout  comme  ouvriers  oo 
domestiques.  Quant  aux  déportés,  ik  produisent  peu,  et  je 
crains  qu'ils  ne  soient  une  entrave  à  l'avenir  de  la  coloni- 
sation. 

Tous  les  bras  cependant  trouveraient  facilement  un  em- 
ploi :  les  mines  d'or  n'ont  pas  encore  dit  leur  dernier  mot  ; 
l'invasion  des  eaux  a  arrêté  les  travaux,  mais  on  a  déjà  réalisé 
500,000  fr.  Une  mine  de  cuivre,  récemment  découverte, 
donne  des  résultats  inespérés;  le  fer  est  partout;  on  oroit 
qu'il  serait  plus  productif  d'exporter  le  minerai,  dont  j'envoie 
des  échantillons^  que  de  Texploiter  sur  place  ;  il  existe  de  la 
houille,  seulement  les  gisements  ne  sont  pas  encore  re- 
connus ;  l'élève  du  bétail  se  développe  sur  une  très-grande 
échelle.  La  grande  culture  industrielle  produit  surtout  du 
sucre  et  du  café  ;  ce  dernier  est  excellent.  Le  rhum  devien- 
dra bon  en  vieillissant  ;  le  sucre  me  parait  avoir  beaucoup 
d'avenir.  Si  la  Société  le  désirait,  je  pourrais  mettre  à  sa  dis- 
position des  échantillons  de  ces  divers  produits. 

Mais  jusqu'à  présent  ceux-ci  n'ont  pas  été  rémunéra- 
teurs, d*abord  parce  que  les  sauterelles  ont  dévoré  les 
cannes,  et  que  les  inondations  ont  causé  des  ravages,  et 
qu'ensuite  aux  frais  de  premier  établissement  s'ajoute  le 
prix  de  la  main-d'œuvre  qui  est  énorme,  le  blanc  consom- 
mant beaucoup  et  produisant  peu  dans  les  pays  chauds, 
même  sous  le  climat  exceptionnellement  sain  de  la  Calé- 
donie.  Les  Kanaks  étant  réfractaires  au  travail,  il  faudrait 
que  les  colons  pussent  introduire  des  ouvriers  Indiens  on 
Chinois;  c'est  là  ce  que  l'on  ne  veut  pas^  à  cause  des  con- 
damnés que  l'on  désire  attacher  au  sol  et  qui  s'emploient 
mal.  Voilà  le  nœud  de  toutes  les  difficultés. 

On  importe  du  bétail  d'Australie;  la  production  locale, 
malgré  le  nombre  toujours  croissant  et  déjà  considérable  des 
bêtes  à  cornes  élevées  en  liberté  dans  le  pays,  n'est  pas  en- 
core suffisante  pour  la  consonmiation  des  10,000  blancs 


QUELQUES    OBJETS    d'hISTOIRB    NATURELLE.  271 

actuellement  présents  sur  nos  divers  établissements.  A  Tex- 
portatiôn  du  sucre,  produit  par  six  usines  dont  le  nombre 
va  augmenter,  on  peut  ajouter  celle  des  noix  du  bancoulier 
et  du  cocotier,  qui  produisent  de  Thuile,  ainsi  que  du  tré- 
pany  ou  holoturie,  dite  biche  de  mer,  qui  entre  dans  la 
consommation  alimentaire  des  Chinois. 

Une  exploitation  qui  n'a  pas  encore  donné  tout  ce  que 
Ton  en  peut  attendre  est  celle  des  bois.  On  en  a  cependant 
déjà  expédié  en  France,  et  employé  beaucoup  aux  travaux 
de  la  colonie.  Des  forêts  qui  produisent  des  arbres  de  20  à 
25  mètres  cubes  de  charpente/ dans  lesquels  les  naturels 
creusent  leurs  énormes  pirogues,  ne  sont  pas  à  dédaigner. 
Un  garde  d'artillerie  de  marine  dirige  cette  exploitation,  et 
dispose  d'une  cinquantaine  de  transportés  et  de  quatre  ca- 
nonniers  seulement. 

L'établissement,  muni  d'une  scierie  à  vapeur,  est  situé 
dans  la  baie  du  Prony,  à  l'extrémité  sud  de  l'île  qui  est 
là  comme  ailleurs  très-accidentée,  mais  ici  de  formation 
volcanique.  Dans  cette  partie,  le  fer  mélangé  au  chrome 
et  à  d'autres  matières  affleure  partout.  Le  sol  n'est  qu'un 
amas  de  roches  ferrugineuses,  dont  les  blocs  affectent  toutes 
les  formes  et  prennent  toutes  les  dimensions.  La  terre 
végétale  n'apparaît  presque  nulle  part,  et  cependant  les 
pentes  abruptes,  conune  le  fond  des  vallées,  sont  couvertes 
de  forêts  splendidcs,  riches  par  la  variété  des  essences  et  la 
dimension  des  arbres  qui,  outre  des  charpentes  colossales, 
fournissent  des  bois  d'ébénisterie  superbes. 

«  Tout  s'y  ressent  de  l'état  agreste  de  la  nature  brute. 
»  L'on  y  rencontre  à  chaque  pas,  réunies  aux  beautés  de  la 
»  nature  abandonnée  à  elle-même,  des  marques  de  sa  dé- 
I)  crépitude  ;  des  arbres  d'une  très-grande  hauteur  et  d'un 
»  diamètre  proportionné,  sans  branches  le  long  de  la  tige, 
»  mais  couronnés  d'un  feuillage  toujours  vert  :  quelques- 
»  uns  paraissent  aussi  anciens  que  le  monde  ;  entrelacés  et 
«>  serrés,  au  point  d'en  être  impénétrables,  ils  servent  d'ap- 


272  QUELQUES    OBJETS   D  HISTOIRE    NATURELLE. 

»  pui  à  d'autres  arbres  d'égale  dimension,  mais  tombant  de 
i>  vétusté  et  fécondant  la  terre  de  leurs  débris  réduits  en 
»  pourriture.  La  nature  dans  toute  sa  vigueur,  et  tout  à  la 
i>  fois  dans  un  état  de  dépérissement,  offre,  ce  semble,  à 
»  l'imagination  quelque  chose  de  plus  imposant  et  de  plus 
i>  pittoresque  que  la  vue  de  cette  même  nature  embellie 
1)  par  l'industrie  de  l'homme  civilisé;  voulant  n'en  con- 
»  server  que  les  beautés,  il  en  a  détruit  le  charme  ;  il  lui  a 
»  fait  perdre  ce  caractère  qui  n'appartient  qu'à  elle,  d'être 
i>  toujours  ancienne  et  toujours  nouvelle.   » 

Ces  remarques  de  d'Entrecasteaux,  exprimées  avec  tant 
de  simplicité,  en  présence  des  splendeurs  végétales  de  la 
Tasmanie,  dont  les  havres  et  les  canaux  portent  son  nom , 
s'appliquent  également  aux  forêts  vierges  de  la  Nouvelle- 
Calédonie.  Seulement  ici ,  sous  la  haute  futaie,  s'étalent  à 
profusion  les  plantes  exotiques  à  larges  feuillages  connues 
de  tout  le  monde  aujourd'hui,  mais  qu'il  est  rare  de  voir 
réunies  dans  un  ensemble  si  harmonieux  ;  ce  sont  :  les  pal- 
mistes ,  les  lataniers ,  les  dracénas ,  les  fougères  parasites 
et  d'autres  arborescentes  dont  la  tige,  haute  de  plusieurs 
mètres,  porte  le  plus  gracieux  parasol  de  feuilles  longues  et 
finement  découpées,  le  gommier,  ornement  de  nos  salons, 
le  chou  caraïbe,  le  pandanus,  le  bananier  et  l'oranger 
sauvages ,  les  orchidées  et  mille  autres,  sans  parler  des  li- 
chens, des  mousses,  des  lycopodes,  dont  le  nombre  est  in- 
fini. Les  lianes  exubérantes  de  sève  atteignent  la  cime  des 
plus  grands  arbres,  et  par  la  variété  de  leurs  contours,  de 
leurs  agencements  et  de  leurs  espèces,  complètent  un  ta- 
bleau auquel  rien  ne  manque  dans  les  détails,  ni  dans  Ten- 
semble,  pas  même  l'eau  qui,  de  tous  côtés,  tombant  de 
roche  en  roche,  ici  forme  des  cascades,  là  coule  paisible- 
ment et  disparaît  quelquefois  sous  les  racines;  ailleurs, 
creuse  des  ravines  profondes  sur  lesquelles  des  géants  abat- 
tus par  le  temps  sont  jetés  comme  les  ponts  de  nos  mon- 
tagnes que  la  légende  attribue  à  la  puissance  du  Diable. 


QUELQUES    OBJETS   d'hJSTOIRE   NATURELLE.  273 

Tous  CCS  torrents  forment  de  petites  rivières  et,  en  grand 
nombre,  débouchent  dans  les  replis  de  la  baie  du  Prony, 
ouverte  au  sud  du  côté  de  Tile  des  Pins.  Celle-ci,  à  toute 
vue,  est  reliée  à  la  Grande-Terre  par  une  double  bande  de 
récifs  formés  des  coraux  dont  la  Calédonie  entière  est  en- 
veloppée, et  qui  se  prolongent  à  50  lieues  dans  le  nord- 
ouest.  Leur  présence  n'est  indiquée  que  par  une  légère 
ligne  blanche  de  brisants  ;  et  c'est  au  milieu  de  pareils 
dangers,  alors  qu'ils  étaient  complètement  inconnus^  que 
les  premiers  navigateurs  sont  allés  nous  frayer  la  voie. 

Ces  récifs  sont  à  eux  seuls  des  mondes,  roches  vivantes 
qui  tantôt  meurent ,  tantôt  croissent  et  multiplient  ainsi  les 
dangers  sous  les  pas  du  marm.  De  plus,  les  vastes  bassins 
qu'ils  enserrent  renferment  des  millions  d'êtres  dont  beau- 
coup sont  comestibles.  Les  poissons  sont  représentés  par 
une  infinité  de  genres  aux  couleurs  et  aux  formes  variées , 
depuis  rinfinimcnt  petit  jusqu'aux  géants  destructeurs,  le 
requin  et  la  bécune.  Les  mollusques  fournissent  de  riches 
moissons  aux  conchyliologues,  des  repas  aux  naturels,  et 
des  jouissances  aux  gourmets  ;  car  l'huître  de  roche  est  très- 
savoureuse,  et  celle  du  palétuvier,  arbuste  qui  de  tous  côtés 
plonge  dans  la  mer  ses  racines  adventices,  est  très-cstimée. 
Les  bénitiers,  dont  vous  pourrez  voir  un  spécimen  de  taille 
moyenne,  atteignent  des  dimensions  prodigieuses  et  entrent 
dans  l'alimentation  des  Néo-Calédoniens.  Il  existe  aussi  une 
huître  perlière  (perna),  qui  abonde  à  la  baie  de  Prony. 
J'en  ai  recueilli  beaucoup,  de  même  que  d'excellentes  es- 
pèces comestibles  autour  d'une  source  thermale  qui  mérite 
une  mention  particulière. 

Cette  exubérance  de  vie  au  sein  de  la  mer  fait  contraste 
avec  le  silence  des  bois.  Ici  la  nature  semble  avoir  épuisé 
ses  forces  dans  la  production  végétale.  Parfois  on  parcourt 
de  longs  espaces  sans  entendre  un  cri  d'oiseau;  et  cepen- 
dant la  faune  de  la  Nouvelle-Calédonie  compte  plus  de 
cent  espèces  emplumées,  dont  quelques-unes  lui  sont  toutes 

T.  XXXVII.  18 


274  QUELQUES   OBJETS   D  HISTOIRE   NATUUBIXB. 

spéciales,  notamment  le  Cagou,  genre  vobin  des  cchasâers, 
qui  court  mais  ne  vole  pas,  et  auquel  les  chiens  font  une 
guerre  destructive.  C'est  encore  un  genre  que  l'on  verra 
disparaître  du  globe,  car  il  n'existe  nulle  part  ailleurs. 
J'ai  observé  que  les  oiseaux  fréquentent  davantage  les  iieax 
habités,  ceux  du  moins  que  Ton  ne  chasse  pas,  et  qa'ib 
sont  très-famiUers.  Il  m'est  arrivé  d'être  accompagné  pen- 
dant longtemps  par  une  espèce  de  roitelet  qui  semblait 
jouer  le  rôle  du  chien  devançant  son  maître  sur  une  route. 
Plusieurs  espèces  d'Europe  ont  des  représentants  aux  anti- 
podes. Je  citerai  le  rossignol,  moins  habile,  mais  aussi 
agréable  chanteur  que  le  nôtre  ;  l'hirondelle ,  le  martin- 
pècheur,  etc. 

Quant  aux  mammifères,  on  n'en  a  jamais  connu  d'indi- 
gène autre  que  la  Roussette,  énorme  chauve-souris,  dontje 
rapporte  un  sujet.  De  son  poil  les  Kanaks  tressent  des  cor- 
dons et  en  agrémentent  leurs  armes  ou  leurs  parures  de  co- 
quilles. 

Les  exercices  cynégétiques  ont  donc  peu  d'attraits;  ils 
exigent  d'énormes  déplacements  et  une  longue  patience 
pour  surprendre  ou  attendre  quelque  canard  sur  des  îlots 
détachés  ou  au  bord  de  lacs  situés  à  2  et  300  mètres  d'al- 
titude, ou  bien  des  pigeons  très-difficiles  à  distinguer  sur  la 
cime  des  arbres.  Il  y  a  plusieurs  espèces  de  ces  derniers; 
d'abord  le  Notou,  gros  comme  une  belle  poule;  puis  le 
Pigeon  vert^  d'un  beau  vert  d'émeraude  ;  des  Tourterelles 
aux  couleurs  variées.  Quelques  Perruches  sont  dignes  aussi 
de  figurer  sur  une  table  recherchée. 

Tout  ce  dontje  parle,  je  l'ai  vu;  mais  il  n'est  pas  pos- 
sible, durant  un  séjour  de  trois  ou  quatre  semaines^  même 
deux  fois  répété,  de  se  faire  une  opinion  sur  l'ensemble  9 
l'on  s*absorbe  dans  une  étude  spéciale  et  si  l'on  y  consacre 
le  temps  que  vous  laisse  une  position  qui  a  aussi  ses  charges. 
D'ailleurs  il  faut  des  mois  pour  savoir  diriger  ses  recherches 
utilement  (les  mines  à  collections  s'épuisent),  étant  donné 


QUELQUES   OBJETS    d'hISTOIRE   NATURELLE.  275 

même  qu'on  eût  la  science,   ce  dont  je  n'ai  pas  la  ^éten^ 
tien. 

Ce  qae  j'ai  appris  et  recueilli  je  le  dois  donc  en  grande 
partie  à  des  personnes  obligeantes  dont  je  me  plais  à  citer 
les  noms  : 

M.  de  Gasteljau,  directeur  de  la  ferme-modèle  de  Yahoué, 
qui  s'occupe  d'acclimater  tout  ce  qui  peut  être  utile  à  la 
colonie,  m'a  procuré  quelques  oiseaux  et  des  flacons  d'in- 
sectes, de  scorpions,  d'araignées. 

Je  dois  à  M.  Numa  Joubert,  le  plus  ancien  et  le  plus  en- 
treprenant des  colons,  du  café,  du  sucre,  du  rhum,  du 
tabac  que  je  me  propose  de  faire  connaître  en  France. 

M.  Marie,  sous-commissaire  de  la  mariiie,  un  naturaliste 
éminent  qui,  par  un  long  séjour  sur  le  sol  calédonien,  a  pu 
acquérir  une  connaissance  exacte  de  sa  faune  et  de  sa  flore, 
a  bien  voulu  m'éclairer  de  sa  science,  et  me  préparer  quel* 
ques  oiseaux. 

M"'  G.  de  La  Richerie,  la  femme  du  gouverneur  actuel, 
m'a  procuré  une  collection  de  graines  et  de  plantes  dont 
M"*  de  Villemereuil  a  fait  une  part  aux  horticulteurs  du  dé- 
partement de  l'Aube,  et  qui  a  été  renouvelée  cette  année. 

M.  Alric,  garde  d'artiUerie  de  marine,  chef  de  rétablis- 
sement de  la  baie  du  Sud,  m'a  donné  une  collection  des 
bois  des  forêts  qu'il  exploite,  et  des  graines  des  principales 
essences.  Il  doit,  de  plus,  se  charger  de  recueillir  des  plants, 
et  de  les  mettre  dans  de  bonnes  conditions  pour  supporter 
le  voyage.  Je  chercherai,  par  l'intermédiaire  de  mon  beau- 
père,  M.  d'Houdouart,  conservateur  des  forêts,  un  sylvicul- 
teur qui,  dans  le  sud-est  de  la  France,  puisse  tenter  d'ac- 
climater quelques  espèces. 

C'est  encore  à  M.  Alric  que  je  dois  d'avoir  pu  étudier 
dans  tous  ses  détails  la  source  thermale  que  j'ai  mentionnée. 

Au  fond  de  la  baie  du  Carénage,  échancrure  profonde  de 
celle  du  Prony,  entre  des  coteaux  déclives  et  boisés,  au  mi- 
lieu d'une  forêt  de  pandanus,  deux  torrents  déversent  leurs 


276  QUELQUES   OBJETS   d'hISTOIBE    NATURELLE. 

eaux  et  forment  un  delta  dont  les  plages  de  sable  tranchent 
sur  le  vert  sombre  des  rivages.  Au  milieu  de  ce  sable  blanc 
se  détachent  un  arbre  isolé  et  quatre  têtes  de  roche  en  forme 
de  table,  hautes  de  un  mètre,  oblongues,  et  larges  de  cinq 
ou  six  mètres.  La  mer,  quand  elle  est  pleine,  baigne  ces 
roches  presque  au  niveau  de  leur  surface  et  n'en  découvre 
pas  complètement  le  pied  dans  les  plus  basses  eaux.  Les 
huttres  comestibles  font  corps  avec  elle  ;  les  perlières  y  sont 
suspendues  en  grappes.  Ces  roches  sont  autant  de  bouches 
qui  préservent  Teau  thermale  du  mélange  de  la  mer.  Une 
arête  à  feuillures  fait  saiUie  dans  le  sens  de  la  longueur  sur 
chaque  plateau,  et  par  quelques  ouvertures  laisse  percevoir 
une  sorte  de  canal.  CTest  là  la  conduite  principale  de  la 
source  qui  s'échappe  quelquefois  par  le  haut  et  le  plus  sou- 
vent par  des  orifices  latéraux  sur  les  faces  verticales  du 
massif.  Elle  sort  à  la  température  de  40  à  50%  a  le  goût  de 
Teau  de  Barèges,  et  dépose  sur  les  bords  des  exutoires  une 
matière  pâteuse  qui  enduit  tous  les  objets  voisins  et  se  durcit 
à  la  longue.  La  roche  entière  est  formée  de  ces  dépôts  et  des 
coquilles  sont  englobées  par  eux.  Aujourd'hui  rien  de  plus 
simple  que  ce  mode  de  formation  ;  mais  dans  le  principe  il 
a  fallu  que  sous  les  eaux  de  la  mer  celles  de  la  source  aient 
chassé  le  sable,  formé  une  pâte  avec  celui-ci,  puis  que  les 
dépôts  se  soient  accumulés  par  dessus  et  se  soient  solidifiés 
bien  que  lavés  par  les  flots.  Lorsque  cette  roche  ainsi  for- 
mée eut  dépassé  le  niveau  de  la  haute-mer,  l'agglomération 
est  devenue  plus  rapide.  Cela  explique  et  les  parois  verti- 
cales de  chacun  des  pâtés  de  matière  dans  lesquels  les 
sources  se  sont  réservé  un  réseau  de  canaux,  et  l'arête  feuil- 
letée et  en  saillie  qui  les  traverse. 

La  collection  que  j'offre  à  la  Société,  relativement  à  cette 
source,  est  complète.  Elle  comprend  une  bouteille  de  son 
eau,  des  fragments  des  dépôts  pâteux,  des  échantillons  de 
la  roche  durcie,  des  huîtres  comestibles  [ostrea  mordax), 
dont  l'une  dans  une  gangue  calcaire,  des  huîtres  perliàies 


QUELQCE8   OBJETS   d'hISTOIRE   NATUBEUE.  277 

{pema  striluta),  l'une  contenant  sa  perle.  Il  y  a  des  perles 
d'une  très-belle  eau,  mais  elles  sont  rares.  Si  vous  le  jugez 
utile,  vous  avez  parmi  vous,  Messieurs,  des  savants  qui  pour- 
ront analyser  ces  éléments,  et  ne  connaissant  pas  encore  de 
travail  sur  cet  objet,  je  prendrais  grand  intérêt  à  lire  le 
leur. 

J'ajoute  une  bouteille  d'eau  d'une  autre  source  thermale, 
située  dans  les  mêmes  parages,  à  plusieurs  mètres  au-dessus 
du  niveau  de  la  mer,  et  un  échantillon  de  celle  qui  coule  par- 
tout, et  dont  s'approvisionnent  les  navires,  laquelle  je  crois 
très-salutaire  par  suite  de  son  contact  continuel  avec  le 
fer. 

On  verra  encore,  non  sans  intérêt,  je  pense,  des  morceaux 
de  la  serpentine  dont  les  anciens  Kanaks  fabriquaient  leurs 
haches^  instruments  assez  finis  et  assez  résistants  pour  leur 
permettre  d'abattre  des  arbres  de  6  à  8  mètres  de  tour. 
Sur  ce  sujet  on  peut  consulter  avec  fruit  l'ouvrage  de  sir 
John  Lubbock,  intitulé  V Homme  avant  tHistoire^  avec 
une  description  comparée  des  moeurs  des  sauvages  mo- 
dernes, pages  377,  488,  489,  448. 

La  salubrité  de  la  Nouvelle-Calédonie  deviendra  certai- 
nement proverbiale,  si  l'invasion  européenne  n'est  pas 
suivie  des  fléaux  qu'elle  traîne  ordinairement  derrière  elle. 
A  quoi  attribuer  ce  bienfait,  lorsque  l'on  voit  des  pays  très- 
voisins  d'autres,  d'apparence  très-semblable,  privés  de  cette 
immunité  ?  Chacun  cherche  la  solution  dans  la  sphère  des 
phénomènes  que  ses  études  l'amènent  à  observer.  Des  offi- 
ciers et  les  ingénieurs  qui  ont  travaillé  et  travaillent  encore 
à  l'hydrographie  l'attribuent  à  l'existence  d'un  sous-sol  de 
coraux  vivants.  Voici  ce  que  dit  M.  Chambeyron,  capitaine 
de  frégate,  dans  les  Instructions  nautiques  sur  la  Nouvelle- 
Calédonie,  1869  : 

<'  La  salubrité  du  climat  de  la  Nouvelle-Calédonie  est 
désormais  incontestable  ;  les  travaux  de  force  qui  y  ont  été 


278  QUELQUES   OBJETS    d'hISTOIEE   IfATDRELLB. 

exécutés  dans  les  conditions  les  plus  pénibles  n'y  ont  pas 
encore  occasionné  de  maladies,  et  la  naortalité  y  est  no- 
tamment moindre  qu'en  France.  La  températare,  graee 
anx  fraiches  brises  qui  régnent  presque  toute  FanDée,  n'y 
atteint  jamais  des  limites  très->élevées.  Dans  la  saison  dlû- 
Yernage,  en  janvier,  février  et  mars,  elle  atteint  rarement 
+  30""  et  ne  descend  guère  au-dessous  de  +15*  pendant 
la  nuit  en  juillet  et  en  août.  Elle  n'est  pas  exposée  à  des 
changements  brusques  comme  à  Taîti . 

»  Lorsqu'on  entreprit  à  Nouméa,  et  plus  tard  à  Kanaia, 
les  premiers  travaux  de  terrassement  dans  des  terrains  bas 
et  fangeux,  on  craignit  de  voir  se  déclarer  des  fièvres  pa- 
ludéennes. Il  n'en  fut  heureusement  rien,  parce  que  ces 
terrains  ne  sont  rien  moins  que  des  marécages.  On  n'y  trouve 
point  les  plantes  qui  remplissent  ordinairement  les  marais, 
et  quoique  les  eaux  y  paraissent  stagnantes,  et  semblent 
privées  de  tout  écoulement,  nous  sommes  convaincu  qu'elles 
se  renouvellent  constamment  par  les  crevasses  du  sous-sd, 
qui  est  partout  de  corail  à  une  plus  ou  moins  grande  pro- 
fondeur. Dans  les  plaines  du  littoral  d'Yate  et  d'Uoia,  où 
lesalluvions  ont  bien  moins  d'épaisseur  que  sur  la  côte  ouest, 
ce  sous-sol  perce  par  places  en  maints  endroits,  et  Ton  voit, 
loin  de  la  mer,  surgir  des  têtes  de  corail  au  milieu  de  ma- 
rais dans  lesquels  les  indigènes  cultivent  le  taro  avec 
succès r 

»  L'écoulement  souterrain  des  eaux  est  très-actif  en 
Nouvelle-Calédonie  ;  nous  avons  parlé  tout  à  l'heure  de  la 
disparition  de  la  Tontouta  de  son  lit  pendant  plus  de  mi 
quart  de  lieue  ;  nous  mentionnerons  ici  le  plus  remarquable 
cours  d'eau  de  ce  genre  qui,  dans  les  environs  de  Yenghen, 
passe  sous  une  île  située  à  500  mètres  du  rivage,  l'alimente 
d'eau  douce  et  va  se  perdre  ensuite  à  la  mer  à  une  distance 
inconnue. 

D  Ces  divers  faits  nous  ont  amené  à  des  remarques  qui, 


_  J 


QUELQUES   OBJETS   D*HIST01RE   NATURELLE.  279 

selon  nous,  mériteraient  une  étude  spéciale  de  la  part  des 
hommes  compétents.  Dans  les  lies  intertropicales  oii  les  co- 
raux sont  TÎvantsv  telles  que  la  Nouvelle-Calédonie,  Taïti, 
la  majeure  partie  de  la  Polynésie,  les  Seychelles,  nous  avons 
reinarqué  Tabsence  ou  l'innocuité  des  fièvres  et  'autres 
maladies  ordinaires  dans  ces  climats,  tandis  que  dans  les 
pannes  entourés  dé  coraux  morts,  tels  que  la  Vera-Cruz, 
les  AntiRes  et  les  Nouvelles-Hébrides,  près  de  la  Nouvelle- 
Calédonie,  ces  maladies  présentaient  an  contraire  un  carac- 
tère très-grave.  N'y  aurait-il  pas  dans  le  premier  cas  un 
mouvement  et  un  écoulement  permanent  des  eaux,  qui  s'op- 
poserait à  la  tormation  des  marais  proprement  dits,  écoule- 
ment qui  ne  trouverait  plus  d'issue  dans  le  second  cas  ?  Nous 
ne  résoudrons  la  question  dans  aucun  sens,  et  nous  nous 
contenterons  de  la  présenter  aux  hommes  spéciaux.  » 

M.  B.  Balansa,  botaniste  {Bulletin  de  la  Société  de  Géo- 
graphie de  février  1873.  —  M.  Balansa  est  revenu  en 
France  en  1872  sur  le  Rhin)  y  prétend  que  le  Niaouli  joue 
en  Nouvelle-Calédonie  le  même  rôle  que  l'Eucalyptus 
en  Australie  :  ce  serait  un  chasse-fièvre.  Il  croit  que  cet 
arbre  n'existe  pas  aux  Nouvelles-Hébrydes  qu'il  cite  comme 
mioilsaines.  Le  Niaouli  est  une  myrtacée  très-répandue  dans 
lés  terrains  sédimentaires  ou  métamorphisés,  mais  qui  dis- 
parait complètement  des  terrains  cruptifs.  Ainsi  elle  n'existe 
pas  dans  les  forêts  du  Sud.  C'est  un  arbre  précieux,  qui 
rend  les  défrichements  difficiles,  mais  dont  toutes  les  parties 
sont  utilisables.  Le  bois  donne  une  très-belle  charpente,  la 
feuille  rerifiplace  le  laurier-sauce,  et  Fécorce,  qui  recèle  de 
nombreux  scorpions,  fournit  des  toitures,  des  abris  impro- 
visés pour  lés  campements  de  nuit,  et  de  l'amadou.  J'essaye 
d'en  rapporter  un  fhigment.  Mon  père  vous  a  présenté 
Tannée  dernière  une  branche  de  cette  myrtacée  portant 
feuilles,  fleurs  et  graines. 

Deux  conifères    remarquables   appartiennent  aussi  en 


280  QUELQUES   OBJETS    D  HISTOIRE   NATURELLE. 

propre  à  la  NouYelle-GalédoDie  ;  le  Kaori,  dont  le  tronc  ad- 
mirablement droit  atteint  20  et  30  mètres  sans  branches,  et 
en  mesure  quelquefois  trois  de  largeur  à  la  base,  rappdk 
notre  platane  par  son  galbe  et  son  écorce.  Il  existe  aussi  à 
la  Nouyelle-Zélande,  où  sa  gomme  produit  5  milions  de 
francs  à  Texportation (1  ].  Ce  pourrait  être  encore  une  source 
de  revenu  à  laquelle  on  songe  à  Nouméa.  Le  Pin  colonnaire, 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  celui  de  la  petite  tle  voi- 
sine de  Norfolk,  est  un  joli  arbre  d'ornement  lorsqu'il  est 
jeune  ;  vieux,  il  est  ébraoché  par  le  vent  et  prend  Tapparence 
d'où  il  tire  son  nom,  de  même  que  Tile  des  Pins  a  pris  le 
sien  des  forêts  de  colonnaires  qui  bordent  ses  rivages  du 
sud*est.  Il  est  assez  singulier  que  ce  conifère  recherche  non- 
seulement  le  bord  de  la  mer,  mais  encore  l'exposition  aux 
vents  alizés  qui  sont  humides  et  souvent  violents.  De  là  ré- 
sulte que  les  côtes  s'offrent  aux  navigateurs  sous  des  aspects 
très-différents,  selon  le  point  par  lequel  on  les  aborde  :  au 
sud-est,  des  sites  alpestres;  vers  le  nord,  la  belle  végétation 
tropicale,  où  le  cocotier  produit  des  effets  si  jolis  et  si  riches  ; 
à  l'ouest,  des  mamelons  couverts  d'une  herbe  uniforme  et 
triste  à  la  vue,  près  de  Nouméa  surtout. 

Aussi,  lorsqu'on  arrive  de  la  mer,  on  est  loin  d'être  séduit 
comme  on  l'est  en  découvrant  les  riantes  plages  de  Taîti. 
C'est  dans  les  détails  et  en  la  parcourant  que  l'on  peut  ap- 
précier les  richesses  de  la  Nouvelle-Calédonie  ;  l'avenir 
dira  si  ces  richesses  peuvent  un  jour  nous  indemniser  de 
nos  dépenses.  Pour  obtenir  ce  résultat  il  faut  du  temps,  de 
la  sagesse  et  de  la  constance  :  espérons  que  ces  quaUtés  ne 
nous  feront  pas  défaut . 

A  ces  notes,  peut-être  un  peu  longues,  je  joins  la  liste^ 
celle-ci  trop  courte  des  objets  qui  vous  sont  adressés,  et 
vous  prie  de  croire,  Messieurs,  au  plaisir  que  j'aurai  tou- 


(1)  Voir  le  Bulletin  de  février  1873  de  la  Société  de  Géographie. 


QUELQUES   OBJETS   d'hISTOIRB   NATURELLE.  281 

jours  à  me  mettre  en  relation  avec  vous,  et  à  la  satisfaction 
que  j'éprouverais  à  vous  être  utile  dans  la  limite  de  mes 
forces. 


A  la  mer,  près  de  la  Nouvelle-Zélande,  à  bord  du  Rhin^ 
le  9  juin  1873. 


P.-5.  —  Dans  notre  retour  par  T Atlantique  nord,  au 
nord-est  de  la  mer  de  Sargasse,  nous  avons  traversé  une 
troupe  de  cachalots  composée  de  200  animaux  au  moins, 
qui,  pendant  une  heure,  ont  pris  leurs  ébats  autour  du  Bhin^ 
sautant  quelquefois  de  toute  leur  longueur,  dans  la  verticale, 
au-dessus  de  Teau  et  retombant  avec  fracas.  Il  est  rare 
d'assister  à  un. spectacle  pareil  ;  c'est  d'ailleurs  une  diversion 
intéressante  aux  ennuis  du  navigateur. 


DERNIERE   NOTE 


SUR 


CLOTILDE  DE  SURVILLE 


PAR 

M.  CHARLES  DES  GUERROIS 
Membr»  résidant. 


M;  le  Président,  avec  sa  bien?eillance  ordinaire,  a  appelé, 
lors  de  notre  dernière  séance,  mon  attention  sur  un  Tolume 
des  Actes  de  F  Académie  de  Bordeaux  (3*  série,  34**  année, 
1^72-73,  Paris,  Dentu.  —  Articlc  de  M.  Anatole  Loquin). 
L'auteur  de  ce  travail  tres-développé,  —  il  occupe  240 
pages  in-S**,  de  la  page  5  à  la  page  244,  —  arrive,  par  une 
suite  de  considérations  bien  déduites,  en  ce  qui  concerne 
l'authenticité  des  poésies  de  Clotilde  de  Surville^  à  une  con- 
clusion pareille  à  celle  que  j'ai  tiré  moi-même  de  l'examen 
de  ce  pastiche  célèbre  dans  un  travail  que  j'ai  eu  Phonneur 
de  lire  devant  vous  dans  votre  séance  du  15  mars  1872. 
C'est  aujourd'hui  une  question  épuisée  et  qui  tombe  désor- 
mais dans  le  domaine  du  lieu  commun  ou  du  paradoxe, 
une  question  qui  n'en  est  plus  une  que  pour  les  gens  qui  ont 
du  temps  à  perdre  —  ce  sont  les  naïfs  qui  croient  à  Clotilde 
de  Surville  —  et  aux  gens  qui  aiment  à  faire  perdre  du 
temps  aux  autres  «->  ce  sont  les  amis  du  paradoxe.  Je  n'ana- 


284  GLOTILDB    DE    SURVILLE. 

lyserai  donc  pas  plus  amplement  le  travail,  si  bien  fait  qu'il 
soit,  que  nous  apportent  les  Actes  de  F  Académie  de  Bor- 
deaux. Je  n'ajouterai  ici  qu'un  mot. 

Plusieurs  critiques  refusent  d'admettre  que  le  marquis 
de  Surville  soit  l'auteur  du  pastiche  ;  ils  se  fondent  sur  la 
loyauté  bien  connue  du  gentilhomme  royaUste  et  sur  sa 
persistance  à  nier  jusqu'à  la  fin,  à  plaider  non  cotqnxble. 
Cet  argument  me  parait  de  peu  de  valeur.  La  loyauté  de 
M.  de  Surville  est  incontestable  et  n'est  point  en  question 
à  mon  avis;  il  m'est  impossible  d'admettre  qu'elle  puisse 
recevoir  la  moindre  atteinte  du  fait  qui  semble  bien  avoir  été 
le  sien;  quel  crime,  quelle  simple  faute  morale  y  a-t-il  à 
attribuer  à  une  personne  morte  depuis  quatre  siècles  des 
poésies  dont  on  est  l'auteur,  surtout  quand  elles  prouvent 
du  talent  ?  Donner  ne  sera  jamais  la  même  chose  que 
prendre.  Qui  a  jamais  songé  à  faire  un  crime  à  sir  Walter 
Scott  d'attribuer  ks  Contes  de  mon  Hôte  à  Jedediah  Cleis- 
botham?  simple  forme  de  la  création  littéraire. 

Je  reviens  au  travail  de  M.  Loquin.  La  partie  la  plus  in- 
téressante de  ce  (1  Procès  littéraire  »  (c'est  le  titre  que  l'au- 
teur a  adopté),  est  celle  où  il  rend  compte  d'un  article  d'un 
ingénieux  critique,  M.  Levallois,  inséré  dans  le  Correspon-- 
dantàu  10  août  1872.  Ce  travail,  comme  on  devait  s'y 
attendre  de  la  part  d'un  esprit  aussi  distingué,  ne  se  com- 
pose pas  de  simples  redites;  il  contient  une  idée  nouvelle, 
présente  une  manière  nouvelle,  mais  rentrant  dans  le  para- 
doxe, d'envisager  le  sujet.  Jusqu'ici  il  n'y  avait  guère  eu  que 
deux  façons  de  le  considérer  :  Les  uns  disaient  :  Clotilde  a 
existé  et  fait  les  poésies  publiées  sous  son  nom  ;  les  autres  af- 
firmaient que  :  soit  que  Clotilde  de  Sur  ville  eût  existé  ou  non, 
elle  n'était  pas  l'auteur  des  poésies,  ouvrage,  soit  du  mar- 
quis de  Surville,  soit  de  Vanderbourg,  le  premier  éditeur. 
M.  Levallois  prend  les  choses  d'un  autre  biais;  il  sacrifie 
résolument  le  marquis  de  Surville,  et  dit  :  Les  poésies 
de  Clotilde  sont  vraiment  de  Clotilde,  appartiennent  vrai- 


CLOTILDB    DE    SIRVILLE.  285 

ment  au  quinzième  siècle  ;  M.  de  Sunrille  n'a  pas  eu  assez 
d'esprit  pour  les  créer,  mais  il  a  eu  assez  de  présomption 
pour  y  mettre  la  main  et  les  gâter.  Retrouvant  —  dans  quel- 
que vieux  cofifre  apparemment,  comme  Chatterton  —  les 
poésies  de  son  aïeule,  il  les  a  prises  comme  texte  à  élucu- 
brations  soi-disant  poétiques;  il  y  a  ajouté,  non  pas  son  ta- 
lent, mais  son  savoir-faire  malheureux  de  versiGcateur. 
Surville  aurait  été  ainsi  une  sorte  de  Letourneur  pour  son 
aïeule,  s'il  est  permis  de  comparer  de  très-petites  choses  à 
de  très-grandes,  s'il  est  permis  de  nommer  Shakspeare  à 
propos  de  ces  aimables  riens  de  Clotilde  de  Surville. 

Bonne  fortune  singulière,  qui  faisait  retrouver  fort  à  point 
au  marquis  de  Surville  des  poésies  dont  personne  pendant 
trois  siècle  n'avait  vu  un  fragment,  dont  personne  n'avait  dit 
un  mot,  dont  personne  enfin  n'avait  entendu  parler.  Bonne 
fortune  d'autant  plus  singulière  que  ces  poésies  écloses  en 
plein  Vivarais,  en  pays  de  langue  d'Oc,  étaient  écrites  dans 
la  langue  du  nord  de  la  France.  Le  système  du  spirituel 
cniiquedyi  Correspondant  repose  sur  une  simple,  hypothèse, 
à  savoir  qu'il  y  a  eu  un  texte  retrouvé  sur  lequel  Surville 
a  travaillé  à  loisir,  comme  sur  son  bien,  modifiant,  ampli- 
fiant et  défigurant.  Il  est  très-facile  de  transformer  une 
simple  hypothèse  en  affirmation,  et  même,  le  talent  aidant, 
de  faire  illusion  aux  esprits  peu  doués  de  critique  qui  veu- 
lent bien  se  laisser  entraîner  ;  il  est  infiniment  plus  difficile 
d'appuyer  cette  hypothèse  sur  une  preuve  ou  une  vraisem- 
blance quelconque.  M.  Jules  Levallois  a  fait  un  jeu  d')esprit, 
un  ingénieux  paradoxe,  il  a  rajeuni  la  question  ;  il  ne  lui  a 
pas  donné,  il  n'a  pas  pu  lui  donner  une  solution  positive  et 
suivant  le  vrai. 

Reste  à  savoir  s'il  y  a  eu  du  moins  une  Clotilde  de  Sur- 
ville, une  Marguerite-Clotilde-Eléonore  de  Vallon  el  Chalys, 
femme  de  Bérenger  de  Surville.  On  a  aujourd'hui  réponse  à 
cette  question  ;  une  réponse  positive  et  comme  notre  siècle 
les  aime  avec  toute  raison.  Non^  Messieurs,  il  n'y  a  pas  eu 


286  CLOTILDK   DE    SURVILLE. 

de  personne  de  ce  nom,  mais  il  y  a  eu  une  Margnmte 
Cbalys,  fenmie  en  effet  de  ce  Bérenger  de  Surville  ;  Tade 
de  mariage  a  été  retrouvé  dans  ces  dernières  années  par 
M.  Henri  d'Âudigier^  écrivain  natif  du  Vivarais,  dans  les 
minutes,  dans  le  ManucUe  Notarum  de  If  Antoine  de  Brion, 
Notaire  à  Privas  en  1427.  La  fenune  de  Bérenger  de  Sur- 
ville (celle-là  même  à  laquelle  on  prétend  attribuer  les 
poésies)  est  designée  sous  le  nom  de  Margarita  ChaUm, 
Bérenger  de  Surville  se  maria  en  1428  à  Marguerite  Cbalys, 
fille  de  feu  M""  Pierre  Cbalys,  licencié  ès-lois  à  Privas.  Mar- 
guerite Cbalys,  qualifiée  dans  Pacte  de  M*  de  Brion  hane^ 
mulier  (nous  dirions  aujourd*bui  «  bonorable  fenune  »  ) 
avait  été  mariée  en  premières  noces  à  Raymond  du  Bosco  ou 
du  Bois,  de  Barrés.  Marguerite  Cbalys,  béritière  de  sa  tante 
Florence  Cbalys,  avait,  parait-il,  une  fortune  considérable. 
L'acte  porte  la  date  du  4  janvier  1428. 

C'est  ce  que  nous  lisons  dans  un  él^ant  petit  volume 
publié  tout  récenunent  par  M.  Â.  Mazon,  autre  écrivain, 
autre  fidèle  du  Vivarais.  La  question  tient  fort  au  coBur  des 
cbercbeurs  du  pays.  M.  Mazon  donne  tout  au  long  les 
actes  du  Marmale  Notarvm  d'Antoine  de  Brion.  Et  voiUi, 
dirai -je,  comment  la  vérité  Httàraîre  peut  sortir  de  la  pou- 
dre des  études  de  notaire. 

Un  nom  et  un  nom  défiguré,  un  nom  qu'il  a  arrangé 
à  sa  guise  pour  lui  donner  une  figure  plus  poétique,  voilà 
tout  ce  qui  reste  de  l'invention  du  marquis  de  SurviUe. 

Et  ainsi  se  termine  ce  que  j'appellerai,  non  pas  «  un  grand 
problème  d'bistoire  bttéraire  »  {Journal  Officiel  do  22 
janvier  1873),  mais  une  petite  question  d'amusement  phi- 
lologique. 


Troyes,  15  octobre  1873. 


FRAGMENT  INÉDIT  DE  GROSLEY 


UN   MOT   ESNGORE 


m  us 


MEMOIRES  DE  rAGADEHIE  DE  TROYES 


>iR 


U.   LÉON  PI6E0TTE 


Le  recueil  de  pièces  intitulé  llfémoires  de  r Académie  de 
Troyes  e^t  trop  connu  non-seulement  des  érudits  mais  même 
du  public,  pour  qu'il  soit  besoin  de  parler  ayec  déyeloppe- 
ment  de  ces  facéties  où  abonde  le  sel  gaulois  assaisonnant 
de  nombreuses  citations  d'une  érudition  bien  remarquable 
pour  nos  générations  actuelles.  Quel  en  est  Tauteur  ou  quels 
en  sont  les  auteurs?  Question,  au  moment  de  l'apparition 
de  ce  piquant  recueil,  pleine  d'intérêt,  mais  alors  difficile 
à  résoudre.  En  effet,  les  deux  premières  éditions,  celles 
de  1744 ,  non-seulement  ne  portaient  le  nom  d'aucun  au^- 
teur ,  mais  le  lieu  de  leur  publication  était  éridemment  dis- 
fdmulé  ;  l'indication  de  la  ^ille  de  Liège  était  une  fausse  ru-* 
brique.  La  curiosité  publique,  justement  éreillée  par  le  vif 
attrait  que  les  œuvres  de  ce  genre  présentaient  aux  esprits 
de  cette  époque  si  différente  de  la  nôtre,  se  mit  avec  ardeur 


288  FRAGMENT    INÉDIT    DB    GROSLET. 

à  en  rechercher  la  paternité.  Le  nom  de  noire  spirituel  et 
savant  compatriote  Grosley  fut  prononcé  le  premier  ;  conmie 
le  succès  autorisait  Taveu ,  notre  malicieux  écrivain  laissa 
dire,  et  à  bon  droit,  car  les  Mémoires  de  F  Académie  de 
Troyes  sont  bien  son  oeuvre^  mais  pour  partie  seulement. 
La  vérité  est  que  la  confection  des  diverses  pièces  qui  les 
composent  appartient  également  à  André  Le  Fèvre,  avocat 
à  Troyes,  cousin  de  Grosley,  et  à  David,  fils  du  directeur  des 
aides  à  Chàlons,  alors  résidant  à  Troyes. 

Puisqu'il  en  est  ainsi ,  pourquoi  les  noms  de  ces  deux 
derniers  collaborateurs  ne  sont-ils  plus  aujourd'hui  associés 
à  celui  de  Grosley?  Pourquoi  la  postérité  attribue-t-die 
Toeuvre  commune  à  ce  dernier  seul?  La  raison  s'en  trouve, 
selon  nous,  d'abord  dans  le  secret  dont  les  auteurs  se  sont 
enveloppés  au  moment  de  la  publication  des  premières  édi- 
tions :  les  Mémoires^  il  faut  le  reconnaître,  sont  de  ces 
productions  que  Ton  ne  désavoue  pas  quand  elles  réus- 
sissent, mais  qu'avant  le  succès  on  n'oserait  publiquement 
signer  de  son  nom.  De  l'incertitude,  que  ce  secret  devait  faire 
naître,  à  l'oubli  la  transition  est  facile  à  comprendre.  Puis  il 
est  arrivé  pour  ce  recueil  ce  qui  s'est  souvent  reproduit 
lorsque,  pour  un  ouvrage  fait  en  commun,  l'un  des  auteurs 
a  acquis  par  d'autres  travaux  une  réelle  et  soUde  célébrité, 
et  que  l'autre  n'a  attaché  son  nom  qu'à  des  œuvres  de  peu 
d'importance  :  la  postérité  gardienne  des  nonjs  qui  ont  bien 
mérité,  laisse  tomber  dans  1  oubU  celui  de  l'obscur  collabo- 
rateur que  rien  de  saillant  n'avait  d'autre  part  reconunandé, 
pour  attribuer  le  mérite  tout  entier  du  travail  commun  à 
celui  dont  elle  a  conservé  la  mémoire.  Â  un  certain  point  de 
vue ,  c'est  une  injustice ,  mais  contre  laquelle  les  protesta- 
tions sont  presqu'impuissantes ,  car  elle  est  la  conséquence 
obligée  du  sort  des  choses  de  ce  monde  où  la  succession  de 
faits  toujours  nouveaux  amène  l'oubli  du  passé.  Des  trois 
auteurs  des  Mémoires^  deux  noms  sont  aujourd'hui  près- 
qu'inconnus,  un  seul  nous  a  été  transmis  et  c'est  celui, 


FRAGMENT    INÉDIT    DB   GROSLEY.  289 

comme  il  deyait  arriver,  de  Tauieur  qui  par  ses  autres  tra- 
vaux avait  mérité  d'être  conservé  à  la  postérité. 

Cependant ,  quelles  qu'en  soient  les  causes,  nous  le  re- 
connaissons hautement,  c'est  une  erreur  et  la  justice  nous 
impose  le  devoir  de  la  signaler.  Ce  fut  dans  la  même  pensée 
de  justice  que  M.  Emile  Socard,  aujourd'hui  conservateur 
de  la  BibUotlièque  de  la  ville  de  Troyes,  publia,  en  1853, 
un  travail  portant  ce  titre  :  Quelques  mots  sur  un  ouvrage 
intitulé  :  Mémoires  de  l^ Académie  de  Troyes  (1). 

Ce  travail  contient  des  détails  d'un  vif  intérêt  sur  l'origine 
de  ces  Mémoires^  les  personnes  qui  les  composèrent,  les 
circonstances  diverses  dans  lesquelles  leur  composition, 
comme  leur  publication,  eurent  lieu  (2).  L'intention  évi- 
dente de  l'auteur  est  de  rétablir  la  vérité,  de  démontrer  que 
la  postérité  commettait  une  injustice  en  attribuant  à  Grosley 
seul  la  confection  des  Mémoires;  et  que  si  notre  spirituel 
historien  avait  une  certaine  part  dans  ce  travail,  une  part 
considérable  revenait  à  ses  collaborateurs  André  Le  Fèvre  et 
David  (ils.  A  l'appui ,  il  publiait  in  extenso  deux  documents 
importants,  savoir  : 

i\  Une  lettre  d'André  Le  Fèvre  du  13  février  1765, 
dans  laquelle,  tout  en  reconnaissant  à  Grosley  quelque  part 


(4)  Mémoires  de  la  Société  d* Agriculture^  des  Sciences,  Arts  et 
Belles  Lettres  du  département  de  l'Aube,  Année  1854.  Tome  Y, 
deuxième  série,  pages  245-287. 

(2)  M.  Emile  Socard  donne  en  outre  aux  bibliophiles  de  précieux 
renseignements  sur  les  éditions  qui  en  furent  faites;  il  indique  : 
1*  Celle  de  1744,  Liège,  in-S»,  72  pages;  2»  celle  de  la  même  année 
1744,  à  Liège,  in-8'*  deux  vol.,  le  premier  de  56  pages  et  le  deuxième 
de  16  pages;  S»  celle  de  1756,  Troyes,  2  vol.  in-12;  Ap  celle  de  1768, 
Troyes,  1  vol.  in-12,  en  faisant  observer  que  cette  édition  est  la  même 
que  celle  portant  au  titre  le  nom  de  lieu  :  Londres,  la  date  de  Tan  x 
et  contenant,  sous  une  pagination  spéciale,  Téloge  de  Grosley  par 
M.  Herluison.  Cependant  cette  énumération  est  incomplète,  M.  So- 
card a  omis  de  comprendre  Tédition  publiée  par  le  Comte  de  Caylus, 
dans  son  12^  vol.,  1787,  in-8**;  eUe  présente  quelques  variantes  dans 
les  titres. 

T.  XXXVII.  19 


290  FBAGMBIIT   INÉDIT   DE   GROSLET. 

de  collaboration,  il  lui  reprochait  avec  amertume  Tusurpa- 
tion  de  son  droit  à  h.  paternité  des  Mémoires  dont  la  com- 
position aurait  été  presqu^entièrement  son  œuvre  person- 
nelle. 

2"*.  Et  une  lettre  de  Grosley,  en  date  du  2  mai  1768, 
adressée  à  M.  Desmarets,  inspecteur  des  manufactures  de 
Lyon.  Dans  cette  lettre,  Grosley  avouait  sa  coopération  aax 
Mémoires  de  t  Académie  de ,  Troyes  ;  mais  avec  cette  dis- 
tinction :  qu'il  reconnaissait  la  paternité  exclusive  d'André 
Le  Fèvre  pour  certaines  pièces  du  recueil  et  seulement  la 
participation  de  ce  dernier  pour  d'autres  pièces  ;  il  repous- 
sait le  reproche  que  lui  adressait  son  collaborateur  de  s'at- 
tribuer à  lui  seul  la  composition  des  diverses  pièces  com- 
prises dans  cet  ouvrage. 

En  lisant  avec  attention  ces  deux  lettres,  et  en  tenant 
compte  de  certaines  exagérations  dans  des  prétentions  réci- 
proques, ainsi  que  de  certaines  susceptibihtés  si  ordinaires 
aux  gens  de  lettres,  nous  ne  trouvons  pas,  pour  notre  part, 
que  Grosley  ait  dans  cette  circonstance  porté  une  atteinte 
grave  aux  devoirs  imposés  par  l'amitié  et  la  probité  littéraire 
et  que  l'erreur  de  la  postérité  puisse  lui  être  reprochée 
comme  le  résultat  d'un  fait  d'improbité  personnel  et  volon- 
taire. 

On  a  relevé  à  la  charge  de  Grosley  cette  circonstance  que 
la  lettre  écrite  par  lui ,  datait  de  trois  années  après  celle 
d'André  Le  Fèvre,  que  ce  retard  était  probablement  volon- 
taire, car  le  silence  n'avait  été  rompu  qu'après  la  mort  de 
ce  dernier,  alors  qu'une  réponse  devenait  impossible.  Eo 
effet.  Le  Fèvre  était  mort  quand  la  lettre  du  2  mai  1768  fut 
écrite,  mais  nous  ne  saurions  induire  de  ce  fait  une  charge 
contre  son  collaborateur;  cette  mort,  au  contraire,  laissait 
le  champ  libre  à  toutes  les  affirmations,  et  dans  ce  moment 
Grosley  pouvait,  sans  craindre  un  démenti^  dénier  à  l'auteur 
ses  droits  à  la  paternité  du  recueil  en  entier  et  s'attribuer  ex- 
clusivement cette  paternité.  Loin  de  là  cependant,  dans  a 


FRAGMENT   INÉDIT    DB   6R0SLEY.  291 

lettre,  il  reconnaît  à  Le  Fèvre,  en  termes  formels,  une 
large  part  de  travail  dans  la  collaboration  h  tout  TouTrage. 

L'étude  de  ces  deux  lettres  fait  connaître,  en  effet, 
quelles  sont  celles  des  pièces  comprises  dans  le  recueil  qui 
appartiennent  exclusivement  à  André  Le  Fèvre,  à  David  (ils, 
et  celles  qui  sont  l'œuvre  cqmmune  de  Grosley  et  de 
Le  Fèvre.  Dans  les  pièces  composées  en  commun,  quelle 
est  rétendue  de  la  collaboration  de  chacun  des  auteurs? 
Question  dont  l'importance  se  comprend  facilement,  puisque 
de  la  réponse  ressortira  la  légitimité  des  réclamations  et  des 
protestations  de  chacun  des  deux  coopérateurs. 

Pour  une  de  ces  pièces,  la  plus  considérable  du  recueil, 
La  Dissertation  sur  les  Ecreignes;  nous  avons  la  bonne 
fortune  de  posséder  un  document  dont  l'autorité  ne  peut  être 
contestée  et  qui  répondra,  nous  l'espérons,  à  la  question  qui 
vient  d'être  posée. 

Mais  avant  de  le  faire  connaître,  nous  croyons  utile  de 
rappeler  que  Grosley,  dans  sa  lettre  du  2  mai  1 768,  disait, 
relativement  aux  Dissertations  :  sur  un  Ancien  Usage;  sur 
un  Proverbe,  sur  les  Ecreignes;  «  J'avais  imaginé  le  pre- 
»  mier  et  le  troisième  de  ces  Sujets  que  je  mis  en  grande 
»  partie  dans  l'état  où  ils  ont  paru.  M.  D. . •  s'attacha  au  se- 
»   cond  et  le  mit  dans  le  même  état  (1).  » 

André  Le  Fèvre,  dans  sa  lettre  du  ^  3  février  1765,  écri- 
vait ce  qui  suit  : 

((  Il  avait  été  question  de  disserter  sur  les  Ecreignes. 

j>  M.  Grosley,  qui  était  toujours  mon  esprit  tentateur,  m'ap- 

»  porta  un  mémoire  beaucoup  plus  long  que  le  précédent, 

D  contenant  la  note  des  diverses  assemblées  chez  les  anciens 

»  et  chez  les  modernes  qu'on  pouvait  ramener  à  ce  sujet; 

»  mais  le  tout  sans  ordre ,  sans  style ,  sans  plaisanteries  qui 

»  pussent  du  moins  se  soutenir  sur  le  papier.  J'arrangeai 

(1)  Page  264  du  travail  de  M.  Socard. 


292  FRAGMENT    INÉDIT    DE   GROSLBY. 

»  mes  idées,  je  divisai  ma  dissertation  eu  quatre  sections, 
»  je  récnyis,  et  de  même  que  dans  la  précédente,  j'y  em- 
»  ployai  la  première  phrase  du  Mémoire  de  M.  Grosley, 
»  et  celles  des  citations  qui  me  convenaient,  dont  je  dis- 
»  persai  une  partie  dans  la  troisième  section,  rejetant  le 
»  reste  dans  une  grande  note  que  depuis  j'ai  suppri- 
»  mée  (1).  » 

On  le  voit  relativement  à  la  Dissertation  sur  les 
Ecreignes^  rien  de  bien  déterminé  n'a  été  écrit  par  chacun 
des  auteurs;  il  faut  le  reconnaître,  le  champ  laissé  aux  ap- 
préciations, aux  interprétations  diverses  est  bien  étendu. 
Nous  espérons,  en  signalant  l'existence  du  document  dont 
nous  allons  parler,  fournir  aux  érudits  les  moyens  de  se  pro- 
noncer sur  la  question  encore  indécise  :  quel  est  le  prin- 
cipal auteur  de  la  Dissertation  sur  les  Ecreignes  î 

11  y  a  quelque  temps,  en  travaillant  au  classement  et  au 
catalogue  des  ouvrages,  pièces  et  documents  conceniant  la 
ville  de  Troyes  —  des  Troyenneries ,  suivant  l'expression 
vulgaire  —  dépendant  du  cabinet  de  mon  beau -père, 
M.  F.  Carleron,  médecin  à  Troyes,  le  vieux  bibliophile  dont 
la  passion  pour  les  livres  n'a  pas  besoin  d^étre  rappelée  (2), 
nous  avions  avisé  dans  une  liasse  de  pièces  diverses  manus- 
crites, non  classées,  un  cahier,  petit  in-4*'  de  13  pages, 
écrit  sur  un  papier  blanc  jauni  par  le  temps,  portant  en  tête 
la  date  de  1743  et  ce  titre  :  Dissertation  sur  les  E craignes j 
lue  à  V Académie  des  Sciences,  Belles^Lettres  et  Beaus- 
Arts  de  Troyes  par  M...^  l'un  des  sept  de  cette  Académie. 
A  la  lecture  de  ce  titre  et  à  Tinspection  première  du 
texte,  notre  attention  fut  éveillée;  xme  copie,  avec  cette  date 
antérieure  à  la  première  édition,  nous  parut  étrange;  nous 


(i)  Page  252  du  travail  de  M.  Socard. 

(2)  Ces  documents,  pièces  et  ouvrages  sont  classés  et  catalogués 
pour  être  prochainement  donnés  à  la  Bibliothèque  de  la  ville  de 
Troyes. 


FRAGMENT   INÉDIT   DE   GR08LET.  293 

fûmes  bien  autrement  frappés  quand  nous  crûmes  recon- 
naître que  récriture  était  celle  de  Grosley.  Notre  apprécia- 
tion pouvait  être  erronée,  nous  avons  soumis  ce  manuscrit 
à  Texamen  de  plusieurs  de  nos  érudits,  notamment  au 
conservateur  de  notre  Bibliothèque,  M.  Emile  Socard,  à 
qui  récriture  de  notre  savant  compatriote  devait  être  bien 
plus  familière  ;  ils  n*ont  nullement  hésité  à  reconnaître  un 
véritable  autographe  de  Grosley. 

Voilà  pour  la  partie  graphique.  Si  à  d'autres  points  de 
vue  on  examine  avec  attention  le  manuscrit,  on  remarque  de 
nombreuses  ratures,  des  surcharges,  des  interiignes  qui 
peuvent  parfaitement  s'expliquer  pour  une  œuvre  originale, 
mais  qui  sont  sans  motifs  plausibles  pour  une  simple  copie, 
surtout  pour  la  copie  d'un  livre  imprimé.  Bien  plus,  si  l'on 
compare  le  texte  de  ce  manuscrit  avec  le  texte  imprimé,  tous 
les  doutes  tombent.  On  remarquera,  relativement  au  texte 
imprimé  de  la  Dissertation ,  que  dans  les  deux  éditions  de 
1744  il  est  identique,  mais  qu'entre  celui  de  ces  deux 
premières  éditions  et  celui  de  Tédition  de  1756,  des  diffé- 
rences notables  existent  dans  la  division  du  travail  comme 
dans  la   composition  elle-même.   D'autres  modiCcations 
moins  importantes  se  trouvent  dans  l'édition  de  1 768  ; 
même  dans  Tédition  donnée  en  1787  par  M.  le  Comte  de 
Caylus  on  rencontre  des  variantes  dans  renonciation  des 
titres  des  chapitres.  Nous  n'avons  point  à  expliquer  les 
raisons  de  ces  changements  ;  une  pareille  étude  dont  les  ré- 
sultats seraient  peut-être  très-incertains  nous  entraînerait 
trop  loin.  Ce  que  nous  devons  dire,  après  examen  de  l'auto- 
graphe de  Grosley,  c'est  que  nous  avons  constaté  que  si  la 
Dissertation  n'y  est  pas  suivie  jusqu'à  la  fin ,  si  elle  n'y  est 
pas  terminée,  il  ne  peut  être  contesté  que  la  plus  notable 
partie  du  texte  des  éditions  imprimées  n'y  soit  comprise.  Il 
existe,  il  est  vrai,  de  notables  différences  dans  les  divisions 
de  ce  travail  et  dans  la  rédaction,  mais  on  remarquera 
que  le  plus  grand  nombre  des  citations  d'érudition,  la  partie 


294  PRAGMBirr  iiiédit  de  groslbt. 

savante,  suivant  nous  la  partie  capitale^  s*y  retrouve  pres- 
qu'entièrement  reproduite  ;  aussi  il  nous  semble  difficile  de 
ne  pas  reconnaître  que  la  pensée  créatrice  et  originale  de 
la  Dissertation  sur  les  Ecraignes  n'appartienne  princi- 
palement à  Grosley,  et  que  Le  Fèvre,  dans  le  passage  de  sa 
lettre  que  nous  venons  de  citer^  a  réduit  à  de  trop  faibles 
proportions  la  participation  de  son  collaborateur. 

D'ailleurs,  qui  pourrait  affirmer  aujourd'hui  que  la  rédac- 
tion définitive  du  texte  imprimé  est  due  à  Le  Fèvre  seul?  Cette 
rédaction  et  les  différences  qui  se  trouvent  dans  la  3*  édi- 
tion ne  sont-elles  point  Tœuvre  collective  de  Grosley  et  de 
Le  Fèvre?  Rien  ne  démontre  le  contraire.  Mais  nous  n'avons 
nullement  la  prétention  de  résoudre  ces  questions  ;  notre 
but  est  de  signaler  l'existence  de  l'autographe  conserré 
dans  notre  collection  à  ceux  de  nos  érudits  qui,  soucieux 
de  la  réputation  de  Grosley,  voudraient  connaître  toute  la 
vérité  sur  la  réelle  paternité  des  Mémoires  de  f  Académie  de 
Troyes.  Par  l'étude  de  ce  nouveau  document  et  de  ceux 
déjà  connus,  ils  pourront  dissiper  l'obscurité  qui  enve- 
loppe encore  cette  question,  déterminer  ainsi  la  part  réelle 
de  coopération  des  deux  auteurs  et  attribuer  à  bon  droit, 
à  chacun  d'eux,  la  part  de  mérite  qui  lui  revient. 

Notre  intention,  en  faisant  connaître  l'existence  de  l'au- 
tographe de  Grosley,  n'est  point  de  contredire  à  la  pensée  de 
justice  qui  a  inspiré  M.  Emile  Socard  dans  l'intéressant  tra- 
vail dont  nous  avons  parlé,  nous  nous  associons  au  contraire 
de  tout  cœur  à  cette  pensée,  et  nous  la  confirmons  toute 
entière;  seulement,  nous  ne  voudrions  pas  que  pour  être 
juste  à  l'égard  d'André  Le  Fèvre,  on  cédât  avec  trop  de  fa- 
cilité à  Tenlraînement  dont  souvent  les  généreuses  convic- 
tions sont  la  suite,  et  qu'on  allât,  vis-à-vis  de  Grosley,  au- 
delà  de  la  vérité  ! 

Grosley  est  une  de  nos  célébrités  dont,  à  juste  titre, 
quelque  fondées  que  puissent  être  certaines  critiques,  nous 
devons  être  fiers.  En  présence  de  nos  jeunes  générations  si 


FRAGMENT   INÉDIT   DB   GIOSLBT.  295 

oublieuses  du  passée  sachons  garder  avec  un  religieux  res- 
pect les  yéritables  et  les  réelles  gloires  de  notre  cité  !  Nous 
savons  que  c'était  presque  un  culte  qu'avaient  pour  Grosley 
ceux  de  nos  anciens  qui  ont  acquis  dans  les  Lettres  une  ré- 
putation bien  méritée,  conune  les  Simon,  les  Herluison,  les 
Patris-Debreuil ,  notre  si  regretté  et  vénéré  Président, 
Gorrard  de  Breban  et  tant  d'autres.  C'est  un  devoir  de  pa- 
triotisme, presque  de  piété  filiale  de  veiller  sur  la  mémoire 
de  ceux  que  nos  pères  ont  tant  aimé,  tant  admiré;  et, 
avec  le  respect  de  la  vérité,  laisser  intactes  et  entières  des  ré- 
putations qu'ils  ont  traitées  avec  tant  d'honneur  et  qui  sont 
encore  aujourd'hui  notre  gloire. 

Quelque  chère  que  nous  soit  la  réputation  de  Grosley^  et 
quelqu 'intérêt  que  nous  ayons  à  la  défendre  des  reproches 
que  l'on  soulève  à  l'occasion  de  l'attribution  exclusive  que 
la  postérité  semble  lui  faire  de  la  paternité  des  Mémoires 
de  F  Académie  de  Troyes^  nous  le  répétons,  nous  croyons 
devoir  nous  abstenir  et  ne  point  donner  dans  cette  question, 
réellement  déHcate,  notre  opinion  personnelle.  Ce  genre  de 
productions,  si  goûté  encore  dans  le  xviii'  siècle,  n'est 
plus  de  nos  jours.  L'étude  de  ces  jeux  d'esprit  inventés 
pour  faire  montre  de  son  érudition,  de  cette  Uttérature,  vé- 
ritable réminiscence  de  celle  que  nous  ont  léguée  Rabelais, 
Villon  et  tous  nos  conteurs  du  xvi"  siècle,  ne  nous  est  guère 
familière  ;  aussi  nous  avouons,  sans  hésitation,  notre  incom- 
pétence. Mais  comme  pour  les  érudits,  pour  les  amateurs 
de  cette  ancienne  littérature,  la  solution  présente  un  intérêt 
réel,  nous  donnons  in  extenso  le  manuscrit  de  Grosley  ;  ils 
pourront  comparer  et  juger  par  eux-mêmes. 

Les  lignes  qui  précèdent,  nous  avons  pensé  nécessaire  de 
les  écrire  pour  faire  connaître  l'étendue  des  prétentions  ré- 
ciproques des  auteurs  des  Mémoires  de  F  Académie^  et  dé- 
terminer aussi  clairement  que  possible  l'état  de  la  question, 
par  suite  faire  mieux  comprendre  quelle  est  Timportance 
du  document  que  nous  publions. 


MANUSCRIT   DE   GROSLEY 


1743 

DISSERTATION  SUR  LES  ÉCRAIGNES 

Lue  à  TAcadémie  des  Sciences^  Belles-Lettres  et  Beaux-Arts  de  Troyes, 
par  M l'un  des  sept  de  cette  Académie  (1). 

quoB  agor  in  êpecus» 

Velox  mente  nova  f 

Hos4T.,  od.  S5  da  m*  liv. 

CesX  le  Babil,  Messieurs,  dit  Cicéron,  qui  a  formé  la  société,  et 
c'est  le  babil  qui  la  soutient.  Societatis  vinculum  oratio  (2).  Le 
babil,  après  avoir  lié  la  société  en  général,  a  formé  les  assenîbléfô 
particulières  dans  lesquelles  les  hommes  et  les  femmes,  sacrifiant  à 
l'envie  de  parler  leur  haine,  leurs  mépris,  leurs  rivalités  et  leur 
indifférence  mutuelles ,  s'entretiennent  avec  une  cordialité  passa- 
gère de  tout  ce  qui  peut  regarder  les  intérêts  et  la  réputation  du 
prochain.  Telles  sont.  Messieurs,  les  assemblées  de  nouvelistes^ 
les  caffés,  les  petits  conseils^  certaines  académies  subalternes;  et, 
pour  tout  dire,  en  un  mot,  les  Écraignes,  qui  sont  le  sujet  de  cette 
dissertation  que  je  partage  en  quatre  paragraphes. 

Dans  le  premier,  je  donnerai  la  définition  et  Tétimologie  du  mot 
Êcraigne; 

Dans  le  deuxième,  je  présenterai  à  vos  yeux  nos  écraignes  avec 
toutes  leurs  dépendances; 

Dans  le  troisième,  je  rassemblerai  les  écraignes  de  l'antiquité; 

Dans  le  quatrième,  enfin,  je  ferai  voir  que  toute  assemblée  est 
êcraigne  plus  ou  moins. 


(1)  En  donnant  le  texte  du  manuscrit  de  Grosley,  on  t  respecté  aussi  reli- 
gieusement que  possible  l'orthographe  employée  par  l'auteur;  il  y  a  une  trop 
grande  différence  dans  Torthographe  avec  laquelle  un  grand  nomibre  de  mots 
sont  écrits  et  celle  de  nos  jours,  pour  ne  pas  en  faire  l'obserTation. 

(2)  Cic,  de  Offic,  lib.  i,  n»  16. 


FRAGMENT   INÉDIT    DE   6R0SLBT.  297 

I. 

Définition  ft  itimolo^e  des  ioraignes. 

On  entend  en  général,  par  Ëcraignes,  des  assemblées  souter- 
raines nocturnes  de  femmes.  Furetière,  lett.  ESCR,  dit  que  les 
Ecrennes  (i)  sont  des  maisons  creusées  sous  terre  et  couvertes  de 
fumier,  où  les  filles  vont  faire  la  veillée.  Le  sieur  Des  Accords,  dans 
la  savante  préface  qu'il  a  mise  à  la  tôte  de  son  excellent  traité  sur 
les  Ecraignes  dijonoises  définit  les  écraignes  en  général  :  Ruches 
à  vesser.  Définition  qui  réunit  en  un  seul  point  de  vue  la  forme  du 
bâtiment  d'une  écraigne  et  l'assemblée  qu'il  renferme. 

Autant  le  sieur  Des  Accords  a  réussi  dans  cette  définition,  au- 
tant il  s'est  trompé  lorsqu'il  a  entrepris  de  fixer  l'étimologie  du 
mot  Ecraigne. .  c  II  vient  par  aventure,  »  dit-il  d'abord,  «  du  mot 
escrin,  qui  signifie  un  petit  coffret.  >  Ensuite,  sentant  combien  les 
deux  choses  sont  peu  analogiques,  il  la  veut  tirer  —  nequicquam 
reluctantem  —  du  mot  servum,  c  parce  que,  »  dit-il,  t  il  se  trouve 

>  dans   les  assemblées  une  infinité  de  varlots  et  amoureux , 

>  appelés  autrement  des  voueurs,  qui  y  vont  pour  découvrir  le 

>  secret  de  leurs  pensées  à  leurs  amoureuses.  >  Il  suffit^  Messieurs, 
de  proposer  une  semblable  étimologie  pour  la  couvrir  de  tout  le 
ridicule  qu'elle  mérite;  monstrare  destrtiere  est,  dit  Tertulien, 
Abandonnons  donc  le  sieur  Des  Accords  et  tâcbons,  av^  le  secours 
du  savant  Génie  qui  préside  à  cette  Académie,  de  fixer  l'étimolo- 
gie que  nous  cherchons  d*une  manière  satisfaisante  pour  tous  les 
savants  présens  et  à  venir. 

Lucien  s'est  très-souvent  (servi)  du  mot  ÉxpiviÇo  (2),  qu'aucun 
auteur  grec  n'a  employé  avant  lui.  Or,  £xptv^(o  signifie,  dans  le  sens 
de  Lucien,  se  moquer,  tourner  en  ridicule,  Baguenauder,  etc.  Par 
conséquent,  il  ne  faut  point  chercher  ailleurs  la  racine  du  mot 
écraigne.  Quelques  gens  malins  la  pourroient  encore  tirer  du  mot 
grec  xpavcla  qui  signifie  en  françois  comier,  parce  que  les  filles  et 
femmes  que  les  écraignes  rassemblent  s'y  entretiennent  de  leurs 
intrigues  amoureuses,  et  y  admettent  souvent  leurs  galans;  mais 


(t)  Cette  manière  d'écrire  escraignes  (sic)  est  nouvelle,  et  comme  elle  tient 
on  peu  du  précieux,  j'ai  cru  que  l'ancienne  ortograpbe  seroit  plus  du  goût  de 
TAcadémie.  (Note  de  Grosley.) 

(2)  Lises  Expiv^o»  [Edit]. 


298  FRAGMBIIT    INÉDIT   DE   GR08LET. 

ce  serait  une  allasion  badine  plutôt  qu'une  étimologie  yériuble, 
c'est-à-dire  tirée  ex  visceribns  rei. 


IL 
Description  des  Bcralgnes. 

Le  sieur  Des  Accords,  dans  l'ouvrage  cité  ci-dessus,  nous  a 
donné  le  plan  des  Ecraignes  dijonoises.  Ce  plan  est  de  main  de 
maître  : 

c  Une  Ecraigne  est  un  taudis  ou  bâtiment»  composé  de  plnsienn 
t  perches  fichées  en  terre  en  forme  ronde,  repliées  par  le  dessos 

>  et  à  la  sommité ,  en  telle  sorte  qu'elles  représentent  la  têtière 

>  d'un  chapeau,  lequel  après  on  recouvre  de  force  moles  et  famier 

•  si  bien  liez  ensemble,  que  l'eau  n'y  puisse  pénétrer.  Entre  deux 
»  perches  du  côté  du  bon  vent,  on  laisse  une  ouverture  de  la  lar- 

>  geur  d'un  pied  par  avanture  et  hauteur  de  deux  pour  servir  d'ra* 

•  trée,  et  tout  à  l'entour  en  dedans  sont  des  sièges  de  motes  pour 

•  asseoir  la  compagnie.  Là  se  rassemblent  les  filles  et  feoimes  do 

•  voisinage  qui  y  travaillent  jusqu'à  minuit  à  la  faveur  d'one  pe- 

•  tite  lampe  pour  les  éclairer  et  d'une  petite  trape  de  feu  pour  les 

•  chauffer Quand  l'écraigne  est  pleine^  on  y  dit  plein  debo&s 

•  mots  et  contes  gracieux  ainsi  que  j'en  ai  été  témoin > 

Cette  description  étendue  des  Ecraignes  dijonoises  du  16*  sièele 

sert  à  expliquer  celle  que  Tacite  nous  a  donnée  en  peu  de  mots  des 
ecraignes  des  Anciens  Germains.  Soient  Gertnani,  dit  cet  auteur,  suk- 
terraneos  specus  aperire  eosque  mtUto  insuper  fimo  pnerani,  etc.  (1). 
Elle  supplée  ainsi  à  ce  que  Virgile  ne  nous  dit  qu'en  passant  des 
Ecraignes  des  paisannes  d'Italie  : 

Nec  noctumd  quidem  carpentes  pensa  puellm 
Nescivére  hyemem,  testa  cum  ardente  vidèrent 
Scintillare  oleum,  et  putres  conerescre  fitngos  (2). 

Soit  que  les  Champenois  aient  de  tout  temps  plus  recherché 
leurs  commodités  que  les  Bourguignons^  soit  que  le  luxe  ait  infecté 
toutes  les  ecraignes  champenoises  et  bourguignonnes  depuis  le 
16^  siècle,  il  s'est  glissé  dans  nos  ecraignes  des  changements  et  dfê 
innovations  qui  nous  prouvent  combien  nos  mœurs  ont  changé. 

jEtas  parentum  pejor  avis  tulit 
Nos  nequiores  (3). 

(1)  Tacite,  de  moribus  Germ,  [16,  Eoit.] 

(2)  Virgil.,  Georg.,  lib,  l.  [vers  390-393,  Edit.] 

(3)  Horat.  [Odes,  III,  6,  y.  46,  Eoit.] 


FBAGMEnT    INÉDIT    DE   GR08LET.  299 

Oui,  Messieurs,  nos  écraignes  autrefois  hermétiquement  fermées 
ont  à  présent  au  chapeau,  ou  à  la  sommité,  une  ouverture  on 
tuyau  pour  faciliter  Tévaporation  des  exhalaisons  de  l'assemblée. 
L'air  extérieur  introduit  par  cette  ouverture  se  mêlant  avec  Tair 
intérieur,  le  rafraîchit  à  la  vérité,  mais  ce  qu'on  gagne  d'un  côté  on 
le  pert  de  l'autre,  et  l'impression  des  exhalaisons  est  moins  forte, 
j'en  conviens,  mais  de  quel  danger  n'est  pas  cette  impression  im- 
médiate de  l'air  extérieur  sur  toutes  les  tôtes  de  l'assemblée?  Vous 
savez.  Messieurs,  combien  est  dangereux  l'air  d'une  cheminée  pour 
ceux  qui  se  trouvent  placés  perpendiculairement  sous  le  tuyau. 

Outre  le  danger  pour  la  santé,  le  tuyau  des  écraignes  a  entraîné 
la  perte  de  la  liberté  dans  la  conversation,  et  il  est  de  très-dange- 
reuse conséquence  pour  les  mœurs. 

Les  garçons  du  village  ne  pouvoient  autrefois,  lorsque  l'é- 
craigne  était  fermée,  ni  entendre  ce  qui  s'y  disoit,  ni  s'y  faire  en- 
tendre; et  lorsqu'ils  n'y  avoient  point  leurs  entrées  ils  étoient  ré- 
duits à  attendre  leurs  belles  à  la  porte.  Mais  aujourd'hui,  couchés 
comme  des  veaux  sur  l'écraigne,  ils  voyent  tout  ce  qui  s'y  fait, 
ils  ne  perdent  pas  un  mot  de  ce  qui  s'y  dit.  Toute  liberté  est  par 
là  détruite,  la  conversation  languit,  on  est  occupé  que  de  la  crainte 
que  l'écraigne  surchargée  par  tous  ces  badauts  n'envelope  toute 
l'assemblée  sous  ses  ruines  ;  enfin,  on  est  obligé  d'essuyer  tous  les 
mauvais  quolibets  de  ces  jeunes  libertins,  sans  compter  les  signes 
et  gestes  indécens  de  leurs  mains  qui  se  glissent  par  le  tuyau,  et 
dès  qu'un  serpent,  dit  Tertulien,  a  trouvé  par  où  glisser  la  tète,  le 
corps  le  suit  bientôt  (i). 

La  gourmandise  et  la  bombance  ont  aussi  pénétré  dans  nos 
écraignes  par  le  fatal  tuyau.  La  petite  trappe  de  feu  ne  pouvant, 
depuis  l'invention  du  tuyau,  échaufer  un  volume  d'air  pareil  à 
celui  qui  entre  continuellement,  il  fallut  augmenter  le  feu  :  on 
sentit.  Messieurs,  la  nécessité  des  couvets.  Le  couvet  introduit 
dans  l'écraigne  n'y  servit  d'abord  que  comme  couvet,  mus  l'amour 
de  la  bonne  chère  fit  bientôt  faire  réflexion  que  le  feu  ne  sert  pas 
moins  pour  cuire  que  pour  échaufer.  On  porte  donc  mille  bonnes 
petites  choses  qui  furent  depuis  comme  les  agrets  inséparables  du 
couvet  :  des  châtaignes^  des  oignons,  des  raves  ou  rêves,  des  topi- 
nambours. Ma  commère^  disait  l'une,  voulez-vous  des  châtaignes? 
Non,  ma  commère,  j'ai  des  navets.  Hé  bien  I  ma  commère,  donnez- 
moi  un  navet,  je  vous  donnerai  deux  châtaignes.  Pendant  tous  ces 


(1)  TertoU,  de  Pailio. 


300  FBAGMBIIT   INÉDIT   DE   6R0SLIY. 

dialogues,  le  tems  s'écoule,  l'oayrage  est  en  l'air,  le  fosean  ne  sert 
qa'à  remuer  ce  qui  cuit  dans  ce  couvet  :  non  hos  iwoentus  in 
usu$  t  II  brûle,  le  feu  gagne  le  fil  et  souvent  la  quenouille;  la  con- 
versation ,  autrefois  délicate  et  spirituelle ,  n'est  plus  que  de  man- 
geaille.  Tuyau  t  Tuyau  1  tu  as  gâté  toutes  nos  éaraignes  et  tu  sub- 
sistes encore  f 

Le  tems,  Messieurs,  loin  d'affoiblir  certains  vices,  tels  que  la 
gourmandise,  ne  fait  que  les  augmenter;  il  ne  faut  donc  point  s'é- 
tonner si  les  navets,  les  topinambours,  etc.,  ont  disparu  pour  fsdre 
place  à  des  mets  plus  délicats.  Oui ,  Messieurs,  nos  couvets  d'é- 
craignes  sont  insensiblement  devenus  des  autels  sur  lesquels  on  ne 
voit  plus  que  les  mets  dont  les  anciens  Dieux  du  paganisme  étoient 
si  friands  :  des  tourteaux,  des  tartelettes,  des  petits  pâtés,  du  bou- 
din, des  crêpes.  Oui,  Messieurs^  des  crêpes  et  du  boudin!  et  je 
crains  que  bientôt  chaque  couvet  n'ait  sa  fraise  de  veau  toute  en- 
tière. 

Avant  de  passer  aux  écraignes  de  l'antiquité,  il  faut  observer 
que  nous  avons  dans  la  Champagne  quelques  écraignes  remarqua- 
bles par  leur  structure,  à  laquelle  l'art  n'a  point  eu  de  part  et  qui 
sont  en  entier  l'ouvrage  de  la  nature.  Telle  est  celle  du  village  de 
Pâlis,  à  six  lieues  de  Troyes.  Semblable  à  ces  antres  célèbres  de 
l'antiquité,  elle  a  près  d'un  quart  de  lieue  de  profondeur;  on  y 
compte  jusqu'à  huit  ou  dix  sales  distinguées  chacune  par  une  voûte 
en  ogive.  L'écraigne  s'établit  chaque  soir  dans  une  sale  plus  on 
moins  enfoncée  selon  le  degré  de  froid,  et  on  ne  l'a  jamais  vue  dans 
la  dernière  qui  dans  les  plus  grands  froids  est  comme  une  étuve  dont 
la  chaleur  n'est  pas  suportable.  Cette  écraigne,  dira-t-on ,  et  celles 
qui  lui  ressemblent  n'ont  point  de  tuyau  :  il  est  vrai ,  mais  eHes 
n'ont  point  de  porte,  elles  sont  remplies  de  faux  fuyans  et  d'allées 
perdues;  d'ailleurs  la  gourmandise  y  a  introduit  vers  le  commen- 
cement de  ce  siècle  les  couvets  dont  on  s'étoit  passé  jusqu'alors. 

III. 

Ecraignes  de  Tantiqaité. 

L'antiquité  nous  offre  une  quantité  aussi  variée  qu'intéressante 
d'écraignes  :  pour  les  parcourir  avec  ordre  je  les  partage  en  quatre 
clasces.  Comme  j'ai  l'honneur  de  parler  devant  une  Académie,  la 
première  cla^^ce  renfermera  les  écraignes  savantes,  la  seconde  les 
écraignes  fabuleuses  et  diaboliques;  la  troisième  les  écraignes  re- 


FRAGMENT    INÉDIT    DE   6R0SLEY.  301 

ligieuses,  la  quatrième  enfin  les  écraignes  souveraines  et  despo- 
tiques. 

PHBMIÈR£    CLASGE. 


Le  chœur  des  Neuf  Muses  est  assurément  la  plus  célèbre  écraigne 
que  Tamour  des  sciences  ait  jamais  formée  (1).  Ces  savantes  filles 
occupées  pendant  tout  le  jour^  selon  Pitagore,  à  tirer  de  leurs  ins- 
trumens  la  quintescence  de  la  céleste  harmonie,  et  à  chanter  les 
grandes  actions  des  héros,  se  retiroient  lorsque  le  serain  commen- 
çait à  tomber,  dans  des  cavernes  ou  plutôt  dans  des  palais  sou- 
terrains. Là,  dépouillées  de  Tatirail  gênant  de  la  divinité  et  ren- 
dues à  elles  mêmes,  elles  passoient  la  nuit  à  babiller  sur  les  bals, 
sur  les  festins,  sur  les  mariages,  sur  les  amours  des  hommes;  et 
c'était  dans  ces  moments  de  gaité  qu'elles  inspiroient  les  Anacréons, 
les  Saphos  et  les  Callimaques  :  c'est  ce  que  nous  apprend  le  divin 
Orph^  dans  son  hymne  des  Muses  : 

où^f  Ti  "ki^yovxou,  fAOvafuv  BpoTOc  .  ai  r  liseo'c 
xocpovot  cutTi  ftiioiXi  x^poç  Oot^tac  t  fpaOtivat 
Oc  Tf  yéciAOi  xoc  dàp^trtÇf  xou  KvTrpc^oç  ipya.  (2) 

Si  Ton  me  demande  dans  quel  auteur  j'ai  appris  que  les  Muses 
avoient  des  apartements  pour  la  nuit^  je  répondrai  qu'il  n'est  pas 
vraisemblable  que  des  personnes  d'un  sexe  délicat  fussent  éternel- 
lement en  faction  sur  la  croupe  d'une  montagne,  outre  l'indécence 
d'une  pareille  faction  continuée  pendant  la  nuit.  D'ailleurs  je  me 
rapelle  un  vers  de  Martial  par  lequel  nous  aprenons  que  sous  le 
Pimplé,  coteau  limitrophe  entre  la  Trace  et  la  Macédoine  il  y  avoit 
une  caverne  consacrée  aux  Muses,  et  cette  caverne  est  une  des 
écraignes  que  nous  cherchons  : 

Ct^jus  Pimpleo  lyra  clarior  exit  ab  antro  (3). 

Parmi  les  écraignes  savantes  on  peut  compter  cette  assemblée 
des  Nymphes  qu'Horace  vit  un  jour  dans  un  antre  écarté  où  elles 
prenoient  les  leçons  de  Baccus. 

Bacchum  in  remotis  carmina  rupibus 
Vidi  docentetn,  crédite  posteri, 
Nymphasque  discentes  (4). 

(1)  Strab.,  lib,  10;  Plat.  Tract,  de  miisica, 

(2)  Orph.,  Hym,  ad  Musas, 

(3)  Mart.,  Epigr.  [xi]  lib.  12. 

(4)  Horat,  Od.  19  du  2«  Hy. 


302  nAGMBirr  inédit  db  groslbt. 

Qœ  l'on  aille  pas  s'imaginer  que  par  les  leçons  de  Baccns,  Ho- 
race entende  on  repas  où  le  vin  n'étoit  pas  épargné  :  on  pareil 
soupçon  ne  pourait  tomber  qu'en  des  esprits  ou  pansans  mal 
des  Nimphes  ou  ignorans  que  Tancienne  Mitologie  partageoit  la 
direction  du  Parnasse  entre  Apollon  et  Baccus;  et  que  ce  dernier 
avoit  été  nourri  par  les  Muses  dans  les  heureuses  campagnes  de 
l'Arabie  (1). 

Aux  écraignes  savantes  je  puis  joindre  Técraigne  all^rique 
dans  laquelle  Platon  a  placé  la  Nécescité ,  les  Parques  et  les  Si- 
rènes. Lk,  dit  le  Philosophe ,  la  Nécescité  tient  entre  ses  mains  un 
grand  fuseau  de  diamsmt  et  à  Tentour  d'elle  sont  les  Parques,  les 
filles  qui  en  tournant  le  fatal  fuseau  chantent  sur  différens  tons  le 
passé,  le  présent  et  l'avenir;  et  les  sirènes  qui  sont  les  esprits  har- 
moniques des  sphères  font  la  basse  (2). 

Longtemps  avant  Platon^  Orphée  avoit  imaginé  pour  les  Parques 
une  écraigne  dans  un  antre  de  marbre  sur  les  bords  du  lac  de 
Nichée  : 

oupaviac,  cva  Xtvj^ov  v^wp  v^j^uoi  vnMpfmÇ 
pijyyr/ÇaCy  ffvotapô)  Xiiropâ  ftu;^  tù'kix&  Smpùà 
vacovorocy  etc.  (3). 

SECONDE    GLASGE. 
Ecralflmes   falbnleasea   et   dtabollqwe*. 

Les  forêts  et  les  cavernes  furent  les  premiers  temples  de  l'ido- 
lâtrie. Ensuite  on  les  regarda  comme  des  écraignes  consacrées  par 
la  présence  des  Nimphes,  dos  Driades,  des  Amadriades  et  de  toutes 
les  autres  divinités  inférieures  qui ,  selon  les  anciens  Egiptiens, 
formoient  la  chaîne  mistérieuse  d'Osiris  qui  embrassoit  toute  U 
terre. 

Les  Rabins  sur  ces  paroles  du  32«  chapitre  du  Deutéronome  : 
ils  ont  sacrifié  atix  Sckédim,  interprètent  le  mot  Schédim  par  celui 
de  Nimphes  dont  le  culte  étoit  dès  lors  établi  (4). 

Il  étoit  difficile  de  faire  un  pas  dans  la  Grèce  sans  trouver  quel- 
que écraigne  de  Nimphas.  Le  rocher  sur  le  quel  l'Acropole  d'A- 

(1)  Gartan,  Imag,  des  Dieux,  Art.  de  Bachus. 

(2)  Plat.,  de  Leg„  lib.  12;  idem,  de  Hep.,  lia.  10. 

(3)  Orph.,  Frag, 

(4*)  Nie.  de  Lyra,  in  Deutero, 


FRAGMENT    INÉDIT   DE   GROSLET.  303 

thènes  fat  bâti  était  célèbre  par  une  écraigne  de  Nimphes  dans  la 
quelle  Apollon  s'était  humanisé  avec  une  fille  de  Céeropa  (1). 

Les  Nimphes  Sp|b]ragitides  avoient  une  écraigne  dans  une  ca- 
verne creusée  par  la  nature  sous  la  croupe  occidentale  du  mont 
Citéron  (2). 

Les  lois  de  Minos  et  de  Numas  leur  furent  dictées  par  des  Nim- 
phes dans  les  écraignes  des  quelles  ces  princes  politiques  faisoient 
croire  qu'ils  avoient  leurs  entrées  (3). 

Outre  les  cavernes  naturelles,  les  Nimphes  tenoient  écraigne 
dans  plusieurs  petites  chapelles  bâties  dans  la  campagne  en  leur 
honneur  par  gens  affectionnés  à  leur  culte.  De  cette  espèce  est  Fé- 
craigne  de  la  quelle  les  Nimphes  aperçurent  le  berger  Ménalque 
dans  une  attitude  deshonôte  et  dont  elles  rirent  à  gorge  déployée, 
tant  elles  étoient  bonnes  déesses. 

Faciles  Nimphœ  risére  sacello  (4). 

Sans  m'étendre  sur  Tantre  fameux  de  Tropbonius,  ni  sur  les 
écraignes  des  Sybilles  —  Virg,  Eneid,  lib,  6  —  ni  sur  les  souter- 
rains habités  par  les  Muscs  de  Sicile  Sicilides  musœ  ;  souterrains 
qui  existent  encore,  passons  à  Técraigne  dont  Virgile  nous  donne 
une  description  si  galante  dans  l'épisode  de  son  4«  livre  des  Géor- 
giques. 

La  mère  d'Aristée  environnée  de  16  nimphes  aussi  jeunes,  aussi 
tendres,  aussi  aimables  les  unes  que  les  autres,  ne  leur  tient  point 
des  propos  de  prude.  Elle  leur  raconte  la  jalousie  noire  de  Yul- 
cain,  les  stratagèmes  de  Mars  pour  réaliser  l'objet  de  cette  jalon «• 
sie,  enfin  les  intrigues  amoureuses  des  Dieux  depuis  la  naissance 
du  monde  (5).  A  ces  récits  faits  par  une  déesse  qui  avoit  sçu  cap- 
tiver le  cœur  d'Apollon ,  je  crois  qu'aucune  nimpbe  ne  dormit  et 
qu'Aristée  entrant  dans  l'écraigne  au  milieu  d'une  telle  conversa- 
tion n'y  dut  point  paraître  indifférent.  L'empressement  de  la  vive 
et  blonde  Arétuse  à  voler  au  devant  de  lui  et  à  l'introduire  justi- 
fie mes  soupçons;  je  pense  même,  en  galant  Académicien,  qu'A-* 
rétuse  ne  fut  pas  la  dernière  à  consoler  Aristée  de  ses  mouches. 


(1)  Pausanias,  in  Atticis. 

(2)  Plutarq.,  in  Aristid.  [19,  Edit.] 

(3)  Lact.,  de  Fols.  Relig,,  lib.  1,  cap.  22;  TU.  Liv.,  lib.  i. 

(4)  Virg.,  3-  Eglog,  [v.9,  Edit.] 

(5)  Vffg.,  Géorg,  4-  livre. 


304  FRAGMENT    INÉDIT   DE   6R0SUET.       ' 

L'écraigne  à  la  quelle  présidait  la  mère  d'Aristée  n'était  point 
une  écraigne  oisive  : 

Milesia  vellera  Nimphœ, 

dit  Virgile, 

Carpebant  hiali  scUuro  fueata  colore 

Et  plus  bas: 

fusis  mollïa  pensa 

Devolvunt 

Cela,  Messieurs,  pour  apprendre  aux  femmes  qu'elles  ne  sont 
pas  moins  nées  pour  travailler  que  pour  babiller  et  que  l'un  ne 
doit  point  dispenser  de  l'autre  (i). 

Aux  Nimphes  succédèrent  les  fées  qui  jouent  dans  nos  vieux  ro- 
mans les  rôles  remplis  par  les  Nimphes  chez  les  poètes  Grecs  et 
Latins.  Ne  croyez  pas,  Messieurs,  que  j'aille  vous  parler  des  fées  sur 
l'autorité  de  nos  féeries  modernes,  féeries  dont  les  auteurs  n'ont 
jamais  vu  ni  les  fées  ni  leurs  palais.  Une  savante  Académie  n'est 
point  faite  pour  être  bercée  par  de  telles  autorités.  Je  ne  vous  par- 
lerai des  écraignes  des  fées  que  d'après  des  témoms  occulaires.  Les 
écraignes  des  Nimphes  dans  lesquelles  je  vous  ai  promené  depuis  le 
commencement  de  cette  dissertation  ne  sont  que  des  écraignes  de 
village  en  comparaison  de  celle  qui  va  paraître  à  vos  yeux. 

Il  y  avoit  une  fois  dans  les  montagnes  de  Norchia,  au  duché  de 
Spolette,  une  fée  dont  la  cour  nombreuse  quittoit  souvent  les  mon- 
tagnes pour  faire  peur  et  peut-être  pour  faire  du  bien  aux  paisans 
des  villages  voisins,  fortunatos  sua  si  hona  norintf  Dans  les  siècles 
les  plus  barbares  et  les  plus  ignorants  il  s'est  toujours  trouvé  quel- 
qu'esprit  supérieur  qui  s'élevant  au  dessus  des  préjugés  vulgaires 
ne  se  rend  qu'à  un  examen  sérieux  et  réfléchi  ;  tel  était.  Messieurs, 
l'auteur  de  l'ancienne  histoire  intitulée  :  La  Salade  (î).  Il  part  de 
France  pour  rendre  visite  à  la  fée  au  nom  seul  de  laquelle  trem- 
bloit  toute  l'Italie.  Arrivé  dans  les  endroits  que  Ton  regardoit 
comme  les  avenues  de  son  palais ,  il  grimpe  sur  une  montagne  dont 
la  cime,  partagée  en  deux  têtes  qui  menacent  le  ciel,  ne  se  conmin- 
nique  que  par  une  langue  de  rocher,  longue  de  40  pas,  large  an 
plus  de  4  pieds  et  environnée  de  part  et  d'autre  de  précipices  dans 


(t)  Voyez  l*écraigiie  des  Minéides;  Ovid.,  Met.  liv.  4'.  [v,  32  et  suiv.  Edtt.] 
(2)  La  Salade,  ancien  ouvrage  frauçois  du  xi*  siècle  au  plus  lard.  L*aoteor 
de  cet  ouvrage  y  donne  la  relation  de  son  voyage  chez  les  fées  de  Spolete. 
Guar.  Mesquino,  ancien  romancier  italien,  s'est  fait  honneur  des  naêmea  aven- 
tures ;  mais  la  critique  éclairée  n'est  pas  la  dupe  de  ces  sortes  de  larcins  (note 
de  Grosley). 


FRAGMENT   INÉDIT  DE   GROSLET.  305 

les  quels  Toeil  s'égare  et  se  perd.  L'intrépide  voyageur  franchit  ce 
l^'  obstacle,  il  passe  ensuite  dans  une  isle  qui  ne  communique  à  la 
terre  ferme  que  par  un  petit  banc  de  sable  mouvant  et  enfoncé  de 
trois  pieds  dans  une  mer  sans  fond.  Il  sort  de  cette  isle  par  un 
chemin  semblable.  Arrivé  en  terre  ferme  il  trouve  une  caverne 
remplie  de  ténèbres  palpables;  quarante  degrés  taillés  dans  le  roc  et 
usés  de  vieillesse  le  conduisent  à  une  petite  chambre  de  quatre 
toises  en  quarré.  Il  découvre  dans  un  coin  de  cette  chambre  un  es- 
calier sombre  et  étroit  au  fond  duquel  on  entend  un  mugissement 
semblable  à  celui  de  la  mer  en  fureur  :  n'importe  il  enfile  cet 
escalier,  il  descend  plus  de  cent  degrés,  il  trouve  le  torrent  dont  les 
vagues  agitées  faisaient  le  bruit  qu'il  avoit  entendu  en  entrant  dans 
l'escalier  et  qui  ne  perdoit  rien  à  être  entendu  de  près.  Il  le  tra- 
verse  :  sur  quel  pont  t  Sur  un  espèce  de  grand  sac  de  laine  flottant 
et  mal  assuré  sous  le  pied.  Frappé  de  la  nouveauté  d'un  tel  pont,  il 
l'examine  de  près.  —  N'ayez  pas  peur,  Messieurs,  c'était  la  queue 
affreuse  d'un  serpent  monstrueux,  lequel  parle  à  notre  voyageur  et 
lui  dit  qu'il  s'appelle  Mascho  et  qu'il  a  été  ainsi  transformé  pour 
avoir  vcmlu  entrer  trop  avant  dans  les  secrets  de  la  fée.  L'intrépide 
voyageur  dit  au  serpent  :  Dieu  vous  bénisse;  et  il  continue  sa  route 
jusqu'à  une  grande  porte  cochère.  G'étoit  la  porte  du  palais  de  la 
fée^  où  le  voilà  donc  enfin  arrivé. 

Je  m'aperçois  que  le  merveilleux  d'un  tel  voyage  vous  a  tous  mis 
en  sueur.  Essuyez  vous,  Messieurs,  et  en  vous  essuyant,  comparez 
les  travaux  que  notre  voyageur  mit  à  fin  pour  trouver  le  palais  de 
la  fée,  à  ce  que  vous  avez  à  souSnr  pour  courir  après  la  science 
à  travers  tous  les  brocards  d'une  ville  ignorante  et  sans  goût. 

Le  voyageur  introduit  chez  la  fée  se  trouve  au  milieu  de  nou- 
veaux dangers^  plus  redoutables  que  ceux  qu'il  venoit  d'essuyer. 
Parties  de  chasse,  soupers  galans,  bals,  tout  fut  employé  par 
l'amoureuse  fée  pour  gagner  le  cœur  et  entamer  la  vertu  du  pèlerin 
qui  s'éloit  par  bonheur  pourvu  des  conseils  d'un  saint  hermite  qui 
logeoit  assez  près  du  palais  de  la  fée;  et  en  un  mot,  Messieurs,  le 
nouvel  Ulisse  sortit  bagues  sauves  de  l'écraigne  de  la  Callipso  de 
Norchie.  Dieu  donne  pareille  issue  à  ceux  qui  tentront  par  la  suite 
d'aussi  hazardeuses  entreprises  1 

L'Allemagne  était  remplie  de  fées  avant  le  schisme  de  Luther; 
elles  y  étoient  connues  sous  le  nom  de  Nimphes  Blanches  ou 
Sybilles  Blanches.  Toutes  les  nuits  on  les  voyoit  dans  les  cavernes 
coudre,  filer,  danser;  et  même  si  l'on  en  croit  les  graves  auteurs 

T.  xxxTn.  20 


306  FBAGMENT   INÉDIT   DB   GROSLEY. 

qui  nous  ont  conservé  ces  faits,  elles  n'étoient  point  insensibles  anx 
cajoleries  des  hommes  (1). 

Après  les  fées  vient  naturellemont  le  sabath.  Cette  écraigne  dia- 
bolique dans  laquelle,  selon  la  supputation  des  auteurs  que  je  viens 
de  citer,  le  nombre  des  femmes  est  à  celui  des  hommes  comme  15  l\î 
est  à  un;  soit  que  Tinclination  des  femmes  pour  le  sabath  ait  son 
principe  dans  leur  curiosité,  soit  qu'il  Tait  dans  la  vivacité  de  leur 
imagination  ainsi  que  le  pense  le  P.  Malbranche.  J'ai  appris  de 
plusieurs  témoins  oculaires  que  les  femmes  qui  hantent  le  sabath 
n'y  paroissent  qu'en  y  dansant  masquées  (2);  et  c'est  par  cette 
raison  que  le  code  Lombard  appelle  les  sorcières  Mascas  :  celles  qui 
n'ont  point  de  masques  dansent  dos  à  dos  comme  les  camards  des 
marionettes. 

THOISIÈMB    GLASGB. 

(3) 

QUATRIÈME    CLASGE. 
irellléc*  ■oaTendMS  et  deapotlqnes. 

Les  instituteurs  de  l'idolâtrie  avoient,  comme  nous  Tenons  de  k 
voir,  appelé  les  femmes  aux  plus  augustes  fonctions  du  sacerdoce, 
et  l'ambition  des  femmes  satisfaite  de  cette  prérogative  n'cmvîoit 
point  aux  hommes»  les  places  importantes  de  L'Etat.  Maitresses  en 
partie  de  la  religion  mais  subordonnées  en  même  temps  aux  loii^ 
politiques;  c'est  ainsi  qu'elles  figurent  dans  l'histoire  ancienne 
jusqu'aux  premiers  empereurs  romains. 

Rome  après  avoir  presque  vu  le  cheval  de  Calignla  décoré  du 
laticlave  et  placé  sur  la  chaise  currule,  vit,  sans  étonnement, 
s'élever  sur  le  mont  Quirinal  un  petit  conseil  composé  de  comères 

(1)  Caron,  en  son  Antéchrist,  m.  s.;  Remig.  lib.,  I,  c.  17.  Agric  de  Âni-' 
malibus  terrestr.;  Wier,  Traité  des  Diables,  liv.  I,  chap.  t6. 

(2)  Grillan.,  de  Sortileg.,  c.  4,  n.  3. 

(3)  Sous  ce  titre  Ecraignes  religieuses,  Grosley  Ikit  allasion  aux  fêtes  noc- 
turnes que  les  femmes  du  paganisme  célébraient  sous  les  noms  de  mystères  de 
la  Bonne  Déesse,  de  Cérès,  de  Flore.  Les  éditeurs  de  la  Dissertation  sur  les 
Ecraignes  n'ont  fkit  qu'indiquer  cette  allusion;  nous  croyons  devoir  imiter 
leur  réserve  et  reuToyer  au  manuscrit  lui-même»  le  lecteur  qui  voudrait  eonaattra 
le  luxe  d'érudition  que  notre  savant  compatriote  a  déployé  sur  cette  questioi, 
(Note  de  l'éditeur). 


FRAGMENT    INÉDIT   DE   GROSLEY.  307 

de  qualité  qui  s'assemblaient  les  jours  solennels  et  lorsque  quelque 
femme  patricienne  se  marioit.  Les  empereurs  avoient  réglé  la 
séance  des  femmes  à  ce  petit  conseil,  suivant  Tancienneté  des  fa- 
milles d'où  elles  sortoient,  sans  aucun  égard  à  la  qualité  de  leurs 
maris,  ne  quœ  maritos  innobilitatos  habeant  innobilitatœ  remane' 
rent.  Cette  écraigne  se  soutint  selon  le  plan  de  son  institution  sans 
aucune  révolution  qui  ait  mérité  l'attention  des  historiens.  Il  étoit 
réservé  au  fameux  Héliogabale  de  la  tirer  de  son  obscurité  :  il  lui 
donna  de  nouveaux  règlements ,  il  y  appela  toutes  les  femmes  un 
peu  distinguées,  enfin  il  la  décora  du  titre  auguste  de  Sénat  (1). 

Soè'mie,  mère  de  l'empereur  fut  placée  à  la  tête  de  cette  écraigne 
avec  le  nom,  les  honneurs  et  toute  l'autorité  des  anciens»  dictateurs. 
Le  nouveau  sénat  exerçoit  la  juridiction  contentieuse  sur  toutes  les 
comères  de  l'Empire  romain.  Il  rendit  une  foule  de  sénatus  consultes 
ou  arrêts,  tsmtôt  sur  le  rang,  le  pas  entre  les  femmes^  tantôt  sur  la 
couleur,  sur  l'étoffe,  sur  la  façon  de  leurs  habits.  La  dimension  des 
révérences  fût  fixée  par  plusieurs  arrêts;  d'autres  réglèrent  le  droit 
que  les  femmes  avaient,  selon  la  différence  de»^conditions,  de  pa- 
roitre  dans  les  rues  sur  un  âne^  sur  un  cheval,  sur  un  bœuf,  dans 
une  chaise  à  porteur  ou  dans  un  caresse.  La  distinction  même  des 
caresses  fut  établie,  en  caresses  d'auripeau  pour  les  femmes  des  fi- 
nanciers, caresses  ouvragés  d'yvoire  pour  les  dames  patriciennes  et 
caresses  dorés  pour  la  cour  de  l'Empereur.  Tous  les  arrêts  for- 
mèrent un  corps  de  jurisprudence  qui  fixa  les  modes  autant  irré- 
vocablement que  des  arrêts  de  femmes  peuvent  être  irrévocables. 

Qnoiqu'aucun  historien  depuis  Lampride  n'ait  parlé  de  C3tte 
illustre  écraigne  on  peut  assurer,  vu  la  sagesse  d'un  tel  établisse- 
ment qu'il  subsista  jusqu'à  l'entière  destruction  du  sénat  de  Rome. 


La  Dissertation  sur  les  Ecreignes  s'arrête  en  cet  endroit 
dans  le  manuscrit  de  Grosley,  bien  qu'elle  soit  continuée  de 
quelques  pages  dans  les  diverses  éditions  qui  en  ont  été 
données.  En  effet,  le  paragraphe  4*  indiqué  dans  la  division 
du  travail,  au  commencement  de  la  dissertation,  manque 
dans  le  manuscrit. 

(1)  Ltmprid.,  in  Heliogab.  Matronarum  senatulum. 


308  FRAGMENT    INÉDIT   DE   GROSLET. 

Avant  de  livrer  à  rimpression  le  manuscrit  de  Grosley, 
nous  avons  eu  la  pensée  de  soumettre  le  texte  des  citations 
grecques  à  notre  excellent  ami  M.  D'Arbois  de  Jubain ville, 
archiviste  de  l'Aube  ;  il  crut  reconnaître  certaines  ioexacti- 
tqdes  dans  la  manière  dont  plusieurs  mots  étaient  écrits. 
Alors  nous  recherchâmes  avec  lui  à  rétablir  le  texte  de  ces 
citations;  ce  qui  ne  se  fit  pas  sans  quelque  difficulté.  Pour  la 
première,  Grosley  indique  le  passage  comme  tiré  de  Thymne 
adressée  aux  Muses,  indication  confirmée  dans  les  éditions 
imprimées  des  Mémoires^  et  cependant  nous  n'avons  ren- 
contré dans  les  hynrnes  de  ce  poète  rien  de  semblable.  Nous 
n'avons  trouvé  dans  les  SchoUes  d'Appollonius,   sur  le 
Poëme  des  Argonautes,  Uvre  111.  Muller,  Fragmenta  phi- 
losophorum  grœcorum  I,  p.  177,  et  Appollonii  RhodH 
Argonauticon  libri  IIII  scholia  vetusta,  1574,   Henri 
Esûenne,  p.  125,  que  les  deux  vers  qui  suivent;  dous  les 
copions  sur  l'édition  de  M.  Muller  : 

Ou^f  Tc  XviOoyTac  Movo'fojv  B^toroc  ai  yctp  loac 
Koipovoi  ouai  /xspjXc  x^poç  OoXtac  r    Eporevai 

Le  dernier  vers  de  la  citation  semble  avoir  été  de  Tinven- 
lion  de  Grosley  qui  en  a  pu  trouver  la  pensée  dans  la  suite  de 
la  Scholie  d*  Apollonius  que  nous  avons  citée ,  laquelle  traite 
des  danses  et  des  noces. 

La  seconde  citation  ne  se  trouve  point  aux  Fragments 
d^Orphée,  quoiqu*on  ait  indiqué  cette  provenance  dans  les 
Mémoires  imprimés.  En  réalité,  elle  fait  partie  de  l'invoca- 
tion aux  Parques,  hymne  58%  vers  2-5  ;  elle  est  écrite  delà 
manière  suivante  dans  Henri  Estienne  :  Poetœ  grœct  prin- 
cipes, 1566,11,  120. 

Oupavcoç  tva  Xcvxov  0^fli>p  v^jy^iai;  utto  Bipfmç 
JhQyvuTac  Èv(Txtip6»  XiTropû  p'X^  cuXiOû  avrpû. 

Noîouo'at. 

Ces  inexactitudes  piquèrent  notre  curiosité  et  nous  enga- 


FRAGMENT   INÉDIT   DE   GROSLET.  309 

gèrent  à  soumettre  à  un  même  examen  quelques-unes  des 
autres  citations  d'érudition.  Nous  disons^  seulement  quel- 
ques-unes de  ces  citations  ;  car  nous  étions  obligés  de  nous 
limiter;  en  effet,  dans  plusieurs,  Tabsence  de  précision  au- 
rait rendu  le  travail  d'investigation  réellement  trop  étendu; 
pour  d'autres,  nous  n'avions  point  sous  la  main  les  ouvrages 
indiqués  par  Tauteur,  tels  les  Images  des  Dieux  de  Cartan, 
La  Salade,  etc. 

Nous  avons  reconnu  que  les  citations  tirées  des  poètes  et 
historiens  latins,  Virgile,  Horace,  Ovide,  Tacite,  Tite-Live, 
sont  exactes.  Nous  les  avons  notées;  mais  sur  d'autres,  nous 
avons  fait  les  remarques  suivantes  : 

1*.  Celle  tirée  de  Cicéron  (i)  est  inexactement  indiquée 
et  incomplètement  relevée.  C'est  au  chapitre  16,  n*  50, 
de  Officiis  qu'elle  se  trouve,  et  le  texte  porte...,  ejus  [socie- 
iatis]  autem  vinculum  est  ratio  et  oratio. 

2*.  Tertulien  (2),  dans  son  traité  de  Pallio^  chap.  3, 
parle  bien  du  serpent,  mais  dans  des  termes  tout  diffé- 
rents. 

3°.  Dans  le  Traité  de  la  Musique,  de  Plutarque  (3),  il 
n'est  nullement  mention  du  chœur  des  Neuf  Muses  d'une 
manière  un  peu  précise. 

4*.  Le  titre  de  Ânimalibus  terrestribus,  donné  à  un  des 
ouvrages  d'Âgricola  (4),  ne  se  trouve  point  dans  la  nomen- 
clature des  œuvres  de  cet  auteur. 

5°.  Celui  :  Iraité  des  Diables  (5),  pour  l'ouvrage  de 


(i)  Page  296. 

(2)  Page  299. 

(3)  Page  301. 

(4)  Page  306. 

(5)  Page  306. 


310  FRAGMBIIT   INÉDIT   DE   GROSLET. 

Wier,  n'est  point  le  titre  réel  ;  le  Téritable  se  trouTe  dans 
Brunet,  y*  édition. 

6*.  Même  remarque  sur  le  titre  de  l'ouvrage  de  Grillan- 
dus  (1).  Suivant  Brunet,  le  véritable  titre  est  :  deHeretids 
et  sortileffibus. 

V.  Dans  Lampridus  (2),  le  texte  porte,  au  chapitre  4 
d'Héligobale  :  senaculum  id  est  mulierum  senatum,  et 
non  pas  senatulum. 

Nous  ajouterons  que  les  éditeurs  des  Mémoires,  par 
des  motifs  que  nous  ne  connaissons  point  et  que  nous  ne 
pouvons  apprécier,  ont  supprimé  dans  les  diverses  éditions 
successivement  publiées,  un  certain  nombre  des  citations 
dont  Grosley  avait  émaillé  son  travail  ;  mais  comme  ils 
conservaient  la  pensée  que  donnaient  ces  citations,  ils  ont, 
dans  un  grand  nombre  de  cas,  indiqué  les  auteurs  et  les 
ouvrages  d'où  elles  étaient  tirées.  En  donnant  ces  indi- 
cations, les  éditeurs  ont  reproduit  toutes  les  inexactitudes 
que  nous  venons  de  relever.  Ainsi,  suivant  Le  Fèvre,  le 
concours  de  Grosley  aurait  été  sans  aucune  importance, 
et  cependant  on  Fa  suivi  dans  presque  toutes  ses  fautes;  la 
remarque  méritait  bien  d'en  être  faite. 

On  peut  cependant  juger,  par  le  résultat  de  nos  recher- 
ches sur  une  partie  des  citations  du  texte  inédit  de  Gros- 
ley, avec  quelle  légèreté  notre  malicieux  académicien  trai- 
tait, quelquefois,  la  question  d'érudition.  Si  l'adage  ab 
uno  disce  est  vrai,  on  comprend  la  réserve  avec  laquelle 
il  faut  admettre  l'exactitude  de  sa  science.  Les  auteurs  de 
la  Dissertation  sur  les  Ecreignes  nous  semblent  avoir  eu 
conscience  de  la  faiblesse  de  leur  œuvre  à  ce  point  de 
vue,  mais  comme  ils  n'étaient  point  gens  à  s'embarrasser, 
ils  ont  eu  l'ingénieuse  précaution  d'insérer  à  la  fin  de  la 


(1)  Page  306. 

(2)  Page  307. 


FRAGMENT    INÉDIT   DE    GROSLET.  3il 

Dissertation^  dans  la  première  édition  de  1744,  l'avertis- 
sement qui  suit  : 


AVERTISSEMENT    DE    L'ACADÉMIE. 

((  L'Académie  s'aperçoit  avec  douleur  qu'il  s'est  glissé 

»  un  nombre  infini  de  fautes  dans  l'impression  de  son  ou- 

»  vrage  :  elle  demande  en  grâce  au  Public  de  ne  lui  en 

»  sçavoir  point  mauvais  gré.  Elle  aurait  pu  mettre  ici  un 

»  Errata;  mais  elle  a  pensé  que  les  sots  ne  s'apercevraient 

»  pas  de  ce  qui  est  défectueux,  et  que  les  gens  d'esprit 

»  scauraient  y  suppléer.  » 


Troyes,  le  18  novembre  1873. 


UN  MOT  DE  SOUVENIR 


SUR 


M.  CHARLES  DE  MONTAIGU 


PAR 

M.  LE   6RUN-DALBANNE 
Vice-Présidt&t. 


■•♦*' 


MbSSIBURS) 

Nous  ayons  beaucoup  connu,  dans  notre  jeunesse, 
M.  Charles  de  Montaigu/ membre  correspondant  de  notre 
Société  ;  et  puisqu'il  s'était  signalé  par  des  trayauz  histo- 
riques d'une  certaine  étendue,  qui  ne  manquaient  pas  de 
distinction,  permettez-nous  de  vous  en  dire  quelques  mots 
de  souvenir  et  aussi  de  regrets. 

Charles-Joseph  Bouillant,  comte  de  Montaigu,  était  né 
à  Troyes,  le  26  septembre  1808.  Issu  de  l'une  des  plus 
anciennes  familles  de  Bretagne  qui  vint,  au  commencement 
du  XVI*  siècle,  s'établir  à  Poissy  (Seine-et-Oise),  il  n'avait 
pas  pU|  par  des  raisons  de  santé,  embrasser  la  carrière  des 
armes,  comme  plusieurs  de  ses  ancêtres.  Au  sortir  du  Col- 
lège de  Troyes,  il  s'était  livré,  dans  le  silence,  à  l'étude  de 
la  littérature,  de  l'histoire,  de  Téconomie  politique,  et  bien 


314  K.    GHARLBS   Dl  KOlfTAIGC. 

jeune  encore  il  avait  fait  paraître  un  livre  intitulé  :  Cùup 
dceil  historiçue  sur  la  monarchie  française  et  la  Kèerii 
natioriale.  11  J  définissait  l'ancienne  constitution  de  ht 
France,  et  trouvait  qu'elle  lui  avait  donné  un  gouverne- 
ment mixte,  composé  de  monarchie,  d'aristocratie  et  de 
démocratie;  il  déclarait,  comme  M""*  de  Staël,  qu'en  France 
la  liberté  était  ancienne  et  le  despotisme  moderne  ;  poar 
le  démontrer,  il  passait  en  revue  toute  Thisloire  des  com- 
munes et  celle  des  états  généraux. 

En  1846,  à  Tàge  de  38  ans,  Charles  de  Montaigu  quitta 
sa  ville  natale  et  alla  se  fixer  à  Paris.  Ses  divers  écrits  lui 
assurèrent  de  suite  une  place  honorable  dans  le  monde  des 
lettres.  Elu  membre  de  l'Institut  historique  en  1847,  il  fiit 
nommé  vice-président  en  1849^  et  concourut  dans  une 
large  mesure  à  ses  travaux. 

Au  mois  de  novembre  1852,  la  Société  Académique  de 
l'Aube  se  l'attacha  en  qualité  de  membre  correspondant, 
et,  moins  d'une  année  après,  l'Académie  belge  d'histoire  et 
de  philologie  lui  décernait  le  titre  de  membre  honoraire. 

De  1848  à  1864,  de  Montaigu  s'occupa  beaucoup  de 
politique  et  fut  un  des  collaborateurs  assidus  du  journal 
f  Union,  tl'est  dire  qu'il  combattit  l'Empire  en  faveur  de  la 
royauté  légitime,  à  laquelle  il  demeura  fidèle  jusqu'à  la 
dernière  heure  de  sa  vie. 

En  1849,  il  se  présenta  comme  candidat  à  la  députation 
du  département  de  l'Aube,  pour  l'Assemblée  nationale. 
Sa  profession  de  foi,  qui  résume  l'ardeur  de  ses  convictions 
politiques,  ne  fut  pas  couronnée  de  succès,  et  il  ne  fut  pas 
élu. 

Il  accepta  alors  les  fonctions  de  secrétaire-général  dans 
une  grande  société  industrielle,  et  les  remplit  exactement 
jusqu'à  sa  mort. 

Sa  santé  s'était  altérée  en  1 869  ;  les  douloureuses  émo- 


V.    CHARLES   DB   VONTAIGU.  315 

lions  que  lui  aTaient  causé  les  malheurs  de  la  patrie  aggra- 
vèrent ses  souffrances,  et  il  s'éteignit  subitement,  le  1 5  mai 
1872,  à  l'âge  de  soixante-quatre  ans,  sans  avoir  pu  dire  un 
mot  d'adieu  à  sa  famille. 

Son  œuvre  la  plus  importante  est  V Histoire  constitution-' 
nelle  de  la  France,  du  cinquième  au  dix-neuvième  siècle. 
Elle  a  eu  Thonneur  de  trois  éditions  et  est  divisée  en  quatre 
livres.  Dans  le  premier,  de  Montaigu  étudie  les  droits  poli- 
tiques des  Français,  l'état  des  personnes  et  les  diverses 
sortes  de  biens,  sous  la  première  et  la  seconde  race  royales, 
les  causes  et  les  conséquences  de  la  féodalité.  Dans  le 
second  livre,  il  apprécie  l'affranchissement  des  communes 
et  des  serfs,  les  droits  de  la  bourgeoisie  et  les  franchises 
résultant  des  coutumes.  Le  troisième  livre  traite  des  assem- 
blées d'états,  des  droits  et  des  privilèges  des  états-généraux, 
et  du  mode  d'élection  à  ces  assemblées.  Enfin,  dans  le  qua- 
trième et  dernier  livre,  Tauteur  développe  ses  idées  sur 
l'ancien  régime  de  1614  à  1789,  les  parlements,  le  tiers- 
état,  les  impôts  et  l'ancienne  constitution  française. 

En  1848,  de  Montaigu  avait  publié  un  ouvrage  sur 
V  Organisation  du  travail  et  du  commerce,  dans  lequel, 
après  avoir  dépeint  successivement  les  conditions  des  classes 
ouvrières,  les  causes  du  malaise  et  de  la  décadence  du  com- 
merce, et  posé  les  bases  de  Torganisation  du  travail,  il  ter- 
minait par  ces  paroles  :  a  Autrefois,  la  loyauté  du  com- 
»  merce  français  était  devenue  proverbiale  sur  toutes  les 
D  places  de  l'Europe.  Le  commerce  actuel  ne  doit  pas  dé- 
»  générer;  car  il  ne  peut,  sans  se  suicider,  négliger  une 
}>  vertu  qu'il  faudrait  inventer  si  elle  n'existait  pas.  »  Enfin, 
il  pensait,  avec  tous  les  bons  esprits,  que  le  meilleur  moyen 
d'améliorer  le  sort  des  ouvriers  était  de  les  moraliser  par  la 
religion,  qui  seule  peut  donner  la  résignation  pour  le  pré- 
sent, l'espérance  pour  l'avenir. 

Tels  sont.  Messieurs,  brièvement  résumés,  les  titres  de 


316.  V.    CHARLES  DE   VONTAIGC« 

M.  de  Montaigu  à  dos  souvenirs.  Ajoutons  qu^à  la  fermeté 
des  principes,  à  la  sagacité  et  à  Tindépendance  de  Fesprit, 
il  joignait  une  franchise  et  une  loyauté  de  caractère  qui  kd 
avaient  conquis  l'amitié  de  tous  ceux  qui  rapprochaient 
et  qui  avaient  été  à  même  d'apprécier  les  qualités  de  son 
cœur. 


Troyes,  le  24  mars  4873. 


PROGRAMME 


DES 


PRIX  MIS  AU  CONCOURS 

PAR  LA 

800IBTB    AOADÉMIQTJB    DB    L*AX7BB 


Prix  à  décerner  en  1874. 

r.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  200  francs,  sera 
décernée  à  l'auteur  de  la  meilleure  Notice  sur  Philippe 
Thomflssin,  graveur  troyen. 

Cette  étude  avait  déjà  été  mise  au  concours  par  la  Société  avec 
une  médaille  de  100  francs.  —  En  appelant  de  nouveau  les  concur- 
rents, la  Société  a  douUé  la  valeur  du  prix,  et  a  décidé  que  la^  ré- 
compense pourrait  être  également  obtenue  par  l'auteur  d'une  Notice 
sur  un  artiste  qui  aurait  illustré  la  ville  de  Troyes. 

L'auteur  devra  joindre  aux  détails  biographiques  une  nomencla- 
ture, aussi  complète  que  possible,  et  ime  appréciation  critique  des 
œuvres  de  l'artiste  qu'il  aura  choisi  pour  sijget  de  son  travail. 

2%  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs,  sera 
décernée  à  l'auteur  du  meilleur  Mémoire  sur  un  sujet 
agricole  que  l'auteur  croira  devoir  choisir. 

En  proposant  cette  récompense,  la  Société  croit  fournir  une  occa- 
sion aux  hommes  spéciaux  de  produire  leurs  travaux. 

3*".  Une  médaiUe  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs,  sera 
décernée  à  l'auteur  d'une  Pièce  de  vers,  dont  le  sujet  est 
laissé  aux  choix  des  concurrents. 

La  pièce  ne  devra  pas  excéder  200  vers. 

Les  concurrents,  pour  ces  trois  prix,  devront  faire  re- 
mettre leurs  manuscrits,  à  Troyes,  chez  le  Secrétaire  de 
la  Société,  rue  Oaude-Huez,  nM8,  —  au  plus  tard  le 
!•' mars  1874. 


318  PROGRAMME   DES   PRIX. 

Prix  à  décerner  en  1875. 

l"*.  Une  médaille  d'or  de  100  francs,  et  deux  médailles 
d'or  de  50  francs  chacune,  seront  décernées  aux  personnes 
qui,  dans  le  département  de  l'Aube,  auront  fait  les  plus 
belles  et  les  plus  nombreuses  Plantations  de  Mûriert 
blancs,  dans  le  but  de  faciliter  et  de  propager  la  culture  des 
vers-à-soie  dans  notre  pays. 

V.  Une  médaille  d'or  de  100  francs  sera  décernée  à 
l'auteur  de  la  meilleure  Etude  analytique  et  critique  sur 
r enquête  agricole,  faite  par  le  gouvernement  en  1866, 
dans  le  département  de  l'Âube. 

y.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs,  sera 
décernée  à  l'auteur  du  meilleur  Travail  d histoire  ou  d ar- 
chéologie locale. 

Le  choix  du  sujet  est  laissé  aux  concurrents. 

PRIX   lUNNUEL   BBLAPORTB. 

H.  Delaporte,  membre  honoraire,  a  légué  à  la  Société  une  somme 
qui  a  été  placée  en  rentes  sur  l'Etat,  et  dont  les  arrérages  seront 
employés  à  fonder,  —  tous  les  deux  ans,  —  un  prix  de  £X)  firancs, 
qui  sera  décerné  dans  une  séance  publique. 

Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  300  francs,  sera  dé- 
cernée à  l'auteur  de  la  meilleure  Statistique  de  tua  des 
cantons  du  département  de  tAube. 

La  Société  Invite  les  personnes  qui  voudront  concourir  pour  ce 
prix  à  consulter  le  l«r  tnmestre  de  1829  de  ses  Mémoires,  où  elle  a 
publié  un  projet  de  statistique  et  six  grands  tableaux  présentant  la 
nomenclature  détaillée  des  diverses  questions  que  la  Société  désire 
voir  traiter  dans  un  travail  de  ce  genre.  —  La  Statistique  du  canttm 
des  Riceys  (2«  semestre  1872  des  Mémoires  de  la  Société)  pourra 
être  consultée  avec  fruit.  —  Les  concurrents  devront  s'abstenir  de 
traiter  la  Statistique  des  cantons  de  Mardlly-le-Hayer,  de  Nogent-sur^ 
Seine,  des  Riceys,  d*  Aix-en-Othe,  de  Méry-sur-Seine  et  de  Ramempt. 
Ces  six  cantons  ont  déjà  été  le  suj^t  de  travaux  couronnés  par  la 
Société. 

Les  concurrents,  pour  ces  quatre  prix,  devront  faire  re- 
mettre leurs  manuscrits,  ou  faire  leurs  déclarations,  à 
TroyeSy  chez  le  Secrétaire  de  la  Société,  rue  Claude-Huez, 
nM8,  —  au  plus  tard  le  1"  mars  1875. 

Les  concurrents  pour  les  Plantations  de  Mûriers,  donne- 
ront leurs  noms  et  leurs  adresses» 


PROGRAMME   DES   PRIX.  319 

Prix  à  décerner  en  1876. 

r.  Une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  200  francs  sera 
décernée  à  Fauteur  du  meUleur  Mémoire  sur  la  précocité 
chez  les  animaux  domestiques^  dans  les  espèces  bovine^ 
ovine  et  porcine. 

Ce  travail  étudiera  les  conditions  dans  lesquelles  la  précocité  peut 
s'obtenir,  et  les  avantages  qu'elle  présente  au  point  de  vue  de  Tagri- 
culture  et  de  Talimentation  publique.  En  dehors  de  ces  données 
générales,  les  auteurs  de  mémoires  pourront  traiter  la  question  en 
lui  donnant  tous  les  développements  qu'elle  comporte. 

2^  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs^  à 
l'auteur  de  la  meilleure  Etude  hydrographique  d'une  ou 
de  plusieurs  régions  géologiques  du  département  de  F  Aube. 

Les  concurrents,  pour  cette  question,  pourront  consulter  l'ouvrage 
de  M.  l'ingénieur  Belgrand,  qui  comprend  le  bassin  de  la  Seine,  et 
les  documents  recueillis  par  l'administration  des  ponts  et  chaussées 
de  l'Aube. 

3*.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs, 
sera  décernée  à  Fauteur  du  meilleur  Mémoire  sur  les  rap^ 
ports  nécessaires  du  Capital  et  du  Travail,  —  c'est-à-dire 
sur  les  conditions  naturelles  dans  lesquelles  le  capital  et  le 
travail  doivent  concourir  à  la  production  des  richesses  et 
prendre  part  à  leur  distribution. 

PRIX   DELAPORTE. 

Dans  la  séance  du  15  juillet  1870,  M.  Delaporte,  membre  hono- 
raire, a  fait  don  à  la  Société  de  la  somme  de  300  francs  pour  un  prix 
qui  sera  mis  au  concours  sur  un  programme  préparé  par  la  Section 
des  lettres,  et  approuvé  par  la  Société  pour  être  décerné  dans  ime 
séance  publique. 

Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  300  francs,  sera  dé- 
cernée à  l'auteur  du  meilleur  mémoire  sur  Fénelon  con- 
sidéré comme  écrivain  politique. 

Les  concurrents,  pour  ces  quatre  prix,  devront  faire 
remettre  leurs  manuscrits,  à  Troyes,  chez  le  Secrétaire  de 
la  Société,  rue  Glaude-Huez,  n^  18,  —  au  plus  tard  le 
!•'  mars  1876. 


320  PROGHUOIB   DBS   PRIX 


Prix  à  décerner  en  1877. 

1^.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  200  francs,  sera 
décernée  à  Tauteur  du  meilleur  mémoire  traitant  de  V In- 
fluence des  arts  sur  les  mœurs. 

2^.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs, 
sera  décernée  à  Fauteur  de  la  meilleure  Notice  biogror- 
phique  sur  un  savcvit  du  département  de  tAube. 

y.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  firancs, 
sera  décernée  à  Fauteur  de  la  meilleure  Etude  générale  ou 
partielle  des  hommes  qui  ont  fait  progresser  f  (agriculture 
dans  le  département  de  tAube. 

Les  concurrents,  pour  ces  deux  derniers  prix,  devront  s'âbstemr 
de  donner  la  biographie  des  personnes  eidstantes. 

PRIX   BIAimUEL   DEIAPORTB. 

Un  prix  de  300  francs  sera  décerné  à  Tauteur  de  la 
meilleure  Etude  sur  la  géographie  médicale  cbi  départe- 
ment  de  îAube^  ou  recherches  sur  l'influence  que  peut 
exercer  la  constitution  géologique  des  terrains  sur  la  pro- 
duction et  la  propagation  des  maladies  épidémiques. 

Les  concurrents,  pour  ces  quatre  prix,  devront  &ire 
remettre  leurs  manuscrits,  à  Troyes,  chez  le  Secrétaire  de 
la  Société,  rue  Claude-Huez,  n""  18,  —  au  plus  tard  le 
T'  mars  1877. 


PROGEAIOIB  DES  PRIX.  321 

Prix  à  décerner  en  1878. 

1^.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  200  francs, 
sera  décernée  à  Pauteur  du  meilleur  mémoire  sur  la  ques- 
tion de  savoir  Si  Fart  architectural  est  en  décadence^  et 
quelles  sont,  dans  tous  les  cas,  ses  tendances  à  notre 
époque. 

2^.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs, 
sera  décernée  à  l'auteur  du  travail  le  plus  complet  ayant 
pour  titre  V Analyse  chimique  des  eaux  de  la  ville  de 
Troyes  et  de  sa  banlieue. 

y.  Une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  100  francs, 
sera  décernée  à  l'auteur  de  la  meilleure  étude  sur  un  StJ^et 
dhistêire  naturelle  ^  spécial  au  département  de  l'Aube. 

Le  choix  du  so^ti  (zoolo|^e,  botanique,  paléontologie)  est  laissé 
libre  aux  concurrents. 

Les  concurrents,  pour  ces  trois  prix,  devront  faire  re- 
mettre leurs  manuscrits,  à  Troyes,  chez  le  Secrétaire  de 
la  Société,  rue  CHaude-Huez,  n""  18,  ^-  au  plus  tard,  le 
T'mars  1878. 


Indépendamment  des  prix  sus-énoncés,  la  Société  Aca- 
démique de  l'Aube  décerne,  tous  les  ans,  des  prix,  des 
récompenses  ou  des  encouragements  dont  le  sujet  n'est 
pas  annoncé,  et  pour  lesquels  elle  désire  conserver  son 
initiative. 


T«  ISXfll.  21 


322  PROGRAMME    DES    PRIX. 


CONDITIONS  COMMUNES  A  CES  CONCOURS 


Les  Manuscrits  devront  être  inédits.  —  Ils  porteront 
chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  et 
sur  le  hillet  cacheté  joint  à  l'ouvrage,  et  contenant  le  nom 
de  Fauteur.  Celui-ci  ne  devra  pas  se  faire  connallre,  soos 
peine  d'être  exclu  du  concours. 

Les  concurrents  sont  prévenus  que  la  Société  ne  rendra 
aucun  des  ouvrages  qui  auront  été  envoyés  au  concours.  ^ 
Les  auteurs  auront  la  liberté  d'en  faire  prendre  des  copies. 


Le  présent  Programme  est  en  distribution  à  Troyes, 
chez  M.  Jules  Ray,  Archiviste  de  la  Société  Académique  de 
TAube,  place  de  la  Banque,  8. 


Troyes,  le  21  juiUet  1873. 

4 

Le  Président  de  la  Société, 

LE  BRDN-DALBANNÏ. 
L'Archiviste, 

JoLES  RAY. 


LISTE 


Dit 


DONS  FAITS  AD  MUSÉE  DE  TROYES 


AVEC  LES  NOMS  DES  DONATEURS 


Pendant  l'année  1873  CO 


-•«- 


Article  34  du  règlement  de  la  Société  Académique  de 
l'Aube  : 

•  Cbacan  des  Membres  de  la  Société  doit  contribuer,  autani 
■  qu'il  est  en  lui,  a  l'augmentation  du  Musée. 

■  Les  dons  faits  a  la  Société  par  ses  Membres,  ou  par  des  per- 
B  sonnes  étrangères,  sont  Inscrits  sur  un  registre  spécial,  et 
B  publiés  en  outre  dans  les  Journaux  de  Troyes  et  dans  l'AmoAnui 
B  du  Département,  avec  les  noms  des  donateurs,  b 


HOPPENOT  (Auguste),  manufacturier,  à  Troyes  :  —  Un  grand  mé- 
daillon en  pierre  sculpté^,  représentant  TeiSgie  d'un  person- 
nage qui  porte  le  costume  du  règne  de  Louis  XIII.  Cette 
sculpture  provient  du  prieuré  détruit  de  Saint-Jean- le-Châ- 
tel,  ou  prieuré  de  Saint-Biaise,  situé  à  Troyes.  place  de  la 
Tour;  —  l'original  de  l'Antéfixe  romain,  représentant  un 
masque  de  théâtre,  découvert  sur  l'emplacement  de  l'an- 
cien prieuré  de  Saint-Jean-le-Châtel,  et  dont  la  reproduc- 
tion en  plâtre  a  été  déposée  au  Musée  en  1872;  —  un 
bas-relief  en  pierre  sculptée  du  xiy«  siècle,  représentant 
l'Annonciation  ;  —  une  pierre  taillée  en  forme  de  modillon, 
dont  l'extrémité  se  termine  par  une  tête  d'homme  sculptée, 


(1)  Pour  les  publications  précédentes,  voir  les  Mémoires  de  la 
Société  des  amiées  1849  à  1872. 


324  LISTE  DES  DONS  FAITS  AU  MUSÉE  DE  TROTES. 

dans  le  stylo  du  xii' siècle.  Ces  deux  sculptures  provieoneot 
également  de  l'ancien  prieuré  de  Saint-Biaise. 

Les  Administrateurs  des  Hospices  de  Troyes  :  —  Un  fragment 
de  verre  gallo-romain,  Irès-ornemenlé;  —  une  brique  an- 
cienne portant  une  marque  de  fabrique;  — deux  carreaux 
émaillés  du  xvi«  siècle;  —  deux  grands  vases  en  terre 
blanche;  —  trois  fragments  de  vases  en  verre;  —  des 
fragments  de  peintures  murales.  Ces  dernier^  objets  de  l'é- 
poque gallo-romaine,  et  découverts  dans  les  fouilles  prati- 
quées  à  Tbospice  de  Troyes. 

Letuierry,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France»  à  Lille  : 
—  Une  collection  d'insectes  hémiptères,  comprenant  374 
espèces  parfaitement  déterminées. 

Vacheron,  layetier,  à  Troyes  :  —  Un  vêtement  en  écorces,  un  tour 
de  tête  aussi  en  écorces,  provenant  des  Iles  Marquises. 

HuGUiER,  pharmacien,  à  Troyes  :  —  Un  échantillon  de  blé  des  tom- 
beaux d'Egypte,  provenant  du  Musée  égyptien  de  Cham- 
pollion,  à  Turin. 

Chantriot,  négociant,  à  Troyes  :  —  Des  silex  taillés  à  éclats  de  la 
Villeneuve-lès-Charléville,  canton  de  Hontmirail. 

De  Rouvray,  employé  du  télégraphe,  à  Troyes  ;  —  une  mâchoire  in- 
férieure de  bœuf  fossile,  provenant  de  la  source  delà  Barse, 
à  Vendeuvre. 

Pillot  (Emile),  employé  chez  M.  Jules  Ray,  à  Troyes  :  —  Une  pîwre 
frappée  par  la  foudre,  le  26  juillet  1873,  et  tombée  incan- 
descente et  vitrifiée,  place  de  la  Banque,  à  Troyes  (poids, 
35  grammes). 

Quinquarlet  (Félix),  membre  de  la  Société  entomologique  de  France, 
à  Troyes  :  —  Une  petite  météorite  entière,  avec  sa  croûte, 
tombée  près  de  Pultusk  (Pologne),  le  3U  janvier  1868;  — 
un  poisson  fossile  du  terrain  d'Aix-en-Provence  ;  —  des 
insectes  de  divers  ordres  recueillis  dans  le  Rhône. 

Gérost,  membre  associé  de  la  Société,  à  Villenauxe  :  —  Trois  haches 
en  pierre  polie  ;  —  un  fragment  de  silex  taillé  par  éclats  en 
forme  de  lame;  —  six  oursins  fossiles.  Tous  ces  objets 
trouvés  dans  les  environs  de  Villeoauxe» 


LISTE  DES  DONS  FAITS  AD  MUSÉE  DE  TROTES.  325 

Blasson,  directeur  de  TOctroi,  à  Troyes  :  —  Bes  échantillons  de  ro- 
ches rapportées  de  Suisse. 

Habert,  ancien  notaire,  à  Troyes  :  —  Un  oursin  fossile  du  terrain  ju- 
rassique, remarquable  par  sa  belle  conservation. 

Lennier,  membre  correspondant  de  la  Société  Académique  de  TAiibe, 
au  Havre  :  —  Un  crocodile  d'Egypte  préparé.  Ce  superbe 
échantillon  mesure  i  mètres  30  centimètres  de  longueur. 

Thieblemont,  cultivateur,  à  Villy-en-Trode  :  —  Plusieurs  petits  silex 
taillés  à  éclats,  parmi  lesquels  un  silex  taillé  en  forme  de 
lance  finement  retouché,  trouvés  à  Villy-en-Trode;  —  un 
petit  poids  ancien  en  cuivre  ;  —  un  jeune  poulet  à  quatre 
pattes;  —  deux  dents  de  poisson  fossile. 

M"*  SiMONNOT,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Une  perruche  inséparable; 

—  un  autre  oiseau  exotique,  en  chair. 

Briaumont,  voyageur  de  la  Pharmacie  Centrale,  à  Paris  :  —  Trois 
coléoptères  buprestides  de  THimalaya. 

PuTON,  membre  de  la  Société  entomologique  de  France,  à  Rcmire- 
mont  :  —  Une  suite  d'insectes  hémiptères  de  France,  com- 
prenant 112  espèces  déterminées. 

Fléchey,  architecte  à  Troyes  :  —  Des  fragments  de  vases  antiques,  en 
terre  sigillée,  trouvés  dans  des  fouilles  pratiquées  à  Troyes  ; 

—  des  œufs  de  la  couleuvre  à  collier. 

Baltet  (Charles),  pépiniériste,  à  Troyes  :  —  Une  hache  antique  en 
jade;  — -  une  clé  ancienne  en  fer. 

Payen-Finot,  négociant,  à  Troyes  :  —  Une  monnaie  romaine,  moyen 
bronze,  trouvée  dans  le  marais  de  Yillechétif. 

Nicolas  (Appolinaire).  propriétaire,  au  Pont- Hubert  :  —  Une  clé  an- 
cienne en  fer,  trouvée  au  lieu  dit  le  Moulinet, 

Janet-Terrenoirb,  propriétaire,  à  Chappes  :  —  Une  petite  clé  an- 
tique en  bronze,  et  une  grande  clé  en  fer,  trouvées  à  Chap- 
pes, lieu  dit  le  Noblesse. 

Meugy  i^,  Ingénieur  des  mines,  à  Paris  :  —  Un  carreau  en  terre 
émaillée  du  xvi®  siècle,  représentant  une  fleur  de  lys. 

Chauchat,  négociant,  à  Troyes  :  —  Une  jambette  de  cheminée,  en 
forme  de  cariatide,  en  bois  sculpté  du  xvi«  siècle,  prove- 
nant d'une  maison,  rue  Dominique,  à  Troyes. 


326  LISTB  DBS  DONS  FAITS  AD  VCSÉB  DB  TROTES. 

Mm«  Fallu,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Deux  clés  aocieooes  en  ter. 

De  Varennes,  vérificateur  des  chemins  de  fer  de  l'Est,  à  Troyes  :  — 
Uoe  monnaie  de  Cbaries-Quiot,  et  une  monnaie  de  Houi  IV. 

Ledarté  f  architecte,  à  Troyes  :  —  Un  vase  ancien  en  pierre  loma- 
chelle,  portant  des  anses  et  des  rigolles. 

WiNTESPiLL ,  à  Troyes  ;  —  Une  clé  ancienne  en  fer;  —  deui  an- 
ciennes monnaies  trouvées  à  Troyes,  lieu  dit  les  PlanehoUes, 

Vignes,  directeur  de  la  Succursale  du  Crédit  agricole,  à  Troyes  :  — 
Trois  Bons  de  monnaie  de  5, 10  et  20  francs,  provenant  de 
rémission  faite  par  la  ville  de  Troyes  et  par  la  Chambre  de 
commerce,  pendant  la  guerre  de  1870,  pour  suppléer  I 
Tabsence  de  numéraire. 

AuBRiOT^  brigadier  forestier,  à  Lusigny  :  —  Une  clé  en  fer,  ♦rouvée 
à  Lusigny,  sur  l'emplacement  d'un  ancien  couvent,  lieu  dit 
les  Vieilleê  Cours, 

Berthélemot,  propriétaire,  à  Troyes  : —  Une  statue  en  pierre  coloriée, 
du  XVI*  siècle,  de  90  centimètres  de  hauteur,  représentant 
saint  Vinebaud,  abbé  de  Saint-Loup  de  Troyes,  en  583. 

DÉ0U8T,  à  Troyes  :  —  Un  trousseau  de  neuf  clés  anciennes  avec 
agrafe  et  crochets  en  fer,  trouvés  dans  les  travaux  exécutés 
au  moulin  de  Saint-Quentin,  à  Troyes. 

Grimon,  à  Troyes  :  —  Une  petite  clé  ancienne  en  fer;  —  un  petit 
médaillon  avec  chaînettes  en  cuivre  ;  —  un  petit  couteau  du 
XVII*  siècle,  avec  incrustations.  Le  tout  trouvé  dans  les 
fouilles  du  moulin  de  Saint-Quentin,  à  Troyes. 

CoLLOT  (Eugène),  élève  du  Grand-Séminaire,  à  Troyes  :  — Une  mon- 
naie romaine  en  bronze,  trouvée  à  Droupt-Sainte-Marie. 

Le  comte  Armand  0.  ^,  ministre  plénipotentiaire  de  France,  à  Lis- 
bonne :  —  28  monnaies  romaines  en  bronze,  trouvées  dans 
le  voisinage  de  Lisbonne,  à  l'endroit  appelé  Setubal,  et  que 
l'on  croit  s'être  appelé  Troja,  à  l'époque  romaine. 

Vaillant  (Robert),  propriétaire,  à  Loches  :  —  Une  pièce  de  monnaie 
en  argent,  du  règne  de  Louis  XV,  1742. 

Jully,  brasseur,  à  Troyes  :  —  Un  fragment  de  meule  de  moulin  ro- 
main, en  granit,  trouvé  ^ans  le  faubourg  Saint-Jacques. 


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LISTE  DES  DONS  FAITS  AC  MUSÉE  DE  TROYES.  327 

Thierry  (Lucien),  étudiant,  à  Troyes  :  —  Un  jeton  en  cuivre',  daté 
de  1630,  avec  cette  légende,  tandem  arbiter  orbis. 

M"*«  Godard,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Le  portail,  en  pierres  sculp- 
tées du  xiv«  siècle,  de  la  chapelle  de  l'ancien  prieuré  de 
Saint-Qucnlin  de  Troyos;  —  plusieurs  morceaux  de  sculp- 
ture remontant  à  une  époque  plus  ancienne. 

GuiLLOT,  conducteur  des  ponts  et  chaussées,  à  Ârcis-sur-Aube  :  — 
Deux  lames  tranchantes  et  une  agrafe  en  fer,  datant  de  l'é- 
poque gallo-romaine,  trouvées  à  Champigny  aux  côtés  de 
deux  squelettes. 

Lheullier  (Jules),  tonnelier,  à  Troyes  :  —  Un  nid  de  frelons. 

HÉROST  (Léopold)  :  —  Plusieurs  échantillons  de  minéralogie. 

Petit-Tisserand,  à  Lavallotte-Lavau  :  —  Un  insecte  orthoplère  (la 
mante  religieuse),  trouvée  à  Rouilly-Sacey. 

Pron,  artiste  peintre,  à  Troyes  :  —  Un  fragment  d'os  de  mammouth, 
trouvé  à  Breviande,  dans  une  carrière  de  grèves  des  Hauts* 
Niveaux,  et  dans  laquelle  on  rencontre  des  silex  taillés. 

M™«  Morniat,  propriétaire,  à  Troyes  :  —  Un  crucifix  ancien  en 
bronze,  et  une  plaque  métallique  représentant  des  attrib'Us 
militaires,  trouvés  dans  un  jardin  du  faubourg  Saint-Jacques; 

—  une  monnaie  de  Louis  XIIL 

De  Taillasson,  sous-inspecteur  des  forêts,  à  Troyes  :  —  Un  oiseau 
de  mer  (le  cormoran),  tué  sur  un  étang  des  environs  de 
Lusigny. 

De  ViLLEMEREUiL  (Ârthur),  0.  ^,  capitaine  de  fi*égate ,  à  Cher- 
bourg :  —  Une  suite  fort  intéressante  d'objets  d'histoire  na- 
turelle, rapportés  de  la  Nouvelle-Calédonie ,  comprenant  : 
une  roussette  en  peau  ;  —  onze  oiseaux  de  diverses  es- 
pèces en  peaux  ;  —  un  reptile  et  un  poisson  dans  l'alcool  ; 

—  des  coquilles  (6ri/tmus,  perna,  ostrea)  de  la  baie  du  Ca- 
rénage ;  —  un  flacon  contenant  des  scorpions,  et  un  autre 
contenant  plusieurs  espèces  d'aranéides  recueillies  dans  la 
forêt  des  Monts-Cogi  ;  —  plusieurs  espèces  de  mollusques 
mous  sans  coquilles,  des  méduses  et  des  crustacés,  péchés 
dans  la  mer  de  Sargasse,  Océan  atlantique  ;  —  des  tra- 
vaux dephryganide,  de  termite  et  de  taret;  — un  échantillon 


328  LISTB  DBS  DONS  FAITS  AU  MUSÉE  DK  TROTBS. 

de  8er|>entine,  dont  les  oéo-calédonieDS  bbriquakot  leos 
bâches. 

Le  Baron  Gabriel  de  YcndeuyrEi  au  cbâteaa  de  VendeufTMinw 
Barse  :  —  Une  statue  en  plâtre  représentaot  Oreste  râo^ 
à  lautel  de  Minerve.  Le  marbre,  exposé  en  1840,  a  élé 
acheté  par  TEtat,  et  donné  au  Musée  de  Rouen. 

Hatot,  artiste  peintre,  à  Troyes  ;  —  Un  dessin  représentant  un  des 
vitraux  peints  de  la  Bibliothèque  de  Troyes. 


Pour  copie  conforme  au  registre  destimé  à  ûmm 
tes  Dont  faitt  au  Mutée  da  Tfoyes, 


Troyet,  le  Si  déoembre  1878. 


Jules  RAY, 

Uqh  dot  eonaerrtteon. 


MERCURIALES 


DU  DÉPARTEMENT  DE  L'AUBE 


Pendant  l'année  1872 


La  Société  Actdéiniqae  de  TAube  publie,  tons  les  ans,  depuis  rannée  1838» 
les  Mercuriales  du  département  de  TAubei  dressées  par  M.  le  Préfet,  confor- 
mément  aux  circulaires  ministérielles  du  24  octobre  1824,  et  du  5  mai  1859. 

Pour  les  Mercuriales  de  Tannée  18i8,  qui  n*ont  pas  paru  dans  le  volume  de 
cette  année-là,  elles  ont  été  imprimées  séparément  sur  des  feuillets  qui  doiTcnt 
être  ajoutés  à  la  fin  du  Tolume  de  1848.  —  Les  personnes  qui  désirent  se  pro- 
curer ces  Mercuriales,  peuvent  les  demander  h  TArchiviste  de  la  Société. 


MnCimULEB   DO    DÈPARTBHKNT   DBLAUBE. 


GRAINS  VENDUS  SUR  LES  MARCHÉS. 


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SOMMAIRE 

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SÉANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ  PENDANT  L'ANNÉE  \m 


Séance  du  47  Janvier  4873. 

Présidence  de  M.  MEUGY. 

Lecture  du  procès-verbal  de  la  séance  réglementaire  du  27 
décembre  -1872.  —  Discours  de  M.  Meugy,  président  annuel. 
—  Mort  de  M.  Pierre-Antoine  Guillier,  naturaliste,  domicilié 
au  Havre,  membre  correspondant,  natif  de  Troyes,  l'un  des 
plus  généreux  donateurs  du  Musée  de  Troyes,  décédé  le  U 
janvier  4873,  à  T&ge  de  74  ans.  —  Réunion  des  agriculteurs  de 
France  annoncée  pour  le  mois  de  février  suivant.  —  Compte- 
rendu  de  M.  le  président  sur  les  ouvrages  envoyés  par  les  So- 
ciétés correspondantes  dans  le  courant  du  mois.  —  Dons  faits 
au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  particulière  de  la  So- 
ciété. — Décision  prise  d'une  réunion  des  Sections  tous  les  trois 
mois.  —  Rapport  verbal  de  M.  Gréau,  membre  résidant,  sur 
la  collection  de  médailles  gauloises  de  M.  de  Saulcy,  dont  la 
France  vient  de  voter  racquisition.  —  Compte- rendu,  par 
M.  Le  Brun-Dalbanne,  membre  résidant,  de  sa  visite  à  la  So- 
ciété d'Émulation  du  Doubs,  au  banquet  de  laquelle  un  toast 
particulier  a  été  porté  à  la  Société  Académique  de  l'Aube.  M.  Le 
Brun-Dalbanne  y  a  répondu.  —  Rapport  de  M .  Albert  Babeau , 
membre  résidant,  sur  le  Questionnaire  envoyé  par  l'Assemblée 
nationale  à  la  Société,  relativement  à  l'assistance  publique  dans 
les  campagnes.  —  Lecture,  par  M.  Le  Brun-Dalbanne,  d'un  mé- 
moire sur  un  ancien  bas-relief  de  la  rue  du  Grand-CloUre- 
Saint-Pierre,  représentant  un  berger  abattant  avec  sa  boulette 
les  glands  d'un  chêne,  que  dévorent  avidement  une  laie  et  ses 
petits.  —  Renvoi  de  ce  travail  à  la  Commission  de  VAnnuaire 
de  l'Aube, 


340  SOMMAIRE    DES    SÉANCES    DE    LA   SOCIÉTÉ 


Séance  du  ^4  Février  4873. 

Prëtidence  de  IT.  MEUGY. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précédente. 

—  Nomination  de  M.  Meugy  à  un  poste  supérieur  à  Paris,  et 
ses  regrets  de  quitter  la  Société,  à  laquelle  il  promet  de  lire, 
dans  le  cours  de  Tannée ,  un  travail  qu'il  a  fait  sur  la  musique, 

—  Démission  de  M  Harmand,  membre  résidant.  --  Lettre  de 
M.  le  Ministre  de  Tlnstruction  publique,  annonçant  à  MM.  Emile 
Socard  et  Th  Boutioj,  membres  résidants,  que  leur  Dictionnaire 
topographique  de  l'Aube^  couronné  à  la  Sorbonne,  par  le  Con- 
cours de  -1867  entre  toutes  les  Sociétés  savantes  des  départe- 
ments, va  être  imprimé  aux  frais  du  Gouvernement.  —  Invitation 
faite  à  la  Société  de  se  faire  représenter  au  Concours  régional 
de  Langres.  M.  Dosseur  est  désigné.  —  Demande  à  la  Société 
d'unir  ses  efforts  à  ceux  des  autres  Sociétés  d'agriculture  pour 
obtenir  l'intervention  de  M.  le  Ministre  des  Travaux  publics 
auprès  des  administrations  de  chemins  de  fer,  à  l'effet  d'assu- 
rer d'une  manière  générale  et  réglementaire  un  délai  de  48 
heures  au  lieu  de  24  pour  le  déchargement  des  marchandises 
reçues  par  wagon  complet ,  dont  les  destinataires  sont  assez 
éloignés  des  gares  pour  ne  point  recevoir  en  temps  utile  l'avis 
d'arrivée.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  foits  à  la  bibliothè- 
que particulière  de  la  Société.  —  Rapport,  par  M.  le  docteur 
Vauthier,  membre  résidant,  sur  un  manuscritenvoyé  par  M.  le 
docteur  Chéreau,  originaire  de  Bar-sur-Seine,  médecin  à  Paris. 
Ce  manuscrit  a  pour  titre  :  Mémoire  sur  la  Topographie  médi- 
cale de  Troyes  et  des  environs ^  par  M.  Picard,  docteur  en  méde- 
cine, à  Troyes  (7  mars  -1786).  —  Demande  faite  par  M.  Sourdat, 
Conseiller  à  la  Cour  d'appel  d'Amiens,  de  la  rentrée  en  posses- 
sion de  quatre  portraits  de  famille,  achetés  pour  le  Musée  de 
Troyes,  après  la  démolition  du  chftteau  de  Longsols  qui  avait 
appartenu  pendant  quelque  temps  à  ses  ancêtres.  Trois  portraits 
sont  cédés;  le  quatrième,  celui  de  Claude  Darc,  maire  à  Troyes 
de  4676  à  -1680,  pourra  seulement  être  copié  par  M.  Sourdat 

—  Rapport  de  M.  Assollant,  membre  résidant,  sur  la  Romania. 

—  Demande  d'échange  de  Mémoires  avec  la  Société  historique 
de  Compiègne.  —  Renvoi  à  la  Commission  de  publication  : 
40  du  travail  de  M.  le  docteur  Picard,  sur  la  Topographie  mi- 


PENDANT   l'année   1873.  341 

dicale  de  Troyes  et  des  environs;  2®  du  Rapport  de  M,  Assoie 
lanty  sur  la  Romania. 


Séance  du  24  Mars  4873. 

Présidence  de  M.  LE  BRUN-DALBANNE,  Tice-Préaident. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance. 

—  Annonce  de  ]a  réunion  des  délégués  des  Sociétés  savantes 
des  départements  à  la  Sorbonne  les  46,  -17  et  -18  avril  suivant. 

—  Envoi  par  la  Société  centrale  d'Apiculture  et  d'Entomologie 
du  programme  de  l'exposition  des  insectes  utiles  et  nuisibles , 
qui  aura  lieu  à  Paris,  au  mois  de  septembre  -1874.  —  Dons  faits 
au  Musée.  —  Analyse  par  M.  le  Président  des  bulletins  des  So- 
ciétés correspondantes  envoyés  dans  le  mois.  —  Notice  nécro- 
logique sur  M.  Charles  de  Montaigu,  décédé  le  -15  mai  -1872, 
par  M.  Le  Brun-Dalbanne.  —  Annonce  du  prix  de  2,000  francs, 
décerné  par  la  Société  des  agriculteurs  de  France  à  M.  de  Cossi- 
gny,  membre  correspondant,  pour  un  travail  remarquable  sur 
la  question  des  irrigations.  —  Lecture,  par  M.  l'abbé  Cofflnet, 
membre  résidant,  d'une  lettre  de  M.  Alexandre  Bertrand, 
membre  du  Comité  des  Sociétés  savantes,  demandant  des  ren- 
seignements sur  -15  disques  qui  ont  été  trouvés  à  Saint-Martin- 
ès-Vignes.  —  Réponse  que  ces  disques  proviennent  probable- 
ment de  Saint-Martin-de-Bossenay.  —  Rapport  par  M.  Grcau, 
membre  résidant,  sur  un  volume  de  la  Société  d'histoire  et  d'ar- 
chéologie de  Chalon-sur-Saône,  qui  se  termine  par  une  des- 
cription alphabétique  des  monnaies  mérovingiennes  du  Musée 
de  Chûlon.  —  Communication  par  M.  de  Villemereuil,  membre 
résidant,  d'une  lettre  de  son  fils,  M.  Arthur  de  Villemereuil, 
mnmbre  correspondant,  qui  traite  de  plusieurs  questions  d'his- 
toire naturelle  étudiées  dans  ses  voyages  h  bord  des  vaisseaux 
de  l'Etat.  —  Lecture,  par  M.  Emile  Socard,  membre  résidant, 
d'un  travail  de  M.  l'abbé  Lalore,  professeur  de  théologie  au 
Grand  Séminaire  de  Troyes,  Y  abbaye  de  Notre-Dame-aux-Non- 
nains,  —  Mémoire  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  membre  ré- 
sidant, intitulé  :  Recherches  sur  l'Histoire  de  Varticle  dans  le 
Breton- Armoricain^  destiné  à  être  envoyé  au  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique  qui  l'a  demandé.  —  Invitation  faite  par  M.  le 
Président  aux  membres  de  la  section  d'agriculture  à  suivre 


342  SOMMAIRE   DBS   SÉANCES   DE   LA  SOClili 

l'expérience  des  iluages  artificiels  qui  doit  avoir  lieu  le  di- 
roancbe  suivant,  sous  la  direction  de  M.  Barrai,  pour  en  com- 
muniquer les  résultats  à  la  Société.  — Vote  favorable  du  renvoi 
à  la  Commission  de  publication  :  4^  de  la  Notice  de  H.  Le  Bran- 
Dalbanne,  sur  M.  Charles  de  Montaigu;  —  2^  du  travail  de 
M.  Tabbé  Lalore,  sur  Vabbaye  de  Notre-Dame-aux-Nontutins. 


Séance  du  25  Avril  4873. 

Prudence  de  M.  LE  BRUN-DALBAKHE. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal.  —  La  Société  est  infor- 
mée que  M.  Le  Brun-Dalbanne,  son  vice-président, a  lu,  à  la  der- 
nière réunion  des  Sociétés  savantes  à  la  Sorbonne ,  son  travail 
sur  le  bas-relief  de  l'ancien  hôtel  des  Toumelles  à  Troyes,  en- 
tendu par  la  Société  Académique  de  l'Aube  dans  sa  séance  du 
-17  janvier  4873.  —  Remerciements  votés  à  M.  Jules  Ray,  ar- 
chiviste de  la  Société,  pour  la  réorganisation  de  la  bibliothèque 
et  des  archives  dans  le  local  ancien,  restauré  après  l'incendie 
de  4870.  —  Mort  de  M.  de  Caumont,  membre  correspondant, 
fondateur  des  Congrès  archéologiques  en  France,  de  la  Société 
française  pour  la  conservation  des  Monuments  et  de  plusieurs 
autres  institutions  importantes.  —  Nomination  de  H.  Leymerie, 
membre  honoraire,  comme  correspondant  de  l'Académie  des 
sciences  de  Paris.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la 
bibliothèque  particulière  de  la  Société.  —  Analyse,  par  M.  le 
Président,  des  bulletins  des  Sociétés  correspondantes  arrivés 
dans  le  rilois.  —  Inacription  au  programme  des  prix  de  la  sec- 
tion d'Agriculture,  de  la  question  d'élevage  et  d'engraissage 
des  races  dans  les  animaux  précoces  de  boucherie.  —  La  So- 
ciété décide  que  l'apostille  du  Président  et  le  cachet  de  la  Société 
seront  mis  sur  les  prix  décernés  au  nom  de  la  Société  Acadé- 
mique dans  les  Concours.  —  Réunion  trimestrielle  des  quatre 
sections  de  la  Société,  et  lecture  des  Rapports  qui  la  men- 
tionnent. —  Visite  des  églises  et  des  édifices  de  Troyes  par  une 
Commission  de  la  section  des  Arts  pour  dresser  ensuite  le  ca- 
talogue des  objets  qu'ils  renferment.  —  Compte-rendu  par 
M.  Boutiot,  membre  résidant,  des  réunions  des  Sociétés  savantes 
à  la  Sorbonne,  pendant  la  semaine  de  Pftques.  —  Don  Ihit  par 
M.  Boutiot,  au  nom  du  Conseil  municipal  de  Troyes,  d'un  écban- 


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PENDANT  l'année  1873.  343 

tilloD  des  boDS  de  50  francs  émis  pendant  la  guerre  de  4870- 
4874 ,  ainsi  que  d'échantillons  des  bons  émis  à  Arcis,  à  Méry  et 
aux  Riceys.  —  Don  fait  par  le  même  membre  du  portrait  gravé 
de  M.  le  baron  de  Yendeuvre;  250  exemplaires  sont  donnés 
pour  accompagner  la  Notice  faite  par  M.  Boutiotsur  M.  de  Yen- 
deuvre. —  Promesse,  par  M.  Gabriel  de  Yendeuvre,  du  moulage 
à*Oreste  aux  autels  de  Pallas  pour  le  Musée  de  Troycs.  —  No- 
mination de  M.  l'abbé  Lalore  comme  membre  résidant  (section 
des  Lettres).  —  Communication  de  M.  l'abbé  Coflinet  à  propos 
des  disques,  au  nombre  de  24  au  lieu  de  45  dont  il  a  été  ques- 
tion (séance  du  24  mars  dernier);  44  sont  au  Musée  de  Saint- 
Germain;  4  chez  M.  Huot,  ancien  notaire,  retiré  à  Troyes  ;  4 
chez  M.  le  marquis  de  Ghambon;  4  chez  M.  Lenfant,  à  Romilly, 
et  4  chez  M.  Morel,  percepteur  à  Châlons-sur-Marne.  Ils  ont 
été  découverts  à  Saint-Martin-de-Bossenay,  lieu  dit  les  Vignes. 


Séance  du  46  Mai  4873. 

Présidence  de  M.  LE  BRUN-DALBANNE. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance. 

—  Mort  de  MM.  Angenoust  de  Romaine  et  Lerouge-Gourtin, 
membres  associés.  —  MM.  J.  Ray  et  Em.  Socard  chargés  de 
suivre  la  vente  de  la  bibliothèque  Harmand,  afin  d'acquérir  les 
ouvrages  qui  pourraient  intéresser  la  Société  Académique.  — 
Invitation  à  la  section  d'agriculture  d'examiner  le  Questionnaire 
sur  le  monopole  des  tabacs,  adressé  par  M.  le  Préfet  de  l'Aube. 

—  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  particu- 
lière de  la  Société.  —  Analyse,  par  M.  le  Président,  des  travaux 
des  Sociétés  correspondantes  envoyés  dans  le  mois.  —  Rapport 
de  M.  Yignes,  membre  résidant,  sur  le  Traité  d* économie  poli- 
tique de  M.  Victor  Deheurle,  membre  associé.  —  Proposition 
développée  par  M.  Yictor Deheurle  sur  la  nécessité  d'encourager 
l'établissement  de  pisciculture  de  Bar-sur-Seine,  même  de  l'a- 
grandir. —  Lecture,  par  M.  Albert  Babeau,  d'un  travail  de  sa 
composition,  intitulé  :  L'Assemblée  d'Election  de  Bar-sur-Aube. 

—  Communication,  par  M.  D'Arbois  de  Jubainville,  sur  une 
étude  renfermée  dans  le  dernier  volume  de  la  Société  des  anti- 
quaires de  France  à  propos  des  Refuges  de  Suisse  (enceintes  for- 


344  80MMAIRB   DES  StANGES   M   LA   SOCIÉTÉ 

tiflées  sar  les  hauteurs).  —  Charte  inédite  de  Thibaut  V,  eomte 
de  Champagne,  publiée  par  H.  Charavay,  dans  la  i^  livraison  de 
la  Revue  des  documents  historiques,  datée  de  4257,  et  relative  au 
portage  des  foires  de  Saint-Remi  de  Troyes  (redevance  payable 
aux  portes  de  la  ville).  —  Renvoi  à  la  Commission  de  publica- 
tion :  4*  du  Rapport  de  M.  Vignes  sur  le  livre  de  H.  Debeurle, 
et  2*  de  l'Etude  historique  de  M.  Albert  Babeau. 


Séance  du  SO  Juin  4873. 

Préaidenoe  de  M.   LE  BRUN-DALBANIIE. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précédente. 

—  Lecture  d'une  lettre  de  M.  Gérost,  de  Villenauxe,  membre 
associé,  annonçant  une  découverte  faite  à  Hontpothier,  d'osse- 
ments humains  anciens  et  de  deux  pièces  de  monnaie.  —  An- 
nonce de  fouilles  exécutées  à  Conflans  dans  les  champs  de  l'an- 
cien cimetière  gallo-romain,  par  les  soins  de  M.  Morel,  percep- 
teur à  Pleurs,  membre  correspondant.  —  Dons  faits  au  Musée. 

—  Dons  à  la  bibliothèque  particulière  de  la  Société.  —  Dépôt, 
par  M.  Vignes,  membre  résidant,  de  trois  bons  de  monnaie  an- 
nulés de  5, 40  et  20  francs  provenant  de  l'émission  faite  par  la 
Chambre  de  Commerce,  pendant  la  guerre  4870-4874,  pour 
suppléer  à  l'absence  de  numéraire.  —  Analyse  des  travaux  des 
sociétés  correspondantes,  par  M.  le  Président.  —  Lecture  du 
procès-verbal  de  la  réunion  du  bureau  le  26  mai  précédent,  où 
il  a  été  décidé  que,  dans  la  séance  publique,  indépendamment 
d'un  rapport  général  très-sommaire  fait  par  le  secrétaire  de  la 
Société,  un  membre  désigné  dans  chaque  section  sera  chargé  de 
rédiger  le  rapport  sur  les  travaux  de  la  compétence  de  sa  sec- 
tion, lus  ou  publiés  depuis  la  dernière  séance  publique.  —  Pro- 
position de  réunir  la  collection  d'autographes  de  la  Société  à 
celle  de  la  Bibliothèque  publique  de  Troyes  pour  y  être  plus 
facilement,  consultée  ;  ajournée.  —  Nomination  d'un  secrétaire 
de  la  Société  indiquée  pour  la  séance  suivante.  —  Mémoire  de 
M.  Charles  Des  Guerrois  sur  Y  Hymne  homérique  à  Mercure.  — 
Renvoi  de  ce  mémoire  à  la  Commission  de  publication. 


pBifDAiiT  l'ahiiéb  1873.  345 

Séance  du  4 8  Juillet  487 S. 

PrMdeiM»  de  M.  LE  BRUll-DALBAIfllE. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance. 

—  Envoi)  par  M.  Choulller,  natif  de  Troyes,  greffier  de  paix  à 
Donnemarie,  de  divers  extraits  de  titres  concernant  la  terre  et 
seigneurie  de  Lhopitau,  qui  a  appartenu  à  René  de  Breslay» 
évèque  de  Troyes.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bi- 
bliothèque particulière  de  la  Société.  —  Analyse  sommaire  des 
travaux  des  sociétés  correspondantes,  -par  M.  le  Président.  — 
M.  le  docteur  Bacquias  nommé  secrétaire  de  la  Société.  —  Un 
secrétaire-adjoint  sera  choisi  dans  la  séance  suivante.  —  Remise 
de  cette  séance  au  22»  en  raison  de  Toccurrence  de  la  fête  de 
l-Assomption,  se  trouvant  le  troisième  vendredi  du  mois  d'août. 

—  Rapport  de  M.  Tabbé  Lalore,  membre  résidant,  au  nom  de 
la  section  des  Lettres,  sur  un  manuscrit  intitulé  :  Bûcher  biblio- 
graphique^ qui  sera  déposé  aux  Archives.  —  Rapports  des  secré- 
taires des  quatre  sections,  présentant  la  liste  des  prix  proposés 
et  qui  seront  échelonnés  d'années  en  années.  —  Note  de 
M.  GréuUy  membre  résidant,  intitulée  :  Les  beaux  arbres  s'en 
vont  !  —  Vœu  unanime  émis  par  la  Société  pour  la  conservation 
des  vieux  arbres.  —  Lettre  de  M.  Gabriel  de  Vendeuvre  annon- 
çant le  moulage  et  le  prochain  envoi  au  Musée  de  Troyes  de 
VOreste  réfugié  aux  autels  de  Pallas^  par  Simart.  —  Oiïre,  en 
retour,  d'un  buste  de  Simart  par  les  conservateurs  du  Musée  à 
M.  Gabriel  de  Vendeuvre.  —  Questionnaire  relatif  à  l'achat  des 
tabacs  renvoyé  sans  réponse  par  la  section  d'Agriculture  à  M.  le 
Préfet  de  l'Aube,  le  département  n'exploitant  pas  les  tabacs.  — 
Renouvellement  du  vœu  émis  en  4874  en  faveur  de  la  culture 
et  de  la  manipulation  des  tabacs  dans  le  département  de  l'Aube, 
où  la  réussite  serait  certaine. 


Séance  du  22  Août  4873. 

Pi^idence  de  M.  LE  BRUIf-DALBAlfI«E. 

Lecture  et  adoption  du  procès- verbal  de  la  dernière  séance. 
—  Envoi  par  M.  le  Ministre  de  l'Agriculture  et  du  commerce 
d'un  Questionnaire  sur  l'exploitation  du  monopole  des  tabacs 


346  somuiRB  dbs  siAiKXs  de  la  sociétb 

et  des  poudres  ;  la  section  d'Agriculture  chargée  de  faire  ud 
rapport.  —  Communication  d'une  lettre  de  H.  le  Prtfet  par  la- 
quelle ce  magistrat  demande  Tavis  de  la  Société  sur  la  suppres- 
sion, proposée  par  la  Commission  des  monuments  historiques, 
de  certains  édifices  du  département  de  l'Aube  ;  la  section  des 
Beaux-Arts  est  chargée  de  répondre  à  H.  le  Préfet.  —  Dons  bits 
au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  particulière  de  la  So- 
ciété. —  Analyse  sommaire,  par  M.  le  Président,  des  Mémoires 
envoyés  par  les  sociétés  correspondantes  depuis  la  dernière 
séance.  —  M.  Albert  Babeau  nommé  secrétaire-adjoint  en  rem- 
placement de  M.  le  docteur  Bacquias,  nommé  secrétaire.  —  Dor 
mande  faite  au  Conseil  municipal  de  Troyes  favorablement  ac- 
cueillie pour  raroélioration  de  l'éclairage  et  de  la  ventilation 
des  salles  destinées  aux  diverses  collections.  —  M.  Emile  So- 
card  présente  à  la  Société  un  travail  intitulé  :  Histoire  de  Vabba^ 
de  Saint' Martin^èS' Aires  y  par  M.  l'abbé  Eugène  Defer,  curé  de 
Saint-Germain,  près  Troyes;  son  rapport  conclut  à  l'impression 
du  travail  dans  les  Mémoires,  —  Invitation  faite  par  M.  Truelle, 
membre  honoraire,  à  la  Société  Académique,  d'appuyer,  auprès 
de  l'autorité  municipale,  la  demande  d'une  concession  gratuite 
de  terrain  pour  une  tombe  à  élever  par  souscription  à  la  mé- 
moire du  regretté  M.  Schitz.  —  M.  de  Cossigny,  membre  corres- 
pondant, devenu  membre  associé  par  suite  de  son  retour  dans 
le  département  de  l'Aube.  —  Renvoi  à  la  Commission  de  pu- 
blication du  travail  de  M.  l'abbé  Defer  sur  l'abbaye  de  Saint- 
Martin-ès-Aires. 


Séance  du  i7  Octobre  4873. 

Présidence   de  M.   LE   BRUN-DALBARIIE. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précé- 
dente. —  Mort  de  M.  Gustave  Gayot,  membre  associé,  et  de 
M.  Vulfranc  Gerdy,  membre  correspondant.  —  Communica- 
tion de  M.  le  Président  annonçant  à  la  Société  que,  pour  assurer 
au  Musée  de  Troyes  les  bas-reliefs  exécutés  par  Simart.à  rH6- 
tel-de-Ville  de  Paris,  il  s'est  adressé  au  Préfet  de  la  Seine;  que 
ces  bas-reliefs,  fortement  endommagés  par  Tincendie  allumé 
par  la  Commune,  ne  pouvaient  qu'être  reproduits  par  le  mou- 
lage; décision  prise  de  les  faire  mouler.  —  Demande  d'un  ta- 
bleau ou  d'une  statue,  adressée  à  M.  le  directeur  des  Beaux- 


PENDANT   l'aNNEB   1973.  347 

Arts  pour  le  Musée  ;  promesse  que  le  Musée  de  Troyes  sei*a 
compris  dans  la  répartition  des  objets  d'art  acquis  par  l'admi- 
nistration. —  Pièce  de  vers  adressée  pour  le  Concours.  —  Dons 
faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  particulière  de 
la  Société.  —  Analyse,  par  M.  le  Président,  des  travaux  des  So- 
ciétés correspondantes  envoyés  dans  le  mois.  —  Rapport  de 
M.  Albert  Babeau,  sur  V Histoire  de  la  ville  et  de  la  cMtellenie 
de  Pont'Sur-^eine ,  par  M.  Arsène  Thévenot,  membre  asso- 
cié. —  Communication  de  M.  Boutiot,  signalant  à  la  Société 
l'existence  d'un  missel  de  la  fin  du  xi?*  siècle ,  ou  du  com- 
mencement du  xv«,  ayant  appartenu  à  la  collégiale  de  Saint- 
Etienne  de  Troyes ,  aujourd'hui  en  la  possession  de  M.  Bre- 
tagne, ancien  directeur  des  Contributions  directes  de  la  Meur- 
the,  demeurant  à  Nancy.  —  Promesse  par  M.  Amédée  Gayot 
de  lire  à  la  prochaine  séance  publique  une  Notice  sur  M.  De- 
laporte.  —  Acquisition,  par  la  Commission  des  Musées\  de 
deux  tableaux  estimés,  indiquant,  d'»près  MM.  Pron  et  Vaudé, 
aux  jeunes  artistes  les  procédés  modernes  de  la  peinture.  — 
Annonce  à  la  Société  que  la  section  des  Arts  a  terminé  la 
visite  des  églises  Saint-Remi,  Saint-Urbain,  Saint- Jean,  Sainte- 
Madeleine  et  Saint-Pantaléon.  —  Don,  par  M.  Charles  Baltet, 
d'un  Plan  de  la  ville  de  Troyes,  qui  daterait  de  la  fin  du  xvii* 
siècle.  —  Quelques  explications  données  par  M.  Boutiot  sur  le 
lieu  de  la  défaite  d'Attila,  en  réponse  à  la  Dissertation  de 
M.  d'Arbois  de  Jubainville.  —  Le  même  M.  Boutiot  informe  la 
Société  des  dispositions  testamentaires  de  M.  Vulfranc  Gerdy, 
qui  intéressent  la  Société  et  le  département  de  l'Aube  :  Buste  en 
marbre  de  Gerdy  l'atné,  pour  le  Musée  ;  800  fr.  de  rente  pour 
les  malades  indigents  du  département  auxquels  un  traitement 
par  les  eaux  minérales  naturelles  aurait  été  ordonné  ;  4,500  fr. 
de  rente  pour  augmentation  de  traitement  de  l'instituteur  et  de 
l'institutrice  de  Loches,  et  50  fr.  de  rente  pour  l'entretien  de  la 
chapelle  sépulcrale  dans  laquelle  repose  la  famille  Gerdy.  — 
Proposition  par  M.  Charies  Baltet  d'acquérir  4  tableaux  de 
M.  Emile  Vaudé,  s'ils  doivent  être  vendus  par  suite  du  décès  de 
M.  Gustave  Gayot,  auquel  ils  appartenaient.  —  M.^Cabat, 
membre  de  l'Institut,  présenté  en  qualité  de  membre  honoraire. 
—  M.  le  comte  Armand,  ministre  plénipotentiaire  de  France  en 
Portugal ,  propriétaire  du  château  d'Arcis,  et  M.  René  Petit  de 
Bantel,  présentés  en  qualité  de  membres  associés. 


348  80M11AIM   DBS  SBAlfGBS    DE   LA   SOCIÂTÉ 


Séance  du  H  Novembre  4873. 

Pr^8id6iice  de  M.   LE  BEUN-DALBAIfllE. 

Lecture  et  adoption  du  dernier  procès-verbal.  —  Démîsakm 
de  M.  Jully,  membre  résidant,  appelé  par  ses  fonctions  à  U 
résidence  de  Versailles  ;  sa  nomination  comme  membre  hono- 
raire. —  Démission  de  M.  Tabbé  Cornet,  membre  résidant,  em- 
pêché par  ses  fonctions  d'assister  aux  séances  ;  sa  nomination 
comme  membre  honoraire.  —  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons 
faits  à  la  bibliothèque  particulière  de  la  Société.  —  Compte- 
rendu,  par  M.  le  Président,  des  publications  des  Sociétés  cor- 
respondantes envoyées  dans  le  mois.  —  Nomination  des  rap- 
porteurs élus  par  les  quatre,  sections  de  la  Société  pour  préparer 
le  résumé  des  travaux  destiné  à  être  lu  en  séance  publique  : 
M.  Dosseur,  section  d'Agriculture;  M.  le  docteur  Vauthier,  sec- 
tion des  Sciences;  M.  Albert  Babeau,  section  des  Arts;  H.  Lape- 
rouse,  section  des  Lettres.  —  Rapport  de  M.  Jules  Ray,  membre 
résidant,  sur  un  manuscrit  envoyé  par  M.  Arthur  de  Viileme- 
reuil,  membre  correspondant,  et  intitulé  :  Note  sur  un  voyage 
à  la  Nouvelle-Calédonie,  suivie  de  la  liste  des  objets  qu'il  a 
donnés  au  Musée.  —  Communication  de  M.  Gustave  fiuot, 
membre  résidant,  sur  les  trouvailles  fréquentes  de  silex  taillés 
à  éclats  de  l'époque  anté-historique,  faites  dans  les  Grèves  des 
Hauts-Niveaux,  autour  de  Troyes  (carrières  des  Marots,  à  Saint- 
Martin-ès-Vignes ,  de  Rozîères,  de  Villepart,  de  Saint-Léger, 
d'Isle-Aumont,  etc.).  —  Quelques  détails  ajoutés  par  H.  Boutiot 
sur  le  même  sujet.  —  Succès  obtenus  par  des  membres  de  la 
Société  Académique  au  Concours  régional  de  Langre^,  du  24 
mai  au  2  juin  4873,  signalés  par  M.  Charles  Baltet.  Lauréats  : 
MM.  Gustave  Huot,  le  comte  de  Launay,  Drouot,  le  baron  Wal- 
kenaër,  et  Jules  Dutailly,  des  Riceys.  —  Note  de  M.  Charles 
Des  Guerrois,  membre  résidant,  formant  le  complément  de  l'é- 
tude qu'il  a  lue  à  la  Société,  dans  la  séance  de  mars  4872,  sar 
C lot ilde  de  Surville.  —  Envoi,  par  M.  Léon  Pigeotte,  d'une 
Dissertation  sur  un  manuscrit  de  Grosley,  connu  sous  le  nom 
A'Ecreignes  champenoises.  —  Communication,  par  M.  Sardin, 
membre  associé,  d'une  Étude  sur  un  vers  de  Virgile.  —  Nomi- 
nation de  M.  Louis  Cabat,  membre  de  l'Institut,  en  qualité  de 
membre  honoraire  de  la  Société  Académique,  après  rapport  de 


PENDANT   L  ANNÉE   1873.  349 

de  M.  le  Vice-Président.  —  Nomination  de  MM.  Armand  et 
Petit  de  Bantel  comme  membres  associés.  —  Impression  votée 
des  travaux  de  MM.  Des  Guerrois,  Sardin,  Pigeotte  et  Arthur  de 
Villemereuil. 


Séance   du    é9    Décembre    4873, 

Présidence  de  M.  MEUGY. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précédente. 

—  Démission  de  M.  Blerzy,  membre  résidant.  —  Démission  de 
M.  Assollant,  membre  résidant,  nommé  membre  honoraire. 

—  Envoi,  par  M.  Georges  Berlhelin,  membre  correspondant, 
d'une  Notice  sur  un  point  particulier  de  la  géologie  de  l'Aube, 

—  Dons  faits  au  Musée.  —  Dons  faits  à  la  bibliothèque  particu- 
lière de  la  Société.  —  Compte-rendu  des  mémoires  des  Sociétés 
correspondantes  par  M.  Boutiot,  sur  l'invitation  de  M.  le  Pré- 
sident. —  Lecture,  par  M.  Meugy,  d'un  travail  de  sa  composi- 
tion, sur  la  Musique.  Première  partie.  —  Fixation  de  la  séance 
réglementaire  au  mercredi  26  courant.  —  Déclaration  de  la  va- 
cance du  fauteuil  de  M.  l'abbé  Cornet,  nommé  membre  hono- 
raire. Election  de  son  successeur  à  la  séance  de  janvier  ^1874. 

—  Quelques  mots  de  M.  Meugy,  en  quittant  le  fauteuil  de  la 
Présidence.  —  Regrets  exprimés  sur  son  départ  par  M.  Boutiot, 
au  nom  de  la  Société  Académique. 


Séance  réglementaire  du  26  Décembre  4873. 

Présidence  de  M.  LE  BEUN-D'ALBANNE,  Vice-Président. 

Lecture  et  adoption  du  procès-verbal  de  la  séance  précé- 
dente. —  Nomination  de  M.  Lasneret,  membre  résidant,  en 
qualité  de  membre  honoraire.  —  Envoi  à  M.  le  Préfet  de  l'Aube 
de  trois  bordereaux  remplis  par  le  compte-rendu  des  opéra- 
tions de  la  Société  Académique  pendant  Tannée  4873.  —  Dons 
faits  à  la  bibliothèque  particulière  de  la  Société.  —  Nomination 
de  M.  Julien  Gréau  comme  vice-président  pour  l'année  ^1874. 
—  Renouvellement  des  bureaux  des  quatre  sections  pour  4874. 
Agriculture  :  Président ^  M.  Gustave  Ruot;  vice-président, 


350  SOMMAIIE  DES    SÉANCES    DE   LA   SOCIÉTÉ. 

M.  Drouot;  secrétaire,  M.  Charles  Baltet.  Sciences  :  H.  Qui]- 
liard;  vice-président,  M.  Guichard;  secrétaire,  M.  Gey.  Arts: 
Président,  M.  Gréau;  vice-président,  M.  Tabbé  Coffioet;  8^ 
crétaire,  M.  Albert  Babeau.  Belles-Lettres  :  Président,  H.  Des 
Guerrois;  vice*président,  M.  Laperouse;  secrétaire,  M.  Emile 
Socard.  —  Nomination  des  quatre  membres  de  la  Comimssioo 
de  publication  :  MM.  Gustave  Huot,  Vaudé,  Vauthier  et  Vignes. 

—  Apurement  et  approbaUon  des  comptes  de  M.  Emile  Socard, 
trésorier,  pour  Tannée  4873.  —  Fixation  du  budget  pour  4S74. 

—  M.  Joséphin  Soulary,  nommé  membre  honoraire,  sur  le  rap- 
port de  M.  le  Président.  —  Proposition  faite  par  M.  Cbailes 
Baltet  de  foire  placer  au  bas  des  tableaux  et  des  sealptures  do 
Musée  de  Troyes  des  étiquettes  portant  le  nom  des  auteurs  et 
l'indication  des  sujets  représentés.  —  Seconde  propositioa,  par 
le  même  membre,  de  faire  placer  dans  la  cour  du  Musée  un 
monument  commémoratif  en  l'honneur  des  victimes  de  la  der- 
nière guerre,  appartenant  au  département  de  l'Aube. 


Poor  extrait  conforme  : 


Le  Trésorier  de  la  Société  faisant  id  foncUoM 
de  Secrétaire, 

KmIUB  SOCAID. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


COJCTEJÏCES 


Dans  le  Tome  XXXVII*  de  la  collection  des  Mémoires 
de  la  Société  Académique  de  l'Aube. 


ANNÉE   1873. 

Pagti. 

Chartes  de  Tabbaye  de  Mores  (Aube),  —  par  M.  Tabbé 
Charles  Lalorr,  professeur  de  théologie  au  Grand-Sémi- 
naire deTroves 5 

Mémoire  sur  THymne  homérique  à  Mercure, — par  M.  Charles 
Des  Gubrrois,  membre  résidant 109 

Remania,  !«'  volume  1873,  —  Rapport  sur  ce  recueil,  par 
M.  Assolant,  membre  résidant 129 

Rapport  sur  un  Mémoire  sur  la  topographie  médicale  de 
Troycs  et  de  ses  environs,  par  M.  Picard  (T^iars  1786), 
—  par  le  D'  Arsène  Vauthîbr,  membre  résidant 143 

Mémoire  sur  la  topographie  médicale  de  Troyes  et  de  ses 
environs,  en  1786,  —  par  M.  Picard,  docteur  en  médecine, 
conseiller-médecin  ordinaire  du  roi,  à  Troyes 151 

L'Assemblée  d'Élection  de  Bar-sur-Aube,  —  par  M.  Albert 
Babeau,  membre  résidant 205 

Rapport  sur  les  fouilles  de  la  tombellc  d'Aulnay,  —  par 
M.  Julien  Gréau,  membre  résidant 239 

Note  sur  quelques  objets  d'histoire  naturelle  rapportés  de  la 
Nouvelle-Calédonie,  et  offerts  à  la  Société  Académique  de 
l'Aube,  —  par  M.  Arthur  de  Yillbmbrbuil,  capitaine  de 
frégate,  membre  correspondant •  • . , 266 


352  TABLE. 

Dernière  note  sur  Clotilde  de  Sarville,  —  par  H.  Charles 
Dbs  GuEBBOiSy  membre  résidant 283 

Fragment  inédit  de  Grosley  et  Un  mot  encore  sur  les  mé- 
moires de  l'Académie  de  Troyes,  —  parM.  Léon  Pigbotte.    !i87 

Un  mot  de  souvenir  sur  H.  Charles  de  Montaigu^  —  par 
M.  Le  Bbun-Dalbanne,  yice-président 3i3 

Programme  des  prix  mis  au  concours  par  la  Société  Acadé- 
mique de  TAube 317 

Liste  des  dons  faits  au  Musée  de  Troyes,  arec  les  noms  des 
donateurs,  pendant  Tannée  1873 323 

Mercuriales  du  département  de  TAube  pendant  Tannée  1872 .     329 

Quantités  de  grains  vendus,  et  prix  moyen  par  quin- 
zaine      330-333 

Comestibles  divers,  fourrages  et  combustibles 334 

Etat  des  récoltes  en  grains  et  autres  farineux,  faites  en 
1872,  dans  le  département  de  TAube 336 

Sommaire  des  séances  de  la  Société  pendant  Tannée  1873, 
—  par  M.  Emile  Socard,  trésorier  de  la  Société 339 

Table  des  matières  du  tome  trente-sixième  des  Mémoires  de 
la  Société 351 


AVIS  AU  RELIEUR 

Pour  le  placement  des  Planches  dans  le  31'  volume  des  Mémoires 

de  la  Société  Académique  de  l'Aube. 


Pages. 

Plan  de  l'ancienne  abbaye  de  Mores,  —  par  M.  l'abbé  Lalore.      42 

Tête  d'animal  en  bronze  trouvée  à  la  lombelle  d'Aulnay,  — 
par  M.  DardeU  sculpteur 243 

Plan,  coupes  et  nivellements  des  fouilles  exécutées  à  la  tom- 
belle  d'Aulnay,  —  par  M.  Lasnier 248 

Buste  antique  de  femme,  terre  cuite,  —  par  M.  Picavet,  d'a- 
près une  photograpbie 264 

Moule  antique  de  Vénus  marine,  terre  cuite,  face  externe, 
avec  la  signature  de  Priscus,  —  par  M.  Picavcl,  d'après 
une  photographie 264 

Moule  antique  de  Vénus  marine,  terre  cuite,  face  interne, 
—  par  M.  Picavet,  d'après  une  photograpbie 264 

Tête  antique  de  Risus,  terre  cuite,  —  par  M.  Picavet,  d'a- 
près une  photographie 264